Une enquête montre l'ampleur des consommations de drogues en détention
3 05 2012
En France, les usagers de drogues sont particulièrement représentés en milieu pénitentiaire, en lien avec la pénalisation de l’usage de drogues maintenue par la loi du 31 décembre 1970. Jusqu’à présent, des enquêtes épidémiologiques avaient montré qu’un tiers des entrants en prison déclaraient une utilisation prolongée et régulière de drogues illicites dans les 12 mois précédents l’incarcération. Mais aucune enquête n’avait été réalisée sur la poursuite de la consommation de drogues en détention. En 2011, une enquête par auto-questionnaire a été menée au centre pénitentiaire de Liancourt auprès de 700 détenus (avec un taux de participation de 54 %), ces résultats viennent d’être publiés dans la Presse Médicale. Cette enquête montre que la consommation de drogues en détention est considérablement plus élevée qu’en milieu libre.
En effet, plus d’un tiers des détenus (38 %) déclarent avoir consommé du cannabis durant leur incarcération, 8 % de l’héroïne et 7 % de la cocaïne. Par ailleurs, la consommation d’alcool en détention concerne 19 % des personnes détenues. Autre fait majeur, près de 8 % des détenus déclaraient avoir débuté l’usage d’une nouvelle drogue en détention. Et certaines de ces consommations se font par injection, alors que l’accès à du matériel d’injection stérile n’est pas disponible en milieu pénitentiaire. Cette enquête vient conforter d’autres sources de données françaises (enquêtes Coquelicot, Pri2de et Prevacar). Cette nouvelle enquête est toutefois la première à interroger directement les personnes détenues lors de leur incarcération. Elle révèle que le cadre répressif en milieu carcéral n’est pas dissuasif et que les risques de transmission de maladies infectieuses en détention sont extrêmement élevés, en raison de l’absence d’outils de réduction des risques, des conditions de promiscuité liés à la politique carcérale et de la prévalence très élevées des maladies infectieuses chez les personnes détenues (de l’ordre de 3 à 4 fois plus élevées qu’en milieu libre pour le VIH et l’hépatite C). Cette enquête rappelle ainsi l’importance du principe d’équité en matière d’accès aux soins et aux moyens de prévention pour les personnes détenues en comparaison au milieu libre, présente dans les recommandations préconisées par l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 1993, mais non appliqué en France.