vendredi, juillet 9 2010

Il n'y a plus de (politique de la) jeunesse !

9 07 2010

politiques couv.inddLa jeunesse est - paraît-il - l'avenir d'un pays. Mais comment les pouvoirs publics traitent-ils la jeunesse ? La parution du livre de Patricia Loncle est l'occasion d'un bilan sévère. Certes, les pouvoirs publics y portent une attention de plus en plus particulière. Mais pourquoi, comment et avec quels résultats ? D'abord, la chercheuse montre que les politiques sont rarement fondées sur des diagnostics précis des comportements des jeunes. On est plus dans la peur (et le maintien de l'ordre) et dans l'affichage politique qu'autre chose. L'exemple récent des "apéros géants" l'a confirmé. Trois mots-clefs dominent ces politiques publiques : insertion, répression et soin, les deux derniers se confondant souvent dans la notion de "risque". Ensuite, il n'existe généralement pas de coordination des différents échelons de décision et de financement, de l'Etat aux communes, en passant par les régions et surtout les départements. Et puis les budgets ne suivent pas, ils sont globalement pauvres. Le résultat est une absence de politique de la jeunesse tant nationale que locale, un empilement de dispositifs non coordonnés, des professionnels très divers et sans partenariat global, des inégalités très fortes selon les territoires et selon les catégories de jeunes (avec un déficit criant d'insertion des jeunes de milieu populaire dans les dispositifs sensés les concerner, qu'il s'agisse d'insertion sociale ou de participation politique). Bilan sombre, mais réaliste.
Osons l'idée que les jeunes ont sans doute besoin de trois choses : 1) ils ont besoin d'air (qu'on les laisse être jeunes, qu'on les aide à sortir de leur famille, à voir le monde et se découvrir eux-mêmes), 2) ils ont besoin de croire un avenir social possible s'ils se mobilisent (or les jeunes de milieux populaires vivent souvent écrasés par la menace du chômage et de l'absence d'autonomie financière), 3) ils ont besoin de sens, de valeurs et d'exemples donnés par les adultes autres que la compétition et l'enrichissement. Mais sans doute ce dernier point est-il davantage un espoir qu'un constat. (LM)

Une tentative de fichage général de la population française ?

9 07 2010

logo-archivistes.gifCe n'est pas une association militante des droits de l'Homme qui le relève, mais l'Association des archivistes français (AAF) : "Une société de généa­lo­gie com­merciale vient de met­tre en demeure les Départements de lui four­nir les fichiers numé­ri­ques des recen­se­ments de popu­la­tion, des regis­tres parois­siaux et d’état civil et des regis­tres matri­cu­les mili­tai­res, des ori­gi­nes jusqu’aux années 1930, et les a aver­tis, par cour­rier, que sa demande s’élargirait à tous les documents nomi­na­tifs à fort contenu généa­lo­gi­que poten­tiel : regis­tres d’écrou des pri­sons, lis­tes électorales, lis­tes d’étrangers et de réfu­giés des XIXe et XXe siè­cles ; car­tes d’ancien com­bat­tant 1914-1918 avec pho­to­gra­phie ; car­tes d’iden­tité de 1940, avec pho­to­gra­phie ; regis­tres d’entrée des hôpi­taux, notam­ment psy­chia­tri­ques ; fichiers de camps d’inter­ne­ment et de dépor­ta­tion liés à la guerre 1939-1945, fichiers juifs… Le pro­jet affi­ché par cette société est de cons­ti­tuer la plus grande base nomi­na­tive jamais réa­li­sée sur l’ensem­ble de la popu­la­tion fran­çaise jusqu’au début du XXe siè­cle, com­por­tant plu­sieurs cen­tai­nes de mil­lions de don­nées, indexées et reliées aux ima­ges cor­res­pon­dan­tes, sous des aspects qui tou­chent non seu­le­ment l’iden­tité, mais aussi le domaine médi­cal, pénal, fis­cal, judi­ciaire... Pour les seuls actes d’état civil, cette base concer­ne­rait plus d’un mil­liard d’indi­vi­dus, dont des per­son­nes évidemment encore vivan­tes. Sur la base de docu­ments cer­tes com­mu­ni­ca­bles de plein droit au regard de la loi, ce pro­jet, par sa cou­ver­ture géo­gra­phi­que natio­nale et par ses carac­té­ris­ti­ques tech­no­lo­gi­ques (indexa­tion patro­ny­mi­que sys­té­ma­ti­que, rap­pro­che­ment des don­nées, entre­croi­se­ment de fichiers), abou­tit à ficher toute la popu­la­tion fran­çaise, en exploi­tant des don­nées nomi­na­ti­ves d’un grand poids juri­di­que".

