vendredi, février 6 2015

Le surcoût du capital : la rente contre l'activité

6 02 2015

le_surcout_du_capital.jpgLe concept de financiarisation fait référence au rôle croissant des intermédiaires et des marchés financiers dans la transformation des institutions, des comportements et des objectifs des acteurs économiques (ménages, entreprises, institutions financières, État). Dans cet ouvrage, nous montrons que la financiarisation, en promouvant une norme de rentabilité accrue, a élevé significativement le coût du capital pour les entreprises. L'emprise croissante de la finance sur l'entreprise est appréhendée ici à travers la définition de la notion de "surcoût du capital", notion à laquelle nous associons une mesure dont nous suivons l'évolution des années 60 à nos jours. C'est au niveau du comportement d'investissement et de marge des firmes que se situe le point d'application directe du renforcement des exigences de rentabilité financière. Les effets sur la croissance et l'emploi sont quant à eux de deux ordres. L'augmentation du poids de la rente financière se traduit d'abord par une augmentation de la part des revenus financiers a priori défavorable à la consommation. Le principal effet dommageable de l'emprise accrue de la finance sur l'entreprise est cependant constitué par le ralentissement de l'accumulation du capital. Ce second "dégât collatéral" est lui-même double: moins d'investissement c'est d'abord moins de compétitivité et de croissance du pouvoir d'achat (effet-production), mais c'est aussi moins d'emploi (effet-demande). La période dite des "Trente piteuses" peut ainsi s'interpréter comme un nouvel épisode de la lutte entre la propriété et l'activité qui a animé toute l'histoire du capitalisme jusqu'à nos jours.

jeudi, février 5 2015

Des capuches et des hommes. Trajectoires de « jeunes de banlieue »

5 02 2015

des_capuches_et_des_hommes.jpgÀ travers des entretiens avec trois « jeunes de banlieue », Radouane, Tarik et Eliott, Fabien Truong esquisse le portrait d’une jeunesse aux trajectoires ambivalentes. Le rapport aux pères, la vie dans le quartier, les études, les tentations du vol ou du deal, la relation aux filles, les rêves de famille et de pavillon loin des barres d’immeubles, la religion – improbable alliée de la République – vers laquelle on se tourne quand on sort de la délinquance, sont autant de nœuds dont les entrelacements déterminent ce que devenir un homme dans la banlieue française veut dire.
Alors que les émeutes et les faits divers embrasant les quartiers de relégation urbaine contribuent à confiner ces espaces dans la périphérie physique et mentale des villes, les polémiques qui s’ensuivent ne font que masquer la pauvreté du discours sur le problème de la délinquance juvénile, car, si l’on excepte les postures du mépris et du déni qui consistent à dire que ces jeunes sont soit partout soit nulle part, que reste-t-il dans le débat public ?

mercredi, février 4 2015

Quelle émancipation pour les prostituées ?

4 02 2015

Image_prostitution.jpgLa vivacité des débats actuels sur l’union des personnes du même sexe, la gestation pour autrui et la prostitution soulignent à quel point les questions sexuelles sont devenues des questions politiques par excellence. Au cœur de cette actualité, le renforcement de la lutte contre le « système prostitutionnel », appréhendé comme une violence sexuelle intolérable, témoigne de la conversion du champ politique français à la cause abolitionniste ayant pour objectif la disparition de la prostitution et l’émancipation économique et sexuelle des prostituées. C’est de ce nouveau discours hégémonique, fruit d’une importante remobilisation du mouvement abolitionniste dans les années 2000, que s’empare le sociologue Lilian Mathieu. Prolongement d’un parcours de recherche de plus d’une vingtaine d’années consacré à la prostitution et à son encadrement politique et social, son ouvrage La Fin du tapin. Sociologie de la croisade pour l’abolition de la prostitution propose une sociohistoire de l’abolitionnisme soucieuse de restituer, sur le terrain scientifique, les ambivalences de son injonction à l’émancipation.

Illustration : toulouse.actu.fr

lundi, février 2 2015

Flambée de l'incarcération aux Etats-Unis : le rapport de la National Academy of Sciences

2 02 2015

prison_US.jpgLa National Academy of Sciences est l'une des institutions scientifiques les plus prestigieuses des États-Unis. Elle a souvent pour mission de réunir les plus grands spécialistes d'une question pour analyser l'état de la littérature scientifique sur une question difficile. Ces dernières années, elle a été en charge de rédiger un rapport sur les "causes et conséquences de la montée de l'incarcération" - le recours à la prison outre-atlantique ayant quadruplé de 1980 à 2010.

