Recherche - casseur

lundi, mars 18 2019

Manifestations des Gilets Jaunes : au tribunal, on ne juge pas les casseurs

Manifestation_GJ_Paris_acte_18_Fouquets.jpgChaque semaine, c’est le même rituel : après la marée humaine qui envahit les rues de la capitale, ce sont des visages qui se succèdent entre des vitres de verre au palais de justice de Paris. Aux comparutions immédiates, la manifestation n’est plus ce long et impersonnel serpent fluo, elle redevient des fragments de vie.
Sauf que ceux qui défilent dans la chambre 23.4 présidée par Isabelle Prévost-Desprez n’ont pas vraiment l’étoffe d’ennemis de la République. Le tribunal est plutôt confronté à de jeunes hommes à la mine épuisée, souffrant de divers maux et tous jugés pour des délits bien loin des images de chaos.

Photo : liberation.fr

samedi, décembre 15 2018

Gilets jaunes : la B.R.I. nouveau couteau suisse de l’Ordre Public ?

BRI.jpgIl est curieux que, quelques mois après les commémorations autour de mai 1968, il n’ait pas été retenu grand-chose des témoignages pourtant clairs des acteurs de l’époque. La contestation étudiante avait alors débouché sur un mouvement revendicatif général pour lequel ont été conclu les accords de Grenelle. En cette occasion les C.R.S. sont intervenus pour la première fois dans la capitale en soutien des escadrons de gendarmerie mobile et des compagnies de district parisiennes. Ces trois types d’unité ont des caractéristiques opérationnelles dissemblables qui sont la résultante de leur propre histoire.

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jeudi, août 16 2018

La police parisienne de Ben Barka à Benalla, petit mémo de la brigade des coups tordus

Le gros de l’orage médiatique estival est passé, le Président de la République est en vacances dans un des Palais mis à disposition en bord de mer avec une lourde et couteuse logistique républicaine, mais c’est ainsi. Le faste présidentiel a toujours cours même si ce président mène une large réflexion sur les économies budgétaires à réaliser en matière de fonction publique.
Monsieur Benalla pour sa part doit passer des vacances à préparer des CV en vue de son inscription à Pôle emploi car pour lui, il semble que la vie de « château » soit terminée.

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mardi, juin 21 2016

La manifestation du 14 juin 2016 : un maintien de l’ordre très politique ?

Photo_manif_du_14_juin_2016_hopital_Necker.jpgLe premier résultat au moins objectif de l’ensemble de la manœuvre est assez indiscutable : c’est ce dispositif policier, consistant à enfermer dans une nasse plusieurs dizaines de milliers de manifestants, qui produit au sein du cortège une coupure qui n’existait pas auparavant, qui instaure manu militari une distinction entre « casseurs » et « manifestants » que l’on ne pouvait pas percevoir avant la mise en action du dispositif – et à laquelle, dans le déroulement même de la manœuvre, les manifestants ont essayé de résister : les plus déterminés, en appelant les autres manifestants à combler les trous et à les rejoindre dès que le cortège se rompait ; et ceux-ci, en essayant effectivement de traverser le carrefour de la rue de Sèvres pour reformer la continuité du cortège chaque fois que c’était possible. Devant l’hôpital Necker, on assistait en quelque sorte en direct, et en actes, à la construction policière de la distinction entre casseurs et manifestants. En cela, ce n’était pas une opération de maintien de l’ordre public.

vendredi, mai 27 2016

« Casseurs » : renverser l’accusation

casseurs_2.jpgVoilà deux mois que le gouvernement ne sait plus que faire pour venir à bout d’un mouvement auquel il ne comprend rien. Après avoir usé jusqu’à la lie la rhétorique anticasseur, il inaugure depuis la semaine dernière une nouvelle stratégie afin d’écraser ce qui lui résiste. Cette stratégie consiste à isoler, sur les suggestions des services de renseignement, des «groupes organisés» constitués policièrement en «associations de malfaiteurs», puis à les accuser de faits dont on exagère la gravité afin de pétrifier tant la population que ceux qui luttent. Ainsi, on annonçait jeudi 19 mai l’arrestation à Rennes d’un groupe de 20 «casseurs», jeunes «radicalisés» appartenant à la «mouvance anarcho-autonome», une «association de malfaiteurs» qui s’apprêtait à «saboter» le métro de la ville. Renseignements pris, le sabotage en question était une action de blocage économique décidée en assemblée générale interprofessionnelle et menée de concert avec la CGT-Route qui bloquait les axes routiers en périphérie de la ville. L’«association de malfaiteurs» se réunissait dans les locaux de Sud-Solidaires et s’apprêtait, en fait, à coller des autocollants sur les composteurs de billets, voire, pour les plus extrémistes, à y introduire de la mousse expansive.

