transmigrants.jpgTransmigrants et nouveaux étrangers. Hospitalités croisées entre jeunes des quartiers enclavés et nouveaux migrants internationaux, par Alain TARRIUS, Lamia MISSAOUI, Fatima QACHA, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2013.
Les migrants internationaux pauvres ont compris le refus d’hospitalité des nations riches. Un grand nombre d’entre eux – autour de 200 000 annuellement pour la France, 600 000 pour l’Europe – ne se présentent plus à nous comme é-ou immigrants, mais comme transmigrants. En perpétuel mouvement entre nations, ils sont devenus les colporteurs du capitalisme marchand moderne. Qui serait plus qualifié que les transmigrants pauvres pour offrir aux grandes firmes mondiales le vaste marché des pauvres, leur milieu naturellement proche, en passant en Europe, à leurs risques, des produits totalement hors taxes et hors contingentements ?
À la rencontre des pauvres, ils circulent en France dans les quartiers enclavés, accueillis par des jeunes descendants des immigrants des années 60, qui se reconnaissent de moins en moins dans l’histoire collective que la nation leur propose. Le cosmopolitisme né de ces côtoiements engendre, parmi ces jeunes, une nouvelle sorte d’étrangers qui suivent, sur les chemins européens, les transmigrants du poor to poor, et collaborent aux initiatives des nouveaux migrants internationaux en inaugurant des dispositifs sociaux originaux. Pour certains la route entre les nations, dans un contexte de mondialisation et de transformation des migrations, devient une perspective de « sortie par le bas ».



resolution.jpgLa résolution de conflits; Guide d'implantation et de pratiques, par Nina ADMO, Presses de l'Université de Montréal, 2012.
Inspiré des résultats de recherches évaluatives, cet ouvrage est conçu pour favoriser l’implantation d’un service de résolution des conflits et offre des outils d’accompagnement tangibles à la formation de médiateurs. À partir d’observations in situ et d’études de cas, on y explique les fondements de cette activité qui plonge au coeur des relations humaines.
Ce livre s’adresse aux professionnels et à tous ceux que la question de la résolution de conflits intéresse. Les intervenants d’une variété de domaines, entre autres pénal, scolaire ou social, pourront y puiser un savoir fondé autant sur la recherche que la pratique. L’auteure espère ainsi contribuer à la réflexion toujours en ébullition entourant cette pratique complexe et méconnue.

Trafficking_in_Persons_2012.jpgGlobal report on trafficking in persons, United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), 2012.
In 2010, just few months short of the tenth anniversary of the adoption of the Protocol, Member States renewed their commitment to the fight against trafficking in persons when the General Assembly adopted the United Nations Global Plan of Action to Combat Trafficking in Persons (A/RES/64/293). In the framework of the Global Plan of Action, the General Assembly mandated UNODC to publish a Global Report on Trafficking in Persons every two years, starting in 2012.
The Global Report 2012 provides an overview of patterns and flows of trafficking in persons at global, regional and national levels, based on trafficking cases detected between 2007 and 2010 (or more recent). The report also includes a chapter on the worldwide response to trafficking in persons. The Country Profiles of the Global Report present a national level analysis for each of the 132 countries covered by this edition of the report.

Politix_n99.jpg"Différencier les enfants", Politix. Revue des sciences sociales du politique, 2012, n°99.
Ces dernières années, les sciences sociales ont connu un renouvellement des études de l’enfance, en particulier sous l’impulsion de chercheurs défendant le principe d’une « sociologie de l’enfance » (ou de childhood studies), indépendante(s) de la sociologie de l’éducation ou de la famille. S’efforçant d’autonomiser leur objet, les textes issus de ce courant (dont les contours ne sont pas nettement délimités) ont tendance à privilégier dans leurs analyses des pratiques enfantines des dynamiques sociales propres à une « culture enfantine » commune, ou à des « groupes de pairs » fonctionnant comme des micro-communautés. Mais qu’en est-il des mécanismes qui voient rapidement – « dès le plus jeune âge », comme le dit la formule – les enfants se différencier socialement entre eux ? Comment s’opèrent et quels rôles jouent les identifications distinctives (institutionnelles notamment) des divers enfants et groupes d’enfants ? Comment, enfin, les enfants perçoivent-ils eux-mêmes leurs différences ? Anthropologues, démographes, historiens, politistes et sociologues se trouvent ici face à un objet porteur d’interrogations multiples que Politix a souhaité approfondir en déplaçant la focale.

Guide_du_prisonnier.GIFLe guide du prisonnier, par l'Observatoire International des Prisons, La Découverte, 2012.
La France a massivement emprisonné à la fin du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy. En 2011, plus de 88 000 incarcérations ont eu lieu, et la barre des 67 000 personnes détenues a été franchie à plusieurs reprises. Pour chacune d'entre elles, des questions élémentaires se posent : que se passe-t-il à l'arrivée en prison ? Comment obtenir l'autorisation de rendre visite à un proche incarcéré ? Qui peut bénéficier de réductions de peine ? Comment intenter un recours contre l'administration pénitentiaire en cas de préjudice ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles répond ce Guide du prisonnier, dont cette nouvelle édition a été entièrement revisitée suite à l'adoption de la loi pénitentiaire en 2009, puis de ses décrets et circulaires d'application parus jusqu'en 2012.
Destiné aux personnes incarcérées, à leurs proches, aux professions judiciaires, aux intervenants en milieu carcéral et à tout citoyen s'interrogeant sur les droits du prisonnier, ce livre accompagne par un jeu de questions-réponses l'intégralité du parcours d'un détenu, du premier au dernier jour de prison. Les différentes étapes - entrer en prison, vivre en prison, faire respecter ses droits, préparer sa sortie - sont abordées successivement et donnent lieu à une explication claire de la règle de droit, confrontée à son application au quotidien et illustrée par des témoignages, analyses et articles de presse.



hist__ser_sec_fr2.jpgHistoire politique des services secrets français. De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, par Roger FALIGOT, Jean GUISNEL, Rémi KAUFFER, La Découverte, 2012.
Voici un livre exceptionnel : il retrace l'épopée de la DGSE, le service de renseignement français à l'international et des services qui l'ont précédé. Cette centrale d'espionnage et de contre-espionnage est en effet l'héritière d'une longue histoire commencée dans la Résistance contre les nazis. Trajectoire prolongée par le SDECE pendant la guerre froide, la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie, sous la IVe République comme sous les présidences de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing. Puis par la DGSE depuis 1982 sous Mitterrand, Chirac, Sarkozy et maintenant Hollande avec l'émergence du monde éclaté d'aujourd'hui. Une aventure qui court sur sept décennies, de la Seconde Guerre mondiale à l'actuelle gestion par le nouveau pouvoir socialiste.
Pour faire vivre cette histoire des services secrets français, de leurs échecs et de leurs réussites, pour décrire en profondeur leurs relations souvent mouvementées avec le pouvoir politique, les trois meilleurs spécialistes du sujet, Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer, ouvrent leurs fonds d'archives originales accumulées pendant près de quatre décennies. Brossant le portrait des hommes et des femmes des services, ils narrent leurs opérations clandestines sur tous les continents et livrent des dizaines de témoignages inédits.
Nourris de révélations, de récits spectaculaires, de mises en perspective novatrices, de détails techniques, cette somme et son index de près de 6 000 noms constituent dès maintenant une référence sans équivalent.



maintenir_ordre_colonial_couv.inddMaintenir l’ordre colonial. Afrique et Madagascar, XIXe-XXe siècles, sous la direction de Jean-Pierre Bat et Nicolas Courtin, Presses Universitaies de Rennes, 2012.
Polices, justices, armées, renseignements, prisons : chaque dispositif concourt à maintenir l’ordre colonial. L’histoire de l’ordre en situation coloniale ne saurait ainsi être séparée de l’histoire de son maintien tout comme l’histoire de la police de celle de l’armée, de la violence extrême, du droit, de la justice et de la prison. L’étude du maintien de l’ordre dans les colonies contribue d’une part à la mise en perspective du maintien de l’ordre en métropole et d’autre part à la clarification du legs colonial de l’Afrique contemporaine en matière d’ordre.
Basée sur des sources inédites dépouillées par de jeunes historiens, cette recherche novatrice suit l’émergence et les évolutions des formes du colonial policing dans les colonies d’Afrique et de Madagascar aux xixe et xxe siècles, ainsi que l’emploi de méthodes et de techniques sophistiquées de contre-insurrection ou de renseignement. De Madagascar au Soudan britannique, du Cameroun à la Mauritanie, en passant par le Dahomey et la Haute-Volta, ce premier ouvrage du Groupe d’études sur les mondes policiers en Afrique (GEMPA) fait ainsi vivre des corps inconnus ou très mal connus – tels que les méharistes, les gardes indigènes ou les premiers policiers en uniforme. Il éclaire le rôle largement ignoré de services de police et de renseignement – tels que le service spécial des affaires musulmanes et des informations islamiques (SSAMII), le service de sécurité extérieure de la Communauté (SSEC) ou le service de coopération technique internationale de police (SCTIP).



Enfermement_et_discrimination.jpgEnfermement et discrimination. De la structure médico-sociale à l'institution stigmate, par Christophe Dargère, Presses Universitaires de Grenoble, 2012 (préface Claude Javeau).
Autrefois connue sous le nom d’« asile », l’institution médico-sociale enferme des individus que la société ne considère pas comme les autres. Dans quelle mesure cet enfermement est-il porteur de stigmatisation ?
Christophe Dargère part de son expérience dans ces instituts pour nous faire partager ses observations : scènes de violence, discrimination, faits avérés de maltraitance, etc.
Au-delà de la constatation des faits, son travail universitaire le conduit à mener une réflexion sur le ressenti des pensionnaires de ces institutions, et sur la place que nous leur accordons dans notre société. En quoi sont- ils discriminés ? Quel est le degré de souffrance éprouvée ? Dans un langage clair, agréable à lire, Christophe Dargère nous fait partager avec brio l’expérience quotidienne de la vie dans l’enceinte de ces institutions, ce monde parallèle hors du monde, dans lequel vivent des enfants et des adolescents que la société rejette.



livre_expertise_psy.jpgL'expertise psychiatrique. Face à la dangerosité et à la récidive des criminels, par Jean-Claude Archambault, Odile Jacob, 2012.
Au cœur des expertises psychiatriques depuis trente ans, le docteur Jean-Claude Archambault, psychiatre des hôpitaux, nous fait pénétrer dans le monde de la délinquance et du crime.
Le cannibale, la jeune femme infanticide, le malade mental meurtrier qui se prend pour un serpent, le pervers envahi de ses fantaisies imaginatives, le bandit de grand chemin, tous relèvent d’une expertise psychiatrique.
Au cas par cas, l’expert psychiatre apprécie la responsabilité et la dangerosité psychiatrique et, maintenant, évalue le risque de récidive. Mais il existe une crise de confiance du citoyen envers l’expertise et l’institution judiciaire. Comment l’expertise psychiatrique intervient-elle dans le jugement ?
À partir de différentes affaires criminelles, une réflexion utile sur les sujets qui font débat : irresponsabilité pénale, récidive, jugement des malades mentaux…



Histoire_mvt_sociaux.jpgHistoire des mouvements sociaux en France. De 1814 à nos jours, par Michel PIGENET, Danielle TARTAKOWSKY, La découverte, 2012.
Cet ouvrage vient à son heure combler une lacune et relever un défi. Après que l'évanouissement des horizons d'attentes a disqualifié les grands récits qui, jadis, prétendaient donner un sens aux mobilisations collectives, il semble désormais possible et nécessaire d'en entreprendre l'histoire hexagonale. Possible, car les travaux existent qui permettent d'en renouveler l'approche comme d'en explorer des aspects inédits. Nécessaire, parce que, de nouveau, la question sociale, mondialisée dans ses causes et ses manifestations, revient en force sur le devant de la scène publique, en quête d'interprétations, de relais, de connexions et de solutions.
L'histoire développée ici s'attache, du XIXe siècle à nos jours, à tous les types de mouvements sociaux - révolutions, rébellions, émeutes, grèves, campagnes électorales, pétitions, etc. - et quels qu'en soient les acteurs - ouvriers, paysans, jeunes, catholiques, minorités sexuelles, etc. Centrée sur la France, elle n'en ignore pas les interactions coloniales et internationales. Attentive à cerner l'articulation du social avec le politique, le culturel, l'idéologique et le religieux, elle entend réintégrer les mobilisations collectives dans une histoire globale dont elles furent et demeurent des moments essentiels.



cahiers_iau.jpgLa jeunesse, fabrique du futur, Cahiers de l'IAU-IDF, n° 164, Octobre 2012.
Le « jeunisme » de nos sociétés traduit un engouement toujours vif pour la jeunesse, mais son avers reste vivace d’une jeunesse délinquante et dangereuse, affublée du nouveau vocable de « jeunes des banlieues ». Mouvante, protéiforme, transitionnelle, la jeunesse est conditionnée par les contextes sociétaux et les politiques publiques. Il n’existe pas de définition unique de la jeunesse, pas de bornes d’âge certaines, pas plus en France qu’en Europe. Les conditions de vie des jeunes, leurs modes d’insertion sur le marché du travail, leurs pratiques sportives et culturelles sont diverses, en dépit de convergences générationnelles. Après la démocratisation de l’enseignement qui a favorisé l’émergence d’une culture juvénile, l’apparition d’un chômage de masse a profondément altéré le mode de passage à la vie adulte, allongeant le temps de la jeunesse, même si le mouvement semble trouver ses limites. Face à un système économique en crise, la société a institué une précarité propre aux jeunes et s’en remet aux familles, au risque de creuser les inégalités sociales. Si la cohabitation avec les parents se passe dans un climat plutôt serein, la précarité des premiers temps de la vie active, l’enchérissement des logements, les difficultés d’accès à une mobilité autonome, souvent tributaire du permis de conduire en grande couronne, vouent un grand nombre de jeunes Franciliens, davantage les non diplômés ou les peu qualifiés, à l’insécurité économique au moment de gagner leur autonomie.

atlas_migrants.jpgAtlas des migrants en Europe. Géographie critique des politiques migratoires, par le Réseau MIGREUROP, Armand Colin, 2012 (nouvelle éd.).
Chaque année, des milliers de candidats à l’exil fuient leur pays en guerre ou en crise pour rejoindre l’Europe, certains à bord d’embarcations de fortune surchargées et défaillantes. Des centaines d’entre eux n’y parviendront jamais et y laisseront leur vie, par noyade ou épuisement. Face au prétendu « danger » que représentent ces migrants selon nombre de dirigeants, la militarisation des frontières européennes, notamment au sud et à l’est, et le renforcement des contrôles apparaissent aujourd’hui comme les seuls mots d’ordre. Et, en ce début de XXIe siècle, traversé par une crise économique de grande ampleur, la situation ne semble pas près de s’améliorer.
La nouvelle édition de l’Atlas des migrants en Europe propose une évaluation critique des politiques européennes d’asile et d’immigration établies depuis les années 1980 : délivrance problématique des visas « Schengen », délocalisation des contrôles frontaliers dans les pays voisins (Libye, Turquie ou Ukraine), opérations de l’agence européenne Frontex pour intercepter les « indésirables », construction de murs comme en Grèce, multiplication des formes d’enfermement des étrangers, organisation régulière de « charters » pour les expulsions… autant de dispositifs qui dressent toujours plus d’obstacles à l’immigration dans le territoire de l’Union.



livre_stambul.gifIsraël / Palestine : du refus d'être complice à l'engagement, par Pierre Stambul, éditions Acratie, 2012.
Entre Mer Méditerranée et Jourdain, Palestiniens et Israéliens sont en nombre sensiblement égal. Mais les Israéliens possèdent tout : les richesses, la terre, l’eau, les droits politiques. La Palestine est volontairement étranglée et sa société est détruite. L’inégalité est flagrante et institutionnelle. Il faut dire les mots pour décrire ce qui est à l’œuvre : occupation, colonisation, apartheid, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, racisme. La majorité des Israéliens espèrent qu’à terme, les Palestiniens deviendront des indigènes marginalisés incapables de défendre leurs droits. Les gouvernements israéliens s’acharnent à fragmenter la Palestine en des entités aux statuts différents : Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, Palestiniens d’Israël, réfugiés… Comment un État colonialiste peut-il se revendiquer du passé quand les Juifs étaient les parias de l’Europe ? L’idéologie sioniste est au cœur de ce processus. Le sionisme n’est pas seulement militariste, raciste, colonialiste ou pro-impérialiste. Il a contribué à une gigantesque manipulation de l’histoire, de la mémoire et des identités juives. Le sionisme est au départ une idéologie de la séparation proclamant que Juifs et non-juifs ne peuvent pas vivre ensemble. Dans l’État juif, les non-juifs sont des étrangers dans leur propre pays. Il n’y aura pas de paix si on ne la fonde pas sur l’égalité des droits dans tous les domaines. Il n’y aura pas de paix sans une rupture avec le sionisme ou un dépassement de cette idéologie. Le sionisme n’est pas seulement criminel pour les Palestiniens, il est suicidaire pour les Juifs.
L’auteur de ce livre est né en 1950, professeur de mathématiques retraité. Il est juif tout en étant athée et antisioniste. Parents résistants dans la MOI. Mère dont la famille a été exterminée. Père qui fut dans le groupe Manouchian et a été déporté à Buchenwald. C’est au nom de ce judaïsme qu’il milite depuis 2002 dans l’Union Juive Française pour la Paix.

livre_famille_prison.jpgLa famille à l'épreuve de la prison, par Caroline TOURAUT, Presses Universitaires de France, 2012.
Loin de ne concerner que les détenus, la peine d’emprisonnement s’impose aussi à leur famille. C’est la raison pour laquelle on peut parler d’une expérience carcérale élargie. L'enquête menée en France auprès de proches de détenus permet de mesurer l’ampleur des dommages sociaux, économiques, relationnels et identitaires auxquels ils sont confrontés. Loin d’une vision misérabiliste, l'étude rend compte de la capacité plurielle des acteurs à « faire face » à l’épreuve.
Aborder l’incarcération du point de vue des proches de détenus offre un autre regard sur l’institution carcérale et sur ses frontières. Si ce livre interroge la prison, il porte tout autant sur la famille. L’incarcération ne marque pas toujours la fin des histoires conjugales et familiales. Pendant la détention, des liens résistent, se cimentent, ou naissent parfois. Les soutiens et les échanges qui s’observent malgré les murs sont multiples. Cependant, les relations entre les détenus et leurs familles sont aussi empreintes de tensions, de silences, de mensonges et de doutes.



Image_MAUSS_2012.GIF"Sortir de (la) prison. Entre don, abandon et pardon", Revue du M.A.U.S.S., novembre 2012.
Les prisons françaises sont dans un état moral et physique dramatique. Loin de permettre aux délinquants de réparer leur délit en s'en distanciant et en se réparant eux-mêmes pour accéder, à la sortie, à une vie normale, elles renforcent la haine, l'inadaptation et les motivations à une délinquance accrue. La sortie de prison se révèle du coup particulièrement problématique. Comment l'aménager pour qu'elle ne conduise pas à l'effondrement et/ou à la récidive ? Qu'elle ne soit pas un accélérateur de la délinquance ?
Ce numéro entend y répondre, à partir des contributions issues d'un colloque organisé à Caen en février 2012. Mais, au-delà même de la question des modalités souhaitables de la sortie de prison, il convient de se demander comment sortir du régime actuel de l'institution Prison et de son monopole du châtiment légitime, si contre-productif et délétère. C'est en mettant à profit l'éclairage du paradigme du don que l'on explore les possibilités d'une voie moyenne, ne laissant pas les populations carcérales à l'abandon et leur ouvrant la possibilité d'accéder à un pardon qui ne soit pas absolution, mais don d'une potentialité de renouveau. Il n'y a sans doute pas de débat de société plus explosif et plus urgent que celui-ci aujourd'hui.



livre_interrogatoire.jpgLes secrets des interrogatoires et des auditions de police. Traité de tactiques, techniques et stratégies, par Olivier Guéniat et Fabio Benoit, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2012.
Comment un suspect avoue-t-il ? Pourquoi ment-il ? Pourquoi un témoin n’est-il pas toujours fiable ? Comment se comporter face à une victime ? Comment procéder à l’audition d’enfants, d’une personne malade ou enfermée dans le mutisme ? Outre les éléments déterminants récoltés au cours de l’enquête, le principal facteur de réussite d’un entretien de police réside dans le comportement, les connaissances et l’expérience de l’enquêteur. Ce livre présente les tactiques, les techniques et les stratégies permettant d’optimiser les résultats escomptés lors d’interrogatoires et d’auditions. Il propose au lecteur d’acquérir et de maîtriser les principales connaissances requises et d’en mesurer les enjeux. Il expose l’état des lieux, présente les nombreuses situations auxquelles les professionnels peuvent être confrontés et, sur la base d’exemples pratiques et de cas vécus, propose de nombreuses solutions. Un ouvrage de référence complet, sans équivalent en langue française, issu des longues années de pratique et de recherche des auteurs.



polices_empires.inddPolices d’empires. XVIIIe-XIXe siècles, sous la direction de Vincent Denis et Catherine Denys, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Les policiers furent les figures les plus visibles et les plus symboliques de la domination coloniale dont ils formaient le premier maillon. Au contact quotidien des populations, chargés des tâches les plus diverses, sous des dénominations très variables, ils jouaient cependant pleinement leur rôle dans la « mission civilisatrice de l’homme blanc ». Cet ouvrage entend montrer quelle fut leur contribution à l’émergence d’un nouveau mode de gestion colonial des populations, des années 1750 à la veille de la Grande Guerre.
De Buenos Aires à Sydney, en passant par Rio, Montréal, Bombay, Le Cap ou Batavia, du Suriname aux Indes néerlandaises, les contributions réunies ici retracent l’histoire des forces de l’ordre des empires coloniaux européens, l’intense circulation des pratiques, des conceptions policières et des hommes au sein des empires. Loin d’être la projection des structures des polices métropolitaines, les polices des territoires coloniaux ont été des terrains d’expérimentation, sans cesse adaptés aux contraintes matérielles et politiques des sociétés locales. À bien des égards, les colonies furent le laboratoire de la modernité policière, présentée comme une innovation des métropoles du xixe siècle.


qu__estce_que_punir.jpgQu'est-ce que punir ? Du châtiment à l'hypersurveillance, par Tony FERRI, L'Harmattan, 2012.
Qu'est-ce que punir ? Quels sont les traits distinctifs des mesures de placement sous surveillance électronique par rapport au geste classique de l'emprisonnement ? Ce livre jette un pont entre théorie et pratique, recherche fondamentale et expérience professionnelle. Il s'inscrit dans une démarche de pensée libre qui tend à comprendre et à discuter le monde des pénalités d'aujourd'hui. Et ce qu'il dessine n'est autre que l'avènement de l'hypersurveillance.




Sociologie_pratique.jpg"Le collège en question : des professionnels au cœur des tensions", Sociologies Pratiques, 2012, n°25.
Le collège, souvent présenté comme le « nœud sensible » du système scolaire français, suscite aujourd'hui beaucoup d'inquiétudes, de la part des parents soucieux de l'avenir de leurs enfants comme de la nation, sensible à la dynamique concurrentielle des comparaisons internationales. Ce numéro de Sociologies Pratiques se donne pour ambition de traiter trois questions : quels sont les effets des politiques d'éducation sur les pratiques professionnelles ? Assiste-t-on à une nouvelle division professionnelle du travail ? La "forme scolaire" modèle-t-elle les activités périscolaires ? Les contributions rassemblées dans ce numéro consacré au collège s’appuient sur des enquêtes récentes et sont formulées dans un langage clair et accessible. De quoi alimenter le débat alors que se dessine en ce moment les grandes orientations en matière de politique éducative.

1e_couv_crise_sociale.jpgCrise sociale et précarité, sous la direction de José Calderón, Beatriz Cavia, Sabine Fortino et Benjamín Tejerina, éditions Champ social, 2012.
Si un intérêt particulier est porté à l’étude des transformations du rapport au travail et des pratiques du travail des précaires, à l’analyse des marchés de l’emploi, notre regard sur la précarité va au-delà de la seule sphère socio-économique. La question du rapport aux enjeux temporels, aux modèles de consommation, à la culture et aux identités est également développée car ce sont toutes ces dimensions du social et du privé que la précarité impacte désormais, dans un contexte où le fait d’avoir un emploi n’est pas nécessairement synonyme d’intégration sociale.
Une autre singularité de cet ouvrage est d’offrir des regards croisés entre la France et l’Espagne, deux pays frontaliers constituant des modèles sociétaux qui, à bien des égards, se ressemblent et s’opposent tout à la fois. C’est par le nécessaire exercice de la comparaison internationale que nous démarrons cet ouvrage avant de convier le lecteur à une exploration des travaux scientifiques conduits par les contributeurs(trices) français et espagnols de ce livre.
Présentation des contributeurs : Luis Enrique Alonso, Lorenzo Cachón, José Calderón, Juan-Jose Castillo, Beatriz Cavia, Yves Clot, Collectif asplan, Eduardo Crespo, Sabine Fortino, Danièle Linhart, Pablo López Calle, María Martínez, Pascale Molinier, María Paz Martín, Ramón Ramos Torre, Andrés Seguel, Amparo Serrano, Benjamín Tejerina, Teresa Torn.

Tenir.jpgTenir ! Les raisons d'être des travailleurs sociaux, par Jean-François GASPAR, La Découverte, 2012.
En dépit d'une faible reconnaissance scientifique et de rétributions économiques moyennes, le travail social, aujourd'hui accusé de favoriser l'assistanat, continue d'attirer de nouvelles recrues. Venir en aide, insérer socialement, diminuer les souffrances, agir sur leurs causes, sinon changer le monde, restent des objectifs mobilisateurs. Les engagements des travailleurs sociaux sont cependant mis à mal par la restriction des moyens dont ils disposent. Comment expliquer la pérennité des vocations et la persistance des investissements ? Comment font-ils pour tenir ? Tel est l'objet de ce livre, fruit d'une enquête ethnographique de longue durée. Prenant au sérieux les pratiques, même les plus triviales, elle a mis en évidence les différents modes de présentation qu'adoptent les travailleurs sociaux et les registres qu'ils mobilisent pour rendre compte de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. Elle a conduit à dégager trois pôles : les travailleurs sociaux cliniques trouvent leur énergie dans l'atténuation de la souffrance des usagers, les travailleurs sociaux militants dans le travail politique qu'ils entreprennent et les travailleurs sociaux normatifs dans la sensibilisation au respect des règles, perçu comme facteur d'intégration.
Parce que le sens attribué à l'engagement est sans cesse questionné et parce que le désenchantement les guette, le livre montre les ajustements et réajustements qui ponctuent leur carrière et influent sur leurs « raisons d'être ».

APC_34.jpg"Violences sexuelles", Archives de politique criminelle, 2012 n°34.
Sommaire : L'invention des déviances sexuelles. De la violence à la débauche (1825-1914) par F. Chauvaud ; Dignité et violence : les paradoxes de la sexualité par M. Marzano ; Le surinvestissement législatif en matière de violences sexuelles par A. Darsonville-Tamnga ; Preuve et conviction du juge en matière d'agressions sexuelles par F. Desprez ; Le secret professionnel et le signalement de la maltraitance sexuelle. L'option de conscience : un choix éthique par B. Py ; Inceste : incriminer le tabou par L. Leturmy et M. Masse ; Les viols aux assises : regard sur un mouvement de judiciarisation par V. Le Goaziou ; Les femmes soumises à la traite des êtres humains adhèrent-elles à l'exploitation ? Une mauvaise formulation pour un vrai problème : étude réalisée auprès de Nigérianes sexuellement exploitées en France par B. Lavaud-Legendre ; Compréhension psychodynamique et approches thérapeutiques des violences sexuelles par B. Savin ; La prise en charge des délinquants sexuels en milieu fermé par F. Brigant ; La répression par les juridictions pénales internationales des violences sexuelles commises pendant les conflits armés par C. Fourçans ; Les infractions sexuelles en Italie. Problèmes et perspectives par A. Cadoppi ; L'infraction de harcèlement sexuel au regard du principe de légalité des délits et des peines : l'exemple du droit pénal hellénique par I. Rodopoulos ; Contrôle et production des délinquants sexuels aux Etats-Unis. Une introduction critique par J. J. Fischel Viol et consentement en droit français. Réflexions à partir du droit pénal canadien par C. Le Magueresse ; La violence sexuelle : cas symptomatique de l'anachronisme des perceptions juridiques afghane et iranienne par P. Pourzand.



banlieue-change.gifLa banlieue change !, sous la direction de Régis Cortéséro, éditions le Bord de l'eau, 2012 (préface Didier Lapeyronnie).
À l’origine de cet ouvrage, l’interpellation lancée à un groupe de chercheurs par les élus d’un Conseil général, inquiets de l’évolution des quartiers populaires au lendemain des émeutes de novembre/décembre 2005. Quelle signification donner à ces événements ? En quoi interrogent-ils l’action publique à destination des quartiers ?
Aussi tragique soit-il, l’événement racontait une histoire qui le dépassait, celle de la banlieue, de sa place dans les évolutions majeures de la société française ces trente dernières années. Et c’est à reconstruire le fil de cette histoire qu’il appelait.
Cet ouvrage repose sur l’hypothèse que la question sociale seule ne permet plus, aujourd’hui, de rendre compte des logiques de formation des problèmes urbains. Longtemps, la question ouvrière paraissait dominer les autres dimensions des problèmes sociaux, conçus comme de simples effets induits de la sphère économique. Désormais, la question spatiale et la question ethno-raciale viennent s’y surajouter, rendant encore plus puissants et complexes les mécanismes de domination et de formation des inégalités.



indicateurs_richesse.GIFLes nouveaux indicateurs de richesse, par Jean GADREY, Florence JANY-CATRICE, La Découverte, 2012.
La croissance économique, celle du PIB, reste le principal critère de performance des nations, mais c'est un critère de plus en plus contesté. Les auteurs dressent un bilan de cette contestation, mais présentent surtout de nouveaux indicateurs, fondés sur des visions alternatives de la « richesse des nations ». Ces indicateurs s'intéressent, selon les cas, au « développement humain », à la « santé sociale », mais aussi à la soutenabilité écologique. Ils tiennent compte de richesses oubliées comme celles que produit l'activité bénévole ou l'activité domestique, de richesses environnementales en voie d'épuisement ou sacrifiées, ou encore de critères d'inégalités et de pauvreté. Ils pourraient servir de guides à d'autres politiques économiques, sociales et environnementales. Dans cette troisième édition, l'ensemble du texte et des données a été profondément refondu et actualisé. Un nouveau chapitre présente les débats les plus récents, dont ceux qui ont accompagné et suivi les travaux de la « commission Stiglitz-Sen » depuis 2008.


discours_identitaire.jpgLe discours politique identitaire, sous la direction de Fred Hailon, Arnaud Richard et Marion Sandré, E.M.E. éditions, 2012.
Dans des contextes qui incluent les institutions politiques françaises, le discours social ne semble pas faire l’économie des discours ethnicisants ou racialisants. Ce numéro thématique sur le Discours politique identitaire a pour but d’analyser le discours racialisant sous-jacent qui s’institue depuis de nombreuses années dans l’hexagone. La situation n’est pas proprement nationale, toutefois la France semble particulièrement cristalliser les craintes civilisationnelles d’une partie des sociétés européennes. En Italie, en Suisse, aux Pays-Bas, en Suède, en Norvège, en Hongrie, pour citer seulement quelques pays, des crispations identitaires, nourries d’un racisme différentiel, s’instaurent. L’étude du discours raciste dans le discours social français et extra-hexagonal nous paraît plus que jamais d’actualité.
Sur le plan des orientations théoriques, ce numéro emprunte aux méthodes de l’analyse du discours dans ses différents champs et perspectives. Les analyses menées utilisent les outils de l’Analyse du discours à la française, de l’Analyse du discours à l’anglo-saxonne (Critical Discourse Analysis et Discourse Historical Approach), mais aussi de l’Analyse lexicométrique, ou encore de la Sociologie pragmatique, etc. Tous ces courants peuvent coexister lorsqu’il s’agit de mettre le média (télévision, radio, presse papier, presse numérique, sites internet, etc.) sous la coupe analytique, au travers de l’étude de discours, de textes, d’images, mais aussi de termes particuliers ou encore d’enquêtes sociologiques.



Une_jeunesse_differente.gifUne jeunesse différente ? Les valeurs des jeunes Français depuis 30 ans, Sous la direction d’Olivier Galland et de Bernard Roudet, INJEP, La Documentation française, 2012.
L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire publie à la Documentation française un ouvrage de référence pour prendre la mesure des changements intervenus depuis trente ans dans les valeurs et les comportements des jeunes Français. Famille, lien social, attitudes religieuses et politiques, rapports au libéralisme économique, travail/emploi, écologie, ruralité… en 200 pages, ce livre propose un portrait social des jeunes Français, lucide et nuancé, soulignant les convergences entre les générations et les différences selon le niveau d’études, le sexe ou l’origine. Au-delà d’une image souvent simplificatrice (jeunesse éloignée de la valeur travail, dépolitisée…), cet ouvrage invite à une meilleure compréhension des évolutions de notre société souvent initiées par les jeunes eux-mêmes.
Les analyses sont issues d’une grande enquête par questionnaire réalisée à quatre reprises (1981, 1990, 1999 et 2008) sur l’ensemble de la population française. Disposer de 30 ans de recul est rare pour une enquête. L’enquête Valeurs est la seule à poser les mêmes questions sur une aussi longue période, garantissant une qualité sans équivalent des données.



former_des_enseignants.jpgPeut-on encore former des enseignants ?, par Vincent Troger, Pascal Guibert, Armand Colin, 2012.
La formation des enseignants est en crise. Les instituts universitaires de formation des maîtres, créés il y a vingt ans, ont été dilués dans les universités sans qu’un nouveau modèle de formation soit clairement défini. Recrutés au niveau du master, mais presque sans expérience avant l’entrée à plein-temps dans le métier, les nouveaux enseignants connaissent des difficultés qui sont régulièrement relatées par les médias. Dans de nombreuses disciplines de l’enseignement secondaire, l’Éducation nationale doit faire face à un lourd déficit de candidats. Comment en est-on arrivé là ? Peut-on encore former des enseignants ?
Ce livre tente de répondre à ces questions en s’appuyant sur les apports de l’histoire et des sciences sociales. Il montre que la question de la formation des maîtres cristallise l’ensemble des contradictions qui traversent aujourd’hui l’Éducation nationale. À terme, c’est bien l’avenir d’une profession et du service public d’éducation qui est en jeu.


devoirs_maison.jpgLes devoirs à la maison. Mobilisation et désorientation des familles populaires, par Séverine Kakpo, Presses Universitaires de France, 2012.
Le rapport à l’école des familles populaires s’est profondément transformé au cours de ces dernières décennies : gagnées par la montée de la préoccupation scolaire, elles se sont profondément restructurées autour des enjeux scolaires. Ce livre se propose d’éclairer un aspect singulier et encore méconnu de leur investissement pour l’école : leur mobilisation autour des devoirs et des enjeux d’apprentissage.
S’appuyant sur une enquête ethnographique conduite auprès de familles populaires, Séverine Kakpo analyse la manière dont leur foyer se transforme en institution de sous-traitance scolaire mais aussi en institution pédagogique autonome puisque les parents sont bien souvent prescripteurs de travail « en plus ». Si ces familles offrent, sur le plan social, tous les gages de conformité aux attentes de l’école, l’enquête montre toutefois que beaucoup font l’expérience d’une profonde désorientation face aux méandres du cur-riculum scolaire contemporain. Certaines développent en outre des formes actives de résistance pédagogique. Ouvrant la « boîte noire » des pédagogies familiales, l’ouvrage analyse la manière dont les parents réinterprètent le curriculum et met en évidence l’existence de dissonances entre codes scolaires et codes familiaux.


reformer_intercommunalite_couv.inddRéformer l’intercommunalité. Enjeux et controverses autour de la réforme des collectivités territoriales, sous la direction de Rémy Le Saout, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Depuis la fin du xixe siècle, les municipalités françaises coopèrent entre elles sous la forme d’établissements intercommunaux. Ce n’est donc pas le principe de la coopération intercommunale qui fait l’objet de contestations lorsqu’il s’agit d’intervenir sur les dispositifs existants mais son degré d’institutionnalisation et sa finalité : le transfert de la souveraineté communale vers l’échelon communautaire. Autrement dit, les luttes qui structurent les débats relatifs à toutes réformes intercommunales ne portent pas sur le principe même de coopération entre les communes ou entre les intercommunalités mais sur le degré de liberté qui est accordé aux élus et notamment aux maires pour agir dans ces cadres organisationnels renouvelés. Dans ces jeux qui relèvent de luttes pour l’autonomie d’action des maires, les élus locaux interviennent pour contrôler la nature et la force des contraires réglementaires en fonction des rapports qu’ils entretiennent avec le pouvoir mayoral et des conceptions qu’ils s’en font mais aussi des intérêts qu’ils peuvent en dégager. Dès lors, le développement de l’intercommunalité relève d’un ensemble de négociations et de compromis passés entre les élus et les administrations d’État mais aussi entre différents groupes d’acteurs représentants des intérêts différenciés. Si bien que c’est dans un ensemble de configurations et dans les rapports de force qui les structurent que se construit l’institutionnalisation de l’intercommunalité. Celle-ci ne saurait donc s’appréhender comme l’application mécanique du droit. C’est dans cette perspective que s’inscrit cet ouvrage qui prend comme principal terrain d’observation, la loi du 16 décembre 2010 relative à la réforme des collectivités territoriales.


gouverner_capitalisme.jpgGouverner le capitalisme ?, par Isabelle Ferreras, Presses Universitaires de France, 2012.
Le travail salarié ne connaît pas la démocratie. Une fois franchi le seuil de l’entreprise, le citoyen devient un « facteur travail » soumis aux décisions des seuls apporteurs en capital. Pourtant, l’histoire occidentale nous a appris les bases institutionnelles du processus de démocratisation : le système bicaméral. Innovation majeure, il a rendu le gouvernement légitime, raisonnable et intelligent sous la responsabilité conjointe des deux Chambres. Gouverner le capitalisme commencerait donc par mettre en place un « bicamérisme économique » : une Chambre des représentants des apporteurs en capital, une Chambre des représentants des investisseurs en travail, un gouvernement responsable devant les deux Chambres.
À l’heure où le capitalisme mondialisé inflige de lourdes pertes de souveraineté aux États et où les salariés font la dure expérience de la contradiction capitalisme / démocratie, il est temps de penser les conditions d’une souveraineté légitime dans l’entreprise capitaliste.


