Immigration, xénophobie, islam

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mardi, avril 15 2014

Les Roms, boucs-émissaires d'une Europe où le racisme progresse

15 04 2014

rapport_amnesty_roms.jpgEntre 10 et 12 millions de Roms vivent aujourd’hui en Europe. Beaucoup sont sous la menace quotidienne d’une expulsion forcée, du harcèlement de la police et d'agressions violentes.
Les conditions dans lesquelles de nombreux Roms sont contraints de vivre constituent un réquisitoire accablant contre la négligence et la discrimination dont font preuve les autorités à leur égard depuis des années. Cependant, loin de reconnaître que cette situation résulte du manque de protection qu'ils accordent aux droits fondamentaux des Roms, certains dirigeants européens préfèrent en rejeter la responsabilité sur les Roms eux-mêmes, les accusant de « ne pas s'intégrer ».
De son côté, la Commission européenne estime que "Des efforts sont faits en matière d’intégration des Roms, mais les progrès sur le terrain restent très lents", dans sa communication sur les avancées réalisées dans la mise en œuvre des stratégies nationales d’intégration des Roms. Ces stratégies ont fait l’objet d’une évaluation par ses soins. Il en ressort que des progrès ont été accomplis, notamment par la France. Cependant, des efforts restent à faire et c’est la raison pour laquelle, la Commission présente une série de mesures en ce sens.

jeudi, avril 10 2014

Le rapport 2013 de la CNCDH sur la lutte contre le racisme

10 04 2014

contre_le_racisme.jpgLa montée des périls économiques trouve, hélas, un écho dans la sphère politique et intellectuelle, et au sentiment d’instabilité économique s’arrime alors un sentiment d’insécurité qui provoque une perte de repères, loin de l’esprit fraternel, de ce bien-vivre ensemble, de cet universel qui transcende nos différences. Émerge alors une peur d’être envahi, d’être dissous dans cet Autre que l’on ne veut pas connaître. En 2013 s’est étalée dans les médias une curieuse « libération de la parole », ce racisme « décomplexé », comme si l’idéologie raciste, antisémite et xénophobe était toujours là, habitant trop de Français, mais qu’elle avait enfin pu s’exprimer, se désenfouir. Curieuse terminologie : les termes de libération comme de décomplexion portent une connotation positive, la marque d’un progrès, qui témoigne d’une souffrance d’avoir gardé ces idées par devers soi.
Les travaux des chercheurs apportent des éléments essentiels pour rendre compte de la réalité des phénomènes racistes. Ils révèlent un climat préoccupant en raison d’un refus croissant de l’autre différent ; ce climat préoccupant se traduit par un recul persistant de la tolérance depuis 2009. Malgré cela, la France demeure tout de même – à rebours des effets grossissants des médias et des réseaux sociaux – une terre d’accueil au sein de laquelle les manifestations et le sentiment racistes restent globalement stables, les unions mixtes toujours plus nombreuses, le dialogue interculturel s’instaure ou mieux s’ancre ici et là. Dans les écoles, les enfants s’enrichissent de leurs différences et prouvent que la France sait rester fidèle à ses valeurs.

Illustration : un.org

jeudi, avril 3 2014

Refonder les politiques d’immigration et d’intégration en France

3 04 2014

Image_LVI.jpgEn février 2013, le gouvernement de J.-M. Ayrault a décidé de « refonder » la politique d’intégration. La commission créée à cet effet réunissait des chercheurs en sciences sociales, des « intellectuels », des hauts fonctionnaires, des élus, des militants et des activistes de la société civile. Le rapport qu’elle produisit détonnait à la fois sur la forme et sur le fond avec toute une série de rapports publiés au cours des dernières décennies 1 et rompait aussi plus fondamentalement avec la rhétorique de plus en plus conservatrice du Haut Conseil à l’Intégration (Lochak, 2011). Quelle que soit la pertinence de ce rapport et des recommandations spécifiques qu’il a formulées, force est de constater qu’il a été graduellement désavoué par le gouvernement lors d’une série de déclarations politiques, désaveu qui s’est d’ailleurs traduit en actes lors de l’annonce des dernières mesures gouvernementales pour l’intégration le 11 février 2014 2. Les mesures rendues publiques ne semblent en effet avoir retenu des recommandations de ce rapport qu’une vague volonté de réconcilier les politiques d’immigration et les politiques de lutte contre les discriminations. Là n’est pas le problème puisqu’il est assez commun que les rapports politiques soient enterrés dans les tiroirs de l’État et les précédents en matière d’immigration sont bien nombreux. Cet épisode est plus fondamentalement révélateur d’une impasse politique sur ces questions.

