samedi, avril 5 2014

Le pitoyable (dernier ?) réquisitoire de Philippe Bilger

5 04 2014

o-vieillesse-ennemie.jpgIl n’est pas facile de rendre compte du dernier livre de Philippe Bilger, ni même de le lire jusqu’au bout. D’abord parce que c’est un mauvais livre. Une trentaine de chapitres assez peu vertébrés qui dépassent rarement trois pages, pour ressasser un ressentiment obsessionnel contre Christiane Taubira que notre auteur, on l’aura compris, n’apprécie guère et qui semble nuitamment peupler ses cauchemars. Le bandeau de l’éditeur fait assez bien le tour de la pensée profonde de l’ouvrage, « Taubira : carton rouge ».
Sur le fond, Philippe Bilger enchaîne, avec un talent que n’a pas l’Institut pour la justice, les mêmes éternels poncifs de la droite « contre la justice laxiste », au moment piquant où les prisons n’ont jamais été aussi pleines depuis la Libération et les peines prononcées de plus en plus longues – les juges rouges ont dû s’assoupir devant le Mur des cons.
C’est d’autant plus difficile que Philippe Bilger a été grand magistrat, sensible, cultivé, touchant même, assurément d’une haute intelligence, pour qui nous étions nombreux à avoir de l’estime.

Illustration : hellocoton.fr

vendredi, avril 4 2014

Prouver et gouverner. Une analyse politique des statistiques publiques

4 04 2014

livre_desrosiere.pngAujourd'hui, les statistiques sont partout. Chacun ressent confusément que, certes, elles fournissent des données utiles sur la société, mais qu'elles servent aussi d'instruments de pouvoir. Comment respecter les informations qu'elles apportent et en même temps les envisager comme politiques ? C'est à cette question clé que ce livre entend répondre, en explicitant l'ambivalence inhérente aux données quantitatives. En douze chapitres historiques concernant le gouvernement néolibéral, les institutions internationales ou les rapports entre quantification et sciences sociales, le lecteur apprendra à faire le tri dans le déferlement quotidien de chiffres.
Alain Desrosières est prématurément décédé alors qu'il mettait la dernière main à la rédaction de ce livre, qui devrait faire date au même titre que La Politique des grands nombres (La Découverte, 1993), devenu un classique et traduit dans le monde entier. Il avait successivement travaillé avec Pierre Bourdieu puis avec les chercheurs français impliqués dans la sociologie de la critique et la sociologie des sciences, deux des environnements les plus innovants intellectuellement en France depuis les années 1980. Il est le fondateur de la sociohistoire de la statistique, une discipline qui se développe désormais très rapidement, en France comme à l'étranger. Ce livre très accessible et d'une grande portée politique peut être considéré comme son testament intellectuel.

jeudi, avril 3 2014

Refonder les politiques d’immigration et d’intégration en France

3 04 2014

Image_LVI.jpgEn février 2013, le gouvernement de J.-M. Ayrault a décidé de « refonder » la politique d’intégration. La commission créée à cet effet réunissait des chercheurs en sciences sociales, des « intellectuels », des hauts fonctionnaires, des élus, des militants et des activistes de la société civile. Le rapport qu’elle produisit détonnait à la fois sur la forme et sur le fond avec toute une série de rapports publiés au cours des dernières décennies 1 et rompait aussi plus fondamentalement avec la rhétorique de plus en plus conservatrice du Haut Conseil à l’Intégration (Lochak, 2011). Quelle que soit la pertinence de ce rapport et des recommandations spécifiques qu’il a formulées, force est de constater qu’il a été graduellement désavoué par le gouvernement lors d’une série de déclarations politiques, désaveu qui s’est d’ailleurs traduit en actes lors de l’annonce des dernières mesures gouvernementales pour l’intégration le 11 février 2014 2. Les mesures rendues publiques ne semblent en effet avoir retenu des recommandations de ce rapport qu’une vague volonté de réconcilier les politiques d’immigration et les politiques de lutte contre les discriminations. Là n’est pas le problème puisqu’il est assez commun que les rapports politiques soient enterrés dans les tiroirs de l’État et les précédents en matière d’immigration sont bien nombreux. Cet épisode est plus fondamentalement révélateur d’une impasse politique sur ces questions.