Livre_kaminski_et_alii.jpgElectronically Monitored Punishment. International and Critical Perspectives, Edited by Mike Nellis, Kristel Beyens, Dan Kaminski, Routledge, 2012.
Electronic monitoring (EM) is a way of supervising offenders in the community whilst they are on bail, serving a community sentence or after release from prison. Various technologies can be used, including voice verification, GPS satellite tracking and – most commonly - the use of radio frequency to monitor house arrest. It originated in the USA in the 1980s and has spread to over 30 countries since then. This book explores the development of EM in a number of countries to give some indication of the diverse ways it has been utilized and of the complex politics which surrounds its use.
A techno-utopian impulse underpins the origins of EM and has remained latent in its subsequent development elsewhere in the world, despite recognition that is it less capable of effecting penal transformations than its champions have hoped. This book devotes substantive chapters to the issues of privatisation, evaluation, offender perspectives and ethics. Whilst normatively more committed to the Swedish model, the book acknowledges that this may not represent the future of EM, whose untrammelled, commercially-driven development could have very alarming consequences for criminal justice.
Both utopian and dystopian hopes have been invested in EM, but research on its impact is ambivalent and fragmented, and EM remains undertheorised, empirically and ethically. This book seeks to redress this by providing academics, policy audiences and practitioners with the intellectual resources to understand and address the challenges which EM poses.



une_uatre_ville.GIFUne autre ville sinon rien, par Elisabeth PÉLEGRIN-GENEL, La Découverte, 2012.
Dans les années 2030, près de 90 % de la population française sera urbaine. Il est urgent de réfléchir à des modes de vie plus économes et plus respectueux de l'environnement et surtout d'expérimenter d'autres formes pour habiter et vivre ensemble. L'auteur propose un étonnant parcours à travers toutes les réalisations, même les plus modestes, réalisées ces dernières années et qui nous permettent de rêver à une autre ville : des maisons de retraite autogérées, des béguinages remis au goût du jour, des immeubles construits directement par des familles qui se sont regroupées, des fermes urbaines sur le toit des immeubles... Après les cités jardins qui voulaient faire la campagne à la ville, les éco-quartiers relèvent le pari. Ce livre aidera tout ceux qui veulent habiter autrement à réfléchir à leur environnement et aux changements à y apporter. Certaines initiatives seront sans lendemain, d'autres deviendront vite banales. Il ne s'agit pas de faire le catalogue exhaustif des récentes innovations architecturales, mais plutôt d'apprendre à déplacer légèrement notre regard sur le quotidien, à sortir des sentiers battus en conservant une bonne dose d'optimisme et d'utopie. Tous ces projets instaurent de nouvelles appropriations et d'autres partages collectifs de l'espace grâce à des dispositifs ingénieux.


image_surbouffe.jpgLa Grande (sur-)Bouffe. Pour en finir avec le gaspillage alimentaire, par Bruno Lhoste, éditions de l'échiquier, 2012 (préface de Tristram Stuart).
En France, tout au long de la chaîne de production, le gaspillage alimentaire représente 260 kg par personne et par an, soit 31 % des 900 kg de nourriture qu’il a fallu produire. À l’échelle de la planète, un tiers des aliments produits pour la consommation humaine sont perdus ou gaspillés depuis le champ jusqu’à l’assiette. Ce qui est jeté en Europe et en Amérique du Nord permettrait de nourrir jusqu’à trois fois le milliard de personnes qui souffrent encore de la faim dans le monde. Ces chiffres sont stupéfiants, et les conséquences de ce gâchis sont innombrables : dilapidation des ressources (terre, eau, énergie), impacts sociaux sur les populations fragiles en France comme dans les pays du Sud, impacts environnementaux...



Agora_62.jpgLes jeunes vulnérables face au système d'aide publique, Agora débats/jeunesses, 2012, n°62.
Ce dossier s’intéresse aux modalités de prise en charge des jeunes vulnérables en France. Dans un contexte de recomposition des Etats-providence et de redéfinition des politiques publiques de protection sociale, les cinq contributions présentées proposent des pistes de réponse aux questions suivantes : comment les politiques locales d’accès aux soins et de lutte contre la précarisation et l’exclusion sociale sont-elles mises en oeuvre ? Quelles sont les modalités d’intervention des professionnels d’aujourd’hui ? Au regard de ces modalités d’intervention, comment les jeunes construisent-ils leur propre parcours ?

livre_monod.jpgQu'est-ce qu'un chef en démocratie ? Politiques du charisme, par Jean-Claude Monod, Seuil, 2012.
La mystique du chef a participé des pires constructions idéologiques du XXe siècle, et la démocratie reste aujourd’hui la forme de pouvoir qui doit s’approcher autant que possible d’un gouvernement du peuple par lui-même. Elle semble pourtant, dans les faits, indissociable de modes de délégation et de représentation, et surtout d’une certaine incarnation temporaire de l’autorité et d’un pôle de décision personnelle. Mieux, la tendance contemporaine à la dépossession des peuples de la capacité de décider de leur sort, au profit d’un pouvoir toujours accru des puissances économiques, donne une actualité nouvelle aux inquiétudes de Max Weber sur l’avènement d’une « démocratie acéphale », peu apte à faire valoir les intérêts des dominés. Mais dans les conditions médiatiques de sélection des leaders politiques que nous connaissons, peut-on penser qu’un renforcement de la démocratie et une défense de la part la plus fragile du peuple passent par l’apparition de personnalités charismatiques, capables de rompre avec les logiques impersonnelles de la bureaucratie et des marchés ?
Ce livre entreprend ainsi d’éclairer la figure problématique ? mais peut-être nécessaire ? d’un chef en démocratie et tente de définir ce que serait un « charisme démocratique ». À rebours des confusions qui veulent faire du dirigeant démocratique un Père, un Maître ou un Savant, il se risque à imaginer une forme originale de « charisme progressiste », que seule la démocratie serait à même de promouvoir.


briseurs_tabous.jpgLes briseurs de tabous. Intellectuels et journalistes « anticonformistes » au service de l'ordre dominant, par Sébastien FONTENELLE, La Découverte, 2012.
Après l'effondrement de l'Empire soviétique, qui privait l'Occident de son si commode épouvantail « communiste », des politiciens « désinhibés » et des publicistes en vue ont libéré dans le débat public français, au nom d'une nécessaire « décomplexion », une parole jusqu'alors cantonnée dans les cénacles de l'extrême droite. Sous le prétexte de briser d'imaginaires « tabous » et d'en finir avec une prétendue « tyrannie de la bien-pensance », ces pseudo-« iconoclastes », dopés par les attentats du 11 septembre 2001, ont banalisé, en la parant souvent de vertus « républicaines », une logorrhée empruntée au vocabulaire traditionnel des xénophobes nationalistes.
Dans cet essai au lance-flammes, mais rigoureusement documenté, Sébastien Fontenelle décortique les stupéfiants amalgames et les incessantes tricheries au fondement de ces discours « anticonformistes » sur l'immigration, la colonisation, les « Arabes » et, surtout, l'islam. Il explique comment ces falsificateurs, alors même qu'ils disposent d'un accès illimité aux médias dominants et que leurs idées sont reprises, à droite comme à gauche, par les plus hauts responsables politiques, se sont fait une spécialité de se poser en « dissidents » d'un système dont ils sont en réalité les premiers garants. En l'espace d'une décennie, dénonçant une imaginaire « pensée unique », ils ont en effet assuré, par un constant truquage de la réalité, la perpétuation d'un vrai conformisme, érigeant le rejet de l'« Autre » (pauvre, étranger, immigré, musulman) en vertu cardinale d'un nouveau « réalisme ».



couv_penser_penalisation.pngImmigration : un régime pénal d’exception, Paris, Gisti, 2012.
Les contributions réunies dans ce deuxième volume de la collection « Penser l’immigration autrement » renvoient à une triple préoccupation : proposer une analyse critique de la condition d’étranger encadrée de façon croissante par le droit pénal et les sanctions afférentes ; dénoncer l’application de réponses de plus en plus punitives aux infractions à la réglementation de l’entrée et du séjour des étrangers ; montrer comment cette double évolution induit une criminalisation de l’ensemble des étrangers et des étrangères.
Ces trois processus sont inextricablement liés, mais les distinguer permet de rendre compte des multiples sphères de la pénalisation de la population étrangère. Elles colonisent ainsi jusqu’aux pratiques les plus intimes, en particulier en matière matrimoniale.
Le « régime pénal d’exception » des étrangers n’est donc ni exceptionnel, ni cantonné à une minorité de la population : son halo et ses répercussions touchent potentiellement chacun·e d’entre nous.
Contributions de : Emmanuel Blanchard, Nicolas Fischer, Claire Saas, Stéphane Maugendre, Patrick Henriot, Jean-Claude Bouvier, Nawel Gafsia, Nathalie Ferré, Laurent Mucchielli, Johanne Vernier, Luca Masera, Serge Slama, Christophe Pouly.

anti_immigres_aux_usa.jpgÀ la poursuite des illégaux. Politiques et mouvements anti-immigrés aux États-Unis, par James Cohen, éditions du Croquant, 2012.
Les États-Unis se flattent d’être un pays forgé par ses immigrés, mais depuis le deuxième mandat de George W. Bush le thème de l’immigration est devenu une source de forte polarisation politique. Face à la présence de plus de 10 millions d’immigrés en situation irrégulière, dont plus de la moitié sont mexicains et 80 % latino-américains, la droite militante s’oppose frontalement à toute mesure de régularisation et prône des politiques nationales ou locales de surveillance renforcée visant à intimider et à éloigner des populations jugées « inassimilables ».
Au Congrès des États-Unis, la polarisation a mené à l’impasse : aucun projet de loi sur l’immigration, même favorable aux intérêts patronaux, n’a vu le jour depuis l’entrée en fonction de Bush. Démocrates et républicains ne se sont entendus que sur la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine. En l’absence de toute loi susceptible de « réparer » un système que tous s’accordent à dénoncer comme « déréglé », certains territoires – l’État frontalier d’Arizona montrant la voie – adoptent leurs propres lois visant à faciliter la poursuite des immigrés en situation irrégulière, sans craindre de promouvoir une forme de profilage racial, de constitutionnalité suspecte, menaçant tous ceux qui « ressemblent » à un immigré irrégulier… Ce livre fournit le contexte sociologique et politique nécessaire pour comprendre les racines de cette crise, à l’échelle nationale mais aussi transnationale, les formes de répression et de stigmatisation qu’elle engendre et les résistances que suscitent les politiques en vigueur.



atlas_tsiganes.jpgAtlas des Tsiganes. Les dessous de la question rom, par Samuel Delépine, Éditions Autrement, 2012.
L’Atlas des Tsiganes entend relever un double défi : d’une part, présenter de manière abordable pour un public large une nébuleuse de populations qui se trouve à la marge des critères classiques de catégorisation statistique et qui, par conséquent, est l’objet de nombreux stéréotypes et généralisations, et, d’autre part, exposer et interroger les politiques auxquelles ces populations sont confrontées dans de nombreux pays européens.
Les publications et les colloques sur les Tsiganes et/ou les Roms sont de plus en plus nombreux en France depuis quelques années. Ce foisonnement illustre le renforcement récent d’un champ de recherche répondant à une importante demande sociale et politique. À cet égard, cet atlas est le bienvenu pour plusieurs raisons. Il permet d’abord de mettre à la disposition du grand public – par une collection désormais connue des éditions Autrement – la connaissance actuelle sur les Tsiganes, même si un tel format n’est pas exempt de manques ou d’imprécisions. Il interroge ensuite de manière répétée le rapport entre les représentations politiques et les catégories scientifiques : corrections, mises en garde, critiques sont récurrentes pour insister tant sur la complexité de l’objet étudié que sur sa méconnaissance.

marcher_pour_s__en_sortir.jpgMarcher pour s'en sortir. Un travail social créatif pour les jeunes en grande difficulté, sous la direction de David LE BRETON, Daniel MARCELLI et Bernard OLLIVIER, Erès, 2012 (Préface de Boris Cyrulnik, Postface de Pierre Joxe).
Comment aider les adolescents à sortir de la délinquance ? « En les transformant en héros, acteurs de leur propre réinsertion », affirme Bernard Ollivier, président de l'association Seuil.
Depuis l'ordonnance de 1945 aux objectifs de solidarité, d'éducation et de protection, qui a fait de la France un modèle en matière de justice des mineurs, les politiques sécuritaires ont gagné du terrain. À chaque poussée de fièvre des jeunes des banlieues, des mesures répressives ont été prises, des murs ont été élevés... Et le constat est amer.
Alors, puisque la méthode du bâton ne fonctionne pas, pourquoi ne pas prendre le pari de l'intelligence, de l'ouverture, de l'avenir ? Prouver le mouvement en marchant. À la suite de l'association belge Oikoten, Seuil innove résolument dans le domaine difficile, douloureux de l'adolescence marginale en proposant, individuellement à des mineurs en grande difficulté, des marches qui se déroulent sur 2 000 km dans un pays étranger, en toutes saisons. Accompagné d'un adulte, chaque jeune se trouve alors devant un vrai défi à relever.
Des spécialistes de l'adolescence mais aussi des acteurs - éducateurs, psychologues et adolescents ayant accompli une marche - analysent cette méthode exigeante et témoignent de cette aventure humaine. Après tout, plutôt que la prison, est-ce que la marche pourrait marcher pour les jeunes en difficulté ?



travailleurs_sociaux.GIFLes travailleurs sociaux, par Bertrand RAVON et Jacques ION, La Découverte, 2012.
Les assistantes sociales, éducateurs spécialisés, animateurs socioculturels se reconnaissent aisément dans cette appellation déjà ancienne de « travailleurs sociaux ». Mais qu'en est-il des nouveaux intervenants, comme par exemple les auxiliaires de vie sociale, les femmes-relais, les médiateurs, les agents de développement social ou les chefs de projet ? Comment devient-on travailleur social ? En quoi consistent les pratiques des travailleurs sociaux ? Visent-elles à apporter une aide socio-éducative à des ayants droit ou à prendre soin de personnes dont les demandes sont de plus en plus individualisées ? Comment évoluent les statuts et les qualifications des travailleurs sociaux dans un temps marqué par l'extension des procédures et de l'évaluation ? Comment font-ils face aux nombreuses contraintes contradictoires, entre le public des « usagers » et l'organisation des gestionnaires ? Cet ouvrage propose à l'occasion de cette huitième édition une analyse profondément renouvelée de la professionnalité des travailleurs sociaux.



le_mouvement_social.GIFDéfendre l'ennemi public, revue Le Mouvement social, septembre 2012.
L'évolution de la vie démocratique dans les pays occidentaux n'a pas fait disparaître la catégorie des militants considérés par la majorité des citoyens comme des « ennemis publics ». Nationalistes, terroristes, brigadistes, en Europe et dans les pays en voie de décolonisation, de l'entre-deux-guerres aux années soixante-dix : tous ont conservé le droit d'être défendus. Ce sont les paradoxes mêmes du mot « défense » qui sont au coeur de la réflexion collective d'où ce numéro est issu, entre la défense comme fonction nécessaire au procès et comme forme de justification ou d'excuse d'une pacte qui a justifié l'inculpation, sans compter l'acception militaire, lorsque sont impliquées des forces armées.
Les enjeux de cette explication rencontrent plusieurs questions importantes des sciences sociales. L'une renvoie à la figure classique du procès politique. On entend ici rapprocher la focale du processus judiciaire lui-même, afin de comprendre comment se combinent rôles judiciaires et enrôlements politiques, stratégies juridiques et enjeux partisans. Une autre question touche à la sociohistoire de la profession d'avocat. Qu'en est-il des effets politiques de la défense de ceux qui s'opposent à l'État libéral et à ses institutions ? Comment se reconfigure alors le rôle des avocats, qu'ils soient eux-mêmes engagés pour la cause portée par leurs clients ou qu'ils ne revendiquent que le rôle nécessaire de défenseur ? Toutes les défenses sont-elles légitimes, et à quel prix ?
On s'interrogera enfin sur ce que le prisme de l'analyse de la sphère judiciaire, et plus particulièrement du rôle des avocats, apporte à la compréhension des mobilisations politiques ou sociales. Dans ces situations de crise, les tribunaux ne sont pas seulement les caisses de résonance de combats extérieurs : leurs professionnels en deviennent les acteurs, volontairement ou non ; les procédures, des adjuvants ou des obstacles ; leurs décisions et leurs verdicts, un des enjeux du combat.



VST_115.jpgIn-éducables, In-curables, In-vivables - Que faire de tous ces z'in ?, VST (Vie Sociale et Traitements) Revue publiée par les Ceméa, 2012, n°115.
Incasables, ingérables, insoignables, inadaptables, ces individus in-fâmes (cf. Foucault), ne sont-ils pas à considérer comme sujets d'une vie psychique autonome et donc alter ego, semblables et différents, dignes et in-altérables ? Et pourtant, dans une société moderne qui renâcle à recréer l'hôpital général, tandis que ses avatars contemporains surgissent dans des institutions prénommées IME, EHPAD, et campements aux fortunes diverses, que faire de nos handicapés, de nos vieux, de nos pauvres ? Et nous, spécialistes du travail social, de la psychiatrie, du lien social, à la fois experts en relégation et en son traitement, où en sommes-nous dans nos pratiques et engagements ordinaires?
Ont participé à ce numéro : Nada ABILLAMA-MASSON - Tiphaine AUBERT - Robert BASTIEN - Jean-jacques BAYER - Agnes BERTOMEU - Michel BILLE - Marie-francoise BONICEL - Francois CHOBEAUX - Biesse DIAKARIDJA SOURA - Joel DUTERTRE - Philippe GABERAN - Mylene GARO - Sarah GATIGNOL - Florise GAUTHROT - Helene GENET - Francois GRISONI - Francois HEBERT - Jacques LADSOUS - Alain LE BOUETTE - Celine LEFORT - Annie LYONNAIS - Daniele OLIVE - Marc OSSORGUINE - Isabelle PERREAULT - Christine PIEUCHOT - Jonathan POUSSIN - Fabienne PRESSARD - Aurelie RENODON - Alain RONDOT - Pierre ROSSET - Georges SAULUS - Jean-jacques SCHALLER - Michel SERGENT - Henri-jacques STIKER - Daniel TERRAL - Jacques TREMINTIN.



mouvements.GIFQui veut la peau de la recherche publique ?, revue Mouvements, 2012, n°71.
Le travail dans la recherche scientifique publique française est profondément bouleversé par les mutations structurelles, opérationnelles et managériales opérées à partir du processus de Bologne et du sommet de Lisbonne sur la « société de connaissance ». Ces bouleversements transforment qualitativement le travail de recherche et produisent des effets tant sur la santé des chercheurs que sur l'objet et la nature de la production scientifique. Nous faisons l'hypothèse que le travail de recherche est au coeur de la relation entre sciences, démocratie et société, et qu'il ne peut y avoir de « sciences citoyennes » sans rouvrir le chantier du travail de la recherche et des « dramatiques de l'activité», ni sans donner la parole à celles et ceux-là mêmes que la mènent sur ce que produit cette activité.



Paradoxes_ecriture-couv.inddLes paradoxes de l’écriture. Sociologie des écrits professionnels dans les institutions d’encadrement, sous la direction de Christel Coton et Laurence Proteau, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
La montée en puissance de la logique gestionnaire dans les administrations publiques confronte les professionnels à la multiplication des procédures d’évaluation et au renforcement de la codification des écrits liés à l’exercice quotidien de leur travail. Militaires, policiers, magistrats, greffières, surveillants pénitentiaires, observateurs européens des lieux d’enfermement, travailleurs sociaux et médecins étudiés ici, tous déplorent cet accroissement des écrits standardisés qui réduit considérablement le temps consacré aux fonctions « nobles » du métier.
La multiplication des procédures d’écriture, passage obligé de la reddition de compte, est d’autant plus condamnée qu’elle touche des professions qui ont un rapport paradoxal à l’écrit. La figure du terne bureaucrate plane comme un stigmate à tenir à distance. Paradoxe en effet puisque ce commis aux écritures tant moqué maîtrise un capital nécessaire non seulement à la réalisation du travail lui-même et à son contrôle, mais aussi à la mobilité des trajectoires professionnelles. L’écriture est de fait centrale dans les carrières. Celui qui n’y a pas accès reste un simple exécutant, alors que celui qui la mobilise conformément aux normes de sa profession possède un atout essentiel dans les luttes de placement.
Grâce à la diversité des terrains mobilisés, cet ouvrage dévoile les paradoxes de l’écriture professionnelle. Outil privilégié du New Public Management, elle reste une ressource essentielle dans la division du travail et dans les stratégies de mobilité et de distinction des professionnels.



policiers_dans_la_ville.jpgPoliciers dans la ville : La construction d'un ordre public à Paris (1854-1914), par Quentin Deluermoz, Publications de la Sorbonne, 2012.
En 1854, Napoléon III importe le modèle londonien de police dans la capitale française. La police de contact, visible et quotidienne (on dirait aujourd'hui de "proximité") s'impose alors pour longtemps dans l'espace parisien. En jouant sur les échelles et les angles d'observation, cet ouvrage entend étudier les mutations d'une relation police-société dans la seconde moitié du XIXe siècle. Entre 1854 et 1914, le sergent de ville, devenu gardien de la paix, s'intègre progressivement dans l'espace social, politique et mental parisien, sans que cela implique bien sûr la fin des confrontations ni celle des débats. S'observe en même temps la lente professionnalisation d'une nouvelle force de police, la mise en place d'un ordre public d'un nouveau type, plus intégré, mais qui produit de nouvelles résistances et mises à l'écart, ainsi que l'émergence d'une perception nouvelle du "quotidien urbain" et de la peur des "apaches". Ce processus concerne peut-être l'ensemble du territoire français, mais il semble trouver une expression particulière, dans ses formes comme dans son intensité, dans la capitale. Le gardien de la paix parisien devient en effet dans la République des années 1900 un symbole, à l'échelle française et internationale, de ce qui est perçu comme une nouvelle et ambiguë "civilisation urbaine".



livre_beatrice_hibou.gifLa bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale, par Béatrice HIBOU, La Découverte, 2012.
Nos sociétés modernes sont victimes d'un envahissement croissant de la vie professionnelle et quotidienne par la bureaucratie. Comment qualifier autrement l'exigence toujours croissante de papiers, fussent-ils numériques ? Et que dire de la confrontation incessante avec des procédures formelles pour avoir accès au crédit ou à un réseau in-formatique, pour louer un logement, noter des banques ou bénéficier de la justice ? Ou encore du besoin de respecter des normes pour que les comptes d'une entreprise soient certifiés ou qu'un légume soit qualifié de biologique ?
Au point de rencontre entre Max Weber et Michel Foucault, Béatrice Hibou analyse les dynamiques politiques sous-jacentes à ce processus. La bureaucratie néolibérale ne doit pas être comprise comme un appareil hiérarchisé propre à l'État, mais comme un ensemble de normes, de règles, de procédures et de formalités (issues du monde de l'entreprise) qui englobent l'ensemble de la société. Elle est un vecteur de discipline et de contrôle, et plus encore de production de l'indifférence sociale et politique. En procédant par le truchement des individus, la bureaucratisation ne vient pas « d'en haut », elle est un processus beaucoup plus large de « participation bureaucratique ». Pourtant, des brèches existent, qui en font un enjeu majeur des luttes politiques à venir.



Image_livre_boucher_malochet.jpgRegards croisés sur la régulation des désordres, Sous la direction de Manuel BOUCHER, Virginie MALOCHET, L'Harmattan, 2012.
La radicalisation de la mondialisation néolibérale, les mutations de l’organisation sociale et économique, l’intensification des rapports de domination, le développement de logiques sécuritaires et la raréfaction d’espaces de conflit institutionnalisés libèrent l’expression de désordres et complexifient le contrôle de ces phénomènes. La compréhension des transformations de la régulation sociale des désordres nécessite alors l’articulation d’analyses relatives aux normes et aux déviances avec celles visant à penser le renouvellement du contrôle social et les modes d’engagement des acteurs chargés de réagir aux turbulences, à la délinquance et aux violences. Dans cette perspective, cet ouvrage collectif interroge la production/régulation/répression des désordres en France ainsi que dans plusieurs autres pays.
Dans la pratique, ce livre traite des acteurs, des politiques et des dispositifs de contrôle et de régulation des désordres. Plus précisément, il se penche sur les réponses apportées par les pouvoirs publics et les autres acteurs professionnels et sociaux pour assurer le bon ordre, éviter les débordements et pacifier les territoires en proie aux « désordres des inégalités » dans des champs multiples (police, justice, immigration, travail social, école, sports collectifs…). En définitive, alors que nous vivons une crise du lien social particulièrement dure et propice au développement de logiques autoritaires, exclusionnaires et conservatrices, cet ouvrage a l’ambition de permettre aux lecteurs, en particulier ceux qui sont concernés, en tant qu’analystes ou praticiens, par les questions de désordres et leur régulation, d’aiguiser leur sens critique et de prendre conscience du sens réel de leurs actes sur des sujets sensibles et très importants pour l’avenir des sociétés démocratiques.



livre_karine_lambert.jpgItinéraires féminins de la déviance. Provence 1750-1850, par Karine LAMBERT, Presses de l'Université de Provence, 2012.
Afin de dépasser la dichotomie traditionnelle entre la femme, éternelle mineure, soumise au pouvoir arbitraire et tyrannique de l’homme et la femme rebelle, nous avons isolé plusieurs parcours féminins au sein des archives judiciaires provençales de 1750 à 1850. Au-delà des actes criminels, et des attitudes déviantes, leurs paroles révèlent leur capacité de résistance, certes parfois ténue, à une gestion normative de leur corps et de leurs identités. De la rue à l’espace domestique, ces femmes tentent d’imprimer leurs désirs, leurs volontés dans leurs rapports aux hommes, aux autres. Les stratégies mises en lumière lors de la procédure judiciaire établissent des brèches dans un rituel social normatif. Ces femmes de peu se jouent des représentations de genre pour s’affirmer sous les regards de leur parenté, de leur communauté d’appartenance et face aux jugements des autorités judiciaires. Leurs discours montrent comment elles rusent avec les assignations et les rôles sociaux de sexe. Elles s’expriment dans la violence et le sang, mais également par le Verbe, indice de leur souffrance et de leur refus du mode habituel du « vivre-ensemble ». Jugées contestataires, elles ne défendent parfois que leur intégrité physique des attentats de la misère, du mépris, de la brutalité. Mais pour tous, leur culpabilité reste intrinsèquement liée à leur sexe. Derrière le caractère exceptionnel de leurs crimes se livrent par bribes le quotidien des rapports entre les sexes ainsi qu’une sociabilité pétrie de tensions et de tentatives d’apaisement, de sentiments amoureux et de déchirures affectives.



la_cassure.GIFLa cassure. L'état du monde 2013, sous la direction de Bertrand BADIE, Dominique VIDAL, La Découverte, 2012.
Du souffle des « printemps arabes » aux mouvements des « Indignés », les sociétés entrent en scène. Tenues à l'écart du jeu politique pendant des décennies, exaspérées par l'austéritééconomique et par le verrouillage des institutions, éreintées par des guerres sans fin qui les affectent de plus en plus, elles réagissent. Au Nord comme au Sud, en dictature comme en démocratie, la circulation accélérée de l'information citoyenne et les capacités renouvelées de mobilisation libèrent la contestation populaire.
Alors que toute médiation politique est désormais suspecte, la force d'inertie des dirigeants peut-elle suffire à laisser passer la tempête sans que leurs habitudes en soient trop bousculées ? Cette cassure sera-t-elle à l'origine de véritables alternatives politiques nationales, régionales et internationales ? Pour prendre la mesure de cette rupture entre le politique et le social, L'état du monde 2013 en expose les manifestations et les retombées en termes économiques, sociaux, environnementaux, culturels ou encore diplomatiques et stratégiques, à travers les approches multiples des meilleurs spécialistes du champ international.
Ce véritable « roman de l'actualité mondiale » révèle, au-delà de l'immédiateté de l'événement, la tonalité des changements à l'oeuvre sur la planète.



risque_inondation.gifFace aux risques d'inondation. Entre prévention et négociation, par Mathilde Gralepois, Paris, éditions Rue d'Ulm, 2012.
L’intégration des inondations dans les politiques locales d’urbanisme fait l’objet de nombreux blocages, analysés par Mathilde Gralepois à travers l’étude des rapports de force entre les services administratifs de l’État et ceux des collectivités locales. La possibilité d’urbaniser dans les zones inondables illustre la prépondérance des outils techniques sur le portage politique et la réflexion démocratique. Pourtant, plus les débats sur les inondations sont restreints aux décisions techniques, plus la sectorisation entre les politiques publiques se renforce au détriment d’une prévention efficace. L’essor des politiques de développement durable permettra-t-il de réconcilier aménagement des territoires et prévention des risques ?



nous_la_cite.GIFNous ... la Cité. "On est partis de rien et on a fait un livre.", par Rachid BEN BELLA, Sylvain ÉRAMBERT, Riadh LAKHÉCHENE, Alexandre PHILIBERT, Joseph PONTHUS, La Découverte, 2012.
Quand quatre jeunes de banlieue se prennent d'écrire leur quotidien avec un de leurs éducateurs , ça envoie du lourd. Entre provocations policières, soirées à tchatcher dans les halls d'immeuble, jugements et appels, embrouilles à la con, boulots foireux, visites en prison, heures d'ennui et éclats de rire, c'est le quotidien d'un quartier populaire comme tant d'autres qui est raconté.
Le quotidien d'une France qui peut exploser à tout moment, qui ne veut pas être un exemple ni un modèle, qui témoigne de la vie, mais aussi de la mort. Un quotidien où l'on enrage plus souvent qu'à son tour, mais où l'on trouve encore la force d'en rire. Un quotidien où des professionnels se démènent pour sauver ce qui peut l'être encore. Où l'on se demande même, par moments, si l'on n'aurait pas plus intérêt à ce que tout pète. Un quotidien que les médias ignorent, que les jeunes taisent parce que trop criant d'être aussi banal que brutal. Un quotidien où la solidarité est à l'oeuvre, où les choses se vivent et s'éprouvent plus qu'elles ne se disent - sauf quand on se décide à prendre son stylo et à écrire, entre rires et larmes, la cité.
Car c'est sans doute des mots que viendront les solutions. La découverte de l'écriture et du pouvoir de ces foutus mots. Face à des flics. Face à des juges. Face à soi-même.



langage_et_societe.PNG"Jeunes et parlers jeunes : des catégories en question", édité par Michelle Auzanneau, Caroline Juillard, Langage et société, n°141/septembre 2012.
Ce numéro discute de l'usage des catégories jeunes et parlers jeunes dans les études sociolinguistiques, en considérant d'une part l'interrelation des constructions sociales et des constructions scientifiques, d’autre part la posture des chercheurs vis-à-vis de ces questions. Il est, en effet, souvent difficile de distinguer dans les travaux ce qui relève des constructions idéologiques relatives à la langue ou à la société et ce qui relève de la construction de l’objet et des catégories d’analyse. Ce flou a comme conséquence d’essentialiser tant la catégorie jeune que les dits parlers jeunes, parfois considérés comme des variétés à part entière. Après une introduction problématisant ces questions, quatre articles en développent ou illustrent divers aspects relativement à des contextes sociaux et sociolinguistiques urbains différents. La diversité de ces contextes mais aussi celle des perspectives d’analyse adoptées par les auteurs permettent de s’interroger sur la pertinence et la signification variable de ces catégories.



MauxEtMotsPrecarite.jpgLes maux et les mots de la précarité et de l’exclusion en France au XXe siècle, sous la direction de André GUESLIN et Henri-Jacques STIKER, L'Harmattan, 2012.
Une douzaine d’historiens et de chercheurs explorent la thématique de l’exclusion à travers les pathologies sociales engendrées par la grande pauvreté, le handicap, la prison, l’immigration, le chômage, l’enfance en difficultés…. Autant de situations génératrices de vulnérabilité et de fragilité pour ceux qui les vivent. Au-delà des données factuelles qui peuvent caractériser ces situations, les auteurs s’attachent à faire valoir les évolutions des « mots », plus ou moins stigmatisants, qui les ont désignées tout au long du XXe siècle. Ils portent également une appréciation sur l’évolution du rôle et de la place des politiques publiques mises en œuvre en France pour les gérer, à défaut de pouvoir les éradiquer.
En réalité, chacun des auteurs mesure à sa manière l’adéquation ou l’hiatus qui peut s’établir entre la perception des problèmes relatifs à la vulnérabilité sociale et la mise en pratique des solutions expérimentées pour y remédier. Or on ne peut « panser » valablement ces « maux » que si on les « pense » correctement. Pour ce faire, ce colloque a eu précisément pour ambition de tenter de les « regarder de l’intérieur », c’est-à-dire en prenant appui sur l’expérience vécue et la pensée des personnes concernées. Car il n’est pas toujours évident de savoir quoi penser avant de savoir quoi faire…par rapport à la sexualité des personnes handicapées, à l’automutilation des personnes en prison, à la stigmatisation des personnes à la rue, aux souffrances psychiques des personnes atteintes de troubles mentaux… ou encore par rapport à l’accès au savoir et à la culture des personnes victimes de la tuberculose, astreintes à de longs séjours en sanatorium… pour ne citer que quelques-unes des situations problématiques évoquées lors de ces journées d’études.



Lutter-contre-le-decrochage-scolaire_medium.jpgLutter contre le décrochage scolaire. Vers une nouvelle action publique régionale, par Guillaume Balas, FOndation Jean Jaurès, 2012.
On connaît la définition consacrée selon laquelle le décrochage scolaire qualifie les sorties précoces des jeunes de plus de seize ans sans diplôme ni qualification du système scolaire. En échouant à en saisir toute la substance (ses causes, ses enjeux et ses conséquences), cette définition reste pourtant incomplète. Elle néglige le caractère dynamique du décrochage et la singularité française face à ses voisins européens : alors qu’entre 1995 et 2009 le taux de scolarisation progressait de 9,3 % pour la moyenne des pays de l’OCDE, il baissait de 89 % à 84 % en France. Rapportés à la population lycéenne de l’ensemble du territoire, ces 5 % d’élèves représentent entre 140 000 et 250 000 jeunes qui, chaque année, quittent le système sans diplôme ni qualification. Processus lent instillé par le doute et la perte de confiance en soi, dus bien souvent à la pression du résultat intrinsèque à notre système éducatif, le décrochage scolaire n’est pas lié qu’à l’école : notion frontière, il est à la lisière entre enseignement et éducation.



Image_livre_travail_public.jpgLe travail dans le secteur public. Entre institutions, organisations et professions, par Bruno MILLY, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Comment rendre compte de l’action au travail en général, dans le secteur public en particulier ? Sur la base d’enquêtes sociologiques empiriques, conduites ces quinze dernières années, auprès de professionnels intervenant en prison, dans les hôpitaux publics et dans les structures de l’ex-ministère de l’équipement, Bruno Milly propose dans cet ouvrage un nouveau modèle d’analyse, interactionniste, croisant trois entrées sociologiques classiques : les institutions, les organisations et les professions. Le concept d’écologie du travail permet d’approcher la complexité de l’activité de travail, aussi bien à l’échelle des expériences individuelles des personnels en exercice qu’à différentes échelles macro-sociales, comme celles des groupes professionnels, des cadres organisationnels, des projets sociétaux. L’analyse propose ainsi un nouvel éclairage sur les transformations récentes de l’intervention étatique et publique en France, observées à partir des points de vue et expériences des professionnels exerçant dans le secteur public.



