Contexte économique et social

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mercredi, juin 24 2015

Plus les riches sont riches et moins la croissance est forte

24 06 2015

poor_or_rich.jpgLes tenants de la théorie du « ruissellement » ou « trickle down », selon laquelle les revenus des plus riches contribueraient à la croissance, ont du souci à se faire : des économistes du Fonds monétaire international (FMI) contestent ouvertement cette approche. Dans une étude sur les causes et les conséquences des inégalités, présentée lundi 15 juin, ils établissent au contraire que, plus la fortune des riches s’accroît, moins forte est la croissance.
Lorsque la part de gâteau des 20 % les plus aisés augmente de 1 %, le produit intérieur brut (PIB) progresse moins (– 0,08 point) dans les cinq ans qui suivent. Autrement dit, les avantages des plus riches ne ruissellent pas vers le bas, contrairement aux convictions des économistes néolibéraux qui défendirent les politiques de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan et les baisses d’impôt pour les hauts et très hauts revenus. En revanche, une augmentation de même importance (+ 1 %) de la part des revenus détenue par les 20 % les plus pauvres est associée à une croissance plus forte de 0,38 point.

Illustration : 123rf.com

dimanche, juin 21 2015

De la crise du logement à la vulnérabilité résidentielle

21 06 2015

tente_sans_abri.jpgLa plupart des pays du monde connaissent aujourd’hui des déséquilibres des marchés immobiliers, amenant à une surproduction chronique de logements à destination des catégories aisées et à une faiblesse structurelle de la production de logements à faibles prix, en particulier dans le secteur locatif. Dans de nombreux pays des Sud, le logement non réglementaire s’est intensément développé sans que la part de l’habitat dégradé en centre-ville ou en proche périphérie ne régresse. Les difficultés sur les marchés du logement sont également très fortes dans la plupart des pays européens, qu’elles soient liées à la financiarisation du logement, comme en Espagne, ou à la faiblesse structurelle de l’offre de logements sociaux, comme en Italie.
La France n’échappe pas à cette situation. Dans les grandes villes, la crise du logement s’intensifie depuis les années 1990, en dépit d’un maintien relatif de la construction de logements sociaux (131 509 logements ont été financés en 2010, dont 32 % en Île-de-France). La raréfaction du foncier, les stratégies spéculatives, la recomposition des politiques du logement, l’explosion des coûts de construction, les évolutions sociodémographiques ainsi que la faiblesse de l’offre de logements par rapport à la demande ont eu pour conséquence un envol des prix sur les marchés immobiliers urbains.

jeudi, juin 11 2015

Rapport sur les inégalités en France : une première

11 06 2015

rapport_inegalites.jpgLa montée des inégalités fait peser une menace croissante sur la cohésion du pays. Non seulement ce phénomène heurte les valeurs de la République, mais il nuit à la performance économique. Le débat sur le sujet est omniprésent désormais dans les médias, mais l’information demeure souvent parcellaire et désordonnée. L’absence de données précises laisse la place à l’exagération et aux discours simplificateurs. Les inégalités sont à la « mode », sans que l’on sache bien de quoi on parle.
L’objectif de la publication de ce premier « Rapport sur les inégalités en France » est de fournir un ensemble de données faciles d’accès et actualisées, de dresser un état des lieux complet et de faire le point sur les principales évolutions dans un grand nombre de domaines, des revenus à l’école, en passant par la santé ou les inégalités entre les femmes et les hommes. Après les synthèses de Patrick Savidan et de Louis Maurin, respectivement président et directeur de l’Observatoire des inégalités, le lecteur trouvera chapitre par chapitre un ensemble de tableaux chiffrés commentés.

vendredi, mars 13 2015

Une société fragilisée par les inégalités

13 03 2015

alter_eco_2015.pngLa France est un des pays où l'on vit le mieux au monde. Depuis quarante ans, notre niveau de vie médian1 a doublé. Cet enrichissement a transformé les conditions de vie de la population. La part des logements sans confort a chuté de 39 % à 1,5 %. Le taux de pauvreté se situe parmi les plus faibles au monde. Tous les ménages ou presque possèdent un téléviseur, un lave-linge, un réfrigérateur et un téléphone portable. Plus de 80 % ont une voiture, qui leur offre une liberté individuelle importante.
Les progrès n'ont pas été que matériels. Le demi-siècle passé a été marqué par l'émancipation des femmes, en marche vers l'égalité dans le travail comme dans le couple. L'insécurité a notablement diminué sur le long terme. La part de jeunes en échec à l'école a été divisée par quatre. L'espérance de vie a gagné dix années et la France figure ainsi parmi les pays où l'on vit le plus longtemps. La famille s'est modernisée : on choisit désormais librement son partenaire dans la vie, la fécondité est bien mieux contrôlée, les relations se sont équilibrées dans le couple comme entre parents et enfants. Alors, où est le problème ?

