dimanche, février 5 2012

La prévention de la délinquance : une politique à la dérive

5 02 2012

Photo_ISD_191_Performing_Arts_Programs_flickr.jpgEn octobre 2009, le gouvernement avait lancé un « plan national de prévention de la délinquance » faisant notamment de la « vidéo-protection » une « priorité absolue » et s'appuyant largement sur la loi du 5 mars 2007 dite « prévention de la délinquance ». Le 8 juillet 2011, les ministres de l’Intérieur et de la Justice adressaient encore aux préfets et aux procureurs de la République une circulaire relative aux orientations du gouvernement en matière de prévention de la délinquance, érigeant cette dernière « au premier rang des priorités d’action du gouvernement ». Or cette politique est aujourd'hui critiquée par la quasi totalité des chercheurs et rejetée par la grande majorité des professionnels de terrain.

Illustration : ISD 191 Performing Arts Programs - flickr - licence cc

samedi, février 4 2012

La sécurité n'est pas qu'une affaire de police !

4 02 2012

Photo_Chris-Havard_Berge_flickr.jpgL'insécurité est-elle réductible par l'occupation des quartiers pauvres par des forces policières ? Ce que Nicolas Sarkozy a essayé de faire pendant des années avec les résultats négatifs que l'on connaît, pourquoi François Hollande le réussirait-il avec des compagnies de CRS et de gendarmerie mobile s'installant pendant des mois dans ces "zones à sécuriser" ? Fait-on de la police de qualité avec des policiers habitant à des centaines de kilomètres de leur lieu de travail ? Fait on de la police de proximité avec une police d'ordre et de contrôle d'identité ?
La sécurité n'est pas une affaire de police, elle est l'affaire de tous les porteurs des politiques de développement social, culturel, éducationnel travaillant avec l'appui de la police et de la justice. Il est temps de renverser le centre de gravité de la pyramide et de ne plus instituer la police comme l'alfa et oméga de notre politique de sécurité.

Illustration : Chris-Havard Berge - flickr - licence cc''

Politiques, encore un effort pour être honnêtes !

4 02 2012

Logo_Le_Monde.jpgLe désenchantement démocratique n'est pas une singularité française. On le constate et le déplore depuis des années dans la plupart des pays occidentaux. En Europe comme aux Etats-Unis, il nourrit à la fois les mouvements populistes de tout poil et les rangs des abstentionnistes qui ignorent, boudent ou récusent les rendez-vous électoraux.
Les causes de cette désaffection sont multiples. L'effondrement des grands systèmes idéologiques, l'érosion des loyautés politiques qu'ils structuraient, l'écart à la fois réel et ressenti entre les élites et le peuple, le sentiment d'impuissance des gouvernants face à la crise économique qui ronge les solidarités sociales : tout y contribue. Y compris les responsables politiques eux-mêmes, dont l'image, presque irrémédiablement, se dégrade. Tel est l'enseignement du sondage réalisé pour l'association Lire la société et Le Monde, à l'occasion de la Journée du livre politique organisée avec l'Assemblée nationale, le 4 février.
Le miroir renvoyé aux élus est cruel. Aux yeux des Français, en effet, les hommes et les femmes politiques sont bien loin de respecter les "grandes règles de la morale".

vendredi, février 3 2012

Prisons : gare à la privatisation du service public pénitentiaire

3 02 2012

Photo_prison_par_Tim_Pearce__Los_Gatos_sur_flickr.jpgLe 13 décembre, le ministre de la Justice, Michel Mercier, annonçait qu’il avait retenu la commune de Saint-Julien-sur-Suran (Jura) pour implanter la première prison expérimentale conçue par Pierre Botton. La première pierre serait posée en avril (voir Libération du 23 janvier). Comment le ministre de la Justice peut-il avoir déjà accordé au projet de Botton le qualificatif de prison alors qu’aucune étude sur la place d’une telle structure dans le paysage judiciaire et pénitentiaire, aucune étude sur le financement n’a été publiée ? L’Etat va-t-il lui donner un terrain ? Qui paiera la construction ? Quel sera le statut des personnels ? La proximité assumée de Botton avec le président de la République, alors même que le ministre de la Justice ne semblait guère favorable au projet, paraît l’avoir emporté sur toute autre considération.

