Guerres civiles et militaires

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mercredi, mai 27 2015

Une islamisation de la révolte radicale ?

27 05 2015

Thiaroye_19_janvier_2012_phot_Bertho.jpgQuelques jours après les attentats des 7 et 9 janvier, j’ai lu Underground. Dans ce livre basé essentiellement sur des entretiens, le romancier japonais Haruki Murakami tente de comprendre l’attaque meurtrière au gaz sarin perpétrée par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995. Il a pour cela interrogé des victimes, dont il restitue les témoignages singuliers, et des membres de la secte. Son travail montre à quel point, dans ce genre de situations, deux expériences subjectives irréconciliables sont en concurrence sur le sens de l’événement : celle des victimes et celles des meurtriers. En réalité, l’expérience des victimes est celle d’un pourquoi sans réponse. La répétition en boucle des témoignages et de l’extrême douleur ne produit pas de sens. Cette expérience de souffrance physique et subjective est la matière première possible pour construire des énoncés sur la période qui s’ouvre. On l’a vu en janvier en France, on l’a revu à Tunis en mars. Quand « les mots ne suffisent plus », voire quand « il n’y a pas de mots » pour le dire, c’est que l’événement est au sens propre "impensable". C’est ce que nous montre Haruki Murakami. Mais ce qui fait le sens de l’acte et assure sa continuité subjective avant, pendant et après, c’est ce que pensent ceux qui en ont été les acteurs ou auraient pu l’être.

mercredi, mai 13 2015

La guerre contre l’État islamique peut-elle être gagnée ?

13 05 2015

etat_islamique_2.jpgL’État islamique, apparu à l’automne 2006 dans le contexte du conflit irakien et devenu la formation la plus puissante et redoutée du paysage jihadiste depuis la chute de Mossoul (juin 2014), constitue toujours la principale menace terroriste mondiale. Quoique prévisible au regard de la dégradation continue de l’environnement politico-sécuritaire en Irak, en Syrie et plus largement au Moyen-Orient, sa progression fulgurante a pris de court de nombreux observateurs qui ne s’y étaient guère préparés, tandis que ses exactions ont provoqué une onde de choc et de colère dans le monde. Les États-Unis se sont engagés avec plusieurs partenaires dans une guerre contre l’État islamique par le biais d’une campagne soutenue de frappes aériennes et plusieurs pays musulmans se sont également mobilisés contre l’organisation jihadiste. L’immolation par le feu du pilote jordanien Moaz al-Kassasbeh a ainsi conduit le royaume jordanien à pilonner, en février 2015, la ville de Raqqa, fief de Daech en Syrie, tandis que l’Égypte a visé plusieurs positions jihadistes en Libye à la suite de la décapitation d’une vingtaine d’otages coptes sur une plage de Tripolitaine.

Photo : tempsreel.nouvelobs.com

jeudi, mars 19 2015

Aux origines de l’État islamique

19 03 2015

etat_islamique.jpgL’État Islamique, nouvel acteur de la scène proche-orientale, est au centre toutes les attentions depuis son apparition officielle le 29 juin 2014. Cette dernière tient principalement à ses modes opératoires (décapitation d’Occidentaux, habillés comme les prisonniers de Guantanamo), à une rhétorique d’une tout aussi extrême violence, à la remise en cause soudaine de découpages étatiques établis depuis les accords de Cambon-Grey (dit Sykes-Picot) en 1916 et à la confrontation avec une nouvelle coalition occidentale qui a lancé une campagne de bombardements en septembre 2014. La lecture médiatique en a rapidement fait le nouveau protagoniste devant redéfinir globalement l’ordre politique local, voire régional. Percée fulgurante, conquête massive, bouleversement de la carte moyen-orientale constituent autant de points d’entrée pour analyser un phénomène relativement exceptionnel en matière politique. Nous ne nous proposons pas ici de revenir sur la pertinence de ce jugement, ni d’estimer le caractère durable ou éphémère de cet acteur, la réalité de son accès à des ressources matérielles, humaines et symboliques susceptibles de produire ce grand chambardement annoncé. Il s’agit de s’interroger sur la signification de son nom et de comprendre comment cette forme d’autorité publique a été engendrée par une série de bouleversements en Irak et en Syrie.

dimanche, mars 8 2015

Frontières et trafic d’armes

8 03 2015

a_armes_illegales.jpgLe trafic d’armes a ceci de particulier qu’il ne se borne pas à enrichir les trafiquants et revendeurs ou à offrir des plaisirs. Son but consiste à amplifier le niveau de puissance des acquéreurs tout en permettant des marges financières importantes aux vendeurs. L’arme en général, et par conséquent l’arme à feu en particulier, est par excellence un outil de puissance immédiate, qu’il serve pour mener un combat ou pour dissuader l’adversaire.
Le trafic d’armes n’est pas un phénomène nouveau en soi. Lorsque dans l’Antiquité, il y a plus de vingt-cinq siècles, les cités grecques se sont entendues ponctuellement avec Sparte pour combattre les Perses, des armes étaient livrées officieusement ainsi que les combattants pour les utiliser. Ces pratiques étaient faites en dehors de tout accord ou traité. De la même manière, chaque soulèvement armé d’une population ou d’un groupe, ne peut s’effectuer qu’avec la mise en place préalable de filières non officielles d’approvisionnement donc illicites. Durant la Guerre Froide, des firmes est-européennes comme Kintex avaient reçu à l’époque cette mission clandestine de fournir en armes à feu et munitions des groupes rebelles situés à l’autre bout du monde mais fidèles à Moscou.