lundi, mars 17 2014

Alain Soral, Eric Zemmour : deux néoconservateurs xénophobes décryptés

17 03 2014

la_haine.jpgXénophobie, antisémitisme, islamophobie, racisme anti-noir, machisme, homophobie... cette idéologie néoconservatrice a deux principaux pôles émetteurs : l’un au cœur du paysage médiatique, habitué à caricaturer musulmans et Noirs, l’autre dans l’underground très actif d’internet, préférant s’en prendre au « suprématisme juif » (selon l’expression d’Alain Soral dans son ouvrage avec Éric Naulleau, Dialogues désaccordés, Blanche/Hugo & Cie, 2013). Le héraut du premier pôle est Zemmour, le héros du second Soral.
Par-delà les divergences réelles entre les deux pôles, on repère un bricolage de thèmes communs. Et puis ils ont hérité de leur bouc émissaire préféré, BHL, quelques traits contribuant à la désintellectualisation en cours du débat public : l’enfilage de lieux communs plutôt que l’enquête au plus près des complications du réel, le marketing des idées vagues plutôt que le patient travail des concepts, l’arrogance rhétorique plutôt que l’argumentation raisonnée. Les marionnettes de l’anticonformisme ressemblent, dans leur absence de rigueur et leur goût pour la mise en spectacle, aux marionnettes du conformisme qu’elles dénoncent.

dimanche, mars 16 2014

Observations sur la « question rom » à Tourcoing

16 03 2014

SOS_Marliere.jpgLa situation locale dans la ville de Tourcoing confirme à de multiples niveaux l’analyse qui est proposée du « ras-le-bol », de « l’indignation » de « riverains excédés » dans le livre Roms et riverains, une politique municipale de la race publié ces derniers jours (voir ici). Le premier point commun est l’amalgame complètement banalisé entre « gens du voyage » et « Roms », que l’on peut voir comme une conséquence locale des déclarations de M. Sarkozy à l’occasion de son discours de Grenoble (30 juillet 2010), et indirectement des déclarations de M. Valls sur France-Inter (24 septembre 2013). La constitution au printemps 2012 de l’association « SOS-Marlière », du nom de ce quartier qui jouxte la frontière belge, en fournit une assez bonne illustration.
Le 12 mars 2012, le maire socialiste de la ville, Michel-François Delannoy, envoyait un courrier aux habitants du quartier. Il y présentait la nécessité pour sa ville de se mettre en conformité avec la législation sur les aires d’accueil pour gens du voyage : « En l’état actuel de ses réflexions, la majorité municipale imagine que des terrains proches de chez vous pourraient convenir à la réalisation, dans plusieurs années, de petites aires d'accueil appelées terrains familiaux. De taille limitée, ils ne reçoivent qu’environ 6 caravanes ». Le ton était rassurant, parlant « d’hypothèses de travail », de « délai nécessaire » laissant « amplement le temps de construire avec les riverains, particuliers et entreprises, un projet de qualité ». Or, dès les premières réunions de quartier, la mobilisation fut massive et spontanée.

