Le HCE rappelle dans l'introduction un extrait de la lettre de mission du Président de la République adressée au Ministre de l’Éducation nationale en 2007: « En dernier lieu, nous souhaitons que vous mettiez en place un dispositif d’évaluation beaucoup plus conséquent de notre système éducatif. Celui-ci devra comprendre ... une évaluation indépendante et régulière de l’ensemble de notre système éducatif, afin que l’autorité politique puisse en permanence prendre les décisions nécessaires pour garantir la qualité de l’école et sa capacité à répondre aux obligations et aux attentes du monde contemporain ».

Les trois points développés par le HCE tendent, au fil du rapport, à disqualifier les indicateurs nationaux pour promouvoir d'autres outils statistiques plus proches des standards internationaux. La structure se présente de la manière suivante :

Première étape du raisonnement : les indicateurs annuels fournis au parlement ne sont pas satisfaisants ; ils ont été construits pour répondre aux exigences de la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances) demandant au Ministère de l’Éducation nationale de fournir chaque année au Parlement des chiffres relatifs à l'acquisition des « compétences de base » en français et en mathématiques en fin de primaire et de collège. Dans cette partie, le HCE critique les chiffres fournis par le Ministère, qu'il ne trouve « pas fiables pour des raisons de méthode » ; il conclue la première partie du raisonnement en affirmant que « étant donné son caractère très partiel et son niveau d'exigence très insuffisant, cet indicateur devrait être rapidement supprimé ».

Second étape du raisonnement : il existe des outils nationaux rigoureux, les indicateurs CEDRE (Cycle des Évaluations Disciplinaires Réalisées sur Échantillons) ; ils sont « publiés régulièrement, sont très peu commentés et donc assez largement méconnus » (cet indicateur est également méconnu par les universitaires travaillant sur l'éducation ). Or il se trouve qu'ils sont plus proches des conclusions de l'enquête PISA que ceux portant sur les « compétences de base » (critiqués au début du rapport) : « Les résultats de CEDRE donnent une image beaucoup plus fidèle des acquis des élèves que les indicateurs LOLF et ils sont cohérents avec les résultats de l'enquête PISA. On peut regretter qu'ils n'aient eu écho ni dans les milieux informés, ni dans l'opinion publique ».

Dernier point développé par le rapport : PISA, fourni par l'OCDE, mais aussi PIRLS, fourni par l'IEA (l'« Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire »), sont devenus un outil de pilotage indispensable des politiques éducatives, doivent inspirer les indicateurs nationaux et notamment CEDRE : « Pour tirer le meilleur bénéfice de ces indicateurs et permettre des comparaisons cohérentes, le Haut Conseil de l’Éducation souhaite qu'ils soient compatibles avec les évaluations internationales de l'OCDE (PISA), de l'IEA (PIRLS, TIMSS, ICILS...) ou de l'Union européenne. Cette exigence de cohérence est logique dans la mesure où le socle commun est l'adaptation française du cadre de référence européen des compétences-clés. Cela suppose que la France participe de manière régulière aux enquêtes internationales dont elle est aujourd'hui absente et qu'elle reprenne sa place au sein de groupes de travail où elle n'est plus représentée ».

La baisse du nombre de rapports publiés est-elle uniquement une stratégie supplémentaire de communication politique par les chiffres à laquelle ce gouvernement nous a habitués, ou au contraire s'agit-il d'une amorce d'un transfert plus structurel des choix de fond portant sur l'évaluation des politiques éducatives (et la manière dont elle doit être menée) aux mains d'organismes internationaux comme l'OCDE, dont la neutralité politique reste à prouver ? Le débat citoyen (national, mais aussi (surtout?) européen et international) devrait appeler à discuter collectivement des finalités du système éducatif mais aussi des modalités et objectifs de l'évaluation des politiques éducatives ; or bien au contraire, la multiplication des indicateurs chiffrés basé sur un logique de compétences, qui plus est élaborés par des instances donc le contrôle démocratique échappe aux populations concernées, est une marque supplémentaire de la dérive de l'évaluation des systèmes éducatifs vers une logique de benchmarking plus proche du monde de l'entreprise que de celui d'une éducation citoyenne et égalitaire.

Sources :



Illustration : Marc Laapage (DR)