samedi, juin 13 2015

Le nouvel ordre mural. Petite histoire des dispositifs anti-graffitis

13 06 2015

graf_banksy.jpgAprès des millénaires durant lesquels les graffitis faisaient partie du paysage urbain, le XIXe siècle a inauguré leur criminalisation : les transformations urbanistiques de Paris sous le préfet Haussmann ont développé une forme d’architecture préventive, renouvelée au XXe siècle en réponse à l’explosion des tags. Si la lutte anti-graffiti était initialement liée à la traque de l’écrit « subversif », depuis la fin du XXe siècle elle réfute toute considération d’ordre moral, associant désormais systématiquement cette pratique au vandalisme et à la pollution visuelle. Seul un caractère esthétique lui ouvre parfois les portes d’une reconnaissance, bien souvent intéressée.

Photo : skeudsleblog.20minutes-blogs.fr

vendredi, juin 12 2015

De la prévention situationnelle au predictive policing

12 06 2015

minority_report_2.jpgCet article traite d’un corpus de textes scientifiques correspondant à un moment important dans le processus de légitimation de la prévention situationnelle : les recherches sur la victimisation à répétition et la construction d’algorithmes de prédiction. Le corpus permet de mettre en scène une controverse souvent ignorée, opposant Ken Pease et Tim Hope, relative à l’interprétation de résultats issus de la modélisation statistique de la distribution de la victimisation dans la population. Mise en perspective avec les résultats des recherches de Ken Pease et ses collaborateurs, la critique de Tim Hope permet de rendre compte de l’ignorance qui évolue avec le développement des connaissances sur la prédiction des victimisations et des innovations qui leur sont associées. En conclusion, il est fait appel à une définition des politiques publiques de prévention et de sécurité non pas à partir des connaissances produites par les experts, mais à partir d’un accord rendu public sur leurs désaccords.

jeudi, juin 11 2015

Rapport sur les inégalités en France : une première

11 06 2015

rapport_inegalites.jpgLa montée des inégalités fait peser une menace croissante sur la cohésion du pays. Non seulement ce phénomène heurte les valeurs de la République, mais il nuit à la performance économique. Le débat sur le sujet est omniprésent désormais dans les médias, mais l’information demeure souvent parcellaire et désordonnée. L’absence de données précises laisse la place à l’exagération et aux discours simplificateurs. Les inégalités sont à la « mode », sans que l’on sache bien de quoi on parle.
L’objectif de la publication de ce premier « Rapport sur les inégalités en France » est de fournir un ensemble de données faciles d’accès et actualisées, de dresser un état des lieux complet et de faire le point sur les principales évolutions dans un grand nombre de domaines, des revenus à l’école, en passant par la santé ou les inégalités entre les femmes et les hommes. Après les synthèses de Patrick Savidan et de Louis Maurin, respectivement président et directeur de l’Observatoire des inégalités, le lecteur trouvera chapitre par chapitre un ensemble de tableaux chiffrés commentés.

mardi, juin 9 2015

La justice française, une machine à punir les plus faibles

9 06 2015

justice_poids_et_mesures.jpgL’article intitulé « La justice française une machine à blanchir » interpelle nécessairement ceux qui rendent la justice. Comme l’a parfaitement démontré le Live de Mediapart le 4 juin au soir, les choses sont beaucoup plus compliquées et moins manichéennes que le dit l'article. Le seul point commun des affaires citées est d’avoir fait la une de la presse. Les personnes poursuivies ou les victimes sont des symboles sociaux d’une confrontation spectaculaire avec la justice mais dans des registres symboliques très différents et avec des intensités dramatiques tout aussi différentes. Il reste que, par-delà les raisonnements juridiques pertinents, que l’on peut mettre en avant (ils l’ont été lors du « live ») la plupart des exemples cités révèlent que trop souvent, la justice est illisible et incompréhensible pour bien des composantes du " peuple " au nom de qui elle est rendue.

lundi, juin 8 2015

La dynamique du marché de la drogue en Europe

8 06 2015

Image_drogues.jpgTandis que les initiatives entreprises en Amérique du Nord et du Sud en rapport avec la vente réglementée de cannabis et de ses produits dérivés génèrent un intérêt et un débat au niveau international, les discussions sur le cannabis en Europe restent essentiellement centrées sur les coûts de santé potentiellement associés à cette drogue. Les nouvelles données mettent en lumière le rôle majeur joué par le cannabis dans les statistiques sur la criminalité liée à la drogue, cette drogue représentant 80 % des saisies réalisées et la consommation ou la détention de cannabis pour usage personnel, plus de 60 % des infractions liées à la drogue enregistrés en Europe (voir figure). En outre, la production et le trafic de cannabis sont reconnus comme revêtant une importance accrue dans le domaine de l’application de la loi en raison de l’implication accrue de la criminalité organisée. Il existe, cependant, des disparités considérables dans les pratiques nationales de sanction des délits relatifs à l’offre de cannabis: les sanctions infligées pour un premier délit d’offre d’un kilogramme de cannabis varient, selon les experts nationaux, de moins d’un an à dix ans d’emprisonnement.