mercredi, avril 2 2014

Les chiffres de la peine de mort dans le monde

2 04 2014

abolir_peine_de_mort.jpgMalgré les revers de 2013, le nombre de pays appliquant la peine capitale n'a cessé de diminuer depuis 20 ans, et des progrès ont été constatés dans toutes les régions du monde pendant l'année écoulée.
Beaucoup de pays qui avaient mis à mort des condamnés en 2012 n'ont procédé à aucune exécution en 2013 ; c'est le cas notamment de la Gambie, des Émirats arabes unis et du Pakistan, dont les autorités ont suspendu le recours à la peine capitale. Le Bélarus n'a exécuté personne non plus, ce qui fait que, pour la première fois depuis 2009, aucune exécution n’a été enregistrée en Europe ni en Asie centrale.
L'Iran et l'Irak sont à l'origine d'une forte augmentation du nombre d'exécutions dans le monde en 2013, allant à l'encontre de la tendance mondiale à l’abolition de la peine de mort. Le nombre alarmant d'exécutions dans un groupe restreint de pays – principalement ces deux pays du Moyen-Orient – s'est traduit par près d'une centaine d'exécutions supplémentaires dans le monde par rapport à 2012, soit une augmentation de presque 15 %.

mardi, avril 1 2014

Les éducateurs de rue ont toute leur place dans le partenariat local de sécurité

1 04 2014

prevention_specialisee.jpgFace aux nombreuses menaces qui pèsent sur l’avenir de la prévention spécialisée, vous estimez, dans une étude de terrain publiée en février 2014, que son avenir passe par sa contribution aux politiques locales de sécurité et de prévention de la délinquance. Contribution longtemps rejetée par les éducateurs de rue qui mettent en avant leurs missions socio-éducatives. En tant que sociologue, comment en êtes-vous arrivée à cette conclusion ?
Je rappelle tout d’abord que cette étude répond à une demande formulée par l’Association Départementale pour le Développement des Actions de Prévention des Bouches du Rhône (ADDAP13), qui est aujourd’hui le plus gros club de prévention spécialisée en France. Cette association, connue pour ses réflexions sur les pratiques professionnelles et les enjeux de la « prèv’ », a exprimé de fortes inquiétudes quant au rôle des éducateurs de rue aujourd’hui, le sens de leurs missions et au final, leur existence même, au vu des injonctions croissantes des politiques locales de sécurité.

Photo : lesmetiers.net

samedi, mars 29 2014

Un nouveau paradigme de la race ?

29 03 2014

race_decoded.jpgDans une tribune publiée en mai 2013, le biologiste Michel Raymond et la romancière Nancy Huston croyaient nécessaire de rappeler à la communauté des sciences sociales que l’existence de « races » au sein de l’espèce humaine constituait un fait biologique incontestable, établi par les plus récents progrès de la génétique. On y apprenait, par la même occasion, que la génétique « se contente de décrire » ces « réalités », sans « aucun jugement de valeur », tandis que les « sciences sociales » faisaient, elles, preuve d’une ignorance coupable envers les progrès de ladite génétique. Pourtant, on ne compte plus depuis quelques années les travaux d’anthropologie ou de sociologie qui se penchent sur les recherches que les généticiens consacrent à la diversité biologique humaine. Nous présenterons ici quelques résultats issus de récents ouvrages américains traitant de ces questions. Très divers dans leurs thématiques, qui vont de la pharmacogénomique à l’analyse des rapports entre génétique et discours de la parenté, ces travaux se rejoignent par la discipline dont sont majoritairement issus leurs auteurs : l’anthropologie, qui leur permet de nous faire entrer, en s’appuyant sur des entretiens et des enquêtes de terrain, dans le détail des manières dont généticiens et chercheurs en biomédecine élaborent leurs données et leur donnent des sens en accord avec leurs valeurs et leurs engagements sociopolitiques.

