Médias

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lundi, juillet 20 2015

Faut-il montrer les images de violence ?

20 07 2015

image_LVI_2.jpgLes images de Darius, jeune Rom lynché en 2014 en Seine-Saint-Denis, et laissé pour mort dans un chariot de supermarché, n’ont pas été diffusées par la presse française. La découverte de ces images sur les sites web des médias étrangers est un choc pour qui ignorait leur existence. Ce qu’on y voit est saisissant : un visage ensanglanté et boursouflé, un quasi-cadavre, dont on pourrait croire qu’il est celui d’une victime de guerre, alors que l’agression s’est produite à quelques kilomètres de Paris.
Dans le flux ininterrompu des informations télévisées et de la presse papier, nombre d’images de violence sont en fait absentes. Cette assertion peut sembler contre-intuitive, tant il semble que la mort, les attentats ou les guerres forment la matière même des nouvelles que nous recevons. Elles relèvent cependant davantage du « dire » que du « montrer », et les spectateurs français n’ont parfois pas connaissance de diverses images relatives à des événements qui se sont déroulés dans leur propre pays.

lundi, mai 18 2015

Reportage sur la « banlieue » : quand M6 se fait VRP du Front national

18 05 2015

sous_le_feu_des_medias.jpgLa banlieue et sa population suscite un intérêt non dissimulé de la part des médias, mais à chaque fois, les mêmes explications reviennent dans les divers reportages, contribuant à naturaliser les idées promues par l’extrême-droite. Souffre-t-elle du chômage, d’injustices sociales, de discriminations raciales ou bien encore de ségrégation scolaire ? Pas du tout si l’on en croit « Zone Interdite » diffusé sur M6 en avril. Soucieux de montrer la « vérité » au spectateur, le numéro intitulé « Quartiers sensibles : le vrai visage des nouveaux ghettos » du magazine d’information met en évidence les véritables problèmes des quartiers populaires : délinquance, immigration et Islam. Contribuant à ancrer dans l’opinion publique les représentations d’une banlieue sous tension en proie à la violence et au communautarisme, la chaîne n’hésite pas à véhiculer un ensemble de clichés (parents démissionnaires, adolescents en manque de repères, populations mal intégrées) en reprenant les thèmes favoris du Front national sur le malaise des banlieues : insécurité, zone de non droit, trafic de drogue et crimes en tous genre, jeunesse à la dérive, repli identitaire…

samedi, avril 4 2015

Le FN et Marine Le Pen, un objet politique rentable pour les médias

4 04 2015

marine_le_pen_i-tele.jpgPendant cette campagne électorale, une seule question semble avoir préoccupé les observateurs : savoir si oui ou non le FN serait consacré dans son statut de "premier parti de France".
Une question qui ne peut manquer de surprendre, puisque le FN s’est auto-attribué ce statut suite aux élections européennes de 2014, et qu’en termes de représentation parlementaire, de nombre d’élus locaux ou même de militants, il est évidemment encore loin de constituer la première force politique française.
Pourtant, l’idée qu’il puisse conserver ou perdre ce statut a constitué la principale trame scénaristique de son traitement dans les médias, tout en s’imposant comme l’un des principaux enjeux de la campagne.

Photo : arcueil-cachan.fr

samedi, mars 7 2015

Info continue : la double hypocrisie

7 03 2015

logo_bfm.jpgPuisqu’il est beaucoup question de postures, voici une sacrée bataille de postures : celle du CSA contre les vendeurs d’info continue. Après les attentats de janvier, le CSA a distribué à la pelle mises en garde et mises en demeure. Les dérapages constatés sont multiples : diffusion d’informations sur le dispositif policier, sur les situations des otages à l’intérieur de l’Hyper Cacher, sur un complice présumé des Kouachi (informations fausses, dans ce cas particulier), d’images choquantes d’un policier abattu, etc.
A cette salve de sanctions platoniques, le gratin de l’audiovisuel français, rassemblé dans une lettre commune ne contenant pas la moindre autocritique, répond en hurlant à la liberté de la presse menacée. Ah, ils ne sont pas contents. Ils sont atteints dans leur essence, presque dans leur honneur. C’est la Pravda. C’est l’Allemagne de l’Est. C’est la Corée du Nord. C’est vrai : que va-t-on devenir si on ne peut plus balancer en direct toutes les images qui arrivent, tous les noms qui buzzent, toutes les infos qui passent par là ?
Sabre de bois du CSA contre cris d’orfraie des journalistes : l’hypocrisie est des deux côtés.