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samedi, janvier 31 2015

Le Renseignement Intérieur à l’épreuve du fanatisme religieux

31 01 2015

photos_des_deux_terroristes.jpgIl est loin le terrorisme d’État des années 70, Action directe, les Fractions armée rouge etc. L’idéologie sur fond de guerre froide et de manipulation autour de la décolonisation. Les répercussions sur le territoire national étaient des attentats autour de groupuscules politiques ou des mouvements indépendantistes régionaux, basques, corses, antillais. Les milieux concernés étaient structurés et financés ce qui permettait aux forces de sécurité d’établir une traçabilité, gage d’efficacité.
Aujourd’hui, les actes, le profil des auteurs la nature du fanatisme n’ont rien de commun. Pourtant, curieusement, pour traiter le volet médiatique de ces attentats, il a été fait appel à d’anciens acteurs de la sécurité. Pour certains, j’avoue que leur apparition m’a rendu perplexe car, au regard de leur passé professionnel, j’avais l’impression que l’on demandait aux pyromanes de commenter les images de l’incendie. Je pense notamment à d’anciens responsable des services de renseignement ou d’un ancien ministre de l‘intérieur accusé d’avoir détourné des fonds initialement destinés aux missions des policiers.

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vendredi, janvier 30 2015

J'ai fait un rêve ou on nous aime ?

30 01 2015

aime_ou_pas_la_police.jpgEh oui, il va falloir s’y faire, nos concitoyens aiment leurs policiers. Si, si, je vous assure, ils nous aiment ! On l’a tous constaté un dimanche de rassemblement républicain à Paris. Les colonnes de forces mobiles ont été applaudies, les CRS embrassés, les collègues en faction remerciés… « Nous sommes tous policiers » titraient même certaines pancartes.
Il aura fallu pour cela que nous perdions dans la lutte contre le terrorisme deux policiers nationaux et une policière municipale. Il aura fallu les assauts héroïques des policiers du RAID, de ceux de la BRI et des gendarmes du GIGN – retransmis en directe sur les chaines d’information en continue – pour que nos concitoyens s’unissent, toutes voiles dehors, derrière leur police et lui crient leur gratitude éternelle, leur attachement indéfectible.
Gratitude éternelle ? Attachement indéfectible ? Vraiment ?

Sur Mediapart et sur la police, lire aussi :

Photo : fragmentdetags.net

jeudi, janvier 29 2015

La guerre contre la drogue : bilan d’un échec

29 01 2015

guerre_a_la_drogue.jpgLe bilan de plus d’un siècle de prohibition des drogues est clairement négatif. Il est certes impossible de déterminer avec certitude si l’interdit a permis de limiter la production illégale de drogue, comme le pensent certains, ou si elle l’a au contraire dynamisée en raison de la rentabilité de la transgression, comme l’estiment d’autres. Il est en revanche acquis que les cultures illégales de pavot à opium, de cocaïer, ou encore de cannabis, n’ont pu être réduites de façon significative et durable, ni à l’échelle mondiale, ni dans la plupart des pays producteurs (Afghanistan, Birmanie, Colombie, États-Unis, Maroc, Mexique, Pérou, etc.).
L’interdiction de la production constitue le fondement de toutes les politiques et actions antidrogue mises en place par la communauté internationale depuis le début du XXe siècle.

Photo : lepoint.fr

mercredi, janvier 28 2015

L'engagement des jeunes en difficulté

28 01 2015

jeunes_s_engagent.jpgLa question de l’engagement des jeunes est au cœur des discours politiques et médiatiques qui relayent l’idée d’une jeunesse désengagée, apolitique, individualiste et apathique. Ces discours ont un effet d’imposition sur la perception de leurs pratiques, le plus souvent aux dépens de la description de leur réalité et de la compréhension de leur construction. Ils ont également pour conséquences d’appréhender l’engagement de manière uniforme et de considérer comme équivalentes des pratiques hétérogènes. En parallèle se sont accentuées les injonctions à l’engagement ou à la participation dans les secteurs de l’éducation, de la jeunesse et de l’intervention sociale qui véhiculent, elles aussi, des représentations des jeunes et formulent des attentes à leur égard. Dans ce contexte où l’engagement des jeunes est à la fois critiqué et exigé, des travaux de recherche montrent qu’il n’a pas diminué, mais qu’il s’est plutôt transformé. Ainsi, dans cette période d’accroissement.