dimanche, mars 1 2015

En dix ans, le nombre de pauvres de moins de 30 ans a augmenté de plus de 50 %

1 03 2015

graphique_insee_pauvrete.pngLe nombre de pauvres de moins de 30 ans a augmenté d'un million entre 2002 et 2012, de 1,7 à 2,7 millions, soit un hausse supérieure à 50 %. Les trois quarts des nouveaux pauvres sont des jeunes adultes ou des mineurs.
Le taux de pauvreté des jeunes adultes a progressé de 8 à 13,2 % au cours de cette période, soit 420 000 de plus, une hausse de plus de 60 %. Un phénomène lié aux difficultés croissantes d'intégration dans l'emploi : en période de montée du chômage, les derniers arrivés sont souvent les premiers licenciés ou ceux qui voient leur contrat de travail non renouvelé.
Le taux de pauvreté des moins de 18 ans est passé de 8 à 11,7 % entre 2002 et 2012, soit + 550 000 ce qui représente une progression de plus de 50 %. Ces mineurs ne sont pas des enfants pauvres, mais des enfants de pauvres. Ils vivent au sein de familles qui se sont appauvries, soit du fait de la situation économique, soit parfois suite à une séparation du couple.

vendredi, février 6 2015

Le surcoût du capital : la rente contre l'activité

6 02 2015

le_surcout_du_capital.jpgLe concept de financiarisation fait référence au rôle croissant des intermédiaires et des marchés financiers dans la transformation des institutions, des comportements et des objectifs des acteurs économiques (ménages, entreprises, institutions financières, État). Dans cet ouvrage, nous montrons que la financiarisation, en promouvant une norme de rentabilité accrue, a élevé significativement le coût du capital pour les entreprises. L'emprise croissante de la finance sur l'entreprise est appréhendée ici à travers la définition de la notion de "surcoût du capital", notion à laquelle nous associons une mesure dont nous suivons l'évolution des années 60 à nos jours. C'est au niveau du comportement d'investissement et de marge des firmes que se situe le point d'application directe du renforcement des exigences de rentabilité financière. Les effets sur la croissance et l'emploi sont quant à eux de deux ordres. L'augmentation du poids de la rente financière se traduit d'abord par une augmentation de la part des revenus financiers a priori défavorable à la consommation. Le principal effet dommageable de l'emprise accrue de la finance sur l'entreprise est cependant constitué par le ralentissement de l'accumulation du capital. Ce second "dégât collatéral" est lui-même double: moins d'investissement c'est d'abord moins de compétitivité et de croissance du pouvoir d'achat (effet-production), mais c'est aussi moins d'emploi (effet-demande). La période dite des "Trente piteuses" peut ainsi s'interpréter comme un nouvel épisode de la lutte entre la propriété et l'activité qui a animé toute l'histoire du capitalisme jusqu'à nos jours.

lundi, janvier 19 2015

Les 1 % les plus riches posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale

19 01 2015

les_riches.jpgL'ONG Oxfam publie, lundi 19 janvier, une nouvelle étude, consultable en ligne, révélant l'ampleur des inégalités dans le partage des richesses sur la planète. Selon ses calculs, réalisés à partir de données fournies par le Crédit Suisse, la richesse cumulée des 1 % les plus riches de la planète dépassera bientôt celle détenue par les 99 % restants.
Selon Oxfam, « la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ». Cela signifie que s'ils continuent à s'enrichir, ils posséderont plus que l'ensemble des autres habitants de la planète réunis. La quasi-totalité des 52 % de patrimoine restant sont aux mains des 20 % les plus riches. « Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses », estime le rapport.

Illustration : la-croix.com

samedi, janvier 3 2015

La taxe sur les transactions financières est torpillée par la France

3 01 2015

taxe_tobin.jpgC'était la promesse n° 7 du candidat François Hollande : soutenir une « action coordonnée au niveau européen pour imposer l'ensemble des transactions, y compris donc les produits dérivés ».
La taxe sur les transactions financières (TTF), aussi appelée « Robin des bois » ou Tobin, du nom de l'économiste qui l'a imaginée dans les années 1970, devait entrer en vigueur au 1er janvier 2016 en Europe. Mais elle semble, sinon enterrée, du moins s'éloigner de plus en plus.
Pourtant, le chef de l'Etat et son premier ministre ont été rappelés à l'ordre par 140 députés de leurs propres rangs, qui ont signé une lettre jeudi demandant à ce « que notre pays conserve intacte l'ambition initiale du projet qui inclut “toutes les transactions financières” ». Parmi ces derniers figurent entre autres l'ancien premier ministre Jean-Marc-Ayrault, Karine Berger, Aurélie Filippetti, Elisabeth Guigou, François Lamy…

