lundi, mars 30 2015

L’indignité nationale : une mauvaise idée

30 03 2015

drapeau_tricolore.jpgLa tentation ne peut être que forte et légitime, à la suite des attentats de janvier 2015, de qualifier le terroriste djihadiste en tant qu’indigne. Or sur le plan de la prévention dissuasive, il y a fort à parier que la crainte d’être frappé de dégradation civique ne détourne pas efficacement les terroristes de la préparation de leurs actes. A rebours même de l’effet recherché, cette nouvelle incrimination pourrait alimenter la « martyrologie djihadiste » et être vécue comme une confirmation glorieuse de la non-appartenance à la communauté nationale, servant la cause terroriste plutôt que la capacité de la République à lutter contre de tels individus.
De plus, la réactivation de l’indignité nationale, qui correspond d’une certaine façon à une laïcisation de l’excommunication serait, indéniablement, pour la République, l’aveu d’un échec.
La meilleure réponse est de redonner de la force à l’idéal républicain, de réaffirmer la valeur de notre droit en punissant leurs crimes avec les outils de droit pénal commun.

Photo : 20minutes.fr

samedi, mars 28 2015

Une évaluation scientifique indépendante des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP)

28 03 2015

CRS_dans_la_rue.jpgA la demande de la Préfecture de police de Marseille, une équipe de chercheurs de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) a évalué localement la politique des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP).
Nous nous sommes concentrés dans cette étude sur les évolutions produites par la « méthode globale », cette politique publique mise en place en 2012 avec la création des Zones de Sécurité Prioritaires. Notre enquête évaluative a été réalisée sur deux terrains marseillais : la cité du Clos la Rose dans le 13 ème arrondissement et la cité La Sauvagère dans le 10ème. Notre analyse s’appuie sur des données socio-historiques, sur l’opinion des acteurs institutionnels et des populations résidant sur ces territoires ainsi que sur des données émanant des services de police. Nous avons également voulu questionner la participation citoyenne à la gestion politique locale et spécialement les conditions de leur contribution aux questions de sécurité publique. Il ressort que le bilan des Zones de Sécurité Prioritaires est pour le moins mitigé. Premier constat : le trafic de stupéfiant, point central dans l’approche globale, est un phénomène qui n’a jamais été durablement stoppé. Il a pu momentanément s’arrêter et il a pu se déplacer. Mais, dans les deux cas étudiés, il persiste.

Photo : lesinrocks.com

vendredi, mars 27 2015

Qui sont les jeunes qui se radicalisent ?

27 03 2015

radicalisation.jpgIl existerait deux groupes d’« aspirants » jihadistes aux ressorts distincts. Le premier est fait de jeunes exclus qui ont intériorisé la haine de la société et se sentent profondément victimisés, les « désaffiliés ». Ils pensent ne pas avoir d’avenir dans le modèle dominant « travail, famille, insertion dans la société ». L’adhésion à l’islam radical est un moyen pour eux de sacraliser leur haine, de la légitimer et de justifier leur agressivité. Ils ont quelques caractéristiques communes : vie d’exclusion dans les banlieues, déviance, emprisonnement, récidive, adhésion à une version radicale de l’islam, voyage initiatique en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen ou en Syrie, et enfin la volonté de rupture avec la société au nom de la guerre sainte. Le second groupe est totalement différent puisqu’il s’agit de jeunes des classes moyennes qui n’éprouvent pas de haine vis-à-vis de la société, vivent dans des quartiers bien balisés et n’ont pas de casier judiciaire. Ceux-là nourrissent une volonté de venir en aide à leurs frères en religion et sont animés d’un romantisme naïf. Leur engagement correspond à une sorte de mise à l’épreuve de soi, un rite de passage à la vie adulte pour post-adolescents, notamment chez les jeunes filles et les convertis.

