Voici l'idée centrale : "on fait comme si le seul problème avec l’islam était celui posé par une petite minorité, alors que tous les jours en France les gens sont confrontés à un islam ordinaire qui certes n’est pas terroriste, mais qui est vécu de façon dogmatique et communautaire. Un islam qui est vécu et revendiqué par ses pratiquants comme vérité absolue, vérité supérieure, et qui s’affiche de façon parfois agressive et provocatrice… Un seul exemple : il y a certes un nombre infime de burqas, c’est-à-dire de femmes intégralement voilées, mais en revanche on voit tous les jours dans nos rues que le nombre de foulards a considérablement augmenté… Et je suis désolé de le dire – mais si moi qui suis un spécialiste de l’islam je ne le dis pas qui le fera ? – ce voile est une régression pour les femmes, un retour en arrière pour la condition féminine". L'auteur entendait dénoncer ainsi "l’affirmation actuelle d’un islam régressif qui se nourrit de fantasmes sur lui-même, et qui gagne de plus en plus de musulmans en les enfermant dans des contradictions sans fin et dans l’esclavage de lois religieuses d’un autre âge".
Face à l'animateur, Michèle Tribalat, démographe à l'INED, pourfendeuse bien connue de l'Islam, paraissait presque modérée. Pendant une heure, nous avons assisté à une série de poncifs et de diatribes sur le mode de l'indignation et de la dénonciation, à partir de quelques faits divers érigés en généralité et agités comme des peurs destinées à alarmer nos concitoyens. Le tout sans jamais la moindre distance ou le moindre doute, et bien entendu sans enquête, sans étude empirique, sans données, on serait presque tenté de dire sans réel.
Que de tels propos puissent s'exprimer est normal et même souhaitable en démocratie. Mais qu'ils soient ainsi diffusés sans la moindre contradiction sur la radio symbole du service public est plus que choquant. C'est proprement scandaleux.

Laurent Mucchielli & Véronique Le Goaziou


Illustration : lesouffledivin.fr