Photo : rfi.fr

mercredi, mai 18 2016

La "haine anti-flics", émotion, diversion et récupérations politiques

Manifestation_alliance_18_mai_2016.jpgLa prétendue "haine anti-flics" est une émotion assez puérile, une diversion assez claire, qui suscite diverses récupérations politiques.
Sur le terrain, la situation est complexe. Les casseurs sont une réalité. Certains sont de dangereux extrémistes qui méritent d'être arrêtés et jugés. Mais le ras-le-bol exaspéré contre la dérive droitière et autoritaire de ce gouvernement est une autre réalité qui solidarise une partie des manifestants autour des plus violents. Le fait que certaines stratégies policières renforcent les tensions au lieu de les faire baisser est également une réalité. L'usage de la force est légitime dans son principe. Mais certains usages de la force sont illégitimes, ce sont des violences policières. Rappelons que l'IGPN elle-même a proscrit l'usage du flash-ball dans son rapport de 2015. Le gouvernement masque cette complexité et cherche à faire oublier qu'il est la cause de toutes ces manifestations. La droite et l'extrême droite tentent de leur côté de récupérer le mouvement policier, avec le syndicat Alliance à la manœuvre. La majorité de la population assiste, médusée, à un spectacle violent où elle ne comprend sans doute pas grand chose.

lundi, mai 2 2016

Un exemple de l’utilisation de la violence légitime de manière illégitime

Des_policiers_en_civil_aspergent_des_manifestants.jpgDans ce rapport entre violence légitime et illégitime se joue la possibilité de quatre composantes d’une mobilisation sociale de faire leur jonction ou non : la classe ouvrière, les quartiers populaires, les couches moyennes précarisées et la gauche radicale. Cette jonction est apparue jusqu’à maintenant improbable, car ne s’appuyant pas sur un rapport social commun, notamment le rapport au travail.
Le but de la violence légitime est de faire apparaître comme illégitime toute opposition à sa violence. Ceux qui sont dépositaires de cette violence légitime sont les corps constitués de l’État, en l’occurrence la police et l’armée. Ce qui s’est passé ce 1er mai à Paris est un exemple de l’utilisation de la violence légitime de manière illégitime.

Photo : lemonde.fr

dimanche, mai 1 2016

Manifestations : quelles stratégies policières et quelles consignes gouvernementales ?

intervention_CRS_manifestation_avril_2016.jpgAlors que des manifestations se déroulent comme tous les 1er mai, mais dans un contexte de tensions sociales et politiques croissantes, des questions se posent de plus en plus sur les stratégies policières et les consignes gouvernementales. L'existence de groupes de "casseurs" ne fait aucun doute, généralement des petits groupes se réclamant de l'extrême gauche ou de l'anarchisme, qui ne viennent pas pour manifester pacifiquement et qui n'hésitent pas à blesser des policiers. Le fait est classique et ces groupuscules sont bien connus des services de renseignement. Mais les actions policières ne semblent pas nécessairement destinées à les isoler et les empêcher de nuire. Les consignes de fermeté et d'interpellations se multiplient, prenant parfois les allures d'une politique du chiffre. Les policiers - que l'on sait très fatigués par leur intense mobilisation depuis l'état d'urgence - apparaissent souvent très nerveux, se tenant trop proches des manifestants, intervenant dès le départ des manifestations et non simplement au moment où les cortèges se dispersent, "arrosant" trop indifféremment de gaz les manifestants, tout cela au risque de tomber dans la provocation et d'aggraver les problèmes. Les cas de violences illégitimes se multiplient. Des questions se posent sur l'usage des pistolets Flash-Ball, sur des façons de tirer les grenades lacrymogènes, sur les coups portés à des personnes déjà menottées et se tenant tranquilles. La bonne stratégie se serait-elle pas plutôt de se tenir le plus à distance possible, de n'intervenir qu'en cas d'incidents ingérables par les services d'ordre des syndicats et de travailler en amont sur les groupes de casseurs plutôt que d'attendre qu'ils agissent ?