ESSAI-CONJUGALES.inddViolences conjugales. Rapports de genre, rapports de force, sous la direction de Abdelhafid Hammouche, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Mettant en question les violences au sein du couple, les historiens, sociologues et psychologues réunis dans cet ouvrage éclairent les enjeux et les transitions contemporaines concernant les rapports de genre et leurs complexes recompositions en tenant compte des évolutions du droit, des pouvoirs depuis le xvie siècle, de l’idéal conjugal, des situations migratoires, de l’emprise psychologique.
Il ne s’agit pas de supposer que les couples sont inexorablement condamnés à des affrontements et il convient de se garder du cynisme comme de l’angélisme afin de considérer la dyade comme un lieu de tensions permanentes, plus ou moins vives, plus ou moins exprimées, afin de s’interroger sur la manière dont se forgent des lignes directrices du couple et chacun de ses membres. Cette approche pluridisciplinaire permet de complexifier socialement, d’apprécier dans le temps et de tenir compte de la dimension psychique des rapports de force tels qu’ils se manifestent dans les rapports de genre. Leurs fondements sont ainsi mis en question en approchant la structuration des institutions au principe des rapports sociaux de sexe tant dans la sphère privée (famille, sociabilité) que dans la sphère publique. Les rapports de force ne sont pas toujours manifestes et n’apparaissent pas à tout coup en tant que violence. Ils sont présents sous les formes les plus euphémisées jusqu’aux plus extrêmes avec des meurtres quasiment autorisés. S’ils s’expriment diversement et ne signifient pas non plus les mêmes dominations, ils reposent sur les institutions et sur l’intériorisation des normes.



vivre_ensemble_COUV.inddVivre ensemble dans la diversité culturelle. Europe centrale et orientale après 1989, par Magdalena Dembinska, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Alors que les États nationaux sont confrontés à la diversité culturelle croissante et peinent avec les politiques d’inclusion-exclusion de l’« autre », la recherche des pratiques permettant de vivre ensemble s’impose. Cet essai propose une façon de comprendre les processus intégrateurs dans les sociétés divisées, basée sur l’observation des développements politiques en Europe centrale et orientale depuis 1989. Les changements fréquents de frontières au cours de l’histoire et les déplacements forcés de populations expliquent le « patchwork » ethnique dans la région et les hostilités profondes entre communautés et pays qui se méfient de leurs voisins, se perçoivent comme des victimes et sont perçus comme des bourreaux. De fait, les politiques de (re)construction de l’identité nationale des majorités s’expriment souvent en opposition aux groupes minoritaires. Les tensions qui en découlent se manifestent tant au niveau des institutions, des politiques historiques et linguistiques des États qu’à des niveaux interétatique et local, avec des situations, parfois cocasses et curieuses, de tiraillements entre communautés culturelles pour des noms topographiques et des symboles. L’absence de conflits violents dans ce contexte amène l’auteure à explorer la formation de la « colle » qui tient ensemble les groupes culturels autrement divisés : rapprochement des mémoires collectives, l’élaboration des lois linguistiques et éducationnelles, les formes de représentation politique et le rôle des acteurs externes, dont l’Union européenne. L’exploration des relations ethniques dans la région incite à réfléchir sur la diversité culturelle, ici et ailleurs, et sur l’importance des processus politiques d’essais et d’erreurs pour son intégration.



couverture.inddDe la contestation en Amérique. Approche socio-politique et contreculturelle des sixties, sous la direction de Frédéric Robert, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Les années 1960 aux États-Unis furent une décennie contestataire marquée par l’émergence de nombreux mouvements de transformation sociale sur la scène politique. Les principaux d’entre eux furent les suivants : le Mouvement pour les Droits Civiques, terme générique qui désigne des organisations comme CORE , SC LC, SNCC , BPP, les mouvements féministes du Women’s Liberation Movement, comme NOW, WITCH, SCUM, le Gay Movement avec le GLF ou la GAA, les mouvements étudiants comme le SDS ou le FSM , les principaux mouvements des minorités ethniques, comme les Indiens avec le NIYC, l’AIM, les Mexicains-Américains du Sud-Ouest, les Chicanos, avec l’UFWOC, l’UFWU, l’UMAS, la MAC et les Portoricains du YLP. Tous ces mouvements appartenaient à ce qui fut plus communément appelé le « M ovement » ou la Nouvelle Gauche américaine. Cette dernière occupa la scène politique américaine pendant cette décennie, s’efforçant, dans un premier temps, de réformer la société, essentiellement de 1960 à 1965, avant de passer à une phase révolutionnaire (qui dura jusqu’au début des années 1970) lorsqu’elle se rendit compte que ses actions directes non violentes obtenaient peu de résultats concrets et qu’elles égratignaient relativement peu le bipartisme à l’américaine.



couverture.inddPour une histoire du risque. Québec, France, Belgique, sous la direction de David Niget et Martin Petitclerc, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
L'histoire du risque que propose ce livre déborde largement les notions de statistique, de calcul probabilitaire et de traitement assurantiel des dangers. Si, en effet, le risque a une histoire, le risque est aussi histoire, car il concerne le rapport des sociétés au temps. Tout rapport au risque tente, à partir de l’expérience passée, de saisir un avenir probable pour agir dans le présent. Chaque contexte, chaque époque, chaque territoire, chaque communauté appréhende les dangers selon ses ressources culturelles d’une part, et selon les enjeux politiques, sociaux et économiques qui la traversent d’autre part. Le risque est un fait de culture, refl étant la façon dont la société se représente elle-même, envisage les phénomènes qui la menacent et définit l’altérité qui la borne. Des historiens de tous horizons ont recours, dans ces pages, au concept de risque pour comprendre le passé, pour examiner leur objet de recherche sous un angle différent, qu’il s’agisse d’histoire des sciences et techniques ou du droit, ou d’histoire environnementale, sociale ou politique. Cette démarche commune dévoile des convergences insoupçonnées et permet aux auteurs de renouer avec un problème d’une intelligibilité historique globale, problème crucial qui a pourtant été abandonné par la très grande majorité des historiens au cours des dernières décennies.



Image_livre_rossi.GIFEternit, la fibre tueuse. Le combat pour la justice de Casale, ville martyre de l'amiante, par Giampiero ROSSI, La Découverte, 2012.
Le 13 février 2012, le tribunal de Turin a condamné à seize ans de prison deux magnats de l'amiante. Un verdict historique dans la lutte contre la « fibre tueuse ». Après trente ans de combat, les habitants de la petite ville piémontaise de Casale Monferrato, contaminée par l'usine Eternit, ont fait reconnaître la responsabilité de deux hauts dirigeants de la multinationale belgo-suisse dans l'«épidémie » de cancers de la plèvre et la contamination à grande échelle de toute cette localité.
Comment une modeste ville ouvrière d'Italie a-t-elle pu remporter pareil combat contre un géant industriel ? Et comment une population décimée par les pathologies incurables est-elle parvenue à reprendre espoir et à relever la tête ? Dans un récit poignant et palpitant, émaillé de portraits et d'histoires de vie, le journaliste Giampiero Rossi nous fait vivre la longue bataille politique, judiciaire et médiatique engagée à l'initiative de deux syndicalistes et d'une veuve de l'amiante, soutenus par toute une communauté, pour obtenir la condamnation des responsables, la dépollution de leur ville et la prise en charge des maladies.
Précieux rempart contre la résignation économique et civique, ce livre d'enquête montre comment Casale est devenue une figure de proue du combat mondial pour l'interdiction de l'amiante et le jugement des responsables de la catastrophe sanitaire. Elle donne à ceux qui mènent ce combat en France et dans bien d'autres pays un exemple de ténacité et de courage.



L_enfant_terrible.jpgL'enfant terrible et l'école. Propositions pédagogiques et éducatives, par Bernard Aucouturier, éditions Liber, 2012.
Dans cet ouvrage, Bernard Aucouturier se penche sur les troubles du comportement ainsi que sur les difficultés d’apprentissage scolaire de ces enfants difficiles à vivre dans le cadre scolaire : ils sont en marge de l’école et ont du mal à acquérir leur statut d’élèves. L’observation de ces « enfants terribles » a amené l’auteur, spécialiste de la psychomotricité de l’enfant, d’une part, à envisager les aspects préventifs à la garderie comme à l’école maternelle pour éviter leur refus de l’école ; d’autre part, à proposer des réponses éducatives et pédagogiques ajustées qui pourront être développées par l’enseignant afin que ces enfants « hors normes » trouvent l’éveil et le plaisir d’apprendre à partir de l’expérience et de l’engagement de l’enseignant.
Bernard Aucouturier martèle dans ces pages quelques idées généreuses sur la pédagogie et le maître-éducateur-pédagogue. Ce livre devrait inciter les professionnels de l’enfance à s’interroger sur leurs pratiques pédagogiques. Il s’adresse aux enseignants, aux personnels spécialisés de l’aide à l’enfance, aux psychomotriciens, aux orthophonistes, aux psychologues, ainsi qu’à tous les pédagogues qui réfléchissent sur l’école de demain.



Prevenie_violence_ecole.jpgPrévenir les violences à l'école, par Benoît GALAND, Cécile CARRA, Marie VERHOEVEN, Presses Universitaires de France, 2012.
Si l’inquiétude croissante à propos des violences à l’école témoigne d’une profonde déstabilisation de l’ordre scolaire, elle s’accompagne d’une importante créativité dans les réponses apportées. Le parti pris de cet ouvrage collectif est d’aborder ces questions sous l’angle de ce qui se passe à l’école et dans la classe, plutôt que sous l’angle des difficultés individuelles des élèves. L’objectif est d’interroger le rôle de l’institution scolaire, du fonctionnement des établissements et des équipes, de la pédagogie, des pratiques et des identités professionnelles, dans l’émergence et la régulation des phénomènes de violence. Malgré le sentiment d’urgence, il s’agit aussi de réaffirmer l’importance et l’utilité de l’analyse. Face à des situations fortement chargées émotionnellement, symboliquement et idéologiquement, la recherche peut offrir les outils et le recul nécessaires pour comprendre ce qui se joue et identifier clairement les problèmes. Pour savoir répondre à la question « Que faire ? », il est crucial de répondre clairement à la question « Quel est le problème ? ». C’est ce double défi que cet ouvrage tente de relever.



Quelle_PMI.jpgQuelle PMI demain ? Dans le nouveau paysage de la santé et des collectivités locales, sous la direction de Pierre SUESSER, revue 1001bb, 2012, n°126 (éditions Erès).
Les services départementaux de PMI évoluent dans un contexte institutionnel en pleine mutation : la loi sur les collectivités territoriales interroge leur avenir et leurs futures attributions respectives, la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) reconfigure les politiques publiques de santé et leur coordination. Quelles seront les évolutions dans le domaine des soins préventifs et curatifs de premier recours dans le champ de l'enfance et de la famille ? À la lumière des pratiques et des expériences en PMI et au regard des intentions des politiques et du législateur, l'ouvrage formule les enjeux pour la prévention en direction des enfants, des parents, des futurs parents, quel que soit le nouveau paysage institutionnel. Face à la multiplication des situations de vulnérabilité, aux inégalités de santé toujours plus importantes, il s'agit plus globalement de penser une philosophie du soin, d'approfondir la réflexion sur le lien entre médecine et politique et d'ouvrir de réelles voies de réponse, au-delà des seuls dispositifs, mécanismes financiers, plans et programmes constitutifs d'une technostructure toujours plus complexe.
Avec la participation de : Bernard Basset, Omar Brixi, Michel Chauvière, Jacques Cheymol, Marie-Christine Colombo, Hélène Delmotte, Marina Douzon, Michel Dugnat, Yvan Ferrier, Georges Gontcharoff, Dominique Goriaux, Paul Jacquin, Pierre Lombrail, Alain Lopez, Michelle Mas, Pierre Moisset, Marguerite Moleux, Karine Monsegu, Françoise Schaetzel, Michèle Scheffler, Gérard Schmit, Claire Scotton, Frédéric Worms.



Eleve_humilie.jpgL'élève humilié, par Pierre MERLE, Presses Universitaires de France, 2012.
Le bonnet d’âne a disparu depuis longtemps mais l’humiliation des élèves est toujours présente. Elle a seulement changé de forme. Les élèves en parlent sans détour, parfois avec résignation, parfois avec violence, toujours animés par un sentiment d’injustice.
L’humiliation en classe pose la question des droits des élèves, et le constat est inquiétant : de nombreux règlements intérieurs des collèges et lycées ne sont pas conformes au droit scolaire ou sont particulièrement incomplets. Or, à l’école comme dans la société, les mêmes questions se posent : humiliation ou respect des individus ? violence ou pacte social ? Concurrence ou solidarité ? Individualisme égoïste ou engagement ?
« Pierre Merle n’a choisi ni la caricature, ni les situations extrêmes et, en dépit de la brutalité des faits rapportés, le ton de l’ouvrage est toujours extrêmement pondéré. Ce qui donne à ce livre une force exceptionnelle. » François Dubet.



Domination_scolaire.jpgLa domination scolaire, par Ugo PALHETA, Presses Universitaires de France, 2012.
Le système éducatif a connu des transformations très profondes à partir du milieu des années 1980, en lien avec les politiques visant à mener 80% d’une génération au niveau du baccalauréat. Si s’est accrue la proportion d’enfants des classes populaires accédant aux filières générales et à l’enseignement supérieur, la majorité d’entre eux continue néanmoins d’être orientée, au sortir du collège, vers l’enseignement professionnel. Parent pauvre de la sociologie de l’éducation, cet ordre d’enseignement conduit plus que jamais vers les emplois précarisés d’ouvriers et d’employés, et constitue ainsi un cas privilégié pour étudier, à travers lui, l’évolution de l’emprise de l’institution scolaire sur les jeunes appartenant aux classes populaires, ainsi que les modalités variées et renouvelées selon lesquelles ils s’approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s’opèrent l’orientation des jeunes d’origine populaire vers les régions dominées du champ scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu’ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s’y prennent-ils pour s’approprier leurs destinées scolaires et sociales, et tenter d’échapper à la disqualification sociale ?



Atlas-des-jeunes-en-France.jpgAtlas des jeunes en France. Les 15-30 ans, une génération en marche, par Yaëlle AMSELLEM-MAINGUY et Joaquim TIMOTEO, INJEP/Autrement, 2012 (préface de Cécile Van de Velde).
Aujourd’hui en France, on est jeune à la fois de plus en plus tôt et de plus en plus tard : d’un côté on s’interroge sur l’hypersexualisation et la fréquentation précoce des réseaux sociaux ; de l’autre, sur un soit disant syndrome « Tanguy », dans un contexte de chômage, de précarité et de mise en couple plus tardive. Cet atlas dresse le portrait de la génération des 15-30 ans, plurielle et volontaire et s’appuie sur les données les plus récentes, réunies par deux chargés de recherche de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire/Observatoire de la jeunesse).
La santé, l’éducation, l’emploi et le logement, l’alimentation, l’amour et la sexualité, les loisirs et les addictions, les valeurs et l’engagement politique, sont autant de thèmes analysés dans cet atlas, avec une mise en perspective des différentes jeunesses en Europe.
Au fil de l’analyse se dégage le portrait d’une génération volontaire et responsable, loin de la résignation et de l’apathie souvent évoquées à leur égard. Qu’ils soient contestataires, désenchantés, pro-systèmes ou conformistes, ils revendiquent haut et fort l’appartenance à une génération qui compte se faire entendre et jouer un rôle à part entière dans la société. Malgré les inégalités sociales et territoriales, les conditions d’existence qui se précarisent, malgré les risques sanitaires de l’obésité et de l’alcoolisme, ils entendent ne pas subir leur destin.



24h_chrono.jpg24 heures chrono. Le choix du mal, par Jean-Baptiste JEANGENE VILMER, Presses Universitaires de France, 2012.
En 24 heures toujours, Jack Bauer, agent anti-terroriste, doit faire face aux pires menaces : bombes nu-cléaires, armes biologiques, gaz innervant, guerre mondiale. Dans huit saisons, huit « journées en enfer » sur fond de conspirations au plus haut niveau, ses méthodes sont contestables, son efficacité redoutable. 24 heures chrono est un casse-tête moral qui produit plus d’un dilemme par heure. Une série sur la sécurité nationale, mais surtout une tragédie sur le sacrifice – des autres et de soi. Et une réflexion profonde sur le choix du mal.
Êtes-vous prêt à vous salir les mains ? Quel prix accepteriez-vous de payer pour sauver des milliers de personnes ? Le moment venu, aurez-vous même le temps de vous poser ces questions ? Cet ouvrage le fait pour vous.



maintenir_la_paix.jpgMaintenir la paix en zones post-conflit. Les nouveaux visages de la police, sous la direction de Samuel Tanner et Benoit Dupont, Presses de l'Université de Montréal, 2012.
Dans un monde où les opérations policières de paix se substituent graduellement aux opérations exclusivement militaires, à quels défis organisationnels les services de police contributeurs et les sociétés hôtes sont-ils confrontés ? Quelles sont les motivations institutionnelles et individuelles à participer à de telles opérations ? Quels liens unissent les contingents internationaux aux polices locales et aux autres acteurs du maintien de la paix ?
À partir d'études de terrain réalisées dans des contextes variés (Balkans, Afghanistan, Haïti, Timor-Leste...), des chercheurs provenant de disciplines aussi diverses que la science politique, la sociologie, la criminologie ou le droit esquissent les grandes lignes d'un champ de recherche dédié aux opérations de maintien de la paix et aux processus complexes qui permettent à des sociétés divisées de se réconcilier et de rétablir des institutions policières légitimes.



PUR-ESSAI-A GENOU-04.inddÀ genou les hommes, debout les officiers. La socialisation des Saint-Cyriens, par Claude WEBER, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Qui sont les Saints-Cyriens ? Comment se déroule la formation militaire, académique et humaine des futurs officiers de l’armée de Terre ? Comment, à partir d’un ensemble d’individus, naît une promotion ? Que revêtent les traditions saint-cyriennes et comment se transmettent-t-elles de génération en génération d’élèves ?
Pour la première fois, un chercheur a suivi, sans restriction, une promotion de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Dans ce livre, Claude Weber nous fait partager ses trois années d’observations et nous fait pénétrer au sein de cette prestigieuse institution créée par Napoléon il y a plus de deux cents ans. Des activités d’instructions au fond des landes bretonnes jusqu’aux forêts inhospitalières de Guyane, l’auteur nous donne à voir le quotidien des élèves et de leurs cadres et formateurs. Ce travail inédit sur la socialisation s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux questions de Défense (élèves, cadres militaires et civils, qui sont passés par Saint-Cyr ou s’y destinent), et plus largement, aux chercheurs, étudiants et enseignants en sciences sociales.



9782707172723.GIFAntisémitisme : l'intolérable chantage, par COLLECTIF, La Découverte, 2012.
« Lorsque Sharon est venu en France, je lui ai dit qu'il doit absolument mettre en place un ministère de la Propagande, comme Goebbels. » La déclaration à un grand quotidien israélien de Roger Cukierman en septembre 2001 fait froid dans le dos. Ce livre est né de l'effroi devant le soutien croissant apporté au gouvernement israélien par une partie de la communauté juive et de ses représentants et par de nombreux intellectuels français, juifs ou non. Effroi aussi devant l'utilisation de plus en plus systématique du thème de la « nouvelle judéophobie », pour disqualifier toute critique de la politique militaire et coloniale menée par le gouvernement d'Ariel Sharon. Effroi plus général enfin devant la voie suicidaire empruntée par la société et les gouvernements israéliens et ses répercussions sur une partie de la communauté juive de France. Aujourd'hui, les militants de gauche, en particulier ceux qui militent pour une paix juste au Proche-Orient, sont ainsi confrontés à une inacceptable logique du soupçon et à un intolérable chantage à l'antisémitisme. C'est à cette logique que certains d'entre eux ont souhaité répondre ici, en démontant les mécanismes de ce chantage, en rappelant leurs engagements et leur condamnation des actes antisémites commis en France, et en réaffirmant leur droit à critiquer Israël.

Penser_la_violence_des_femmes.GIFPenser la violence des femmes, sous la direction de Coline CARDI et Geneviève PRUVOST, La Découverte, 2012.
Tueuses, ogresses, sorcières, pédophiles, hystériques, criminelles, délinquantes, furies, terroristes, kamikazes, cheffes de gang, lécheuses de guillotine, soldates, policières, diablesses, révolutionnaires, harpies, émeutières, pétroleuses, viragos, guerrières, Amazones, boxeuses, génocidaires, maricides... Qu'y a-t-il de commun entre toutes ces figures ? Pour le comprendre, il importe d'exhumer, de dénaturaliser, d'historiciser et de politiser la violence des femmes. Telle est l'ambition de cet ouvrage qui propose une approche pluridisciplinaire sur un sujet trop longtemps ignoré des sciences sociales.
Cette somme inédite, réunissant des études historiques, anthropologiques, sociologiques, linguistiques et littéraires, révèle combien la violence des femmes est au coeur d'enjeux d'ordre à la fois politique et épistémologique. Penser la violence des femmes, c'est en faire un véritable levier pour considérer autrement la différence des sexes, la violence et, par-delà, l'ordre social.

Image_livre_harmattan.jpgInsertion et désistance des personnes placées sous main de justice. Savoirs et pratiques, Sous la direction de Paul MBANZOULOU, Martine HERZOG-EVANS et Sylvie COURTINE, l’Harmattan, 2012.
La notion d’insertion est polysémique, elle produit à la fois du sens et de l’action. Elle recouvre un ensemble plus ou moins hétéroclite de pratiques, de procédures, de mesures et de dispositifs. Elle structure aujourd’hui la lecture de la question sociale dans une perspective de gestion des risques. Son ambiguïté s’accentue lorsqu’elle se pose dans le cadre de l’exécution des peines. Positionnée dans la majeure partie des pays européens comme l’une des deux missions centrales des acteurs pénitentiaires, elle hérite non seulement des paradoxes de l’action sociale ordinaire, mais se complexifie considérablement dans ce contexte qui introduit d’autres questions majeures, comme la nécessité de permettre à la personne détenue de mener une vie responsable à l’issue de sa peine et de prévenir la commission de nouvelles infractions.
Comment atteindre ces nouvelles finalités, sachant que les raisons qui conduisent une personne à abandonner l’agir criminel (désistance) résultent à la fois d’un choix personnel, d’un accompagnement de qualité, d’un concours de circonstances et d’un parcours singulier ? Comment rendre compatible l’exécution d’une peine avec la mise en place d’une dynamique positive d’insertion ou de réinsertion ? Comment faire côtoyer harmonieusement et avec pertinence contrôles et accompagnement social ? Quelles méthodes d’évaluation et de suivi marchent ou ne marchent pas dans le cadre de la probation ?



Image_sexe_et_normes.pngSexe et normes, sous la direction de Christophe Adam, Dominique De Fraene, Philippe Mary, Carla Nagels et Sybille Smeets, Bruxelles, Bruylant, 2012.
En une vingtaine d’années, la délinquance dite «sexuelle» s’est retrouvée au cœur des discours et pratiques de politique criminelle dans la plupart des pays occidentaux. Pas plus que les autres formes de délinquance, il ne s’agit d’une catégorie naturelle qui s’imposerait aux législateurs ou aux différents agents du système de justice pénale. Au contraire, c’est bien d’une construction sociale dont il s’agit et c’est à cette construction que s’intéressent les contributions du présent ouvrage : comment le système de justice pénale traite du sexe et des sexualités comme objets ? Dans quelle mesure, par quels biais et avec quels effets, cette «explosion discursive» structure les mouvements de criminalisation dans nos sociétés modernes ?
Cet ouvrage ambitionne donc d’examiner sous un angle critique les modes de fabrication des différents registres normatifs ou de régulation et, pour ce faire, de couvrir les discours et pratiques multiples et volubiles partant de l’élaboration des normes jusqu’aux modalités concrètes du traitement des personnes reconnues comme déviantes.



DJ99_large.jpgPunir les crimes de masse. Entreprise criminelle commune ou co-action ?, Sous la direction de Olivier de Frouville, Anthémis, 2012.
En 1999, la Chambre d’appel du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie a établi, dans son célèbre arrêt Tadic, l’existence en droit international coutumier de la doctrine de l’entreprise criminelle commune (E.C.C. ou Joint Criminal Enterprise en anglais – JCE) en tant que forme de responsabilité pénale individuelle. Cette doctrine a fait l’objet de nombreuses critiques et s’est même vue opposer une théorie alternative : celle de la co-action, adoptée par les Chambres préliminaires I et III de la Cour pénale internationale. La journée d’étude qui fait l’objet du présent ouvrage avait pour objectif, avec l’aide des meilleurs spécialistes, de faire le point sur ces doctrines aujourd’hui concurrentes : il s’agissait d’en comprendre les soubassements théoriques, d’en évaluer la cohérence interne et externe (vis-à-vis d’autres normes, comme celles relatives aux droits de la défense) et l’efficacité au titre du but poursuivi (punir les auteurs de crimes de masse, quelle que soit leur place dans la hiérarchie).



_cfimg4775379056420893268.PNGMal faire, dire vrai. Fonction de l'aveu en justice - cours de Louvain, 1981, par Michel FOUCAULT, Presses Universitaires de Louvain, 2012 (Édité par Fabienne BRION, Bernard E. HARCOURT).
Aux mois d'avril et de mai 1981, Michel Foucault prononce un cours qu'il intitule Mal faire, dire vrai. Fonction de l'aveu en justice. Il y poursuit l'élaboration de la notion de gouvernement par la vérité, introduite en janvier 1979 dans La naissance de la biopolitique puis reprise en janvier 1980 dans Le gouvernement des vivants pour donner un contenu positif et différencié à la notion de savoir-pouvoir et opérer par rapport à celle d'idéologie dominante un second déplacement.
Le cours est la trace d'un engagement militant : le fruit de l'alliance nouée avec des juristes radicaux, sous l'égide de l’École de criminologie de l’Université catholique de Louvain, à l’occasion d’un projet de révision du code pénal en vigueur en Belgique. Adressé à un public de juristes et de criminologues, il replace l’analyse du développement de l’aveu pénal dans l’histoire plus générale des technologies du sujet et examine diverses techniques par lesquelles l’individu est amené, soit par lui-même, soit avec l’aide ou sous la direction d’un autre, à se transformer et à modifier son rapport à soi. D’entrée de jeu, Michel Foucault annonce que le problème qui l’occupe a deux aspects. Politique : « savoir comment l’individu se trouve lié, et accepte de se lier au pouvoir qui s’exerce sur lui ». Philosophique : « savoir comment les sujets sont effectivement liés dans et par les formes de véridiction où ils s’engagent ».
Ainsi conçues, les leçons peuvent se lire comme une suite donnée à Surveiller et punir ou comme une première esquisse de l’analyse de la parrêsia et des formes alêthurgiques développée dans Le courage de la vérité.



41FXFaNEF4L._SL500_AA300_.jpgThe Republic and the Riots, par Matthew MORAN, publisher; Peter Lang, 2012.
In 2005, the deaths of two teenagers in Clichy-sous-Bois provoked three weeks of rioting in French banlieues. Cars were burned, buildings were damaged and young people clashed with the police in unprecedented scenes of violence. The government declared a state of emergency as the riots spread across France. Two years later, the French public were met with familiar images when riots broke out in the Parisian suburb of Villiers-le-Bel. What were the underlying causes of these episodes of extreme violence? What did the riots signify? What do they tell us about French society? This book takes the reader inside the world of the banlieues and explores the nature and causes of the riots. Drawing on qualitative fieldwork conducted in Villiers-le-Bel, the author offers a unique insight into the motivating factors behind the violence. On a larger scale, the book examines the relationship between the underprivileged suburbs and the French republican model. The author explores a triad of interconnections: between republican ideals and the reality of daily life in the banlieues; between national projections of unity and localized realities of disunity; and between figures of authority and ordinary citizens.



Image_etat_des_lieux.jpgDavid DESALEUX, Julien LANGUMIER et Emmanuel MARTINAIS, État des lieux, les lieux de l'État. Une fonction publique dans la tourmente, éditions LIbel, 2012.
« Avant dans toutes les grandes révolutions administratives, il y avait des héros, des convaincus, qui défendaient un projet, une vision, des principes. Là, non (…) Le seul projet, c’est moins de fonctionnaires. »

État des lieux, les lieux de l’État est une proposition de récit photographique et sociologique, dans les locaux de l’ancienne DDE de Lyon. Confrontées au témoignages des fonctionnaires, les images rendent enfin visibles les bouleversements induits par la réforme de l’État et de ses administrations. L’occasion, rare, de découvrir la déstabilisation d’un collectif de travail dédié au service public et de poser la question de sa disparition.

couvprocur-okp1.jpgDominique PINSON, Monsieur le Procureur, J'ai l'honneur... Réflexion sur les mineurs délinquants, éditions Les 2 encres, 2012.
Il est courant d’entendre des discours dénonçant une forte proportion de mineurs délinquants largement impunis par une justice laxiste. La réalité est tout autre : sur les 13,5 millions d’enfants et d’adolescents qui grandissent sans problèmes majeurs, 76 164 d’entre eux ont été présentés devant un juge pour enfants en 2009, soit 0,5 % de toute une génération. Et le taux de réponse pénale, pour les mineurs, s’élevait la même année à 93 %.
Au-delà des chiffres bruts, il y a ce que vit Dominique Pinson au quotidien. Cet éducateur spécialisé, qui a travaillé pendant quinze ans dans une association de protection de l’enfance, exerce depuis 2003 dans un service de traitement de la délinquance des mineurs. Le précieux témoignage qu’il nous livre ici permet de décrire avec précision l’une des mesures phare de la troisième voie pénale (entre poursuite judiciaire et classement sans suite) qu’il fait appliquer : la réparation pénale.
La réparation pénale est efficace : 80 % des jeunes concernés ne récidivent pas. Ce succès tient à plusieurs raisons. D’abord, bien sûr, cette implication personnalisée demandée à l’auteur qui favorise sa prise de conscience ainsi que sa compréhension de la nuisance commise. Mais c’est aussi la futilité de certains actes que le principe de tolérance zéro contraint à être néanmoins traités par cette procédure, alors qu’ils auraient pu être réglés par les familles ou les institutions traditionnelles.

Dialogue_196.jpgFratrie, cultures et dispositifs de soin, revue DIALOGUE. Recherches sur le couple et la famille, 2012, n°196.
La fratrie a été longtemps ignorée et méconnue au point qu'on pourrait douter de son importance dans la vie du sujet, pourtant son aventure se perpétue dans la parentalité et jusque dans le grand âge, ceci dans toutes les cultures. Au niveau interculturel, elle n'est quasi pas traitée alors que le rang dans la fratrie, le sexe du sujet, la fratrie consanguine et symbolique... organisent les relations parents-enfants et les relations fraternelles à tous les âges de la vie.
Si le lien fraternel peut être une ressource, il peut également être à l'origine de souffrances et des traumatismes peuvent avoir une répercussion sur les liens que les enfants entretiennent entre eux. Ce numéro aborde cette question en la replaçant dans le cadre culturel qui donne force et sens à ce qui se vit entre enfants. Il porte spécifiquement sur les dispositifs de soins existant, à créer, à faire évoluer concernant le groupe fratrie ou le sujet ayant une problématique fraternelle, ceci en mettant en tension et en débat ce que l'étude des différentes approches des soins dans des cultures diverses nous apprend..



Image_livre_enfermements.gifEnfermements. Populations, Espaces, Temps, Processus, Politiques, sous la direction de Pierre V. TOURNIER, L'Harmattan, 2012 (préface de Serge Blisko).
Les objectifs de l'enfermement, hier comme aujourd'hui, en démocratie comme en dictature, sont complexes et ambigus : entre inclusion et exclusion, ordre et insertion, soin et sanction. La dignité des personnes peut être mise en cause, leurs droits fondamentaux non-respectés, leur état, physique et mental, menacé. Ce livre prend en compte la diversité des lieux de privation de liberté et apporte un regard pluridisciplinaire sur les questions liées à l'enfermement.



Image_technocrime.jpgTechnocrime: Policing and Surveillance, sous la direction de Stéphane LEMAN-LANGLOIS, Routledge, 2012.
The growth of technology allows us to imagine entirely new ways of committing, combating and thinking about criminality, criminals, police, courts, victims and citizens. Technology offers not only new tools for committing and fighting crime, but new ways to look for, unveil, label crimes and new ways to know, watch, prosecute and punish criminals. This book attempts to disentangle the realities, the myths, the politics, the theories and the practices of our new, technology-assisted, era of crime and policing.
Technocrime, policing and surveillance explores new areas of technocrime and technopolicing, such as credit card fraud, the use of DNA and fingerprint databases, the work of media in creating new crimes and new criminals, as well as the "proper" way of doing policing, and the everyday work of police investigators and intelligence officers, as seen through their own eyes. These chapters offer new avenues for studying technology, crime and control, through innovative social science methodologies.



Image_livre_sanguinetti.gifLa violence en Corse. XIXe- XXe siècles, par Sampiero SANGUINETTI, éditions Albiana, 2012.
L’actualité mais aussi l’histoire semblent dénoncer un état de violence hors du commun dans cette petite île de Méditerranée que d’aucuns voudraient parfois assimiler à ses sœurs et voisines italiennes (Sicile et Sardaigne). La question qui empoisonne la société corse, et au-delà ses rapports avec le monde qui l’entoure, est d’une gravité telle que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’elle soit l’objet d’études fournies, sérieuses, s’éloignant des catalogues mortifères de criminels patentés et de leurs sinistres méfaits. À l’instar d’une justice qui peinerait à démasquer les coupables et à les punir, les chercheurs et autres journalistes spécialisés sont restés en deçà de leurs ambitions affichées.
L’auteur, à qui la question avait été posée de la présence d’une mafia en Corse, a voulu en avoir le cœur net et s’est plongé dans la masse de données chiffrées disponibles. Il a tenté de retrouver les lignes de force qui donnent du sens à ces chiffres qui, seuls, peuvent à un moment donné permettre d’envisager une analyse qui s’éloigne un tant soit peu des images d’Épinal — bandits, proxénètes, truands — et de leur revers : la dénégation des faits.
Le présent essai propose donc quelques pistes de réflexion dans ce débat particulièrement sensible et déterminant pour l’avenir de l’île.

  • A signaler aussi : Gérard Lenclud, En Corse. Une société en mosaïque (Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2012).



couv169.jpg"La pression évaluatrice. Quelle place pour les plus faibles ?", Diversité, 2012, n°169.
évaluation a envahi tous les champs des politiques publiques, et l’éducation ne saurait faire exception. Outil indispensable dans l’élaboration des actions, comme dans la mesure de leurs effets, elle est pensée et présentée comme un rouage essentiel de l’amélioration, de la régulation et du progrès. Tous devraient s’y retrouver en toute transparence, y compris les premiers concernés, les élèves. On devrait ainsi pouvoir, comme nous y invitent l’emblématique Loi organique relative aux lois de finance (LOLF) de 2001 et son corollaire, la Révision générale des politiques publiques (RGPP) mise en oeuvre en 2007, tout savoir, tout contrôler, tout prévoir. Car l’évaluation est devenue au fil des années omniprésente dans le débat public et, dans certains cas, omnisciente, flottant à la fois comme une menace et un recours. Cependant l’ensemble des observateurs s’accordent pour constater que cette raison évaluatrice résiste mal à la rugosité du terrain; ou plutôt la réalité, dans sa complexité, avec sa part de subjectivité et ses contradictions, induit immanquablement des biais, parfois inattendus, pouvant rendre les évaluations et l’interprétation des résultats périlleuses ou tout du moins difficilement opérationnelles.

Image_politix_98.png"Politiques scolaires", coordonné par Frédéric Sawicki, Politix. Revue des sciences sociales du politique, 2012, n°98.
Ce numéro de Politix est né d’un triple constat : celui du long désintérêt de la science politique française pour les politiques et les institutions scolaires, si l’on désigne par là les programmes d’actions publiques et les modes et instruments de gouvernement et d’administration qui concernent l’enseignement primaire et secondaire ; celui de la monopolisation corrélative de ce domaine, d’une part par des experts (statisticiens, hauts fonctionnaires, universitaires ayant occupé d’importantes responsabilités administratives dans l’Éducation nationale…) préoccupés avant tout d’évaluation, d’autre part par des sociologues, des économistes et des spécialistes de sciences de l’éducation qui, en partie par tropisme disciplinaire, tendent à privilégier l’analyse des effets des politiques publiques au détriment de leur conception et de leur légitimation ; celui enfin, de l’émergence récente d’une génération de politistes et de sociologues qui a entrepris de compléter les approches centrées sur les établissements et les usagers de l’École par une investigation des acteurs et des instances gouvernementaux, nationaux et internationaux, qui élaborent et légitiment les grandes orientations et les nouveaux instruments des politiques scolaires et éducatives.



Choc-idees-couv-video-165x250.jpgVidéo-surveillance ou vidéo-protection ?, par Anne-Cécile Douillet, Éric Heilmann, Jérôme Dallaserra, Philippe Melchior, Séverine Germain, Le Muscadier, 2012.
Objectif fixé par le gouvernement français : 60.000 caméras à la fin 2012. Si ce chiffre n’a aucune chance d’être atteint, force est de constater que les dispositifs de vidéosurveillance se sont multipliés ces dernières années. Mais est-ce vraiment un problème ? Ne s’agit-il pas au contraire d’une opportunité pour améliorer notre sécurité ? Telle est la vision de certains. Pour d’autres, les bénéfices ne sont pas avérés, et les effets négatifs pourraient même être dominants. Plongé au cœur de cette opposition, le lecteur pourra juger de la pertinence économique, sociale et éthique de ces dispositifs.
La collection «Le choc des idées» propose un panorama inédit sur une question donnée, en apportant les informations essentielles, mais surtout en confrontant les grandes positions antagonistes. L’introduction, rédigée par un spécialiste impartial du sujet, apporte au lecteur le bagage minimum pour lui permettre d’aborder ensuite facilement l’argumentation développée par les parties opposées.



