Terrorisme

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samedi, juillet 16 2016

Après les attentats : l'illusion sécuritaire et ses effets pervers

16 07 2016

attentats_nice.jpgLes États-nations occidentaux sont aujourd’hui devenus des États de sécurité nationale, dont l’obsession s’étend, au-delà du seul terrorisme, à l’immigration, à l’ultra-gauche anticapitaliste, aux lanceurs d’alerte. Ils ne répugnent plus à envisager des mesures rappelant leur passé le plus sombre, telles que la déchéance de la nationalité, en France, ou à les mettre en œuvre comme la confiscation des biens des réfugiés, au Danemark. Ils appliquent des politiques publiques criminelles au sens littéral du terme, dès lors qu’elles tuent, à l’instar des bombardements par drones au Moyen-Orient ou de la prohibition de l’immigration à la frontière américano-mexicaine et en mer Méditerranée qui provoque, chaque année, des milliers de décès. La démission démocratique et morale des peuples, drogués au discours sécuritaire depuis les années 1970, les progrès phénoménaux de la technologie garantissent l’institutionnalisation durable de cet état d’exception et de surveillance de masse. Nombre de spécialistes affirment que l’Occident est tombé dans le piège que lui ont tendu Al-Qaïda, puis Daech, et que ses politiques sécuritaires alimentent le jihad, au lieu de le contenir.

jeudi, juin 23 2016

Pour une histoire internationale du terrorisme

23 06 2016

Livre_Raflik.jpgFace à la sidération consécutive aux récents attentats terroristes, toute tentative de recul apparaît comme un impératif en réponse au déferlement des experts télévisuels assénant nombre de contre-vérités à longueur d’interventions calibrées pour le cycle perpétuel d’information en continu.
Dans son dernier ouvrage, Terrorisme et mondialisation, l’historienne Jenny Raflik, maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise, entend ainsi « faire de la question du terrorisme un objet à part entière en histoire des relations internationales » (p. 7). Il s’agit ainsi de faire du terrorisme un objet d’étude légitime pour l’historien. Il ne l’est pas encore au sein de l’Université française où il est perçu comme un phénomène difficile à circonscrire strictement, et d’une actualité sans cesse renouvelée pouvant obérer son existence pluricentenaire. Il s’agit par ailleurs d’ancrer l’étude du terrorisme dans le champ qui serait le plus à même de restituer les caractéristiques fondamentales de son évolution depuis le XIXe siècle, l’histoire des relations internationales, afin de rendre compte des multiples internationalisations du phénomène depuis un siècle et demi.

jeudi, avril 7 2016

Comment la France est devenue une cible « légitime » pour les groupes djihadistes

7 04 2016

Immeuble_detruit_en_Syrie.jpgAu temps des colonies, le scénario des expéditions militaires outre-mer était simple : la guerre se déroulait exclusivement sur le territoire de la victime et l’agresseur n’imaginait pas que ses villes et ses villages puissent être la cible de contre-attaques ennemies. Non sans raison. La supériorité de ses armements, sa maîtrise absolue des mers et l’absence de toute « cinquième colonne » active sur son sol l’interdisaient. Le Royaume-Uni et la France ont conquis la presque totalité du globe au XVIIIe et au XIXe siècle selon ce schéma très différent des guerres européennes où les destructions, les morts et les blessés n’épargnaient aucun pays. Désormais, il n’en va plus de même. Certes, la bataille reste toujours inégale. Mais un équilibre de la terreur s’ébauche et les spécialistes parlent de « guerre asymétrique », les uns ayant des avions, des drones et des missiles, les autres maniant Internet, l’explosif et la « kalach ».

mercredi, février 17 2016

Ouverture de la commission d’enquête sur le terrorisme : les questions des victimes