mardi, mars 25 2014

Le rapport sur l’état de la jeunesse de l'INJEP

25 03 2014

Injep_observatoire.pngUn rapport sur l’état de la jeunesse, coordonné par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), a été présenté au comité interministériel de la jeunesse (CIJ), le 4 mars 2014. Il fait suite à la décision, lors de la création du CIJ, il y a un an, d’assortir le plan Priorité Jeunesse, annoncé par le gouvernement, d’un tableau de bord d’une quarantaine d’indicateurs statistiques pour suivre l’évolution de la jeunesse en France.
La première édition de ce document comprend deux parties : le tableau de bord proprement dit, ainsi qu’une mise en perspective européenne. Le tableau de bord est une production du groupe interministériel rassemblant les organismes producteurs, dont l’Injep a coordonné les travaux. La seconde partie consiste dans une mise en perspective européenne réalisée par l’Institut. Objectif : offrir une vision supranationale des jeunes Européens à travers cinq grandes thématiques : l’éducation et l’emploi ; la culture, le numérique, la créativité ; l’engagement, la participation sociale et politique ; la mobilité européenne et internationale.

lundi, mars 24 2014

In memoriam : Jean-Luc Einaudi

24 03 2014

jean-luc-einaudi.jpgL'auteur de La bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Seuil, 1991), Jean-Luc Einaudi, dont les écrits ont mis en lumière, de façon magistrale, le rôle de l'État français dans la répression des luttes pour l'indépendance algérienne, s'est éteint, samedi 22 mars, à Paris, emporté par un cancer fulgurant. Né le 14 septembre 1951, Jean-Luc Einaudi a travaillé toute sa vie comme éducateur, auprès des jeunes – auxquels il consacra un livre, Les mineurs délinquants (Fayard, 1995). Il venait, il y a deux ans, de prendre sa retraite.
Mais ce sont ses nombreux ouvrages sur l'Algérie, fruits de recherches « méticuleuses et opiniâtres », selon les termes de l'historien Gilles Manceron, qui l'ont fait connaître du grand public. « Je ne revendique pas le titre d'historien. J'écris sur ce qui me paraît important », confiait-il, le 9 février, dans un entretien – le dernier – accordé à Berbère Télévision. Bien qu'âgé de onze ans au moment de l'indépendance de l'Algérie, en 1962, ce fils unique, issu d'une famille modeste, devenu militant maoïste dans l'après-1968, s'était intéressé très vite aux combats anticolonialistes – du Vietnam à l'Algérie.

Photo : Le Monde

dimanche, mars 23 2014

Les pouvoirs locaux à l'heure des élections municipales

23 03 2014

bandeau_maire.jpgComme tout scrutin, les élections municipales des 23 et 30 mars prochains se traduisent dans les librairies par une recrudescence de publications concernant la gestion des villes françaises et les enjeux liés à la recomposition des pouvoirs locaux.
On ne pourrait cependant faire grief à René Dosière, député de l'Aisne apparenté socialiste, de ne s'intéresser à ces questions que de manière épisodique. Son ouvrage Le métier d'élu local , reprenant le titre d'un livre de science politique publié il y a vingt ans sous la direction de Joseph Fontaine et Christian Le Bart , est à la fois un témoignage et un plaidoyer contre le cumul des mandats. Dans un autre registre, l'ouvrage collectif Les Roitelets ou la France des fiefs sous la direction d'Olivier de Lagarde, journaliste à France Info, vise davantage à dépeindre un paysage politique, d'une manière très (trop ?) centrée sur les personnes, celui des grandes villes de France, envisagées quasi-uniquement sous la forme de baronnies locales. De manière plus classique, enfin, la revue Pouvoirs propose un numéro riche et divers à cet élu de proximité qu'est le maire, à la fois d'un point de vue historique, juridique et sociologique.