La France en mutation_PBPUne France en mutation. Globalisation, Etat, individus, par Michel KOKOREFF et Jacques RODRIGUEZ, Payot, 2012 (réédition).

Voici l'un des rares ouvrages de sociologie à proposer une lecture globale de la société française et de la profonde mutation qui pourrait bien la façonner pour les décennies à venir. Les rapports entre les individus et l'Etat, les fractures sociales et ethniques, la mondialisation, mais aussi le déclassement social, la famille, le travail, ou encore l'école, sont éclairés d'un jour nouveau. Avec, au centre, la question de l'incertitude, qui semble être devenue le pivot d'une société reposant moins sur la distribution des bénéfices que sur le partage des risques et des responsabilités.




ShowJacket.asp.jpgGlobalization, Fear and Insecurity. The Challenges for Cities North and South, par Sophie BODY-GENDROT, Palgrave Macmillan, 2012.
Fear has always been present in cities. However, recent events and political and social trends have intensified these insecurities and refocused very diverse anxieties on civic space. The changing role of the state through globalization, and the growth of inequalities and power conflicts over public space call for a renewed analysis of global-local conflicts, and for a theorization of the relationship between issues of space and social marginalization.
The events of 9/11 have served to galvanise the precautionary principle, increasing repression and the number of gated communities worldwide. This book analyses the diverse responses of New York, Paris, London and Mumbai to terrorism, Johannesburg and Sao Paolo to cartels of gangs and British and French cities to persistent civic unrest. These responses can be perceived as a sign of hope; despite various constraints, cities' immense capacity for adaptation and resilience can allow very diverse people to live together with their differences.



Image_scandale_des_tournantes_2.GIFLe scandales des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique, par Laurent MUCCHIELLI, La Découverte, 2012 (réédition numérique).
Entre 2001 et 2003, un thème a brutalement surgi dans les médias : les viols collectifs, rebaptisés « tournantes ». À l'instar d'autres manifestations de l'« insécurité» qui dominait alors tous les débats, ces comportements ont été présentés comme un phénomène nouveau, en pleine expansion et imputables aux seuls « jeunes issus de l'immigration » habitant les « quartiers sensibles ». La dénonciation de ces « nouveaux barbares » a fait l'objet d'un consensus médiatico-politique d'autant plus fort que le lien a rapidement été fait avec les thèmes de l'oppression des femmes et parfois avec l'islam. Au terme d'une contre-enquête mobilisant toutes les données disponibles et s'appuyant en outre sur une études de dossiers judiciaires, Laurent Mucchielli fait la lumière sur ces comportements juvéniles. Il en conteste la nouveauté autant que l'aggravation, et réfute, preuves à l'appui, la liaison fondamentale faite entre viols collectifs, origine maghrébine et religion musulmane. L'auteur montre que la mise en scène médiatique des « tournantes » participe en réalité d'une peur et d'un rejet croissant des jeunes hommes français issus de l'immigration maghrébine ainsi que d'une banalisation contestable des problèmes économiques et sociaux en termes « culturels » voire « ethniques ». Ce livre est donc autant une contribution à la sociologie de la délinquance juvénile qu'une analyse des nouveaux habits de la xénophobie.

SOCIALCRIMEPREVENTION_WEBSITE.JPGSocial Crime Prevention in late modern Europe. A Comparative Perspective, sous la direction de Patrick Hebberecht et Evelyne Baillergeau, VLB University Press, 2012.
Preventing crime possibly consists of a wide array of techniques and practices inspired by various underlying theories of crime and crime reduction. Situational crime prevention (aiming at opportunity reduction) is probably the most widespread model of crime prevention across late modern Europe but also a highly debated one. How about alternative models of crime prevention?
During the 1990s social crime prevention (aiming at addressing the root causes of crime) was an important inspiring concept in crime prevention discourse, policy and professional practice in many Western European countries. Does this hold true for the first decade of the 21st century? Is social crime prevention still a central concept in European scientific discourse? Is there in the recent developments of prevention, safety and security policies in Europe still a place for social crime prevention? Which kind of social causes of crime are actually tackled in social crime prevention? How did professionals committed to social crime prevention react to the recent changes affecting the welfare state? Are we confronted with the same trends in different European countries or can we detect some similarities and differences between the countries? These are some of the questions explored in this volume through the contributions of leading experts from twelve countries of Northern, Southern, Western and Eastern Europe.



Image_livre_ciavaldini.jpgViolences sexuelles chez les mineurs. Mieux prévenir, moins pénaliser, sous la direction de André Ciavaldini, In Press, 2012.
Un quart des auteurs de violences sexuelles sont des mineurs : viols, agressions sexuelles, atteintes aux moeurs. Comment endiguer cette violence adolescente ? Comment la contenir dans des dispositifs thérapeutiques et d’accompagnement ? L’actualité judiciaire avive encore ces questions. D’autant qu’en matière de juridiction des mineurs le répressif tend à se renforcer au détriment de l’éducatif. Pourtant, le phénomène de violences sexuelles adolescentes est loin d’être nouveau, mais il prend de l’ampleur, à la fois socialement et dans nos imaginaires collectifs. Cette violence sexuelle à l’adolescence ne peut qu’interroger les cliniciens et les acteurs qui ont à prendre en charge cette jeune population. Trois sphères sont intéressées par cette prise en charge : le judiciaire, le social et le thérapeutique. Des universitaires, des professionnels de la santé, du monde judiciaire et pénitentiaire, tous spécialistes de l’enfance et de l’adolescence, se sont réunis pour construire cet ouvrage. Ensemble, ils affirment la nécessité de maintenir une dimension thérapeutique et éducative forte. Comment comprendre la violence sexuelle adolescente ? Quelle est la valeur de la sanction à cette période de la vie ? Quel travail thérapeutique peut être proposé à ces jeunes ? Seule l’articulation des trois sphères judiciaire, sociale et thérapeutique peut amener la prévention à prendre le pas sur la pénalisation. Un ouvrage qui permettra de trouver « matière à penser » là où certains de nos contemporains ne perçoivent que « matière à châtier ».



couv_2806.jpgCouples, sexualités, vie privée/vie publique, Revue Savoir/agir, 2012, n°20.
Qui épouse qui ? Qui vit en couple avec qui ? Ces questions ne sont pas nouvelles pour la sociologie. L’Institut national des études démographiques a mené des enquêtes dès les années 1960. La première a donné lieu à un livre de référence d’Alain Girard, Le Choix du conjoint. Vingt ans plus tard, la seconde s’est intéressée plus largement aux couples, incluant les cohabitants non mariés. Ont été ainsi étudiés sur une période de quelques décennies les évolutions dans des domaines comme les circonstances de la rencontre, l’écart d’âge et les rapports de domination, l’apparence physique dans le choix du conjoint, les rituels de mariage, les rapports entre mariage et mobilité sociale. Les débats plus récents sur le PACS, sur les nouvelles formes de parentalité, sur l’homosexualité, rejoignent et en même temps renouvellent les réflexions sur les questions de genre.
Un drame social et humain comme l’épidémie du sida a contribué au développement, cette fois sous l’égide de l’Inserm, de grandes enquêtes sur la sexualité. Certes, une enquête suivie d’un rapport sur « le comportement sexuel des Français » avait été menée dès les années 1970. Mais c’est « l’analyse des comportements sexuels en France » menée en 1992 auprès de 20 000 personnes qui a eu un grand retentissement au plus fort de l’épidémie. Elle sera suivie en 2006 de l’enquête Inserm/Ined sur le « Contexte de la Sexualité en France ». Cette enquête s’inscrit dans les recherches actuelles sur la sexualité : pratiques, représentations, normes et rapports de genre, sur l’évolution des comportements en France et en Europe, sur les représentations et les théories de la sexualité.

Image_livre_Guidou.gifMalaise dans la police, par Nadège GUIDOU, Eyrolles, 2012.
Exposition systématique à la violence, organisation du travail défaillante, appartenance à une institution directement liée au pouvoir politique, absence de reconnaissance, logique du chiffre : le quotidien des policiers se traduit par un malaise croissant. Fruit d'une enquête poussée, cet ouvrage illustré de nombreux témoignages propose une véritable immersion au coeur de l'activité policière. L'auteure, experte de la souffrance au travail, y conduit une analyse rigoureuse et documentée qui permet de mieux comprendre la nature du mal qui mine les policiers.
C'est le portait d'une profession prise en étau entre sa hiérarchie et une population de plus en plus agressive qui est dressé ici. Une profession où la culture du secret cache de plus en plus difficilement une souffrance quotidienne qui use les hommes. Au-delà du constat dressé, des solutions existent. Esquissées par l'auteure en fin d'ouvrage, elles ouvrent des perspectives pour améliorer le travail et la santé des policiers.


Image_livre_charpenel.gifLe glaive et la rustine. 15 questions pour sortir la Justice française de l'impasse, par Yves CHARPENTEL, Economica, 2012.
"Nul besoin d'être un mauvais esprit pour soutenir que le véritable symbole de la justice n'est ni le glaive ni la balance, mais la rustine, tant l'art d'accommoder les restes est pratiqué dans cette institution."
Premier avocat général à la Cour de cassation, Yves Charpenel est un des plus hauts magistrats français. Juge, procureur, directeur des affaires criminelles, chargé de mission auprès des institutions européennes et de l'ONU, il dresse un plaidoyer sans concession pour décoder les véritables enjeux de la justice française et restaurer la confiance que chacun devrait avoir dans cette institution.


Image_livre_knobel.gifL'internet de la haine. Racistes, antisémites, néonazis, intégristes, islamistes, terroristes et homophobes à l'assaut du web, par Marc KNOBEL, Berg International, 2012.
Dans une démarche d'information et de sensibilisation, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) publie annuellement, depuis 1990, un rapport sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie remis au Premier ministre. Avec ce rapport, la France dispose d'un précieux outil d'analyse permettant d'une part la mise en perspective des mutations de notre société et, d'autre part, des évolutions de l'action publique.
Depuis l'année 2000, La CNCDH a confié à l'historien Marc Knobel le soin de présenter une étude annuelle sur les appels à la haine et à l'exclusion sur Internet. Dans ses rapports Marc Knobel étudie les sites faisant l'apologie du terrorisme, du négationnisme, du néonazisme, de l'homophobie et des radicalismes religieux, dont certains vont jusqu'à appeler à la guerre "sainte" sur le Net. Le ton est grave et les descriptions minutieuses. Les études de ce spécialiste montrent que la haine est instillée régulièrement à travers ce média. La permissivité dans ce domaine se nourrit de la lassitude et de la défection de ceux qui, dans le monde politique ou associatif par exemple, auraient pu réagir pour tenter de changer le cours des choses. Aussi, au nom de la liberté d'expression, la diffusion de nombreux contenus illicites sur Internet est, si l'on peut dire, passée dans les moeurs. Beaucoup s'en indignent mais, en ce début de XXIe siècle, cela fait partie du paysage de la Toile.


Ressentiment.inddLe ressentiment, passion sociale, sous la direction de Antoine GRANDJEAN et Florent GUENARD, Presses Universitaires de Rennes, 2012.

Le ressentiment est une passion sociale qui exprime la puissance de l’affect dans la vie politique. Cet ouvrage montre l’histoire du ressentiment et il entend construire une critique des interprétations traditionnelles pour restituer à cette passion son éminente complexité. Il souhaite enfin organiser une analyse du dynamisme dont le ressentiment est l’expression, en mettant à profit la richesse que signifie en la matière une approche pluridisciplinaire. Car cette passion est réaction émotionnelle face à l’inachèvement de l’égalité dont nos sociétés démocratiques sont pourtant la promesse.



Image_livre_controle_facies.gifContrôles au faciès. Comment en finir ?, par Thierry Marchal-Beck et Laurianne Deniaud, Les Petits Matins, 2012.
Une personne supposée d'origine maghrébine a huit fois plus de chances de subir un contrôle d'identité qu'une personne à la peau blanche. Ce contrôle au faciès, encouragé par la politique en matière d'immigration et le discours sécuritaire, est générateur de tensions entre les citoyens et leur police, et inefficace en termes de lutte contre la délinquance. Surtout, il est contraire à des principes constitutionnels, comme en témoigne la multiplication des recours en justice pour discrimination.
Comment en finir avec cette situation ? Comment contrer la politique du chiffre et les pressions du pouvoir sur les forces de l'ordre ? Comment renouer avec une politique de sécurité républicaine ? Ce livre répond à ces questions et met en avant une solution expérimentée avec succès dans d'autres pays : l'attestation de contrôle d'identité, permettant de lutter contre les contrôles abusifs.



Image_livre_voile_integral.jpgVoile intégral en France. Sociologie d’un paradoxe, par Maryam BORGHÉE, Michalon, 2012.
Débutée en 2008, cette enquête sociologique sur le « voile intégral » est une première en France. Qu’est-ce que le niqâb ? Son usage est-il prescrit par la religion musulmane ? Qui sont les femmes qui l’adoptent ? Sont-elles réellement manipulées ? Quels facteurs sociaux et individuels motivent cette pratique qui déchaîne toutes les passions en Occident ? Pour le savoir, Maryam Borghée s’est entretenue avec une trentaine de fidèles, dont une majorité de converties. Le port du niqâb, occasionnel ou quotidien, apparaît le plus souvent dans un contexte de précarité, d’exclusion, de violences subies et surtout de perte de sens. Signe, pour beaucoup, d’aliénation et d’effacement, il relève pourtant ici d’un choix personnel et revendiqué, il peut même signifier une critique de la société de consommation, de la marchandisation du corps. Symbole d’un système de valeurs qui mobilise l’existence sous tous ses aspects, ce voile total pourrait s’apparenter à une religiosité sectaire ou à un acte politique. La tendance asociale du mode de vie de ces femmes et les discours qu’elles tiennent incitent toutefois à en douter. Maryam Borghée, qui propose là une analyse approfondie de l’islamité radicale au féminin, démystifie une réalité complexe encore méconnue.



Photo_JP_Brodeur.jpgActes de colloque/Conference Proceedings – "L’œuvre singulière d’un penseur cosmopolite : Hommages à Jean-Paul Brodeur", Champ Pénal, Vol. IX | 2012 : Varia.

Ce recueil d’hommages à Jean-Paul Brodeur, décédé le 26 avril 2010, est avant tout le reflet de son insatiable et intransigeante curiosité intellectuelle, mise au service d’une pensée structurée par l’éthique de l’action. Issu de la philosophie et voué à une brillante carrière dans cette discipline, il choisit pourtant une voie atypique en bifurquant en 1978 vers un champ de recherches en émergence : la criminologie. Cette décision audacieuse, prise alors que les sciences sociales québécoises consolidaient leur affranchissement d’une longue subordination à la philosophie thomiste (Fournier, 1976), ne fut jamais pour lui une source de regrets, même s’il déplorait parfois le manque de rigueur intellectuelle de ses nouveaux collègues, comme le rappelle Philip Stenning dans ce numéro.

Image_global_islamophobia.jpgGlobal Islamophobia: Muslims and Moral Panic in the West, sous la direction de George Morgan & Scott Poynting, Ashgate, 2012.
The decade since 9/11 has seen a decline in liberal tolerance in the West as Muslims have endured increasing levels of repression. This book presents a series of case studies from Western Europe, Australia and North America demonstrating the transnational character of Islamophobia. The authors explore contemporary intercultural conflicts using the concept of moral panic, revitalised for the era of globalisation. Exploring various sites of conflict, Global Islamophobia considers the role played by 'moral entrepreneurs' in orchestrating popular xenophobia and in agitating for greater surveillance, policing and cultural regulation of those deemed a threat to the nation's security or imagined community.
This timely collection examines the interpenetration of the global and the local in the West's cultural politics towards Islam, highlighting parallels in the responses of governments and in the worrying reversion to a politics of coercion and assimilation. As such, it will be of interest to scholars of sociology and politics with interests in race and ethnicity; citizenship and assimilation; political communication, securitisation and The War on Terror; and moral panics.

Image_politique_sante_mentale.jpgLa politique de santé mentale en France. Acteurs, instruments, controverses, sous la direction de Lise Demailly & Michel Autès, Armand Colin, 2012.
Les débats sur la politique de santé mentale se déploient en tous sens : sur la « sécurité », sur l’insuffisante prévention de la récidive, sur le manque d’accès au soin, sur les dérives technocratiques, sur les atteintes à la dignité de la personne humaine, sur les soins les plus efficaces. Plus généralement, le langage de la santé mentale et de la souffrance psychique est devenu un des vecteurs les plus habituels pour parler des tensions sociales ou des troubles existentiels. Enfin, la question du soin est instrumentalisée dans le cadre d’une pratique émotionnelle de la politique.
En même temps, la psychiatrie comme discipline médicale est confrontée aux impératifs gestionnaires de la rigueur budgétaire. Face à l’extension de diverses formes de souffrance psychique, la psychiatrie est appelée à devenir l’acteur central d’une politique de « santé mentale », dont les tentatives de rationalisation ne sont pas sans susciter de multiples débats.
Ces questions ont été jusqu’ici peu étudiées par les sociologues. Le présent ouvrage en propose une description et une analyse synthétique. Comment se construit une politique de santé mentale? Quels en sont les acteurs? Les outils? Les enjeux ? Les connaissances ? Quelles controverses traversent aujourd’hui son champ ? Ces différents angles d’analyse mettent en évidence les incertitudes propres à notre modernité tant sur la construction des subjectivités que sur les conceptions politiques et éthiques du lien social.



Image_razzia_sur_la_corse.jpgRazzia sur la Corse. Des plasticages à la folie spéculative, par Hélène Constanty, Fayard, 2012.
Combien de temps le littoral corse résistera-t-il à la pression immobilière ? L’île de Beauté est encore remarquablement sauvage et préservée, comparée à la Côte d’Azur ou aux Baléares. Elle était pourtant promise au même type de tourisme intensif. Dans les années 1960, des projets fous ont été stoppés net par la violence nationaliste. Les plasticages et le racket, rebaptisé impôt révolutionnaire, ont durablement découragé les investisseurs. Le conservatoire du littoral en a profité pour acheter et sanctuariser des sites d’une beauté exceptionnelle.
Mais, depuis dix ans, la spéculation s’est intensifiée. Les golfes et les criques sont de plus en plus bétonnés par des promoteurs sans scrupules et des célébrités au bras long qui rêvent de piscines avec vue sur le large. Ces opérations se font souvent en violation de la loi littoral de 1986, qui organise dans toute la France la protection des bords de mer. Face à ces menaces, une nouvelle forme de résistance s’organise. Cependant, les associations écologistes se sentent bien seules à mener le combat, tant les pouvoirs publics, à qui l’on conseille en haut lieu de lascia corre (laisser courir), paraissent souvent défaillants.
Car les menaces sont à la hauteur des enjeux financiers : le grand banditisme corse, qui a longtemps fait ses affaires hors de l’île, blanchit désormais des fonds d’origine douteuse dans de gros projets de construction, parfois en rivalité avec des nationalistes reconvertis, eux aussi, dans les affaires.

Image_kurbach.GIFKubark. Le manuel secret de manipulation mentale et de torture psychologique de la CIA, par Collectif, La Découverte, 2012.
En pleine guerre froide, la CIA sous le nom de code « KUBARK » - rédige un manuel d'interrogatoire secret destinéà ses agents. Mobilisant les résultats de recherche en psychologie expérimentale, les auteurs formulent les principes d'une pratique scientifique de l'interrogatoire à la violence aseptisée. Au-delà des coups ou de la douleur, il s'agit de manipuler le psychisme du sujet pour le faire craquer. A cette fin, ils énoncent, à l'échelle individuelle, les principes de ce que Noami Klein a appelé« la stratégie du choc », ensuite appliquée par le néolibralisme à l'échelle des sociétés : provoquer brusquement chez le sujet un état de régression psychique afin de le placer sous emprise. Cette contre doctrine contre-insurrectionnelle a ensuite inspiré au travers de la School of Americas de triste mémoire, les tortionnaires des dictatures sud-américaines, mais aussi plus récemment les pratiques d'interrogatoire américaines à Abou Ghraib et Guantanamo.
Ce document confidentiel, rédigé en 1963, fut tenu secret jusqu'en 1997, date à laquelle des journalistes américains purent obtenir sa déclassification au nom de la loi sur la liberté de l'information. De nombreux passages demeurent cependant censurés Il s'agit de la première traduction française de ce texte, jusque là inédit.



Image_cahiers_gisti_outre_mer.gif"Régimes d’exception en Outre-mer pour les personnes étrangères", Les cahiers juridiques du GISTI (en collaboration avec la Cimade et Mom - Migrants outre-mer), Juin 2012.
L’'outre mer, terre d’exception ? La République française est garante de « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Mais, loin de la France métropolitaine, elle comporte des parcelles éparses où la constitution permet d’adapter le droit en vigueur en métropole ou d’introduire des dispositions spécifiques pour tenir compte de « contraintes particulières » ou des « intérêts propres » des collectivités concernées. Au-delà de ces permissions constitutionnelles, force est de constater que l’isolement favorise certaines dérives dans l’application du droit.
Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) s’applique en outre-mer aux départements et collectivités d’Amérique ou à la Réunion, mais avec quelques adaptations. Dans les autres terres ultramarines, il est remplacé par des textes qui présentent - entre eux et avec le Ceseda - plusieurs disparités. C’est ainsi que, dans celles des terres d’outre-mer où l’immigration est assez importante, la police peut interpeller et reconduire à la frontière les personnes sans papiers de manière expéditive, sans s’embarrasser du droit à un recours effectif ni des autres garanties procédurales acquises en métropole.
Pour entrer ou circuler dans la République française « indivisible », les étrangers et les étrangères se heurtent à de multiples cloisons. Des visas différents sont requis pour l’entrée en métropole ou pour atteindre chacune des parcelles de l’outre-mer. Selon le lieu où il a été délivré, un titre de séjour peut ou non permettre d’entrer, de résider ou de travailler dans une autre partie du territoire français. Par exemple, une carte de séjour délivrée à Cayenne autorisant au séjour et au travail permet d’entrer en métropole et d’y séjourner mais pas d’y travailler ; la même carte de séjour délivrée à Mayotte ne donne même pas le droit d’entrer en métropole.



Image_livre_cicchelli.gifL'esprit cosmopolite. Voyages de formation juvéniles et cultures européennes, par Vincenzo CICCHELLI, Presses de Sciences-Po, 2012.
De quelle éducation, de quelle culture les jeunes ont-ils besoin aujourd'hui pour devenir les citoyens de l'Europe et de la société globale ? Le concept de Bildung cosmopolite, introduit dans cet ouvrage, veut répondre à cette interrogation en explorant la façon dont des étudiants Erasmus, héritiers du Grand Tour du siècle des Lumières, font leur apprentissage des cultures européennes.
Aux yeux de cette génération, la seule familiarité avec une culture d'appartenance est désormais insuffisante.Élargir le cercle de sociabilité par des rencontres internationales, déchiffrer les codes et les comportements des autres pays, s'orienter dans l'entrelacs des types sociétaux d’Europe et se situer à différentes échelles (infra-nationale, nationale et transnationale), tels sont les piliers d’une éducation où prime la vertu d’ouverture.
Mais le cosmopolitisme des jeunes Européens ne saurait être compris comme une citoyenneté universelle. Il traduit plutôt un désir d’atteindre un horizon d’universalité en croisant d’autres modes d’existence et de pensée,tout en restant fortement attaché à son propre pays. Ainsi, l’on comprend que pour se déclarer Européen, il faille d’abord passer par une identité nationale.



BOUCS_EMISSAIRES_COUV.inddBoucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur, sous la direction de Frédéric Chauvaud, Jean-Claude Gardes, Christian Moncelet et Solange Vernois, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Les victimes de maltraitance haineuse se rencontrent partout, dans la grande histoire comme dans la vie banale, dans le réel comme dans la fiction. Servant d’exutoire à divers ressentiments, les boucs émissaires, les têtes de Turcs, les souffre-douleur sont, à tous les âges et à des degrés divers, les « damnés de la terreur ». Toujours, en quelque manière, injustement stigmatisés voire persécutés, les pestiférés, les brebis galeuses, les moutons noirs, les vilains petits canards payent, malgré eux, le prix fort de la cohésion d’un groupe, quelle qu’en soit la taille (un peuple, une communauté religieuse, un corps de métier, un milieu, une cellule familiale…).
C’est cette riche variété d’enjeux et de tons qui frappe d’abord à la lecture des vingt contributions proposées par des chercheurs de spécialités différentes. Au fil des articles rassemblés en quatre parties (figures individuelles, figures collectives, transpositions littéraires, processus de victimisation), le lecteur rencontre ici un clown, là un peintre, ailleurs un mousse, le fourbe dans toute son obscure splendeur, sans oublier un étrange objet transitionnel dans un rituel malgache. Et c’est ainsi qu’on voyage dans le temps, de l’Espagne du siècle d’or à la téléréalité contemporaine, à la lumière notamment d’une révélation biblique dont René Girard s’est fait l’interprète décisif. La fixation haineuse restituée dans le présent ouvrage s’abat ainsi sur un individu (un artiste, un homme politique, un enfant, une femme), sur un sociotype (le médecin, le cagot, le juge, la sorcière…) ou sur un ethnotype (l’étranger, le gitan).



extreme_couv.indd« Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle), sous la direction de Michel Biard, Bernard Gainot, Paul Pasteur et Pierre Serna, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
lnventant a droite et la gauche comme forme de positionnement politique, la Révolution française voit poindre, aux confins d’un échiquier ainsi redéfini dès la fin de 1789, des formes de radicalité qui ont contribué à rendre le débat plus tendu. En même temps que la politique naît une forme d’« extrémisme » à droite comme à gauche, qui se caractérise par une grande attention théorique tout autant que par des pratiques de rupture avec le débat supposé plus calme des Assemblées.
Les actes de ce colloque se proposent d’interroger la notion d’« extrême » depuis son apparition dans le débat révolutionnaire jusqu’à ses plus récentes manifestations, en France ou en Italie par exemple, où une gauche radicale a pu se manifester et continue d’exister sous différentes formes. Ce sont de multiples facettes de cette réalité mouvante qui sont ici proposées et étudiées. Qu’en est-il d’une définition précise de l’« extrême » ? Est-ce une posture idéologique revendiquée dans une Assemblée représentative ? Ou bien, de par sa radicalité, ne peut-elle se déclarer que dans un espace autre, celui de la militance, de la société civile et de l’action sociale ? Est-elle une réalité homogène ou bien à son tour traversée de nuances, voire d’oppositions qui la divisent ? Ne serait-elle pas plutôt une réalité et un mot imposés par ses détracteurs inquiets ou agressifs, sous la forme d’un stigmate visant à décrédibiliser depuis deux cents ans ceux dont la politique est dite d’« extrême gauche » ? « Extrême » devient alors un stigmate qui permet de ranger sous un même mot le terroriste, le partageux, la pétroleuse, ou le militant syndical trop actif.



Image_livre_chevandier.gifPoliciers dans la ville. Une histoire des gardiens de la paix, par Christian CHEVANDIER, Gallimard, Folio Histoire, 2012.
L’histoire des policiers dans la ville – de la création du corps des gardiens de la paix aux lendemains de la chute du Second Empire et jusqu’au début du XXIe siècle – doit s’écrire comme celle d’un groupe professionnel. Aussi est-elle à la fois politique – le recours des gouvernements aux forces de l’ordre – et civique et sociale – les policiers étant par ailleurs des citoyens et des travailleurs avec des droits d’organisation et de défense.
Ces hommes pratiquent un métier, maîtrisent des savoir-faire. Chacun d’entre eux a une histoire individuelle où la part de la famille est primordiale. Leur rapport à la ville est marqué par une origine géographique, mais aussi un mode d’habitat. C’est donc bien un métier qu’il faut éprouver, comprendre sa mission principale, celle de policer un monde urbain réticent, saisir des pratiques et des codes professionnels, mettre en perspective des carrières, prendre conscience que la sociabilité et les représentations contribuent à construire une identité certes mouvante, comme toute identité, mais fondée sur des facteurs permanents. Cela est particulièrement mis en évidence lorsque la légalité connaît une crise de légitimité, que ce soit dans les années 1930, sous l’Occupation, au cours de la guerre d’Algérie ou des insurrections de mai 1968.



Imafe_36_quai_des_orfevres.jpgLe 36, quai des Orfèvres, par Clovis BIENVENU, Presses Universitaires de France, 2012.
Héritière de la Lieutenance générale, la police judiciaire parisienne s’installe au 36, quai des Orfèvres dans la seconde moitié du XIXe siècle, après l’incendie du palais de justice qui a ravagé durant la Commune les anciens locaux de la police criminelle rue de Jérusalem. Dirigée par des hommes charismatiques tels que Vidocq, Canler ou Goron, l’adresse devient celle d’une véritable institution en 1913 avec la naissance d’une direction autonome sous l’impulsion de Célestin Hennion, le successeur de Louis Lépine.
Liée à nombre d’événements tragiques des IIIe, IVe et Ve Républiques (affaires Stavisky, Petiot, Ben Barka, attentat du Petit-Clamart, Action directe, etc.), la « maison de la mort » traverse un XXe siècle politiquement instable où les réussites largement médiatisées de la Brigade criminelle et de l’antigang créée en 1964, mais aussi les nombreux romans de Simenon et les films de Clouzot et de Marchal, rendent le lieu tour à tour mystérieux, effrayant ou mythique.



Image_livre_terray.jpgPenser à droite, par Emmanuel TERRAY, éditions Galilée, 2012.
La pensée de droite est diverse et changeante ; elle varie selon les courants entre lesquels elle se partage, selon les secteurs de la vie sociale où elle s’énonce, selon les interlocuteurs auxquels elle s’adresse. Elle présente parfois des incohérences, mais comme elle n’est jamais obligée de se constituer en système, ces incohérences passent très largement inaperçues.
Par-delà cette multiplicité de facettes différentes, il est cependant possible – telle est l’hypothèse de ce livre – d’identifier un socle commun, un faisceau d’axiomes qui, sans former une doctrine unique, permet aux penseurs de droite d’appréhender les faits à travers les mêmes catégories et de les apprécier au regard des mêmes valeurs ; ainsi se préparent les conditions d’une convergence face à l’adversaire.
Ces axiomes sont passés en revue : ils ont nom réalisme, ordre, hiérarchie, autorité, nation, morale. Ils impliquent une certaine conception de la nature humaine et de l’histoire, une certaine image des rapports entre l’individu, la société et l’État, et une certaine idée de la politique. Enfin, ils organisent les relations que la pensée de droite entretient avec deux « voisins » de nature très différente, mais qui sont pour elle de la plus haute importance : d’un côté l’extrême droite, de l’autre l’Église catholique.



Image_livre_graham.GIFVilles sous contrôle. La militarisation de l'espace urbain, par Stephen GRAHAM, La Découverte, 2012.
Checkpoints, drones, GPS, passeports biométriques, insectes cyborgs, puces RFID, détecteurs de cibles, essaims de nanocapteurs, soldats-robots, barrières Jersey, dirigeables de surveillance, bombes « incapacitantes » et arsenal « non létal »... Qu'ont en commun toutes ces « technologies » qui, pour certaines, semblent relever de la science-fiction et qui, pour d'autres, imprègnent déjà notre quotidien de citadins ? Concoctées dans les laboratoires de l'armée, elles sont les nouvelles armes de la guerre en cours, cette « guerre asymétrique » ou « permanente » qui transforme les armées occidentales en forces contre-insurrectionnelles high-tech et chacun d'entre nous en cible potentielle nécessitant d'être identifiée, pistée, surveillée, au nom de la prévention d'une menace indistincte.
Avec Israël comme laboratoire et la « guerre contre le terrorisme » comme terrain d'application mondial, cette nouvelle forme de conflit touche de manière très différenciée les habitants du monde riche et ceux des territoires post- et néo-coloniaux. Elle se signale cependant par un trait commun à tous : ses champs de bataille ne sont plus les plaines ou les déserts, mais les principales agglomérations urbaines mondiales. Dans le sillage des travaux de Mike Davis, Naomi Klein ou Eyal Weizman, le livre de Stephen Graham nous donne les clés pour comprendre les logiques profondes de cet emballement militaro-sécuritaire globalisé.



Image_128_masclet.jpgSociologie de la diversité et des discriminations, par Olivier MASCLET, Armand Colin (collection 128), 2012.
Depuis une dizaine d’années, le concept de « diversité » a investi les champs politiques, économiques, médiatiques, sociaux : invoqué par les uns, controversé pour les autres, il fait ici l’objet d’une nécessaire mise en perspective sociologique.
À travers ce nouveau thème, les entreprises, les grandes écoles ou encore les partis politiques entendent manifester leur volonté de mieux représenter la société française dans ses différentes composantes et de lutter contre les préjugés. En ce sens, la diversité exprime la reconnaissance publique des discriminations, et d’abord des discriminations fondées sur « la race » ou « les origines ».
Ce livre rend compte des processus qui ont contribué à faire des discriminations liées aux origines un problème public et un combat de droit. Il examine les enjeux de cette reconnaissance, à la fois juridiques, politiques et scientifiques. Il analyse les usages concrets de la diversité dans le monde des affaires et dans celui de la politique, par-delà les effets d’annonce et de rhétorique. Une question centrale l’organise : la diversité répond-elle bien à la question des inégalités ?



Image_baby-loup.jpgBaby-Loup, histoire d'un combat, par Luce DUPRAZ, Erès, 2012 (Préface de Élisabeth Badinter, Postface de Caroline Eliacheff).
«L'histoire de Baby-Loup nous concerne tous, hommes et femmes qui avons des enfants, hommes et femmes politiques, hommes et femmes qui aspirons à vivre ensemble quelles que soient les difficultés sociales, économiques ou familiales que nous rencontrons. Parce que Baby-Loup met en oeuvre simultanément deux types d'action, l'accueil des enfants en fonction des besoins de parents, notamment de ceux qui, de plus en plus nombreux, ont des horaires décalés, et la formation professionnelle de femmes qui, du fait de leur âge, de leur situation familiale et de leur faible niveau scolaire, n'entrent pas dans les critères classiques de réinsertion, cette institution concentre en un même lieu les contradictions de la société française, les lâchetés des uns, le courage et la détermination des autres. » Caroline Eliacheff.
Luce Dupraz retrace le combat pour l'affirmation de la laïcité de cette structure atypique implantée dans le quartier de La Noé à Chanteloup-les-Vignes en banlieue parisienne et qui accueille enfants et familles, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Défendre Baby-Loup, c'est défendre une certaine idée de la république, de l'intégration ; c'est défendre une certaine idée du « vivre-ensemble » ; c'est défendre et garantir l'émancipation des femmes.



Construction_du_social_couv.inddLa construction du social. Souffrance, travail et catégorisation des usagers dans l’action publique, par Marc LORIOL, Presses universitaires de Rennes, 2012.
La notion de "construction sociale" est à la mode dans les différentes sciences sociales mais, dans la plupart des textes où elle est employée, la notion de "construction sociale" n’est ni développée ni explicitée, comme si elle allait de soi, alors même qu’elle semble comprise différemment d’un auteur à l’autre.
Cet ouvrage propose tout d’abord une typologie des approches constructivistes. Celle-ci est ensuite appliquée à l’étude des risques psychosociaux au travail : définition de la situation et de la pénibilité du travail, carrière et étiquetage dans l’organisation des personnes "stressées" ou en "souffrance", institutionnalisation des catégories cliniques comme le stress, le hum out ou le syndrome de fatigue chronique. La construction du mal-être au travail dans les métiers en contact avec un public (infirmières, policiers travailleurs sociaux, machinistes receveurs, etc.) est mise en connexion avec le travail de catégorisation des usagers ou des clients par les street level bureaucrats.



