samedi, avril 18 2015

Le « nouveau » Front national en question

18 04 2015

marine_le_pen_i-tele.jpgCette étude a pour ambition de proposer un état des lieux de la réalité politique actuelle du Front national. Elle s’attache à déconstruire un certain nombre de croyances devenues dominantes sur le parti d’extrême droite français, notamment depuis que Marine Le Pen a été élue à sa présidence en janvier 2011. Sans sous-estimer l’importance politique croissante du FN, il s’agira ici de montrer qu’il n’est pas le « premier parti de France », qu’il ne se situe pas aux « portes du pouvoir » pas plus qu’il n’est devenu un « nouveau » parti. En effet, ce n’est pas tant le FN qui a changé que les perceptions de ce parti. Sa banalisation repose certes sur des facteurs endogènes – la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen, le renouvellement du leadership frontiste –, mais elle s’explique également par des facteurs exogènes liés au traitement médiatique, sondagier et politique de l’organisation frontiste.

Photo : arcueil-cachan.fr

vendredi, avril 17 2015

Les usages de drogues sont en hausse en France

17 04 2015

cigarette_de_cannabis.jpgL’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l’Inpes publient conjointement les résultats du Baromètre santé Inpes 2014 concernant l’usage des substances psychoactives illicites en France. Chez les 18-64 ans, le cannabis a déjà été expérimenté par 4 personnes sur 10. Son usage, qu’il soit occasionnel ou régulier, et celui de produits stimulants, comme l'ecstasy et la cocaïne sont en hausse.
Tous produits confondus, l’expérimentation de substances illicites concerne plus les hommes que les femmes. Parmi ces produits, le cannabis est toujours le produit illicite le plus consommé en France. Il a été expérimenté au moins une fois dans leur vie par quatre adultes sur 10 en 2014. L’usage actuel (au cours de l’année) concerne un adulte sur dix, proportion en hausse par rapport à 2010. Il est plus répandu parmi les jeunes de 18-25 ans : l’usage de cannabis au cours de l'année atteint son niveau maximum avec 34 % d’hommes et 23 % de femmes dans cette tranche d’âge. Les auteurs de la note analysent que la hausse de la consommation de cannabis est portée, chez les femmes, par les moins de 40 ans, alors que chez les hommes, la hausse est nette également entre 35 et 55 ans.

Photo : theguardian.com

jeudi, avril 16 2015

L'impact sécuritaire des attentats de janvier 2015 sur l'opinion

16 04 2015

Charlie_Hebdo.jpgA côté du chômage, ce sont l’insécurité, en augmentation de 13 points, et l’immigration qui sont les plus citées parmi les deux problèmes les plus importants pour la France en février 2015. Or, sur les enjeux de sécurité et d’immigration, moins de 10 % des répondants considèrent le PS comme le plus à apte à s’occuper du problème, loin derrière le Front national. En outre, il convient également de noter l’irruption du thème de l’irrespect de la laïcité ainsi que la très forte croissance des citations de l’islam et des musulmans parmi les deux problèmes les plus importants (5 %). L’ouragan médiatique a été de pair avec au moins un effet de mise sur agenda, en termes de sécurité. Dans une perspective convergente, plus que jamais, les changements souhaités sont les plus élevés et les plus importants pour la politique de sécurité et d’immigration, respectivement dans une direction plus répressive et plus restrictive.
Au-delà de l’importance, les attentats de janvier 2015 ont aussi généré une évolution significative en faveur d’attitudes plus sécuritaires quelle que soit la position politique. Cependant, c’est également au sein de l’électorat de gauche que l’évolution en faveur d’une politique plus répressive apparaît comme la plus forte.

