jeudi, avril 9 2015

Antiterrorisme : l’éternelle guerre des polices

9 04 2015

la_guerre_des_polices.jpgLes services antiterroristes sont-ils en ordre de bataille ? Quelques mois après l’affaire Merah, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, avait donné « des instructions » pour en tirer les leçons. Il avait insisté, le 18 juin 2013, sur la nécessité de renforcer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), « dans le cadre d’une meilleure coordination entre les services ».
L’échec, de ce point de vue, est patent. Le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les filières djihadistes, rendu public mercredi 8 avril, déplore « une nouvelle guerre des polices ». Lui faisant écho, le rapport du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix et marqué à droite, dresse sur le terrain un état des lieux accablant. Production syndicale, le rapport est certes discutable, mais il a le mérite de faire remonter le témoignage des agents sur terrain, que l’on entend peu.

mercredi, avril 8 2015

Le scandale du Crédit Impôt Recherche

8 04 2015

niche_fiscale.jpgA quoi servent les milliards d’euros du crédit impôt recherche (CIR) versés chaque année aux entreprises ? Créé en 1983, ce cadeau fiscal n’a depuis cessé de grossir, la dernière réforme de 2008 l’ayant fait exploser et passer de quelques centaines de millions d’euros à près de 6 milliards d’euros cette année. Deux fois le budget du CNRS.
Alors que la France se singularise par le faible investissement en recherche et développement de ses entreprises, le CIR est censé faciliter l’embauche de chercheurs dans les entreprises et favoriser l’investissement de R&D (recherche et développement). Qu’en est-il réellement ? Une enquête menée au cours des derniers mois par trois chercheurs du collectif Sciences en marche, et transmise à la commission d’enquête du Sénat montre pourtant qu’il n’existe aucune corrélation entre l’emploi en Recherche et développement dans les entreprises et le CIR. Pire, près de 6 milliards d’euros auraient en réalité été détournés de leur objectif dans les entreprises de plus de 500 salariés entre 2007 et 2012.

Photo : sudouest.fr

mardi, avril 7 2015

« Charlie Hebdo » : la DGSI tente de réécrire l'histoire à son avantage

7 04 2015

GIPN_janvier_2015.jpgLa scène se déroule au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Il est 19 h 50, ce jeudi 8 janvier, lorsqu’un agent du renseignement territorial (ex-RG) téléphone à l’ancien syndicaliste policier, Jo Masanet. Il lui parle de la cellule de crise mise en place « avec Bernard Cazeneuve et tous les services de renseignement », place Beauvau. Puis l’agent marque une pause. Il hésite, cherche ses mots pour évoquer les frères Kouachi toujours recherchés : « Bon, par contre… Faut savoir que… On avait les informations déjà sur les individus… On les avait suivis, on les avait sur notre base de données… » Ils les connaissaient mais ne les surveillaient pas.
« On avait constaté que la DGSI (la direction générale de la sécurité intérieure) était dépassée par les événements, d’accord ? Donc, on a un gros souci, là-dessus… » Cette conversation illustre ce que beaucoup pensent sans oser le dire dans un cadre officiel. Et ce même au sein de la DGSI, traversée depuis par de légitimes questions sur ses choix stratégiques et ses méthodes de travail.

Photo : lemonde.fr

lundi, avril 6 2015

Mauvaise nouvelle pour les sciences économiques et sociales

6 04 2015

SES.jpgPar Arrêté du 28 mars 2015, le Ministère de l’éducation nationale renouvelant les membres du Conseil national éducation économie a notamment accueilli 3 anciens ou actuels dirigeants de l’Institut de l’entreprise. Cet institut s’est appliqué systématiquement à transformer le contenu de l’enseignement de Sciences économiques et sociales (SES) au lycée avec un objectif idéologique clairement assumé, comme en attestent les propos tenus par Michel Pébereau en 2006 dans une conférence : « il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis 20 ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et à améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise ». Un projet qui, suite à un lobbying efficace, s’est traduit par un appauvrissement de l’étude de l’Entreprise en SES. En classe de seconde, le nouveau programme en vigueur depuis 2010 présente l’entreprise uniquement comme une entité abstraite qui cherche à combiner le plus efficacement possible ses facteurs de production, en ayant supprimé toute étude du contrat de travail et des relations sociales de travail. De même en terminale, les enjeux liés à l’organisation du travail ont été tout bonnement supprimés du nouveau programme de 2012.