mercredi, juillet 30 2014

Israël doit cesser l'occupation des territoires palestiniens

30 07 2014

reconnaissance_palestine.jpgIl y a bien longtemps, hélas, que le débat sur la confrontation israélo-palestinienne a perdu toute rationalité. Les amalgames les plus confus sont à l'oeuvre dans le discours ou sous la plume de ceux qui, acteurs ou observateurs, prétendent analyser ce qui se passe en ce moment à Gaza. Sans prétendre démêler l'écheveau de ces multiples fantasmes, il est au moins possible de prendre quelques repères.
La confrontation actuelle à Gaza est partie de Cisjordanie et de Jérusalem-Est avec la meurtre de trois jeunes israéliens, suivis quelques jours plus tard de l'assassinat d'un jeune palestinien. Ces actes criminels abjects sont sous-tendus par les discours de haine entretenus par les extrémistes des deux camps.
Ce nouvel épisode de violence extrême ne doit pas faire oublier qu'elle n'est que le révélateur, tragique, du caractère inacceptable d'une situation d'occupation et d'enfermement des Palestiniens qui prévaut depuis des années. La Cisjordanie est soumise à une occupation militaire et à une implacable colonisation, avec tout ce que cela implique de dépossession pour les Palestiniens. A Gaza, l'armée israélienne se tient tout autour et emprisonne une population de près de deux millions de personnes sur un minuscule territoire.

mercredi, janvier 16 2013

La "guerre contre le terrorisme", version française

16 01 2013

combattants-du-groupe-arme-ansar-eddine.jpgAu Mali, la France est "en guerre contre le terrorisme". L'Elysée, la Défense et le ministère des affaires étrangères martèlent ces mots depuis vendredi : la France n'a "d'autre but que la lutte contre le terrorisme", déclarait samedi 12 janvier François Hollande. Elle est "en guerre contre le terrorisme ", répétait dimanche le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. Le chef de la diplomatie Laurent Fabius allait plus loin, en qualifiant les groupes armés maliens de "terroristes criminels", estimant que "quand on voit des terroristes débouler" vers Bamako, "on ne se pose pas de questions métaphysiques" : on intervient.
Ces "éléments de langage" rappellent la "guerre contre le terrorisme", la "Global War On Terror" déclarée par George W. Bush au lendemain du 11-Septembre. Une expression floue et idéologiquement chargée, que les Etats-Unis ont abandonnée après l'élection de Barack Obama, en 2009.

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mardi, janvier 17 2012

Où mène la logique guerrière avec l'Iran ?

17 01 2012

image_carte_iran.jpgL'Iran est seul pays du monde contre lequel 5 livres en vente en libraire appelle à faire la guerre rapidement, certains d'ailleurs écrits par ceux là même qui avaient justifié l'attaque américaine en Irak pour y trouver les armes de destruction massives.
L'embargo sur le pétrole que discutent les Européens constitue sans nul doute un casus belli pour Téhéran qui tire des hydrocarbures 60 % de ses recettes budgétaires (et financent aussi le logement, l'éducation, etc.). La république islamique y a donc répondu de la même façon, par des menaces de blocage du Détroit d'Ormuz. Le décor est donc planté pour un conflit. Au regard des insuccès obtenus par les Occidentaux en Afghanistan et en Irak, on peut se demander qu'est ce qui pousse nos décideurs à repasser les plats ?

mardi, novembre 15 2011

Afghanistan, guerre perdue ou gagnée ?

15 11 2011

Photo_guerre_lemonde.fr.jpgAlors que le régime des talibans est tombé il y a dix ans et qu'un début de retrait des troupes de l'OTAN est prévu à l'été 2012, quel bilan tirer de cette opération ?. Retour sur un conflit qui exacerbe les tensions régionales. Pour Sherard Cowper-Coles, la victoire est illusoire. Aucune stratégie politique occidentale ne s'est imposée. Il est encore temps, écrit Thérèse Delpech, de créer les conditions d'un départ honorable. Car si les succès militaires sont notables, les échecs politiques sont nombreux, insiste Frédéric Ramel. Peut-être faudrait-il commencer par s'intéresser davantage aux soldats, conclut Gautier Saint Guilhem : que savent finalement les Français de l'engagement de leurs soldats en terre afghane ?