Photo : croix-rouge.fr

mardi, janvier 27 2015

Les migrants et les demandeurs d'asile victimes de violence et démunis

27 01 2015

police_calais.jpgLes demandeurs d'asile et migrants vivant dans le dénuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harcèlement et d'exactions de la part de la police française, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les abus décrits à Human Rights Watch comprennent des passages à tabac et des attaques au gaz lacrymogène alors que les migrants et demandeurs d'asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l'espoir de se rendre au Royaume-Uni.
Plusieurs milliers de demandeurs d'asile et migrants, la plupart en provenance du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie, vivent dans des camps de fortune ou dans les rues de Calais. Certains ont affirmé que leur traitement par la police, le manque de logements pour les demandeurs d'asile et les retards dans le traitement des demandes d'asile les avait dissuadés de demander l'asile en France.

Photo : lefigaro.fr

lundi, janvier 26 2015

Le Royaume-Uni abandonne la vidéosurveillance

26 01 2015

cctv_bbc.jpgDéveloppée massivement dans les années 1990 par le gouvernement conservateur de John Major, la vidéosurveillance n'a plus la cote outre-Manche. Après 20 années d'expansion, le réseau britannique connaît une réduction drastique. En cause, des coupes budgétaires sombres dans le budget de la police. Il faut dire que les rapports s’amoncellent pour dénoncer la faible efficacité de la vidéosurveillance dans l'élucidation des crimes. Certains d'entre eux évoquent même son inutilité presque totale. Peut-on déjà prévoir que la France, qui a adopté cette mode quinze ans après (surtout à partir de 2007 et l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République), fera à son tour machine arrière d'ici 5 à 10 ans ?

Photo : bbc.com

vendredi, janvier 23 2015

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? ». Réflexions après les attentats de janvier 2015

23 01 2015

question.jpgLes attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 ont provoqué en France un grand moment de communion nationale. La peine, la compassion, la stupeur, la peur et/ou la colère, ainsi qu’une couverture médiatique inédite des événements, ont solidarisé en quelques heures des dizaines de millions de personnes, en France mais aussi dans beaucoup d’autres pays, autour de trois mots semblant soudainement symboliser la résistance du Bien contre le Mal ou du sens contre le non-sens : « Je suis Charlie ». De ce moment aussi rare qu’intense de cristallisation émotionnelle de la conscience collective sont issus de multiples discours et de multiples actions collectives que nous ne commenterons pas ici. Pas plus que nous ne commenterons les diverses formes de réactions et d’instrumentalisations que ce moment, ces discours et ces actions ont suscité et continueront à susciter. Il nous semble en effet que le rôle des intellectuels n’est pas de redire avec des mots plus ou moins savants ce que l’émotion collective exprime déjà. S’auto-instituer en commentateur, a fortiori en porte-parole, d’une émotion (devenant ainsi le défenseur d’une cause quelle qu’elle soit) n’est pas intéressant. Le rôle des intellectuels est bien plutôt de rompre avec les registres événementiel et émotionnel, qu’ils soient consensuels ou conflictuels, pour tenter d’apporter quelques éléments de débat collectif en réponse à la question qui a inévitablement et légitimement jailli une fois la stupeur passée : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? ». On le fera ici autour de quatre séries de questions.

Illustration : fr.hdyo.org

jeudi, janvier 22 2015

Guerre contre le terrorisme ou défense de la sécurité démocratique ?

22 01 2015

debat.jpgPour définir une stratégie sécuritaire et politique face à un islamisme extrémiste armé, violant l’État de Droit par des actions terroristes, il faut mettre en scène le caractère planétaire de la situation en même temps que le caractère spécifique du problème dans chaque pays. Il n'est pas question d'apaiser en France le mouvement "Charlie" d'indignation et de compassion, de réaffirmation des valeurs républicaines et de mobilisation populaire hors-partis. Plutôt de se demander où il ira.
Ce mouvement aboutit aujourd'hui à la fois à la dénonciation des assassinats islamistes et du racisme, avec l'approbation des imams français et aux applaudissements et aux baisers accordés au gendarmes et policiers redevenus gardiens de la Paix, par leurs performances héroïques (effaçant la bavure d'octobre à Silvens). Même la médiatisation du moment, par la présence de tous les responsables politiques de la catastrophe humaine des guerres sanglantes du Moyen Orient, soudain touchés par la grâce, et qui viennent célébrer la mémoire de nos humoristes-dessinateurs anti conformistes et anti-militaristes, n'a eu aucun impact sur l"évènement. Les représentants des États-Unis, de l’OTAN, le premier Ministre Nétanyahou et ses alliés, les ambassadeurs de dictatures princières bancaires ou militaires etc, tous s'affichent pour une photo indélébile. Ceci mérite un commentaire moqueur se substituant aux proclamations de "Paris capitale du monde" et autres fantaisies destinée à créer l'unité nationale sur un patriotisme populaire (tout en détruisant quotidiennement dans le détail la souveraineté démocratique).