jeudi, novembre 27 2014

Les faits divers explosent dans les JT

27 11 2014

inastat30.pngBraquages en tout genre, règlements de compte sanglants, rixes de rue, enlèvements d’enfant, noyades ou incendies ... les faits divers s’étalent à la une des JT ou se glissent avant la météo des éditions du soir diffusées par TF1, F2, F3, Canal +, Arte et M6. Il y a cinq ans, Ina Stat 13 mettait en évidence leur progression constante. Aujourd’hui, le constat est le même : ils y occupent une place de plus en plus grande avec, en 2012, plus de 5 sujets en moyenne par jour.
Toutes les chaînes cependant ne leur accordent pas la même importance : quasi absents d’Arte, ils s’imposent sur M6 qui, en 2012, diffuse un quart de l’ensemble des faits divers et leur réserve 9,4% de son JT. Ils pèsent 6,2% de l’offre de TF1 et 5,5% de celle de F2. Ils occupent 7,6% des JT de F3 mais 4,6% des JT de Canal +.
Mais quelle que soit la chaîne, ce sont d’abord les actes de violence contre les personnes qui sont relatés, représentant plus d’un sujet sur deux. Et ce sont surtout les faits divers mettant en jeu des enfants ou des adolescents qui sont exposés : ils occupent 30% de la rubrique. Enfin, l’actualité heureuse y trouve rarement sa place : seuls 5,5% des faits divers relatent une bonne nouvelle.

vendredi, novembre 7 2014

Quand les médias filment la police : « immersions » et compromissions

7 11 2014

zone-interdite-gign.jpgL’immersion, ou journalisme embarqué (embedded), est devenue une technique idéale pour couvrir les faits divers et le récit quotidien de la délinquance, avec une touche de réalité que représente la proximité avec les forces de l’ordre. C’est la chaîne américaine Fox, propriété du néoconservateur Rupert Murdoch, qui a inauguré la formule en 1989 avec « COPS », show hybride entre téléréalité et reportages d’immersion, qui suit le travail quotidien des policiers, jusqu’aux interpellations musclées. Les émissions de reportages se sont lentement rapprochées de cette forme de couverture spectaculaire, d’abord en accompagnant les troupes d’intervention dans leurs entraînements pour ensuite les suivre sur le terrain, « en action ».
Publi-reportages
Comme leurs confrères de l’armée, les groupes d’élite de la police et de la gendarmerie (RAID, GIPN, GIGN…) ont droit à des publi-reportages à leur gloire, dont les images et les thèmes ont été déclinés sous d’autres formats sur à peu près toutes les chaînes.

Photo : m6.fr

mercredi, juillet 23 2014

Pour que la télévision cesse d'enfoncer les banlieues

23 07 2014

banlieue_medias.jpgDans un contexte où s’affirment avec toujours plus de force les extrêmes, pouvons-nous ignorer les effets de ces partis pris sur les représentations collectives ? Ne faut-il pas s’interroger sur les difficultés à se faire entendre pour les habitants d’un quartier attachés à renvoyer une image plurielle de leur identité, et qui ont situé au cœur de leur démarche la notion - non reconnue juridiquement - de « diffamation territoriale » ? Encore moins qu’hier, les chaînes publiques, et plus largement les pouvoirs publics, ne peuvent ni ne doivent s’exonérer de leurs responsabilités dans la lutte contre les discriminations au risque d’accélérer, par le pouvoir létal de l’image, la mort sociale des quartiers.

Illustration : sans-langue-de-bois.eklablog.fr

mercredi, juin 11 2014

Le FN, les médias et la dédiabolisation

11 06 2014

Le_pen_medias.jpgLe Point du 28 mai a publié un article exposant comment le nouveau directeur de cabinet de Marine Le Pen, Philippe Martel, s’attribuait le mérite d’une nouvelle stratégie: « écraser » et « attaquer à mort » les « connards de journalistes institutionnels », grâce à un fichage de leurs opinions, études, adresses, etc. Il a, ensuite, démenti le fichage mais non les injures –et sans poursuivre le journal, alors que l’on sait le parti procédurier.
De prime abord, on pourrait voir là la nouvelle étape d’une marotte extrémiste supposée: ficher ses adversaires. C’est dans cette perspective, qui voudrait que le monde journalistique soit hostile, et donc à considérer de la même façon que les militants ennemis, que fonctionne certes cette manie.
Ce n’est pourtant pas suffisant, comme en témoigne une rapide comparaison entre jadis et aujourd’hui.

