Etre à l’écoute d’un système pour qui l’exclusion des élèves au sens large du terme est un mode de régulation ordinaire du fonctionnement de l’école et aussi une façon « disciplinaire » pour les établissements de gérer l’échec scolaire, cela signifie d’abord de comprendre globalement les processus qui engendrent ce phénomène, qu’ils soient d’ordre culturel, économique, social ou scolaire. Cela signifie ensuite d’approcher la mesure de leurs diverses traductions en matière d’organisation et de leurs importances respectives. Enfin, cela signifie de repérer les dispositifs d’écoute et de « remédiation » mis en oeuvre pour lutter contre cette logique.
Il faut toutefois partir d’un constat qui a « la vie dure » : la plupart des enquêtes d’opinion « grand public » mettent en évidence la confiance de la société française dans son école et le sentiment général que le système éducatif offre à tous les enfants les mêmes conditions de réussite scolaire et sociale.
La réalité est beaucoup moins positive...
Illustration : ac-clermont.fr
Depuis une vingtaine d’années, le décrochage scolaire s’est imposé dans le paysage éducatif français comme le point incontournable de la mesure de son efficacité et de ses performances : ce n’est plus tant la réussite des élèves qui compte que les sorties sans diplômes ou sans qualification. On assiste parallèlement à une inflation des acteurs qui ont investi le dossier, mettant en place des dispositifs, au risque de l’empilement, au risque aussi de perdre les professionnels. Ce dossier numérique de la revue Diversité propose de faire un point sur ces questions complexes, grâce à une vingtaine d’articles articulés en trois parties :
En 1990, les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ont respectivement remplacé, en ce qui concerne les instituteurs, les écoles normales d'instituteurs qui recrutaient jusqu'alors par concours les titulaires du baccalauréat ; pour les professeurs des lycées et collèges, ces instituts se sont substitués aux centres pédagogiques régionaux (CPR) recrutant jusqu'alors par concours les titulaires d'une licence ; enfin, pour les professeurs des lycées professionnels, ils ont pris la place des Écoles normales nationales d'apprentissage (ENNA).
Ce n’est pas faire injure aux partis politiques de constater qu’ils pensent d’abord aux électeurs, aux syndicats d’observer qu’ils pensent d’abord à leurs adhérents… Tous les protagonistes et les responsables vont naturellement s’offusquer de propos aussi négatifs, affirmant haut et fort que l’éducation est leur priorité et que le bonheur de l’élève est au cœur de toutes les promesses. Pourtant, les grandes déclarations des uns et des autres sont toujours très générales, les vrais problèmes ne sont abordés qu’à distance, la démagogie est souvent visible, la crainte de bousculer une opinion publique toujours conservatrice et mal informée est flagrante.
De nombreux rapports ont souligné ce qui a souvent été nommé « l’empilement » ou encore « le millefeuille » des dispositifs éducatifs2, initiés tantôt par le ministère de l’Éducation Nationale, tantôt par le ministère de la Ville. Leurs intentions sont différentes, mais les objectifs sont proches, voire identiques : la réussite pour tous, recouvrer un climat et une ambiance scolaire propices à la transmission des savoirs, rénover les méthodes pédagogiques, disposer d’équipements et de moyens humains stables et formés, adaptés aux enjeux et aux résultats attendus. Pour l’Éducation Nationale, la mise en œuvre des dispositifs vise à adapter l’enseignement et les méthodes pédagogiques aux enfants et aux jeunes selon les contextes.
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62 % des professeurs des écoles débutants estiment que la réussite des élèves est un objectif qui ne peut pas être atteint. Ce malaise éclaire un constat social accablant : un quart des élèves ont des acquis fragiles en fin de CM2 ; un enfant sur cinq redouble au moins une fois avant d'entrer en 6ème ; chaque année, on détecte 35 000 jeunes illettrés. On le martèle suffisamment depuis ces derniers mois : d'après le ministère de l'éducation nationale, 230 000 jeunes ont quitté le système scolaire sans qualification entre juin et octobre 2011. Et puis ces autres chiffres qui certainement expliquent en partie cela : deux millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté et 600 000 sont mal logés.
