Quartiers, "ghettos", émeutes, politique de la ville

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lundi, juin 17 2013

La politique de la ville en France et en Grande-Bretagne

17 06 2013

photo_cite_LVI.pngComparant les programmes de développement social et de régénération urbaine des quartiers défavorisés en France et en Grande-Bretagne, Patrick Le Galès soulignait en 1995 le décalage entre le volontarisme affiché par les gouvernements et la réalité d’une politique de la ville qui, dans les deux pays, apparaissait « à la fois comme importante, légitime, domaine d’activisme de la part du Gouvernement, avec des essais de rationalisation mais en même temps bricolée, peu importante financièrement, velléitaire, incohérente, avec des initiatives sporadiques, des effets d’annonce et une forte sensibilité à la crise et aux médias ».
Pendant la première décennie des années 2000, la politique de la ville a bénéficié, des deux côtés de la Manche, de moyens budgétaires et de soutiens politiques inédits, qui l’ont fait sortir du registre symbolique auquel elle semblait condamnée. Les principaux programmes mis en œuvre dans cette période arrivant ou étant arrivés à leur terme, il est possible d’en établir le bilan. L’examen croisé de ces programmes permettant de tirer quelques enseignements utiles pour la politique de la ville française, au moment où celle-ci se cherche un avenir.

lundi, juin 3 2013

Dans le monde des cités. De la galère à la mosquée

3 06 2013

monde_cites_couv.inddLes « jeunes des cités » constituent l’une des catégories sociales les plus dominées de la société française. Ils rencontrent de grandes difficultés à acquérir le statut d’adulte et à se faire reconnaître comme un groupe social à part entière. L’objectif de ce livre est de rompre avec les jugements moraux et de prendre au sérieux la complexité de leur socialisation au moment de leur entrée dans l’âge adulte. En effet, les activités des « jeunes de la rue », des musulmans « salafis » ou des rappeurs font régulièrement l’objet de débats publics intenses mais paradoxalement ces sujets sont mal connus.
Presque sans statut et malgré cette indétermination, les jeunes des cités ont construit des espaces d’autonomie et des formes culturelles de résistance. Ces sociabilités constituent un moyen de se retrouver et de « tuer le temps » au cours de cette terrible épreuve qu’est devenue l’entrée dans l’âge adulte, mais plus seulement. Les jeunes des cités ont inventé des lieux d’échanges intellectuels fondés sur un rapport sophistiqué à l’écrit.
Reprenant la relation de maître à élève intériorisée au cours de leur scolarité, ils s’approprient et transmettent des savoirs religieux et artistiques. Ces sociabilités conjuguent d’une part une culture des rues marquée par l’occupation de l’espace public et l’oralité, et d’autre part une culture écrite. L'auteur s’appuie sur six ans d’enquête dans trois cités HLM de France, en région parisienne et dans le sud-Ouest de la France.

dimanche, juin 2 2013

A Marseille, "un ras-le-bol contre des réponses pas du tout adaptées"

2 06 2013

manifestation_marseille.jpgUn millier d'habitants des quartiers nord de Marseille ont manifesté, samedi 1er juin, pour dénoncer la violence qui frappe les cités et réclamer un "plan Marshall" pour cette partie pauvre de la ville. Un défilé très bon enfant mais plein de gravité, les parents d'enfants victimes de règlements de comptes ouvrant la marche.
Porte-parole du Collectif du 1er juin, Yamina Benchenni a résumé la philosophie de ce mouvement : "On ne veut plus pleurer, on ne veut pas plier. On veut s'organiser pour que les choses changent véritablement". Les mères de famille et les adolescentes composaient l'essentiel de la marche, les jeunes arborant des banderoles : "Font Vert, stop à la violence" ou énumérant simplement les noms des cités.