Photo : lesinrocks.com

dimanche, mai 18 2014

Les habitants du quartier de La Villeneuve poursuivent France Télévisions

18 05 2014

la_france_a_peur.jpgFrance Télévisions est poursuivi en diffamation par les habitants d'une banlieue pauvre grenobloise à cause de la diffusion d'un reportage dans « Envoyé Spécial » intitulé « La Villeneuve : le rêve brisé » (09/2013) qui avait une énième fois repris tous les stéréotypes du « ayez peur de ces sauvages, braves gens ». Cette démarche contre les médias, non calculée et non préméditée (les habitants ont déposé plainte après que la direction du groupe FTV n'ait pas daigné répondre à leurs demandes d'éclaircissement et financent eux-mêmes par souscription leurs frais de justice), compte dans sa capacité à remettre en cause le traitement médiatique réservé à certaines catégories de la population. Elle est initiée par des citoyens ne supportant plus les amalgames, le sacrifice de toute analyse sérieuse sur l'autel de l'audimat, l'orientation idéologique parfois criante de certains journalistes qui semblent à la solde des idéologies sécuritaires néo-conservatrices. En effet, les "journalistes" n'ont rien "découvert sur le terrain". En réalité, tout était écrit d'avance dans le document de précommande signé entre Envoyé Spécial et le producteur en 2012. Pas encore tourné, le reportage s'intitulait déjà : « Villeneuve, du rêve à l'enfer »…
Le jugement sera rendu le 26 juin 2014.

dimanche, mai 11 2014

La représentation sociale déformée que donne la télévision

11 05 2014

representation_television.jpgLes cadres supérieurs représentent 57 % des personnes qui prennent la parole dans les programmes de la télévision française, alors qu’ils constituent 7 % de la population totale, selon le « Baromètre de la diversité à la télévision pour l’année 2013 », publié par le CSA. Les ouvriers, qui constitueraient 9 % de la population totale, ne représentent que 2 % des personnes entendues à la télévision. Celles sans activité professionnelle (enfants, étudiants, femmes ou hommes au foyer, chômeurs) qui représentent 38 % de la population ne sont que 10 % à intervenir à la télévision. Enfin, les retraités forment 20 % de la population, mais 3 % seulement des personnages de la télévision.
Cette représentation des catégories socioprofessionnelles via la fiction, les divertissements et les programmes d’information est en décalage avec la structure sociale réelle. Elle construit une image d’une société largement plus favorisée que ce qu’elle est.

dimanche, mai 4 2014

« 90’ Enquêtes » sur TMC : racolages sécuritaires et spectaculaires

4 05 2014

peur_effroi.jpgEn 2005, TF1 rachète au groupe Pathé, TMC, chaîne diffusée gratuitement sur la TNT, pour s’en servir comme pompe à publicité sur le réseau numérique terrestre. Bien que la chaîne se veuille généraliste, l’information est le parent pauvre de sa grille de programmes qui propose surtout beaucoup de séries (policières, de préférence) et beaucoup de divertissement (bas de gamme, autant que possible). Et bien que la chaîne propose plusieurs « magazines », seule « 90’ Enquêtes » s’appuie sur un travail journalistique.
Misère de ce journalisme ! En effet, l’émission consiste surtout à traquer des faits divers crapoteux en suivant dans leurs activités quotidiennes tout ce que la France compte de forces de l’ordre, puis à mettre le tout en scène de façon anxiogène. Le pire de l’information télévisée en quelque sorte.

Photo : telerama.fr

jeudi, avril 24 2014

Pire que la gauche bobo, la droite bobards

24 04 2014

incorrect.jpgLes réacs, néoconservateurs et autres fachos sont aujourd’hui en position de force en France. On les voit et on les entend partout, et leurs idées dominent désormais le débat. Comment cette emprise idéologique est-elle possible ? Quelle est la responsabilité de la classe politique et des médias ? Et surtout, leurs arguments sont-ils valides ? Dans ce livre, le journaliste Aymeric Caron fait tomber les masques et révèle les impostures sur lesquelles s’appuient les maîtres à penser faux. Il démontre comment les radios, télévisions et journaux se font complices d’une manipulation dont les Français n’ont pas conscience. Il s’attaque aux porte-parole de ce charlatanisme qui squatte les micros. Pendant un an, il a disséqué tous les arguments véhiculés sur les sujets particulièrement sensibles que sont l’immigration, l’insécurité et l’islam. Il a analysé les vraies statistiques, rencontré les meilleurs experts, décortiqué les JT, et il s’est plongé dans les discours alarmistes pour les confronter à la réalité. Aymeric Caron nous livre un récit qui est celui du grand mensonge mais aussi celui, plus personnel, d’un journaliste dont les prises de position dérangent. Il dévoile les réactions les plus violentes auxquelles il doit faire face. Et en miroir à cette prétendue gauche bobo vilipendée par la droite la plus dure, il dénonce l’émergence d’un nouveau courant : la droite bobards.

mardi, décembre 17 2013

La délinquance des étrangers : un nouveau marronnier pour l'ONDRP et la presse ?