Illustration : Tim Pearce - flickr - licence cc

Elections 2012 : le projet du Syndicat de la magistrature

3 02 2012

image_justice_balance.jpgDans la perspective des prochaines élections présidentielles et législatives, le Syndicat de la magistrature a travaillé tout au long de l’année 2011 à l’élaboration d’un projet pour la justice et les libertés.
Ce projet articule constats, analyses et idées de réforme. Il contient près de 200 propositions que nous avons voulues claires et précises, ambitieuses et réalistes.
Les sujets abordés sont nombreux : les nominations dans la magistrature, le parquet, la police judiciaire, le fonctionnement des juridictions, les droits des parties, le statut pénal des ministres et du chef de l’Etat, les contrôles d’identité, la garde à vue, la prison, les drogues, la liberté de la presse, la maladie mentale, la justice des mineurs, les droits des étrangers, les fichiers de police...


jeudi, février 2 2012

Portrait d’un policier de la brigade anti-criminalité dans une « cité ghetto »

2 02 2012

Photo_police_en_civil.jpgFace à l’intensité des violences lors des émeutes urbaines de l’automne 2005, pour prévenir et réprimer d’éventuels nouveaux désordres, l’État a décidé de renforcer la présence des forces de l’ordre en capacité de se confronter à la « jeunesse turbulente » des quartiers populaires. Des interactions frictionnelles, des rapports paroxystiques et complexes vont alors se développer entre des jeunes « figures de désordres » et des acteurs institués et émergents d’encadrement des classes populaires, en particulier des policiers chargés de pacifier les cités périphériques ghettoïsées. Dans ce contexte, à partir d’une enquête ethnographique dans une cité ségréguée, cet article dresse le portrait sociologique d’un policier de la brigade anti-criminalité (BAC) de nuit. À partir de la description de son travail quotidien, de ses épreuves et de ses modes d’action, de sa relation à la violence, notamment des émeutes urbaines ainsi que des rapports d’hostilité qu’il entretient avec une partie de la population, ce texte montre que l’expérience sociale des policiers en confrontation avec des « jeunes turbulents » est ambivalente puisqu’ils sont à la fois « traqueurs » et « victimes ».

Corruption : le gouvernement enterre discrètement la loi sur les conflits d’intérêt

2 02 2012

Logo_Anticor_2.jpgSouvenez-vous : en juillet 2010, le Président de la République, englué dans les remous de l’affaire Woerth-Bettencourt, annonce à la télévision qu’il faut désormais encadrer les conflits d’intérêts par la loi, comprenant un peu tard qu’être à la fois trésorier du premier parti de France et Ministre du Budget est une situation pouvant paraître troublante aux yeux de nombreux français. Il nomme donc une commission chargée de faire des propositions, présidée par le Vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marc Sauvé. Cette commission rend un rapport des plus honorables en janvier 2011, même si nous aurions souhaité que certaines propositions aillent plus loin dans la prévention des conflits d’intérêts. Une loi est donc annoncée et elle est présentée en Conseil des Ministres fin juillet dernier.
Ce projet de loi était plutôt timoré à nos yeux, en retrait par rapport aux propositions de la Commission Sauvé, mais il avait le mérite d’être un premier pas constructif dans la lutte contre les conflits d’intérêt en France. Et le gouvernement le remettait dans la foulée à l’Assemblée nationale pour un vote à l’automne. A l’époque, nous redoutions que des amendements de parlementaires, peu friands de transparence pour eux-mêmes et partisans d’un statu quo protecteur, édulcorent encore ce texte. Mais le gouvernement leur aura évité cette peine, puisque le Point annonçait le 31 janvier un discret enterrement de ce projet de loi, qui ne sera donc pas voté avant la fin de la mandature, donc très probablement jamais…

mercredi, février 1 2012

Human Rights Watch s'inquiète des contrôles d’identité abusifs visant les jeunes issus des minorités

1 02 2012

Photo_Alain_Bachellier_flickr_2.jpgLa police française utilise certains pouvoirs trop étendus dont elle est investie pour procéder à des contrôles d’identité abusifs et non justifiés visant des garçons et de jeunes hommes noirs et arabes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié le 26 janvier 2012. Le rapport de 62 pages, intitulé « La base de l’humiliation : Les contrôles d’identité abusifs en France », révèle que les jeunes issus des minorités, dont des enfants n’ayant pas plus de 13 ans, font fréquemment l’objet de contrôles comprenant des interrogatoires prolongés, des palpations portant atteinte à leur intimité, ainsi que des fouilles d’objets personnels. Human Rights Watch a constaté que ces contrôles arbitraires peuvent avoir lieu même en l’absence d’un signe quelconque d’infraction.