mercredi, mai 15 2013

A Marseille, dans le shit jusqu'au cou

15 05 2013

Gangsta.jpgInquiet comme le méchant d'un western-spaghetti, un gamin qui se laisse pousser un fin duvet sur le menton pour essayer de tromper son monde, poireaute devant la cité des Micocouliers (14e), sans réellement savoir qui craindre le plus. Les flics ou les concurrents ? Les premiers interpellent, les seconds flinguent. Des minots de son âge, depuis deux ans, il faut plus d'une main pour compter ceux qui ont été abattus dans la guerre que l'on se livre ici pour un réseau de stups qui perd en attractivité commerciale. Dernier en date, Iskander, criblé de 23 balles au volant d'une voiture non loin d'ici, jeudi dernier.
Si au début, vers la fin 2010, les clans qui s'opposaient étaient clairement définis, depuis, trahisons, vengeances, prises d'indépendance, OPA agressives sur d'autres réseaux, endettements et intimidations de la dernière chance ont mélangé les ennemis dans un shaker percé d'où jaillit trop souvent le sang d'un jeune du coin. Et celui qui joue les guetteurs aujourd'hui n'est pas tranquille. On a pu lire çà et là que le réseau des Micocouliers fait rentrer un chiffre d'affaires de 35 000 euros par jour. Ce qui correspondrait à un client toutes les minutes environ pendant les 12 heures d'ouverture du plan stups. En une heure en cette fin d'après-midi, pas un n'est venu sortir son oseille. Le chiffre d’affaires du réseau des Micocouliers doit être devenu dérisoire. Mais où l'on n'est pas pour autant prêt à céder la place.

Photo : Philippe Pujol (DR)

vendredi, mai 10 2013

Le pouvoir aux habitants ? Réformer la Politique de la Ville

10 05 2013

livre_entendre_crier.pngInventées de façon expérimentale après les émeutes des Minguettes au début des années 1980, parallèlement à la “Marche des beurs” pour l’égalité, la Politique de la Ville visait à réformer le fonctionnement de l’État et les relations de ce dernier aux collectivités locales. Pour pallier l’urgence d’une nouvelle question sociale, associée à certains quartiers où les populations immigrées et minoritaires étaient concentrées, une action publique d’exception allait être mise en place, mobilisant une approche locale et ascendante, plus participative et transversale.
Trente ans plus tard, il est difficile de mesurer l’effet réel de cette politique qui cumule de nombreux dispositifs : l’écart des quartiers prioritaires avec les autres zones urbaines ne se résorbe pas, et parfois même s’accroît. Pour autant, cette vision, très négative, ne prend pas en compte la mobilité de la population de ces quartiers. Or, la prise en compte d’une approche moins statique et plus dynamique des trajectoires des gens révèle que ces lieux jouent aussi une fonction d’accueil et de « sas », voire de promotion.

lundi, avril 15 2013

La Rénovation urbaine : démolition-reconstruction de l'État

15 04 2013

renovation_urbaine.jpgLes politiques mises en oeuvre depuis le début des années 1980 dans les grands ensembles d'habitat social n'étant pas parvenues à les faire sortir de la spirale de la dévalorisation et de l’exclusion, leur démolition s’est imposée comme la solution au problème des banlieues.
Le programme national de rénovation urbaine (PNRU) lancé par Jean-Louis Borloo en 2003 a transformé la France des grands ensembles en un vaste chantier. Des opérations de démolition-reconstruction ont été engagées dans près de 500 quartiers, mobilisant des moyens colossaux– 45 milliards d’euros au total – avec la double ambition de banaliser leur forme urbaine et d’en faire des lieux de mixité sociale.
Alors que les premiers projets s’achèvent et que le mirage d’une dissolution des problèmes sociaux dans la transformation urbaine se dissipe, cet ouvrage revient sur la mise en oeuvre et les effets de ce programme.
L’analyse du PNRU et sa mise en perspective historique renouvellent les débats sur la politique de la ville et apportent un éclairage inédit sur les effets territoriaux des réformes de l’État des années 2000. Car la rénovation urbaine résulte et participe d’un processus plus vaste de démolition-reconstruction de l’État, organisant dans un même mouvement son retrait des territoires et la restauration de sa capacité d’orientation, à distance, des politiques qui y sont menées.

samedi, janvier 12 2013

Refaire la cité. L'avenir des banlieues

12 01 2013

refaire_la_cite.jpg« Cités », « banlieues », « zones urbaines sensibles »... Ces territoires que l’on ne sait plus nommer ont subi bien des transformations depuis trois décennies : paupérisation, ségrégation urbaine et ethnique, expansion des économies souterraines, durcissement des rapports avec les institutions. Les émeutes et les violences viennent régulièrement révéler les limites de l’action publique. Ce livre propose un diagnostic fondé sur vingt ans de recherches de terrain, en même temps que des pistes pour repolitiser ce que l’on ne cesse de stigmatiser. Car, pour sortir de l’impasse, il est nécessaire d’inventer une « politique des banlieues » s’appuyant sur la force des quartiers, sur le dynamisme des acteurs, les femmes, la jeunesse. Lutter contre le chômage et la délinquance est une nécessité ; mais l’intégration politique doit être la priorité. Il est urgent que les habitants deviennent des citoyens à part entière, c’est-à-dire des acteurs de la vie démocratique. Pour refaire les cités, il faut au préalable refaire la cité.