Photo : slate.fr

samedi, mars 22 2014

La gauche, la droite, les villes

22 03 2014

tramway_bordeaux.jpgLa césure gauche/droite a, dit-on, une origine urbaine. Lorsque Romulus traça le sillon qui délimitera la cité de Rome, le mythe dit qu’il le fit de manière circulaire et dans le sens des aiguilles d’une montre. Ainsi, la ville s’ébauchait à sa droite et ce qui se trouvait à sa gauche fut renvoyé à la barbarie. Ce principe général d’ordonnancement du monde permet-il encore de rendre compte des différences dans la manière de gouverner les villes ? Rien n’est moins sûr ! Si la politique urbaine a toujours été soumise à des cycles de dépolitisation/repolitisation – autrement dit à des phases lors desquelles les référents idéologiques et partisans sont abondamment mobilisés dans les compétitions électorales, et d’autres où ils le sont beaucoup moins –, il semblerait que nous traversions aujourd’hui une phase de dépolitisation. Cette dynamique est toutefois accentuée par des transformations du politique à l’échelle nationale (rôle croissant du recours à l’expertise pour justifier les choix politiques, transformation des fonctions et des fonctionnements des partis, etc.) d’une part, et par des évolutions plus proprement urbaines d’autre part. C’est plus particulièrement sur ces causes urbaines que s’attarde cet article.

Photo : huffingtonpost.fr

vendredi, mars 21 2014

Le CIPD présente un catalogue de "bonnes pratiques" en prévention de la délinquance

21 03 2014

strategie_prevention.jpg« Proposer aux acteurs locaux des fiches méthodologiques et descriptives d’actions qui mériteraient d’être développées ». Telle est l’ambition de la quinzaine de « bonnes pratiques » mises en ligne sur le site du secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD). Cette « première série de fiches », qui devrait connaître une suite, présente des actions locales jugées exemplaires et en décrit l’objectif, la méthodologie, les moyens dédiés et les résultats attendus. Des références locales sont citées avec les coordonnées des personnes pilotes. L’objectif affiché est bien de « faciliter la mise en oeuvre de la stratégie nationale de prévention de la délinquance » lancée en juillet 2013.
Toutefois, on peine encore à apercevoir une doctrine globale du gouvernement en matière de prévention de la délinquance. En ce sens, dans son audition devant la mission parlementaire d’information sur « la lutte contre l’insécurité sur tour le territoire », le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) a prôné le vote d'une loi cadre sur la prévention. Dans une interview suivant la journée des professionnels de la prévention du 6 février 2014 à Aix-en-Provence, nous insistons également sur le manque de doctrine globale en matière de prévention.

jeudi, mars 20 2014

Autour du rapport de Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches

20 03 2014

creche.jpgA la suite de la note "L'enfance : un investissement d'avenir" publiée en octobre 2013, le rapport du groupe de travail de Terra Nova présidé par Olivier Noblecourt propose une nouvelle vision de la petite enfance : les crèches ne doivent plus être conçues seulement comme un mode de garde au service des parents, mais avant tout comme des lieux d'éducation au service du développement des enfants, notamment les plus défavorisés.
Le collectif PasdeOdeconduite critique le rapport de Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches. Si les praticiens relèvent « l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits », notamment par le développement du langage, ils s'inquiètent des effets anxiogènes d'une sur-stimulation selon un modèle-type qui minimiserait les vertus éducatives du jeu et l'individualité de chaque enfant.

mercredi, mars 19 2014

Quel bilan pour la loi pénitentiaire de 2009 ?

