Immigration, discrimination, racisme

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dimanche, août 16 2015

CNCDH : avis sur la situation des migrants à Calais et dans le Calaisis

16 08 2015

migrants_calais.jpgUne délégation de la CNCDH s’est rendue sur place le 4 juin 2015 pour rencontrer les associationsœuvrant sur le terrain et les autorités publiques, ainsi que pour établir un état de la situation. Lors de ce déplacement, la délégation a été profondément choquée par les conditions inhumaines et indignes dans lesquelles les migrants tentent de survivre et par l’impasse dans laquelle se trouvent non seulement ces exilés mais aussi les autorités publiques confrontées à des problèmes d’une particulière complexité.
Cette situation dramatique est en grande partie la conséquence de la conclusion, entre la France et le Royaume-Uni, de plusieurs traités et accords administratifs bilatéraux dont la complexité de la mise en œuvre aboutit en pratique à interdire aux migrants de quitter la France et à faire de Calais et de sa proche région une zone de concentration de personnes en exil avec les enjeux sécuritaires et les risques humanitaires que cela implique. Cet enchevêtrement de traités et de dispositions administratives divers, largement en contradiction avec le droit de l’Union européenne, est extrêmement préoccupant dans la mesure où il conduit à faire de la France le « bras policier » de la politique migratoire britannique. Pour la CNCDH, il convient de mettre à plat ces textes bilatéraux.

Photo : lemonde.fr

mercredi, août 12 2015

Nice, l'islam et l'art de ne rien comprendre

12 08 2015

inauguration_estrosi_algerie_francaise.jpgL'édition du 8 août 2015 de Nice Matin révèle, au détour d'une affaire de salle de prière, un condensé de l'incurie d'une classe dirigeante et son inaptitude profonde à appréhender l'évolution sociétale qui s'impose pourtant à elle.
Une association qui loue un local servant de lieu de culte depuis 14 ans se voit expulsée. Faute de lieu suffisamment proche et suffisamment grand pour les accueillir, les fidèles décident de prier au pied d'une tour d'immeuble. Nous sommes à Nice, à Bon Voyage, l'un des quartiers défavorisés de la ville, et ils sont deux cents à prier ainsi dehors, depuis près de neuf mois. Le maire de la ville, Christian Estrosi, grand défenseur de la laïcité devant l’Éternel, déclare qu'il s'en référera au Préfet si la situation perdure.
Nice Matin a alors la bonne idée d'interviewer Dominique Estrosi Sassone, présidente du principal bailleur social local, Côte d'Azur Habitat, par ailleurs conseillère municipale et métropolitaine, adjointe au maire au logement, vice-présidente du conseil départemental, secrétaire générale de la fédération des offices publics de l’habitat, sénatrice et secrétaire nationale à l'industrie du parti Les Républicains (et ex-femme de C. Estrosi).

Photo : mediapart.fr

samedi, juillet 18 2015

L'exploitation des migrants par le travail

18 07 2015

fra-2015-severe_labour_exploitation.jpgLes consommateurs ne savent souvent pas que les aliments qu'ils mangent ou que les vêtements qu'ils achètent ont peut-être été produits par des personnes dans des conditions d'exploitation grave par le travail. Bien qu’il existe une législation de l’UE interdisant des formes graves d'exploitation par le travail, un nouveau rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l'UE (FRA) révèle que les travailleurs migrants provenant de pays de l’UE et de pays hors-UE risquent d'en devenir les victimes.

Malgré cela, employer un travailleur migrant dans des conditions de travail particulièrement abusives est punissable dans certains États membres de l’UE d'une peine maximale inférieure à deux ans, une sanction qui ne reflète pas la gravité des violations des droits fondamentaux en cause.


lundi, juin 29 2015

Immigration, soyons réalistes : 10 raisons d’ouvrir les frontières

29 06 2015

PASSAGE A NIVEAU : illustrationEntre 2000 et 2014, 40.000 migrants sont morts aux frontières, dont 22.000 en tentant de rejoindre l’Europe, qui est aujourd’hui devenue, pour eux, la destination la plus dangereuse au monde. Pour la seule année 2014, plus de 3500 sont morts noyés en Méditerranée.
Le décompte macabre continue chaque jour. Et les survivants sont bloqués aux frontières externes mais aussi internes de l’Europe (comme ces derniers jours entre l’Italie et la France), multipliant les situations de mise à l’écart, de violence et d’humiliation. Cela au nom d’une raison d’Etats européens qui disent répondre aux peurs et aux demandes des habitants pour plus de sécurité, de contention et d’imperméabilité.
Et pourtant, nous affirmons qu’il serait plus rationnel, plus juste, plus sûr, d’ouvrir les frontières. A l’opposé de l’idée trop répandue dans les médias et les discours politiques, cette proposition n’a rien d’un fantasme naïf et irréaliste. Au contraire : c’est l’ouverture des frontières qui permettrait enfin de sortir d’un engrenage de violences qui a déjà fait des milliers de morts parmi les migrants, et de dessiner un horizon pour un véritable projet politique européen en matière d’asile et d’immigration.