Photo : lemonde.fr

vendredi, octobre 25 2013

À qui la rue ? Répression policière et mouvements sociaux

printemps_erable.jpgDes policiers « forcés » d’intervenir pour arrêter des « casseurs » qui s’infiltrent dans des manifestations « radicales ». Ce type de récit est largement véhiculé par les médias de masse, mais correspond-il à la réalité des faits ? Ne sert-il pas davantage à justifier la répression policière qui s’abat depuis une quinzaine d’années sur les mouvements sociaux un peu partout en Occident ? Au Québec seulement, il y a eu plus de 4 500 arrestations liées aux événements du Printemps érable, sans compter les nombreux cas de blessures graves .
À qui la rue ? offre les outils théoriques, politiques et historiques pour comprendre que ces arrestations de masse ne sont pas le résultat de contestations turbulentes, mais bien le fruit d’un profilage politique. Cet ouvrage examine la dynamique entre les mouvements sociaux et les forces policières en Europe et en Amérique du Nord depuis l'émergence du mouvement altermondialiste. Il analyse les cas du Sommet du G20 à Toronto (2010) et du Printemps de la matraque au Québec (2012-2013) et traite de l'infiltration policière et des mobilisations contre la brutalité de la police.

Photo : lexpress.fr

vendredi, février 24 2012

Emeutes à La Réunion : la jeunesse est dans une situation de détresse extrême

Image_voiture_brulee_la_reunion_lemonde.fr.jpgIl est de bon ton dans certains milieux politiques et institutionnels de présenter les émeutes survenant ici ou là en France comme de simples manifestations de « violence » initiées par des « casseurs » ou des « jeunes délinquants », quand ce ne sont pas « des bandes ». Ce qui se passe ces derniers jours à Saint-Denis de la Réunion vient nous rappeler l'hypocrisie de cette façon de voir les choses et le véritable déni de réalité qu'elle opère. En fait, la situation de la jeunesse à la Réunion (comme dans d'autres régions d'Outre-mer et, à des degrés moindres, comme certains territoires métropolitains) est proprement catastrophique et la question du prix du carburant n'a été que l'étincelle qui a fait s'enflammer un terrain chauffé à blanc. C'est ce que rappelle le sociologue Laurent Medea.

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mercredi, août 17 2011

Vers un fichier des empreintes faciales

Logo_LDH_Toulon.jpgOn croyait que la vidéo-surveillance avait disparu, relookée en vidéo-protection par la grâce de l’article 17 de la LOPPSI2. Mais il n’en est rien, et le directeur général de la Police nationale l’a avoué : « on se dirige vers la création d’un troisième fichier de reconnaissance faciale, qui pourrait servir à l’exploitation des données de vidéo-surveillance ».
Ce fichier permettra d’identifier les suspects, grâce à l’utilisation des images de vidéo-surveillance. Ce nouveau fichier policier – un “fichier des empreintes faciales” en quelque sorte – s’ajoutera à ceux des empreintes digitales et génétiques. D’ailleurs, lors des émeutes de ces derniers jours, les forces de l’ordre britanniques ne se sont pas privées d’utiliser les images enregistrées par les caméras de vidéo-surveillance pour tenter d’identifier les casseurs.