samedi, avril 4 2015

Le FN et Marine Le Pen, un objet politique rentable pour les médias

4 04 2015

marine_le_pen_i-tele.jpgPendant cette campagne électorale, une seule question semble avoir préoccupé les observateurs : savoir si oui ou non le FN serait consacré dans son statut de "premier parti de France".
Une question qui ne peut manquer de surprendre, puisque le FN s’est auto-attribué ce statut suite aux élections européennes de 2014, et qu’en termes de représentation parlementaire, de nombre d’élus locaux ou même de militants, il est évidemment encore loin de constituer la première force politique française.
Pourtant, l’idée qu’il puisse conserver ou perdre ce statut a constitué la principale trame scénaristique de son traitement dans les médias, tout en s’imposant comme l’un des principaux enjeux de la campagne.

Photo : arcueil-cachan.fr

mercredi, avril 1 2015

Les musulmans sont discriminés en France. Des solutions existent

1 04 2015

musulmans_au_quotidien.GIFEn 2008, un testing sur CV mené en interne par le groupe Casino a montré que les Français d’origine extra-communautaire (asiatique, africaine, maghrébine) sont systématiquement discriminés par rapport aux Français d’origine française. Cependant, l’intensité de la discrimination qu’ils subissent semble très dépendante de la région dont ils sont issus. Ainsi, des trois origines précitées, c’est l’origine maghrébine qui est la plus discriminée. Ce statut particulier des candidats d’origine maghrébine suggère que ce n’est pas seulement l’origine extra-communautaire qui est source de discrimination de la part des recruteurs. L’appartenance probable à la religion musulmane du Français d’origine maghrébine (le Maghreb étant à forte majorité musulmane) semble constituer un handicap de plus pour lui.
C’est cette hypothèse que j’ai voulu tester avec deux collègues américains, Claire Adida (Université de San Diego) et David Laitin (Université Stanford). Nous avons ainsi lancé en 2009 un programme de recherche financé par la National Science Foundation dont l’objectif était de répondre aux deux questions suivantes : (i) les individus sont-ils plus discriminés lorsqu’ils sont perçus comme musulmans plutôt que chrétiens ? (ii) si oui, quels sont les ressorts de cette discrimination ?

lundi, mars 30 2015

L’indignité nationale : une mauvaise idée

30 03 2015

drapeau_tricolore.jpgLa tentation ne peut être que forte et légitime, à la suite des attentats de janvier 2015, de qualifier le terroriste djihadiste en tant qu’indigne. Or sur le plan de la prévention dissuasive, il y a fort à parier que la crainte d’être frappé de dégradation civique ne détourne pas efficacement les terroristes de la préparation de leurs actes. A rebours même de l’effet recherché, cette nouvelle incrimination pourrait alimenter la « martyrologie djihadiste » et être vécue comme une confirmation glorieuse de la non-appartenance à la communauté nationale, servant la cause terroriste plutôt que la capacité de la République à lutter contre de tels individus.
De plus, la réactivation de l’indignité nationale, qui correspond d’une certaine façon à une laïcisation de l’excommunication serait, indéniablement, pour la République, l’aveu d’un échec.
La meilleure réponse est de redonner de la force à l’idéal républicain, de réaffirmer la valeur de notre droit en punissant leurs crimes avec les outils de droit pénal commun.

Photo : 20minutes.fr

samedi, mars 28 2015

Une évaluation scientifique indépendante des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP)

28 03 2015

CRS_dans_la_rue.jpgA la demande de la Préfecture de police de Marseille, une équipe de chercheurs de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) a évalué localement la politique des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP).
Nous nous sommes concentrés dans cette étude sur les évolutions produites par la « méthode globale », cette politique publique mise en place en 2012 avec la création des Zones de Sécurité Prioritaires. Notre enquête évaluative a été réalisée sur deux terrains marseillais : la cité du Clos la Rose dans le 13 ème arrondissement et la cité La Sauvagère dans le 10ème. Notre analyse s’appuie sur des données socio-historiques, sur l’opinion des acteurs institutionnels et des populations résidant sur ces territoires ainsi que sur des données émanant des services de police. Nous avons également voulu questionner la participation citoyenne à la gestion politique locale et spécialement les conditions de leur contribution aux questions de sécurité publique. Il ressort que le bilan des Zones de Sécurité Prioritaires est pour le moins mitigé. Premier constat : le trafic de stupéfiant, point central dans l’approche globale, est un phénomène qui n’a jamais été durablement stoppé. Il a pu momentanément s’arrêter et il a pu se déplacer. Mais, dans les deux cas étudiés, il persiste.