jeudi, mars 26 2015

Le suicide en prison

26 03 2015

suicide_en_prison_2.jpgDans les prisons françaises, près d’un décès sur deux est un suicide. Le taux de suicide en prison a beaucoup augmenté depuis le milieu du 19e siècle. Avec 18,5 suicides enregistrés pour 10 000 personnes écrouées sur la période 2005-2010, il est aujourd’hui sept fois plus élevé qu’en liberté (dans la population générale, le taux atteint 2,7 pour 10 000 en 2010 chez les hommes de 15 à 59 ans. Ce groupe est plus proche de la structure par sexe et âge de la population carcérale, plus de neuf détenus sur dix étant des hommes).
Géraldine Duthé (Ined), Angélique Hazard et Annie Kensey (Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice) ont analysé des informations de la base nationale de Gestion informatisée des détenus en établissements (Gide). Leur étude, publiée dans la revue Population, porte sur 363 525 séjours sous écrous et 377 suicides survenus entre le 1er janvier 2006 et le 15 juillet 2009. Elle permet d’identifier certaines conditions de détention ou caractéristiques des détenus qui présentent un risque de suicide plus élevé.

mercredi, mars 25 2015

Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

25 03 2015

MEDICAMENTS.jpgPendant plus de vingt ans, ils ont eu pouvoir de vie et de mort sur les médicaments en décidant de leur mise sur le marché et de leur remboursement. Aux postes de présidents, vice-présidents ou simples membres des principales commissions du système français, un petit groupe d’amis a parallèlement et secrètement conseillé les laboratoires sur la meilleure façon de présenter leurs dossiers. L'affaire, au-delà des évidentes questions déontologiques et de conflits d'intérêts qu'elle pose, interroge la probité du système sanitaire français tout entier.
Après une enquête de plusieurs mois, Mediapart a en effet découvert que Gilles Bouvenot (président de la commission de la transparence de 2003 à 2014), Bernard Avouac (président de la commission de la transparence de 1989 à 1998), Jean-Pierre Reynier (vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1994 à 2002 et membre du conseil d’administration de l’agence européenne du médicament), Christian Jacquot (membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1996 à 2012), Renée-Liliane Dreiser (ancienne experte auprès de la commission de la transparence) et quelques autres, avaient mené sans jamais les déclarer des activités rémunérées de consultants.

mardi, mars 24 2015

La loi sur le renseignement menace-t-elle les libertés publiques ?

24 03 2015

mobilisation_contre_le_terrorisme.jpgLe Premier Ministre a présenté en Conseil des ministres un projet de loi relatif au renseignement. Le Conseil national du numérique y relève des avancées : outre le fait que le renseignement disposera d’un cadre général et d’un contrôle accru, la définition de ce cadre fera l’objet d’un vrai débat contradictoire, au Parlement et dans la société. Le Conseil déplore toutefois le projet d’étendre de manière significative le périmètre de la surveillance, sans que cette extension ne s’accompagne de garanties suffisantes en termes de libertés. Il souligne par ailleurs la nécessité de porter une attention particulière au contrôle des techniques de cette surveillance.
Le Conseil s’inquiète en premier lieu d’une extension significative du périmètre de la surveillance. De plus, le Conseil est préoccupé par l’introduction de nouvelles techniques de renseignement, dont certaines peuvent confiner à une forme de surveillance de masse.

Photo : sudouest.fr

lundi, mars 23 2015

Radicalisation, terrorisme, secret professionnel : il faut raison garder

23 03 2015

Image_chuchoter_educol.net.jpgNotre façon de renforcer la société qui est mise à mal par ces terroristes, c'est de la faire vivre, pas d'y renoncer même partiellement. Un des fondements de notre société est le respect de la vie privée des citoyens et du secret professionnel pour ceux qui y sont soumis. Cela est compatible avec un travail efficace en terme de sécurité mais assumant ses propres limites : aucun système, même le plus contrôleur, ne peut parvenir à créer une société garantie sans risque. Au moment où un homme sous surveillance des services de renseignements a agressé trois militaires à Nice, il convient de rappeler la complexité de la tâche de prévention de ces passages à l'acte. La recherche de responsabilité par la mise en question des travailleurs sociaux et du secret professionnel ne satisfait que ceux qui cherchent des coupables lorsque leurs résultats ne peuvent atteindre l'illusoire "risque zéro".
Ce n'est donc pas en devenant des auxiliaires de police que nous aiderons efficacement notre société. Au contraire. Le travail social participe d'une société qui cherche à réduire les risques de dérives individuelles. Nous ne pouvons pas transiger sur nos fondements, nous devons aborder les questions dans leur complexité. La peur et la pensée réductrice sont mauvaises conseillères, pour la société comme pour les travailleur sociaux.

