lundi, novembre 3 2014

Chaos international et sécurité globale : le catastrophisme en question

3 11 2014

livre_berthelet.jpgNous traversons une période dangereuse dit-on. Les conflits augmentent, la grande criminalité prospère, les violences se multiplient et la petite délinquance explose. Affaibli, l'État n'arrive plus à protéger la société contre la montée des nouveaux périls: immigration incontrôlée, finance noyautée par les organismes mafieux, cybercriminalité, menaces invisibles, hybrides et transnationalisées... Le monde est décrit comme un "vaste désordre" caractérisé par l'accroissement des massacres ethniques, l'émergence de banlieues comme des territoires de non-droit, le développement d'un "terrorisme apocalyptique" et la propagation inexorable de "zones grises". Un conflit des cultures et des religions s'annonce au moment où l'Occident est en proie à une crise de valeurs. Mais que penser de ce discours sur le chaos international et sur le désordre planétaire ? Quelles conclusions tirer et comment comprendre la sécurité globale comme réponse au danger ? Au fond, nos sociétés sont-elles si menacées que cela ? Courent-elles réellement à leur perte ? Finalement, qui a intérêt à diffuser ce genre d'idées catastrophistes ? Qui s'emploie à propager cette rhétorique sécuritaire ?

dimanche, novembre 2 2014

L’origine de la grande récession

2 11 2014

house_of_debt.jpgSi la crise des subprimes est régulièrement présentée comme l’élément déclencheur de la Grande Récession américaine, les mécanismes précis ayant conduit à cette destruction massive d’emplois ont été peu étudiés. Le débat public s’est principalement concentré sur la crise bancaire et la contraction associée des crédits, identifiée comme la cause principale de la Récession. Les réponses à la crise apportées par l’administration Obama, tournées vers un sauvetage massif des banques et le soutien aux prêts immobiliers, confirment cette vision.
Atif Mian et Amir Sufi, dans House of debt (2014) réfutent cette interprétation de la Récession, qu’ils qualifient de banking view : selon eux, c’est avant tout le surendettement des ménages, faisant suite au retournement du marché immobilier de 2006, qui est à l’origine de la destruction de tant d’emplois, avant même le début de la crise bancaire. Ce surendettement a conduit à une baisse de la consommation des ménages touchés et donc à une chute de la production, engendrant une augmentation du chômage. Ils en viennent alors à proposer des réponses politiques alternatives, davantage tournées vers l’effacement de la dette des ménages. À plus long terme, ils proposent le développement d’un nouveau type de crédits, dont le risque serait assumé à la fois par le prêteur et l’emprunteur.

samedi, novembre 1 2014

La démagogie fiscale ruine l’espoir d’une société plus juste

1 11 2014

logo_observatoire_inegalites.pngLe président de la République a réussi à faire intégrer l’idée qu’il fallait économiser l’argent public. Jusqu’à l’équivalent de 50 milliards d’euros par an en 2017. Voilà une opération courageuse. Elle représente l’équivalent de l’ensemble du budget du ministère de l’Education nationale, du primaire au lycée. Les lobbies de la dépense - aussi puissants que ceux des niches fiscales - défendent déjà leur cause. Au premier poste évoqué, la politique familiale. Les conservateurs - qui par ailleurs voudraient doubler les économies budgétaires - sont déjà sur les barricades. Cela promet quelques beaux débats. On va raboter là où cela fait le moins de bruit, pas toujours là où l’argent public est le moins nécessaire : dans les prestations sociales notamment. Plutôt que d’utiliser ces économies pour répondre aux besoins de la population - dont toute une partie prend la crise de plein fouet - le gouvernement n’a rien trouvé de mieux à faire que de les jeter par la fenêtre : 46 milliards par an destinés à réduire les prélèvements des entreprises et des ménages.
Cette politique, née dans les cerveaux d’une poignée d’énarques de l’Élysée, conduit à une faillite économique et sociale. Comment l’expliquer ? Trois grands facteurs ont joué.