mardi, novembre 20 2012

Paroles d'habitants des quartiers en politique de la ville

20 11 2012

livre_entendre_crier.pngCe rapport national est le fruit d’une rencontre entre deux réseaux : celui des Centres sociaux et socioculturels de France, dont 600 d'entre eux sont implantés en territoire de la Politique de la Ville et Question de Ville, association des directeurs des centres de ressources pour la politique de la ville.
Il rend compte d’une démarche conduite au cours de l’année 2011 avec des groupes d’habitants de quinze quartiers différents, répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain et dans un département d’Outre-Mer. L’objectif était, à partir de rencontres successives, d’élaborer un premier rapport national sur la vie dans les quartiers.
Si les Centres sociaux sont des lieux en très grande proximité avec les territoires et leurs habitants, les centres de ressources sont au cœur des réflexions sur les questions urbaines et sociales. En s’associant, ils ont mis en commun leurs savoir-faire au service du développement social urbain.
Les deux réseaux défendent une même conception fondée sur une place plus grande laissée aux initiatives des habitants et à celles des associations. Ce rapport est donc une forme d'expression citoyenne, pouvant contribuer au débat indispensable sur l'avenir de ces « morceaux de ville ».

mardi, octobre 9 2012

Premières orientations générales pour la politique de la ville

9 10 2012

Logo_Gazette_des_communes.pngDans un entretien accordé à la Gazette des communes, François Lamy, ministre délégué chargé de la politique de la ville, lève le voile sur ses orientations. Il s’exprime sur la reprise des grands chantiers, gelés depuis 2010, comme la réforme de la géographie prioritaire, l’avenir de la contractualisation entre l’Etat et les collectivités ou encore la lutte contre le chômage des jeunes. Sur la prévention de la délinquance, il annonce que la vidéosurveillance n’est plus une priorité.

mardi, septembre 11 2012

La participation des habitants : (enfin) des pistes pour rénover la politique de la ville

11 09 2012

Photo_Marc_Laapage_banlieue.jpgDepuis les origines de la politique de la ville, la nécessité de la participation des habitants est reconnue par tous. Bien que les dispositifs participatifs se soient développés et diversifiés, ceux-ci relèvent plus souvent de l’information et de la consultation que d’une véritable possibilité de se faire entendre et d’intervenir dans l’action publique. Tout en gardant à l’esprit les limites pouvant y être liées, beaucop considèrent aujourd’hui qu’il faudrait améliorer la qualité du débat public et associer davantage les citoyens aux décisions. Dès lors, comment partager le pouvoir d’expertise et de décision avec les habitants ? Comment mieux articuler participation et représentation ? Quelle ambition pour la politique de la ville ? Pour éclairer l’action publique française, cette note analyse les dynamiques étrangères les plus prometteuses en dégageant trois axes : partager le pouvoir décisionnel avec les habitants au travers de “budgets participatifs de quartiers” ; garantir la qualité du débat public ; et permettre aux habitants de développer leur pouvoir d’agir.

Illustration : Marc Laapage (DR)

jeudi, août 23 2012

Banlieues : offrir des alternatives au désespoir

23 08 2012

Photo_Marc_Laapage_banlieue.jpgAvec l’émeute – ainsi est-elle qualifiée, mais jamais de révolte populaire – des jeunes dans la ZUP Nord d’Amiens, la question des banlieues et des quartiers populaires refait surface dans l’actualité. Et de nouveau le même scénario se développe : oubli des causes déclencheuses (la perturbation par la police d’un deuil en période de Ramadan, comme l’avait été la poursuite à Clichy-sous-Bois de jeunes qualifiés de voleurs alors qu’ils revenaient d’un match) ; le harcèlement policier et les humiliations répétitives subies par une population paupérisée, de plus en plus exclue du marché du travail, sans avenir ni perspective ; la vigueur de la réaction gouvernementale en termes de répression policière et judiciaire : huit et dix mois de prison avec sursis pour deux jeunes légèrement handicapés ayant mis le feu à des poubelles ; l’emballement médiatico-politique autour de la seule réponse proposée, la répression et l’augmentation des effectifs de police, pour résoudre un profond marasme social et économique.