Image : educol.net

dimanche, mars 22 2015

Les syndicats européens contre la fraude, l’évasion et les paradis fiscaux

22 03 2015

halte_a_la_fraude.jpgOn observe une croissance très importante de l’évasion fiscale qui, s’ajoutant à la fraude fiscale, représente une perte massive de recettes fiscales estimée à un trillion d’euros par an dans l’UE. Cette croissance a été facilitée par la mondialisation, la financiarisation, l’économie numérique, le développement du commerce et l’augmentation de la part du capital dans le revenu national ainsi que par le manque de volonté politique pour s’attaquer au problème de l’écart fiscal. Alors que les mouvements de capitaux ignorent les frontières, les règles en matière de fiscalité sont toujours nationales. Fraude et évasion prospèrent du fait du manque d’information sur les flux de capitaux et sur la propriété des actifs au plan international, de l'inexistence des échanges automatiques de données fiscales entre les administrations et parce que les gouvernements nationaux se préoccupent davantage de concurrence fiscale que de coopération et davantage d’administration que d’investigation.

samedi, mars 21 2015

Les mains propres. Plaidoyer pour la société civile au pouvoir

21 03 2015

les-mains-propres.jpgCorinne Lepage a toujours refusé de choisir : pour elle, action citoyenne et engagement politique ne font qu'un.
Tour à tour adjointe au maire de Cabourg, avocate engagée dans le procès de l'Erika, ministre du gouvernement Juppé, députée européenne, elle a vécu le monde politique de l'intérieur et en dévoile la face obscure : enrichissement personnel d'élus, évasion fiscale de ministres en vue, connivences politico-médiatiques.
Forte de ses années d'expérience et d'une foi inébranlable en l'avenir, Corinne Lepage appelle à la mise en place du référendum d'initiative populaire, d'un droit de pétition auprès du Parlement et d'une chambre représentant la société civile dotée de réels pouvoirs.

vendredi, mars 20 2015

Lutte contre la corruption : immobilisme français, leçons italiennes

20 03 2015

sotomayor2-corruption-052709-lg-97030167.jpgLes affaires politico-financières, notamment de corruption, occupent une part croissante de l’espace médiatique. En témoigne l’omniprésence du débat sur les « lanceurs d’alerte », après les récentes révélations sur les clients d’HSBC.
Pourtant, et malgré les engagements de campagne du président de la République, la France semble peu disposée à s’attaquer au fléau de la corruption. Après des lois « Cahuzac » adoptées à la hâte et sans véritable préparation, aucune initiative significative n’est à relever du côté des pouvoirs publics. Cet immobilisme fait fi des mises en causes répétées des ONG comme des principales organisations internationales. Les autorités françaises n’ont pas davantage réagi au séisme déclenché par l’amende colossale infligée aux États-Unis à son fleuron industriel Alstom. Elles pourraient pourtant s’inspirer de certains de ses voisins, dont la surprenante Italie.

jeudi, mars 19 2015

Aux origines de l’État islamique

19 03 2015

etat_islamique.jpgL’État Islamique, nouvel acteur de la scène proche-orientale, est au centre toutes les attentions depuis son apparition officielle le 29 juin 2014. Cette dernière tient principalement à ses modes opératoires (décapitation d’Occidentaux, habillés comme les prisonniers de Guantanamo), à une rhétorique d’une tout aussi extrême violence, à la remise en cause soudaine de découpages étatiques établis depuis les accords de Cambon-Grey (dit Sykes-Picot) en 1916 et à la confrontation avec une nouvelle coalition occidentale qui a lancé une campagne de bombardements en septembre 2014. La lecture médiatique en a rapidement fait le nouveau protagoniste devant redéfinir globalement l’ordre politique local, voire régional. Percée fulgurante, conquête massive, bouleversement de la carte moyen-orientale constituent autant de points d’entrée pour analyser un phénomène relativement exceptionnel en matière politique. Nous ne nous proposons pas ici de revenir sur la pertinence de ce jugement, ni d’estimer le caractère durable ou éphémère de cet acteur, la réalité de son accès à des ressources matérielles, humaines et symboliques susceptibles de produire ce grand chambardement annoncé. Il s’agit de s’interroger sur la signification de son nom et de comprendre comment cette forme d’autorité publique a été engendrée par une série de bouleversements en Irak et en Syrie.