La France, 5ème puissance mondiale, connaît un échec scolaire massif qui se traduit par la sortie du système éducatif de 150 000 jeunes sans diplôme chaque année. Fortement inégalitaire, cet échec scolaire menace la cohésion sociale, à une époque où la réussite scolaire est un sésame de plus en plus indispensable à l'insertion sociale et professionnelle.
La mise en place du collège unique est le fruit d’un long processus et a fait l’objet de nombreux débats ces dernières décennies. Il aura fallu plus de vingt ans entre son instauration officielle en 1975 (loi Haby) et sa mise en place effective avec la disparition progressive des paliers d’orientation en fin de 6ème puis en en fin de 5ème au cours des années 1990. Certes, la présence persistante de filières parallèles telles que les sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) rappellent que ce collège unique ne l’est pas tout à fait. Mais, de manière inédite historiquement, la plupart des élèves sont depuis une quinzaine d’années inscrits dans un cursus commun jusqu’en 3ème et (relativement) sous-exposés à l’impératif de « trouver une orientation ». Le décret du 15 février 2012 « relatif aux dispositifs d’alternance personnalisés durant les deux derniers niveaux d’enseignement au collège » réactualise avec force une logique de tri scolaire, dès le début de l’adolescence, qui nous rappelle ce qui fonctionnait encore dans les années 1980. Si certains acteurs issus du monde enseignant ou des représentants des parents d’élèves ont déjà vivement réagi en désapprouvant un texte qui, rappelle l’UNSA (
L’école commune. Propositions pour une refondation du système éducatif, ouvrage collectif du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire (GRDS), éditions La Dispute, 2011.
Depuis sept ans, l’éducation prioritaire a beaucoup changé et elle va encore nécessairement beaucoup changer dans les mois qui viennent. L’OZP croit nécessaire de rappeler les principes qui fondent la politique d’éducation prioritaire et de formuler 11 propositions et une interrogation sur le dispositif ECLAIR.
BOBIGNY (AFP) - Les faits de violence physique dans les établissements scolaires de Seine-Saint-Denis, département à la mauvaise réputation, sont très rares, selon une enquête de l'
Nous sommes au début des années 1960. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron montrent que, loin de bouleverser l’ordre établi en permettant massivement une promotion sociale aux enfants des classes défavorisées, l’Ecole républicaine française contribue largement à la reproduction des inégalités. C’est l’héritage culturel lié au milieu social d’origine qui explique l’essentiel des variations observées dans les parcours scolaires. Qu’en est-il aujourd’hui ? C’est l’une des grandes questions que pose le dernier numéro de la revue Savoir/Agir dans son dossier consacré à l’éducation coordonné par Romuald Bodin et Louis Weber. La réponse est claire, malgré les deux grandes vagues de massification scolaire, les inégalités devant l’éducation se sont déplacées mais demeurent toujours fortes. Elles se sont même aggravées à certains égards. Ces dernières années, la situation des élèves les plus en difficulté s’est plutôt dégradée tandis que celle des « meilleurs » s’est plutôt améliorée. Avec « les meilleures intentions » en matière d’éducation prioritaire par exemple, on donne toujours finalement moins à ceux qui ont moins. La démocratisation scolaire annoncée n’a globalement pas eu lieu et l’origine sociale constitue encore l’un des déterminants essentiels permettant d’expliquer les trajectoires scolaires différenciées. Et la France se distingue d’ailleurs en la matière, puisque c’est précisément l’un des pays de l’OCDE où les inégalités se sont récemment le plus accentuées et où le milieu social d’appartenance joue le plus dans l’explication des parcours scolaires.