• une décennie de reformes mais d’inégalités persistantes entre les quartiers ; - une politique insuffisamment pilotée ;
- un effort sans précédent de rénovation urbaine encore mal articulé avec le volet social de la politique de la ville ;
- une faible mobilisation des politiques publiques dans les quartiers ;
- une répartition insatisfaisante des moyens spécifiques de la politique de la ville.

On ne peut d’ailleurs qu’être frappé par la récurrence des critiques ainsi adressées par la Cour des comptes à la politique de la ville, dont le rapport 2012 reprend bon nombre des éléments qui figuraient déjà dans ceux de 1995, 2002 et 2007 : enchevêtrement des institutions, des procédures et des périmètres ; saupoudrage inefficace et inéquitable des moyens ; déficit de suivi et d’évaluation… Au passage, la Cour des Comptes omet soigneusement de rappeler que les préconisations de son rapport de 2002 ont été au fondement de la réforme de 2003, avec le succès que l’on voit. Cette amnésie lui permet d’en rajouter une couche sur l’impératif de concentration des moyens sur les quartiers les plus en difficulté, l’indispensable simplification administrative et la nécessité de renforcer l’arsenal d’objectifs et d’indicateurs permettant de quantifier les moyens et les résultats de la politique de la ville. Faute de s’interroger sur la nature même du problème que la politique de la ville doit traiter et donc sur l’objectif de mixité sociale qui lui est assigné, les magistrats financiers en reviennent toujours aux mêmes solutions teintées de bon sens néo-managérial, qu’on retrouvera très probablement à l’identique dans le rapport qu’ils publieront en 2017 !



Si leur rapport 2012 reprend des éléments qui figurent dans les multiples rapports consacrés à la politique de la ville au cours des cinq dernières années, il s’en différencie cependant sur un point d’importance. Alors que ces rapports établissaient l’échec de la politique de la ville pour aussitôt proclamer le « succès incontestable » du Programme national de rénovation urbaine (PNRU) –incontestable car les opérations de démolition-reconstruction produisent des transformations visibles dans l’espace urbain–, le rapport de la Cour des comptes égratigne aussi le PNRU, pointant le faible niveau de réalisation de ses couteuses opérations, la faiblesse de ses effets et l’absence de moyens pour le conduire à son terme. Ce rapport marque ainsi probablement la fin de la rénovation urbaine (et de son illusion d’une dissolution de la question sociale dans l’urbain), du moins d’une politique de rénovation urbaine de grande ampleur dont la poursuite avait été envisagée en ces termes par François Lamy : « Un second programme national de rénovation urbaine, s’il constitue un engagement présidentiel, ne pourra être lancé qu’après l’évaluation complète du premier, après la réforme de la géographie prioritaire, et en fonction des marges de manœuvre que le gouvernement pourra dégager. » Au vu du rapport qui vient de lui être remis et eu égard aux financements nécessaires pour la poursuite de la rénovation urbaine (il manque 6 milliards d’euros pour la seule année 2013), on voit mal comment un PNRU2 pourrait être lancé.

Illustration : horslesmurs.fr