mercredi, mars 18 2015

« Si les hommes sont libres et égaux en droit, c’est à quelle heure ? »

18 03 2015

liberte_egalite_fraternite.jpgLes attentats et les meurtres terribles du début janvier 2015 ont déclenché une onde de choc dans la société française. Celle-ci a pris une dimension singulière dans les quartiers populaires parce que ces territoires sont tout particulièrement confrontés à la montée des tensions sociales, du racisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme. À la suite de ces événements, une forte inquiétude s’est exprimée parmi les habitants de ces quartiers de voir monter encore la stigmatisation sociale et ethno-raciale et d’être encore montrés du doigt. Après l’imposante « mobilisation républicaine » et les multiples débats, tribunes et échanges qui ont suivi, plusieurs observateurs ont affirmé qu’il y aurait un « après », marqué, selon eux, par un élan de solidarité nationale. Mais cet après se dessinera en fonction de l’« avant » et de l’analyse qui en aura été faite.

Photo : Marc Roussel/Flickr

mardi, mars 17 2015

Politique de la ville, égalité des territoires : récit d’un échec

17 03 2015

index_kafka.jpgQuand une agence nationale du développement des territoires, puis soudain… du développement économique, remplacerait un commissariat général à l’égalité des territoires : pour quoi faire ?
« Mon Dieu pardonnes leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ! C’est l’exclamation qui peut nous venir à l’esprit en apprenant la décision récemment de créer une agence nationale pour le développement des territoires annoncée par le Premier Ministre, suite aux assassinats du 11/12 janvier 2015, devenue depuis quelques jours... agence nationale du développement économique !
Pourquoi s’alarmer ? Après tout, cette nouvelle création ne serait pas surprenante, au moment où une crise majeure touche notre pays, et où une réforme territoriale est en cours de configuration. Ce ne serait pas surprenant si…

Lire la suite...

lundi, mars 16 2015

Comprendre le désenchantement de la politique de la ville

16 03 2015

livre_Kirszbaum.jpg
Parler de la « crise » des banlieues suggère que nous ferions face à un problème provisoire dont il serait possible de venir à bout par un traitement adapté. Pourtant la leçon des historiens est claire : les banlieues sont depuis toujours aux marges de la ville, mais au cœur d’une question sociale, urbaine et politique en perpétuelle recomposition. Ce livre mêle des réflexions de jeunes chercheurs novateurs et de personnalités incontournables sur la question des banlieues. Dans une perspective à la fois historique et comparative avec d’autres pays européens, il essaie de faire évoluer un débat bloqué depuis trop longtemps. Car la croyance française d’une crise passagère alimente une constante désillusion sur l’efficacité de la politique de la ville.



dimanche, mars 15 2015

Condamner. Une analyse des pratiques pénales

15 03 2015

condamner.jpgDestiné à devenir une référence en sociologie de l’administration de la justice pénale, cet ouvrage est construit sur le double sens du mot « condamner » : ce mot désigne bien sûr la pratique spécifique des tribunaux voués à la condamnation des auteurs d’infractions, mais aussi l’orientation de l’ensemble des activités du système pénal.
L’auteur présente des outils d’analyse des pratiques pénales, en suivant une démarche progressive, allant de la perspective la plus impersonnelle (systémique), vers une approche de sociologie morale, en passant par des ressources de la sociologie des organisations et du travail. La thèse qui justifie une telle démarche se décline de la façon suivante :
- le système pénal est loin de fonctionner « à la loi » ;
- les pratiques des agents, qu’elles respectent ou non la loi, relèvent d’un arbitrage entre les normes légales et des normes organisationnelles et professionnelles qui se concurrencent et, parfois, se contredisent ;
- il importe donc d’examiner les normes mais aussi les justifications de l’action dans les cas d’arbitrages pratiques des juges du tribunal correctionnel dont l’ethos professionnel a été empiriquement approché par l’auteur.

- page 1 de 120