Mais l'ancien Grand maître du Grand Orient de France a plus d'un tour (ou d'un « frère ») dans son sac. Possiblement bloqué du côté de l'université, il tente de pousser l'avantage au CNAM où subsiste cet archaïsme des nominations politiques directes permettant de récompenser ses amis politiques, voire d'offrir à certains un pantouflage confortable aux frais des contribuables. C'est ainsi que le Conseil scientifique et le Conseil des formations du CNAM apprenaient début avril que le ministère entendait créer au sein du CNAM deux postes de professeurs des universités, deux postes de maître de conférences et un poste d’ingénieur d’études, afin de constituer un « Pôle national de criminologie ». Les présidents de ces deux instances du CNAM publiaient alors une déclaration publique dans laquelle ils déclarent « refuser l’instrumentalisation du Conservatoire au service d’une démarche politique et non scientifique ». Et ils « demandent l’affectation de ces moyens aux priorités pédagogiques et scientifiques du CNAM validées par les instances ». Ils recevaient également le soutien du SGEN dont le communiqué du 10 avril 2012 est intitulé « Derniers avatars de la criminologie : quand idéologie et mépris riment avec gabegie » (voir le document). Il est en effet confondant de voir que cette politique ministérielle se moquer de la politique scientifique et pédagogique du CNAM, confondant de voir comment sont composés des comités de sélection censés recruter les futurs enseignants de criminologie (avec principalement des enseignants-chercheurs totalement étrangers aux questions pénales et criminologiques). Réuni le 10 avril, le Conseil scientifique du CNAM a ainsi rendu à l'unanimité un avis défavorable sur la composition des comités de sélection nommés pour faire ces recrutements, constatant une fois de plus le vide scientifique et pédagogique de ce projet.

Il faut donc le répéter, toute cette opération n'est que la continuation d'une politique de petits arrangements entre amis, elle est une des illustrations de ce qui se passe depuis quelques années en France : ceux qui détiennent le pouvoir conçoivent les biens publics (l'Université en est un, et le Cnam aussi) comme un gâteau qu'ils peuvent se partager entre copains. Et qu'importe les règles, les procédures, les qualifications requises pour pouvoir prétendre à une responsabilité, les contreparties et les services qu'il faut rendre. Ces gens-là se croient tout permis. Et comme, bien entendu, ils courtisent déjà l'autre bord politique en vu du retour de la gauche au pouvoir, il faudra poursuivre la résistance dans les mois et les années à venir.

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