17 12 2013

le_coupable.jpg"L'actu" du jour en matière de délinquance nous a surpris, interrogé, puis fortement agacé. L'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) a donc publié (ou plutôt annoncé) hier soir, pour la deuxième année consécutive, une étude consacrée à la "délinquance des étrangers". Il s'agit cette fois des vols et la quasi totalité des médias font depuis ce matin un sujet sur le thème "27% des vols sont commis par des étrangers", la plupart recopiant ou paraphrasant bien entendu une dépêche de l'AFP. Certes, le sujet est en soi légitime. Mais on peut cependant se demander à quoi rime tout cela pour les uns comme pour les autres.
Pour l'ONDRP, pourquoi transformer en marronnier ce sujet et ainsi risquer de lui donner implicitement le rôle d'une sorte d'indicateur ? Plus problématique encore : pourquoi s'empresser de communiquer à la presse lors même que l'on cherche en vain, ce matin, à lire l'étude sur le site Internet de l'ONDRP ? Ainsi donc on alerte les journalistes mais il est impossible de vérifier, d'aller plus loin, de comprendre les nuances, de s'interroger sur la méthodologie... Voilà un procédé anti-scientifique hautement critiquable. Il est vrai que l'ONDRP n'a jamais été une organisation mue par des principes scientifiques, et c'est plus que regrettable. L'éthique scientifique permettrait d'éviter ce genre de dérives et de privilégier la mission d'information sur le goût de la publicité.

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vendredi, octobre 18 2013

La Banlieue du « JT de 20 heures »

18 10 2013

banlieue_20h.jpgDans les rédactions, la catégorie « banlieue » sert à désigner un ensemble de sujets possibles et qui ont déjà fait leur preuve, dont on estime qu’ils ont fonctionné et fonctionnent généralement auprès du public. C’est pour cela que les catégories de classement ethniques ou stigmatisantes font irruption au sein des rédactions. Elles y ont une utilité sociale pratique en réduisant pour les journalistes l’imprévisibilité du travail. Elles permettent de tenir ensemble plusieurs contraintes (de temps, économiques, éditoriales) en proposant des raccourcis cognitifs possibles et accessibles à la plupart des journalistes.
Plongés dans un collectif de travail régi par des logiques économiques (audience, productivité), le poids des sources légitimes et des modèles professionnels importés de l’audiovisuel commercial, les journalistes de télévision fabriquent et perpétuent les lieux communs sur les habitants des quartiers populaires pour satisfaire dans l’urgence la commande de reportages prédéfinis par leur hiérarchie. À partir d’une enquête menée au plus près des pratiques quotidiennes des journalistes, ce livre propose une explication sociologique à la permanence des représentations réductrices véhiculées par certains contenus médiatiques.

lundi, août 26 2013

Marseille : quand "Le Figaro" déforme la réalité

26 08 2013

Marins_americains_a_Marseille.jpgVous ne connaissez pas la dernière ? "La scène semble à peine croyable", s'estomaque Le Figaro, quotidien qui a révélé "l'information" dans son édition du 21 août. "Des membres d'équipage du porte-avions américain Truman (...) ont demandé à la police de les escorter pour visiter la ville en toute tranquillité". Plus hallucinant, encore : "Tout près de la Canebière, un groupe d'estivants déambulaient les jours suivants entourés eux aussi de policiers en uniforme." Fichtre ! Des marines aguerris qui implorent la protection de la police marseillaise ! Des touristes encadrés par les forces de l'ordre !
À peine croyable, en effet. Au point, d'ailleurs, que selon la préfecture de police, ulcérée, il s'agit "d'un grand délire"."La journaliste a peut-être confondu les policiers français et la police militaire américaine", ironise l'administration. "Il y a effectivement quelques patrouilles mixtes, avec des fonctionnaires d'ici, à notre initiative. Mais c'est surtout pour veiller à la discipline des marins et apporter assistance si besoin. Comme cela se fait depuis 20 ans, à l'arrivée de chaque bateau et quelle que soit la nationalité des troupes. Ce qui se pratique dans tous les ports d'Europe ! Par ailleurs, jamais aucun touriste ne nous a demandé de protection".

Photo : La Provence

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