vendredi, octobre 31 2014

Transparence et intégrité du lobbying, un enjeu de démocratie

31 10 2014

Transparency-International.jpgDans le dernier rapport de Transparency International sur le lobbying, la France obtient des notes très médiocres en matière de traçabilité d’une décision publique, d’intégrité (opacité, conflits d’intérêts, pantouflage, trafic d’influence, corruption) et d’équité (consultation équilibrée des différents groupes d’intérêts concernés par un sujet en débat, l’équité d’accès aux décideurs).
Le lobbying joue un rôle croissant dans l’élaboration de la décision publique. Les organisations y consacrent du temps et des budgets croissants, ce qui, notamment en période de crise, témoigne d’emblée de l’importance de cet enjeu. Lorsque son usage est rendu clair et transparent, il peut contribuer à apporter aux décideurs publics des éléments d’information et de compréhension sur des questions toujours plus complexes. A contrario, un lobbying non régulé peut entraîner des abus, dont il peut résulter des décisions répondant plus à des intérêts particuliers privés qu’à l’intérêt général, des coûts indus pour la collectivité et une altération grave de la confiance des citoyens envers leurs élus et leurs institutions. L’affaire du Mediator en est un exemple.

jeudi, octobre 30 2014

Statistiques pénitentiaires et parc carcéral, entre désencombrement et sur-occupation

30 10 2014

cellule.jpgLa question du sureffectif des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires en France semble rémanent puisque au regard des courbes d’évolution historique quelques rares périodes de baisse du nombre de personnes détenues offrent un court répit eu égard aux places disponibles.
Cet article propose tout d’abord un regard sur l’évolution du nombre de personnes détenues depuis 1980 pour ensuite traiter la question de la mesure du sureffectif.
Au 1er janvier 2014, 77 883 personnes étaient écrouées. La détention totale ou partielle concernait 67 075 personnes soit 86 % des écrous. On compte parmi les personnes détenues 1 765 semi-libres et 375 « placées à l’extérieur » mais néanmoins hébergées à l’établissement. Les personnes écrouées non hébergées étaient 10 808, soit 14 % des écrous (570 placées sous surveillance électronique fin de peine, 647 placées à l’extérieur non hébergés et 9 591 placées sous surveillance électronique).

Photo : lesoir.be

mardi, octobre 28 2014

Comment faire carrière en politique sans mettre un pied dans la vraie vie

28 10 2014

vraie_vie.jpg« Cela » ? Perdre tout pied dans la réalité, n’avoir plus le sens commun. Agir comme si l’on était au-dessus de la règle la plus élémentaire, ne plus savoir entendre raison ou n’en plus avoir. Je n’ai besoin ni de noms, ni d’exemples : ils ne sont que trop nombreux.
L’explication la plus plausible est la plus simple : ces élus n’ont jamais connu la vie réelle. Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. Compter pour savoir si l’on pourra payer ses deux employés à la fin du mois, si l’on aura soi-même assez pour assumer la scolarité du petit, le loyer… . Suivre de près météo, récoltes et prix des matières premières pour maintenir son exploitation agricole, répondre aux appels les nuits de garde en faisant sur le chemin vers le suivant la revue des traitements qu’on aurait pu oublier, toutes ces heures et ces jours où le réel est dur comme ciment et ou il faut le coltiner sans échappatoire possible, tout cela, ils n’en savent rien.

Photo : allocine.fr

dimanche, octobre 26 2014

L’opinion publique française n’est pas antisémite

26 10 2014

manifestation_halimi.jpgL’année 2014 a connu une hausse spectaculaire d’incidents antisémites, avec un premier pic après l’interdiction des spectacles de l’humoriste Dieudonné et la manifestation Jour de colère en janvier, et un second dans le sillage des manifestations antiisraéliennes suivant l’opération Bordure protectrice à Gaza en juillet. Sur les sept premiers mois de l’année, les actes et menaces recensés par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) ont presque doublé par rapport à l’an dernier. Des synagogues ont été attaquées, des magasins brûlés parce qu’appartenant à des juifs, et dans certains manifestations ont retenti des slogans d’un passé que l’on croyait révolu. Faut-il y voir le « retour » de l’antisémitisme des années 1930, comme le président du CRIF évoquant la Nuit de cristal et les pogroms, ou la montée d’un « nouvel antisémitisme » plus insidieux masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme et la défense des opprimés ?
Ces actes, pour inquiétants et inacceptables qu’ils soient, restent le fait de minorités. Ils ne reflètent pas l’état de l’opinion publique française. Les sondages, en particulier l’enquête annuelle sur le racisme réalisée pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) montrent au contraire un recul graduel des préjugés envers les juifs, et parmi les préjugés qui résistent le « nouvel antisémitisme » reste marginal.