Photo : parismatch.com

mercredi, avril 15 2015

Loi sur le renseignement : le gouvernement mélange l'info et l'intox

15 04 2015

Poker_menteur.jpegL'examen du projet de loi sur le renseignement a débuté lundi 13 avril à l'Assemblée. Rarement un texte n'aura été l'objet d'autant de critiques de la part de la société civile. A la tribune du Palais-Bourbon, le premier ministre, Manuel Valls, a eu l'air agacé par la récurrence de certaines critiques, « dont certaines confinent à la caricature », selon ses dires.
Prenant exemple sur les pratiques de vérification factuelle qui prennent de l'ampleur dans les médias, le service de communication du gouvernement a publié sur son site une liste d'arguments vrais et faux pour tenter de distinguer « l'info de l'intox ». Problème : il se prend parfois les pieds dans le tapis. Vérification de la vérification.

lundi, avril 13 2015

Antisémitisme, islamophobie, racisme anti-Roms : le rapport 2014 de la CNCDH

13 04 2015

racisme.jpgAprès 4 années de baisse consécutive, l’indice longitudinal de tolérance en France marque une stabilisation, voire une légère progression vers plus de tolérance.
Cette légère progression vers plus de tolérance est intéressante alors que l’année 2014 ne présente pas un contexte favorable qui pourrait l’expliquer. On peut donc se demander si l’indice n’a pas atteint un « plancher », c’est‐à‐dire qu’il pourrait indiquer la part de français qui résistent aux messages racistes ou xénophobes quelles que soient les circonstances.
Toutefois, si la tolérance générale a progressé, il en va autrement de l’acceptation de certains groupes. Ainsi, des points de crispation persistent, voire s’aggravent : les résultats du sondage de 2014 font ressortir une revitalisation des vieux clichés antisémites, une persistance des préjugés anti‐Roms, un rejet des pratiques liées à l’islam dans leurs manifestations tant dans l’espace public que dans la sphère privée, et chez certains, une acception dévoyée de la laïcité comme devant faire rempart à l’islam.

Illustration : ldh-france.org

dimanche, avril 12 2015

Hommes battus : une réalité méconnue

12 04 2015

violence_conjugale.jpgCe sont des affaires dont on parle peu. Comme d'autres hommes, Maxime Gaget a été battu. Menacé et humilié par son ex-compagne pendant quinze mois, il a témoigné au procès de sa femme, jeudi 9 avril devant le tribunal correctionnel de Paris. Cinq ans d'emprisonnement ont été requis dans cette affaire où la procureure a évoqué une « inversion des rôles » avec une « femme bourreau et un homme victime ».
Pourtant, si les femmes restent, de loin, les premières victimes de violences conjugales, le cas des hommes battus ou maltraités est moins exceptionnel qu'on pourrait le croire.

Photo : lamed.fr

vendredi, avril 10 2015

Associations et syndicats dénoncent un projet de loi instaurant une surveillance généralisée

10 04 2015

sous_surveillance.pngLes débats sur le projet de loi relatif au renseignement débuteront lundi 13 avril 2015 à l'Assemblée nationale.
En fait d'encadrement, ce projet entérine les pratiques illégales des services et légalise, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte ajoute des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et pour le respect de la vie privée.
Les méthodes de surveillance sont massives, le contrôle inconsistant. Le texte issu de la Commission des lois porte un déséquilibre liberticide : l'usage des techniques de surveillance est entre les mains de l'exécutif, sans contrôle solide. La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, soi-disant garante des libertés, ne disposera ni des pouvoirs ni des moyens nécessaires pour accomplir sa mission. Le Premier ministre pourra toujours passer outre son avis, et elle ne pourra rien interrompre par elle-même. Le gouvernement se refuse à assurer un contrôle systématique et indépendant a priori des demandes des services et organise un contrôle a posteriori illusoire. La saisine du juge administratif restera aléatoire et la procédure asymétrique, les principes processuels fondamentaux cédant devant le secret défense.

jeudi, avril 9 2015

Antiterrorisme : l’éternelle guerre des polices

9 04 2015

la_guerre_des_polices.jpgLes services antiterroristes sont-ils en ordre de bataille ? Quelques mois après l’affaire Merah, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, avait donné « des instructions » pour en tirer les leçons. Il avait insisté, le 18 juin 2013, sur la nécessité de renforcer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), « dans le cadre d’une meilleure coordination entre les services ».
L’échec, de ce point de vue, est patent. Le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les filières djihadistes, rendu public mercredi 8 avril, déplore « une nouvelle guerre des polices ». Lui faisant écho, le rapport du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix et marqué à droite, dresse sur le terrain un état des lieux accablant. Production syndicale, le rapport est certes discutable, mais il a le mérite de faire remonter le témoignage des agents sur terrain, que l’on entend peu.