dimanche, juin 7 2015

La pauvreté, une discrimination non identifiée

7 06 2015

doc-idees_fausses2015.inddOn peut choisir de ne pas être pauvre dans notre société. N’est-ce pas là une affirmation dénuée de sens ? Pourtant, elle semble faire consensus dans un imaginaire collectif souvent empreint d’idées fausses. Les pauvres sont suspectés d’être frauduleusement pour quelque chose dans leur situation. Elles et ils cumulent et profitent des avantages de leur précarité en percevant, sans honte, le RSA ou en bénéficiant, si facilement et sans dignité, de la couverture maladie universelle. L’association de ces deux vocables, pourtant antagonistes, «avantages, précarité» ne semble paradoxalement gêner que très peu l’imagerie sociale ambiante, largement influencée par les médias. Peut-être parce que l’on croit faussement aussi que ces «populations» ont leur propre culture en dehors des cadres intégrateurs officiels. Culture dont les pauvres seraient, qui plus est et par hérédité, fiers ou à l’autre extrême, rendus «névrosés» à en croire même certaines études. Et leurs soi-disant valeurs spécifiques s’opposent «trop», socialement et même psychiquement, à celles qui doivent a fortiori faire référence. Surtout, si en plus d’être pauvres, ces enfants, femmes et hommes sont roms et/ou migrants. Être pauvre, c’est être classé socialement comme étant hiérarchiquement inférieur et donc non prioritaire.

samedi, juin 6 2015

Les injustices et discriminations au travail vécues par les jeunes issus de l'immigration

6 06 2015

discrimination.jpgInjustices et discriminations au travail dessinent des ressentis très différents selon l’origine et le genre. Parmi les jeunes hommes, ceux qui se sentent les plus injustement traités sont les descendants d’immigrés d’Afrique sub-saharienne. En revanche, ce sont les femmes françaises d’origine qui perçoivent le plus les injustices.
Au sein des jeunes issus de l’immigration, les écarts constatés dans la sensibilité aux discriminations dépendent du pays de naissance des parents et du genre. Chez les femmes, cette expérience renvoie plutôt à des motifs tels que l’âge, le genre et parfois les situations familiales. Chez les hommes, les injustices prennent principalement la forme de discriminations ethno-raciales. Dans les deux cas, l’ampleur de la discrimination est affectée par les formes d’emploi et les conditions de travail.
La mesure des expériences discriminatoires éclaire ainsi les orientations à développer dans les dispositifs d’égalité professionnelle. Ne pourrait-elle aussi nourrir une réflexion sur la confrontation entre des politiques publiques fondées sur des critères « objectifs » et le vécu des salariés ?

Illustration : 93.fcpe-asso.fr

vendredi, juin 5 2015

La condition carcérale : points d’ombre d’une ethnographie

5 06 2015

l__ombre_du_monde.jpgÀ partir d’un travail de terrain de sept mois, étalés sur quatre ans, dans une maison d’arrêt, Didier Fassin écrit un livre séduisant, mais qui décevra les connaisseurs de l’institution pénitentiaire. En 607 pages et 11 chapitres, auxquels s’ajoutent un prologue et un épilogue, l’auteur nous rappelle comment la pénalisation de certains actes, le « durcissement de l’action des forces de l’ordre », le développement de la comparution immédiate, la mise à exécution de peines anciennes et l’alourdissement des sanctions ont entraîné l’accroissement de la population pénale. Il nous interpelle sur la surpopulation carcérale et « l’inégalité devant l’institution pénitentiaire et singulièrement sa dimension ethno-raciale ». Après de nombreux autres, chercheurs, professionnels de la justice et anciens détenus, il observe la violence du lieu, l’inefficacité de l’incarcération – source de « ruptures de la vie familiale et professionnelle qui désocialisent les individus en même temps qu’elle entraîne une resocialisation dans des milieux déviants » – et, pourtant, son éternel recommencement, qui « relève plus de faits structurels, que les modifications réglementaires n’altèrent que modérément et, au mieux, à terme » ; l’auteur concluant sur la fonction de « rappel à l’ordre social » de la prison.