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vendredi, février 28 2014

Les logiques du racisme culturel

28 02 2014

livre_meyran_rasplus.jpgAlors qu’en France le mot « race » vient d’être supprimé de la législation, le racisme s’est déplacé du plan biologique vers le plan culturel. Désormais, on exclut l’autre au nom de l’« identité culturelle ».
Ainsi, l’extrême droite en est venue à se réclamer de l’anthropologie pour défendre une conception de la culture dans laquelle l’Autre est exclu en raison de sa différence « culturelle ». Cette nouvelle « vision du monde » s’infiltre peu à peu dans tout l’échiquier politique, de la droite dite « décomplexée » à la gauche « populaire », en faisant émerger l’idée d’une menace sur l’identité française.
Pour autant, qu’est-ce qu’une culture et comment se sont construites historiquement les logiques de racisme culturel ? C’est l’enquête que propose de mener ce livre, tant du point de vue de l’histoire des sciences sociales en Allemagne, aux États-Unis et en France, que de celui de la pensée politique, car la « culture » est devenue dans notre pays un enjeu essentiel.

mercredi, février 26 2014

Discrimination à l’embauche : l’apport des études économiques

26 02 2014

discrimination_pancho.jpgD’après un sondage IFOP mené en octobre 2013 à la demande du Défenseur des droits, quatre demandeurs d’emploi sur dix se déclarent victimes de discrimination à l’embauche. Cette perception fait écho à une réalité profonde, qui explique l’importance qu’a pris ce sujet dans le débat public au cours des dernières années : en Europe comme en Amérique du nord, le fonctionnement du marché du travail produit des inégalités très fortes entre groupes de population, en fonction de leur origine ethnique et de leur genre, notamment. Aux États-Unis, de nombreux travaux ont montré que les individus d’origine afro-américaine ou d’origine hispanique sont systématiquement défavorisés dans l’accès au marché du travail. En France, une étude récente de l’INSEE souligne que le taux d’emploi des Français dont les deux parents sont nés en France est supérieur de plus d’un tiers à celui des Français dont au moins l’un des deux parents est issu de l’immigration (Aeberhardt, Coudin et Rathelot, 2010). À ces constats s’ajoutent des différences de genre largement documentées en termes de disparités salariales et d’accès à l’emploi.

mardi, janvier 21 2014

Protéger les enfants des bidonvilles comme les autres

21 01 2014

enfant_village_d__accueil.jpgEn France, on estime entre 8 000 et 12 000 le nombre d’enfants vivant en bidonvilles ou en squats. Principalement originaires d’Europe de l’Est (de Roumanie, de Bulgarie ou de pays d’ex-Yougoslavie), 5 000 à 7 000 de ces enfants atteindront l’âge de 16 ans sans avoir été scolarisés, ou après avoir connu une scolarisation chaotique. Cet état de fait pose évidemment la question du devenir de ces enfants à l’adolescence, moment crucial du développement des personnes. Le déficit de scolarisation favorise, en effet, l’errance des adolescents, qui peut alors s’accompagner d’activités délictuelles plus ou moins graves, parfois réalisées sous la contrainte.
Si l’errance d’adolescents et la délinquance qui peut l’accompagner ne sont pas propres aux jeunes Roms d’Europe de l’Est, la particularité des conditions de vie d’une partie d’entre eux, à savoir le fait de vivre en bidonville, rend leur situation spécifique. En effet, le déficit de scolarisation qui les conduit dans la rue est directement lié à la vie en bidonville.

jeudi, décembre 12 2013

Pour en finir avec les préjugés et l'ignorance sur la « délinquance rom »

12 12 2013

livre_peyroux.gifRobert Badinter ne s’y est pas trompé en acceptant de rédiger l’avant-propos. « Ici en France des enfants originaires d’Europe de l’Est, sont trop souvent sanctionnés comme des délinquants au lieu d’être secourus comme victimes, en raison des faits délictueux et répétés qu’ils commettent sous la contrainte ou l’emprise des trafiquants », écrit l’ancien Garde des Sceaux, dénonçant « une double peine ». « Cambrioleurs, pickpockets, détrousseurs de guichets automatiques, mendiants, prostitués, ces enfants…restent avant tout pour les autorités policières et judiciaires, mais aussi pour le public, des délinquants multirécidivistes, endurcis et non coopératifs. Autant dire très loin de la conception de la victime et de l’enfance en danger dans notre société », poursuit l’ex-ministre de la justice.
De fait, les situations de traite sont souvent, selon le sociologue Olivier Peyroux, « masquées par une idéologie instrumentalisant les faits afin de valider une série de clichés racistes ». Ces derniers permettent de prolonger la méconnaissance et le déni des victimes explique t-il, avant de tordre le cou au mythe de la « délinquance rom », qui connût son heure de gloire sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le sociologue souligne qu’en Ile-de-France, les services de police spécialisés estiment entre 400 et 600 enfants dits « roms » contraints de commettre des délits alors que sur le même territoire vivent environ 6.000 enfants Roms. C’est donc une petite minorité (entre 3 et 10%) de mineurs roms qui se trouveraient dans des situations d’exploitation, loin des fantasmes sur une prétendue « culture du vol ».