mercredi, avril 8 2015

Le scandale du Crédit Impôt Recherche

8 04 2015

niche_fiscale.jpgA quoi servent les milliards d’euros du crédit impôt recherche (CIR) versés chaque année aux entreprises ? Créé en 1983, ce cadeau fiscal n’a depuis cessé de grossir, la dernière réforme de 2008 l’ayant fait exploser et passer de quelques centaines de millions d’euros à près de 6 milliards d’euros cette année. Deux fois le budget du CNRS.
Alors que la France se singularise par le faible investissement en recherche et développement de ses entreprises, le CIR est censé faciliter l’embauche de chercheurs dans les entreprises et favoriser l’investissement de R&D (recherche et développement). Qu’en est-il réellement ? Une enquête menée au cours des derniers mois par trois chercheurs du collectif Sciences en marche, et transmise à la commission d’enquête du Sénat montre pourtant qu’il n’existe aucune corrélation entre l’emploi en Recherche et développement dans les entreprises et le CIR. Pire, près de 6 milliards d’euros auraient en réalité été détournés de leur objectif dans les entreprises de plus de 500 salariés entre 2007 et 2012.

Photo : sudouest.fr

mardi, avril 7 2015

« Charlie Hebdo » : la DGSI tente de réécrire l'histoire à son avantage

7 04 2015

GIPN_janvier_2015.jpgLa scène se déroule au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Il est 19 h 50, ce jeudi 8 janvier, lorsqu’un agent du renseignement territorial (ex-RG) téléphone à l’ancien syndicaliste policier, Jo Masanet. Il lui parle de la cellule de crise mise en place « avec Bernard Cazeneuve et tous les services de renseignement », place Beauvau. Puis l’agent marque une pause. Il hésite, cherche ses mots pour évoquer les frères Kouachi toujours recherchés : « Bon, par contre… Faut savoir que… On avait les informations déjà sur les individus… On les avait suivis, on les avait sur notre base de données… » Ils les connaissaient mais ne les surveillaient pas.
« On avait constaté que la DGSI (la direction générale de la sécurité intérieure) était dépassée par les événements, d’accord ? Donc, on a un gros souci, là-dessus… » Cette conversation illustre ce que beaucoup pensent sans oser le dire dans un cadre officiel. Et ce même au sein de la DGSI, traversée depuis par de légitimes questions sur ses choix stratégiques et ses méthodes de travail.

Photo : lemonde.fr

lundi, avril 6 2015

Mauvaise nouvelle pour les sciences économiques et sociales

6 04 2015

SES.jpgPar Arrêté du 28 mars 2015, le Ministère de l’éducation nationale renouvelant les membres du Conseil national éducation économie a notamment accueilli 3 anciens ou actuels dirigeants de l’Institut de l’entreprise. Cet institut s’est appliqué systématiquement à transformer le contenu de l’enseignement de Sciences économiques et sociales (SES) au lycée avec un objectif idéologique clairement assumé, comme en attestent les propos tenus par Michel Pébereau en 2006 dans une conférence : « il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis 20 ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et à améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise ». Un projet qui, suite à un lobbying efficace, s’est traduit par un appauvrissement de l’étude de l’Entreprise en SES. En classe de seconde, le nouveau programme en vigueur depuis 2010 présente l’entreprise uniquement comme une entité abstraite qui cherche à combiner le plus efficacement possible ses facteurs de production, en ayant supprimé toute étude du contrat de travail et des relations sociales de travail. De même en terminale, les enjeux liés à l’organisation du travail ont été tout bonnement supprimés du nouveau programme de 2012.

samedi, avril 4 2015

Le FN et Marine Le Pen, un objet politique rentable pour les médias

4 04 2015

marine_le_pen_i-tele.jpgPendant cette campagne électorale, une seule question semble avoir préoccupé les observateurs : savoir si oui ou non le FN serait consacré dans son statut de "premier parti de France".
Une question qui ne peut manquer de surprendre, puisque le FN s’est auto-attribué ce statut suite aux élections européennes de 2014, et qu’en termes de représentation parlementaire, de nombre d’élus locaux ou même de militants, il est évidemment encore loin de constituer la première force politique française.
Pourtant, l’idée qu’il puisse conserver ou perdre ce statut a constitué la principale trame scénaristique de son traitement dans les médias, tout en s’imposant comme l’un des principaux enjeux de la campagne.