Photo : lesinrocks.com

vendredi, mars 27 2015

Qui sont les jeunes qui se radicalisent ?

27 03 2015

radicalisation.jpgIl existerait deux groupes d’« aspirants » jihadistes aux ressorts distincts. Le premier est fait de jeunes exclus qui ont intériorisé la haine de la société et se sentent profondément victimisés, les « désaffiliés ». Ils pensent ne pas avoir d’avenir dans le modèle dominant « travail, famille, insertion dans la société ». L’adhésion à l’islam radical est un moyen pour eux de sacraliser leur haine, de la légitimer et de justifier leur agressivité. Ils ont quelques caractéristiques communes : vie d’exclusion dans les banlieues, déviance, emprisonnement, récidive, adhésion à une version radicale de l’islam, voyage initiatique en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen ou en Syrie, et enfin la volonté de rupture avec la société au nom de la guerre sainte. Le second groupe est totalement différent puisqu’il s’agit de jeunes des classes moyennes qui n’éprouvent pas de haine vis-à-vis de la société, vivent dans des quartiers bien balisés et n’ont pas de casier judiciaire. Ceux-là nourrissent une volonté de venir en aide à leurs frères en religion et sont animés d’un romantisme naïf. Leur engagement correspond à une sorte de mise à l’épreuve de soi, un rite de passage à la vie adulte pour post-adolescents, notamment chez les jeunes filles et les convertis.

jeudi, mars 26 2015

Le suicide en prison

26 03 2015

suicide_en_prison_2.jpgDans les prisons françaises, près d’un décès sur deux est un suicide. Le taux de suicide en prison a beaucoup augmenté depuis le milieu du 19e siècle. Avec 18,5 suicides enregistrés pour 10 000 personnes écrouées sur la période 2005-2010, il est aujourd’hui sept fois plus élevé qu’en liberté (dans la population générale, le taux atteint 2,7 pour 10 000 en 2010 chez les hommes de 15 à 59 ans. Ce groupe est plus proche de la structure par sexe et âge de la population carcérale, plus de neuf détenus sur dix étant des hommes).
Géraldine Duthé (Ined), Angélique Hazard et Annie Kensey (Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice) ont analysé des informations de la base nationale de Gestion informatisée des détenus en établissements (Gide). Leur étude, publiée dans la revue Population, porte sur 363 525 séjours sous écrous et 377 suicides survenus entre le 1er janvier 2006 et le 15 juillet 2009. Elle permet d’identifier certaines conditions de détention ou caractéristiques des détenus qui présentent un risque de suicide plus élevé.

mercredi, mars 25 2015

Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

25 03 2015

MEDICAMENTS.jpgPendant plus de vingt ans, ils ont eu pouvoir de vie et de mort sur les médicaments en décidant de leur mise sur le marché et de leur remboursement. Aux postes de présidents, vice-présidents ou simples membres des principales commissions du système français, un petit groupe d’amis a parallèlement et secrètement conseillé les laboratoires sur la meilleure façon de présenter leurs dossiers. L'affaire, au-delà des évidentes questions déontologiques et de conflits d'intérêts qu'elle pose, interroge la probité du système sanitaire français tout entier.
Après une enquête de plusieurs mois, Mediapart a en effet découvert que Gilles Bouvenot (président de la commission de la transparence de 2003 à 2014), Bernard Avouac (président de la commission de la transparence de 1989 à 1998), Jean-Pierre Reynier (vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1994 à 2002 et membre du conseil d’administration de l’agence européenne du médicament), Christian Jacquot (membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1996 à 2012), Renée-Liliane Dreiser (ancienne experte auprès de la commission de la transparence) et quelques autres, avaient mené sans jamais les déclarer des activités rémunérées de consultants.

mardi, mars 24 2015

La loi sur le renseignement menace-t-elle les libertés publiques ?

