vendredi, février 12 2016

La déchéance de nationalité fait craquer Dounia Bouzar

12 02 2016

Qui_seme_le_vent.JPGElle était le visage médiatique des actions de prévention de la radicalisation. Dounia Bouzar, directrice générale du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), a annoncé ce jeudi qu’elle ne poursuivrait pas sa collaboration avec le ministère de l’Intérieur en raison de l’extension de la déchéance de nationalité.
Lylia Bouzar, fille de Dounia et présidente du CPDSI, explique à Libération avoir attendu «le plus possible» de voir la teneur des débats sur la déchéance de nationalité. «Lorsqu’on a compris que le gouvernement poursuivait dans son entêtement, on a dit stop.» Selon elle, cette mesure «remet en cause toute la politique publique du ministère de l’Intérieur à laquelle on avait adhéré en 2014. On ne peut pas accepter de relier les origines à un engagement jihadiste».

jeudi, février 11 2016

Le racisme comme expérience viscérale

11 02 2016

une-colere-noire.jpgÀ partir de son expérience vécue, Ta-Nehisi Coates cherche à expliquer ce que signifie être un homme noir aux États-Unis. Livre à thème politiquement engagé, il appartient à cette tradition littéraire afro-américaine d’auto-analyse offrant des interprétations subversives du monde social. La publication de l’ouvrage a été avancée pour que l’auteur puisse prendre part aux discussions déclenchées par les soulèvements de Baltimore, sa ville natale, en 2015. Le livre est donc paru dans le contexte d’affirmation du mouvement #BlackLivesMatter, cette vaste mobilisation politique contre les violences policières et les inégalités raciales.
L’ouvrage se présente comme le récit d’apprentissage d’un enfant du ghetto s’interrogeant sur la brutalité de la société américaine à son égard et à l’égard des siens. Le cœur de l’ouvrage constitue un témoignage sur l’expérience d’habiter un corps considéré comme noir dans les États-Unis du tournant du XXIe siècle. L’auteur propose ainsi une réflexion polémique sur la nature de l’oppression raciale.

mercredi, février 10 2016

Progression de Daesh en Afrique, takfirisme et prévention de la radicalisation

10 02 2016

Etat_islamique2.pngC’est le résultat le plus dangereux de l’effondrement du pouvoir de Mouammar Kadhafi. Depuis la disparition du Guide libyen, en 2011, au terme d’une révolution devenue guerre civile, appuyée militairement par une coalition réunissant pays occidentaux (France en tête), pays du Golfe (Qatar en première ligne) avec l’assentiment de pays voisins ayant un compte à régler avec le vieux dictateur de Tripoli (comme le Soudan), la Libye a explosé.
Affrontements entre les factions, coalitions à géométrie variable, Etat introuvable. Au cours de l’année 2015, un nouvel arrivant a montré qu’il menaçait de bousculer encore plus profondément le pays : l’organisation Etat islamique (EI) en Libye.

mardi, février 9 2016

Plus de 10 millions de personnes en prison à travers le monde

9 02 2016

10_35_millions_prisonniers.jpgLa onzième édition de la World Prison Population List, désormais établie par Roy Walmsley dans le cadre du Institute for Criminal Policy Research (ICPR) de l'Université de Londres à Birkbeck, établit à 10,35 millions le nombre de personnes incarcérées à travers le monde, ce nombre dépassant probablement onze millions si l'on compte les personnes détenus dans des centres de détention chinois ou des camps pénitentiaires en Corée du Nord.
Le rapport, qui signale une situation de croissance très préoccupante, donne des données générales sur 223 pays.

dimanche, février 7 2016

Chronique d’un enterrement annoncé : feu la réforme de la justice des mineurs ?