Image_socio_du_genre.jpgSociologie du genre, par Isabelle CLAIR, Armand Colin (collection 128), 2012.
Traduit de l’anglo-américain, le concept de genre s’est progressivement imposé en France au cours des quinze dernières années. Il recouvre désormais un corpus incluant d’autres concepts qui l’ont précédé, tels que « rapports sociaux de sexe » ou « domination masculine ». L’objectif de ce manuel est de mieux cerner la polysémie du genre et d’introduire aux recherches prolifiques qui sont rassemblées sous sa bannière.
Tous les travaux de la sociologie du genre ont en commun une problématique : la construction sociale de la différence hiérarchisée des sexes et/ou des sexualités ; une histoire, commencée dans les années 1970, ancrée dans une critique féministe de la sociologie de l’époque qui voyait dans la classe sociale le seul clivage pertinent pour analyser les relations sociales ; une ambition : faire la preuve, enquête après enquête, de la transversalité des rapports de sexe et de sexualité dans le monde social, et convaincre de la nécessité de leur prise en compte dans l’élaboration de n’importe quel objet sociologique.



fabrique_norme_couv.inddLa fabrique de la norme. Lieux et modes de production des normes au Moyen Âge et à l’époque moderne, sous la direction de Véronique Beaulande-Barraud, Julie Claustre et Elsa Marmursztejn, Presses universitaires de Rennes, 2012.
Au débouché d’évolutions qui affectent les sciences sociales depuis une vingtaine d’années, l’étude des normes offre aux historiens un vaste champ d’enquête. L’intégration du droit, l’élargissement du concept de norme au-delà du droit, le dépassement de la confrontation entre normes et pratiques sociales en termes d’application ou d’opposition et la focalisation sur les pratiques productrices de normes ont ouvert des pistes nouvelles. C’est en suivant ces pistes que la norme est ici appréhendée en diverses « fabriques » – institutions, discours, images – au Moyen Âge et à l’époque moderne. Caractérisés par la pluralité des instances et des lieux de production des normes, ces siècles constituent un terrain propice à l’élaboration d’une réflexion comparative sur la normativité. Conjuguant les compétences de spécialistes d’histoire du droit, de la justice, d’histoire intellectuelle, religieuse et sociale, les treize études réunies dans ce volume visitent quatre grandes « fabriques de la norme » : les lieux d’élaboration des normes savantes, les « fabriques » de la loi, puis du procès, celles, enfin, des images et des apparences. À la variété des lieux correspond celle des types documentaires, des lois royales aux livrets de pèlerinage en passant par les lettres de grâce, les statuts synodaux, les délibérations municipales, les sentences de tribunaux, les Quolibets, les textes casuistiques, l’hagiographie.



Image_livre_Saviano.jpgLe combat continue. Résister à la Mafia et à la corruption, Roberto Saviano, Robert Laffont, 2012.
Paru en trois parties dans La Republica, « Vieni via con me » était, à l’origine, une série d’émissions de télévision destinée à la RAI, chaîne publique. Les pressions, polémiques, obstacles et empêchements de toutes sortes s’accumulant, la série a finalement été diffusée sur une chaîne privée où elle a connu une immense audience.
Roberto Saviano a précédé ses articles, dans la version française de « Le combat continue » (éditions Robert Laffont), d’une préface évoquant les activités des mafias italiennes en France. Enfin, une interview d’un célèbre « repenti » conclut l’ensemble.
Selon l’auteur, la France investit peu dans la lutte contre les organisations criminelles. La classe politique demeure myope. Mais cette indifférence commence à avoir de lourdes conséquences. En Italie, elles sont dramatiques.

Image_Agora_61.jpg"L'habitat, le logement et les jeunes. Modes de logement, manières d'habiter", Agora débats / jeunesses, 2012, n°61.
L’augmentation du nombre d’étudiants, la stabilisation de l’âge de départ du logement familial, le recul de l’âge de constitution du couple, l’augmentation du prix du logement et la baisse de la mobilité résidentielle ces dernières années… sont autant de facteurs qui font du logement une des difficultés majeures pour les jeunes.
Mais se loger n’est pas habiter. Habiter c’est investir un espace, y vivre, et entretenir avec ses autres occupants des relations affectives ou contractuelles et bénéficier des services qui y sont liés. Les articles de ce dossier analysent comment le logement intervient dans les modes de socialisation des jeunes à travers des trajectoires nouvelles ou atypiques.

Image_livre_dominique_rousseau.jpgLe Consulat Sarkozy, par Dominique Rousseau, Odile Jacob, 2012.
En 2007, Nicolas Sarkozy annonçait la "rupture". De fait, la Ve République semble avoir explosé : désormais, le président gouverne, le président légifère, le président juge. La séparation des pouvoirs ne serait plus qu'un leurre ; la démocratie serait en lambeaux ! Dérive autoritaire ou simple façade ? Nicolas Sarkozy voulait être seul souverain, mais le Premier ministre s'impose à lui, son parti doute et le parlementarisme revient.
Plutôt qu'une "hyperprésidence", c'est le "bal des hyper". Il voulait réduire la justice à un pouvoir nul, mais le Conseil constitutionnel a imposé la puissance des droits et libertés garantis par la Constitution. Ainsi va la Ve République sous Nicolas Sarkozy. Dans toutes les directions ! Pour Dominique Rousseau (professeur de droit constitutionnel à l'université Paris-I, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature), "il voulait refonder le modèle politique français ; à l'arrivée, en 2012, il a seulement bricolé l'ancien monde. L'expérience Sarkozy est un échec politique. La France se cherche toujours un président et il reste encore à inventer les institutions formant la démocratie des citoyens".

Image_livre_herreros.jpgLa violence ordinaire dans les organisations. Plaidoyer pour des organisations réflexives, par Gilles HERREROS, Erès, 2012.
La violence ordinaire perpétrée au quotidien dans les organisations se distingue de la violence physique, de la violence perverse, ou de celle liée aux conditions de travail particulièrement pénibles de certains milieux ou activités professionnels. Gilles Herreros s'attache ici à décrire et analyser la violence banale exercée par un petit chef, un grand cadre, un collègue de travail, vous ou moi peut-être même, car il défend l'idée que la percevoir est indispensable pour s'y opposer.
À travers des récits mettant en scène des situations de travail analogues à celles que chacun peut avoir vécu, l'auteur montre comment la violence se tisse au jour le jour. Pour se perpétrer, comme pour se perpétuer, elle a besoin de l'indifférence voire de l'acceptation du plus grand nombre. Les petits renoncements, les cécités multipliées, les questionnements liquidés, chaque jour répétés par les uns, fabriquent des mécaniques qui détruisent les autres. Et si les systèmes managériaux génèrent de la violence, il est important de ne pas diluer les responsabilités de ceux qui la rendent possible.
Toutefois, il n'y a aucune fatalité à ce phénomène. L'auteur plaide pour la mise en place d'organisations « réflexives » valorisant une appréhension clinique des procès de travail et le déploiement d'une critique réhabilitant la subjectivité et l'intersubjectivité. Qu'il soit porté par le sociologue d'intervention ou par ceux qui ont en charge le pilotage des organisations, ce changement suppose l'adoption de postures inhabituelles en entreprise, et qui seraient pourtant salutaires : négativité, intranquillité, attention au sujet...


Image_livre_alain_joxe.GIFLes guerres de l'empire global. Spéculations financières, guerres robotiques, résistance démocratique, par Alain JOXE, La Découverte, 2012.
Crise de l'euro et des dettes souveraines, occupations qui s'éternisent en Afghanistan ou en Palestine, restrictions des libertés liées à la lutte antiterroriste, corruption des élites, soulèvements des peuples : comment comprendre ce sombre panorama des premières années du XXIe siècle ? Comment expliquer que les États et l'ONU ne parviennent pas à enrayer cette spirale de désordres ?
Dans cet essai ambitieux, Alain Joxe répond à ces questions en analysant toutes les dimensions de l'empire global du néolibéralisme - qui déborde l'empire américain. La mondialisation de l'économie et de la finance vise à accumuler des profits sans limites, à enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Une nouvelle noblesse rentière dénationalisée consacre ainsi la souveraineté des entreprises, au détriment de la fonction protectrice des États. Cette profonde mutation politique conduit à transformer les missions militaires en doctrines policières. Et un nouvel arsenal informatisé surgit (drones et munitions spéciales), utilisable contre les soulèvements populaires dans les pays du Sud comme du Nord. Alain Joxe montre ainsi comment la « révolution électronique » a entraînéà la fois la gestion informatisée des « marchés » et la robotisation de la guerre.
Mutations économiques, militaires et technologiques se combinent dans une accélération des décisions qui efface le temps long du politique et fabrique un système incapable de réguler la finance ni la violence. Pour en finir avec la dictature des marchés, une mobilisation éthique commence en faveur de la conversion de l'Ancien Monde en union fédérale solidaire, qui seule pourra restaurer la démocratie sociale à bonne échelle en maîtrisant la crise économique.


Image_herodote_144.GIFL'extrême droite en Europe, revue Hérodote, 2012, n°144 (diffusion La Découverte).
La montée électorale, dès le début des années 1980, du Front national avait fait de la France une exception en Europe. Depuis, des États comme l'Autriche et la Belgique ont aussi connu la percée de partis politiques d'extrême droite, revendiquant la préférence nationale, dénonçant le cosmopolitisme, le multiculturalisme et, plus directement encore, la présence des étrangers. Les démocraties de l'Europe du Nord, en particulier scandinaves, qui semblaient échapper à cette poussée politique nationaliste, sont à leur tour touchées. Et si les scores de l'extrême droite sont encore faibles en Grande-Bretagne et en Espagne, les conditions de leur essor sont malheureusement bien présentes, surtout si la crise économique s'installe durablement.
Les ressorts communs à la montée de l'extrême droite en Europe que sont l'immigration musulmane, la mondialisation (à laquelle la désindustrialisation et la montée du chômage sont associées) et l'Union européenne ne suffisent cependant pas à effacer les particularités des situations nationales de chaque État. C'est pourquoi Hérodote a choisi de présenter diverses situations européennes pour mieux les compren-dre, sans oublier de s'intéresser à la Russie.


Image_JFP_36.jpg"Traumatismes", Journal Français de Psychiatrie, 2012, n°36 (éditions Erès).
La présentation dramatique de la plainte a aujourd’hui évolué. La place et le rôle de « la victime » sont complexes, se situant autant dans le réel que dans les fantasmes divers, leur repérage et leur intensité variant selon les contextes, selon les époques. La répression du « bourreau » fautif en est également conséquente. Il nous appartient de délimiter le champ de ces plaintes, justifiées sans doute mais dans quel registre, et d’étudier l’actualité de ces dérives compassionnelles dont les effets ne sont pas neutres. Notre intérêt prend racine dans notre pratique, à l’écoute des émergences cliniques de ces notions. Mais le « social » et les médias proposent d’autres présentations, standardisées : « victime, stress post-traumatique, harcèlement, etc. » Si les émotions ne sont pas maîtrisées, on est dans le trauma, à réparer… Y a-t-il toujours préjudice ? Ou désagrément ? Une grande prudence s’impose : quels sont les usages du statut de victime dans les champs, clinique, juridique, social et politique ? Les séquelles et leur appréciation donneront lieu au litige confrontant médecine et justice.
Ont participé à ce numéro : Jeanne BERNARD - Jean-luc CACCIALI - Jean-louis CHASSAING - Sabine CHOLLET - Marcel COHEN - Patrick GARCIA - Jean GARRABE - Pierre-yves GAUDARD - Jean-max GAUDILLIERE - Thierry JEAN - Helene L-HEUILLET - Christian LACHAL - Marc MORALI - Jean-jacques MOSCOVITZ - Stephanie PALAZZI - Jean-jacques TYSZLER.


Image_livre_geraldine_andre.jpgL'orientation scolaire. Héritages sociaux et jugements professoraux, par Géraldine ANDRE, Presses Universitaires de France, 2012.
Pourquoi, au sein de sociétés démocratiques et de systèmes éducatifs ouverts, les jeunes de milieux populaires se retrouvent-ils souvent dans des filières et des formes d’enseignement peu valorisées dans la hiérarchie scolaire ? À partir d’une enquête qualitative de longue durée, cet ouvrage propose une relecture de la sociologie de l’éducation en confrontant les interprétations de l’orientation à un corpus empirique inédit. Une immersion prolongée dans les familles, les lieux de sociabilité d’élèves de l’enseignement professionnel, les séances d’orientation et les conseils de classe donne à ce livre l’épaisseur ethnographique nécessaire pour saisir les réalités scolaires.
Au-delà des processus de relégation, cet ouvrage donne à voir les pratiques et les représentations des acteurs qui façonnent les trajectoires. En choisissant une région postindustrielle comme principal terrain d’enquête, c’est aussi la question de la transformation des classes sociales qui est posée. Les cultures de classe demeurent-elles le facteur clé pour expliquer les mécanismes de l’orientation ? L’analyse du processus d’orientation vers l’enseignement de type professionnel nous plonge ainsi dans un débat plus vaste sur la reproduction culturelle et le changement social.


Image_segregatino_scolaire.GIFLa ségrégation scolaire, par Pierre MERLE, La Découverte, 2012.
La ségrégation scolaire, largement ignorée des médias, phénomène peu perceptible mais puissant, est une réalité sociale déniée. Elle renouvelle pourtant, progressivement et profondément, les modalités de scolarisation des élèves.
Depuis la fin des années 1970, les transformations économiques et idéologiques (chômage structurel, déclassement des jeunes diplômés, individualisme croissant...) ont accentué la course au diplôme, la concurrence scolaire, la recherche de la meilleure école, et ont débouché sur de nouvelles politiques éducatives. La promotion du « collège pour chacun », les politiques d'assouplissement de la carte scolaire, la « ghettoïsation par le haut » des établissements bourgeois sont des manifestations directes et indirectes des logiques ségrégatives actuellement à l'oeuvre. L'ouvrage présente des exemples précis et des données inédites.
Les processus ségrégatifs ont accentué l'inégalité de l'école française : le destin scolaire des élèves est de plus en plus dépendant de leur origine sociale, l'écart entre les « forts » et « faibles » ne cesse de croître. Les comparaisons internationales permettent d'envisager quelques réformes possibles, sources d'équité et d'efficacité.


Image_guide_PJJ.jpgGuide de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, par Pierre PEDRON, Lextenso éditions, 2012.
Chaque année, la justice intervient auprès de plus de 350 000 mineurs. Les réformes législatives pénales se multiplient et le nombre de mineurs en danger ne cesse d’augmenter. Qui sont ces jeunes ? De quelle manière le regard porté sur eux par la société a-t-il évolué ? Comment fonctionne cette indispensable justice des mineurs que l’on prétend parfois laxiste et inefficace ?
Cet ouvrage explore un terrain judiciaire méconnu en balayant des réalités difficiles : parents mal traitants, mineurs victimes ou auteurs d’agressions, signalement d’enfants en danger, racket, violences urbaines, couvre-feu, centres éducatifs fermés, tribunal correctionnel pour mineurs, établissements pénitentiaires pour mineurs, peines plancher.
Juge des enfants quotidiennement confronté à des situations critiques, l’auteur présente de manière à la fois complète, simple et accessible le droit et les pratiques éducatives de la Protection judiciaire de la jeunesse.
Étudiants en droit ou en sciences humaines, candidats aux métiers de la Protection judiciaire de la jeunesse, travailleurs sociaux, magistrats, avocats, professionnels de l’enfance délinquante ou en danger, parents ou citoyens curieux d’approfondir les questions relatives à l’enfance en danger et délinquante, tous trouveront dans ce manuel une vision globale et actualisée de la justice des mineurs.


Image_livre_viennot.gifLe procès pénal accéléré. Étude des transformations du jugement pénal, par Camille VIENNOT, Dalloy-Sirez, 2012 (préface de Pierrette Poncela).
Les réformes de la procédure pénale se succèdent, transformant en profondeur le jugement pénal. L'ouvrage de Camille Viennot vient à point nommé dans le contexte actuel de cette étonnante mutation de l'acte de juger à laquelle nous assistons, sans encore disposer des catégories juridiques pertinentes nous permettant de la penser. Des nouveaux juges pour juger autrement, tels sont les deux temps de la démonstration.
Premier temps. Qu'est-ce que juger pénalement ? C'est avoir le pouvoir légal de décider d'une réponse d'ordre juridique à la commission d'une infraction, réponse constituant une sanction pénale et non pas seulement une peine. Or force est de constater que ce pouvoir n'appartient plus seulement à un magistrat du siège. Second temps. Ces nouvelles figures du juge prennent place dans une nouvelle manière de juger : réduction du temps consacré au débat contradictoire et en particulier à la discussion sur les preuves.
La thèse de Camille Viennot, par sa méthode et par son contenu, constitue un apport original et important à la réflexion sur le jugement pénal. En mettant en question des catégories juridiques devenues approximatives, voire désuètes, elle permet de penser autrement un des mouvements majeurs de la procédure pénale.


Feministes_2e_vague-couv.inddLes féministes de la deuxième vague, sous la direction de Christine BARD, Presses universitaires de Rennes, 2012.
Relire l’histoire du féminisme à la lumière de celle des féministes, telle est l’ambition de cet ouvrage. Il s’agit de réfléchir aux actrices (et acteurs, moins nombreux) du féminisme dans sa deuxième vague, postérieure à Mai-68. La tâche est bien nécessaire, car du féminisme, on retient surtout les « acquis », dans les domaines de la loi ou des mentalités, en les attribuant à une évolution quasi naturelle de la société vers le « progrès » et l’on oublie vite celles et ceux qui ont milité pour ces changements. L’ethos militant, valorisant l’anonymat et le collectif, ainsi que les lacunes des sources documentaires contribuent à effacer de l’histoire la part qu’y prennent les engagements individuels, à de rares exceptions près.
En s’intéressant aux féministes, les travaux regroupés dans cet ouvrage offrent un nouvel éclairage sur leurs combats. Qui est féministe ? Pourquoi ? Quelles sont les motivations personnelles de cet engagement si particulier, qui implique l’ensemble de l’existence, jusqu’à la vie intime, comme l’indique le célèbre slogan du Mouvement de libération des femmes, « Le privé est politique » ? Quelles sont les ressources utilisées par les militantes ?
L’ouvrage insiste sur la diversité des féministes en France, au-delà de son noyau dur, le MLF. Il montre aussi la diversité des analyses possibles, issues de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Les prosopographies cohabitent avec des études de parcours singuliers. La cause féministe se construit grâce à de multiples voix de militantes associatives, d’artistes, de syndicalistes, d’intellectuelles…, toutes attachées également à d’autres causes, groupes, classes, identités… Unies ? Non, pas toujours. S’ignorant même, parfois. C’est pourquoi ce livre réserve quelques surprises.


Parcours_sociaux-couv.inddLes parcours sociaux à l’épreuve des politiques publiques, sous la direction de Servet ERTUL, Jean-Philippe MELCHIOR et Philippe WARIN, Presses universitaires de Rennes, 2012.
Cet ouvrage collectif a pour principal objectif de mieux identifier les effets des politiques publiques sur les parcours des individus qu’elles intègrent dans leur périmètre. L’analyse fi ne de plusieurs de ces politiques, mises en œuvre dans des domaines variés, et de leurs conséquences sociales, doit permettre de montrer de quelle manière elles infléchissent les projets de vie, de quelle manière leur transformation constitue une variable extrêmement prégnante dans les processus d’amélioration ou au contraire de dégradation des conditions de vie.
Les textes choisis ont pour point commun d’interroger la façon dont les politiques publiques agissent sur les parcours individuels, notamment en invitant les individus singuliers à prendre en charge leur destinée. En d’autres termes les différentes contributions s’attachent à étudier la portée et les limites des injonctions à l’autonomisation inscrites dans les politiques publiques actuelles.
Ces politiques publiques semblent marquées par une reconfiguration des principes d’action de l’État. Dans un monde globalisé, cette reconfiguration à l’oeuvre depuis les années 1980, et qui n’est pas propre à la France, continue sa progression à l’échelle mondiale, en dépit de nombreuses résistances, faute d’alternatives politiques crédibles instituées.


Image_livre_pignarre.GIFComment la dépression est devenue une épidémie, par Philippe PIGNARRE, La Découverte, nouvelle éditions 2012.
Depuis les années 1970, le nombre de personnes souffrant de dépression a explosé : une véritable épidémie. Comment expliquer un tel phénomène ? La réponse de Philippe Pignarre en surprendra plus d'un : l'arrivée sur le marché de nouvelles familles d'antidépresseurs s'accompagne toujours d'une flambée des diagnostics. Les psychiatres, se détournant de la psychanalyse, ont opté pour la psychiatrie biologique : l'origine de la dépression serait à chercher dans les neurones.
Cette hypothèse a mobilisé d'énormes moyens financiers, alors qu'aucun test biologique ne permet de diagnostiquer la dépression. Les industriels testent au hasard les substances et élargissent les définitions des différentes formes de dépression (toujours plus nombreuses) chaque fois qu'ils trouvent un médicament « efficace ». Chacun se voit offrir la possibilité de traduire son mal-être en termes de « dépression » : la cause déclenchante - deuil, problèmes familiaux, harcèlement moral...- serait secondaire. Aussi est-il devenu inutile de s'intéresser à l'histoire personnelle du patient. Les antidépresseurs sont là pour redonner l'énergie qui manque... L'auteur, qui a travaillé dans l'industrie pharmaceutique, montre qu'il ne faut surtout pas prendre pour argent comptant le discours officiel sur les médicaments.
Ce livre, devenu classique depuis sa parution en 2001, est complétée ici par deux articles sur le débat entre partisans de la psychiatrie biologique et psychanalystes.


Image_livre_la_grande_reforme.gifLa grande démolition. La France cassée par les réformes, par Roland Hureaux, Buchet-Chastel, 2012.
La réforme ! Quel politique ne s’est pas fait élire autour d’un programme réformateur ? C’est même sur ce seul mot, en guise de rupture, que Nicolas Sarkozy a fondé sa campagne de 2007. En fait de rupture promise, nous n’avons eu que la plus parfaite continuité. Et Nicolas Sarkozy n’est finalement que la version gesticulatoire de la logique perverse dictée par l’esprit idéologique qui sévit depuis une vingtaine d’années. Différentes réformes passent ainsi sous la plume critique de l’auteur : éducation nationale, réforme des communes, fusions-acquisitions de différentes administrations, logique de l’entreprise appliquée à l’État…
Derrière cette maladie de la réforme, se cache l’idéologie libérale qui, comme toute idéologie, demande sa ration quotidienne de réformes, de mouvements, de bruits… Par paresse intellectuelle, par manque d’envergure politique, les gouvernants ont préféré nourrir le monstre plutôt que de construire pierre à pierre un système stable.
Ouvrage iconoclaste, mais pas pamphlétaire. Au-delà du personnage de Sarkozy, ce livre est une critique féroce et très documentée de l’idéologie libérale et des gouvernants qui la servent (présentation officielle).

Image_livre_effroyable_mensonge.GIFL'effroyable mensonge. Thèse et foutaises sur les attentats du 11 septembre, par Guillaume DASQUIÉ et Jean GUISNEL, La Découverte, 2012.
Un petit livre contre un grand mensonge. Le mensonge, c'est celui de Thierry Meyssan : dans son livre « L'effroyable imposture », il prétend qu'aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone, le 11 septembre 2001, et que l'explosion serait en réalité un attentat de militaires américains d'extrême droite poursuivant de sombres desseins antidémocratiques. C'est pour en finir avec cette rumeur nauséabonde, pour empêcher qu'une contrevérité habilement portée par un illuminé devienne une certitude dans l'esprit du plus grand nombre, que Guillaume Dasquié et Jean Guisnel ont écrit ce livre. Au terme d'une enquête fouillée, ils réduisent en cendres la thèse délirante de « L'effroyable imposture ». Témoignages et faits à l'appui, ils montrent qu'un Boeing s'est bien abattu sur le Pentagone, ce 11 septembre 2001, dans la ville d'Arlington, devant des milliers de gens. Et que tout le reste du livre est à l'avenant... Surtout, ils dévoilent les noms des étonnants « experts » qui ont épaulé Thierry Meyssan dans son entreprise de mystification, et révèlent de curieux rapprochements avec d'autres fabricants de conspirations, notamment avec des professionnels du combat contre le prétendu complot « judéo-maçonnique ». Un ouvrage salutaire, pour éclairer l'opinion et éviter que la « rumeur de Roswell » ou « X-Files » ne deviennent les nouvelles références de l'enquête journalistique.


Image_dictionnaire_des_dominations.jpgDictionnaire de la domination, par le Collectif Manouchian, éditions Syllepses, 2012.
Depuis que les relations de domination existent, les dominés se sont insurgés pour les abolir et les dominants se sont évertués à les justifier. Le combat du vocabulaire, des théories explicatives de la réalité, des grilles de lectures des faits sociaux, fait ainsi partie des luttes sociales. La déconstruction des mots, concepts et argumentaires qui accompagnent les dominations est une nécessité pour abolir celles-ci. Le présent glossaire se veut être une modeste contribution aux combats contre les dominations de sexe, de race et de classe qui caractérisent notre société en s’articulant de manière systémique. Le collectif Manouchian qui anime le site Les Figures de la domination ne se définit pas comme un collectif de chercheurs mais comme un regroupement de militants ayant eu par leurs trajectoires accès à des savoirs et connaissances qu’ils souhaitent mettre au service de la lutte contre les dominations. Il n’y a pas pour les membres de ce collectif de connaissances qui ne soient situées, ni de subjectivité qui pourrait se prétendre au-dessus de la mêlée des affrontements sociaux. Tant que subsiste la domination, il n’existe pas de tierce position qui ne se situe soit du côté des dominants, soit du côté des dominés. Les luttes sociales se menant également dans la sphère des idées, chacun est inévitablement sommé de choisir son camp ; ainsi, le fait de refuser de choisir un camp, ou de se prétendre extérieur aux batailles en cours est en soi un positionnement, un choix.

Image_livre_theorie_reconnaissance.GIFLes théories de la reconnaissance, par Haud GUEGUEN et Guillaume MALOCHET, La Découverte (Repères), 2012.
Tous reconnus ! Tel paraît être le mot d'ordre contemporain, qui traverse l'espace intime comme les luttes politiques. Chacun considère aujourd'hui qu'il possède des droits inaliénables, parmi lesquels celui de faire « reconnaître » son identité et sa différence - sexuelle, ethnique, religieuse, politique. Les singularités ne sont plus cachées, mais revendiquées. Cela ne veut certes pas dire qu'elles sont toutes effectivement reconnues. Au contraire, cette revendication semble motivée par l'expérience du « déni de reconnaissance » qui prend des formes diverses : mépris social, absence de respect, souffrance au travail.
Ce livre se propose de retracer la généalogie philosophique de cette revendication de reconnaissance et d'en présenter les principales réactualisations dans le champ du travail, de la justice sociale et des politiques multiculturelles. Il expose également les limites du paradigme de la reconnaissance, en présentant les principales critiques qui lui ont été adressées.


Image_politix_97.jpg"Les espaces du contrôle social", Politix. Revue des sciences sociales du politique, n° 97, 2012.
La notion de « contrôle social » recouvre un ensemble de relations et de processus fort divers : elle peut renvoyer à des mesures autoritaires de censure comme à des procédures consensuelles de certification, à des techniques de propagande consciemment mises en œuvre aussi bien qu’à des formes de catégorisation perçues comme neutres par leurs promoteurs. Le contrôle social s’effectue ainsi selon des modalités des plus variées, plus ou moins directes ou discrètes, tantôt répressives et tantôt incitatives, formelles et informelles. Il s’insinue jusque dans les pratiques pédagogiques et ludiques, et ce dès la socialisation primaire. La notion vaut peut-être moins pour son sens positif, relativement indéterminé, qu’en négatif. En d’autres termes, son usage répond au souci, indissociablement scientifique et politique, de parer à certaines appréhensions faussées du monde social, qu’elles dérivent de la figure mythique de l’individu souverain autodéterminé ou d’une représentation irénique des rapports sociaux. Avec la notion de contrôle social, c’est finalement toute la question de la régulation des conduites, des processus d’inculcation et d’emprise des normes qui est posée, et donc celle de la discipline, qu’il n’est pas exagéré de présenter comme une énigme fondatrice et cardinale des « sciences sociales du politique ».
Contributeurs : Murray Edelman et Fabien Desage, François Bonnet, Marie-Sophie Devresse, Grégory Salle, Gwénola Ricordeau, Gilles Chantraine, Aziz Jellab et Armelle Giglio-Jacquemot.

Image_livre_Nee.jpgL'insécurité en campagne électorale, par Émilie NEE, Honoré Champion, 2012.
Thèmes médiatiques prometteurs ou efficaces catalyseurs d’angoisses, «l’insécurité» et «la sécurité» s’invitent régulièrement dans l’espace public et ses discours. Si tout le monde semble convenir que soit «maintenue» ou «assurée» la sécurité dans un État de droit comme la France, le thème de «l’insécurité» suscite cependant des polémiques, réveille des angoisses ou se fait l’écho de peurs. Il répond à une demande ou la crée. Les mots mêmes de sécurité et d’insécurité paraissent dotés d’un pouvoir d’enchantement : insécurité sonne l’alarme, tandis que sécurité a le don de tranquilliser momentanément. Pour autant, «l’insécurité» figure aujourd’hui bien souvent dans les discours politiques et médiatiques comme une catégorie déproblématisée qui génère un consensus tant au niveau de ses expressions que des représentations qu’elle véhicule. Informé par l’analyse de discours, la sémantique et la linguistique de corpus, cet ouvrage explore le surgissement de la thématique sécuritaire dans l’espace public. Il questionne pour cela le débat électoral sur l’insécurité en 2001-2002 dans un discours de presse (Le Monde).


Image_management_prison.gifLe management des prisons, par Gaëtan CLIQUENNOIS, Larcier, 2012 (préface de Robert Castel).
Si la gestion actuarielle des risques et la thématique de la responsabilisation connaissent un succès croissant, très rares sont pourtant les études qui mettent réellement à l'épreuve ce type d'hypothèse. C'est toute l'ambition de cet ouvrage qui revient d'abord sur les différents énoncés de la gestion actuarielle et de la responsabilisation et leurs sources et origines intellectuelles (les études gouvernementalistes avec comme figure de proue M. Foucault), ainsi que sur les différents champs du domaine social et pénal auxquels s'appliquerait cette hypothèse. Les prisons constituent précisément l'un des principaux champs d'application de la gestion des risques et de la responsabilisation. Ainsi, selon une formule désormais connue, la prison serait dorénavant post-disciplinaire. L'ouvrage propose ensuite de discuter de la pertinence et de la validité de cette hypothèse à partir d'un matériau juridique pénitentiaire français constitué de cinq domaines décisionnels majeurs : l'affectation des détenus, l'allocation du travail aux détenus, les décisions disciplinaires les mesures de prévention du suicide, les mesures de permission de sortie (congés pénitentiaires) et d'aménagement de peine (libérations conditionnelles, surveillances électroniques, semi-liberté). L'étude de ces cinq domaines décisionnels permet de jauger la pertinence de l'hypothèse en précisant sa portée et ses conditions d'existence.


Image_livre_adler.jpgThe Tender Cut. Inside The Hidden World of Self-Injury, Patricia et Peter ADLER, New York University Press, 2012.
Premier couple à recevoir en 2010 le très prestigieux « George Herbert Mead Award for Lifetime Achievement », Patricia et Peter Adler livrent le résultat d’une longue recherche portant sur les pratiques d’automutilation. S’il n’est pas seulement pertinent d’étudier ces conduites au prisme de la sociologie, le choix de recourir à Internet pour y effectuer la majeure partie du travail de terrain en double l’intérêt. C’est en effet à partir de l’observation du web anglophone et d’entretiens conduits avec des internautes (mais pas seulement) que Patricia et Peter Adler ont pu mener leur enquête. Avec cet ouvrage, les deux sociologues communiquent l’aboutissement de leur réflexion sur le sujet, commencée officiellement dans les années 2000 ; mais, est-il expliqué, l’idée commença à éclore au début des années 1980, lorsque Peter Adler recueillit les confidences d’une étudiante qui lui avoue se blesser volontairement… En définitive, The Tender Cut est un ouvrage rigoureux et remarquablement écrit en douze chapitres courts, clairs, et parsemés d’extraits d’entretiens. De la « phénoménologie » des blessures auto-infligées à l’exploration des communautés en ligne, d’un aperçu des diverses postures théoriques ayant appréhendé l’automutilation aux relations sociales progressivement mobilisées autour de la conduite, chacun de ces chapitres immerge pas à pas le lecteur, tel que le désigne le sous-titre du livre, dans le « monde caché des blessures auto-infligées ».

Image_livre_pons.jpgLa corruption des élites. Expertise, lobbying, conflits d’intérêts, par Noël PONS, Odile Jacob, 2012.
Le chaos financier qui affecte l’économie-monde est-il seulement l’effet d’un cycle et le produit d’erreurs politiques ? N’est-il pas aussi la conséquence d’agissements frisant la correctionnelle mais protégés par une « corruption douce » ?
Pour Noël Pons, les multiples analyses de la crise financière globale ont mis en évidence les liens fusionnels entre les réseaux d’affaires et le politique. Dérégulation, autocontrôle vain, connivence à tous niveaux : un véritable système s’est mis en place, discret mais efficace, jouant de toutes les complaisances.
Décrivant en profondeur le rôle trouble du lobbying et des experts, le laxisme généralisé en termes de conflits d’intérêts, les logiques douteuses à l’œuvre dans le monde de la finance, la pénétration de l’économie par des organisations criminelles, Noël Pons éclaire d’un jour inédit des phénomènes au centre de l’actualité, comme la crise de la dette souveraine, ou encore en révèle d’autres, comme les opérations mafieuses dans le domaine des technologies de la communication et dans l’économie verte.
Noël Pons a été inspecteur des impôts, fonctionnaire au Service central de prévention de la corruption (SCPC).



Image_livre_droite_de_la_droite.gifÀ droite de la droite. Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle, par Philippe Vervaecke, Septentrion, 2012.
Bastions de la démocratie libérale en Europe au début du XXe siècle, la France et la Grande-Bretagne ont été affectés par le processus de radicalisation des droites à divers moments de leur histoire respective. Ligues patriotiques du début du siècle, partis fascistes ou fascisants de l'entre-deux-guerres et extrêmes droites xénophobes et nationalistes d'après 1945 ont successivement contribué à affirmer l'existence d’une droite de la droite dans les deux pays.
L’ouvrage pose la question des relations entre droites radicales et modérées à l’échelle du siècle : quelles interactions, quels recoupements idéologiques, quel socle militant partagé, quelles répudiations observe-t-on entre ces deux milieux ? Sont tour à tour abordés les cultures politiques des droites radicales, ensemble composite défini par une grande diversité idéologique, les échanges et circulations d’idées qui s’opèrent entre ces milieux de part et d’autre de la Manche, leur faculté à recruter des soutiens auprès des femmes, ainsi que les relations qui s’instaurent entre droites radicales et modérées au fil du siècle. À droite de la droite concourt à replacer le débat sur les droites radicales au-delà de la simple question de leur succès électoral et à interroger les spécificités idéologiques et structurelles de la 'droite de la droite’ dans chacun de ces contextes nationaux.



Image_dictionnaire_immigration.gifDictionnaire de l'immigration en France, sous la direction de Smaïn LAACHER, Larousse, 2012.
Le Dictionnaire de l’immigration en France, premier ouvrage du genre en France, est un recueil critique de mots et de concepts que le droit, le discours politique, le propos ordinaire véhiculent pour nommer et qualifier des personnes et des groupes n’appartenant pas à l’ordre national, ou n’étant pas perçus comme lui appartenant naturellement. Il y a peu de domaines de la vie sociale, économique, politique et culturelle où les mots employés vont de soi. Le débat public sur l’immigration et les immigrés, quelle que soit leur nationalité, est celui qui, sans aucun doute, permet toutes les approximations et les inexactitudes.
Cet ouvrage se propose donc d’être un répertoire rigoureux de mots à enjeux, ceux qui soulèvent des difficultés de définition et des problèmes de compréhension. Expliquer et faire le point sur un thème au carrefour d’une pluralité de disciplines en sciences humaines, telle fut notre ambition. Ce dictionnaire est plus que nécessaire. Il est devenu une urgence intellectuelle et scientifique.



Image_livre_drogue_seismo.jpgCommission fédérale pour les questions liées aux drogues (CFLD), La politique drogue en tant que politique de société. Un rétrospectif sur trente ans de politique suisse en matière de drogues, éditions Seismo (Suisse), 2012.
Quelle politique drogue la Suisse doit-elle suivre? Cette question s’est posée de façon dramatique dans les années 1980, alors que les personnes toxicomanes de la tristement célèbre Platzspitz se transmettaient le VIH/sida. La première réponse – vaine – fut davantage de répression, jusqu’à ce qu’un consensus basé sur une ligne libérale se forme. Avec la politique dite des quatre piliers – prévention, thérapie, réduction des risques et répression –, un modèle jugé efficace fut introduit et que d’autres villes européennes ont adopté par la suite. La Commission fédérale pour les questions liées aux drogues (CFLD) a soutenu, développé et marqué ce modèle de son empreinte. Ce livre offre un rétrospectif de ce processus et du rôle de la CFLD en tant que think tank de notre politique drogue. Divers auteurs, qui l’ont mise au point au sein de cette commission et qui l’ont accompagnée dans son évolution, relatent ces trente années intenses de travail et de remises en question – sociologiques, politiques, éthiques et juridiques – tout en scrutant l’avenir de cette voie propre à la Suisse. Sa politique drogue est ici examinée de façon critique et rétroactive, mais aussi pionnière et prospective.


Image_apres-demain_22.png"Médicaments : progrès et profits ?", Après-Demain (revue de la Fondation Seligmann), 2012, n°22.

Les sentiments vis-à-vis du médicament sont ambivalents : progrès indéniables mais aussi tragédies - hier la Thalidomide, aujourd’hui le Mediator - qui viennent rappeler à quel point le contrôle de la production et de la diffusion des médicaments est vital. L’industrie pharmaceutique et l’opinion que nous en avons sont le miroir de ces ambivalences : nous sommes désireux d’être traités selon les dernières connaissances et techniques médicales, mais tout autant méfiants à l’égard d’un secteur mondialisé dont la finalité est le profit.