24 03 2015

mobilisation_contre_le_terrorisme.jpgLe Premier Ministre a présenté en Conseil des ministres un projet de loi relatif au renseignement. Le Conseil national du numérique y relève des avancées : outre le fait que le renseignement disposera d’un cadre général et d’un contrôle accru, la définition de ce cadre fera l’objet d’un vrai débat contradictoire, au Parlement et dans la société. Le Conseil déplore toutefois le projet d’étendre de manière significative le périmètre de la surveillance, sans que cette extension ne s’accompagne de garanties suffisantes en termes de libertés. Il souligne par ailleurs la nécessité de porter une attention particulière au contrôle des techniques de cette surveillance.
Le Conseil s’inquiète en premier lieu d’une extension significative du périmètre de la surveillance. De plus, le Conseil est préoccupé par l’introduction de nouvelles techniques de renseignement, dont certaines peuvent confiner à une forme de surveillance de masse.

Photo : sudouest.fr

lundi, mars 23 2015

Radicalisation, terrorisme, secret professionnel : il faut raison garder

23 03 2015

Image_chuchoter_educol.net.jpgNotre façon de renforcer la société qui est mise à mal par ces terroristes, c'est de la faire vivre, pas d'y renoncer même partiellement. Un des fondements de notre société est le respect de la vie privée des citoyens et du secret professionnel pour ceux qui y sont soumis. Cela est compatible avec un travail efficace en terme de sécurité mais assumant ses propres limites : aucun système, même le plus contrôleur, ne peut parvenir à créer une société garantie sans risque. Au moment où un homme sous surveillance des services de renseignements a agressé trois militaires à Nice, il convient de rappeler la complexité de la tâche de prévention de ces passages à l'acte. La recherche de responsabilité par la mise en question des travailleurs sociaux et du secret professionnel ne satisfait que ceux qui cherchent des coupables lorsque leurs résultats ne peuvent atteindre l'illusoire "risque zéro".
Ce n'est donc pas en devenant des auxiliaires de police que nous aiderons efficacement notre société. Au contraire. Le travail social participe d'une société qui cherche à réduire les risques de dérives individuelles. Nous ne pouvons pas transiger sur nos fondements, nous devons aborder les questions dans leur complexité. La peur et la pensée réductrice sont mauvaises conseillères, pour la société comme pour les travailleur sociaux.

Image : educol.net

dimanche, mars 22 2015

Les syndicats européens contre la fraude, l’évasion et les paradis fiscaux

22 03 2015

halte_a_la_fraude.jpgOn observe une croissance très importante de l’évasion fiscale qui, s’ajoutant à la fraude fiscale, représente une perte massive de recettes fiscales estimée à un trillion d’euros par an dans l’UE. Cette croissance a été facilitée par la mondialisation, la financiarisation, l’économie numérique, le développement du commerce et l’augmentation de la part du capital dans le revenu national ainsi que par le manque de volonté politique pour s’attaquer au problème de l’écart fiscal. Alors que les mouvements de capitaux ignorent les frontières, les règles en matière de fiscalité sont toujours nationales. Fraude et évasion prospèrent du fait du manque d’information sur les flux de capitaux et sur la propriété des actifs au plan international, de l'inexistence des échanges automatiques de données fiscales entre les administrations et parce que les gouvernements nationaux se préoccupent davantage de concurrence fiscale que de coopération et davantage d’administration que d’investigation.

samedi, mars 21 2015

Les mains propres. Plaidoyer pour la société civile au pouvoir

21 03 2015

les-mains-propres.jpgCorinne Lepage a toujours refusé de choisir : pour elle, action citoyenne et engagement politique ne font qu'un.
Tour à tour adjointe au maire de Cabourg, avocate engagée dans le procès de l'Erika, ministre du gouvernement Juppé, députée européenne, elle a vécu le monde politique de l'intérieur et en dévoile la face obscure : enrichissement personnel d'élus, évasion fiscale de ministres en vue, connivences politico-médiatiques.
Forte de ses années d'expérience et d'une foi inébranlable en l'avenir, Corinne Lepage appelle à la mise en place du référendum d'initiative populaire, d'un droit de pétition auprès du Parlement et d'une chambre représentant la société civile dotée de réels pouvoirs.

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