mercredi, août 12 2015

Nice, l'islam et l'art de ne rien comprendre

12 08 2015

inauguration_estrosi_algerie_francaise.jpgL'édition du 8 août 2015 de Nice Matin révèle, au détour d'une affaire de salle de prière, un condensé de l'incurie d'une classe dirigeante et son inaptitude profonde à appréhender l'évolution sociétale qui s'impose pourtant à elle.
Une association qui loue un local servant de lieu de culte depuis 14 ans se voit expulsée. Faute de lieu suffisamment proche et suffisamment grand pour les accueillir, les fidèles décident de prier au pied d'une tour d'immeuble. Nous sommes à Nice, à Bon Voyage, l'un des quartiers défavorisés de la ville, et ils sont deux cents à prier ainsi dehors, depuis près de neuf mois. Le maire de la ville, Christian Estrosi, grand défenseur de la laïcité devant l’Éternel, déclare qu'il s'en référera au Préfet si la situation perdure.
Nice Matin a alors la bonne idée d'interviewer Dominique Estrosi Sassone, présidente du principal bailleur social local, Côte d'Azur Habitat, par ailleurs conseillère municipale et métropolitaine, adjointe au maire au logement, vice-présidente du conseil départemental, secrétaire générale de la fédération des offices publics de l’habitat, sénatrice et secrétaire nationale à l'industrie du parti Les Républicains (et ex-femme de C. Estrosi).

Photo : mediapart.fr

mardi, août 11 2015

Liberté, égalité, fraternité: rendre effectives les valeurs de la République

11 08 2015

drapeau_tricolore_2.jpgLiberté, égalité, fraternité, ces valeurs ont vocation à protéger et à émanciper, mais la CNCDH note que les modèles français d’éducation, d’insertion sociale, d’intégration, ou de politique de la ville, qui ont prévalu jusqu’à présent, peinent à conférer à ces valeurs fondamentales une réalisation concrète pour l’ensemble de ceux qui vivent en France. Alors qu’il est usuel d’attirer l’attention sur les discriminations positives dont bénéficieraient les jeunes – et les moins jeunes – des quartiers populaires cibles de la politique de la ville, la CNCDH montre dans son avis que, loin de tirer avantage des nombreux dispositifs mis en œuvre par les pouvoirs publics, les habitants des quartiers populaires ont vu leurs conditions de vie se dégrader.
Ces constats ne sont pas nouveaux, mais la période post attentats de janvier 2015 a sans doute contribué bon nombre d’acteurs à se réinterroger sur la crise sociale que traverse la France depuis plusieurs années, et sur la réalité concrète des valeurs de la République pour l’ensemble des populations vivant en France.

dimanche, août 9 2015

Tarnac : la pseudo affaire terroriste s'évapore définitivement

9 08 2015

Tarnac.jpgIl aura fallu sept ans d’une enquête erratique et politisée à l’excès pour aboutir à l’un des plus retentissants déraillements de la justice antiterroriste. Vendredi 7 août, la juge d’instruction en charge de l’enquête sur les sabotages de plusieurs lignes de TGV en 2008 a estimé, contre l’avis du parquet, que l’affaire dite de Tarnac n’était pas un dossier terroriste. La juge d’instruction balaye sans doute définitivement le spectre du terrorisme qui planait depuis le début de l’enquête sur ces sabotages.
Cette affaire avait dès sa genèse suscité une vive polémique, le gouvernement et la ministre de l’intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, étant soupçonnés d’instrumentaliser son caractère terroriste. Cette politisation du dossier intervenait alors que Nicolas Sarkozy s’apprêtait à créer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), née le 1er juillet 2008 de la fusion des Renseignements généraux avec la Direction de la surveillance du territoire. Une concomitance qui avait alimenté le soupçon d’un dossier terroriste « gonflé » sur mesure pour la nouvelle plate-forme des services de renseignement.