Illustration : agoravox.fr

vendredi, décembre 19 2014

Une commission d'enquête réhabilite les 35 heures

19 12 2014

35_heures.jpgDans la période de hausse rapide et constante du chômage que notre pays connaît depuis 2008, la question de l’emploi est légitimement au cœur des préoccupations des Français et des débats de politique économique et sociale. Chacun est à la recherche de mesures qui soient à la fois efficaces pour l’emploi et dans le même temps respectueuses des finances publiques, aujourd’hui marquées par l’importante charge de la dette (56,14 milliards d'euros, soit 14,19 % du budget de l'État selon la loi de finances pour 2013).
C’est dans ce contexte que la pertinence et les effets de la réduction du temps de travail sont convoqués. Ils font l’objet d’un débat ancien, qui remonte notamment à l’adoption des lois dites Aubry I de 1998 et Aubry II de 2000. On peut regretter que cette discussion soit plus souvent sous-tendue par des présupposés idéologiques qu’étayée par des éléments précis et chiffrés.
L’initiative du groupe UDI visant à créer une commission d’enquête parlementaire portant sur cette évaluation se donnait comme but de dépasser les postures pour parvenir à une évaluation la plus objective possible des effets directs et indirects de cette politique, et il est remarquable qu’elle ait été soutenue et adoptée à l’unanimité des groupes politiques représentés à l’Assemblée nationale.

Photo : rtl.fr

mardi, décembre 9 2014

Chômage de longue durée : la crise a frappé ceux qui étaient déjà les plus exposés

9 12 2014

chomage_pole_emploi.jpgEn France, en 2013, quatre chômeurs sur dix, soit 1,1 million de personnes, sont en situation de chômage de longue durée, c'est-à-dire au chômage depuis au moins un an. Ce phénomène a été aggravé par la crise car les entrées dans le chômage ont augmenté tandis que les sorties bénéficient en priorité aux chômeurs au chômage depuis peu. Depuis la crise, l'évolution de la France en la matière est similaire à celle observée au niveau de l'Union européenne. L'Espagne est le grand pays européen où la crise a eu les effets les plus graves, alors que l'Allemagne fait figure d'exception, avec une baisse quasi continue du chômage de longue durée depuis 2005. En France, les personnes les plus touchées par la crise sont généralement celles qui étaient a priori les plus exposées aux difficultés sur le marché du travail. On observe ainsi les plus fortes augmentations du taux de chômage de longue durée entre 2008 et 2013 parmi les catégories d'actifs les plus fragiles : ouvriers, employés, jeunes, personnes sans diplôme, parents isolés, habitants des zones urbaines sensibles, immigrés.

Photo : medias-presse.info

dimanche, novembre 9 2014

Sinistrose et repli sur soi : les Français n'ont pas le moral en 2014

9 11 2014

pas_glop.jpgStressés par la crise, n’ayant plus confiance dans les institutions et leur capacité d’infléchir le réel, inquiets des risques de déresponsabilisation du modèle social et valorisant la liberté et l’autonomie individuelle, les Français tendent, en ce début 2014, à s’affranchir du collectif pour ne compter que sur eux-mêmes. C’est probablement la raison pour laquelle 35% des Français placent les efforts de chacun pour vivre ensemble en tête des facteurs qui contribuent le plus à renforcer la cohésion sociale, loin devant l’école, la protection sociale, Tandis que la protection sociale apparaît moins essentielle cette année (14% vs 17% en 2011). Fait notable, le désenchantement vis à vis de la protection sociale est particulièrement marqué chez les personnes les plus fragiles qui pourraient pourtant bénéficier des filets de protection dans cette période de crise : les non-diplômés (-9 points), les bas revenus (-7 pts), les personnes au foyer (–7 points), les personnes souffrant de handicap (-8 points) considèrent la protection sociale nettement moins essentielle à la cohésion de la société cette année.