Photo : Alain Bachellier - flickr - licence cc

Un bilan de la politique de rénovation urbaine des banlieues menée depuis 2003

1 02 2012

Image_livre_donzelot.jpgÀ quoi sert la rénovation urbaine ? À résoudre le problème des banlieues en y instaurant une mixité sociale à la faveur d’une transformation de leur paysage urbain. Mais si les mutations de celui-ci sont impressionnantes, on ne peut pas dire qu’il en aille de même pour la composition sociale des cités ni que les problèmes des banlieues – le chômage, l’échec scolaire, la délinquance – soient en cours de résolution. Faut-il voir alors dans cette politique un exercice illusoire ? Les témoignages des acteurs et des observateurs rassemblés dans cet ouvrage dégagent plutôt un mélange de satisfaction et d’inquiétude. Comme si la rénovation avait permis de faire pénétrer la ville dans le quartier mais qu’il restait à faire en sorte que ses habitants puissent pénétrer la ville.

Ont contribué à cet ouvrage : Jean-Claude Driant, Noémie Houard, Renaud Epstein, Jean-Patrick Fortin, Frédéric Meynard, Thierry Oblet, Agnès Villechaise-Dupont, Barbara Allen, Hervé Duret, Christine Lelévrier, Christophe Noyé.

mardi, janvier 31 2012

L’école commune. Propositions pour une refondation du système éducatif

31 01 2012

Photo_ecole_Marc_Laapage.jpgL’école commune. Propositions pour une refondation du système éducatif, ouvrage collectif du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire (GRDS), éditions La Dispute, 2011.
Cet ouvrage fera date. Beaucoup de livres sur l’école décrivent les symptômes tandis que celui-ci s’attaque aux causes des dysfonctionnements et formule des propositions. 
De plus, il tombe à pic !
Le projet qui réunit des chercheurs professionnels et non professionnels part d’un diagnostic rigoureux, à partir d’indicateurs connus et moins connus. La démocratisation scolaire est en panne, les inégalités scolaires n’ont pas évolué depuis plusieurs décennies et sont plus fortes que ce que supposerait l’amplitude des inégalités sociales. Les écarts culturels et cognitifs entre élèves doublent entre le CP et le CM2 ! Certes, la question des moyens n’est pas ignorée. Mais suffit-il de rétablir les postes supprimés, la carte scolaire, etc. ?

Illustration : Marc Laapage (DR)

Manifeste pour la Justice

31 01 2012

Image_manifeste_pour_la_justice.jpgManifeste pour la justice, sous la direction de Thomas Clay, Pierre Joxe, Christine Lazerges et Jean-Pierre Mignard, éditions Cherche Midi, 2012.
Le Manifeste pour la justice est un ouvrage collectif du club « Droits, Justice et Sécurités ». Il est né d'une colère, d'une conviction et d'une ambition : colère d'assister à la démolition méthodique de l'institution judiciaire par le pouvoir en place depuis 2002 ; conviction que la défense des libertés et des droits fondamentaux est facteur de sûreté et de sécurité ; ambition de construire un programme de gauche sans tabou. L'ouvrage est éminemment collectif, car il est le fruit des réflexions de l'ensemble des membres du club (magistrats, avocats, universitaires, hauts fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, membres du Conseil d'État, et d'autres encore), même si tous n'adhèrent pas forcément à tout.
Le Manifeste pour la justice décline des propositions novatrices pour défendre une justice indépendante, accessible aux citoyens, protectrice des plus vulnérables (victimes, mineurs, salariés en difficultés, immigrés, malades mentaux...) et une justice dont l'organisation serait réinventée.
Le livre s'attache, comme le nom même du club l'atteste, à démontrer les liens entre justice et sécurité. Une autre façon de penser la justice et la sécurité est possible, la déclaration des droits en guise de conclusion en est la preuve. (présentation de l'éditeur)

