Toute initiative visant à remettre au centre des débats publics une approche éducative ambitieuse pour tous (« refuser l’échec scolaire ») signale une résistance bienvenue à une politique de renoncement tendanciellement dominante aujourd’hui, s’agissant de certains jeunes en difficulté. Souvent considérés comme irrécupérables « alors qu’on leur a donné toute leur chance » dans le cadre d’un système scolaire désormais formellement ouvert à tous de manière durable, tout se passe alors comme si l’enjeu majeur était avant tout de se protéger de ces jeunes en les inscrivant dans des dispositifs de dressage plus ou moins fermés. C’est une perspective radicalement différente qui s’ouvre à travers des initiatives telles que celles proposées par l’AFEV en étudiant l’échec scolaire non comme une fatalité liée au hasard de la génétique ou du mérite individuel mais comme un construit social, produit d’une conjugaison de facteurs sur lesquels on peut agir.

En écho aux contributions prévues pour cette journée du 21 septembre, on rappellera ici une idée force établie à partir de plusieurs enquêtes récentes. Tous les élèves peuvent a priori réussir dans les apprentissages et notamment entrer avec succès dans la culture de l’écrit. S’ils se découragent et finissent par décrocher dans certains apprentissages, c’est a postériori, après une série d’expériences marquées par l’échec, les malentendus dans les apprentissages, des verdicts scolaires négatifs et disqualifiants. L’investissement scolaire des parents tous milieux confondus est désormais établi. Les parents, loin de se désintéresser de la scolarité de leurs enfants, la considèrent de plus en plus comme essentielle au point effectivement d’éprouver douloureusement la pression qui pèsent sur eux à cet égard.
L’échec scolaire n’est pas le simple produit d’une carence familiale, d’un désintérêt des parents ou d’un manque d’aptitude individuelle. Il se construit nécessairement au carrefour de plusieurs univers, la famille ou le quartier, mais aussi et surtout dans l’école telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Les acteurs qui y travaillent doivent donc s’interroger sur leur implication dans ce processus. Enfin, on espère que cette journée contribuera à interpeller les acteurs politiques aujourd’hui en campagne électorale et qui en ont bien besoin tant ils peinent à décliner un programme un tant soit peu étoffé sur les questions scolaires.

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