Depuis le milieu des années 1970, la politique de la ville repose sur trois piliers fondamentaux : la "réhabilitation" du bâti, les politiques dites de "discrimination positive" et la "participation des habitants". Depuis la loi Borloo du 1er août 2003, du point de vue budgétaire la politique de la ville se réduit quasiment au premier point, avec un bilan mitigé (voir un article de A. Villechaise et T. Oblet). Du coup, la politique de discrimination positive (qui vise à réduire les écarts entre les territoires) tient dans quelques dispositifs aussi spectaculaires que rares faute de budget. Reste le troisième axe. Mais depuis 35 ans cette fameuse "participation" des habitants est le point noir de la politique de la ville. A l'évidence, le système politique français et l'administration ont le plus grand mal à concevoir la signification de ce que l'on appelle outre-Atlantique l'empowerment (voir le livre de J. Donzelot, C. Mevel et A. Wyvekens), à en accepter et en mettre en oeuvre le principe et les moyens. Aider les habitants à prendre davantage en main leur destin signifie en effet leur donner davantage de pouvoir, cesser de penser à leur place et de se servir de l'épouvantail du "communautarisme" pour discréditer toutes celles de leurs initiatives et de leurs revendications qui ne rentrent pas dans le moule du politiquement correct.
Quelques jours avant l'émeute de Grenoble, un collectif inédit (baptisé "Fonda") s'était constitué pour réclamer qu'enfin on se tourne vers les ressources des quartiers et de leurs habitants pour concevoir et mettre en oeuvre les politiques de la ville. Il y avait là le Comité national de liaison des régies de quartier, la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France, l’Association des directeurs de plans locaux pour l’insertion et l’emploi, l’Inter-réseau des professionnels du développement social urbain et le Comité national de liaison des associations de prévention spécialisée. Leur démarche est la bonne. Elle pourrait inspirer un changement très profond dans la gouvernance des quartiers pauvres en France.