Les résultats de l’enquête IPSOS/CGI business consulting « France 2013 les nouvelles fractures » pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof sont à bien des égards inquiétants concernant la stabilisation dans les représentations majoritaires d’une catégorie de français stigmatisés : les « musulmans » (1). Ce phénomène a été largement repris par les médias feignant de s’étonner de l’évolution de l’islamophobie en France (2). Loin de minimiser les conséquences politiques de ce phénomène, il est nécessaire de regarder plus largement les résultats de l'étude. Sans prétendre fournir une analyse exhaustive des résultats de l'enquête ou de leur condition de production, ce texte propose quelques réflexions mettant en garde sur les effets sociaux d'enquêtes mal construites comme de leur utilisation journalistique.
Sondages, opinions
lundi, février 4 2013
Sur l'islamophobie sondagière
4 02 2013vendredi, mai 25 2012
Le FN en campagne. Les ressorts sociaux des votes frontistes en milieu rural
25 05 2012
Depuis le 21 avril 2002, le vote Front national, jusque-là présenté comme un vote essentiellement « urbain », enregistre ses scores les plus élevés loin des grandes villes, quel que soit le scrutin pris en considération. Le décollage du parti de Jean-Marie Le Pen dans les campagnes est souvent présenté depuis comme une « nouvelle » tendance de fond dans la société française. Mais, par-delà le sensationnalisme dans lequel baignent les discours sur les « extrêmes », les interprétations surplombantes fréquemment mobilisées pour rendre compte des scores « ruraux » de cette formation ont un rendement explicatif faible, entravant un peu plus sa compréhension. Cette contribution vise à montrer que c’est au contraire par un souci de contextualisation et de ré-encastrement du politique dans l’épaisseur du social que l’on peut comprendre tous les sens des votes frontistes. Centrée sur une enquête dans la Somme, département caractérisé par une sur-représentation du vote FN dans les petites communes, elle souligne le rôle central joué par la transformation des sociabilités concrètes dans l’inscription rurale des votes frontistes.
mercredi, décembre 7 2011
Transparency International publie son Indice de Perception de la Corruption 2011
7 12 2011
Transparency International publie aujourd'hui son Indice de perception de la Corruption (IPC) 2011, un classement évaluant 183 pays en fonction de la perception du niveau de corruption affectant leur administration publique et classe politique. Alors que 2011 a été l’année d’un élan irrésistible contre la corruption, deux tiers des pays évalués obtiennent une note inférieure à 5, sur une échelle allant de 0 (haut niveau de corruption perçu) à 10 (haut niveau d’intégrité perçu). Comme en 2010, la France arrive au 25ème rang, juste derrière les États-Unis. Elle demeure ainsi derrière de nombreux États européens tels que la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le procès des emplois fictifs de la ville de Paris mettant en cause l’ancien Président le la République Jacques Chirac, les conflits d’intérêts dans la vie publique notamment mis en lumière par le scandale du médiator, l’affaire Guérini ou, encore, les développements de l’affaire Karachi ont très probablement contribué à ce que les observateurs internationaux continuent à avoir une image dégradée de l’administration et de la classe politique française.
Illustration : futureatlas.com - flickr - licence cc
samedi, décembre 3 2011
M Le Maudit : fiction ou anticipation ?
3 12 2011
C’était un grand film de Fritz Lang. Réalisé en 1931, il décrivait une ville allemande à la recherche d’un criminel d’enfants. Police, citoyens et même la pègre se décidèrent à chercher ensemble « M » dit le maudit, l’auteur des faits. Dans ce climat la suspicion se généralisa et se porta sur un vieux monsieur qui tendait un bonbon à un enfant devant un établissement scolaire. « C’est M, c’est M.. » criera une rumeur qui a valu à l’intéressé un quasi lynchage.
C’est aujourd’hui une bien triste affaire qui en dit beaucoup sur le climat irrationnel que la délinquance sexuelle peut produire. Un vieux monsieur vulnérable –sous curatelle- est mort à Brest parce qu’il était soupçonné d’être un pervers sexuel. Simplement parce qu’il errait devant un établissement scolaire. Lisons ici les faits. Le procureur de Brest vient aujourd’hui de mettre en garde contre « les climats de psychose » et de préciser qu’« il est très important, en dehors de la vigilance normales des citoyens, qu’on ne se méprenne pas et que l’on entretienne pas des climats de psychose qui peuvent arriver à ce genre d’issue fatale ».
vendredi, septembre 16 2011
11-Septembre : non, 58 % des Français ne croient pas à la théorie du complot
16 09 2011
Un récent sondage effectué par "Junior Conseil" pour "ReOpen911" est cité avec un plaisir non-dissimulé par les représentants du 9/11 Truth Movement français comme une preuve que leurs idées ont fait leur chemin dans la population française. Une lecture superficielle des résultats publiés laisse en effet penser que 58 % des sondés, soit ici 290 personnes et non comme annoncé "58 % des Français", ont des doutes sur la "version officielle" selon laquelle les attentats ont été commis par des terroristes islamistes. Le sondage fut effectué par téléphone, entre le 6 et le 24 juin 2011, sur un échantillon de 500 personnes. Il s’agit d’un échantillon suffisamment grand pour garantir une fourchette relativement étroite, de 54 % à 62 %. Faut-il alors supposer qu’entre 54 et 62 % des Français ont rejoint les rangs des "truthers" ? Pas si sûr, car la lecture du questionnaire révèle une concentration rarement atteinte de bourdes méthodologiques ou de techniques de manipulation sondagière.