17 02 2016

Rose_dans_impact_de_balle.jpgPourquoi « quand j’allume la télé ou la radio, la seule chose dont j’entends parler, c’est de la déchéance de nationalité ? C’est donc ça la réponse ? », s’est énervé Grégory Reibenberg, déplorant que « face à un problème de moteur, on parle de la couleur de la banquette. »
En d’autres termes, tous ou presque s’en sont pris à la réponse politique apportée par le gouvernement. Après avoir perdu des proches, ou avoir eux-mêmes vu la mort passer de très près, les personnes auditionnées au Palais-Bourbon ont presque tous exprimé leur besoin de « comprendre » le comportement des terroristes, quand Manuel Valls estime, lui, qu’« expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ».
« Je serais le dernier à vouloir excuser celui qui a tué ma fille, mais il faut comprendre ce mécanisme pour pouvoir lutter contre. Il est absolument essentiel d’expliquer ce qui conduit des jeunes Français à prendre les armes contre d’autres jeunes Français », a plaidé Georges Saline, dont la fille a été tuée au Bataclan.

mercredi, janvier 20 2016

Un marché opaque de la déradicalisation est en train d’apparaître en France

20 01 2016

numero_vert_radicalisation.jpgAprès les attentats de janvier et de novembre 2015, la lutte contre la radicalisation islamiste est affichée comme une priorité par le gouvernement. La France prépare la création de plusieurs centres pour accueillir djihadistes de retour de Syrie et jeunes radicalisés, et des programmes de déradicalisation devraient se mettre en place à partir du 25 janvier dans deux quartiers des prisons d’Osny (Val-d’Oise) et Lille-Annœullin (Nord). Pourtant, dans les domaines de la prévention et de la déradicalisation, la France est moins expérimentée que ses voisins européens, argumente le politologue et spécialiste du djihadisme Asiem El Difraoui, coauteur d’une étude comparative sur les modèles allemand, britannique et danois pour le Comité interministériel de la prévention de la délinquance (CIPD).

mardi, janvier 12 2016

Terrorisme: un rapport confidentiel-défense condamnait en 2013 le tout-sécuritaire

12 01 2016

terroriste_daech.jpg« Nous sommes aujourd’hui face à un phénomène de fond auquel les dispositifs en place ne répondent qu’imparfaitement car ils ne prennent en compte qu’une partie de la réponse, uniquement sous l’angle de la répression. » Mediapart publie en intégralité un rapport du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, rédigé en octobre 2013.
Classifié « confidentiel défense », le texte ne semble pas avoir pris une ride deux ans après sa rédaction. Alors que le gouvernement s’est de nouveau engagé depuis les attentats de janvier, puis ceux de novembre 2015, dans une politique exclusivement sécuritaire, Mediapart publie ce rapport sur la « prévention de la radicalisation ». Son contenu, qui tente d’analyser les ressorts de l’embrigadement terroriste et les moyens d’y répondre, tranche singulièrement avec le ton martial de l’époque, véhiculé par le Premier ministre Manuel Valls.

samedi, janvier 2 2016

Terroristes français : une géographie sociale accablante

2 01 2016

immeuble_ou_vivait_merah.jpgFin novembre, le président du CNRS a adressé à tous les chercheurs de France un appel à propositions pour mieux comprendre. Les propositions de recherches complémentaires, qui remonteront de cette consultation, porteront sans doute sur le rôle du wahhabisme dans l’émergence de l’islamisme, sur le suivisme géostratégique européen à l’égard des États-Unis et notre complaisance à l’égard de l’Arabie Saoudite, ou encore sur l’européanisation nécessaire des services de sécurité. Mais, il y a un domaine dans lequel on dispose déjà de toutes les connaissances nécessaires pour mesurer son rôle dans ce terrorisme contemporain : les insuffisances de la cohésion sociale française et les échecs de l’action publique en direction des couches populaires. Cela fait trente ans que les chercheurs ont montré les erreurs de deux de nos politiques publiques : 1) une éducation nationale dont le but stratégique reste de sélectionner l’hyper-élite, celle des grandes écoles, au lieu de se consacrer, prioritairement, aux enfants déclassés ; 2) un urbanisme qui concentre des populations de bas niveau social dans des territoires désormais trop vastes pour pouvoir être améliorés par les seuls élus locaux.

