Ecole, absentéisme, échec scolaire

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samedi, avril 25 2015

Pourquoi considérer le décrochage scolaire comme un problème ?

25 04 2015

accroche_toi.jpgPoser aujourd’hui cette question pourrait être considéré comme une provocation. En effet, le décrochage scolaire est devenu en quelques années seulement la principale désignation des problèmes du système éducatif en France. Il semble résumer l’ensemble des manquements de l’école à ses missions. Médias et responsables politiques utilisent de plus en plus le terme « décrocheurs » pour désigner tout à la fois des victimes de l’échec scolaire, des jeunes désocialisés, de futurs chômeurs ou délinquants, voire de possibles terroristes. Pourtant, si on considère le décrochage scolaire comme l’inachèvement d’une scolarité secondaire complète, force est de considérer que le problème ainsi identifié a connu une ampleur bien plus importante par le passé et qu’il diminue tendanciellement dans le temps. En 1980, 39 % des jeunes sortaient de l’école sans diplôme ou avec le seul brevet. Ils sont 16 % en 2009, ce qui est certes beaucoup, mais vraisemblablement amené à diminuer encore. Pourquoi le décrochage scolaire n’était-il pas un problème dans les années 1980 en France ? En quoi est-il aujourd’hui un problème ? Que doit-on attendre d’une action publique dans ce domaine ?

lundi, avril 20 2015

L’université face au décrochage

20 04 2015

banc_de_la_fac.jpg« À l’université, les cas de souffrance au travail se multiplient » (Le Monde, 29.09.14), « Université de Bordeaux : le burn-out après la fusion ? » (Rue 89, 2.04.14), « Le burn-out des labos » (Le Monde, 17.2.14). Le malaise des universitaires s’affiche dans la presse. Témoignant d’un mécanisme dorénavant classique de psychologisation des rapports sociaux de travail , on emprunte le vocabulaire de la psychologie pour relater les difficultés vécues par des travailleurs. Tentant d’objectiver ce phénomène, la presse et les organisations syndicales lancent des sondages sur les conditions de travail des personnels de l’enseignement supérieur. Dans l’enquête en ligne réalisée par Educpros, on peut lire un mécontentement profond lié aux réformes successives de l’université et au sentiment que les mouvements de 2003-2004 (Mouvement d’opposition à la loi d’orientation et de programmation pour la recherche et l’innovation) et de 2007-2009 (Mouvement d’opposition à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités et à la modification du statut des enseignants-chercheurs) n’ont pas été entendus par les responsables politiques.

jeudi, février 19 2015

L’apprentissage de la citoyenneté : une question de volonté et de méthode

19 02 2015

citoyennete.jpgLa citoyenneté ne se décrète pas, elle se construit avec méthode pour être vécue et intériorisée. La citoyenneté ne s’instaure pas au gré des circonstances, si funestes et dramatiques soient elles ; elle se construit chaque jour, patiemment et sans relâche. Il ne saurait y avoir d’injonction efficace à la socialisation, à l’intégration, à l’appropriation des valeurs et des codes. Il ne saurait y avoir d’injonction à la citoyenneté dans une approche simplement coercitive. C’est la connaissance, le partage et l’expérience des valeurs qui en sont le substrat et qui nous aident, à partir de notre diversité, à faire France. Plus que des incantations, il faut donc travailler à rendre concrètes ces valeurs, dans la réalité des conditions de vie de celles et ceux pour qui elle fait peu ou insuffisamment sens. Telle sont les convictions qui animent depuis quinze ans l’association « Éducation et Citoyenneté par le Dialogue ». Son expérience serait plus qu’utile et bénéfique dans un grand nombre de nos quartiers.

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jeudi, février 12 2015

L'école et l'éducation à la citoyenneté

12 02 2015

Image_ecole_ac-clermont.fr.jpgLes meurtriers de Charlie Hebdo et des clients de la supérette casher sont, nous dit-on avec étonnement, « des enfants de la République ».
Ils sont allés à l’école laïque et par définition, ils ont appris à « respecter nos valeurs ». Mais un doute s’insinue : l’école n’a-t-elle pas oublié les enseignements de Jules Ferry ? L’école de la IIIème République avait su « civiliser » les petits sauvages, formater les enfants des paysans émigrés à la ville, pour le travail industriel, le respect de l’ordre établi, l’abandon de leurs patois et la revanche contre l’Allemagne.
Les réactions des élèves lors de « la minute de silence » sont d’abord minimisées, puis les témoignages des enseignants de tous degrés révèlent la gravité du phénomène. L’influence des réseaux sociaux apparaît sans commune mesure avec celle de l’école. Les adolescents et même les enfants commentent avec passion les rumeurs, adoptent les théories du complot.
Un grand désarroi s’empare de nos « élites ». Les plus réactionnaires imaginent le retour aux blouses grises, le salut au drapeau et appellent à la restauration de l’autorité, sapée par mai 68. Ils vont même jusqu’à déférer un enfant de 8 ans au commissaire de police. Les modérés qui sont encore aux commandes, n’imaginent que de nouveaux « enseignements » : de la morale, de la laïcité, du « fait religieux » de la citoyenneté…. mais ils se doutent bien que c’est dérisoire.