7 02 2016

alors.jpgNous aimerions tant nous tromper mais il semble désormais acquis que la fameuse réforme de l’ordonnance de 1945 n’aura pas lieu. Maintes fois annoncée par Christiane Taubira, cette refonte était pourtant dans les tuyaux et un projet de texte avait même été présenté aux syndicats professionnels PJJ. Au final, hormis la suppression des peines planchers pour les mineurs comme pour les majeurs, le mandat de la Garde des sceaux démissionnaire n’aura été marqué sur ce sujet que par la mise en œuvre des réformes du gouvernement précédent : mise en place du dossier unique de personnalité voté en 2011 (décret de 2014 et circulaire de 2015), mise en œuvre du délai de 5 jours pour la prise en charge par les services de la PJJ d’un mineur condamné (loi de mars 2012 mise en œuvre le 1er janvier 2014), note du 23 mars 2015 relative à la Mesure judiciaire d’investigation éducative prolongeant la circulaire cadre de 2010.
Si les rapports (comme celui du sénateur Michel en décembre 2013) et les discours n’ont cessé de réaffirmer que ces mesures étaient dans l’attente d’une grande refonte, il n’en a rien été. Et probablement n’en sera-t-il rien.

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samedi, février 6 2016

Le suicide en France : enseignements d'un nouveau sondage

6 02 2016

Photo_epSos.de_sur_flickr.jpgEurostat fixe le taux de suicide à 15,71 pour la France pour l’année 2012, pour une moyenne de 11,72 pour l’ensemble des 28 pays de l’Union européenne sur la même période, faisant de la France un des pays européens dans lequel le taux de suicide est le plus élevé.
Il est ’hui difficile de connaître le taux de suicide de manière précise et les caractéristiques personnelles et sociales des personnes suicidées, l’appréciation du nombre de tentatives de suicides l’est bien plus encore. Toutes les tentatives ne donnent pas lieu à une prise en charge médicale permettant de les recenser. En outre, le suicide reste encore aujourd’hui un sujet sensible, voire tabou, relevant de l’émotion, faisant appel à des souvenirs douloureux, parfois embarrassants, un ressenti qui participe à la sous-déclaration observée de ce phénomène.

Illustration : epSos.de - flickr - licence cc

vendredi, février 5 2016

Et si l’on répondait aux besoins de la population, pour changer ?

5 02 2016

reflechissons.jpgLe pacte de responsabilité va coûter 46 milliards d’euros à partir de 2017, il s'agit d'une baisse des cotisations des entreprises et les impôts des ménages.
Ces 46 milliards annuels auraient pourtant permis d’accorder, par exemple, un minimum social de 500 euros par mois à 200 000 jeunes (1,2 milliard), de rénover et construire chaque année 100 000 logements sociaux (trois milliards), d’ouvrir 200 000 places de crèche supplémentaires pour quatre milliards d’euros, de créer 300 commissariats dans les quartiers sensibles pour environ un milliard d’euros, d’allouer un chèque autonomie de 500 euros mensuels à 500 000 personnes âgées démunies (trois milliards), de créer 200 000 emplois d’aide éducative en milieu scolaire (cinq milliards), de proposer un chèque loisirs-culture de 350 euros par an à 14 millions de jeunes de moins de 20 ans (4,8 milliards), de créer 200 000 emplois d’utilité publique par an (quatre milliards), de rendre accessibles les bâtiments publics aux personnes à mobilité réduite (deux milliards pour une année), ou encore de rénover 6 000 places de prison par an (un milliard).

Illustration : laclasse.com

jeudi, février 4 2016

Le renseignement : état des lieux

4 02 2016

Le_renseignement_AD.jpg
La revue Après-demain pose, dans son dernier numéro, la question de la relation entre le renseignement, son rôle, ses services, ses pratiques, et les principes fondamentaux de la démocratie et de la citoyenneté. Par une approche dialectique qui permet au peuple d’être informé (éditorial de Pierre Joxe), il réunit d’un côté des professionnels du renseignement qui exposent les enjeux et les besoins d’un système apte à donner au gouvernement les moyens de décider en connaissance de cause, et de l’autre des personnalités qui s’interrogent, voire qui alertent, sur les risques présentés par des structures agissant, par définition, dans l’ombre et rendant peu de comptes.
Fidèle à son rôle de sentinelle des libertés publiques, Après-demain permet ainsi au lecteur de n’être ni ignorant, ni dupe (présentation de la revue).

mercredi, février 3 2016

De quoi l'état d'urgence est-il le nom ?

