Les résultats probants d’un recul net et durable de la délinquance ne sont jamais venus malgré le tripatouillage éhonté des statistiques mais cela n’a pas empêché en 2007, le candidat devenu élu de poursuivre sur la même logique tout en imposant une baisse d’effectif et de moyens. Évidemment, aujourd’hui rien ne permet d’affirmer la pertinence de ces décisions prises alors grâce à la complicité d’une haute fonction publique parfaitement récompensée en termes notamment de déroulé de carrière. Pourtant en 2012, la logique d’emploi de la force publique ne change pas « le chiffre » est toujours roi et l’on occulte que le « gros chiffre d’affaires » génère une baisse de la qualité du travail policier entraînant une dégradation de l’ensemble du service public de sécurité. Il est vrai que le conseiller en chef de l’exécutif, un célèbre alchimiste de la sécurité auto-déclaré criminologue n’ayant pas changé durant toutes ces années, les mêmes causes ont produits les mêmes effets.
Aujourd’hui après une campagne électorale supplémentaire et des engagements pris en termes de réorientation de l’emploi des effectifs qui suscitent espoir et interrogations, les responsables de l’action publique font mine de découvrir les difficultés après avoir tout d’abord imposé une sévère coupe budgétaire. Les policiers et gendarmes sont pris entre le marteau et l’enclume et c’est une position des plus inconfortables. Les raisons de leur malaise ont pu cependant être analysées depuis longtemps.

Les causes exogènes

Le pouvoir politique utilise la thématique sécurité au fil des élections et c’est le plus mauvais service que l’on rend à la force publique. En effet elle a plus besoin de pragmatisme que d’exploitation idéologique de son activité. Le travail policier n’est pas de droite ou de gauche, il ne se fonde pas exclusivement sur le droit pénal, au contraire il répond à des logiques sociologiques. En tout état de cause il ne peut se dissocier de la population, le policier doit être en phase avec les citoyens.
Les responsables des partis politiques élus se rapprochent de la fonction publique pour constituer l’état qui gère le destin de la nation. Depuis trop longtemps cette relation et devenue incestueuse. L’élu a besoin de réseau que lui constitue la haute fonction publique qui elle-même a besoin du politique et de son pouvoir de nomination. L’on ne juge plus de la qualité professionnelle mais plutôt de la docilité pour désigner les fonctionnaires à la direction des services. Outre l’aspect inique, il est évident que cela a un impact sur l’efficience de la force publique.
La société produit aujourd’hui de la ségrégation : elle peut être urbaine, économique, consumériste etc. Ce que l’on appelle les « affaires » qui sont parfois légales mais qui défraient la chronique démontrent que les citoyens aujourd’hui souhaitent davantage d’égalité. La ségrégation et l’inégalité de traitement entre la délinquance en col blanc et le dealer qui ont pourtant tous les deux le même objectif d’enrichissement, gênent l’action de la force publique qui devient suspecte de manquer d’objectivité dans son action.
Pour traiter de la thématique sécurité il faut comprendre qu’il s’agit d’une chaine composée de maillons solides et unis. Malheureusement aujourd’hui, la justice qui est censée être un pouvoir à part entière, est reléguée au statut de bouc émissaire. Tous ceux qui salissent aujourd’hui la justice pour des raisons d’opportunité portent une lourde responsabilité aux divers déchaînements de violence qu’ils dénoncent.

Les causes endogènes

Une société est apaisée ou violente selon sa capacité à édicter des bonnes règles pour préserver la paix publique et sa capacité à adopter une saine gestion de l’interdit. La force publique est donc responsable de la gestion de l’interdit. Dans l’histoire des sociétés il est acquis qu’il est primordial que celui qui détient la violence légitime soit perçu comme juste. Le recours à la force doit donc toujours être lié à une nécessité et non à l’exercice d’une contrainte.
Le policier intervient le plus souvent sur des situations conflictuelles non pas pour imposer sa force mais pour rééquilibrer l’usage de la force en faveur du faible face au fort. Cet équilibre est difficile à trouver mais la règle qui doit prévaloir c’est que l’action de police ne crée pas plus de troubles que celui existant lors de son intervention.
En tout état de cause, des caps de violences ont été franchis ces dernières années. La police qui parfois doit user de la force lors de son action offensive doit être accompagnée par une police capable d’anticiper et déminer. C’est pour cette raison que la police judiciaire et la police administrative sont les deux composantes de la force publique même si hélas aujourd’hui l’une de ces composantes est hypertrophiée au détriment de l’autre. La violence crée le trouble et l’usage de la force ne suffit pas à ramener la paix. Aujourd’hui les coups, demain les balles après-demain les massacres, les responsables de l’utilisation de la force publique doivent rechercher les solutions de paix au lieu de bomber le torse.
Ce qui peut garantir une bonne relation police population c’est l’efficacité, or la force publique doit faire face à une délinquance de masse dans une chaîne de sécurité qui débouche sur des taux de récidives entre 40 et 50 %. Si la force publique fait plus d’affaires elle reste toujours incapable de gérer la délinquance d’appropriation qui impacte pourtant la majeure partie de la population. Le policier s’épuise donc en multipliant une activité sans que celle-ci ne génère une plus-value en termes d’amélioration du service public.
Aujourd’hui en termes de moyens et d’effectif l’investissement Institutionnel dans la relation police population est infinitésimal. Dans le même temps personne ne peut prétendre désormais que l’action de police ne puisse se réaliser sans une réflexion profonde sur la question. Il est donc opportun de s’interroger sur le cynisme des responsables publics qui le lundi se refusent à entreprendre une réflexion d’ampleur sur le sujet et le mardi s’insurgent lorsqu’un policier est agressé.
Il est urgent de repenser l’évaluation et le management du policier, la compétence professionnelle doit être valorisée au détriment du crétinisme en vigueur sur la seule valorisation du traitement « viril » des dites : « belles affaires ».

Seul un policier efficace est heureux

Pour ma part j’ai mal à ma police depuis des années, toujours passionné par mon métier j’ai eu la chance de le pratiquer dans des conditions autres. Pinot simple flic était mieux traité hier qu’aujourd’hui. La population est plus en phase avec le gardien de la paix Pinot qu’avec Robot cop. Les policiers, non pervertis par les « primes » étaient solidaires face à une administration déjà tatillonne et peu au fait des réalités et des exigences du travail sur la voie publique.
Je ne suis pas un adepte du « c’était mieux avant » mais je constate au quotidien le mal être général des policiers qui se traduit hélas notamment par le nombre de suicide. Un policier heureux est un policier efficace et reconnu par la population, d’ailleurs c’est cette même population qui est à même de protéger le policier en cas de nécessité.
A Champigny pourtant, c’est précisément l’inverse qui s’est passé, nous en sommes donc au degré zéro de la relation police population. Une foule hostile s’est comportée comme une meute. Nous pouvons évidemment regretter, déplorer, accuser etc. mais n’oublions pas de réfléchir en profondeur et surtout de mettre un terme aux incohérences actuelles dans l’utilisation de la force publique. Si selon la déclaration des droits de l’homme, la force publique est instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée, il est temps de permettre aux policiers de penser leur propre métier au lieu de se laisser imposer des fantasmes idéologiques.

Andy CRUPS, Officier de police à la retraite

Photo : lepoint.fr