Photo : Libération

samedi, décembre 12 2015

L’Europe de la sécurité en retard sur l’Europe du terrorisme

12 12 2015

BELGIUM-EU-FRANCE-ATTACKS-SECURITYD’importantes mesures ont été prises ou confirmées à Bruxelles lors de la réunion des ministres de l’Intérieur de l'Union européenne le 20 novembre dernier. Citons, par exemple, l’extension du «casier judiciaire européen» (ECRIS) aux ressortissants étrangers, la proposition législative permettant à Europol de faire des recoupements systématiques entre les bases de données européennes, ou bien encore la refonte de la législation sur les armes à feu. Le 18 novembre 2015, la Commission avait présenté à ce sujet une proposition destinée à mieux lutter contre le trafic d’armes.
Il faut également mentionner le « PNR européen », c’est-à-dire la mise en place d'un dispositif de détection des voyageurs à risque lors de vols intra-européens. Une directive a été présentée en ce sens, mais le Parlement européen refuse toujours certaines exigences des ministres, qu’il juge disproportionnées. On retrouve, au niveau européen, le débat liberté/sécurité qui avait déjà cours en France à l’heure de l’examen de la loi sur le renseignement et qui a été relancé par l’instauration de l’état d’urgence.

Photo : theconversation.com

vendredi, décembre 11 2015

Des entreprises françaises et européennes fournissent internet à l'Etat islamique

11 12 2015

Vente_privee.jpgOn le sait, Internet est le canal privilégié de l’État islamique pour diffuser sa propagande soignée et pour embrigader de nouvelles recrues. Mais comment l'organisation terroriste, basée dans des zones de guerre où il ne reste souvent plus grand chose des infrastructures de télécommunication, peut-elle être aussi connectée ? Une enquête du Spiegel révèle que des sociétés européennes fournissent sciemment à l'organisation jihadiste un accès internet via satellite.
Pour se connecter en Syrie ou en Irak, les membres de Daech achètent du matériel à Antioche, une ville située dans une province de Turquie limitrophe de la Syrie, où des milliers de paraboles permettent d'accéder à internet par voie satellitaire (contrairement à notre ADSL, qui est une connexion de type terrestre). Révélation gênante : l'implication du groupe français de satellites Eutelsat (dont la Caisse des Dépôts, bras financier de l’État, est actionnaire).

Photo : 01net.com

mardi, décembre 1 2015

D'une distraction à l'autre

1 12 2015

Le_distrait.jpgLa captation par la temporalité paniquée des éditions spéciales engendre chez le spectateur cet état d'esprit des plus curieux où la réflexion intense le dispute à une sensation permanente d'être complètement abruti et incapable de penser. Cet état ambigu et pénible semble parfaitement témoigner d'une perturbation de notre distraction, entendue comme puissante faculté de se mentir consciemment et collectivement pour préserver une définition arrangeante de soi. En fait, nous savons très bien et très vite ce qu'il se passe. Nous savons bien que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité mènent des vilaines guerres mais habitués à ce qu'elles se déroulent impunément et sans danger pour les habitants de la métropole et une fois proclamé solennellement notre droit à ricaner de caricatures même pas drôles de Mahomet, on n'en veut rien savoir. De même, nous savons bien que nos sociétés génèrent des sujets qui n'ont plus rien à perdre mais on ne veut rien en faire, habitués à ce qu'ils marchent à l'ombre, leur sort dépendant des seules institutions policières et pénitentiaires. L'irruption fracassante de l'hyperviolence dans nos quotidiens immunisés nous fait donc redécouvrir ce que nous savions déjà et nous présente l'addition à payer pour n'avoir pas pris la peine d'en prendre acte.

jeudi, novembre 26 2015

Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste

26 11 2015

Dessin_djihad_ado.jpgLa France en guerre ! Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte.
Le ralliement de ces jeunes à Daech est opportuniste : hier, ils étaient avec Al-Qaida, avant-hier (1995), ils se faisaient sous-traitants du GIA algérien ou pratiquaient, de la Bosnie à l’Afghanistan en passant par la Tchétchénie, leur petit nomadisme du djihad individuel (comme le « gang de Roubaix »). Et demain, ils se battront sous une autre bannière, à moins que la mort en action, l’âge ou la désillusion ne vident leurs rangs comme ce fut le cas de l’ultragauche des années 1970.