vendredi, août 7 2015

« Mafia in Africa »: six enquêtes pour comprendre le crime organisé

7 08 2015

Mafia_in_Africa.pngUne équipe transnationale de journalistes vient de mettre en ligne le produit de plusieurs mois d’investigations. Cette véritable plongée en apnée dans l’univers des mafias italiennes permet de comprendre leurs méthodes d’infiltration dans les économies du continent africain.
La Cosa Nostra sicilienne, la Ndrangheta calabraise, la Camorra napolitaine, pour ne citer que les mafias concernées par ces enquêtes, ont pris racine en Afrique il y a déjà plusieurs décennies, traversant les guerres et s’adaptant aux changements de régime. Mais, de la Russie au Venezuela, de la Chine aux Etats-Unis, c'est en réalité toute la planète qui trouve sa place dans ces récits. Lesquels illustrent à merveille combien, par ses tentacules tuyautant un circuit financier mondialisé, la Pieuvre est à l’œuvre partout, par delà les frontières.

mercredi, août 5 2015

La justice à l'école ? Un conseil de discipline

5 08 2015

conseil_de_discipline.jpgOn a toujours cru qu’un conseil de discipline d’un collège ou d’un lycée ressemblait à un tribunal.
La règlementation concernant les conseils a été revue en 2011, précisée en 2014 : on renvoie aux articles du Code de l’éducation après les circulaires n°2011-122 du 1er août 2011 et n°2014-059 du 27 mai 2014. Des principes de droit commun sont précisés comme le contradictoire, la proportionnalité de la sanction, la visée éducative, etc. On est cependant bien loin du décorum architectural !
Le principe de séparation entre instruction et réquisition n’existe pas puisque c’est la seule et même personne qui met en cause et qui instruit, et qui de plus préside le conseil et emporte la décision en cas d’égalité des votes lors du vote du conseil : le chef d’établissement ou son adjoint si le chef est empêché. Tout en un : juge d’instruction, procureur, juge du siège et droit abusif en cas de partage des voix. Certes on est dans le droit administratif et pas dans le pénal !
Voici un collège où ce genre de procédure est rarissime, c’est dire que les participants au conseil y vivent une première expérience, que ce soit les représentants des personnels, des parents ou des élèves.

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lundi, août 3 2015

Délinquance des élus : l'actualité du Var

3 08 2015

Le_Var.jpgL’application en mars 2015 du nouveau mode d’élection des conseillers départementaux a induit des changements importants : les cantons ont été redessinés, leur nombre a été divisé par deux, et chacun d’entre eux élit deux conseillers : une femme et un homme.
Le canton de La Crau, dans le département du Var, regroupe les communes suivantes : La Crau, La-Londe-les-Maures, Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou, Le Rayol et un fragment de la commune de Hyères. Le binôme UMP-UDI — Unité de la Droite — qu’il a élu en mars 2015 était constitué de Marc Giraud, 1er vice-président du Conseil général du Var et maire de Carqueiranne, et de Patricia Arnould. Cette dernière était fonctionnaire territoriale de la commune de Carqueiranne ; élue municipale de La Crau en 2008, elle est devenue 1ère adjointe à La Crau en 2014. Quant à Marc Giraud, suite à la victoire électorale de la droite en mars 2015, il a été élu président du conseil départemental du Var.
Tous deux ont affaire avec la justice. Après des gardes à vue de 24 à 48 heures, ils ont été mis en examen et libérés sous contrôle judiciaire.

Image : forum.femmeactuelle.fr

dimanche, août 2 2015

L’antidopage français est-il en crise ?

2 08 2015

4677155_7_89a2_au-laboratoire-de-chatenay-malabry-en-2008.jpg« J’avais installé une alerte Google sur l’AFLD. Un jour, j’ai fini par me demander si elle n’était pas en panne. » C’est un salarié de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) qui le dit. Comme la plupart de ses collègues, il se désole de l’état de déliquescence de la lutte antidopage en France. La situation commence à être prise au sérieux par le gouvernement  : le président de l’AFLD, Bruno Genevois, a été reçu jeudi 9 juillet, à leur demande, par le ministre des sports, ­Patrick Kanner, et son secrétaire d’Etat, Thierry Braillard. En plein Tour de France et dans le contexte de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024, il devient urgent pour l’agence de sortir de la situation dans laquelle elle s’est toute seule empêtrée.

mardi, juillet 28 2015

La mise en place d’un répertoire public de délinquants sexuels aux États-Unis

28 07 2015

Fichier.jpgÀ travers l’étude de la mise en place de la « loi de Megan » suscitée par une panique morale liée au meurtre d’une fillette par un délinquant sexuel (New Jersey, 1994), l’article vise à comprendre en quoi une même réponse pénale peut être sous-tendue par deux rationalités de contrôle du crime apparemment étrangères sinon incompatibles entre elles. À partir du cas étudié, sont mises à jour, d’un côté, la présence d’une approche de politique expressive « dure avec le crime » et peu nuancée relevant de la souveraineté ; de l’autre, une logique aseptisée de gestion du risque visant l’efficacité, relevant d’une rationalité post-disciplinaire. L’analyse montre que si certaines incompatibilités entre les deux rationalités demeurent évidentes, certaines circonstances et caractéristiques internes les rendent étonnement complémentaires.

dimanche, juillet 26 2015

Des caméras sur les policiers, proviseurs, parents... et puis qui encore ?