19 03 2014

image_prison.jpgLa loi du 24 novembre 2009 a connu une application contrastée et hésitante sur certains points majeurs concernant la protection des droits fondamentaux des personnes détenues et leur vie quotidienne en détention. Plus de quatre ans après son entrée en vigueur, elle témoigne du fait qu’il ne suffit pas de voter une loi pour transformer en profondeur la vie en prison et modifier les pratiques qui y ont cours.
L’administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique. Elle doit, pour cela, prévenir et réprimer les violences subies par les personnes détenues du fait des autres captifs ou de représentants de l’administration. Elle doit aussi anticiper les actes d’auto-agression.
L’application de l’article 57 de la loi pénitentiaire est un exemple fort d’une absence de mutation des pratiques professionnelles malgré l’évolution voulue par la loi en matière de fouilles. L’administration pénitentiaire n’a pas été en capacité de porter cet te évolution législative auprès de ses personnels. Elle a, par son inertie, encouragé les organisations professionnelles à en réclamer l’abrogation. Afin de mettre un terme à cette situation, une note du 11 juin 2013 du directeur de l’administration pénitentiaire est venue enfin infléchir la position initiale.

Photo : tpe-conditionsdevie-prison.e-monsite.com

lundi, mars 17 2014

Alain Soral, Eric Zemmour : deux néoconservateurs xénophobes décryptés

17 03 2014

la_haine.jpgXénophobie, antisémitisme, islamophobie, racisme anti-noir, machisme, homophobie... cette idéologie néoconservatrice a deux principaux pôles émetteurs : l’un au cœur du paysage médiatique, habitué à caricaturer musulmans et Noirs, l’autre dans l’underground très actif d’internet, préférant s’en prendre au « suprématisme juif » (selon l’expression d’Alain Soral dans son ouvrage avec Éric Naulleau, Dialogues désaccordés, Blanche/Hugo & Cie, 2013). Le héraut du premier pôle est Zemmour, le héros du second Soral.
Par-delà les divergences réelles entre les deux pôles, on repère un bricolage de thèmes communs. Et puis ils ont hérité de leur bouc émissaire préféré, BHL, quelques traits contribuant à la désintellectualisation en cours du débat public : l’enfilage de lieux communs plutôt que l’enquête au plus près des complications du réel, le marketing des idées vagues plutôt que le patient travail des concepts, l’arrogance rhétorique plutôt que l’argumentation raisonnée. Les marionnettes de l’anticonformisme ressemblent, dans leur absence de rigueur et leur goût pour la mise en spectacle, aux marionnettes du conformisme qu’elles dénoncent.

dimanche, mars 16 2014

Observations sur la « question rom » à Tourcoing

16 03 2014

SOS_Marliere.jpgLa situation locale dans la ville de Tourcoing confirme à de multiples niveaux l’analyse qui est proposée du « ras-le-bol », de « l’indignation » de « riverains excédés » dans le livre Roms et riverains, une politique municipale de la race publié ces derniers jours (voir ici). Le premier point commun est l’amalgame complètement banalisé entre « gens du voyage » et « Roms », que l’on peut voir comme une conséquence locale des déclarations de M. Sarkozy à l’occasion de son discours de Grenoble (30 juillet 2010), et indirectement des déclarations de M. Valls sur France-Inter (24 septembre 2013). La constitution au printemps 2012 de l’association « SOS-Marlière », du nom de ce quartier qui jouxte la frontière belge, en fournit une assez bonne illustration.
Le 12 mars 2012, le maire socialiste de la ville, Michel-François Delannoy, envoyait un courrier aux habitants du quartier. Il y présentait la nécessité pour sa ville de se mettre en conformité avec la législation sur les aires d’accueil pour gens du voyage : « En l’état actuel de ses réflexions, la majorité municipale imagine que des terrains proches de chez vous pourraient convenir à la réalisation, dans plusieurs années, de petites aires d'accueil appelées terrains familiaux. De taille limitée, ils ne reçoivent qu’environ 6 caravanes ». Le ton était rassurant, parlant « d’hypothèses de travail », de « délai nécessaire » laissant « amplement le temps de construire avec les riverains, particuliers et entreprises, un projet de qualité ». Or, dès les premières réunions de quartier, la mobilisation fut massive et spontanée.

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