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lundi, août 20 2012

Faire de la politique de la ville un projet de société

20 08 2012

ministere_de_la_ville.jpgLa relance de la politique de la ville revient au premier plan de l'actualité et constitue un défi pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, face à l 'héritage légué par 10 ans de sarkozysme et à la crise persistante des banlieues.
La priorité donnée au renouvellement urbain, déconnecté d'un volet social sans ambition et aux moyens de plus en plus réduits et allant de pair avec une baisse des aides aux associations, n'a pas fait revenir les couches moyennes dans les quartiers populaires, mais a contribué à casser les relations sociales qui préexistaient. Au plan social, la politique de la droite, dans la logique d'économies budgétaires, s'est focalisée sur la promotion d'une élite, tout en stigmatisant la grande masse de la jeunesse des quartiers et plus particulièrement les jeunes d'origine étrangère, rendus responsables de l'insécurité et des difficultés des quartiers et objet d'une discrimination ethnique. Une frénésie de lois sécuritaires en réponse à chaque fait divers, l'entreprise d'ethnicisation du débat social à travers la question de l'identité nationale, l'invention d'une nouvelle catégorie de « français d'origine étrangère », moins français que les autres, etc. complètent le tableau et alourdissent l'héritage de ces années.
C'est dire l'enjeu pour la gauche. Il ne s'agit pas de proposer une révision à la marge de la politique actuelle, mais bien d'opérer un renversement radical . Il y a urgence.

samedi, août 18 2012

Après l'émeute, retour à Amiens

18 08 2012

amiens-nord-emeutes.jpg« C’est là où je vis depuis 25 piges. » Nous avions rencontré Nabil (le prénom a été changé), la quarantaine, à Amiens-Nord en mars 2011 et fait un bout de chemin ensemble. C’était près de la zone industrielle. Deux fois, il s’était arrêté pour nous montrer quelques blocs à deux kilomètres du centre-ville : « A Amiens, tu vis déjà en marge, dans une région pauvre. Mais Amiens-Nord, c’est la marge de la marge. Au début, tu ne te rends pas compte. Et un jour, tu comprends que tu vis dans une prison et que tu as pris une longue peine. »
De retour un an après dans cette vaste plaine de grands ensembles, coincée entre la zone industrielle et les champs, nous nous souvenons de ses mots. Dans la nuit de lundi à mardi, des heurts ont éclaté entre jeunes de certains quartiers d’Amiens-Nord (25 000 habitants) et les forces de l’ordre.

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jeudi, août 16 2012

Émeute à Amiens : au-delà du "retour à l'ordre", quelle ambition politique ?

16 08 2012

emeute_a_Amiens.jpgUne centaine de policiers ont été dépêchés en renfort à Amiens mardi 14 août pour contrer d’éventuels nouveaux débordements après les violents affrontements qui ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi dans la banlieue nord de cette agglomération. Seize policiers ont été blessés et des infrastructures publiques (gymnase, école maternelle…) incendiées. Le président François Hollande a promis de mettre en oeuvre "tous les moyens de l'État" pour lutter contre les violences, tandis que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s'est rendu sur place mardi après-midi. Il a parlé de "guérilla urbaine" et déclaré que "rien ne peut excuser, rien, qu'on tire sur des policiers, qu'on tire sur des forces de l'ordre et qu'on brûle des équipements publics". Hué à son arrivée sur place, le ministre a ensuite ajouté : "Je ne suis pas venu pour qu'on passe au kärcher ce quartier", en allusion à la phrase prononcée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, pendant une visite à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) en 2005.
Pourquoi Amiens brûle-t-il ? Et comment analyser la réaction du gouvernement de Jean-Marc Ayrault face à cette explosion de violence ?

Photo : lexpress.fr

jeudi, juillet 19 2012

La politique de la ville : un constat d'échec récurrent

19 07 2012

images_politique_de_la_ville.jpgLes rapports sur la politique de la ville se suivent et se ressemblent. Après le rapport d’information du Sénat (La politique de la ville : une efficacité entravée, 2007), celui du Comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée Nationale (Quartiers défavorisés ou ghettos inavoués : la République impuissante, 2010), les rapports annuels du Comité d’évaluation et de suivi de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine et ceux de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles, c’est au tour de Cour des Comptes d’établir l’échec de la politique de la ville.
La loi Borloo, votée le 1er aout 2003, avait profondément réformé politique de la ville, avec l’objectif affiché de réduire significativement les écarts entre les ZUS et le reste du territoire. Dix ans plus tard, il suffit de lire les titres des cinq chapitres de ce rapport pour prendre la mesure de l’échec :

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