26 07 2015

photo_rue89_camera_police.jpgÇa a d’abord commencé par les policiers. Pourquoi ne pas les équiper de caméras pour enregistrer leurs interactions avec les citoyens ? Comme ça, en cas de plainte d’un côté ou de l’autre, en cas de bavure, il suffit de visionner les images pour constater d’où vient la faute.
Dans les faits, c’est un peu plus compliqué que cela, et l’équipement des forces de l’ordre de caméras soulève un grand nombre de problèmes (qui déclenche ? combien de temps sont conservées les images ? qui les conserve ? etc). Mais ça n’a a pas empêché que la pratique soit en pleine expansion et franchisse l’Atlantique pour arriver jusqu’à nous.
Et voici qu’après les policiers, une autre catégorie de personnels pourrait bientôt en être doté : le personnel scolaire. C’est ce qu’une école du sud de l’Iowa a récemment décidé. Doter chaque encadrant d’une body-caméra qui filmerait ses interactions avec les élèves et avec les parents.

vendredi, juillet 24 2015

La prison ou la fuite

24 07 2015

on_the_run.jpgPremier ouvrage d’Alice Goffman, jeune professeure à l’Université du Wisconsin, On the Run est l’une des attractions éditoriales du moment, non seulement en sociologie mais aussi, plus généralement, dans le vaste univers de la non-fiction américaine. Un an à peine après sa parution aux presses de l’Université de Chicago, l’ouvrage a déjà été l’objet d’une seconde édition. La présentation du livre, par son auteure elle-même, sur le site internet TED, plate-forme de diffusion de la connaissance, a déjà été vue près de 900 000 fois depuis sa mise en ligne il y a trois mois. Le prestige a cependant ses revers. Souvent encensé, l’ouvrage est aussi sévèrement critiqué, plaçant son auteure au cœur d’une controverse dont l’écho est parvenu jusqu’au New York Times.
Plusieurs raisons peuvent expliquer le succès que connaît cet ouvrage. Son point de départ, tout d’abord, interpelle : l’expérience quotidienne de sept jeunes d’un quartier noir de Philadelphie, dont les actions, les relations et les perceptions, y compris les plus ordinaires et les plus intimes, sont structurées par l’activité des agents du système pénal, tour à tour chargés de les surveiller, les traquer, les poursuivre, les arrêter, les juger, les contraindre et les enfermer.

mercredi, juillet 22 2015

Jeunesse, violence et territoires au Brésil et en France

22 07 2015

favela.jpgNos sociétés oscillent souvent entre deux images de la jeunesse : l’une, plutôt sombre, qui se réfère à une jeunesse à risques et victime ; l’autre beaucoup moins accentuée, d’une jeunesse « moteur de changement, innovatrice » et qui aurait les capacités, si on la soutient, d’aboutir à une inscription sociale via l’insertion socio-professionnelle et l’alliance matrimoniale. Les enquêtes récentes montrent également que les jeunes sont les principales victimes de la crise économique, que globalement ils se paupérisent, au moins en France et dans les pays du sud de l’Europe, et que le capital culturel accroît l’éclatement de la catégorie « jeunesse ». Au Brésil, si le phénomène des enfants de rue a régressé par les dispositifs mis en place par le gouvernement de Lula, notamment par la bolsa familia en vue de scolariser les enfants en contrepartie d’une aide financière à la famille, beaucoup d’enfants vivent des situations de pauvreté et les révoltes des jeunes des classes moyennes de 2014 montrent aussi les difficultés d’insertion avec la récession qui a touché le Brésil.

lundi, juillet 20 2015

Faut-il montrer les images de violence ?

