politiques couv.inddLa jeunesse est - paraît-il - l'avenir d'un pays. Mais comment les pouvoirs publics traitent-ils la jeunesse ? La parution du livre de Patricia Loncle est l'occasion d'un bilan sévère. Certes, les pouvoirs publics y portent une attention de plus en plus particulière. Mais pourquoi, comment et avec quels résultats ? D'abord, la chercheuse montre que les politiques sont rarement fondées sur des diagnostics précis des comportements des jeunes. On est plus dans la peur (et le maintien de l'ordre) et dans l'affichage politique qu'autre chose. L'exemple récent des "apéros géants" l'a confirmé. Trois mots-clefs dominent ces politiques publiques : insertion, répression et soin, les deux derniers se confondant souvent dans la notion de "risque". Ensuite, il n'existe généralement pas de coordination des différents échelons de décision et de financement, de l'Etat aux communes, en passant par les régions et surtout les départements. Et puis les budgets ne suivent pas, ils sont globalement pauvres. Le résultat est une absence de politique de la jeunesse tant nationale que locale, un empilement de dispositifs non coordonnés, des professionnels très divers et sans partenariat global, des inégalités très fortes selon les territoires et selon les catégories de jeunes (avec un déficit criant d'insertion des jeunes de milieu populaire dans les dispositifs sensés les concerner, qu'il s'agisse d'insertion sociale ou de participation politique). Bilan sombre, mais réaliste.
Osons l'idée que les jeunes ont sans doute besoin de trois choses : 1) ils ont besoin d'air (qu'on les laisse être jeunes, qu'on les aide à sortir de leur famille, à voir le monde et se découvrir eux-mêmes), 2) ils ont besoin de croire un avenir social possible s'ils se mobilisent (or les jeunes de milieux populaires vivent souvent écrasés par la menace du chômage et de l'absence d'autonomie financière), 3) ils ont besoin de sens, de valeurs et d'exemples donnés par les adultes autres que la compétition et l'enrichissement. Mais sans doute ce dernier point est-il davantage un espoir qu'un constat. (LM)