- Lire la suite de cet article de Nicolas Gauvrit et Valéry Rasplus sur Nouvelobs.com
- Voir le site de Reopen911.
- Vient de paraître : Richard Labévière, Vérités et mythologies du 11 septembre (Nouveau Monde éditions, 2011).
dimanche, mai 1 2011
Insécurité et sentiment d'insécurité
1 05 2011
La confusion entre sécurité et sentiment d'insécurité est permanente, et ceci est bien compréhensible. Dans quantité de discours et de représentations, se confondent en effet trois choses : 1) les opinions générales sur l'importance du « problème de la sécurité » en France, 2) les peurs sur sa sécurité personnelle ou celle de sa famille, 3) l'expérience réelle de la victimation. Or il s'agit de trois choses différentes, qui sont toutes les trois identifiées et mesurées par des enquêtes. Selon la façon dont la question est posée dans l'enquête ou le sondage, l'on peut interroger l'une ou l'autre de ces trois choses, et s'apercevoir de leurs différences.
mercredi, avril 6 2011
Quelles priorités politiques pour les quartiers sensibles ? Un sondage intéressant
6 04 2011
Ce 4 avril, Ipsos et France-Bleu ont interrogé un échantillon de 1 014 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la population française, pour connaître leur perception de la situation dans les quartiers sensibles. Les résultats de ce sondage indiquent que, pour quatre Français sur dix, les conditions de vie dans ces quartiers se sont dégradées depuis quelques années. Une proportion à peu près identique estime qu’elle n’a pas vraiment changé et seules 11% des personnes pensent au contraire que la situation s’est améliorée. Les habitants de ces quartiers portent un regard légèrement moins sombre sur leur propre situation de vie, encore que les trois quarts d’entre eux déclarent vouloir déménager. Mais l’intérêt de cette consultation réside surtout dans les choix prioritaires parmi les mesures proposées par le sondage pour améliorer la situation dans ces territoires.
mercredi, mars 30 2011
L'image des jeunes des quartiers populaires : le poids des médias
30 03 2011
Le constat n’est pas nouveau : les Français préfèrent les jeunes qu’ils connaissent à ceux qu’ils ne connaissent pas et se montrent plus sévères à l’égard de ceux issus des quartiers populaires qu’à l’égard de la jeunesse en général. Pour autant, l’ampleur du fossé, sur ce dernier point, atteint une dimension
particulièrement préoccupante : si trois Français sur quatre ont une image positive des jeunes en général, ils ne sont plus que deux sur cinq à porter sur les jeunes issus des quartiers populaires un regard positif.
Interrogées sur la raison d’une telle défiance, les personnes sondées soulignent principalement l’image négative de ces jeunes véhiculée par les médias - qui constituent, pour ceux d’entre eux résidant à distance confortable desdits quartiers, la seule source d’information sur le sujet -, ou l’impression selon laquelle ils seraient « tous des délinquants », des drogués, des troubles à l’ordre public.
- Découvrir ce sondage de l'Observatoire de la jeunesse solidaire.
lundi, février 21 2011
Victoire des chercheurs dans l'Opinion Gate
21 02 2011
Dans un jugement du 16 février 2011 qui fera date pour la liberté de la recherche et de la presse, le Tribunal de Grande Instance de Paris vient de débouter Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, de son action en diffamation contre Alain Garrigou, Professeur de science politique à l'Université Paris Ouest - La Défense (Paris X) qui avait déclaré dans un entretien à Libération, à propos du conseiller (et des finances) de l'Élysée : « Soit c'est un escroc, soit c'est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre... ».
Cet échange entre Lilian Alemagna, journaliste à Libération et Alain Garrigou, chercheur spécialiste des sondages d'opinion, publié le 6 novembre 2009, avait été attaqué en diffamation quelques jours après par le conseiller élyséen et, quelques jours plus tard, l'Élysée bloquait toute possibilité de commission d'enquête parlementaire sur cette partie là de ses finances.
- Lire la suite de cet article de Jérôme Valluy sur le site de Mediapart.
- Découvrir l'Observatoire des sondages.
- Découvrir l'association Chercheurs sans frontières. Free science.
- Lire "Sondages de l'Elysée : la justice commence à enquêter" (Rue 89, 23 février).
mardi, janvier 4 2011
Sécurité, santé, emploi... : les Français déplorent la dégradation des services publics
4 01 2011
Globalement, le baromètre BVA/Institut Paul Delouvrier souligne depuis 2007 la régulière dégradation de l'opinion des Français à propos de l’action de l’Etat en matière de services publics. Phénomène nouveau : la satisfaction des usagers à l'égard de ces services qui avait tendance à s'améliorer, a baissé cette année pour la première fois (la satisfaction générale reste cependant de bon niveau). Le sondage relève aussi que près d’un Français sur deux se dit prêt à payer plus d’impôts pour les améliorer.
Les résultats sont contrastés selon les secteurs. Après l'éducation nationale et la santé publique, c'est l'action de la police et de la gendarmerie qui enregistre la plus forte baisse d'opinions favorables : un recul de 4 points en un an avec 58 % d'opinions favorables (elles en avaient 72 % en 2005).
L'institut note également que « Il n’y a pas de changement pour la justice dont les niveaux de satisfaction générale des usagers restent faibles (54 % de satisfaits juste devant l’emploi) et qui ne répond pas convenablement aux attentes prioritaires des usagers ».
- Télécharger l'analyse complète du sondage.