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Image_LDH_2012.GIFUn autre avenir ? L'état des droits de l'Homme en France en 2012, La Découverte, 2012.
L'année 2011 a été marquée à la fois par l'approfondissement de la crise économique, sociale et écologique, par la révolte des peuples arabes et par la préparation d'échéances démocratiques majeures en France. Pour relever ces défis, la Ligue des droits de l'Homme, dans la logique du Pacte pour les droits et la citoyenneté qu'elle a signé avec quarante-neuf autres organisations associatives et syndicales, pense qu'il est temps de porter, à côté de ses « indignations » et de ses critiques des régressions des droits, des propositions pour construire ensemble un avenir différent. Non pas un programme politique pour une alternance, mais des pistes pour des alternatives à la hauteur des enjeux.
La LDH affirme ici la nécessité de relégitimer le politique comme fondateur de démocratie ; de prendre au sérieux l'effectivité des droits sociaux et de réinvestir dans le service public ; de changer d'ère face à l'urgence écologique ; d'en finir avec la politique de la peur et du soupçon, de rendre la justice indépendante du politique et de mettre la police au service des droits des citoyens ; de refuser les logiques de discriminations, de racisme et de xénophobie pour choisir un avenir partagé, en France comme dans le nouveau monde qui naît, en agissant fermement pour l'universalité des droits. Les citoyens ont envie de cette nouvelle donne. La société civile, dans sa diversité, est porteuse d'énergies, d'idées, de possibles. Elle cherche à les exprimer, à dire les mots du changement, elle veut être entendue. Ce livre n'a d'autre ambition que de mettre en débat ces ambitions et ces attentes, et le nouveau contrat social garantissant l'effectivité des droits pour un « autre avenir ».



Image_livre_ecole_de_Francfort.gifL’École de Francfort, par Jean-Marc DURAND-GASSELIN, Gallimard, 2012.
Nul doute que l’École de Francfort, qui a regroupé des figures aussi importantes que Max Horkheimer, Walter Benjamin, Theodor Adorno, Herbert Marcuse, Jürgen Habermas ou Axel Honneth, est une matrice majeure de la philosophie contemporaine. Nul doute cependant que repérer les traits constitutifs de ce qui, de manière d’ailleurs assez tardive, s’est appelé « École de Francfort », présente une certaine difficulté.
Quoi de commun, en effet, entre les fulgurances énigmatiques de Benjamin évoquant la figure baudelairienne du flâneur et la rude élaboration théorique par Habermas d’une théorie de l’agir communicationnel ? Entre l’exigeante théorie de l’art d’avant-garde d’Adorno et celle du besoin de reconnaissance de Honneth, tournée vers la vulnérabilité ? Entre les aphorismes pessimistes du jeune et du vieux Horkheimer et la philosophie explosive du désir de Marcuse ? Où placer alors d’autres figures importantes comme Neumann, Fromm ou Wellmer ?
À cette variété s’ajoute la discontinuité des générations, des expériences historiques, donc des références intellectuelles. Il y a d’un côté le pessimisme radical d’Adorno et de Horkheimer, tous deux ancrés dans une culture philosophique et intellectuelle allemande, mais liés par l’expérience du nazisme, du stalinisme et de l’exil ; Habermas et Honneth de l’autre, davantage réconciliés avec des institutions démocratiques consolidées par l’après-guerre, et se référant notamment à la psychanalyse anglo-saxonne, au pragmatisme, aux théories américaines de la justice ou au structuralisme français. Jean-Marc Durand-Gasselin reconduit la diversité de ces penseurs à l’identité du projet d’origine : conjuguer les données empiriques, les enquêtes et les approches plurielles des sciences humaines pour décrire au plus près la réalité sociale.



Image_livre_criminalite_organisee.jpgLa criminalité organisée. Droit français, droit international et droit comparé, sous la direction de Jean PRADEL et Jacques DALLEST, LexisNexis, 2012.
L'actualité d'un tableau juridique de la criminalité organisée n'est plus à démontrer. Faut-il rappeler que cette forme de criminalité gagne en force chaque année au point de menacer les assises démocratiques de nos sociétés et d'inspirer à l'heure actuelle de grosses réformes au sein de l'Union européenne, avec notamment des réflexions sur un éventuel ministère public européen. La lutte contre la criminalité organisée est devenue pour les praticiens en matière pénale une des toutes premières préoccupations, sinon la première. La logique de l'ouvrage se fonde sur le souci d'exhaustivité qui a inspiré ses concepteurs. La criminalité organisée est conçue comme un tout. De là, son étude en droit français à la fois dans ses aspects de fond et de procédure. De là aussi l'examen des règles européennes, celles du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne tout à la fois. De là enfin, l'examen plus rapide certes des normes admises par des pays voisins géographiquement ou culturellement.
Le présent ouvrage frappe avant tout par son originalité. Sans doute, des travaux ont-ils déjà été publiés sur la criminologie de la criminalité organisée ou sur certains aspects particuliers des aspects juridiques de cette matière. Mais nul ouvrage couvrant l'ensemble de cette question n'avait encore vu le jour. Même si les frontières juridiques de la criminalité organisée restent un peu incertaines, l'ouvrage en aborde tous les aspects de fond et de procédure.



Image_livre_mediatiser_la_police.gifMédiatiser la police, policer les médias, sous la direction de Michaël MEYER, Éditions Antipodes, 2012.
Le travail policier est depuis longtemps l’objet de récits et d’images qui ont durablement influencé notre imaginaire. Cette puissance narrative acquise fait aujourd’hui de l’univers policier l’un des arrière-plans préférés des médias.
À partir de ce constat, cet ouvrage se propose d’explorer comment des représentations de la police sont produites et circulent dans, et entre, les champs du divertissement et de l’information, mais également comment l’institution policière s’est elle-même constituée en pourvoyeuse et en gardienne de son "image publique". Plus que jamais, le monde réel et le monde médiatique de la police coexistent et se confrontent, car les corps de police sont devenus des producteurs actifs d’images et de discours sur leurs propres actions.
Par un double mouvement, "médiatiser la police" et "policer les médias", ce livre étudie l’imaginaire social sur la police, sa diffusion dans les médias de masse (télévision, presse, affiches, espaces muséaux…) ainsi que le travail communicationnel des polices modernes.



Image_livre_dosiere.jpgL'argent de l’État. Un député mène l'enquête, par René DOSIERE, Seuil, 2012.
Après L'argent caché de l'Élysée, René Dosière, explore le train de vie de l'État : un dossier complet et édifiant sur les dérives des dépenses publiques.
Dix années d’investigations parlementaires lui ont permis de briser le tabou des comptes de la présidence de la République. Le député-enquêteur met en évidence la croissance des dépenses élyséennes, conséquence de l'activité intense du Président Sarkozy mais aussi de comportements dispendieux dans et hors du palais.
Élargissant ses investigations au gouvernement, René Dosière établit, pour la première fois, le coût réel d’un ministre. Les têtes de l’exécutif échappent à la rigueur qu’elles imposent aux Français. Dans les cabinets ministériels, effectifs et rémunérations augmentent à vive allure !
Dans un style, dont le sérieux n’exclut pas la vivacité, L’Argent de l’État lève le voile avec précision et clarté sur le budget de l’État, l’un des trop nombreux angles morts de notre démocratie.



Image_livre_karthala.jpgL’Atlantique multiracial. Discours, politiques, dénis, sous la direction de James COHEN, Andrew DIAMOND et Philippe VERVAECKE, Karthala, 2012.
Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, le début du millénaire a vu se multiplier des discours épurés de toute référence à la catégorie de « race ». La tolérance et la diversité sont désormais les registres dominants que l’on emploie pour parler de questions relevant auparavant de cette dernière. Ainsi, aux États-Unis, l’élection de Barack Obama a donné un puissant élan à ce que Thomas Sugrue nomme le « grand récit de la réconciliation raciale », en dépit de la racialisation évidente des inégalités sociales.
De part et d’autre de l’Atlantique, la notion de color-blindness gagne en influence. Elle dissimule une forme de racisme culturel, ou de racisme différentialiste, qui se diffuse dans la sphère publique, et que revendiquent même parfois certains responsables politiques. Cette évolution intervient dans un contexte de remise en cause des modèles nationaux d’intégration et de déclarations catégoriques sur le prétendu échec du multiculturalisme : prises de position dont l’objet est de critiquer des politiques jugées trop différentialistes, tout en pointant du doigt certaines catégories de la population dont l’intégration s’avérerait problématique.



Image_livre_patricia_prenant.jpgLa bourse ou la vie ! Le brigandage et sa répression dans le pays niçois et en Provence orientale (XVIIIe-XIXe siècles), par Patricia Prenant, Nice, Serre éditeur, 2012.
Dans l’imaginaire collectif, les brigands sont perçus comme des héros populaires, tels Robin des Bois, Cartouche ou Mandrin. En revanche, quels que soient la période ou le pays, les pouvoirs publics ne partagent pas cette vision positive du brigandage. Ils estiment qu’il constitue une menace pour les personnes et la circulation des marchandises, ou même une cause d’instabilité politique, comme sous la Révolution. C’est pour cela que le brigandage a toujours été considéré comme l’un des crimes les plus graves. Néanmoins, entre une littérature louant les vertus des brigands et une législation des plus exemplaires, la réalité de ce crime ne correspond à aucun de ces deux points de vue, principalement dans le pays niçois et la Provence orientale des XVIIIe et XIXe siècles.
Pourtant, ce territoire est propice au développement du brigandage. L’extrême pauvreté de la population peut pousser certaines personnes au crime. Les zones montagneuses permettent aux brigands de dresser facilement des embuscades aux passants et constituent, dans le même temps, des cachettes difficilement accessibles aux forces de l’ordre, sans compter que les frontières proches leur permettent de s’enfuir et de se soustraire aux autorités, policières et judiciaires. Enfin, les changements de régime durant les XVIIIe et XIXe siècles constituent des périodes d’instabilité politique qui favorisent la criminalité. Néanmoins, malgré tous ces facteurs favorables au brigandage, on rencontre rarement de grandes bandes professionnelles. Nous sommes en présence d’hommes pauvres, devenant des criminels lorsque des opportunités se présentent à eux et volant leurs propres voisins, aussi pauvres qu’eux. Il s’agit d’une petite criminalité, opérant occasionnellement et destinée plus à survivre qu’à s’enrichir.



droit_punir_couv.inddLe droit de punir, du siècle des Lumières à nos jour, sous la direction de Frédéric CHAUVAUD, Presses universitaires de Rennes, 2012.
En 1930, quelques années après avoir publié ses Souvenirs de la Cour d’assises, André Gide suggérait que la punition devrait tenir compte de la personnalité des criminels. Comment punir quelqu’un que l’on ne connaît pas ?, se demandait-t-il, ajoutant qu’« il est, sur la carte de l’âme humaine, bien des régions inexplorées ». Régulièrement, avec plus ou moins d’intensité, le droit de punir a été et reste l’objet de réflexions, de controverses, de propositions de loi, de demandes de réformes. Les débats sont tantôt vifs et profonds et semblent concerner le plus grand nombre, tantôt ils s’appauvrissent et restent réservés aux « spécialistes » qui dans des manuels ou des ouvrages d’histoire du droit pénal présentent ce dernier comme le droit de réprimer ou de sanctionner les auteurs d’infractions. Mais quel sens faut-il donner à la peine si elle n’est pas accompagnée d’autres mesures ? Est-elle une sorte d’horizon d’attente, une fiction des sociétés contemporaines qu’il faut bien entretenir ?
Ne faut-il pas « remettre à plat » la justice pénale et se demander si après avoir puni il est possible de guérir ou de rendre un citoyen à la société ? La « pénalité » doit conserver son utilité écrivent les uns et les autres. Mais faut-il punir le crime ou plutôt les criminels ? Faut-il punir de la même manière les enfants, les fous et les récidivistes ? Que doit-on faire à l’époque de l’Empire français dans les colonies ? Ne conviendrait-il pas de se demander à nouveau pourquoi punir ? et de réfléchir à l’efficacité de la justice répressive ? La justice d’expiation et la « rédemption du coupable » ne suffisent pas, la peine est devenue aussi un enjeu symbolique et un moyen de communication, voire une « arme pénale ».



Image_livre_sylvie_frigon.jpegCorps suspect, corps déviant, sous la direction de Sylvie FRIGON, Les éditions du Remue-ménage, 2012.
En prenant comme point d’ancrage des disciplines en sciences humaines et sociales, et plus particulièrement la criminologie, cet ouvrage pose un regard multiple sur les constructions sociales du corps déviant, et sur le corps féminin en particulier, révélant ainsi l’interaction entre les discours et les pratiques dominantes sur le corps.
Réunissant des textes qui abordent, entre autres sujets, le pouvoir psychiatrique, la torture étatique, l’identification génétique, l’ « anatomie » du criminel, le vieillissement et l’autoblessure en milieu carcéral, le contrôle exercé sur les corps homosexuels ou ceux des travailleuses du sexe, ce recueil rend compte d’une archéologie du corps du mal, un corps à la fois site de contrôle et site de résistance.
Des textes de Chris Bruckert, Jean-François Cauchie, André Cellard, Patrice Corriveau, Martin Dufresne, Sylvie Frigon, Dave Holmes, Claire Jenny, Jennifer M. Kilty, Sandra Lehalle, Stuart J. Murray, Isabelle Perreault, Dominique Robert et Laura R. Shantz.

Image_livre_arbitraire_du_pouvoir.jpgContre l’arbitraire du pouvoir, 12 propositions, par Collectif, éditions La Fabrique, 2012.
L’arbitraire, selon le Robert, est « une autorité qui s’exerce selon le bon vouloir d’une personne ou d’un groupe ». Ce livre s’en prend à cette autorité et à ce bon vouloir sur les terrains où ils s’exercent aujourd’hui avec le plus de dégâts, aux dépens des plus vulnérables : la prison et la police, la garde à vue et l’antiterrorisme, la justice des enfants et l’utilisation policière de la psychiatrie… Magistrats, avocats, chercheurs, historiens ou psychiatres, les auteurs ne se contentent pas d’un énième état des lieux : tous et toutes terminent par des propositions, dont certaines pourraient être mises en application du jour au lendemain et d’autres – comme l’élimination du racisme d’État ou la liberté totale de circuler à travers les frontières – imposeront de grands bouleversements. Peu importe qu’on crie à l’utopie, à l’irréalisable : il n’est pas question ici de faire consensus mais bien plutôt de provoquer le débat sur ce que nous subissons, en silence le plus souvent.
Textes de Félix Boggio Éwanjé-Épée, Matthieu Bonduelle, William Bourdon, Antoine Comte, Évelyne Sire-Marin, Paul Machto, Stella Magliani-Belkacem, Gilles Manceron, Karine Parrot, Géraud de la Pradelle, Gilles Sainati & Carlo Santulli


Internat_scolaire-couv.inddL’internat scolaire. Travail, cadre, construction de soi, sous la direction de Dominique GLASMAN, Presses universitaires de Rennes, 2012.
Mais oui, beaucoup d’adolescents d’aujourd’hui se plaisent à l’internat ! C’est pour eux un espace de travail et de sociabilité, dans lequel ils peuvent se construire. C’est le cas au moins de ceux et celles que leur éducation familiale et scolaire a dotés des dispositions nécessaires pour en apprécier le cadre et en accepter la règle. D’autres internes n’ont au contraire qu’un désir, celui d’échapper au plus vite à ce régime.
Tous les élèves, toutes les familles, ne font pas le même usage de l’internat : il en est pour qui c’est d’abord un cadre de travail, d’autres auxquels il permet surtout de vivre selon un rythme plus paisible en s’épargnant de longs trajets, d’autres encore qui y cherchent surtout protection et contrôle. Contraints, par leurs parents comme par le contexte social et économique, d’accorder de l’attention au travail scolaire, les adolescents attendent de l’internat qu’il leur permette de satisfaire ces attentes ; c’est ce qui est appelé dans ce livre une « demande d’institution ».



police_republique_couv1.inddLa police de la République. L’ordre public à Genève au XVIIIe siècle, par Marco Cicchini, Presses universitaires de Rennes, 2012 (préface de Michel Porret).
Au XVIIIe siècle, alors que la police n’est pas encore une institution à part entière, mais une pratique de gouvernement dispersée et hétérogène, la modernité policière se prépare efficacement. Comment et dans quelles circonstances l’ancienne mission pastorale de la police, conçue de manière étendue pour orienter les hommes et leurs conduites, se réduit-elle progressivement à des fonctions sécuritaires et judiciaires ? Pour répondre à cette question, ce livre étudie le cas de la petite République de Genève, considérée en son temps comme un modèle de « parfaite administration », mais ignorée jusqu’à ce jour de l’historiographie de la police. La réduction d’échelle que la cité-État offre à l’analyse a son importance. Elle permet de saisir ensemble des transformations de la police intimement liées, mais généralement traitées isolément les unes des autres. Au xviiie siècle, l’économie normative des ordonnances de police justifie l’émergence de techniques plus fines de régulation sociale. De même, la redéfinition des moyens d’action de la magistrature, incarnée à Genève par le Tribunal du lieutenant, s’adosse à la participation accrue des militaires au gouvernement de la cité. La reconfiguration des pratiques policières et les débats qu’elle génère dans la République font intervenir une pluralité d’acteurs. Les exigences divergentes qu’expriment autorités, spécialistes du maintien de l’ordre et population donnent sens à la construction d’un ordre public toujours provisoire, sans cesse négocié. La dimension publique de l’ordre est placée au coeur du processus de modernisation de la police.



Boys_dont_cry-couv.inddBoys Don’t Cry ! Les coûts de la domination masculine, sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Érik Neveu, Presses universitaires de Rennes, 2012.
Les féministes en font trop ! » Les hommes seraient devenus sinon le sexe « faible », ou du moins stigmatisé. Les moindres performances scolaires des garçons viendraient d’une perte d’estime de soi du masculin. La plus discrète avance sexuelle serait recodée en harcèlement, le goût de la compétition en agressivité. Voici quelques aspects d’un discours de la plainte, de la hargne parfois, par lesquels des groupes d’hommes s’emploient à inverser la rhétorique féministe pour se poser en victimes, revendiquer des droits dont ils seraient privés.
Le présent ouvrage se propose d’analyser ces discours, notamment en portant attention aux propos « masculinistes », tels qu’ils s’affirment par exemple dans certaines organisations de pères divorcés. Quels sont les arguments de ces groupes ? En quoi sont-ils symptômatiques des évolutions et des perceptions des rapports de genre ? Peut-on évaluer leur impact, qui varie entre Amérique du Nord et Europe ? Quels enjeux inséparablement politiques et scientifiques portent des notions comme « coûts de la masculinité » ou « rôles de sexe » ?



Pour_une_critique_de_la_ville-couv.inddPour une critique de la ville. La sociologie urbaine française, 1950-1980, par Éric Le Breton, Presses universitaires de Rennes, 2012.
En France, les décennies 1950, 1960 et 1970 sont traversées par une puissante révolution urbaine. Les grands ensembles, le pavillonnaire et les infrastructures routières, les centres commerciaux et les complexes tertiaires redessinent, avec une brutalité difficile à imaginer aujourd’hui, le cadre de vie des Français. En 1950, les villes ont encore leur physionomie du xixe siècle. En 1980, c’en est terminé de cette ville ancienne, définitivement reléguée dans le passé ; la modernité urbaine s’est installée. La période des Trente Glorieuses est aussi celle d’une extraordinaire effervescence intellectuelle. De nouveaux systèmes de pensée redéfinissent les articulations entre la science et la politique, la pensée et l’action, les réalités locales et les logiques globales. Le marxisme, le structuralisme et la sémiologie, le catholicisme de gauche et la psychanalyse lacanienne se saisissent de toutes les transformations sociales et en proposent des interprétations globales et engagées. La sociologie urbaine critique naît de la combinaison de ces embrasements urbain et intellectuel. Prolixe, inventive, souvent militante, elle diagnostique la fin des villes et saisit l’émergence d’une nouvelle société, « urbaine », appréhendée à travers ses modes de vie, son insertion dans des réseaux d’échanges mondialisés et l’apparition du local dans les médiations politiques.



Image_revue_des_sciences_sociales_46.jpg"Extrémisme et violence", Revue des Sciences Sociales, n°46, 2011.
Le vote d'extrême-droite est désormais ancré dans le paysage politique en Europe. Les événements violents qui se sont récemment réclamés d'idéologies extrémistes donnent toute son actualité à un numéro qui se penche sur les rapports entre discours et pratiques aux confins du champ politique.
Dans quelle mesure un succès électoral de l’extrême-droite encourage-t-il certaines personnes à la violence, ou au contraire permet-il de canaliser les tentations violentes vers les urnes ? Les groupes néonazis et les subcultures rassemblant de jeunes xénophobes jouent-elles un rôle décisif dans ce processus ? L’extrême-gauche se renforce-t-elle par réaction et, si oui, les extrémismes des deux bords tendent-ils à s'alimenter mutuellement ?
Dans un contexte de crise persistante des institutions démocratiques, les textes de ce numéro éclairent la scène extrémiste, ses cultures, ses dynamiques, et le renouvellement de ses formes d'action.

Image_livre_heilmann.jpgParlons sécurité en 30 questions, par Eric HEILMANN, La Documentation française, 2012.
Les questions de sécurité publique sont au cœur de l’actualité française. En témoignent les lois d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (dites LOPSI 1 et LOPPSI 2), le débat autour du fichier central d’identité biométrique ou encore celui sur la vidéosurveillance et les violences urbaines avec l’exemple anglais. Quels sont les enjeux et les réalités de la sécurité en France ? Pour sortir du brouhaha médiatique, « Entrez dans l’actu » vous présente l’éventail des informations en mesure de vous éclairer objectivement.

Image_livre_cario.jpgEnfant exposé aux violences familiales. Vers un statut spécifique ?, sous la direction de Robert CARIO, L'Harmattan, 2012.
L'impact de l'exposition aux violences familiales sur l'enfant est devenu, depuis quelques années, une préoccupation majeure des politiques européennes et internationales de protection de l'enfance, notamment pas le biais du Bureau international des droits des enfants, installé au Canada. Pourtant, au niveau national. le seul rapport traitant d'une telle problématique est celui de l'ONED, néanmoins incomplet en ce qu'il s'intéresse uniquement aux conséquences des violences conjugales. Mais qu'en est-il des autres types de violences familiales ? Bien que l'enfant exposé aux violences familiales ne soit pas la principale victime, il n'en souffre pas moins intensément, comme ont pu le constater différents travaux scientifiques, au regard des lourdes répercussions psychologiques et sociales qu'elles entraînent. Très récemment, la Loi du 9 juillet 2010, relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants est venue renforcer la nécessité d'une prévention précoce qui passe, notamment, par une sensibilisation accrue des intervenants. Au travers d'une approche pluridisciplinaire. l'ouvrage aborde quelques aspects de la problématique des enfants exposés aux violences familiales, de son dépistage jusqu'à sa prise en compte. L'évolution des connaissances et des pratiques professionnelles actuelles est en effet de nature à améliorer le déroulement harmonieux de leur socialisation.


Image_livre_guerre_humainte.jpgLa guerre au nom de l'humanité. Tuer ou laisser mourir, par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, PUF, 2012.
Quand peut-il être juste de bombarder au nom des droits de l’homme ? La guerre, même juste, fait des victimes civiles. Vaut-il mieux alors tuer ou laisser mourir ? Sous le nom d’intervention humanitaire, droit d’ingérence ou responsabilité de protéger, l’intervention militaire justifiée par des raisons humanitaires est l’une des questions les plus brûlantes des relations internationales. Ce livre interdisciplinaire – historique, juridique, éthique et politique – est le plus complet jamais publié en français sur ce phénomène. S’appuyant sur de nombreux exemples, de la guerre punitive en Chine antique jusqu’à l’intervention de l’OTAN en Libye, il élabore une théorie réaliste de l’intervention en reprenant cinq critères de la doctrine de la guerre juste : cause juste, autorité légitime, bonne intention, dernier recours et proportionnalité.



Image_livre_liebig.jpg De l’utilité politique des Roms. Une peur populaire transformée en racisme d’État, par Étienne LIEBIG, Michalon, 2012.
Les Roms n’ont jamais été perçus comme des immigrés européens venus tenter leur chance en France. Comment la haine irrationnelle dont ils sont victimes s’est-elle construite historiquement, socialement, culturellement et médiatiquement ? Quand cet acharnement a-t-il commencé ? Pourquoi en 2012 la question des Roms, finalement peu nombreux sur le territoire, provoque-t-elle un tel déchaînement de violences ? Et dans quel but les politiques ont-ils exacerbé cette peur populaire, jusqu’à la transformer en racisme d’État ?
Avec beaucoup de justesse, Étienne Liebig – qui travaille depuis longtemps avec les Tsiganes de France – décrypte ce phénomène de rejet. En retraçant l’histoire de la pensée coloniale et des mécanismes de discrimination raciale et sociale, il montre comment s’est élaborée dans notre inconscient collectif l’imagerie populaire et savante des Tsiganes, et combien ces boucs émissaires sont utiles à certains politiques dans leurs discours populistes.



Imagelivre_etre_francais.jpg Être français aujourd’hui. Les mots du « grand débat » sur l’identité nationale, Pascal Marchand et Pierre Ratinaud, Les Liens qui Libèrent, 2012 (Préface de Gérard Noiriel).
Qui ne se souvient du débat lancé par le gouvernement sur l'identité nationale en 2009 ? Qui sait que quelque 20 000 citoyens y participèrent ? Et qui connaît les résultats de cette consultation ? Personne ! Lorsqu'Eric Besson mit fin au débat, certes devenu si sulfureux qu'il valait mieux pour le gouvernement d'urgence s'en débarrasser, il le résuma d'une seule phrase, définitive : « Pour les Français, être français c'est avoir des droits et des devoirs. » Deux universitaires, sociologues et politologues, surpris de cette portion congrue voulurent en savoir plus. Ils créèrent un logiciel unique qui leur permit de décrypter 18 240 contributions au débat. Et leur surprise fut encore plus grande. Les conclusions sont très différentes de celles du ministre et de ses sondeurs. On découvre des contributions d'une remarquable diversité, parfois même nourries de récits de vie ou de témoignages particulièrement émouvants. C'est ce travail, organisé par grands thèmes, que ces auteurs publient. Il s’agit donc de redonner la parole à ceux qui ont participé au « grand débat »… et d’en faire profiter les autres. Dans ce « dictionnaire raisonné de l’identité nationale », chacun sera assuré de trouver des propos qu’il aimera, et d’autres qu’il détestera… et qu’il aimera sûrement détester ! Car c’est la diversité française qui s’exprime ici, crue et nue, libre et spontanée, en raison et en émotion.

Image_livre_hotels_meubles.jpgHôtels meublés à Paris, enquête sur une mémoire de l'immigration, par Céline Barrère et Claire Lévy-Vroelant, Créaphis, 2012.
Ce livre résulte d’un pari ambitieux : saisir les hôtels meublés parisiens comme des lieux de mémoire. (…) À interroger habitants et hôteliers, l’oubli et le souvenir alternent dans un présent hanté de passé et d’avenir. Mais comment la mémoire pourrait-elle prospérer dans ces lieux alimentés par l’immigration, marqués par la domination et, bientôt, défaits par la destruction ou la réaffectation à d’autres fonctions plus lucratives ? (…) Nous sommes allées y voir de plus près, assurées du soutien des penseurs de la mémoire, ses théoriciens d’abord, historiens et sociologues, ses passeurs ensuite, écrivains et muséologues (…) L’imminence de la disparition des hôtels meublés et du milieu qu’ils constituent n’a pas peu compté dans notre détermination de pousser toujours plus loin une investigation pourtant interminable au sens premier du terme. (…) Nous savions que l’hôtel meublé était le premier logement de l’étranger, qu’il vienne de la province voisine ou d’au-delà des frontières. Nous savions que le nombre d’établissements était passé, en trois quarts de siècle, de plus de 20 000 à moins de 800, de 230 000 chambres à un peu plus de 18 000. (…) Fortement marqué par le stigmate, l’hôtel, lieu paradoxal, est aussi objet d’idéalisation et de nostalgie. Toile de fond de mythes et de légendes urbaines à travers la chanson, le cinéma et la littérature, il est aussi, de par les gens qui le traversent et l’habitent, le dépositaire de vies d’ici et d’ailleurs et, par là même, profondément ancré dans l’urbanité de la capitale : des lieux de culture en d’autres termes. (…) Les histoires de migration qui y ont eu cours ont pour le moment une existence faible au sein des causes mémorielles entendues, mais elles existent dans les récits des hôteliers et des clients comme dans les textes littéraires qui s’y rapportent.


Image_livre_cingolani.jpgUn travail sans limites ? Subordination, tensions, résistances, sous la direction de Patrick CINGOLANI, Erès, 2012.
Nous sommes à un tournant. Les mesures qui pouvaient apparaître comme des acquis sociaux inscrits dans une histoire revendicative de longue durée, tels la réduction du temps de travail ou le déclin du modèle disciplinaire dans la vie professionnelle et dans les carrières, ont tendance à s'inverser en leur contraire. L'obsession d'une rentabilité à court terme imposée par les marchés financiers et les actionnaires, l'intensification du travail, l'organisation flexible de la production provoquent la perte d'expérience et des savoir-faire, la remise en cause des confiances et des sécurités instituées dans les entreprises. L'imposition d'un régime temporel incertain multiplie les charges psychiques qui pèsent sur le travailleur et dégradent sa vie privée beaucoup moins stable que par le passé.
En analysant les tensions provoquées par la flexibilité, les formes de captation du temps libre par le temps de travail, les auteurs interrogent les limites entre subordination et loisir et les débordements de la sphère privée par la sphère professionnelle. La modulation du temps professionnel, l'autonomie, l'affirmation d'activités hors travail ne sont-elles pas tout à la fois les ressorts de nouvelles constructions de soi que de nouveaux assujettissements ?



Image_livre_islamistes_au_pouvoir.jpgLes islamistes au défi du pouvoir. Évolutions d’une idéologie, sous la direction de Samir AMGHAR, Michalon, 2012.
Depuis le Printemps arabe, l’islamisme a connu un essor fulgurant pour devenir l’une des forces, sinon la force politique principale des pays musulmans : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, , les Frères musulmans en Egypte, plus récemment le parti tunisien Ennahda ou encore l’AKP en Turquie ont obtenu de très bons scores aux élections. En investissant le champ politique, les islamistes se sécularisent-ils ? Quelles sont les conséquences de la politisation de l’islam ? Face à la perspective d’exercer le pouvoir, les partis islamistes se repositionnent-ils, modèrent-ils leur langage ? Sont-ils des partis révolutionnaires ou des partis de gouvernement ?
Cet ouvrage, dirigé par Samir Amghar, retrace l’histoire de ces mouvements, leur évolution, explique les causes de leur récente popularité et s’interroge sur leur devenir.
Mené par des chercheurs spécialistes du monde arabe et musulman,ce collectif dresse un panorama de l’islam politique sur les pourtours de la Méditerranée, privilégiant la dimension religieuse pour certains, la dimension politique pour d’autres. Des approches différentes voire divergentes. Une analyse pertinente et exhaustive de la question.



Image_revue_gouvernement.gifNOUVELLE REVUE !

Gouvernement & action publique, n°1, mars 2012.
Numéro spécial : "Approches croisées de l'État, du gouvernement et de l'action publique".

Montrer la fécondité des croisements d'approches de sciences sociales pour étudier l'Etat, les activités de gouvernement et l'action publique est l'objet de ce premier numéro de Gouvernement & action publique. En accord avec le projet intellectuel de la revue, les perspectives tracées doivent permettre de surmonter les nombreux cloisonnements de l'analyse de l'action publique et des institutions étatiques.


Voir la présentation de cette revue sur le site de l'éditeur.



Image_ASH_mars_2012.pngLes soins psychiatriques sans consentement. Après la loi du 5 juillet 2011, par Florent COCHEZ et Xavier GADRAT, Actualités Sociales Hebdomadaires, Hors-série, mars 2012.
Depuis le 1er août 2011, de nouvelles règles régissent la prise en charge des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques sans leur consentement. En effet, la loi du 5 juillet 2011 a profondément modifié le dispositif applicable depuis 1990. Principales innovations : l’instauration d’une période initiale d’observation et de soins de 72 heures avant toute décision sur la forme de la prise en charge, la création d’une nouvelle modalité d’admission en soins psychiatriques sans consentement en l’absence de tiers en faisant la demande, dès lors qu’existe un « péril imminent pour la santé de la personne », la mise en place de formes diversifiées de prise en charge dans le cadre d’un programme de soins ou encore l'introduction d'un contrôle judiciaire systématique après 15 jours d’hospitalisation. Quelles sont les caractéristiques de la maladie mentale ? Quelles sont les différentes modalités d’admission et de prise en charge en soins psychiatriques ? Comment s’opère le contrôle du juge des libertés et de la détention sur la procédure ? L’analyse juridique et pratique complète du nouveau régime applicable et de ses enjeux.





Image_livre_montlobre.jpgLe Domaine de Montlobre et la Colonie Pénitentiaire de Vailhauquès (Hérault) (1856-1884), par Marie-José GUIGOU, éditions Arts et Traditions Rurales, 2012 (préface de Jacques Bourquin).
Le Domaine de Montlobre alias « monte que vocatur molobrio » est attesté depuis l’an 1100 dans le Cartulaire d’Aniane. Avant de devenir une maison de redressement, cette propriété fut, jusqu’à la Restauration, la métairie des MONTLAUR, les seigneurs de Murles et de Vailhauquès, appelée « le mazet de Murles ».
Ce livre retrace l’historique du domaine ainsi que les vingt-huit ans de la Colonie pénitentiaire agricole de Vailhauquès, la vie quotidienne des jeunes garçons détenus, âgés de 7 à 20 ans, avec la période heureuse des débuts et les années galères des derniers temps où s'entremêlent, la faim, le froid, les punitions, les évasions, les épidémies, la mort.
Il a paru intéressant à Marie-José GUIGOU, au moment où le délire sécuritaire revient au galop dans les discours politiciens, à l’heure où les premiers établissements pénitentiaires pour mineurs viennent de rouvrir, de se souvenir de ce que fût autrefois la colonie pénitentiaire de Vailhauquès.

Image_livre_service_public_demantele.gifUn service public de proximité démantelé. La statistique agricole départementale, par Roger BOUCHER, Jacques CARON et Jacques GALAS, éditions Non Lieu, 2012.
Crées en 1962 pour organiser la mutation et le développement de l’agriculture Française au sein de l’Europe, les services départementaux de statistiques, petites équipes de travail alliant rigueur, innovation et convivialité ont très vite imposé la culture de l’expertise des chiffres, indispensable aux bonnes décisions.
Dans un bouillonnement d’initiatives, encouragé par une organisation originale de l’administration d’État, ces services ont aussi accompagné la décentralisation et les collectivités locales par la fourniture d’indicateurs pertinents sur l’environnement et les coûts des services publics locaux. Ce livre est aussi un appel lancé aux responsables publics : la statistique est une mission primordiale de l’État qui ne peut être sacrifiée dans la réforme des politiques publiques, en particulier dans le domaine agricole où des milliards d’euros sont dépensés chaque année. La fermeture brutale des services en 2006 prive la société d’un service de proximité indispensable à la gestion des mutations qu’annoncent les actuelles crises financières, internationales et aussi locales.
Afin de préserver l’essentiel de leur savoir faire, les acteurs de ce service public démantelé vous font partager dans cet ouvrage collectif, construit sous la responsabilité de l’association du Groupement des statisticiens de l’espace rural, quelques-unes de leurs expériences et de leurs convictions.



Image_cette_France_la_2.jpgSans-papiers et préfets. La culture du résultat en portraits, par "Cette France-là", La Découverte, 2012.
La politique d’immigration, comme toute politique, vise à dépasser les situations particulières au moyen d’une règle générale. La culture du résultat, aujourd’hui mise en avant pour justifier sa rationalité, redouble ce passage en abstraction : la politique du chiffre que revendique Nicolas Sarkozy, et que mettent en œuvre ses ministres successifs, se donne en effet des quotas d’expulsions définis a priori, indépendamment des réalités humaines dont elle traite. Sans doute nos gouvernants prétendent-ils humaniser leur politique en plaçant la logique du chiffre, non sans contradiction, sous le signe du « cas par cas » : ainsi, l’évaluation des situations est laissée à la discrétion des préfets.
Si une telle individualisation ne fait que renforcer un sentiment d’arbitraire, et si les sans-papiers restent broyés dans la machine administrative, cette politique n’en a pas moins un visage, ou plutôt deux, en miroir : le cas par cas renvoie face à face des figures singulières de préfets et de sans‑papiers. Alors que l’État réduit les immigrés à un problème, ce livre s’attache à donner chair à des « cas » en restituant leurs histoires propres. Pour autant, la bureaucratie n’est pas qu’une froide abstraction ; les préfets lui donnent leur visage, et leur nom. Sans doute les portraits de ces hauts fonctionnaires sont-ils moins divers que ceux des sans-papiers ; mais ils ne peuvent s’effacer derrière la logique d’État : le « cas par cas » interdit de les voir comme de simples exécutants. Aux sans-papiers, objets d’une mécanique politique, cet ouvrage rend donc leur qualité de sujets. Aux préfets, qui sont au premier chef les acteurs de cette politique, il rappelle aussi leur responsabilité personnelle devant l’histoire.