Photo : lemonde.fr

mercredi, novembre 25 2015

Guerre, terrorisme et droit d’exception

25 11 2015

Logo_La_vie_des_idees.pngLes attentats de janvier et de novembre soulèvent des questions multiples, notamment du point de vue des relations internationales, et des principes démocratiques. La Vie des idées propose de réfléchir à ces événements à partir de textes publiés autour de ces deux thèmes que sont d’une part la situation au Moyen-Orient et principalement en Syrie et en Irak ; l’instauration de l’état d’urgence et d’une justice d’exception d’autre part. Ce dossier est nourri de textes déjà parus sur notre site, auxquels s’ajouteront de nouveaux textes dans les prochaines semaines.

lundi, novembre 23 2015

Le pouvoir exécutif a enclenché une surenchère sécuritaire irresponsable

23 11 2015

Qui_dit_mieux.jpgPlus que jamais la politique est devenue un spectacle, dont les élus et leurs conseillers sont les acteurs et les journalistes les metteurs en scène. Ce qui a changé au fil des dernières décennies, c’est l’accélération du temps. Désormais, une catastrophe se produit un soir à 21h30, la télévision l’annonce quelques dizaines de minutes après et le président de la République se fait filmer pour une première déclaration avant minuit. L’urgence a pourtant un inconvénient majeur : elle enferme et elle épuise dans son traitement, elle donne l’illusion d’avoir répondu un problème alors que l’on a seulement réagi à chaud, géré plus ou moins bien des émotions. La séquence que nous venons de vivre après les massacres de Paris illustre cette dérive de la façon de faire de la politique de nos jours, d’autant plus que les partis politiques sont actuellement en campagne pour les élections régionales, et que certaines personnes le sont aussi, déjà, pour les futures élections présidentielles. Mais l’événement déclencheur étant d’une gravité inédite, la réaction politique menace elle aussi de devenir une surenchère sécuritaire inédite, contestable tant sur le plan de l’efficacité pratique que sur le plan des valeurs républicaines.

Lire aussi :

samedi, novembre 21 2015

Histoire du Terrorisme, de l'Antiquité à Daech

21 11 2015

histoire_du_terrorisme.jpegNous vivons à l'heure du terrorisme, et nous ignorons son histoire. Pris par la violence des images, la surenchère des menaces, la confusion de l’information « en continu », nous laissons finalement peu de place à la réflexion et à l'analyse. Il est pourtant urgent de chercher à comprendre le phénomène terroriste. Avec le concours de spécialistes internationaux, Gérard Chaliand et Arnaud Blin retracent dans cet ouvrage l'histoire du terrorisme, depuis l'Antiquité jusqu'à ses formes les plus récentes, et nous font comprendre combien la perception du terrorisme a évolué. L'islamisme radical est ainsi replacé dans son contexte historique. Seule cette profondeur de vue peut nous permettre de cerner les enjeux actuels de ce phénomène, dont les effets sont loin d'être épuisés. Les auteurs ont aussi réuni pour ce livre les discours, manifestes et autres textes théoriques des acteurs principaux du terrorisme, de Bakounine à Ben Laden – la plupart inédits en français.

jeudi, novembre 19 2015

Au nom des victimes, la surenchère sécuritaire de politiciens en campagne

19 11 2015

F_Hollande_a_Versailles.jpgA la suite des attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, François Hollande a fait part de sa volonté de modifier la Constitution "pour permettre aux pouvoirs publics d'agir contre le terrorisme de guerre". Ce mercredi, le gouvernement a annoncé les principales mesures du projet de loi de prolongation et de réforme de l'état d'urgence. Les propositions fusent de partout, toutes plus radicales les unes que les autres. Nous sommes entrés dans une surenchère qui dépasse totalement l'urgence de la situation et le soutien que chacun doit apporter aux forces de sécurité dans la traque des assassins. C'est un pouvoir dit de gauche qui en vient à reprendre à son compte des propositions de l'extrême droite qu'il dénonçait il y a encore 8 jours. C'est un pouvoir dit de gauche qui voudrait réformer la Constitution de la Vème République pour un motif sécuritaire, ce qui serait un précédent extrêmement dangereux dont François Hollande porterait la lourde responsabilité historique.

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