20 07 2015

image_LVI_2.jpgLes images de Darius, jeune Rom lynché en 2014 en Seine-Saint-Denis, et laissé pour mort dans un chariot de supermarché, n’ont pas été diffusées par la presse française. La découverte de ces images sur les sites web des médias étrangers est un choc pour qui ignorait leur existence. Ce qu’on y voit est saisissant : un visage ensanglanté et boursouflé, un quasi-cadavre, dont on pourrait croire qu’il est celui d’une victime de guerre, alors que l’agression s’est produite à quelques kilomètres de Paris.
Dans le flux ininterrompu des informations télévisées et de la presse papier, nombre d’images de violence sont en fait absentes. Cette assertion peut sembler contre-intuitive, tant il semble que la mort, les attentats ou les guerres forment la matière même des nouvelles que nous recevons. Elles relèvent cependant davantage du « dire » que du « montrer », et les spectateurs français n’ont parfois pas connaissance de diverses images relatives à des événements qui se sont déroulés dans leur propre pays.

samedi, juillet 18 2015

L'exploitation des migrants par le travail

18 07 2015

fra-2015-severe_labour_exploitation.jpgLes consommateurs ne savent souvent pas que les aliments qu'ils mangent ou que les vêtements qu'ils achètent ont peut-être été produits par des personnes dans des conditions d'exploitation grave par le travail. Bien qu’il existe une législation de l’UE interdisant des formes graves d'exploitation par le travail, un nouveau rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l'UE (FRA) révèle que les travailleurs migrants provenant de pays de l’UE et de pays hors-UE risquent d'en devenir les victimes.

Malgré cela, employer un travailleur migrant dans des conditions de travail particulièrement abusives est punissable dans certains États membres de l’UE d'une peine maximale inférieure à deux ans, une sanction qui ne reflète pas la gravité des violations des droits fondamentaux en cause.


jeudi, juillet 16 2015

Le sens de la République

16 07 2015

le_sens_de_la_republique.jpgA chaque attentat, ceux de janvier comme les derniers de juin, la France ne cesse d’en appeler à la République et de reconsidérer son rapport aux étrangers. L’historien Patrick Weil publie un livre qui dégonfle les paniques et les envolées sur une France qui n’aimerait pas l’autre.
Sommes-nous engagés dans une «guerre de civilisations» comme le dit le Premier ministre ?
Associer le criminel qui a sévi dans l’Isère à une civilisation, c’est lui donner toute une importance qu’il recherche. Or, cet homme est à l’inverse de la civilisation. C’est un barbare, puisque toutes les civilisations, qu’elles soient occidentales ou orientales, interviennent justement pour juguler les pulsions de mort et interdire de se faire justice soi-même. La plupart de ceux qui ont mené des attaques terroristes en France correspondent en fait à la figure du «perdant radical» décrite par l’écrivain Hans Magnus Enzensberger. Invisible, attendant son heure, il veut mourir en tuant le plus possible tout en attirant l’attention du monde entier qui ne s’était jamais intéressé à lui. Je range dans cette catégorie aussi bien Andreas Lubitz, le copilote de la Germanwings, qu’Anders Breivik, le terroriste norvégien d’extrême droite, et bien sûr Mohammed Merah et les frères Kouachi. Trouver refuge dans un groupe radical, religieux ou non, décuple leur force. Mais, il ne faut pas associer ces «perdants radicaux», avec la montée de la religiosité en France. La foi de ces tueurs est souvent récente, elle n’est pas la cause mais, instrumentalisée, le prétexte de l’action.

mercredi, juillet 15 2015

Chassant le terrorisme, le Sénat accouche d’une escroquerie

15 07 2015

photo_rue89.jpgRécapitulons : dans la foulée des attentats de janvier, le Sénat avait donc décrété la formation d’une commission d’enquête portant non pas, comme la chose aurait été légitime, sur les attentats eux-mêmes et leurs multiples imbrications mais sur la responsabilité imputée à l’école et au système éducatif dans son ensemble, suite aux ratés rencontrés dans quelques établissements au cours d’une bien malencontreuse minute de silence.
Six mois plus tard, la commission accouche d’un consternant rapport, écrit d’avance comme c’était prévisible, pompeusement intitulé « Faire revenir la République à l’école ». Le problème, c’est qu’arrivé au bout des 241 pages du rapport et des 605 pages d’annexes, on ne sait toujours pas de quelle république il s’agit… même si l’on se doute de quelque chose.

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