samedi, décembre 20 2014

Atlas des risques sociaux d'échec scolaire

20 12 2014

carte_de_france.jpgLes facteurs d’échec scolaire et tout particulièrement de sortie précoce de l’enseignement secondaire sont à la fois nombreux et intriqués. S’il est admis qu’ils peuvent se cumuler ou se combiner tout au long du cursus scolaire (Afsa, 2013), du point de vue du processus biographique, il restait à en dessiner une image territorialisée au regard, cette fois, du contexte spatial. Les choix méthodologiques seront tout d’abord présentés, puis les résultats d’ensemble d’une analyse multivariée et d’une typologie ainsi que les premiers éléments de cartographie seront exposés. L’essentiel de cette étude est ensuite constitué d’une suite de cartes commentées par académie.
L’option ici privilégiée consiste à ne retenir que des éléments de contextes territoriaux susceptibles d’agir sur les deux registres de l’échec scolaire et de l’orientation dans ce que certains ont appelé une approche écologique de l’éducation.

dimanche, décembre 14 2014

Faut-il en finir avec les notes (à l'école) ?

14 12 2014

notes_a_l__ecole.jpgPrévue pour la fin de l’année 2014, la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves a « pour mission d’élaborer des recommandations sur l’évolution du système d’évaluation des élèves ». Depuis plus d’un demi-siècle, des chercheurs de différentes disciplines ont mené des centaines de recherches utiles aux réflexions menées sur les pratiques d’évaluation des élèves. Cette contribution présentera d’abord un certain nombre de conclusions scientifiques avérés et proposera des changements souhaitables, eu égard aux résultats de la recherche.
Les recherches sur la notation, menées depuis plusieurs dizaines d’années, aboutissent à au moins cinq résultats consensuels dans la communauté scientifique.

Illustration : lewebpedagogique.com

jeudi, novembre 20 2014

Aspirations scolaires et lutte contre le décrochage : accompagner les parents

20 11 2014

enfant_fatigue.jpgInterrogés en fin de collège, la très grande majorité des parents d’élèves de troisième pensent que leur enfant obtiendra le baccalauréat, y compris quand ses résultats scolaires et ses chances de réussir au lycée sont en réalité très faibles. De fait, parmi les élèves les plus en difficulté et les plus exposés au décrochage, très peu envisagent la possibilité de l’apprentissage ou d’une formation professionnelle courte au lycée, ce qui reflète le déficit d’image de ces formations en France. Dans le cadre d’une expérimentation menée dans des classes de troisième dans l’académie de Versailles, nous montrons que deux réunions spécifiques entre le principal du collège et les parents des élèves les plus faibles suffisent à faire évoluer très sensiblement les projets des familles et à élargir le spectre des orientations envisagées. Un tel ajustement des aspirations s’accompagne par la suite d’une importante réduction du décrochage scolaire, au profit de scolarités sans redoublement dans les centres d’apprentissage ou les lycées professionnels. Deux ans après cette intervention très simple, le décrochage qui est de 20% dans cette population d’élèves est ramené à 15%.

vendredi, septembre 19 2014

« Marre de l'école » : les motifs de décrochage scolaire

19 09 2014

enfant_fatigue.jpgDepuis plusieurs années, la question du décrochage scolaire a fait l’objet de nombreuses recherches visant à lister les facteurs de décrochage, à repérer les élèves « à risque » ou encore à évaluer les politiques et les dispositifs mis en oeuvre pour y remédier. Les études interrogeant directement les jeunes sur les raisons de leur décrochage sont plus rares, en dehors des recherches qualitatives qui établissent des portraits de décrocheurs et dégagent le processus conduisant à cette rupture de scolarité. Qu’est-ce qui amène les jeun es à interrompre, au moins temporairement, leurs études : l’envie de rejoindre la vie professionnelle des difficultés personnelles ou financières, des relations conflictuelles au sein de l’établissement, une formation non choisie, etc. ? Autant de raisons régulièrement évoquées par les enseignants et les professionnels des missions de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS) ou des missions locales, sans qu’il soit toutefois possible d’établir la fréquence des motifs et de les associer aux caractéristiques sociales et scolaires des jeunes. Une recherche conduite entre mai et juin 2013 auprès de 1155 jeunes ayant interrompu leurs études secondaires tente d’apporter des éléments de réponse en dressant une typologie des principales raisons du décrochage directement évoquées par les jeunes concernés.