jeudi, juin 4 2015

Aux rythmes de l'enfermement. Enquête en institution pour jeunes délinquants

4 06 2015

Livre_alice_jaspart.pngDurant près d’un an, l’auteure s’est plongée dans le quotidien de trois institutions d’enfermement pour jeunes garçons poursuivis par la justice en Belgique francophone. En privilégiant une approche ethnographique, il s’agissait d’étudier de l’intérieur ces institutions spécialisées pour en éclairer le fonctionnement quotidien et les pratiques développées en régime fermé.
Dans une ambiance filmographique, l’ouvrage invite le lecteur à vivre le temps d’un enfermement en suivant, pas à pas, le cheminement de la chercheuse : la structuration des espaces ; la rencontre des acteurs en présence ; l’organisation des temporalités ; l’observation au cœur des rapports entre intervenants et adolescents ; la force de l’humour ainsi que la découverte des espaces interstitiels, en marge de la prise en charge formalisée et collective, là où la contrainte peut se faire oublier et des relations de confiance se nouer. En partant de ces différentes dimensions de la vie institutionnelle, décrites tant du côté des professionnels que des jeunes, dans leurs aspects tant offerts aux regards que cachés, la recherche permet de comprendre les relations qui se développent entre les uns et les autres dans les centres fermés pour mineurs, d’en saisir les missions ainsi que les contradictions et les limites qui les traversent.

mercredi, juin 3 2015

Zyed et Bouna, un verdict sociologique

3 06 2015

transfo_clichy.jpgLa décision rendue le 18 mai 2015 par le Tribunal correctionnel de Rennes portant sur la responsabilité pénale des deux policiers poursuivis dans l’affaire de Clichy-sous-Bois est, aussi étonnant qu’il soit, un verdict sociologique.
Lorsqu’il s’agit de juger la responsabilité pénale personnelle de la policière qui occupait la fonction d’opérateur au poste radio, la Cour refuse de retenir de grief à son encontre, estimant en lieu et place la responsabilité structurelle de la Police nationale. Car, dit la Cour, Mme Klein « était une jeune fonctionnaire stagiaire ne disposant que d’une brève expérience de terrain ». Son affectation au poste radio appelait « des compétences particulières (…) de coordination, de contrôle et de guidage des effectifs » sur le terrain ; or « l’enquête démontre » qu’elle « n’avait reçu aucune formation préalable à cette mission ». De surcroît, « il est incontestable » (cette profusion de tournures affirmatives…) que l’action se déroulait sur la commune de Clichy-sous-Bois, or Mme Klein ignorait tout de cette ville : il n’y a alors pas de commissariat à Clichy, réclamé par les habitants depuis 35 ans, et la commune qui « n’appartenait pas au ressort habituel du commissariat » de Mme Klein, laquelle de toutes façons est « originaire de province » et n’est alors en fonction en Seine-St-Denis que « depuis quelques mois seulement », et n’y réside pas.

Illustration : europe1.fr

mardi, juin 2 2015

Pratiques et évolutions de la justice des mineurs

2 06 2015

livre_alain_bruel.jpgSoixante-dix ans après l’ordonnance du 2 février 1945, Alain Bruel repense les évolutions et les pratiques de la justice des mineurs. En effet, depuis une vingtaine d’années, une politique conservatrice et autoritaire gomme la spécificité de la juridiction spécialisée des mineurs, éloigne le judiciaire de l’éducatif et procède à une administration normative de masse de la délinquance juvénile. En cette période de remise en chantier du texte fondateur, il s’interroge sur les éléments qui, outre la conformité à la loi et à la procédure, influent sur la décision judiciaire.
À partir de son expérience professionnelle de juge des enfants, Alain Bruel nous propose un véritable manifeste pour améliorer la qualité du fonctionnement de la juridiction des mineurs. Face au discours gestionnaire actuel qui tend à transformer le travail du juge en production à la chaîne d’actes standardisés, il prône un autre langage – qu’il qualifie de clinique –, celui du professionnel chargé de représenter la Société, mesurant quotidiennement dans son cabinet le fossé qui sépare les difficultés des gens et les stratégies politiques censées y répondre.

