La question des délais de prescription est fondamentale dans certains secteurs de la répression de la délinquance. Parfois, on ne découvre les infractions que plusieurs années après leur commission. C'est le cas notamment des violences sexuelles, qui tendent à devenir imprescriptibles. C'est aussi le cas de nombreuses infractions économiques et financières (comme l'abus de bien social ou les différentes formes de corruption), mais qui reçoivent un tout autre traitement politique... Le 6 septembre 2007, N. Sarkozy s'élevait contre la « pénalisation à outrance » du droit des affaires. En février 2008, un groupe de travail (confié à de hauts magistrats, à des avocats d’affaires et à des dirigeants de grandes entreprises) remettait à R. Dati un rapport sur la dépénalisation de la vie des affaires visant à protéger largement ces milieux, rapport critiqué notamment par le Syndicat de la magistrature. A l'occasion du projet de réforme de la procédure pénale, M. Alliot-Marie a tenté de modifier ces fameux délais de prescription, puis a reculé devant la pression des associations de victimes et des syndicats de magistrats. Mais il est à craindre que cette question, chassée par la porte, revienne bientôt par la fenêtre.
Plus largement, on ne peut qu'être frappé par le gouffre qui sépare d'un côté la punitivité et la dramatisation des discours lorsqu'il s'agit des "voyous des cités", de l'autre la mansuétude apparaissant dès que l'on passe de la délinquance des pauvres à celle des élites. Le fait s'observe sur d'autres sujets encore, comme la fraude et l'évasion fiscales où les contrôles et les sanctions ne suivent pas les déclarations du gouvernement. C'est ce que critique le Syndicat national unifié des impots mais aussi ce que constate à certains égards le dernier rapport de la Cour des comptes. Dans le même ordre d'idées, un autre syndicat dénonçait également ces derniers jours la disparition programmée de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de son maillage du territoire national, sous prétexte de réduction des effectifs.