vendredi, juin 19 2015

Prunelli di Fiumorbu : la Corse, société multilingue et le déni de réalité

19 06 2015

FRANCE-CRIME-FIRE-RELIGION-ISLAM-RACISMLes événements de l’école de Prunelli di Fiumorbu, avant d’être rapidement noyés dans le flux de l’information, viennent nous rappeler que la question du racisme n’est ni ponctuelle ni éphémère. Qu’elle s’inscrit dans un contexte complexe, marqué par la crise économique, les doutes et les craintes provoqués par la mondialisation, la déshérence sociale, la confusion idéologique aggravée par les attentats du 11 janvier dernier. Qu’il existe aujourd’hui une réalité niée, déniée : la Corse est devenue une société multilingue, donc multiculturelle, à l’instar de la France dans son ensemble et de l’Europe de l’Ouest en général.
Lorsque l’on dit que la Corse est multilingue et multiculturelle, qu’entend-on exprimer ? Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de décrire ce qui est : coexistent ainsi et, jusque-là, sans trop de heurts, une communauté historique, les Corses, des « Continentaux » ou « Pinzuti », des Italiens et Sardes d’origine, qui se sont toujours rapidement fondus dans la communauté historique, une communauté maghrébine, et non arabe, ainsi que stigmatisée dans les graffitis, une communauté portugaise, enfin un certain nombre de groupes issus des pays de l’est, depuis quelques années.

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dimanche, juin 7 2015

La pauvreté, une discrimination non identifiée

7 06 2015

doc-idees_fausses2015.inddOn peut choisir de ne pas être pauvre dans notre société. N’est-ce pas là une affirmation dénuée de sens ? Pourtant, elle semble faire consensus dans un imaginaire collectif souvent empreint d’idées fausses. Les pauvres sont suspectés d’être frauduleusement pour quelque chose dans leur situation. Elles et ils cumulent et profitent des avantages de leur précarité en percevant, sans honte, le RSA ou en bénéficiant, si facilement et sans dignité, de la couverture maladie universelle. L’association de ces deux vocables, pourtant antagonistes, «avantages, précarité» ne semble paradoxalement gêner que très peu l’imagerie sociale ambiante, largement influencée par les médias. Peut-être parce que l’on croit faussement aussi que ces «populations» ont leur propre culture en dehors des cadres intégrateurs officiels. Culture dont les pauvres seraient, qui plus est et par hérédité, fiers ou à l’autre extrême, rendus «névrosés» à en croire même certaines études. Et leurs soi-disant valeurs spécifiques s’opposent «trop», socialement et même psychiquement, à celles qui doivent a fortiori faire référence. Surtout, si en plus d’être pauvres, ces enfants, femmes et hommes sont roms et/ou migrants. Être pauvre, c’est être classé socialement comme étant hiérarchiquement inférieur et donc non prioritaire.

samedi, juin 6 2015

Les injustices et discriminations au travail vécues par les jeunes issus de l'immigration

6 06 2015

discrimination.jpgInjustices et discriminations au travail dessinent des ressentis très différents selon l’origine et le genre. Parmi les jeunes hommes, ceux qui se sentent les plus injustement traités sont les descendants d’immigrés d’Afrique sub-saharienne. En revanche, ce sont les femmes françaises d’origine qui perçoivent le plus les injustices.
Au sein des jeunes issus de l’immigration, les écarts constatés dans la sensibilité aux discriminations dépendent du pays de naissance des parents et du genre. Chez les femmes, cette expérience renvoie plutôt à des motifs tels que l’âge, le genre et parfois les situations familiales. Chez les hommes, les injustices prennent principalement la forme de discriminations ethno-raciales. Dans les deux cas, l’ampleur de la discrimination est affectée par les formes d’emploi et les conditions de travail.
La mesure des expériences discriminatoires éclaire ainsi les orientations à développer dans les dispositifs d’égalité professionnelle. Ne pourrait-elle aussi nourrir une réflexion sur la confrontation entre des politiques publiques fondées sur des critères « objectifs » et le vécu des salariés ?