vendredi, novembre 29 2013

Accueil, orientation et prise en charge des mineurs isolés étrangers à Marseille

29 11 2013

La circulaire du 31 mai 2013 de la Garde des Sceaux Christine Taubira, relative aux modalités de prise en charge des jeunes isolés étrangers ainsi que le protocole entre l’État et les départements daté du même jour, marquent le réengagement de l’État dans ce qui constituait depuis 2007 une prérogative des départements. En effet, ces textes prévoient un dispositif national de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation des mineurs qui arrivent sans représentant légal sur le territoire. Jusqu’ici, les départements assuraient seuls la charge administrative et financière des mineurs que l’ont qualifie d’isolés étrangers (MIE). L’État financera désormais la phase de mise à l’abri et d’évaluation, dont la durée a été fixée à 5 jours. Par ailleurs, après avoir fait l’objet d’une mesure d’assistance éducative, le jeune pourra être confié aux services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) d’un département différent de celui dans lequel il a été repéré. S’il est trop tôt pour envisager les conséquences d’un tel changement, le symbole est fort : l’État reconnaît sa responsabilité sur une question qui relève de la protection de l’enfance mais qui interroge également le droit des étranger.

samedi, octobre 5 2013

France : les Roms condamnés à l'errance

5 10 2013

expulsion_roms.jpgCe rapport revient sur les différentes mesures prises par le gouvernement depuis un an et leurs conséquences sur la situation des Roms en France. Il repose sur des recherches menées sur l’Ile de France mais également sur les agglomérations de Lille et de Lyon qui concentrent à elles seules près d’un quart de la population rom en France. Le rapport s’appuie sur de nombreux témoignages et entretiens menés auprès d’associations, collectifs de soutien, avocats, institutions indépendantes et personnes roms.
Il passe notamment en revue plusieurs dispositifs « d’anticipation et d’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » préconisés par la circulaire interministérielle du 26 août.
Il souligne l’importante distorsion entre les dispositions de la circulaire et l’application qui en est faite de la part des préfets. La conséquence est qu’invariablement les dispositifs mis en place sont largement insuffisants et inefficaces car ils n’ont pas pour objectif principal la mise à l’abri des personnes et des familles sauf pour quelques individus considérés comme « vulnérables ».

samedi, septembre 28 2013

Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman »

28 09 2013

islamophobie.GIFContrairement à la légende colportée dans les grands médias, le terme « islamophobie » n'a pas été inventé par les mollahs iraniens : il est apparu en France au début du XXe siècle, en pleine période coloniale, à une époque où s'exprimaient déjà de violents discours antimusulmans... Alors que l'hostilité à l'encontre des musulmans se traduit presque quotidiennement par des discours stigmatisants, des pratiques discriminatoires ou des agressions physiques, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font ici oeuvre salutaire : ils expliquent comment l'islam a peu à peu été construit comme un « problème » et comment l'islamophobie est devenue l'arme favorite d'un racisme qui ne dit pas son nom.
Ce livre présente ainsi au grand public, pour la première fois, un bilan critique des recherches menées, en France et à l'étranger, sur ce phénomène. Faisant le point sur les débats autour du concept d'islamophobie, il offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes, en les inscrivant dans l'histoire longue du racisme colonial et dans leur articulation avec l'antisémitisme. En insistant sur l'importance des stratégies des acteurs, les auteurs décortiquent le processus d'altérisation des « musulmans » qui, expliquant la réalité sociale par le facteur religieux, se diffuse dans les médias et ailleurs. Ils analysent enfin la réception du discours islamophobe par les musulmans et les formes de contestation de l'islamophobie par l'action collective et la mobilisation du droit antidiscrimination.

