Le premier est celui du décalage entre la distribution spatiale des groupes sociaux et la distribution des ménages avec enfants de ces mêmes groupes sociaux.
Le second facteur de décalage est celui de la distorsion entre la distribution résidentielle des enfants et leur distribution scolaire, qui résulte des pratiques parentales de recherche d’un meilleur établissement scolaire ou d’évitement de l’établissement de secteur.
C’est cette distance entre les enfants des catégories supérieures et les enfants des catégories populaires et étrangers qui est la composante majeure de la ségrégation scolaire ; et c’est entre les enfants dont les parents sont chefs d’entreprise, cadres d’entreprise ou exercent une profession libérale et les enfants des catégories populaires et étrangers que le surcroît de ségrégation entre les distributions résidentielle et scolaire est le plus marqué.
Ce point est d’autant plus important à souligner qu’une bonne partie de la littérature impute aux classes moyennes la responsabilité de la ségrégation scolaire, alors que ces classes moyennes sont pourtant nettement plus proches résidentiellement des classes populaires, et qu’il n’y a pas de surcroît de ségrégation scolaire entre classes moyennes et classes populaires.
On relève cependant une exception, qui, si elle n’est qu’une composante mineure de la ségrégation scolaire d’ensemble, mérite d’être soulignée à nouveau ici. C’est la ségrégation scolaire extrêmement forte entre les enfants des policiers et des militaires et les enfants de classes populaires, particulièrement des ouvriers qualifiés et des immigrés (enfants étrangers). Il nous semble que cette ségrégation considérable pose problème quant au caractère républicain des forces chargées du maintien de l’ordre public, le maintien d’une telle distance sociale ne pouvant qu’encourager la méfiance réciproque et, pour les agents d’autorité, une tendance à la stigmatisation et à la discrimination des classes populaires et des immigrés.