3 02 2016

manif_contre_etat_d__urgence.jpgQu’est-ce qu’ils savent que nous ignorons ? Quelle menace imminente ? Une légion d’ados kamikazes, « autoradicalisés » dans les collèges d’Ile-de-France ou de Toulouse, que la filiale libyenne de Daech lancera à l’assaut de leurs parents, dans l’Hexagone ? Tous ces derniers jours, le pouvoir a cherché à dramatiser la situation du pays face au terrorisme. Ce fut d’abord Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées, qui, dans une tribune, assurait que l’ennemi djihadiste cherchait « l’implosion des sociétés ». Puis Manuel Valls qui, depuis le rendez-vous de Davos, nous promettait une Guerre de Trente ans, c’est à dire le temps d’une génération, « jusqu’à ce qu’on puisse en finir avec Daech »; à l’écouter, presque un conflit perpétuel, comme si, à l’avenir, tous les groupes musulmans ultras devaient se fédérer, sur la base de ce seul mot d’ordre: sus à la France !
Toutefois, l’exécutif ne pourra pas faire l’économie d’un débat institutionnel sur la légitimité de cette situation d’exception.

mardi, février 2 2016

La dérive autoritaire de la France inquiète Bruxelles

2 02 2016

commission_europeenne.jpgLa France sous état d’urgence pourrait-elle adhérer à l’Union européenne ? Cette boutade d’un haut fonctionnaire européen en dit long sur l’inquiétude qui commence à poindre à Bruxelles face au virage sécuritaire effectué par le gouvernement français pour contrer le terrorisme. La prolongation de l’état d’urgence, alors même qu’il n’a donné, jusqu’au présent, aucun résultat concret, le projet de loi renforçant les pouvoirs de l’exécutif au détriment du juge judiciaire, la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés « pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation », la loi sur le renseignement intérieur autorisant une surveillance de masse, autant de mesures qui seraient reprochées à tout impétrant à l’Union européenne. Mais, pour l’instant, l’onde de choc des attentats du 13 novembre paralyse encore toute critique publique qui serait perçue comme une absence de solidarité des partenaires européens.

dimanche, janvier 31 2016

Échec scolaire : il faut agir dès la maternelle. À 11 ou 12 ans, il est déjà trop tard

31 01 2016

EDUCATION-RENTREEUne question hante le débat sur l’école, celle de l’échec scolaire et de ses conséquences sociales désastreuses. Les années, les décennies, passent, et rien ou presque ne change. Pourtant le diagnostic existe depuis très longtemps, et les solutions aussi.
En 1966, j’écrivais dans la revue "L’école maternelle" un article présentant les trois volets essentiels du développement des enfants entre 3 et 6 ans : le langage, la psycho-motricité et la socialisation. 50 ans plus tard, au soir de ma vie, je constate que nous n’avons toujours pas réalisé ce progrès décisif. Pourquoi ?
Certes, l’Éducation nationale a compris la nécessité d’agir contre l’échec scolaire. Mais l’on s’y prend mal parce que l’on réagit toujours trop tard.Toutes les tentatives ont échoué parce qu’elles étaient centrées sur le collège. Or, à 11 ou 12 ans, les jeux sont faits depuis longtemps.