Photo : lemonde.fr

samedi, octobre 25 2014

Observer pour orienter et évaluer. Le CNO-CNE de Fresnes de 1950 à 2010

25 10 2014

fresnes.jpgAu tout début des années cinquante, l’Administration pénitentiaire se dota d’un outil essentiel et primordial afin de réussir la Réforme pénitentiaire. Examiner la personnalité des détenus afin de mieux les orienter vers des établissements diversifiés était l’application concrète d’une philosophie pénale progressiste. L’article se propose de suivre l’histoire de cette institution pendant une soixantaine d’années, instititution qui a su évoluer au fil des politiques pénales afin de mettre en commun des compétences pluridisciplinaires pour orienter, mais aussi pour observer et évaluer des détenus condamnés à de longues peines. À partir des dossiers des détenus-stagiaires, il est possible également de révéler les non-dits de ces missions, les tâtonnements et les exclusions, les stéréotypes des observateurs comme les évolutions de la population observée. Individualiser les peines pour réinsérer au mieux fut l’objectif initial tout en préservant la société des risques de récidive. Préserver la société de la dangerosité de certains récidivistes semble la préoccupation contemporaine.

Photo : annuaires.justice.gouv.fr

vendredi, octobre 24 2014

Apprendre à coopérer avec le "synergomètre"

24 10 2014

synergometre.jpgLe Synergomètre est un dispositif pédagogique dont la finalité est d'apprendre à coopérer. Il s'inscrit dans la lignée des méthodes actives et utilise un appareil, véritable simulateur des relations au travail.
Le mot Synergomètre désigne ainsi tout autant l'approche méthodologique que l'outil pédagogique.
Chaque séance se compose de deux temps distincts :
- Un temps lors duquel le groupe est confronté à un problème à résoudre ensemble.
- Un temps de réunion/discussion où chacun va exprimer la manière singulière dont il a abordé le travail et contribué à la résolution collective. Puis, le groupe va procéder à une analyse de son travail pour en comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements.

mercredi, octobre 22 2014

Au voleur ! Imaginaires et représentations du vol (XIXe-XXe siècle)

22 10 2014

au_voleur.jpgQuoi de commun entre l'enfant qui chaparde les cerises, l'assassin qui égorge les rentiers, le domestique indélicat, le pickpocket, le rat d’hôtel, la kleptomane, le cambrioleur ? Rien, sinon cette étiquette de voleurs qui recouvre une large variété de types sociaux et d’imaginaires. À des degrés bien différents, tous font l’objet d’une réprobation morale. Car le vol dérange l’ordre social : comme l’écrit Michelle Perrot, le XIXe siècle est animé d’une véritable « obsession propriétaire » qui ne se relâche guère avant les années 1960.
Le fait est connu, mais il reste trop souvent vu de loin. Comment prendre en compte les évolutions chronologiques dans une société qui s’enrichit et accède plus massivement à la propriété ? Comment envisager les spécificités géographiques (le voleur des villes n’est pas le voleur des champs, ni le maraudeur de banlieue) ? Comment distinguer, enfin, des groupes sociaux, des genres, des âges ? C’est tout le pari de cet ouvrage qui propose d’examiner, dans leur diversité, les imaginaires et les représentations du vol aux XIXe et XXe siècles, du Code pénal aux blousons noirs. De Jean Valjean aux Valseuses, en passant par Lupin et Bonnot, mais aussi par une foule de petits délinquants obscurs, il s’agit d’éclairer un envers de l’histoire de la France contemporaine.

lundi, octobre 20 2014

Parentalités en prison : un dossier

20 10 2014

famille_prison.jpgLa question des liens familiaux des femmes et des hommes incarcéré.e.s, si elle est longtemps restée dans l’ombre, a connu un regain d’intérêt en France depuis une quinzaine d’années. Cet essor des recherches françaises résulte du croisement récent de domaines de la sociologie qui s’étaient jusqu’à présent développés séparément : la sociologie de la prison, la sociologie de la famille et la sociologie du genre. Il est également le résultat des évolutions en matière de droits des détenus (et, au-delà, de façon conjointe, de leurs enfants) – l’Administration pénitentiaire affichant, dans un souci de réinsertion et au travers de la création de nouveaux dispositifs comme les Unités de Vie Familiale (UVF), la nécessité de préserver les liens familiaux des individus incarcérés. Sans viser l’exhaustivité, l’introduction de ce numéro thématique est d’abord l’occasion de revenir sur ces travaux et sur les problématiques, notamment politiques, qu’ils permettent de soulever.