lundi, septembre 8 2014

Supprimer les allocs ? L'évolution du contrôle de la fréquentation scolaire

8 09 2014

allocations_familiales.jpgAu cours des années 2010-2013, les controverses autour du traitement de l’absentéisme scolaire ont été particulièrement exacerbées suite à la promulgation de la « loi Ciotti » en septembre 2010, et ce jusqu’à son abrogation début 2013. Il s’agit d’une étape significative de l’histoire longue et mouvementée du traitement du manquement à l’obligation scolaire. La loi portée par Éric Ciotti, député UMP (Union pour un mouvement populaire) et spécialiste des questions de sécurité, était destinée à lutter contre les troubles occasionnés par certains jeunes, dont les absentéistes, et à responsabiliser les parents par l’instauration d’une échelle de mesures incluant le contrat de responsabilité parentale et la suspension des allocations familiales. Ce texte réhabilitait, à sa façon, une sanction conçue en 1959 consistant à stopper le versement des allocations familiales (peu appliquée) ; ce faisant, il annulait les dispositions issues du rapport Machard (2003) et celles de la loi du 2 janvier 2004 relative à l’accueil et à la protection de l’enfance qui supprimaient toute sanction par le biais des allocations familiales. En dix ans, le législateur a changé trois fois de directives. Comment comprendre ces revirements ?

Photo : midilibre.fr

mercredi, septembre 3 2014

Le retard à l’entrée en 6ème : plus fréquent dans les quartiers défavorisés

3 09 2014

enfant_fatigue.jpgParmi les élèves ayant fait leur première rentrée en classe de 6e en septembre 2011, 12,3 % accusent un retard scolaire d’au moins un an. La probabilité d’être en retard pour un élève varie fortement selon ses caractéristiques sociodémographiques (sexe, nationalité…) et celles de sa famille (profession des parents). Elle varie également sensiblement selon l’environnement géographique, à différentes échelles. Au sein des académies, des communes ou encore du voisinage très proche des enfants, les retards scolaires sont les plus fréquents dans les territoires marqués par la plus forte précarité économique et sociale des habitants. Le risque de retard scolaire est lié significativement aux caractéristiques du voisinage, au-delà des seules caractéristiques des élèves.

Photo : leblogdesptits.com

samedi, juillet 5 2014

Les personnels de l'Education Nationale : une victimation limitée

5 07 2014

dispute.jpgLa dernière publication de l'INSEE est très intéressante, quoiqu'un peu exagérément alarmiste dans sa façon de présenter les choses. A lire son titre "Éducation nationale : des métiers exposés aux menaces et aux insultes", et son résumé (ici), on pourrait croire soit que la situation est particulièrement problématique, soit que le métier d'enseignant est particulièrement risqué. Or qu'apprend-t-on ? Que 16% des personnels de l’Éducation nationale déclarent avoir fait l'objet d'une insulte dans l'année, contre 12% dans l'ensemble des actifs. C'est une petite différence bien réelle. Mais il faudrait donc rappeler d'abord que l'immense majorité des personnels déclare ne rien avoir subi du tout. Pour la plupart, tout va apparemment bien. Ensuite, l'enquête montre que, en réalité, ce ne sont pas les enseignants qui sont un peu survictimisés (insultés par des enfants ou par leurs parents) mais les personnels de direction et d'éducation.
Logiquement, l'enquête montre aussi ce sont les jeunes fonctionnaires, dénués d'expérience et affectés en début de carrière dans les endroits les plus difficiles, qui sont le plus souvent victimes. Et cette exposition à l'agressivité a eu des conséquences psychologiques dans un cas sur deux. A final, un peu plus de 5% des personnels de l’Éducation nationale sont donc affectés par de l'agressivité surgissant dans les relations sociales en milieu scolaire. A contrario, l'immense majorité d'entre eux n'a rencontré aucun problème.
Conclusion : les tensions sont fatales autour de l'école où se joue l'avenir social des enfants et où est brassée au quotidien toute la population. L'apprentissage de la gestion de ces tensions devrait faire davantage partie de la formation des personnels.

lundi, juin 16 2014

Une "refondation" de l'éducation prioritaire ?