Image_livre_blanchiment_de_capitaux.jpgLe blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, par Geert Delrue, éditions Maklu-Uitgevers, 2012.
Ce livre apporte une contribution importante à la littérature en matière de blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette oeuvre présente un aperçu de la législation récente (nationale et internationale) et donne une vue claire sur ce phénomène. Le livre jette une lumière sur les différents acteurs concernés (publics et privés) et fournit une idée de la manière de fonctionnement du blanchiment. Non seulement la construction du système est élaborée mais aussi les possibilités de détection en analysant les différents indicateurs.
Une grande partie de cette oeuvre - ce qui apporte une grande plus-value - est consacrée à l’étude d’un certain nombre de typologies. Cela est fait à base d’une recherche étendue dans la législation, les rapports annuels de différentes unités de traitements financiers étrangères et la littérature scientifique (internationale). Ces typologies comprennent aussi bien les plus connues (smurfing, cash smuggling, hommes de paille, passeurs d’argent, et l’usage d’institutions financières, …) que les moins évidentes et qui sont par conséquent moins détectées (l’usage de comptes ‘escrow’, l’usage d’usines de purification d’or ou même le cyber laundering). Par conséquent l’auteur vise à combler une importante lacune dans la documentation actuelle au niveau théorique et pratique.

Image_livre_eric_fassin.GIFDémocratie précaire. Chroniques de la déraison d'État, par Éric FASSIN, La Découverte, 2012.
La France est une démocratie. Or la politique menée à l'égard des « autres », immigrés ou Roms, mais aussi musulmans, s'autorise de l'identité nationale. Donc, des fichiers aux tests ADN, en passant par la chasse aux « mariages blancs », cette politique serait forcément démocratique. Tel est le syllogisme à la Ionesco dont l'absurdité permet à notre société de s'accommoder, tant bien que mal, d'une démocratie de plus en plus précaire. D'où le nouveau « syndrome de Vichy » : c'est au nom de la démocratie qu'on interdit à ceux qui critiquent les dérives d'évoquer ces « années sombres »... Pourtant, ce passé hante aussi nos gouvernants ; mais c'est pour proclamer qu'on ne peut le comparer avec notre présent : ce n'est quand même pas le nazisme ; nous sommes donc bien en démocratie !
En mettant sans cesse en avant le « problème de l'immigration » ou la « question musulmane », une partie de la classe politique s'acharne à nourrir cette logique folle. Il faut raison garder, nous dit-on, mais la déraison d'État étourdit la raison démocratique. Et si l'aveuglement d'aujourd'hui nous menait demain à l'abîme ?
Dans ce livre introduit par un long essai rétrospectif en forme d'autopsie du régime, Éric Fassin a rassemblé des chroniques parues de 2006 à 2012. Pour ne pas s'enfermer dans les actualités, temporalité que partagent médias et politiques, il convient de penser l'actualité, soit un présent que traverse et travaille l'histoire.



Image_livre_mills.jpgL’Élite au pouvoir, par C. Wright Mills, Agone, 2012 (Préface de François Denord).
L’élite au pouvoir est composée d’hommes dont la position leur permet de transcender l’univers quotidien des hommes et des femmes ordinaires ; ils sont en position de prendre des décisions aux conséquences capitales. Ils commandent les principales hiérarchies et organisations de la société moderne. Ils font marcher la machine de l’État et défendent ses prérogatives. Ils dirigent l’appareil militaire. Ils détiennent les postes de commandement stratégiques de la structure sociale, où se trouvent centralisés les moyens efficaces d’exercer le pouvoir et de devenir riche et célèbre.
Ce livre offre des outils pour penser les catégories dirigeantes : différenciées à leur base, elles s’imbriquent à leur sommet et dépossèdent le grand public de son pouvoir sur la vie démocratique. Cette élite est clientéliste, clanique et corrompue. Le livre détaille les conditions qui permettent à une telle situation de perdurer et entend expliquer comment le débat public se restreint souvent à un débat entre prescripteurs d’opinions.

Image_livre_slapp.jpgSLAPP. Bâillonnement et répression judiciaire du discours politique, par Normand Landry, Les éditions écosociété, 2012.
L’histoire, hélas, est typique. Un huissier sonne à votre porte. La gifle vous est assenée par personne interposée. Des intérêts privés vous réclament des milliers, voire des millions de dollars, en général sous prétexte de diffamation. Votre crime est d’avoir parlé, dénoncé, agi sur la place publique. Vous voilà victime d’une « poursuite stratégique contre la mobilisation publique », communément appelée SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation).
Phénomène contemporain d’intimidation judiciaire, la SLAPP désigne un recours abusif aux tribunaux afin de faire taire les oppositions sociales et politiques par des poursuites aux montants faramineux. En transportant un enjeu politique dans une arène judiciaire ruineuse, cette stratégie réduit les individus au silence et porte gravement atteinte à leur liberté d’expression. Les victimes sont ainsi bâillonnées par un processus judiciaire lourd et inabordable qui peut s’étirer sur des années. Le tribunal se fait alors complice de la violation des droits politiques qu’il a paradoxalement pour mandat de protéger.
Guide de survie anti-SLAPP, cet ouvrage nous initie à ce concept pernicieux, symptomatique d’une justice profondément inéquitable. Normand Landry détaille la mécanique de ces recours en justice, expose leur histoire et fonctionnement, présente les enjeux sociaux, politiques et juridiques qui leur sont associés ainsi que des législations anti-SLAPP adoptées à travers le monde.

Image_livre_krynen.jpgL'emprise contemporaine des juges, par Jacques KRYNEN, Gallimard, 2012.
La justice fait bien plus que trancher les procès, la voici gardienne des valeurs de la République et de la démocratie. Plus rien ni personne n'échappe à ses interventions, à ses sanctions. Cette emprise de la magistrature sur la marche du pouvoir est un phénomène décelable dès le Moyen Âge et qui s'amplifie sous l'Ancien Régime avait montré Jacques Krynen dans un premier volume. Si elle a été combattue par la réforme des institutions, des formes et des procédures judiciaires sous la Révolution, ce fut sans lendemain, ajoute-t-il dans ce second.
Au XIXe siècle, les juges ont recommencé d'affirmer un savoir et une conscience professionnels non réductibles aux décisions du pouvoir politique. Dans tous les domaines de la vie privée et publique, la France est redevenue, au XXe siècle, sous les auspices de l'« État de droit », l'État de justice qu'elle avait été sous la monarchie. Comment et pourquoi en est-elle revenue là ? Comment est-ce compatible avec le dogme démocratique ?


Image_livre_nicolas_duvoux.jpgLe Nouvel Age de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques, par Nicolas DUVOUX, Seuil, 2012.
En France, les pauvres sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres. Pourtant, au cours des vingt dernières années, des mesures d'assistance et d’insertion ont été adoptées : le RMI, la couverture maladie universelle, le RSA plus récemment. Ces prestations constituent une protection irremplaçable, mais elles sont trop faibles, trop complexes et parfois humiliantes. En fin de compte, elles organisent la précarité plus qu’elles ne la combattent. En outre, elles suscitent une hostilité grandissante de la part de certaines couches populaires, qui se sentent abandonnées des pouvoirs publics. La dénonciation démagogique de l’« assistanat » masque ces difficultés en dressant une partie de la population contre l’autre. Comment sommes-nous entrés dans ce cercle vicieux ? Surtout, comment en sortir ? Ce livre plaide pour une politique de protection plus généreuse et universelle, adaptée à notre société et susceptible de réduire véritablement la pauvreté. Il montre qu’il est possible de réconcilier l’autonomie des individus avec la solidarité nationale.


Image_livre_Ollivier.jpgLa désunion française. Essai sur l'altérité au sein de la République, par Yvon OLLIVIER, L'Harmattan, 2012 (préface de Jean Ollivro).
Qu’en est-il de l’unité de la nation fondée sur l’assimilation des différences lorsque le modèle ne fonctionne plus et s’égare dans la stigmatisation des « communautarismes » ? Ce livre vient dénoncer l’illusion jacobine d’une société tournée contre la différence visible, qu’elle soit issue de l’immigration ou de nos vieilles nations basque, corse, occitane ou bretonne. La sacralisation de l’égalité permet ici d’occulter la question sociale et la surprenante disparité entre les territoires, aboutissant à la domination d’une élite repliée sur elle-même. Cette curiosité dans le concert des nations n’est plus tenable à l’ère démocratique. Si les vieux peuples de France souffrent du non-respect des droits culturels, leur altérité est un atout pour faire évoluer la nation vers la reconnaissance de sa propre diversité. La République jacobine a échoué sur le terrain de l’égalité. Elle ne peut plus échapper à la représentation de la « désunion française ». Pour se soustraire au grand délitement, la nation devra puiser dans son essence universelle la force de se dépasser, pour refaire l’unité avec et non plus contre « l’autre ».

Image_livre_ethnicite.jpgDu point de vue de l'ethnicité, sous la direction de Chantal CRENN et Laurence KOTOBI, Armand Colin, 2012.
Depuis une vingtaine d’années, les discussions tantôt politiques, tantôt scientifiques autour du « modèle républicain français d’intégration » témoignent implicitement d’un malaise face à cette question, tout en l’occultant dans la pratique. Finalement, ce qui pose problème aujourd’hui n’est pas tant le principe d’égalité des droits que la difficulté contemporaine à l’assurer dans la réalité. Crise économique, chômage, ségrégation urbaine associée à une répartition territoriale des inégalités sociales, ou encore la manière dont la xénophobie se banalise dans le discours politique sont quelques-uns des facteurs qui ont fait apparaître des pratiques et discours discriminatoires où « la culture d’origine » est souvent surinvestie et appréhendée de manière négative. Aussi la question de l’« ethnicité » réduite à sa dimension politique étatico-nationale a-t-elle pour effet de limiter la compréhension des réalités quotidiennes associées aux situations hiérarchisées dans lesquelles se jouent des relations interethniques.
Plutôt que de s’intéresser aux prétendus « problèmes » que pose l’immigration, anthropologues, géographes, sociologues, mais aussi un juriste, une psychosociologue, un documentariste et un économiste ont choisi dans cet ouvrage d’interroger les enjeux auxquels ceux-ci renvoient. Au fond, il s’agit de considérer que la « différence » des populations nommées « immigrées », « deuxième génération », « gens du voyage », existe peu en tant que telle, qu’elle est le résultat de rapports sociaux sociologiquement et historiquement construits entre différents acteurs, et inscrits à un moment donné.


Image_livre_identites_a_la_derive.gifIdentités à la dérive, sous la direction de Spyros THEODOROU, éditions Parenthèses, 2012.
Que s'est-il passé, qu'est-il arrivé à notre monde, à notre perception du monde, pour que nous ayons pour la plupart oublié voire dénigré nos secondes patries ? Il n'y a pas si longtemps, ce qui nous tenait lieu d'identité se revendiquait d'un vigoureux universalisme. Identités à la dérive, mélange issu d'interventions publiques, aborde les aspects historiques et sociologiques de cette notion (notamment autour de la question de l'intégration, devenue critique en France et en Europe, tant aux niveaux politique, social qu'individuel et même corporel) ainsi que les effets internationaux et géopolitiques avec, hélas, leur accompagnement de guerres, de violences civiles et d'exterminations, mais propose aussi une exploration des pistes possibles pour briser le lien qui unit, dans toute l'histoire des hommes et des groupes, identité et barbarie.


Image_livre_nous_sommes_tous_la_france.jpgNous sommes tous la France ! Essai sur la nouvelle identité française, par François DURPRAIRE, éditions Philippe Rey, 2012.
Une élection nationale est l’occasion d’aborder un ensemble de sujets : dette, chômage, niveau de vie, sécurité… Mais il en est un qui devrait dominer tous les autres : au-delà du comment vivre ensemble, celui du pourquoi vivre ensemble. Aujourd’hui, notre crise sociale se double d’une crise identitaire. Séparée, inégale, la France ne semble plus « une et indivisible ». D’un côté, des milliers de jeunes nés en France ne se reconnaissent plus comme Français ; de l’autre, le Front national capte à son seul profit l’identité nationale. Face aux injustices, il faut savoir s’indigner. Mais également tracer une voie nouvelle. Comment repenser notre nation au XXIe siècle ? Quelles sont les clefs de notre sursaut collectif ? Comment progresser « avec » plutôt que « contre » les autres ? Comment résoudre nos difficultés par l’énergie du dialogue ?
François Durpaire, dans un livre vif, documenté et nécessaire, montre que seule l’acceptation de la pluralité identitaire permet de construire une identité française à la fois forte et ouverte sur le monde. Il nous invite à faire, ensemble, la révolution la plus urgente : celle du Lien.


Image_livre_homicide_springer.jpgHandbook of European Homicide Research. Patterns, Explanations, and Country Studies, sous la direction de Marieke Liem et William Alex Pridemore, Springer, 2012.
This comprehensive work provides a reference for the substantive, methodological, and policy-oriented aspects of homicide research in Europe. Part one of this work covers the most recent substantive and methodological information about European homicide research. The second part will contains detailed case studies on homicide research in 15-20 individual European nations.
This work will be both conceptual and practical. conceptual and practical. Conceptual aspects will focus on theoretical frameworks and patterns and trends of violence in Europe. Practical aspects will examine the results of empirical research, topics relating to different data sources and the variation of legal definitions of violence throughout Europe, and policy issues relating to variation in homicide prevention and punishment of homicide offenders throughout Europe. This handbook will not only provide an up-to-date reference that brings together known information, but will also offer previously unpublished comprehensive literature reviews and original research findings. The editors’ distinctive approach is to provide readers with an English-language central source of information about the voluminous literature on European homicide research that is currently spread widely in dozens of different European and American journals.


Image_livre_touly.jpgLe vrai pouvoir d'un citoyen, Manifeste de désobéissance civile, par Jean-Luc TOULY, François Bourin éditeur, 2012.
Nous, simples citoyens, avons un pouvoir immense. Nous l’ignorons trop souvent. En revenant sur les nombreux combats qu’il a gagnés contre les ogres du marché, Jean-Luc Touly nous prouve que l’on peut changer le monde, pas après pas. L’homme qui fait reculer Suez et Veolia, qui dénonce la corruption des syndicats et qui, avec l’association Anticor, fait condamner Jacques Chirac et de nombreux hommes politiques, nous donne les clefs pour agir à notre tour.
Nous ne sommes pas condamnés à vivre en victimes consentantes. En refusant d’abandonner les institutions démocratiques aux féodalités économiques et aux oligarques, nous pouvons reprendre en main les outils qui forgent notre avenir. Les lobbies financiers et industriels, quelle que soit leur puissance, restent vulnérables. Le pouvoir est à la portée de tous, il suffit d’oser s’en emparer.


Image_livre_Moro.jpgEnfants de l'immigration, une chance pour l'école, par Marie-Rose MORO, interviewée par Joanna et Denis PEIRON, Éditions Bayard, 2012.
Et si la perspective changeait ? Si on cessait de voir comme un problème la présence au sein de l’école française d’un nombre croissant d’enfants de l’immigration ? Marie Rose Moro, directrice de la Maison des adolescents de Cochin (Maison de Solenn, Paris), reçoit en consultation de nombreux enfants de migrants en proie à l’échec scolaire. Elle livre ici un point de vue courageux et constructif : oui, on peut aider les enfants de migrants à réussir à l’école et à y être heureux et, de ce fait, permettre à tous les élèves d’accéder à une diversité, une altérité, qui les prépare à un monde de plus en plus ouvert et complexe.
Marie Rose Moro est pédopsychiatre, psychanalyste. Chef de file de l'ethnopsychanalyse et de ta psychiatrie transculturelle en France, psychiatre au sein de l'ONG Médecins sans frontières.


Image_livre_benbassa.jpgDe l'impossibilité de devenir français. Nos nouvelles mythologies nationales, par de Esther BENBASSA, édition Les Liens qui libèrent, 2012.
"La France est un grand pays, ma fille; elle a réhabilité le capitaine Dreyfus". Ainsi parlait mon père, Juif d'Istanbul amoureux de la France parce qu'elle était pour lui le pays des droits de l'homme, et aussi celui de la liberté et de l'égalité. Ce qui ne l'empêchait pas de continuer en me citant quelques vers de Shakespeare… Ainsi dus-je, dès ma prime enfance, apprendre le français, avec une préceptrice arménienne, ce qui me valut longtemps de parler la langue du pays rêvé avec un accent arménien. Je pris ensuite, comme il se devait, le chemin d'une école congréganiste pour m'initier aux finesses de la culture qui avait produit Molière et Zola (et aux bonnes manières). Longtemps, la France a incarné des valeurs qui faisaient rêver des populations entières hors, et parfois très loin, de ses frontières. La Révolution, la République et ses principes, les lettres, la culture françaises avaient investi les imaginaires au point que pour beaucoup la France était devenue le symbole même de l'Occident ' civilisé '. Ce pays qui avait émancipé ses Juifs avant toutes les autres nations européennes était l'espérance en marche. Ainsi les Juifs français n'eurent-ils pas de mal à conjuguer harmonieusement les valeurs de la République avec celles des Prophètes bibliques, créant ce ' franco-judaïsme ' qui permit à des générations entières de s'intégrer à ce qu'ils tenaient réellement pour leur patrie. Plus tard, à leur tour, les immigrés juifs d'Europe orientale diront cela en une formule pleine de saveur : "heureux comme Dieu en France". Que s'est-il donc passé pour que la France ait cessé d'être ce pays rêvé et peine à intégrer ses immigrés ?



Image_politiques_publiques_sous_sarkozy.gifLes politiques publiques sous Sarkozy, sous la direction de Jacques de Maillard et Yves Surel, Presses de Sciences Po, 2012.
Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le sentiment d'une forte concentration des pouvoirs et d'une action réformatrice sans équivalent a prédominé. Mais les promesses de changement, voire de rupture, ont-elles été tenues ? Rien n'est moins sûr. À quelles logiques l'action entreprise a-t-elle obéi ? Est-elle si originale que certains le disent ? N'est-elle pas simplement la déclinaison de ce qui fait l'ordinaire de l'action politique et de l'action publique ? Quels facteurs internationaux et nationaux ont pesé et quelle analyse rétrospective peut-on déjà réaliser ? Cet ouvrage tente d’évaluer l’impact des pratiques réformatrices engagées depuis cinq ans, à travers dix-huit chapitres portant sur les évolutions institutionnelles, sur les pratiques décisionnelles et sur les changements intervenus dans les principaux secteurs de l’action de l’État (fiscalité, collectivités territoriales, enseignement supérieur, justice, immigration, Europe, etc.). Rédigé par des spécialistes des principaux domaines d’action publique, il apporte un premier bilan des politiques gouvernementales sous Sarkozy et une contribution précieuse au débat public.



Image_livre_poutine.GIFAu coeur du pouvoir russe. Enquête sur l'empire Poutine, par Tania RAKHMANOVA, La Découverte, 2012.
Vladimir Poutine est l'un des hommes les plus puissants de la planète et jusqu'à présent l'un des dirigeants les plus populaires de la Russie moderne. Pourtant, un an avant son élection à la tête du pays, en 2000, il était encore totalement inconnu. Comment est-il soudain devenu l'héritier du président Boris Eltsine ? Comment cet ancien lieutenant-colonel du KGB est-il arrivé au pouvoir et a-t-il pu, depuis, en contrôler tous les rouages ? Poursuivant dans ce livre la minutieuse enquête qu'elle avait conduite pour son film La Prise du pouvoir par Vladimir Poutine, la journaliste et réalisatrice russe Tania Rakhmanova révèle les dessous stupéfiants d'une « démocratie » transformée en régime autoritaire et liberticide dans les années 2000. Au fil d'épisodes dignes d'un roman d'espionnage, on découvrira le jeu des intrigues au coeur du Kremlin, les incroyables fortunes accumulées par certains oligarques ou la scandaleuse instrumentalisation de la guerre en Tchétchénie. Mais aussi, fil rouge de cette enquête, la manipulation des médias. Entre désinformation et censure - sans parler des assassinats de journalistes -, le contrôle de la télévision est devenu l'instrument de pouvoir privilégié de la Russie de Poutine, conformément à son précepte : « Les gens n'ont pas besoin de savoir la vérité. Ce que vous ne montrez pas n'existe pas. » Un livre clé pour comprendre les enjeux de l'élection présidentielle russe de 2012, l'équilibre des forces au sein du tandem Medvedev/Poutine au pouvoir et, surtout, les véritables ressorts du pouvoir dans la Russie d'aujourd'hui.



Image_livre_meheust.GIFLa nostalgie de l'Occupation. Peut-on encore se rebeller contre les nouvelles formes d'asservissement ?, par Bertrand MÉHEUST, La Découverte, 2012.
La « nostalgie de l'Occupation », c'est avant tout le sentiment d'une perte, peut-être irrémédiable. Le monde meilleur dont les membres du Conseil national de la Résistance avaient jeté les bases n'a-t-il été qu'une courte parenthèse ? Peut-on encore se dresser efficacement contre ces nouvelles forces qui se sont déchaînées et menacent l'humanité dans son existence même ?
Ce livre ne traite donc pas de l'Occupation allemande, il dresse le portrait de cette « Occupation » d'un genre inédit sous laquelle nous semblons destinés à vivre. Il cherche à comprendre les raisons pour lesquelles toutes les issues semblent bouchées. Pourquoi les grands moments d'effervescence qui ont scandé la vie des sociétés et permis le renouvellement de leurs structures semblent-ils se raréfier et perdre leur puissance transformatrice ? Comme toutes les sociétés, la nôtre cherche à persévérer dans son être. Elle a donc développé des technologies qui tentent de maintenir la température du groupe en dessous du seuil à partir duquel le changement devient possible. Pourra-t-on encore dévier l'histoire d'un cours qui semble inéluctable ?



Image_livre_Kepel.gifBanlieue de la République. Société, politique et religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, par Gilles KEPEL, avec la collaboration de Leyla Arslan et Sarah Zouheir,Mohamed-Ali Adraoui, Dilek Yankaya et Antoine Jardin, Gallimard, 2012.
L'agglomération de Clichy-sous-Bois et Montfermeil a été rendue célèbre dans le monde entier depuis qu'en sont parties les émeutes de l'automne 2005. On sait moins que cette banlieue enclavée, qui concentre des populations cumulant des handicaps sociaux et culturels, accueille aujourd'hui le plus important Programme de rénovation urbaine de France, témoignant d'un important effort de solidarité nationale.
Comment les habitants de l'agglomération voient-ils la cause des difficultés que vivent la plupart d'entre eux ? Se sont-ils organisés pour fairer face à l'adversité et envisager l'avenir ? Comment cohabitent des populations d'origines très diverses, de l'habitat social aux zones pavillonnaires ? Que peut faire l'école pour éduquer et socialiser des jeunes générations fragiles en provenance des pays les plus déshérités du continent africain ? Comment assurer la sécurité, en liaison avec un nouveau commissariat, et quelles leçons tirer des émeutes ? Comment les jeunes commencent-ils à s'engager significativement en politique ? Quelles sont les incidences sur les équilibres électoraux à venir ? Comment la religion – l'islam en premier lieu – a-t-elle pris une importance sociale de premier plan, après la désindustrialisation et l'effondrement de la culture ouvrière ?
Grâce à une enquête d'une année, entre l'été 2010 et l'été 2011, autour d'entretiens approfondis avec cent personnes, Banlieue de la République donne la parole à ceux qui, aujourd'hui en marge, sont au cœur de l'avenir de notre société. Ce constat sans concession permet d'explorer, à partir des échecs comme des réussites, les voies d'un débat politique central pour la France de demain.



Image_reseaux_171.GIFLe travail ordinaire de la sécurité, Revue RÉSEAUX, 2012, n°171 (diffusion La découverte).
L'aspiration commune à la sécurité, considérée comme élément fondamental des liens entre les hommes, est au coeur des sociétés contemporaines. Qu'elle soit présentée dans sa dimension psychologique comme un besoin élémentaire ou dans sa dimension sociale comme une attente permettant un engagement dans le capitalisme, la sécurité est souvent analysée comme le socle nécessaire et préalable à partir duquel il est possible de bâtir d'autres types d'activités.
C'est cette entrée par la sécurité ordinaire que nous avons souhaité adopter dans ce numéro. Chacun à leur manière, les articles présentés ici s'attachent ainsi moins à la notion de sécurité prise comme un cadre normatif et objectif, que l'on pourrait identifier a priori, que sur des processus de sécurisation décrits dans l'activité quotidienne d'une série d'acteurs et cela dans des domaines aussi variés que la lecture d'un spam, l'anticipation d'une crise sanitaire, l'envoi d'un message dans une entreprise, l'usage d'un poste informatique ou la sécurisation d'une demande de subvention européenne.



Image_livre_chauvaud_la_peur.gifL’ennemie intime. La peur : perceptions, expressions, effets, sous la direction de Frédéric Chauvaud, Presses universitaires de Rennes, 2011.
Sentiment d’inquiétude que l’âme éprouve à la présence ou à la pensée du danger, telle est la définition de la peur donnée par le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse. Ouvert dans les années 1970, le dossier de la peur, « composante majeure de l’expérience humaine », s’attachait principalement à la i n de l’époque médiévale et à l’époque moderne. Il méritait donc d’être revisité et poursuivi à un moment où les sondages auscultent les arrière-pensées et tentent de dévoiler les angoisses du présent et celles de l’avenir. Pour les lexicographes et les spécialistes de la psychologie, la peur est d’abord « l’ennemie intime » des hommes et des femmes isolées ou vivant en collectivité. Mais tout le monde n’est pas accessible de la même manière à la peur. Des sociétés peuvent y succomber toute entière, d’autres y faire face.
La peur, « sentiment universel » peut être réelle, provoquée par une menace attestée, mais elle peut aussi être imaginée et susciter davantage d’incertitude et d’angoisse que les peurs effectives face à un risque connu. Les peurs connaissent de multiples nuances et degrés et ne sont pas immuables. Elles fonctionnent souvent par cycle. La perception d’un danger et les craintes plus ou moins vives suscitées peuvent surgir brusquement, disparaître et resurgir.


Image_livre_ombre_de_charonne.jpgDans l’ombre de Charonne, par Alain et Désirée FRAPPIER, éditions du Mauconduit, 2012 (préface de Benjamin Stora).
Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie. Nous sommes à Paris, en 1962. Après 8 ans de guerre, l’indépendance de l’Algérie devient inéluctable. L’OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d’un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de « OAS assassins », « Paix en Algérie ». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l’impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage à Désirée Frappier. C’est une véritable histoire dans l’Histoire à laquelle nous invite l’auteur, restituant ce témoignage intime dans son contexte historique et tragique, tout en nous immergeant dans l’ambiance des années soixante : flippers, pick-ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation.

Image_livre_thenault.gifViolence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence, par Sylvie Thénault, Odile Jacob, 2012
Pendant la guerre d’indépendance algérienne, les autorités françaises ouvrirent des camps d’internement pour les « suspects » arrêtés par la police ou par l’armée. Des dizaines de milliers d’Algériens y furent détenus. Recours ponctuel pour maintenir l’ordre public dans des circonstances extraordinaires ? Pas seulement. Ces camps n’étaient qu’une forme nouvelle de l’internement, dont elles avaient usé, depuis longtemps, pour réprimer les résistances qu’elles rencontraient en Algérie. Y compris en dehors des périodes de guerre ou d’insurrection.
Cet ouvrage ne se borne pas à dénoncer les duretés des autorités ou leurs dérives aux moments de crise. Il retrace l’histoire, tout au long de la période coloniale, de la pratique de l’internement dans sa mise en œuvre concrète par la France, depuis l’époque de l’indigénat. Pourquoi était-il utilisé ? Qui en était victime ? Quel rôle jouait-il dans la tutelle exercée sur les colonisés ? C’est toute la logique de l’arbitraire colonial que démonte l’une de nos meilleures spécialistes dans cet ouvrage dépassionné mais clinique.

Le pouvoir territorialisé en France, par Thomas Frinault, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Si la littérature consacrée à l’étude des pouvoirs territorialisés en France est devenue impressionnante, à mesure que le mouvement décentralisateur lui-même progressait, elle demeure encore très souvent éclatée, en termes de sous-champ, et spécialisée, d’un point de vue disciplinaire. Dans ce livre, Thomas Frinault souhaite apporter un éclairage à la fois transversal et pluridisciplinaire sur le pouvoir territorialisé à travers l’étude des institutions, de la démocratie et de l’action publique locale.
En repartant de l’épisode fondateur de la Révolution française, ce livre retrace le mouvement de consolidation des pouvoirs institutionnels, qu’il s’agisse des collectivités territoriales ou de leurs groupements, jusqu’à la réforme territoriale de décembre 2010. Si la démocratie locale a essentiellement été aménagée par une transposition de la logique représentative, elle n’empêche nullement l’exploration d’expériences locales multiples et hétérogènes rassemblées sous le vocable de démocratie participative.

Les registres de l'identité. Les immigrés et leurs descendants face à l'identité nationale, par Vincent Tiberj et Patrick Simon, Document de travail de l'INED, 2012, n°176.
Le débat sur « l'identité nationale » qui s'est tenu à la fin de 2009 a « mis en scène l'hypothèque qui pèse constamment sur la loyauté des immigrés et de leurs descendants ». Ce document prend appui sur une série de questions de l'enquête TeO consacrées à l'image de soi et « le regard des autres ». Dans un premier temps, les auteurs établissent la "matrice des identités" constituée par la combinaison des différentes dimensions déclarées dans l'enquête TeO. Dans un deuxième temps, ils testent « dans quelle mesure l'hypothèse d'un attachement exclusif à une identité nationale reflète l'expérience des enquêtés ». L'analyse des relations dialectiques entre la société et les groupes minoritaires est poursuivie dans la dernière partie consacrée à l'émergence éventuelle d'une identité minoritaire. La discussion sur le sentiment national est reprise à partir des réponses à une question ouverte sur l'origine posée dans l'enquête : à quels registres (national, géographique, culturel, religieux, etc.) les enquêtés font-ils appel pour définir leur origine ?

Urgences sociales, Revue EMPAN, 2012, n°84 (diffusion Erès).
Ce numéro invite à une réflexion ouverte sur la notion d'urgence dans notre société : pourquoi vivons-nous dans l'urgence ? Que sont les politiques dites de l'urgence ? De quoi le développement des politiques de l'urgence, notamment dans le champ de l'exclusion sociale, est-il révélateur ? D'une multiplication des formes de vulnérabilités (économiques, sociales, psychiques) ? D'une inadéquation des réponses politiques au regard des évolutions économiques et sociétales ? Quels liens entre urgence et risques, urgence et handicap... ? Que véhiculent le modèle médical, le modèle humanitaire, etc. dans le champ professionnel du médico-social ?
Ont participé à ce numéro : Christine CASTEJON - Daniel CEFAI - Dominique DUQUENNE - Veronique FANFANT - Bruno GARCIA - Edouard GARDELLA - Elena GARRIDO MOORE - Jeanine HORTONEDA - Huguette JORDANA - Myriam KETTANI - Frederic LASSAGNE - Christophe MAGNE - Hortense MERLE-BERAL-ESTRADE - Daniel METGE - Herve MURAT - Daniel OPPENHEIM - Anne PERSONNAZ - Stephanie PINEL-JACQUEMIN - Anne PINQUIER - Xavier POMMEREAU - Blandine PONET - Noelle PORTETS - Anne-marie RAJON - Jean-francois ROCHE - Stephane RULLAC - Olivia TROUPEL-CREMEL - Fabien TULEU - Michel VIGNES.

Petit dictionnaire énervé de la mafia, par Fabrice RIZZOLI, Les éditions de l'Opportun, 2012, (préface de Mario Vaudano).
Mafia : ici, en France, le mot a une connotation irrésisblement cinématographique et on se prend à sourire en se remémorant les parrains façon Robert De Niro. En Italie, le sourire se fige à l'évocation de ce qui n'est pas un cliché mais une composante bien réelle de la société italienne, enkystée dans le tissu économique et composante inévitable du journal télévisé à la rubrique homicides.
Fabrice Rizzoli a puissamment contribué à retirer à la mafia ses masques exotiques ; derrière les rituels qui fascinent, il fait apparaître le cours de l'argent mafieux jusqu'à son recyclage dans l'économie mondiale et les connivences d'une partie du monde politique.
Lire ce dictionnaire, entrer dans la définition de chacun de ces mots, c'est aussi se forger des armes intellectuelles contre cette sous-culture mafieuse qui irrigue progressivement notre société contemporaine bien au-delà des frontières italiennes.

La prévention prévenante en action, par le Collectif PAS DE 0 DE CONDUITE, éditions Erès, 2012.
En contre-pied aux offensives actuelles des modèles préventifs mécaniques et stéréotypés, des organismes issus de secteurs diversifiés, associatif, public ou privé, témoignent de leur engagement dans des pratiques de prévention humaniste et éthique. Chacun décrit son projet et expose les fondements qui le sous-tendent. Vivantes et multiformes, ces expériences reconnaissent la singularité, la variabilité et la liberté du développement de chaque enfant autant que celles des processus de parentalité.
Le collectif Pasde0deconduite aborde ainsi une nouvelle étape : sa réflexion critique des méthodes et des programmes de prévention précoce en santé mentale qui enferment les tout-petits dans des prédictions nocives, se concrétise ici à la lumière des pratiques qui font preuve de leur pertinence pour entourer, soutenir, aider les enfants et leurs familles. Ceci sans les stigmatiser et les enfermer dans des grilles de mesure, des diagnostics prédictifs, des protocoles déshumanisés. Pourquoi alors ne pas s'appuyer sur la richesse de ce socle fondamental pour initier et développer de nouveaux chantiers de prévention prévenante en actes pour la petite enfance ?

"Jeunesse & sexualité : expériences, espaces, représentations", Agora débats-jeunesses, 2012, n°60.
SOMMAIRE : Le « parler jeune » au sein des sociabilités juvéniles. Pratiques situées, représentations et gestion de l’image de soi chez des jeunes francophones, par Francesca Poglia Mileti, Patrick Ischer ; Françoise Tétard ou l’histoire comme pratique, par Laurent Besse, Mathias Gardet, Jean-Claude Richez ; La confiance, le diplôme et l’employabilité. Un triptyque sociologique des étudiants, par Joël Zaffran ; Premières relations sexuelles et prises de risque. L’éclairage des enquêtes statistiques réalisées en France, par Florence Maillochon ; Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel, pat Isabelle Clair ; Quartiers gays et jeunesses homosexuelles à Paris et à Montréal, par Colin Giraud ; Devenir lesbienne : le parcours de jeunes femmes d’origine maghrébine, par Christelle Hamel ; Nouveaux scénarios et pratiques sexuels chez les jeunes utilisateurs de sites de rencontres, par Marie Bergström ; Autonomie sexuelle des jeunes et panique morale des adultes. Le garçon sans frein et la fille responsable, par Michel Bozon.

L'engagement dans le travail, par Alexandra Bidet, Presses Universitaires de France, 2012.
Qu’est-ce qui nous attache à notre travail ? Pourquoi fait-il par moments immédiatement sens ? La sociologie du travail, marquée par une tradition de critique humaniste du travail industriel, s’est peu intéressée à la façon dont les acteurs au travail produisent des valorisations et des appuis critiques. Suivre les efforts des travailleurs pour s’orienter mène pourtant à une fabrique du social, où s’élabore une réflexivité de la société sur elle-même. Dans notre « société de la connaissance », le travail s’écarte toujours plus nettement d’une dépense de force physique, les lieux et les temps de travail deviennent poreux, et son objet même se fait plus complexe, mouvant, indéfini… Se pencher sur les moments de vrai boulot, c’est alors se demander si les travailleurs s’y retrouvent. Quelles formes de vie valorisent-ils et aspirent-ils à partager ? Une société se construit-elle malgré tout quand le travail semble échapper à l’homme ? Grâce à une enquête ethnographique menée auprès de techniciens de la téléphonie, cet ouvrage nous plonge au cœur des transformations du travail à l’ère numérique. Il pose la question des figures émergentes du travail et de la société qui s'y construit. Elles appellent de nouvelles manières de parler du travail.

Une histoire du bombardement, par Sven LINDQVIST, La Découverte, 2012.
Le 1er novembre 1911, au-dessus de l’oasis de Tagiura, en Libye, le pilote italien Giulo Gavotti se penche hors de son cockpit et laisse tomber une grenade à main Haasen. Il initie ainsi l’une des tactiques militaires les plus dévastatrices du XXe siècle : le bombardement aérien. Selon Sven Lindqvist, le bombardement a d’emblée, avant même l’apparition de l’aviation, été pensé en termes de domination impériale et d’extermination : « Les fantasmes génocidaires formés dans les colonies n’attendaient que l’aviation pour trouver à s’accomplir. » Le contexte colonial de l’invention du bombardement n’est donc pas un hasard…
Mais les fantasmes de destruction tiennent aussi à une singularité du bombardement : la mise à distance de la guerre, l’abstraction de la chair et du sang, des victimes et de leurs souffrances. Le bombardement a permis, selon Lindqvist, d’envisager la guerre « sans émotion, comme une science ». C’est ainsi que l’histoire du bombardement nous renvoie à la robotisation actuelle de la guerre, aux drones et aux prétendues « guerres propres ». D’une composition singulière évoquant la fragmentation d’une explosion, ce livre aborde des sujets aussi divers que l’histoire et la stratégie militaires, l’évolution du droit international, la science-fiction ou encore l’expérience des civils en temps de guerre… Il offre ainsi une profonde méditation sur le passé et le futur des conflits humains.