Illustration : 93.fcpe-asso.fr

vendredi, mai 15 2015

L'homophobie en 2014

15 05 2015

homophobie_2.pngComme chaque année, le Rapport sur l’homophobie 2015 a été constitué à partir de quatre sources :
- les témoignages reçus par l’association au cours de l’année 2014 (sur notre ligne d’écoute, par courrier, via un formulaire en ligne, par chat ou lors de certains événements auxquels participe l’association) ;
- le travail des différents groupes et commissions de l’association ;
- le suivi de l’actualité de janvier 2014 à décembre 2014 ;
- l’analyse de la presse au cours de la même période.
Ce document n’est donc pas le recensement exhaustif de toutes les manifestations LGBT-phobes survenues en 2014 , mais bien une vision des LGBTphobies à travers les outils de l’association et son vécu de terrain. Les statistiques communiquées dans ce rapport sont uniquement établies à partir des témoignages et demandes de soutien reçus par notre association.

Image : enquete-debat.fr

lundi, mai 11 2015

Contre le trafic de drogue, une guerre discriminatoire ?

11 05 2015

guerre_aux_drogues_guerre_raciale.pngDepuis les années 80, les cités de banlieue servent à approvisionner en drogue la population des centres-villes, qui concentrent l’essentiel de la demande. Le travail de la police a consisté à matraquer les populations de ces quartiers populaires, sans souci d’efficacité. Au contraire, ce sont les populations qui ont pris en main le nettoyage de leurs quartiers par des moyens violents, l’islam jouant un rôle grandissant dans cette entreprise, au même rythme que grandit la haine de la police.
A l’heure où Baltimore est en feu à la suite de heurts violents entre la police et la population afro-américaine, les médias français ont tendance à décrire cette société comme parfaitement exotique, du fait de la centralité des questions raciales aux Etats-Unis. Quatre mois après les attentats de Paris et avec un électeur sur quatre prêt à voter pour le Front National, cette analyse mériterait d’être nuancée en remettant la question raciale en perspective dans l’Hexagone: c’est le sens de la campagne « guerre à la drogue, guerre raciale » lancée par l'Association française de réduction des risques (AFR) liés à l'usage des drogues, le Cran et le think tank République et Diversité.

lundi, avril 13 2015

Antisémitisme, islamophobie, racisme anti-Roms : le rapport 2014 de la CNCDH

13 04 2015

racisme.jpgAprès 4 années de baisse consécutive, l’indice longitudinal de tolérance en France marque une stabilisation, voire une légère progression vers plus de tolérance.
Cette légère progression vers plus de tolérance est intéressante alors que l’année 2014 ne présente pas un contexte favorable qui pourrait l’expliquer. On peut donc se demander si l’indice n’a pas atteint un « plancher », c’est‐à‐dire qu’il pourrait indiquer la part de français qui résistent aux messages racistes ou xénophobes quelles que soient les circonstances.
Toutefois, si la tolérance générale a progressé, il en va autrement de l’acceptation de certains groupes. Ainsi, des points de crispation persistent, voire s’aggravent : les résultats du sondage de 2014 font ressortir une revitalisation des vieux clichés antisémites, une persistance des préjugés anti‐Roms, un rejet des pratiques liées à l’islam dans leurs manifestations tant dans l’espace public que dans la sphère privée, et chez certains, une acception dévoyée de la laïcité comme devant faire rempart à l’islam.

Illustration : ldh-france.org

mercredi, avril 1 2015

Les musulmans sont discriminés en France. Des solutions existent

1 04 2015

musulmans_au_quotidien.GIFEn 2008, un testing sur CV mené en interne par le groupe Casino a montré que les Français d’origine extra-communautaire (asiatique, africaine, maghrébine) sont systématiquement discriminés par rapport aux Français d’origine française. Cependant, l’intensité de la discrimination qu’ils subissent semble très dépendante de la région dont ils sont issus. Ainsi, des trois origines précitées, c’est l’origine maghrébine qui est la plus discriminée. Ce statut particulier des candidats d’origine maghrébine suggère que ce n’est pas seulement l’origine extra-communautaire qui est source de discrimination de la part des recruteurs. L’appartenance probable à la religion musulmane du Français d’origine maghrébine (le Maghreb étant à forte majorité musulmane) semble constituer un handicap de plus pour lui.
C’est cette hypothèse que j’ai voulu tester avec deux collègues américains, Claire Adida (Université de San Diego) et David Laitin (Université Stanford). Nous avons ainsi lancé en 2009 un programme de recherche financé par la National Science Foundation dont l’objectif était de répondre aux deux questions suivantes : (i) les individus sont-ils plus discriminés lorsqu’ils sont perçus comme musulmans plutôt que chrétiens ? (ii) si oui, quels sont les ressorts de cette discrimination ?