jeudi, juillet 8 2010

Le décalage entre le sentiment d'insécurité et la victimation réelle des personnes âgées

8 07 2010

Les personnes âgées de 65 ans et plus sont celles qui déclarent le plus le sentiment d'insécurité (surtout les femmes). Or ce sont en réalité celles qui sont le moins exposées au risque d'agression. Selon l'enquête "Cadre de Vie et Sécurité" 2009 de l'INSEE, 0,9 % des personnes âgées de 60 à 69 ans déclarent avoir été agressées par une personne extérieure à leur foyer au cours des deux dernières années, et 0,4 % des personnes de plus de 70 ans. A l'autre échelle de la pyramide des âges étudiée, ce sont 6,1 % des jeunes de 14 à 24 ans qui le déclarent, soit sept à quinze fois plus. Une autre étude de l'INED précise que les risques globaux de blessures corporelles encourus par les personnes âgées proviennent à 86 % d'accidents de la vie courante (résultant trois fois sur quatre de chutes survenant à domicile ou dans ses abords immédiats). A cela s'ajoute 2 % d'accidents de la route. Les agressions représentent 11 % de l'ensemble de ces blessures et les tentatives de suicide le 1 % restant.

Comment mesurer les vols personnels en France ?

8 07 2010

logo_cesdip.gifQuestions pénales – le bulletin d’information du CESDIP – poursuit sa présentation de travaux sur l’évolution de la délinquance commencée avec les homicides depuis les années 1970 et continué avec les agressions non mortelles depuis le milieu des années 1980. Cette livraison-ci est dédiée aux vols personnels à partir de travaux sur les enquêtes de victimation réalisés dans le cadre d’un contrat avec l’Agence nationale de la recherche (ANR).
Depuis une vingtaine d'années, l’évolution des vols personnels traduit une tendance globale à la baisse que les données policières sous-estiment quand on les compare aux résultats des enquêtes de victimation. Toutefois, cette baisse fait suite à un quart de siècle d’une hausse beaucoup plus violente et elle est loin d’en effacer les effets. Le doute persiste sur l’importance des vols violents que des enquêtes de victimation régionales et locales situent à un niveau plus élevé que ne le suggèrent les enquêtes nationales.

mercredi, juillet 7 2010

La confusion des pouvoirs produit fatalement le conflit d’intérêts (interview)

7 07 2010

Avec l'aimable autorisation du journal Mediapart, nous republions l'interview de Yves Mény par Sylvain Bourmeau, sur la notion de conflit d'intérêts qui est centrale dans les " affaires " qui embarrassent - une fois de plus - le pouvoir politique. Y. Mény est professeur de science politique. Il a notamment publié La Corruption de la République (Fayard, 1992), Par le peuple, pour le peuple. Le populisme et les démocraties (Fayard, 2000, avec Y. Surel) et Le système politique français (Montchrestien, dernière édition 2008). Dans cet entretien, 20 ans après son travail pionnier, il revient sur ces questions de conflits d'intérêts et de corruption, notant combien la France a relativement peu progressé en cette matière.

vendredi, juin 25 2010

Humeur : politique à l'ère post-héroïque, limogeage d'humoristes, recul des libertés

25 06 2010

Le député Alphonse Baudin est mort sur une barricade le 3 décembre 1851 en s'opposant au coup d’État de Louis Bonaparte. Avec un « mot sublime » lancé à des parisiens refusant de rejoindre des parlementaires dont l’indemnité législative était très impopulaire : « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ». Sa dépouille repose au Panthéon, avec celles de ses amis Victor Hugo et Victor Schoelcher.
Le temps des héros est certes terminé depuis longtemps. Mais comment qualifier celui que nous vivons ? Jusqu'où régresserons-nous ? Il fut un temps encore pas très éloigné où les ministres démissionnaient lorsqu'ils étaient condamnés par la justice, et même simplement lorsqu'ils étaient mis en cause dans une procédure judiciaire, ou encore lorsqu'un journal démontrait que le "serviteur de l'Etat" s'était en réalité servi pour lui-même dans la caisse.
Il fut aussi un temps pas très éloigné où l'on pouvait tourner publiquement en dérision l'appât du gain, la malhonnêteté, l'infidélité, le manque de parole, le manque de courage ou le manque d'honneur de certains de nos dirigeants. En ce temps là, la caricature et la satire étaient conçues comme une liberté fondamentale, une des caractéristiques de la démocratie, comme par ailleurs l'indépendance de la justice et l'indépendance de la presse, qui ne se portent pas mieux.
On dit que la démocratie fut inventée en Grèce antique. Au Vème siècle avant notre ère, il n'y avait ni radio, ni télé ni presse écrite. La satire politique s'exprimait au théâtre. Le plus célèbre des écrivains de pièces satiriques politiques du "siècle de Périclès" fut sans doute Aristophane. Et le recul progressif de la liberté satirique, que vécut Aristophane, fut l'un des indices de la décadence de la démocratie grecque.

