La célébration du cosmopolitisme marseillais et de ses « communautés » est devenue un puissant véhicule de représentations. Promue par les médias, certaines élites politiques et économiques, voire même par des auteurs de sciences sociales, elle se fonde parallèlement sur une rhétorique exaltant la coexistence harmonieuse de « communautés », terme pouvant désigner, selon les besoins, des groupes nationaux, ethniques, ou ethnico-religieux. Les années 1990 et 2000 ont vu se consolider le discours consensuel sur le Marseille de la diversité ethnique et religieuse, du vivre ensemble et de la paix intercommunautaire. Tant de rhétorique laisse pourtant perplexe lorsqu’on analyse et lorsqu’on compare les processus de formation et d’institutionnalisation des groupes et milieux « communautaires » construits de façon très inégalitaire selon leurs origines, appartenances, religions et milieux sociaux ; lorsqu’on se penche sur les politiques et les choix de redistribution des ressources (emplois publics, logements HLM, etc.) fondé sur des relations clientélaires ; ou lorsque enfin, on manie de façon fort différente selon les groupements identifiés, les choix de reconnaissance mémorielle et symbolique.