16 06 2014

education_prioritaire.jpgDès son tout premier discours, Benoit Hamon avait annoncé vouloir lutter contre les inégalités sociales à l’école. Dont acte. Le texte adressé aux recteurs et rectrices explicite un peu plus la démarche : « La refondation de l’éducation prioritaire est au service de l’égalité réelle d’accès aux apprentissages et à la réussite scolaire ».
Deux principes guident la réforme : adapter la géographie aux situations des collèges et des écoles et allouer les moyens en tenant mieux compte des situations sociales. En 2015, les réseaux RRS et Eclair disparaissent et cèdent la place à 731 REP et 350 REP+. Les premiers incluent les établissements scolaires qui rencontrent plus de difficultés que d’autres ; les seconds s’adressent aux établissements situés dans les quartiers ou secteurs isolés qui concentrent le maximum de difficultés. Le nombre total de réseaux d’éducation prioritaire reste inchangé au final, 1081, même si certains établissements sont appelés à changer de statut. Cette nouvelle carte de la géographie prioritaire sera revue tous les quatre ans.

jeudi, mai 29 2014

Peut-on réformer l’école ?

29 05 2014

livre_prost.jpgParmi les figures de style qui structurent les débats sur l’Éducation nationale, trois connaissent un succès qui ne se dément pas. La première d’entre elles, la « crise de l’école », s’est imposée comme un fait, tant dans l’opinion que chez les chercheurs en sciences sociales. Deuxième figure de style : l’archaïsme et l’immobilisme. Depuis les années 1980, ces thèmes offrent une image aussi accusatoire que populaire. Le « mammouth », selon la formule prêtée au ministre Claude Allègre, fait bon ménage avec le « bonheur qu’on assassine » dans les classes, selon le journaliste François de Closets. Troisième thème, qui découle des deux précédents : la nécessité de « réformer l’école ». Ce mot d’ordre fait consensus dans tout le spectre politique et intellectuel. Pas une campagne électorale, pas une grande déclaration publique, pas une prospective sans un rappel de la nécessité de transformer le système éducatif.
Pourtant, depuis 1945, les mutations et les réformes n’ont pas manqué au sein de l’Éducation nationale. Ce n’est pas un hasard si Antoine Prost revient dans son ouvrage, Du changement dans l’école, sur la scansion des transformations scolaires.

lundi, avril 28 2014

Parcours scolaires, sentiments d'injustice et de discrimination des descendants d'immigrés

28 04 2014

Image_ecole_ac-clermont.fr.jpgLes inégalités d'éducation et le sentiment d'injustice et de discrimination à l'école (dans les domaines de l'orientation, de la notation, de la discipline ou des sanctions et dans les interactions verbales) sont mis en relation avec l'origine migratoire. L'étude des parcours scolaires révèle que plusieurs groupes de descendants d'immigrés sont surreprésentés parmi les non-diplômés du second cycle de l'enseignement secondaire et sous-représentés parmi les titulaires du baccalauréat. Ces inégalités s'effacent lorsque la position sociale et le niveau scolaire des parents sont pris en compte. En termes de perception des quatre dimensions étudiées, l'orientation scolaire est l'aspect le plus souvent perçu comme injuste par les descendants d'immigrés (15 %). Les injustices scolaires sont fréquemment attribuées à des motifs discriminatoires à caractère ethno-racial : parmi ceux qui déclarent des injustices, 58 % des descendants l'associent à leur origine ou à leur nationalité, 13 % à leur couleur de peau ; les deux tiers des descendants d'immigrés nord-africains citent l'origine ou la nationalité ; la couleur est signalée par 56 % des descendants d'immigrés des pays d'Afrique subsaharienne. La confiance dans le système scolaire reste cependant élevée, même si elle s'affaiblit dans les groupes où la discrimination est la plus fortement ressentie.

jeudi, mars 20 2014

Autour du rapport de Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches

20 03 2014

creche.jpgA la suite de la note "L'enfance : un investissement d'avenir" publiée en octobre 2013, le rapport du groupe de travail de Terra Nova présidé par Olivier Noblecourt propose une nouvelle vision de la petite enfance : les crèches ne doivent plus être conçues seulement comme un mode de garde au service des parents, mais avant tout comme des lieux d'éducation au service du développement des enfants, notamment les plus défavorisés.
Le collectif PasdeOdeconduite critique le rapport de Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches. Si les praticiens relèvent « l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits », notamment par le développement du langage, ils s'inquiètent des effets anxiogènes d'une sur-stimulation selon un modèle-type qui minimiserait les vertus éducatives du jeu et l'individualité de chaque enfant.

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