lundi, juin 1 2015

Quartiers prioritaires : le dernier rapport de l'ONZUS

1 06 2015

onzus.jpgL’année 2014 sera celle du dernier millésime du rapport de l’Onzus. Le 21 février 2014, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a posé les bases d’une nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville, venue remplacer les zones urbaines sensibles, objet d’observation de l’Onzus depuis une décennie. Depuis 2004, les 751 Zus et leurs 4,4 millions d’habitants ont ainsi été au cœur de l’observation statistique.
Les équipes de l’Onzus ont produit un dernier rapport qui retrace une fois encore les différentes facettes des difficultés rencontrées par les quartiers. Certains indicateurs de mesure de la pauvreté signalent ainsi que les écarts se creusent entre les Zus et le reste du territoire, même si les Zus affichent des profils très contrastés. Sur le front de l’emploi, si le taux de chômage semble se stabiliser en Zus en 2013, il reste à un niveau élevé, à plus de 23% de la population active. Les difficultés d’accès à l’emploi frappent prioritairement les jeunes, les immigrés et les personnes d’un faible niveau d’études. Néanmoins, une étude développée dans le rapport montre que même le fait d’être diplômé n’a pas été suffisamment protecteur vis-à-vis de la crise économique pour les résidents des Zus. Enfin, l’état de santé des adultes résidant en Zus continue d’être préoccupant, avec un renoncement aux soins plus élevé et un recours moins fréquent aux médecins spécialistes.

samedi, mai 30 2015

L’islam et les pouvoirs publics en France

30 05 2015

mosquee.jpgL’islam en France a d’abord été une religion d’immigrés. Pour les pouvoirs publics français il s’agissait aussi d’une « religion immigrée », c’est-à-dire une religion qui, à l’image des travailleurs qui la pratiquaient, n’avait pas vocation à s’installer durablement sur le territoire. Avec le temps, les citoyens français de confession musulmane sont devenus de plus en plus nombreux et désormais on présente volontiers l’islam comme « la seconde religion de France ». Il n’en demeure pas moins vrai que la structuration du culte musulman sur le territoire métropolitain demeure, aujourd’hui encore, indissociable de l’histoire de l’immigration maghrébine, ouest-africaine, ou encore turque dans certaines régions. Ce processus d’organisation du culte musulman s’est déroulé en trois temps.
Le premier âge court pour l’essentiel des immigrations coloniales jusqu’à l’année 81, année de la loi sur la libéralisation du droit d’associations pour les étrangers. Durant cette première période, la structuration du culte musulman reste timide, très informelle et largement dépendante des structures d’encadrement de la main d’œuvre immigrée. Les salles de prières qui ouvrent se trouvent dans des foyers de travailleurs isolés, dans des usines. Et ces ouvertures se déroulent avec l’accord des responsables de foyers ou d’usine, la pratique de la religion musulmane étant alors perçue comme une sorte d’antidote au gauchisme.

vendredi, mai 29 2015

Victimation et sentiment d’insécurité à Marseille : une enquête inédite

29 05 2015

Photo_Marseille.jpgMarseille, parce qu’elle serait submergée par une violence sans cesse croissante, constitue l’un des principaux territoires de mise en scène médiatique et politique du thème de « l’insécurité ». Pour approcher scientifiquement cette problématique, l’article présente les premiers résultats d’une enquête inédite sur la victimation et le sentiment d’insécurité chez les Marseillais. Les auteurs présentent d’abord, de façon détaillée, la méthodologie de l’enquête, puis les résultats portant sur la victimation réellement subie. Ils analysent ensuite les données concernant les représentations et le sentiment d’insécurité. En conclusion, ils discutent les relations statistiques entre victimation et sentiment d’insécurité, ainsi que la place de Marseille au regard d’enquêtes menées dans d’autres villes françaises.

jeudi, mai 28 2015

Emmanuel Todd démenti par la sociologie des « Je suis Charlie »

28 05 2015

je_suis_charlie.jpgDans son essai Qui est Charlie ?, Emmanuel Todd qualifie les manifestations des 10 et 11 janvier « d’imposture ». Loin de l’image consensuelle et solidaire donnée par les médias, elles auraient essentiellement mobilisé une France périphérique, vieillissante, blanche, bourgeoise et de culture catholique. Loin de défendre la liberté d’expression contre l’intégrisme religieux, la motivation profonde des marcheurs serait islamophobe, voire à terme potentiellement antisémite.
L’auteur s’appuie essentiellement sur la cartographie des manifestations, sur les écarts de participation d’une ville et d’une région à l’autre, sur les traditions politiques et religieuses. Ces cartes suffisent-elles à déterminer le profil des manifestants, des millions d’hommes et de femmes qui sont descendus dans la rue après les attaques terroristes de janvier ? Peut-on se contenter d’une explication monocausale fondée sur des structures anthropologiques qui remonteraient à la Révolution française ? Rien n’est moins sûr.

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