dimanche, août 14 2011

En Grande-Bretagne, les émeutes urbaines découlent des inégalités sociales

Logo_Le_Monde.jpgAlors que l'Angleterre subit une vague d'émeutes qui semble s'inscrire dans la durée et que les zones de turbulence s'étendent désormais à Birmingham, Manchester, Bristol ou Leicester, on peut tenter - il faut insister sur ce mot compte tenu d'événements complexes en train de se dérouler sous nos yeux - de replacer ces violences urbaines dans le contexte des émeutes britanniques depuis 1958, lorsque Notting Hill (dans l'Ouest londonien) fut le théâtre des premières véritables émeutes de l'après-guerre.
Premier constat : la difficulté de pointer une cause ethnique ou raciale à la flambée de violence. L'identité raciale de Mark Duggan, tué par la police, jeudi 4 août, n'a guère soulevé de débat... et nombre de quartiers multi-ethniques, où des émeutes ont éclaté depuis 1980, n'ont pas été davantage touchés que d'autres. La ville de Bradford, qui s'embrasa en 1995, et beaucoup plus gravement encore en 2001, est pour l'instant calme.

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jeudi, novembre 11 2010

Maintien de l'ordre ou grave entrave au droit de manifester ?

Image_GIPN_Lyon_21_octobre_2.jpg Que s'est-il passé exactement à Lyon le 21 octobre, lors de la journée de manifestation sur les retraites ?
On le sait, la journée du 18 avait été le théâtre de scène de pillage par les "casseurs". Le surlendemain (20 octobre), le ministre de l'Intérieur était venu (avec un parterre de journalistes) assurer que force resterait à la loi. Du coup, la manifestation du 21 octobre, a fait l'objet d'un déploiement de forces policières proprement inouï. Sous le regard aérien permanent d'un hélicoptère, des milliers de policiers et de gendarmes, en tenue et en civil, ont été déployés toute la journée, avec moultes gaz et flash-ball, appuyés par des camions "anti-émeutes" équipés de canons à eau. Au milieu d'eux, les manifestants pouvaient même apercevoir les hommes du GIPN cagoulés et armés de fusils à pompe (des unités d'assaut créées pour lutter contre les opérations terroristes type prises d'otages). A quoi rime un tel déploiement de force ? Bien sûr, officiellement il s'agissait de lutter contre les "casseurs". Mais les témoignages s'accumulent pour dire que les forces de de l'ordre ont exercé ce jour là un niveau de répression totalement disproportionné, commettant des entraves graves au droit de manifester. L'épisode le plus connu est la "garde à vue en plein air" de quelques 500 personnes pendant plus de 5 heures. Et il faudrait apparemment ajouter des contrôles sans fondement, un fichage dont on ignore la base légale, des gazages et matraquages non nécessaires, voire des tirs de flash-ball.
Devant ces faits, un collectif s'est créé à Lyon (collectifs69@orange.fr), comprenant 39 partis, syndicats et associations engagés contre la réforme des retraites, ils lancent un appel à témoignage en vu d'une plainte collective en justice et annonce un meeting le 24 novembre.

dimanche, octobre 24 2010

La diversion médiatique des « casseurs » fait bien les affaires du pouvoir politique

Image_police.gif C'est avec un certain agacement que nous avons reçu ces derniers jours de très nombreux coups de téléphone de journalistes écrivant des articles sur les « casseurs » et posant tous la même question : « mais enfin, qui sont ces jeunes (qui nous font tous si peur) ? ». Agacement d'abord parce que la réponse n'a pas changé depuis les dernières manifestations impliquant la jeunesse (comme le mouvement anti-CPE en 2006) : mélange entre des jeunes très politisés qui défient le pouvoir en place, des jeunes de banlieues pauvres qui viennent faire l'émeute en centre-ville et des petits délinquants qui viennent avant tout se servir dans les magasins. Rien de nouveau, au moins depuis les années 1990. Et avant ? Il est difficile de ne pas évoquer le souvenir de la loi du 8 juin 1970 plus connue sous le nom de « loi anti-casseurs ». Agacement ensuite parce que la concentration sur ce phénomène sert directement la stratégie d'absence de dialogue social et de pourrissement du mouvement adoptée par le gouvernement. Pendant ce temps là, les policiers frappent fort (on voit même resurgir les vieilles méthodes de la provocation policière, y compris exercée par des policiers déguisés en syndicalistes), interpellent massivement et n'hésiter même pas à écarter par la force les journalistes trop curieux. Et, à l'échelle nationale, ce ne sont pas principalement les « casseurs » qui feront les frais de la répression, mais plutôt les manifestants, les grévistes et les syndicalistes.