Photo : laurent-jacqua.blogs.nouvelobs.com

vendredi, octobre 17 2014

Le football, objet du délire d’Éric Zemmour

17 10 2014

zemmour-football.jpgIl n'est pas démontré que, mieux que tout autre, Éric Zemmour incarnerait l'immixtion des éditorialistes, des intellectuels médiatiques et autres penseurs consacrés par l'époque dans les affaires du football. Mais il fait peu de doutes qu'il a illustré avec une certaine constance l'instrumentalisation de ce dernier à des fins extérieures, l'hystérisation des débats au moindre incident et l'alimentation des nombreux psychodrames nationaux dont il aura été le prétexte depuis une petite vingtaine d'années. Pour lui comme pour la plupart de ses pairs, le football est devenu une obsession, à la fois symptôme de la décadence du pays et moyen de stigmatisation d'une partie de sa population.
Aussi n'y a-t-il pas grande surprise à constater que le football est un des fils rouges de son essai Le Suicide français, faisant l'objet de cinq passages substantiels. Comme annoncé dans l'introduction, l'auteur entend narrer "les quarante années qui ont défait la France", non seulement "président après président, loi après loi, élection après élection, intellectuel après intellectuel, (…)", mais aussi "match de football après match de football".
Le "roman national" d'Éric Zemmour est une fiction paranoïaque, son livre une mise en scène d'obsessions personnelles qu'il partage et a fait partager, grâce à la complaisance de nombreux médias, à une large frange de l'opinion française. La façon qu'il a d'y aborder le football est particulièrement symptomatique de cette France qui pratique la haine de soi.

jeudi, octobre 16 2014

Le business de la migration

16 10 2014

business_migration.pngAlors que médias et pouvoirs publics sont prompts à dénoncer les réseaux de trafiquants et passeurs qui se feraient de l’argent sur le dos des migrants, ils oublient souvent ou taisent sciemment l’économie, bien légale celle-ci, qui s’est organisée autour du contrôle des migrations.
Qu’il s’agisse de surveiller les frontières par des moyens toujours plus sophistiqués, d’instruire les demandes de visas, d’enfermer les étrangers avant leur expulsion, de les accueillir dans les situations d’urgence ou de convoyer les expulsés, on constate une tendance croissante à la sous-traitance à des sociétés privées d’activités qui relèvent en principe des attributions régaliennes de l’État. Et ce au plus grand profit des multinationales de la sécurité, de l’industrie d’armement ou des organisations impliquées dans le business humanitaire qui se sont engouffrées dans ce nouveau marché.
Dans un contexte de marchandisation de la « gestion des flux migratoires », cette sous-traitance a de quoi inquiéter : plus qu’un outil au service d’une politique, elle pourrait bien, sous la pression des groupes qui s’y enrichissent, en devenir le moteur.

mercredi, octobre 15 2014

La mise en scène de la vie carcérale en établissement pénitentiaire pour mineurs

15 10 2014

mineurs_en_prison.jpgForme carcérale récente de gouvernement de la jeunesse délinquante, l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) se prête à une décentration du regard sociologique propre à appréhender la détention par le bas. Une sociologie des expériences de détention permet ainsi de saisir les initiatives entreprises par les jeunes prisonniers afin de parvenir à une mise en scène de soi constituant le moyen privilégié d’amélioration de leur quotidien carcéral. Soumis à la double contrainte consistant à répondre aux exigences des différents professionnels intervenant dans l’institution tout en satisfaisant aux attentes et codes des codétenus, les adolescents incarcérés font valoir une posture biface qui conditionne leur vie en prison. Regroupés au sein de nombreuses activités collectives organisées dans des environnements partagés, les mineurs tentent de tirer parti des dispositions spatio-temporelles présentées par l’EPM pour faire la démonstration, plus ou moins ostensiblement, de leurs capacités à investir des comportements et des conduites susceptibles de leur garantir la production d’une impression idéalisée d’eux-mêmes livrée à tous.

Photo : blogs.rue89.nouvelobs.com/restez-assis

mardi, octobre 14 2014

Le médicament qui devait sauver l'Afrique : scandale pharmaceutique aux colonies

14 10 2014

medecine_coloniale.jpgC'est l'histoire d'une piqûre magique, qui devait débarrasser l'Afrique d'une maladie qui décimait le continent, l'histoire d'un scandale pharmaceutique enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l'éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d'être découvert : la Lomidine. Dans l'enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées. La méthode connaît quelques ratés - la molécule se révèle inefficace et dangereuse - mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire.
Ce livre montre comment les médecins s'obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d'une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a servi de vitrine à l'« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l'Afrique par la science et la technique.

Photo : etudescoloniales.canalblog.com

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