vendredi, septembre 27 2013

Gitans, Tsiganes, Roms... idées reçues, stigmatisation, exclusion

27 09 2013

Roms_droite_gauche.jpgGitans, Tsiganes, Roms... Ces mots désignent-ils toujours les mêmes personnes, ou au contraire des familles aux expériences humaines différentes et que l’on regroupe sous des termes larges et un peu flous ?
Présents en Europe, mais aussi en Amérique, « ces gens-là » ont toujours attiré le regard de leurs contemporains et l’attention, quand ce n’est pas la suspicion, des pouvoirs publics. Beaucoup d’idées reçues circulent à leur propos, témoignant à la fois de la peur et de la fascination, et bien souvent de l’ignorance : « Les Gitans viennent de l’Inde », « Les Gitans vivent dans des camps », « Les Roms sont des Gitans nomades venus de l’Est », « Ils n’envoient pas leurs enfants à l’école », mais aussi « Les Gitanes savent lire les lignes de la main », « Les Gitans ont la musique dans le sang », etc. On loue leur sens de la famille et leur culture. Mais on leur interdit l’entrée de nos villages et le stationnement dans nos villes. Cet ouvrage est une invitation à ouvrir les yeux… et les esprits !

Illustration : Charlie Hebdo

dimanche, septembre 15 2013

Charte de la laïcité : l’Islam (une fois de plus) dans le viseur

15 09 2013

Image_islamophobie.jpgMis en échec diplomatique face à la Russie dans le dossier syrien, englué dans une crise économique contre laquelle il n’a peu ou pas de moyen d’action, critiqué à droite et à gauche, le gouvernement cherche une échappatoire. Le salut ? taper, encore et toujours sur le musulman, sans trêve et sans relâche. Après une énième loi sur le voile, après les diatribes de Manuel Valls contre l’Islam, voici la charte de la laïcité à l’école. Destinée à être affichée dans tous les établissements scolaires publics, elle se veut être un outil de plus pour une pédagogie républicaine afin de faire de l’école un espace libéré de toute religion. Toutes les religions ? Une nouvelle fois, le gouvernement marche dans les pas du Front National en masquant (mal) son islamophobie obsessionnelle derrière l’éternel alibi de la laïcité.

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mardi, août 20 2013

Les manifestations des Chinois de Belleville, apprentissage de l’intégration

20 08 2013

photo_manif_chinois_LVDI.jpgDans de nombreux pays d’immigration, les migrants chinois sont souvent considérés comme une « minorité silencieuse » – une minorité qui s’adapte bien, mais dont la participation politique est faible. Si cette image est également présente en France, elle évolue depuis la manifestation du 20 juin 2010. Ce jour-là, pour la première fois, environ 20 000 Chinois de tout âge marchent en scandant le slogan : « Non à la violence, sécurité pour tous ». Paradoxalement, la manifestation se termine par des échauffourées avec la police que l’on pourrait qualifier de « mini-émeute ». Un an après, le 19 juin 2011, une nouvelle manifestation est organisée par les représentants de la communauté chinoise de Belleville, entre République et Nation, le chemin classique des manifestations parisiennes. Cette fois, le mot d’ordre est « sécurité, un droit », et la manifestation s’achève en toute tranquillité.
À travers cette protestation, et ses évolutions au cours d’un an, on peut émettre l’hypothèse qu’on assiste là à un processus d’apprentissage politique par un groupe minoritaire. À partir d’une enquête ethnographique , il s’agit donc non pas de revenir sur la réalité de l’insécurité urbaine, mais bien de penser l’action collective comme une façon pour les Chinois de s’accommoder et de s’intégrer au modèle politique français.

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