Photo : arcueil-cachan.fr

mercredi, avril 1 2015

Les musulmans sont discriminés en France. Des solutions existent

1 04 2015

musulmans_au_quotidien.GIFEn 2008, un testing sur CV mené en interne par le groupe Casino a montré que les Français d’origine extra-communautaire (asiatique, africaine, maghrébine) sont systématiquement discriminés par rapport aux Français d’origine française. Cependant, l’intensité de la discrimination qu’ils subissent semble très dépendante de la région dont ils sont issus. Ainsi, des trois origines précitées, c’est l’origine maghrébine qui est la plus discriminée. Ce statut particulier des candidats d’origine maghrébine suggère que ce n’est pas seulement l’origine extra-communautaire qui est source de discrimination de la part des recruteurs. L’appartenance probable à la religion musulmane du Français d’origine maghrébine (le Maghreb étant à forte majorité musulmane) semble constituer un handicap de plus pour lui.
C’est cette hypothèse que j’ai voulu tester avec deux collègues américains, Claire Adida (Université de San Diego) et David Laitin (Université Stanford). Nous avons ainsi lancé en 2009 un programme de recherche financé par la National Science Foundation dont l’objectif était de répondre aux deux questions suivantes : (i) les individus sont-ils plus discriminés lorsqu’ils sont perçus comme musulmans plutôt que chrétiens ? (ii) si oui, quels sont les ressorts de cette discrimination ?

lundi, mars 30 2015

L’indignité nationale : une mauvaise idée

30 03 2015

drapeau_tricolore.jpgLa tentation ne peut être que forte et légitime, à la suite des attentats de janvier 2015, de qualifier le terroriste djihadiste en tant qu’indigne. Or sur le plan de la prévention dissuasive, il y a fort à parier que la crainte d’être frappé de dégradation civique ne détourne pas efficacement les terroristes de la préparation de leurs actes. A rebours même de l’effet recherché, cette nouvelle incrimination pourrait alimenter la « martyrologie djihadiste » et être vécue comme une confirmation glorieuse de la non-appartenance à la communauté nationale, servant la cause terroriste plutôt que la capacité de la République à lutter contre de tels individus.
De plus, la réactivation de l’indignité nationale, qui correspond d’une certaine façon à une laïcisation de l’excommunication serait, indéniablement, pour la République, l’aveu d’un échec.
La meilleure réponse est de redonner de la force à l’idéal républicain, de réaffirmer la valeur de notre droit en punissant leurs crimes avec les outils de droit pénal commun.

Photo : 20minutes.fr

samedi, mars 28 2015

Une évaluation scientifique indépendante des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP)

28 03 2015

CRS_dans_la_rue.jpgA la demande de la Préfecture de police de Marseille, une équipe de chercheurs de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) a évalué localement la politique des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP).
Nous nous sommes concentrés dans cette étude sur les évolutions produites par la « méthode globale », cette politique publique mise en place en 2012 avec la création des Zones de Sécurité Prioritaires. Notre enquête évaluative a été réalisée sur deux terrains marseillais : la cité du Clos la Rose dans le 13 ème arrondissement et la cité La Sauvagère dans le 10ème. Notre analyse s’appuie sur des données socio-historiques, sur l’opinion des acteurs institutionnels et des populations résidant sur ces territoires ainsi que sur des données émanant des services de police. Nous avons également voulu questionner la participation citoyenne à la gestion politique locale et spécialement les conditions de leur contribution aux questions de sécurité publique. Il ressort que le bilan des Zones de Sécurité Prioritaires est pour le moins mitigé. Premier constat : le trafic de stupéfiant, point central dans l’approche globale, est un phénomène qui n’a jamais été durablement stoppé. Il a pu momentanément s’arrêter et il a pu se déplacer. Mais, dans les deux cas étudiés, il persiste.

Photo : lesinrocks.com

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