lundi, janvier 30 2012

Comparabilité des statistiques criminelles en Europe, encore des progrès à faire

30 01 2012

Image_drapeau_europeen.jpgEn matière de statistiques criminelles, le principal défi reste la comparabilité des données recueillies. Voici ce que déclare la Commission dans sa communication sur l'évaluation du plan d'action statistiques 2006-2010 et sur la mise en place d'un plan de l'Union Européenne 2011-2015.
A l'heure où le Ministre de l'Intérieur en France se félicite d'une baisse générale de la délinquance, la Commission européenne préconise d'adopter une approche cohérente de la classification des données relatives à la criminalité. D'après elle, ce système de classification commun doit s’appliquer non seulement aux États membres, mais aussi aux agences de l’Union Européenne.

L'Eure et Loir installe une « barrière de caméras » face à une invasion délinquante

30 01 2012

carte_VS_eure_et_loire.jpgCHARTRES, 25 jan 2012 (AFP)- Environ 80 caméras de vidéosurveillance, formant un "rideau de vidéoprotection", seront installées cette année en Eure-et-Loir sur les axes frontaliers à l’Ile-de-France pour tenter de lutter contre la délinquance itinérante, a annoncé lundi 23 janvier 2012 la préfecture d’Eure-et-Loir. « Cette décision prise en concertation avec les forces de l’ordre et les élus intervient à l’issue d’un diagnostic qui permet de mettre en lumière le caractère important de la délinquance itinérante », a indiqué Pierre-Max Vouteau, directeur de cabinet du préfet d’Eure-et-Loir. Ces caméras seront installées sur les axes stratégiques qui mènent à la région parisienne ou à des carrefours importants.
Intéressante illustration de la croyance magique dans le pouvoir des caméras qui, tels de preux chevaliers face à l'invasion barbaresque, arrêteront les voleurs et les cambrioleurs franciliens aux portes de nos belles campagnes.

Photo : www.video-surveillance-paris.fr

dimanche, janvier 29 2012

Les enjeux politiques de la promotion des procureurs généraux

29 01 2012

Image_habit_procureur.jpgPuisque le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a « une autonomie totale », comme l’a indiqué à Dijon, jeudi 26 janvier, le président de la République, les manœuvres pour placer des amis aux postes sensibles sont infiniment plus subtiles. Ainsi le gouvernement met-il la main à la dernière promotion des procureurs généraux, en place pour les sept prochaines années en cas d’une victoire de la gauche. Avec l’appui de l’un des meilleurs connaisseurs du corps, Jean-Claude Marin, procureur général près la Cour de cassation et à ce titre président de la formation pour le parquet du CSM. Le mouvement est double : il s’agit d’écarter les gêneurs, et de recaser des proches dont les sympathies socialistes ne sont pas manifestes.

Flics. Chronique d'un désastre annoncé

29 01 2012

Image_livres_flics.jpgLes flics vont mal. Pris eux aussi comme tous les fonctionnaires de l’état dans la tourmente de l’entreprise de déconstruction lancée par l’équipe au pouvoir contre les services publics, mais avec ce paradoxe : alors que le pouvoir fait de la lutte pour la sécurité son fonds de commerce, il attaque de plein fouet les conditions d’exercice et la nature même des missions dévolues à la police républicaine. Étranglés par une réduction drastique d’effectifs, (11 000 effectifs en moins depuis 2004), les policiers sont empêchés d’assurer un véritable service de proximité, d’accueil et de secours sur le terrain. Soumis à la dictature du chiffre qui les pousse à faire de l’interpellation et du contrôle à tout va, ils sont contraints de se livrer à des pratiques aux frontières de l’illégalité, le profilage ethnique par exemple. Accablés de directives ultra sécuritaires, ils voient leurs fonctions de prévention détournées au profit exclusif de la répression. Managés à coup de peur, de prime et de triche, ils ont le sentiment de ne plus travailler que pour fournir à la hiérarchie des résultats qui pourront être utilisés à des fins de communication politique.

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