Photo : leplus.nouvelobs.com

samedi, janvier 30 2016

Evasion fiscale : les stratégies de certaines multinationales

30 01 2016

McDonald__s.jpgPayer moins d'impôts en exploitant les failles du droit fiscal international. McDonald's, Starbucks, Facebook, Google ou encore Amazon le font. Ces multinationales sont dans le collimateur des États, des clients et de leurs propres salariés. Ces derniers s'associent à des campagnes internationales pour lutter contre la tricherie fiscale. Maître Pecoraro défend les intérêts du "Service Employees International Union", syndicat américain en guerre contre McDonald's.
Entre 2009 et 2013, McDonald's serait parvenue à économiser 1,05 milliard d'euros d'impôt en Europe grâce à des techniques d'optimisation fiscale, selon trois fédérations syndicales internationales.

Photo : lemonde.fr

jeudi, janvier 28 2016

Au revoir madame Taubira

28 01 2016

Christiane_Taubira.jpgChère madame Taubira, nous ne nous connaissons pas vraiment, je ne fais pas de politique, mais je voulais vous dire au revoir et surtout dire à mes concitoyens pourquoi, de mon point de vue de sociologue spécialisé sur les questions de sécurité et de justice, vous partez la tête haute.
Certes, votre bilan n’est pas bien épais sur le plan pénal. Les peines planchers ont disparu, les magistrats du parquet ont été laissés un peu plus indépendants, un état d’esprit nouveau a soufflé dans bien des cercles professionnels où vos discours ont toujours fait mouche. Hélas, concernant la nouvelle sanction de la contrainte pénale, la montagne a accouché d’une souris. Entre l’esprit du projet initial et la lettre du texte de loi final, il y a un grand écart qui a vidé cette réforme de l’essentiel de son sens et de sa portée potentielle. Ensuite, vous n’avez pu ni faire passer la réforme de la justice des mineurs, ni supprimer la rétention de sûreté. Mais en êtes-vous vraiment responsable ? Je ne le pense pas, pour deux raisons (et non une seule).

mercredi, janvier 27 2016

Quelle formation pour les policiers recrutés en urgence après les attentats ?

27 01 2016

Ecole_nationale_de_police.jpgNous proposions il y a près de quatre ans maintenant, une scolarité de Gardien de la paix aménagée pour les anciens Adjoints de sécurité (ADS) : réduire cette formation de quatre mois pour celles et ceux qui justifiaient d’un parcours professionnel complet au sein de l’institution. Les premiers modules de formation sont en effet communs aux deux scolarités. En contrepartie, la formation initiale des ADS aurait pu être allongée d’un mois afin de muscler le bagage théorique et technique de ces jeunes contractuels.
Je me souviens des réactions négatives à tous les niveaux de l’administration centrale. Nombreux sont les responsables administratifs capables de vous expliquer pourquoi le changement n’est pas possible. Alors, quelle ne fut pas ma surprise de constater, dans l’urgence post-attentats, le projet de réduire de moitié la scolarité des anciens Adjoints de Sécurité devenus élèves Gardiens de la paix. Ce qui était totalement impossible hier, dans le cadre d’une réflexion posée sur un temps long, devient soudain réalisable dans l’urgence.

Photo : cartesfrance.fr

mardi, janvier 26 2016

La diversité en discours et en pratiques

26 01 2016

enigma_of_diversity.jpgSi le discours de la diversité s’est diffusé dans de nombreux pays au cours des vingt dernières années, c’est aux États-Unis qu’il a connu les développements les plus précoces et sophistiqués ; au-delà de sa portée descriptive, il s’y est imposé comme un principe normatif fortement valorisé, notamment auprès de ses élites.
La confrontation des trois cas met en évidence des convergences saisissantes : dans le monde de l’enseignement supérieur, dans celui des politiques urbaines comme dans celui des affaires, la diversité est un discours mobilisé par les élites, majoritairement blanches ; dans ces différents contextes, ce discours contribue à véhiculer une vision « pacifiée et productive de l’ordre racial », euphémisant les inégalités structurelles et déstigmatisant les groupes dominants ; partout, le discours de la diversité sert d’appui à une « inclusion sélective », privilégiant les individus de l’élite, qui incarnent les valeurs de l’ordre néolibéral.

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