mardi, février 10 2015

Accueil local des Roms : une autre politique est possible

10 02 2015

camp_rom.jpgDeux facteurs contribuent à la mise en visibilité des immigrés dits Roms dans les villes européennes : la mendicité et les bidonvilles. Si, dans certains pays, la mendicité se place au centre des débats et suscite, comme en Suisse, des conflits politiques et la mise en place de dispositifs de régulation, en France le débat et les politiques sont plutôt configurés autour de la question de l’habitat précaire et de ses alternatives, et du sort réservé aux campements.
Le présent article porte sur les politiques d’évacuations dont ces campements font l’objet et propose d’en interroger la logique en analysant quelques-unes de leurs conséquences. En effet, il est avéré que ces évacuations sont à la fois très peu efficaces, cycliques, et accompagnées dans la plupart des cas d’une absence d’alternatives de logement, et caractérisées par une violation élémentaire des droits et de la dignité de la personne. Pourquoi se perpétuent-elles donc, et avec quels effets ? En dehors de ces pratiques, quelles politiques d’hospitalité et de solidarité à l’égard des Roms sont possibles ? Quelles sont les solutions « alternatives » qui émergent au niveau local, et qui pourraient contribuer à élargir la palette d’instruments de l’action publique ?

mardi, janvier 27 2015

Les migrants et les demandeurs d'asile victimes de violence et démunis

27 01 2015

police_calais.jpgLes demandeurs d'asile et migrants vivant dans le dénuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harcèlement et d'exactions de la part de la police française, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les abus décrits à Human Rights Watch comprennent des passages à tabac et des attaques au gaz lacrymogène alors que les migrants et demandeurs d'asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l'espoir de se rendre au Royaume-Uni.
Plusieurs milliers de demandeurs d'asile et migrants, la plupart en provenance du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie, vivent dans des camps de fortune ou dans les rues de Calais. Certains ont affirmé que leur traitement par la police, le manque de logements pour les demandeurs d'asile et les retards dans le traitement des demandes d'asile les avait dissuadés de demander l'asile en France.

Photo : lefigaro.fr

mardi, décembre 16 2014

Abdelmalek Sayad, l’éducation des enfants d’immigrés et la laïcité

16 12 2014

livre_sayad.jpgDans un ouvrage récemment publié au Seuil (L’École et les enfants de l’immigration, essais critiques) et qui regroupe des articles et entretiens datant de 1977 à 1997, le grand sociologue Abdelmalek Sayad (1933-1998) développe une thèse très critique vis-à-vis des CEFISEM (Centre de Formation et d’Information pour la Scolarisation des Enfants de Migrants) créés en 1976, et vis-à-vis de l’ELCO (Enseignement des Langues et Cultures d’Origine). Ceux-ci étaient principalement à destination des enfants d’immigrés algériens et portugais. Passons sur les raisons précises de ces critiques pour nous rappeler que ces CEFISEM et cet ELCO constituent des exceptions manifestes à un idéal républicain dont on aime à vanter la pureté et l’inflexibilité en France. En effet, loin de cet « universalisme bien de chez nous » où l’on ne reconnaîtrait pas des groupes culturels ou ethniques mais seulement des individus citoyens, les pratiques scolaires dont parle Sayad en termes peu amènes sont pourtant l’illustration parfaite d’un traitement différentialiste des enfants d’immigrés, démarche multiculturaliste souvent légitimée chez les enseignants par une sorte de mauvaise conscience postcoloniale. Pris ensemble en tant que groupes ethniquement ou culturellement définis, ces enfants reçoivent un enseignement de l’arabe ou du portugais, par exemple, dans l’espoir peut-être qu’ils soient mieux armés pour « retourner au pays ».

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mercredi, décembre 10 2014

Afro-Américains et police aux USA, éléments historiques d’une hostilité

10 12 2014

a_pig_is_a_pig.gifC’est un livre de coloriage pour enfants d’un type insolite. On y voit des porcs habillés en policiers. Dans l’un d’entre eux, un porc a peur de l’homme noir derrière lui et s’en prend, par frustration et couardise, à un petit enfant noir. Dans un autre, la légende dit : « Un porc est un porc et ce sont tous les mêmes ». Un premier porc est habillé en combinaison anti-émeutes, le deuxième en simple ilotier, le troisième en officier de bureau. Un dernier dessin montre une jeune femme noire svelte avec une coupe de cheveux faisant penser à la militante Angela Davis. Elle brandit un flingue contre un porc, et la légende en forme de comptine dit “Run pig run ! Run pig run ! ”. Toutes ces archives sont tirées de la propagande pour enfants des Black Panthers.

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