Illustration : lesmusesdunet.joueb.com

dimanche, novembre 2 2014

L’origine de la grande récession

2 11 2014

house_of_debt.jpgSi la crise des subprimes est régulièrement présentée comme l’élément déclencheur de la Grande Récession américaine, les mécanismes précis ayant conduit à cette destruction massive d’emplois ont été peu étudiés. Le débat public s’est principalement concentré sur la crise bancaire et la contraction associée des crédits, identifiée comme la cause principale de la Récession. Les réponses à la crise apportées par l’administration Obama, tournées vers un sauvetage massif des banques et le soutien aux prêts immobiliers, confirment cette vision.
Atif Mian et Amir Sufi, dans House of debt (2014) réfutent cette interprétation de la Récession, qu’ils qualifient de banking view : selon eux, c’est avant tout le surendettement des ménages, faisant suite au retournement du marché immobilier de 2006, qui est à l’origine de la destruction de tant d’emplois, avant même le début de la crise bancaire. Ce surendettement a conduit à une baisse de la consommation des ménages touchés et donc à une chute de la production, engendrant une augmentation du chômage. Ils en viennent alors à proposer des réponses politiques alternatives, davantage tournées vers l’effacement de la dette des ménages. À plus long terme, ils proposent le développement d’un nouveau type de crédits, dont le risque serait assumé à la fois par le prêteur et l’emprunteur.

samedi, novembre 1 2014

La démagogie fiscale ruine l’espoir d’une société plus juste

1 11 2014

logo_observatoire_inegalites.pngLe président de la République a réussi à faire intégrer l’idée qu’il fallait économiser l’argent public. Jusqu’à l’équivalent de 50 milliards d’euros par an en 2017. Voilà une opération courageuse. Elle représente l’équivalent de l’ensemble du budget du ministère de l’Education nationale, du primaire au lycée. Les lobbies de la dépense - aussi puissants que ceux des niches fiscales - défendent déjà leur cause. Au premier poste évoqué, la politique familiale. Les conservateurs - qui par ailleurs voudraient doubler les économies budgétaires - sont déjà sur les barricades. Cela promet quelques beaux débats. On va raboter là où cela fait le moins de bruit, pas toujours là où l’argent public est le moins nécessaire : dans les prestations sociales notamment. Plutôt que d’utiliser ces économies pour répondre aux besoins de la population - dont toute une partie prend la crise de plein fouet - le gouvernement n’a rien trouvé de mieux à faire que de les jeter par la fenêtre : 46 milliards par an destinés à réduire les prélèvements des entreprises et des ménages.
Cette politique, née dans les cerveaux d’une poignée d’énarques de l’Élysée, conduit à une faillite économique et sociale. Comment l’expliquer ? Trois grands facteurs ont joué.

mercredi, septembre 24 2014

La parole aux enfants et aux adolescents

24 09 2014

enfants_discutent.jpgQu’est-ce que les enfants et les adolescents ont à nous dire de leur vie de tous les jours, chez eux avec leur famille, dans leur ville ou leur quartier avec leurs amis, à l’école, dans les clubs où ils exercent des activités et, de façon plus générale, dans les différentes sphères publiques où ils peuvent s’exprimer ? Pour le savoir, l’UNICEF France a, comme l’année dernière, lancé une grande consultation nationale. Cette expérience avait été jugée en 2013 à la fois innovante et satisfaisante et méritait de ce fait d’être renouvelée. Cette initiative vise à combler un vide en matière de connaissance. Les informations disponibles à un niveau national sur l’opinion des enfants et des adolescents sur tout ce qui peut concerner leur vie quotidienne sont très rares.
En tout, 11 232 enfants et adolescents ont répondu (dont 62 % pour les 12-18 ans). Cette consultation d’ampleur a remporté un vif succès. Le défi de la significativité statistique a été relevé.

jeudi, septembre 11 2014

La formation aide à réduire le chômage… quand les chômeurs y ont accès

11 09 2014

pole_emploi_2.jpgParmi toutes les armes de lutte contre le chômage, il en est au moins une qui a prouvé son efficacité : la formation... pour les demandeurs d'emploi qui ont eu la chance d'en bénéficier ! C'est ce que démontre la toute récente étude de Pôle emploi : 50,8% des chômeurs ayant suivi une formation prescrite par Pôle emploi ont retrouvé un emploi au cours des six mois suivants. Et ces emplois retrouvés s'avèrent de plus en plus stables. Dans 73,5% des cas, il s'agit de CDI, CDD, missions d'intérim de plus de six mois, créations ou reprise d'entreprise.
Pourquoi ces bons résultats ? D'abord, parce que l'Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) forme en priorité dans les 13 « secteurs en tension » identifiés par le gouvernement comme peinant à recruter. Ensuite, parce qu'elle privilégie les formations qualifiantes, axées sur des métiers précis. Et que sa pédagogie favorise avant tout l'apprentissage des « gestes professionnels », rendant le stagiaire immédiatement employable à l'issue de sa formation.

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