mercredi, janvier 21 2015

Le droit est-il adapté aux dérives de la finance ?

21 01 2015

capitalisme_sauvage.jpgDepuis les années 1980, est apparu un nouveau capitalisme aux frappantes caractéristiques : largement dérégulé, financiarisé et mondialisé. La finance est devenue la première industrie mondiale, suivant un nouvel ordre que la crise de 2008 n’a pas remis en cause, bien au contraire. Par sa démesure, la finance conquiert une position de domination sur l’économie réelle, au point d’agir contre elle, trouvant une meilleure rentabilité au grand casino de sa propre spéculation.
Cette grande transformation donne naissance à un capitalisme sans entraves et, finalement, criminogène. Criminogène, et non pas criminel, car il n’est pas question ici de porter un jugement sans appel sur l’essence du capitalisme libéral, mais d’en souligner les potentialités et dynamiques à la fraude. Des années 1930 aux années 1980, le capitalisme de type fordien et keynésien, sans être parfait, s’était révélé peu perméable aux fraudes d’ampleur macro-économique. Le capitalisme actuel, par sa haute tolérance aux fraudes, signe le retour du « capitalisme sauvage » des « barons voleurs », qui s’imposa du XIXe siècle jusqu’au New Deal. Paradoxalement, c’est alors que la question de la responsabilité pénale devrait se poser avec le plus d’acuité qu’elle semble la moins effective. En témoigne le traitement des crises, comme celui du trading à haute fréquence.

Illustration : contrepoints.org

mardi, janvier 20 2015

« La France Big Brother », le nouvel enfumage idéologique de Laurent Obertone

20 01 2015

enfumage.jpgOn ne présente plus Laurent Obertone (un pseudonyme), écrivain et essayiste-polémiste, tant le succès de son précédent opus, La France Orange Mécanique a été impressionnant. Pas moins de 200.000 lecteurs, longtemps premier au classement Amazon des essais d’actualité, une diffusion importante grâce au premier distributeur de France, des relais médiatiques prestigieux. Il constitue le premier volet d’une trilogie dont « La France Big Brother » à nouveau préfacé par Xavier Raufer, vieux routier de l’extrême droite anticommuniste, est le second (la sortie du troisième est d’ores et déjà prévue pour janvier 2017). Et s’il est un reproche que l’on ne peut faire à l’auteur c’est bien celui de l’inconstance : ce dernier livre s’inscrit dans la continuité du précédent en véhiculant autant de préjugés identitaires et déclinistes. Dans sa droite ligne, si l’on peut dire. Muni de la même rhétorique de l’anti-politiquement correct, l’auteur prétend détricoter la pensée dominante forcément « de gauche » et progressiste. La France Big Brother à contre-courant ? pas si sûr…

- "La France orange mécanique", le lobby sécuritaire et la lepénisation des esprits (21 02 2013).
- La France Orange mécanique : le vrai parcours de « Laurent Obertone » (01 03 2013).
- Trois choses à savoir sur « Laurent Obertone », le journaliste fétiche du FN (12 03 2013).

Illustration : megacomik.fr

lundi, janvier 19 2015

Les 1 % les plus riches posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale

19 01 2015

les_riches.jpgL'ONG Oxfam publie, lundi 19 janvier, une nouvelle étude, consultable en ligne, révélant l'ampleur des inégalités dans le partage des richesses sur la planète. Selon ses calculs, réalisés à partir de données fournies par le Crédit Suisse, la richesse cumulée des 1 % les plus riches de la planète dépassera bientôt celle détenue par les 99 % restants.
Selon Oxfam, « la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ». Cela signifie que s'ils continuent à s'enrichir, ils posséderont plus que l'ensemble des autres habitants de la planète réunis. La quasi-totalité des 52 % de patrimoine restant sont aux mains des 20 % les plus riches. « Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses », estime le rapport.

Illustration : la-croix.com

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