mercredi, juin 23 2010

Drogues : sortir de l'hypocrisie française (dossier)

23 06 2010

Image_feuille_de_cannabis.jpg On le sait, une certaine rhétorique politicienne manichéenne a enfermé le débat sur la sécurité dans une opposition entre rigueur et laxisme, et certains s'y font toujours prendre. Mais ce genre de simplismes pollue tout aussi bien le débat sur les drogues, qui est enfermé depuis des décennies dans une prétendue opposition entre pénalisation et dépénalisation. Oui, nous disons bien "polluer" tant ces discours font prendre à la société française des années de retard dans le traitement de certains problèmes sociaux. Car le constat est là, massif : la France possède une des législations européennes les plus répressives en matière de drogues, et c'est pourtant l'un des pays européens où la consommation de drogues a le plus augmenté au cours des 20 dernières années. Ce sont désormais plusieurs millions de Français qui consomment du cannabis plus ou moins régulièrement. Il faut donc le dire haut et fort : la prohibition est un leurre et c'est une ligne politique irresponsable. Une façon de se donner bonne conscience sans se soucier de la réalité. Cette réalité est qu'un monde sans drogues est désormais impossible. Dès lors, il faut sortir de l'irresponsabilité, cesser de prétendre vouloir et pouvoir "éradiquer" les drogues pour essayer concrètement de réduire le plus possible les risques en termes de santé et de sécurité. Pour cela, outre qu'il faudrait se donner les réels moyens policiers et judiciaires de lutter contre les trafics organisés (tant internationaux que nationaux et locaux), il faudrait aussi comprendre qu'il existe une troisième voie entre prohibition et laisser-faire : la voie de la réglementation. L'Etat pourrait définir comment acheter légalement des produits médicalement contrôlés, dans quelles conditions exercer la liberté de consommer, voire même dans quelle mesure pouvoir cultiver certains produits pour un usage privé, y compris de type thérapeutique. Tout ceci pourrait s'expliquer, s'enseigner et se contrôler. La réglementation reléguerait ainsi les produits réellement toxiques et réduirait considérablement les trafics, établissant dans l'esprit de chacun (et surtout des jeunes) une ligne de démarcation claire et réaliste entre ce qui est légal et ce qui ne l'est pas, comme entre ce qui est dangereux et ce qui ne l'est pas. En bref : on passerait de la politique idéologique de prohibition à la politique pragmatique de réduction des risques (L.M.)

Pour introduire le débat :

Ressources en ligne :

mardi, juin 22 2010

Dangereuse politisation et inquiétante ethnicisation du football

22 06 2010

Image_ballon_de_foot_coupe_du_monde_2010.jpgContre le Brésil en finale de la Coupe du monde 1998, les deux coups de tête victorieux de Zidane étaient français, marseillais et populaires, des buts « black-blanc-beur ». Le Pen était alors bien ridicule et bien raciste à dire qu’il n’y avait pas assez de blancs dans cette équipe. Contre l’Italie en finale en 2006, c’était un coup de tête Kabyle, un coup de tête de cités, pour l’honneur. Mais on excusait le moment de faiblesse du héros national. En 2010 en revanche, aucune pitié, c’est l’hallali et ce sont des analyses qui finalement se rapprochent de celles du Le Pen de tout à l’heure.
Alain Finkielkraut, figure de l’intelligentsia néoconservatrice parisienne, voit dans la déroute morale et humaine de l’équipe de France de football, le résultat d’une « division ethnique » et « religieuse », la conséquence de la présence et de l’action négative d’une « équipe de voyous qui ne connaît qu’une seule morale : celle de la mafia », d’une « génération caillera », « de gens qui se foutent de la France ». Et ses propos ne sont pas isolés. Sous des formes plus « soft », ces questions font en réalité le tour des rédactions de presse ces derniers jours. Nous-mêmes avons été sollicités à plusieurs reprises pour nous prononcer sur la dimension raciale et sur le côté « racaille de banlieues » des problèmes de l’équipe de France. Et nous sommes proprement scandalisés par ce pseudo-débat, qui menace de ridiculiser notre pays bien plus que le comportement des joueurs sur le terrain.

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