Éloge du conflit, par Miguel BENASAYAG et Angélique DEL REY, La Découverte, 2012.
Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de l’« anormal ».
Dans cet essai iconoclaste, Miguel Benasayag et Angélique del Rey explorent les racines et les effets délétères de cette idéologie. Analysant les différentes dimensions du conflit – entre nations, dans la société ou au sein même de l’individu –, les auteurs mettent à jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes. Ils démontent aussi bien les illusions de la « tolérance zéro » que celles de la « paix universelle » : nier les conflits nés de la multiplicité, ceux dont la reconnaissance fait société, c’est mettre en danger la vie. Le refoulement du conflit ne peut conduire qu’à la violence généralisée, et l’enjeu auquel nous sommes tous confrontés est bien celui de l’assomption du conflit, « père de toutes choses » selon Héraclite.

"Les jeunes des quartiers", revue Diversité Ville-École-Intégration, 2012, n°167.
Sommaire : Éditorial par Marie Raynal ; Entretien avec Marc Hatzfeld ; Articles de Éric Marlière, Manuel Boucher, Jean-Pierre Garnier, Catherine Mathey-Pierre, Jacques Chavanes, par Elsa Lagier, Laurent Mucchielli, Joël Dutertre, Jules Donzelot, la FNARS, Édith Maruéjouls, Yves Raibaud, Fabrice Dhume, Gillonne Desquesnes, Didier Drieu, Nadine Proia-Lelouey, Maria Candea, Patrice Caro, Rémi Rouault, Régis Bigot, Étienne Douat, Sylvain Aquatias, Philippe Lacombe, Malika Mansouri, Marie-Rose Moro, Johanna Dagorn, Fabrice Dhume, Suzana Dukic, Claire Lefebvre, Abdelkader Benarab, Michel Rabaud, Frédérique Bourgeois, Marc Loriol, Julien Radenez, Éric Debarbieux, Pascal Dubernet, Maria M. Ttofi, David P. Farrington et Friedrich Lösel.

La psychiatrie à l'épreuve de la justice. Contribution au débat, coordonné par Bernard Granger, Twice Daily éditions, 2012.
Sommaire : "Le glaive et le caducée : évolution historique des rapports entre le droit pénal et la psychiatrie", par Marc Renneville ; "Le droit face à la psychiatrie", par Philippe Bilger ; "Délinquance et psychiatrie : réflexions sociologiques sur la définition et le rôle de la « maladie mentale »", par Laurent Mucchielli ; "L’expertise des victimes de traumatismes psychiques", par Louis Crocq ; "La victime et ses proches face à l’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental", par Bernard Cordier ; "Le malade mental et la prison", par Michèle Lévy ; "Les Unités de malades difficiles : d’une histoire sécuritaire à un projet de soins intensifs en psychiatrie", par Bernard Lachaux ; "Images du fou et du criminel", par Laura Bossi.

La désobéissance à l'autorité, par Valérie Ganem, Presses Universitaires de France, 2012.
Les observateurs actuels s’accordent sur le fait que la plupart des travailleurs obéissent aux ordres et, par là-même, contribuent à ce que se perpétue une évolution de l’organisation du travail de plus en plus délétère pour la santé. Pourtant, on remarque en Guadeloupe des conduites de désobéissance dont la signification est énigmatique. Dans ce livre, l’auteur mène une investigation pour comprendre ces conduites souvent prétextes à des explications simplistes et naturalistes. L’investigation menée auprès de travailleurs guadeloupéens montre que ces comportements relèvent d’un effort pour se défendre contre la souffrance engendrée par l’expérience vécue de la domination inhérente à la condition salariale.
Pour comprendre l’origine de cette souffrance, Valérie Ganem pousse l’investigation jusque dans les formes de la domination au sein de la famille. Elle découvre ainsi qu’en général cette domination s’exerce de façon différente sur les enfants en fonction de la couleur de leur peau. Ce traitement différentiel serait une conséquence, à distance, de l’esclavage. Il viserait à préparer les enfants à la condition qui les attend dans la société et serait à l’origine des conduites de désobéissance dans le travail. La transmission du rapport entre domination et obéissance d’une part et la reproduction d’une condition d’autre part passeraient par les rapports sociaux de travail, mais aussi par un processus « familial ». Cette découverte ne concerne pas que la Guadeloupe.

La laïcité falsifiée, par Jean Baubérot, La Découverte, 2012.
Classiquement considérée comme un des principaux marqueurs de la gauche, la laïcité aurait-elle viréà droite, voire à l’extrême droite ? La question se pose depuis le « débat sur la laïcité» de l’UMP, les effets de manche de la droite populaire et les références répétées de Marine Le Pen à la séparation de la religion et de l’État. De nombreuses personnalités, de gauche et au-delà, dénoncent cette dérive sans véritablement réussir à la réfuter. Protester contre la « stigmatisation » des musulmans – qui est souvent le vrai motif de cette nouvelle posture « laïque »– est bien sûr nécessaire. Mais en rester là se révèle totalement insuffisant, car cette « nouvelle laïcité» de droite se pare de valeurs partagées comme la démocratie, l’égalité des sexes et la liberté d’expression. Il est donc urgent d’analyser, point par point, comment la laïcité peut être ainsi falsifiée et pourquoi on fait dire aussi facilement à la loi de Séparation de 1905 le contraire de ce qu’elle a réellement dit.
C’est ce que fait Jean Baubérot dans cet essai enlevé, où, en historien et sociologue, il démonte avec minutie et rigueur les mécanismes de la « nouvelle laïcité». Il montre que, pour promouvoir la laïcité, il faut oser mettre en cause les structures dominantes de la société elle-même. Et il propose enfin un « programme républicain pour refonder la laïcité» et une libération des cléricalismes d’aujourd’hui, grâce à la recherche d’un art de vivre : la « laïcité intérieure ».

Le Front national : à la conquête du pouvoir ?, par Alexandre Dézé, Armand Colin, 2012.
La conquête du pouvoir. Tel est bien l’objectif que s’est fixé Marine Le Pen depuis qu’elle a été élue à la présidence du Front national en janvier 2011. Pour y parvenir, la nouvelle leader frontiste a entrepris de «dédiaboliser» le FN, d’en faire un «parti comme les autres». Mais le Front national a-t-il vraiment changé et, surtout, peut-il changer ?
Pour le déterminer, il faut étudier le FN avec les outils ordinaires de la recherche en science politique et s’intéresser à ses logiques de fonctionnement. Depuis sa création, l’organisation frontiste n’a jamais cessé d’osciller entre une logique électorale de participation au système politique et une logique doctrinale de rejet de ce système. Cet ouvrage démontre précisément, et c’est là son originalité, que cette dialectique est au fondement même de la dynamique politique frontiste et qu’on ne peut saisir l’évolution actuelle du parti sans en tenir compte. En partant de cette problématique et en déroulant le fil de l’histoire du parti, il s’agit donc de porter un autre regard sur le FN, de mieux apprécier ce qu’il peut avoir de nouveau depuis que Marine Le Pen en a pris la présidence et, in fine, de mettre au jour les ressorts et les limites endogènes de sa stratégie de conquête du pouvoir.

L'intégration des Maghrébins dans les villages du Midi. Réflexion sur l’intégration en France. Étude de la mixité sociale sur le terrain des villages, par René DOMERGUE, éditions René Domergue, 2011.
« Vivre mon enfance dans mon village, ça a été une grande chance. C’est la meilleure intégration qu’il peut y avoir. On a fait notre place. J’y pense souvent. J’y pense même la nuit, quand je cherche à comprendre la situation actuelle dans les banlieues. J’essaie de comprendre pourquoi j’ai eu cette chance et pas eux » (Farid).
La question de l’intégration de la population d’origine maghrébine est généralement traitée dans le contexte des banlieues populaires. C’est presque toujours ainsi que cette problématique apparaît dans les médias, le plus souvent à l’occasion de troubles. Les images qui s’imposent sont alors celles de l’échec et de la désespérance.
Écouter la parole des gens sur le terrain des villages permet de changer radicalement de perspective. Comment se déroule la socialisation des personnes d’origine ‘maghrébine’ dans un contexte villageois ? La mise au jour des caractéristiques de ce processus peut-elle modifier le regard souvent porté sur les difficultés d’intégration des ‘Maghrébins’ ? Le terrain de l’enquête est constitué par les villages du pays nîmois. La recherche s’appuie sur le recueil de la parole de leurs habitants, aussi bien des personnes ‘d’origine maghrébine’ que des ‘gens d’ici’. Et le principal moteur de l’ouvrage réside dans la confrontation des différents points de vue.

L'invention de la diversité, par Réjane Sénac, Presses Universitaires de France, 2012.
« Liberté, égalité, diversité » : les fondements de la République française doivent-ils être reconsidérés au nom de la modernité ? Au-delà de sa dimension apparemment consensuelle, la diversité interroge les tensions entre politique d’égalité et politique de l’identité, république indivisible et société de la reconnaissance. Entre universalisme et multiculturalisme, s’agit-il d’un nouveau paradigme occultant ou repensant les rapports de pouvoir et la question ethno-raciale ?
Ce livre répond à ce questionnement en se fondant sur une lecture critique des rapports institutionnels, des accords collectifs, des chartes et des déclarations sur la diversité. Il s’appuie également sur une enquête qualitative auprès de plus de cent soixante responsables de différents champs de l’espace public – politique, institutionnel, professionnel, syndical, associatif, religieux et universitaire.
À l’issue de cette recherche, l’invention de la diversité peut être qualifiée de politique parce qu’elle incarne non seulement l’avènement d’un sujet légitime de politique publique, mais aussi et avant tout celui d’un principe de justice. À l’instar de la promotion de la parité, celle de la diversité contribue en effet à conditionner le principe d’égalité à son utilité au nom d’un libéralisme vertueux. Sacrifier l’égalité à la valorisation de la différence ne revient-il pas, en définitive, à rendre politiquement correcte une forme larvée de sexisme et de racisme « bienveillants » ?

Les secrets de famille, par Serge Tisseron, PUF ("Que-Sais-Je ?" n°3925), 2012.
Tout enfant grandit au milieu des secrets, simplement parce qu’il est confronté à des mots, des mimiques et des attitudes d’adultes dont il ne comprend pas le sens. Bientôt, il questionne. Parfois on lui répond, ou on lui sourit en lui disant qu’il le saura quand il sera plus grand. D’autres fois, ses questions suscitent chez ses parents des réactions de colère, de tristesse ou de gêne incompréhensibles. Ces réactions, qui sont les « suintements » d’un secret de famille, incitent l’enfant à penser qu’on lui cache quelque chose de grave, et l’invitent à le deviner tout en lui interdisant tacitement d’y parvenir. De cette injonction contradictoire naissent des troubles dans sa construction psychique : le traumatisme vécu et tu caché par la première génération « ricoche » sur la deuxième, voire sur la troisième. Pour en guérir, il faut commencer par accepter que ces secrets s’opposent moins à l’idée d’une Vérité qu’il faudrait découvrir qu’à la communication entre les membres de la famille. Et la première chose à dire à un enfant pour commencer à l’en libérer est : « Tu n’y es pour rien ».

Sociologie du risque, par David Le Breton, PUF ("Que-Sais-Je ?" n°3016), 2012.
Toute existence est une permanente prise de risque, reflet de nos fragilités physiques et psychologiques. Mais nos sociétés technologiques semblent générer de nouveaux types de risques et des inquiétudes croissantes parmi les populations. De ce constat est née, dans les années 1980, une sociologie du risque explorant ces zones de fractures de confiance et de fragilité. Une autre approche sociologique est venue l’enrichir en s’intéressant aux conduites à risques individuelles et à leurs significations.
En s’appuyant sur l’analyse de nombreux exemples concrets, cet ouvrage dresse un panorama des recherches menées et des savoirs constitués ces dernières années autour de la notion de risque, qui est désormais une question sociale autant que politique, économique, juridique ou encore éthique.

Petrocratia, la démocratie à l’âge du carbone, par Timothy Mitchell (traduit de l’anglais par Nicolas Vieillescazes), Éditions è®e, 2011.
Janvier 2012 : l’Iran menace de fermer le détroit d’Ormuz. Casus belli : les États-Unis envisagent de répondre par la guerre si la république islamique met sa menace à exécution. Ni la répression intérieure du régime contre les mécontents, ni même son programme nucléaire n’ont ces dernières années amené réaction aussi belliqueuse. La raison en est connue : un quart du pétrole mondial transite par le détroit. Or l’économie mondiale dépend du pétrole pour sa survie. L’histoire récente l’a montré plus d’une fois : quand le pétrole est en jeu, c’est l’escalade, au moins verbale, souvent militaire. Comment sommes-nous devenus si dépendants aux hydrocarbures ?
Timothy Mitchell, politiste et historien spécialiste du Proche-Orient à l’université de Columbia, signe ici un court essai d’histoire globale, bien documenté et stimulant, qui éclaire la corrélation entre sources d’énergie, systèmes énergétiques et systèmes politiques. L’auteur propose ainsi de « suivre la piste du carbone » pour décortiquer les liens unissant le surgissement et l’hégémonie des hydrocarbures et la naissance de la démocratie de masse et de l’impérialisme aux XIXe et XXe siècles. Il s’intéresse particulièrement aux charnières de l’histoire énergétique contemporaine : le passage des énergies renouvelables au charbon au XIXe siècle, puis le passage du charbon au pétrole au siècle suivant.

"Les foudres du pénal", L'Irascible. Revue de l'Institut Rhôle-Alpin des Sciences criminelles, n°2 (2012).
Initié dans le premier numéro de l’IRASCible, l’inventaire des auteurs et des doctrines pénales se poursuit dans cette deuxième livraison. Après les Lumières du pénal, apparues comme celles du crépuscule plus que celles de l’aurore, l’IRASCible continue son tour d’horizon en pistant ces traits enflammés qui, pour venir des nuées, ne sont jamais dénués de sens. More, Morelly, Mercier et Cabet sont les premiers coups de foudres de ce volume. L’ôrage se fait plus intense avec Hommel, Bentham et surtout Sade. Enfin, l’œuvre de Girardin raisonne comme un ultime coup de tonnerre. Le lecteur court ainsi d’étonnements en étonnements et s’abandonne aux délices que lui procure la fréquentation de pensées détonantes. Loin des auteurs qui ont fait de la peine et de la prison l’horizon indépensable de la modernité, ces FOUDRES DU PÉNAL provoquent l’impensable par la hardiesse de leurs interrogations. Leur radicalité est plus souvent dans les questions qu’ils osent que dans les réponses qu’ils proposent. Ainsi, de refonte en réforme de la société, de refondation en abolition du droit pénal, le lecteur est amené à (re)connaître des penseurs qui, en leur temps, ont foudroyé le prêt-à-penser.

Des chiffres des maux et des lettres. Une sociologie de l'expertise judiciaire en économie, psychiatrie et traduction, sous la direction de Jérôme Pélisse, Caroline Protais, Keltoume Larchet, Emmanuel Charrier, Armand Colin, 2012.
Des controverses sur les OGM à l’affaire d’Outreau, l’expertise apparaît de plus en plus mobilisée mais aussi controversée dans nos sociétés. Qu’en est-il dans le domaine de la justice, qui recourt depuis longtemps à des expertises pour éclairer les décisions des juges ? Ces derniers s’appuient-ils plus qu’avant sur l’expertise ? Et qui sont ces experts ?
Reposant sur une enquête sociologique menée auprès de trois spécialités – l’économie et la finance, la psychiatrie et les langues –, cet ouvrage interroge le statut autant que l’activité d’expertise. Il étudie ces milliers d’experts, nommés pour traduire les propos d’un prévenu en audience, apprécier l’irresponsabilité d’un possible criminel ou fixer les comptes et dommages entre des parties en procès. Détenteurs de savoirs singuliers, professionnels de leur domaine mais ne pouvant faire profession de leurs activités d’expertise, ces acteurs développent des savoirs pratiques pendant le « petit procès » qu’est l’expertise. En étudiant les manières dont des savoirs professionnels spécialisés sont appelés pour traiter de controverses et de conflits, aider à la décision judiciaire, mais aussi fonder un statut, cet ouvrage permet d’approfondir aussi bien la question de l’expertise que celle du fonctionnement d’une institution judiciaire en plein bouleversement.

L'accompagnement des adolescents en grande difficulté, CONNEXIONS (Revue) 2011, n°96 (éditions Erès).
La prise en charge d'adolescents difficiles, ou en grande difficulté, réactionnels, violents, dans l'agir, faisant éclater les structures d'accueil, pose de façon indissociable des problèmes cliniques et institutionnels. À partir d'analyses de situations, ce numéro s'intéresse à l'évolution d'adolescents en difficulté, aux attaques du lien, mais aussi aux dispositifs de prise en charge, au mode d'intervention, au cadre institutionnel et aux modalités de fonctionnement du travail en réseau. Il s'agit d'ouvrir des perspectives sur l'évolution du cadre institutionnel et des dispositifs de prise en charge, en relation avec les crises structurelles et anthropologiques que traverse actuellement notre société, pour permettre des parcours individualisés et diversifiés où sont apportées des réponses cliniques appropriées aux souffrances des jeunes et de leurs familles ; l'objectif est d'abandonner les représentations fondées sur les logiques de rupture ou d'exclusion ou encore sur certaines notions comme celle de jeunes dits « incasables ».

Les frontières de l"identité nationale". L'injonction à l'assimilation en France métropolitaine et coloniale, par Abdellali HAJJAT, La Découverte, 2012.
Comment un État-nation trace-t-il les frontières de ce qu’il perçoit comme son « identité» ? Pourquoi et comment, pour y parvenir, cherche-t-il constamment à définir son extériorité au travers d’un Autre jugé« inassimilable » ? En revenant sur les origines historiques de l’injonction à l’assimilation dans la procédure de naturalisation, ce livre cherche d’abord à montrer que ces « frontières » sont mouvantes. Celles-ci sont en effet le fruit de facteurs multiples, liés au contexte social et politique aussi bien qu’aux glissements des significations et des usages du concept même d’« assimilation » (des colonies vers la métropole, du discours politique vers le juridique…). Mais, outre cette dimension historique, ce livre novateur analyse la manière dont l’administration mesure l’« assimilation » des candidats. Grâce à une enquête minutieuse en préfecture qui aura duré deux ans (2006-2007), l’auteur met ainsi en lumière l’invention des critères d’assimilation et les usages administratifs qui en sont faits, également déterminés par la concurrence de logiques administratives distinctes, les pratiques des agents subalternes et la « naturalisabilité» des candidats. La « vérité objective » de la naturalisation est particulièrement bien révélée par les cas de refus de naturalisation pour « défaut d’assimilation », qui concernent aujourd’hui principalement des femmes et/ou des musulmans. Ces refus soulèvent ainsi les questions du hijab, de la polygamie et de l’« islamisme », qui constituent à l’heure actuelle autant de frontières à la prétendue « identité nationale ».

Violences et institutions. Réguler, innover ou résister ?, Sous la direction de Denis Laforgue et Corinne Rostaing, éditions du CNRS, 2011.
École, police, prison, hôpital psychiatrique, aide sociale à l’enfance ou centre de rétention : ces institutions sont à la fois productrices et régulatrices de violences. Longtemps critiquées pour leur violence symbolique (Bourdieu), leur dimension disciplinaire (Foucault) ou leur organisation totale (Goffman), elles continuent d’être interrogées sur leur (in-)capacité à réguler la violence sociale, à la légitimité de la violence qu’elles exercent. À partir d’enquêtes empiriques au cœur de ces institutions, cet ouvrage étudie les dynamiques entre «institutions» et «violences»: comment les institutions publiques contemporaines font-elles face à de telles mises en cause ? Parviennent-elles à maintenir, envers et contre tout, leurs modes de faire traditionnels ? Ou bien inventent-elles de nouveaux dispositifs de régulation et d’usage de la violence, auxquels sont associées des rhétoriques de légitimation rénovées ? Une réflexion sur les façons dont se renouvellent, dans notre société, les rapports entre institutions publiques et usages de la violence.

"Police et Justice pénale" (sous la direction de Christine LAZERGES), Archives de politique criminelle, 2012, n°33.
Sommaire : Avant-propos par C. Lazerges ; A propos d'un rapport de la Cour des comptes sur la politique de sécurité par P. Joxe ; La police est-elle encore une activité régalienne ? par J.Chevallier ; Le contrôle du Parquet sur la police judiciaire par J.-P. Dintilhac ; Le contrôle de la déontologie des forces de police par la commission nationale de déontologie de la sécurité par R. Beauvais ; Police et LOPPSI 2 : quels enjeux pour la justice pénale ? par S. Grunvald ; La garde à vue sous le regard du Contrôleur général des lieux de privation de liberté par V. Delbos ; De l'échec de la police nationale à l'avènement incertain des polices municipales par C. Mouhanna ; Secret professionnel et devoir de réserve dans la police. Le pouvoir disciplinaire face aux lanceurs d'alerte par F. Ocqueteau et P. Pichon ; Police et CPS : de quelques paradoxes résultant de la séparation des autorités répressives par N. Jeanne ; La police judiciaire dans le procès pénal italien : questions anciennes et scénarios inédits par L. Lupària ; La « police de proximité » en Allemagne par H. Weiss et H. Henrion ; La police de proximité en Grèce par I. Rodopoulos ; Le contrôle civil de la sécurité intérieure en Turquie : entre concurrence des pouvoirs et relations principal - agent par S. Roche.

"Quartiers populaires. Dynamiques sociopolitiques et interventions" (sous la direction de Joelle BORDET et Pierre ROCHE), Nouvelle revue de psychosociologie, 2011, n°12.
Les quartiers populaires sont traversés par des logiques de relégation, de paupérisation, de ségrégation, de discrimination ou encore de disqualification symbolique. Les habitants se sentent menacés dans leur dignité, ignorés en tant que sujets et doivent faire face à d'autres violences, plus spectaculaires comme celles des émeutes, ou plus insidieuses, mais non moins prégnantes, comme celles des trafics liés à l'économie de la débrouille qui pourrissent leur vie quotidienne. Mais l'ambition de ce numéro est moins d'analyser l'ensemble des processus qui participent du négatif social que de mettre en lumière les lieux de résistance à son emprise ; les lieux d'expérimentation de nouvelles pratiques sociales et professionnelles, culturelles et artistiques, citoyennes et politiques ; les lieux qui favorisent la subjectivation et l'émancipation collective. L'interrogation porte tout particulièrement sur la façon dont ceux qui interviennent en tant que tiers (artistes, consultants d'ingénierie économique et sociale, sociologues, anthropologues, psychosociologues...) dans ces quartiers, auprès des habitants, des professionnels et des élus traduisent ces processus et enjeux, favorisent ces résistances et, au-delà, la transformation sociale.
Ont participé à ce numéro : Stéphane Balas - Elsa Bonal - Bernard Champagne - Rene Delamaire - Eugene Enriquez - Veronique Francis - Pascal Fuguer - Vincent Hanssens - Pascale Jamoulle - Denise Jodelet - Helene Join-Lambert Milova - Michel Kokoreff - Eliane Le Dantec - Romain Louvel - Michel Parazelli - Pauline Perez - Anita Ponti - Jean-luc Prades - Claire Rueff-Escoubes - Herve Vieillard-Baron - Laurent Mucchielli.

Gouverner les familles. Les classes populaires à l'épreuve de la parentalité, sous la direction de Manuel Boucher, L'Harmattan, 2011.
Depuis plusieurs décennies, la responsabilisation éducative des familles des classes populaires est devenue une préoccupation forte pour les institutions soucieuses de l’intérêt et de la protection des enfants mais aussi pour celles qui sont directement préoccupées par la gestion des « turbulences urbaines ». En effet, le réinvestissement politique de la « gestion des risques » mobilise de nombreux acteurs sociaux de la protection de l’enfance et de la prévention de la délinquance impliqués dans une pluralité de dispositifs spécifiques (cellules de veille éducative, programmes de réussite éducative, cellules prévention-sécurité, conseils pour les droits et devoirs des familles, etc.).
A côté du maintien d’une approche de soutien à la fonction parentale historique, dite d’« émancipation », où l’objectif principal demeure la protection des enfants, l’accompagnement et la valorisation des familles avant tout perçues comme souffrantes et fragiles, ce livre dévoile que nous assistons au développement d’approches plus sécuritaires au sein desquelles le but central n’est pas l’aide aux familles mais la protection de la société. Pour autant, ce livre montre, également, que des acteurs sociaux, tant du côté des familles que des intervenants sociaux, ont des capacités de réactions et développent des « contre-conduites » pour faire face aux logiques « social-sécuritaires » qui bousculent profondément les valeurs émancipatrices de l’action sociale.

"Contrôles et surveillances dans le cyberespace", Problèmes économiques et sociaux, 2011, n°988 (textes réunis par Frédéric Ocqueteau et Daniel Ventre).
Internet, traçage électronique d’individus ou de groupes sociaux spécifiques, biométrie, mais aussi systèmes de protection des personnes vulnérables bouleversent les modes de contrôle et de surveillances traditionnels. Au niveau des États, maîtriser l’espace informationnel, et donc le cyberspace est aujourd’hui un enjeu majeur. Le cyberspace est devenu un lieu d’affrontements, de conflits entre acteurs étatiques (autorités militaires, renseignement) ou non étatiques (civils, hackers, terroristes...). Malgré leurs tentatives pour contrôler l’ensemble des dérives de l’internet, il apparaît que les États n’y parviendront pas complètement et la volonté de contrôle est battu en brèche comme le montre l’affaire « WikiLeaks ». Par des logiques de subversion aussi permanentes que le sont les ambitions de mise en ordre des États, la société civile résiste notamment par la protestation publique, l’anonymisation collective, comme on a pu le voir lors des événements du « printemps tunisien », ou par le biais de l’activisme politique.

Roms en (bidon)villes, Martin Olivera, éditions Rue d'Ulm, 2011.
En France comme dans d’autres pays d’Europe occidentale, les bidonvilles du XXIe siècle semblent indissociables de la « communauté rom », perçue à la fois comme culturellement exotique et socialement marginale. Mais qui sont en réalité les habitants de ces baraques construites dans les interstices urbains ? A-t-on affaire à des « nomades insaisissables » ou à des migrants économiques comme tant d’autres ? Quels sont leur quotidien et les difficultés auxquelles ils sont confrontés ?
Répondre à ces questions invite dans le même temps à interroger les causes de ce phénomène. Et celles-ci n’ont que peu à voir avec une quelconque appartenance ethnique mais renvoient à des réalités sociales, politiques et économiques qui concernent l’ensemble des habitants de la Ville contemporaine et, au-delà, toute l’Europe d’aujourd’hui.

La concurrence mémorielle, par Geoffrey Grandjean et Jérôme Jamin, Armand Colin, 2011.
« Ce que personne ne sait et qui ne laisse pas de trace n’existe pas » expliquait Italo Svevo. Si chez certains le temps suffit pour qu’un événement tombe dans l’oubli et qu’on vienne à penser qu’il n’a jamais existé. Pour d’autres, au contraire, le souvenir est resté vivace, entretenu par un groupe ou une communauté d’individus, souvent organisés en associations, et prêts à tout pour faire connaître et reconnaître un massacre, un attentat, un génocide, une catastrophe naturelle… Confrontés les uns aux autres, ces souvenirs suscitent parfois une compétition malheureuse, parfois volontaire, souvent inconsciente, qui s’alimente d’un univers sur-médiatisé où les images récentes et plus anciennes se multiplient et se télescopent. La concurrence des mémoires défie les imaginaires nationaux et remet en question le droit des États à dicter ce qui leur semble bon pour la Nation. Souvent considérée comme un effet secondaire lié à des problèmes plus fondamentaux, la concurrence mémorielle est en réalité un enjeu structurant et déterminant pour la cohésion sociale de nos sociétés.

Les observatoires territoriaux. Sens et enjeux, par Emmanuel roux et Grégoire Feyt, DATAR, Collection Travaux - N°14, 2011 (La Documentation française).
Que sait-on véritablement des observatoires territoriaux ? Ce type de dispositif, florissant sur les territoires français – plus de 500 recensés ! – recouvre de fait un grand nombre d’organismes aux formes juridiques, champs d’activités et périmètres géographiques les plus divers.
A partir d’une enquête réalisée sur un échantillon de 185 dispositifs d’observation et de 40 structures, cet ouvrage propose un état des lieux et des pistes de réflexion inédites en la matière. En plus d’alimenter l’action publique en données statistiques, l’observation par et pour les territoires s’avère en effet porteuse d’enjeux stratégiques : pour la mise en œuvre des politiques publiques, pour la diffusion d’une culture de la coopération entre partenaires territoriaux ou encore, pour mieux impliquer les acteurs et citoyens dans la vie des territoires.

"Le passage par la violence en politique", Cultures et conflits, 2011, n°81-82.
Ce numéro de Cultures & Conflits invite à explorer les configurations sociales, historiques et politiques afin de mieux comprendre la violence politique, en refusant tout « exceptionnalisme méthodologique ». Le dossier s’ouvre sur le cas de l’Allemagne avec une traduction inédite d’un texte de Norbert Elias portant sur le conflit générationnel comme mode explicatif de la violence politique. Les autres contributions traitent tour à tour des violences syndicales, du lien entre des militants, leur organisation et la violence, à travers des trajectoires collectives ou individuelles. Le passage par la violence en politique n’est pas le résultat d’un « dysfonctionnement » ni d’une « subjectivité pathologique » réservée à des fanatiques, à des individus manipulés ou frustrés. Il s’inscrit dans des configurations sociales qu’il faut étudier dans toute leur singularité, en faisant varier les niveaux d’analyse. Outre ce dossier sur la violence en politique, ce numéro de Cultures & Conflits inaugure une nouvelle rubrique, le « Forum », qui présente ici diverses contributions autour de la situation des Roms en Europe. Ce forum permet un retour sur une « actualité » qui a agité le monde politico-médiatique sans que l’on puisse se satisfaire des explications communes qui ont été avancées.

Les transitions à la vie adulte des jeunes en difficulté, sous la direction de Martin Goyette, Annie Pontbriand et Céline Bellot, Presses de l'Université du Québec, 2011.
La précarisation et la flexibilisation du monde du travail, tout comme l'individualisation et la démocratisation de la vie familiale, a transformé le passage des jeunes à la vie adulte. Ces derniers doivent plus que jamais faire preuve d'autonomie et de motivation. L'action publique même, par ses nouvelles exigences de responsabilisation, d'implication, de mise en projet, de participation et de reconquête de soi, colore les interventions auprès des jeunes en difficulté au point que l'aide est devenue conditionnelle. Les jeunes doivent être performants, tout comme les actions publiques à leur endroit. En regard de ce contexte, cet ouvrage veut à la fois tracer les contours des expériences que vivent les jeunes en difficulté dans leur passage à la vie adulte, mais aussi cerner les modalités de régulation de ce passage. Les auteurs cherchent à dépasser le regard uniforme et fataliste porté sur les difficultés des jeunes pour tenir compte de leur qualité d'acteur dans leur processus de transition et de la diversité des situations d'insertion vécues de manière dynamique. Bref, aller au-delà de certains travaux qui abordent les jeunes en tant que victimes incapables et qui s'attardent surtout à leurs difficultés personnelles dans une perspective psychologisante.

Sociologie politique de l'expertise, par Corinne DELMAS, La Découverte ("Repères"), 2011.
Faut-il expertiser les experts ? Cette question résume la place paradoxale de l’expertise et l’intérêt que lui portent les chercheurs en sociologie et en science politique. Pourtant, le décalage est important entre le succès de ce concept et les incertitudes liées à sa définition.
Illustré par de nombreux exemples concrets, ce livre éclaire l’évolution sémantique de l’expertise, la diversité des acteurs, ainsi que ses enjeux. Définie ici comme l’ensemble des savoirs mobilisés en vue de l’action, elle est appréhendée comme une pratique révélatrice des évolutions contemporaines de notre société et de l’action publique. Comment analyser l’essor d’un véritable marché de l’expertise qui révèle le fossé séparant les experts des profanes et suscite de nouvelles exigences démocratiques ? Peut-on évoquer une remise en cause du modèle technocratique de décision publique ?
C’est notamment à ces questions très actuelles que répond cet ouvrage en soulignant les ambiguïtés d’une vulgarisation de l’expertise dans une démocratie de marché réduisant les citoyens à des individus sommés d’être les entrepreneurs d’eux-mêmes.

Le viol du féminin. Trauma sexuel et figures de l’emprise, par Philippe Bessoles, éditions Champ social, 2011.
Etayé sur une longue pratique clinique et thérapeutique hospitalière et libérale, l'auteur rend compte d'une recherche innovante sur les psychopatologies traumatiques d'origine sexuelle. Accompagné de nombreux cas cliniques illustrant ses propositions théoriques, l'ouvrage témoigne d'un travail rigoureux et éthique. A partir du paradigme de l'emprise, l'auteur analyse les figures du traumatisme sexuel individuel et collectif tel l'inceste, le viol en réunion, les tortures sexuelles.
Philippe Bessoles est Docteur en Psychopathologie Clinique. Maître de Conférences des Universités, habilité à Diriger des Recherches (Université Grenoble II). Conduit des recherches sur les pathologies traumatiques et les comportements criminels dans le champ de la victimologie et criminologie clinique, interculturelle et humanitaire. Dirige depuis 2009 le séminaire « Les figures de l’Emprise » à l’Ecole Doctorale à l’Université Denis Diderot. Paris VII.

The Securitization of Migration. A Study of Movement and Order, By Philippe Bourbeau, Routledge, 2011.
The international movement of people is provoking worldwide anxiety and apprehension. Nation-states around the globe, especially Western ones, are cracking down on migration for security reasons. International migration has become a key security issue and is perceived, by some, as an existential security threat.
The Securitization of Migration is about the movement of people and the system of order underpinning the movement. In undertaking a comparative study of Canada and France, the study analyzes the process of securitizing migration. It explores the process of discursively and institutionally integrating international migration into security frameworks that emphasize policing and defence. Drawing upon social theory, migration studies, and Securitization Theory, Philippe Bourbeau seeks to understand the concepts of power underlying security frameworks and how these affect the treatment of migrants and immigrants. This book is one of the first to systematically and comparatively examine the role of political agents, media agents, and contextual factors in the process of securitizing migration.

La socialisation professionnelle des policiers, Déviance et Société, 2011, vol. 35, n°3 (sous la direction de Marc Alain et Geneviève Pruvost).
Sommaire : "Police : une socialisation professionnelle par étapes", par Marc Alain et Geneviève Pruvost ; "Comment devient-on policier ? 1982-2003. Évolutions sociodémographiques et motivations plurielles" par Geneviève Pruvost et Ionela Roharik ; "Le travail policier vu par les étudiants en techniques policières : une question d'attitude" par Éric Richard et Marie-Christine Pacaud ; "Réformer les pratiques policières par la formation ? Les obstacles à la transformation des relations entre les policiers et leurs publics" par David Pichonnaz ; "Une ethnographie de l'intégration professionnelle du gardien de la paix et du police constable" par Damien Cassan ; "Les facteurs de perméabilité aux valeurs traditionnelles du métier de policier Bilan et leçons d'une expérience de six années de suivi de socialisation professionnelle d'une cohorte de recrues au Québec" par Marc Alain ; "La socialisation professionnelle des policiers municipaux en France" par Virginie Malochet ; "Regards croisés des notions relatives au développement identitaire des jeunes adultes et de la socialisation professionnelle propre au métier de policier" par Julie Marcotte et Alexandra Dion.

Pour qu'ils s'en sortent ! Comment intervenir efficacement auprès de jeunes délinquants, par Michel Born, De Boeck, 2011 (préface de Boris Cyrulnik).
S’adressant aux éducateurs, aux psychologues, aux travailleurs sociaux du secteur de l’intervention à l’égard des jeunes délinquants, et plus largement à ceux qui travaillent avec des jeunes voire des adultes en situation d’inadaptation sociale, ce livre présente les principaux leviers psychologiques des interventions. L’auteur s’attache à comprendre ce qui fonctionne dans la prise en charge de jeunes délinquants afin que les travailleurs du secteur puissent améliorer leur action en s’appuyant sur une meilleure compréhension des mécanismes en œuvre. Cet ouvrage repose sur son expérience de clinicien et de superviseur dans plusieurs services et institutions, sur des recherches et des enseignements depuis près de 20 ans.
Tout en abordant les questions majeures relevant de l’intervention, principalement l'efficacité des prises en charge en milieu ouvert et celle du travail avec la famille et des tuteurs de résilience, l’auteur envisage également les apports à la prise en charge des délinquants à caractère sexuel et les applications lorsque toxicomanie et délinquance se cumulent.