Recherche - criminologie

jeudi, avril 26 2018

Criminalité environnementale : l’impossible capitalisme vert

Green_criminology.jpgLe domaine de recherche anglophone généralement désigné sous le terme de green criminology (une « criminologie verte ») est désormais bien établi. Ce manuel consacré à l’étude de la criminalité environnementale n’est ainsi pas le premier du genre. Quoique curieusement absents ici de la vaste bibliographie finale, deux au moins ont été publiés ces dernières années, celui de Matthew Hall en 2015 (Exploring Green Crime) et celui d’Angus Nurse en 2016 (An Introduction to Green Criminology and Environmental Justice). Réalisé par un quatuor placé sous l’égide de Michael J. Lynch – professeur à l’université de Floride du Sud crédité d’avoir lancé le vocable « green criminology » en 1990 –, ce livre en forme de manuel se distingue des précédents sur un point essentiel : loin d’adopter une position apparemment neutre ou œcuménique, il assume un parti pris théorique d’inspiration marxiste.

mardi, novembre 7 2017

Immigration, culture et crime : l'utilisation problématique de recherches états-uniennes

Nadine_Morano_en_2012.jpgL’une des constantes des débats académiques français sur la question des liens entre culture, immigration et criminalité est la mobilisation de références états-uniennes. Loin de faire l’objet d’un consensus, les questions touchant au lien entre immigration, culture et crime sont pourtant particulièrement débattues outre-Atlantique. Il suffit d’effectuer une recension de la littérature existante pour s’apercevoir que la surcriminalité des immigrés, contrairement à ce qu’écrivent certains auteurs français, n’est pas un enseignement classique de la criminologie états-unienne : aucun consensus clair ne ressort des recherches existantes, tant sur le plan théorique que s’agissant des études empiriques quantitatives. L’utilisation sélective d’études états-uniennes pose ainsi problème.

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Photo : buzzfeed.com

samedi, janvier 7 2017

La criminologie biosociale états-unienne et ses conflits

des_souris_et_des_hommes.jpgCet article analyse la structure de la criminologie bio-sociale états-unienne. Apparemment homogène, la criminologie bio-sociale se divise en réalité en deux branches principales. Si certains criminologues bio-sociaux renouent avec une conception naturaliste du phénomène criminel, d’autres ne voient dans la génétique qu’un moyen de peaufiner les théories structuro-culturalistes dominantes. Ces deux branches sont elles-mêmes associées à des positions plus ou moins dominantes dans le champ criminologique, et donc à un intérêt plus ou moins grand à produire une criminologie subversive et hétérodoxe.

mercredi, mars 23 2016

A propos des « experts » (autoproclamés) en terrorisme qui occupent les médias

C_dans_l__air_terrorisme.pngLes attentats qui secouent régulièrement la France et l'Europe sont l'occasion, pour un florilège d'experts autoproclamés, de passer d'un plateau TV à l'autre, pour s'exprimer sur la gravité du péril.
Comme les autres, les attaques de Bruxelles offrent une tribune à ces experts-coqueluches des médias, qu'ils soient dirigeants d'entreprises de sécurité, policiers à la retraite, experts dits indépendants ou à la tête de think tank, leur permettant d’asséner à l'opinion publique inquiète un ensemble de vérités invérifiables, oscillant entre sociologie de comptoir et criminologie à sensation. Pour la plupart allergiques à toute analyse scientifique rigoureuse, ces nouveaux IPM ("invités permanents des médias") ont toute liberté pour révéler au grand public leurs thèses sur le terrorisme, n'hésitant pas si besoin est, à se contredire eux-mêmes.

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samedi, mai 16 2015

Une note interne de l’Inria étrille la loi sur le renseignement

Reseaux_mai_2015.GIFLes scientifiques du prestigieux Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) sont plus que sceptiques concernant la loi sur le renseignement, adoptée en première lecture le 5 mai à l’Assemblée.
Dans une note datée du 30 avril qui devait initialement être envoyée dans les cabinets ministériels et aux députés et que Le Monde s’est procurée, l’Inria étrille certains points techniques et controversés du projet de loi. L’Institut, placé sous la tutelle de Bercy et du ministère de la recherche, critique vertement l’article 851-4 de la loi, qui prévoit la mise en place d’algorithmes – les fameuses « boîtes noires » – pour détecter automatiquement les comportements terroristes sur Internet. La loi prévoit que cette analyse se fasse sur des données anonymes, toute identification intervenant uniquement si une menace est détectée : un argument martelé par le gouvernement lors de l’examen du texte à l’Assemblée et des premières auditions au Sénat. « Il n’existe pas aujourd’hui de technique d’anonymisation sûre. Un texte de loi ne devrait pas se fonder sur la notion de donnée anonyme ou anonymisée », tranche l’Inria.

vendredi, avril 24 2015

Sortir de la délinquance : une étude au Brésil

Favela_de_Vidigal_Rio_de_Janeiro.jpgSi traditionnellement la sociologie de la déviance, de même que la criminologie, se sont davantage préoccupées des facteurs, motivations et modalités d’entrée dans la délinquance, il existe toutefois depuis les années 1970 un certain nombre de travaux ayant porté leur regard sur le processus de sortie de la délinquance (ou « desistance from crime » dans les travaux anglo-saxons). Cette thématique connaît aujourd’hui un regain d’intérêt évident, qui fait écho à la montée des préoccupations sécuritaires face au problème de la « délinquance juvénile ». Nous proposons d’aborder cette question sur la base d’un corpus de récits de vie recueillis auprès de jeunes Brésiliens engagés dans la délinquance, afin de saisir la manière dont l’expérience de ces pratiques délinquantes et celle du système pénal – en l’occurrence le système socio-éducatif destiné aux mineurs délinquants – influencent les modalités de sortie de la délinquance.

Photo : francetvinfo.fr

samedi, mars 14 2015

Critique de la raison criminologique

critique_raison_criminologique.jpgSelon les pays, l’existence ou non de la criminologie comme discipline, de même que le sens qui y est donné dépendent de trajectoires historiques singulières dont il faut à chaque fois retracer les étapes et les modalités. Les batailles pour l’existence disciplinaire de la criminologie demeurent inséparables d’une promotion plus large de modes de questionnement, de catégories de pensée et de mises en récit spécifiques, c’est-à-dire d’une « raison criminologique » que ce numéro spécial de Cultures & Conflits entend interroger. Les contributions rassemblées dans ce numéro interrogent ces mises en récit en les déployant sur des terrains spécifiques. Leur format (articles, entretiens, chroniques) et l’importance de ce thème ont justifié d’en faire un numéro triple.

dimanche, novembre 30 2014

Alain Bauer a profité de contrats de complaisance à la Caisse des dépôts

vive_le_fric01.jpgC’est une nouvelle en apparence microcosmique mais qui en dit long sur les intrigues, les jeux d’influence et les passe-droits qui se nouent parfois dans les coulisses du pouvoir : ami intime de l'actuel premier ministre et ancien grand maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, qui use de sa qualité de professeur en criminologie pour décrocher des missions de conseil en sécurité auprès des grandes entreprises, a bénéficié de contrats et d’avantages secrets auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), du temps où celle-ci avait pour directeur général Augustin de Romanet, puis à nouveau sous Jean-Pierre Jouyet.
Devenant directeur général de la CDC en juillet dernier, derrière J.-P. Jouyet parti le remplacer à l’Élysée comme secrétaire général, Pierre-René Lemas a (...) eu la surprise de découvrir que sa nouvelle maison était liée par contrat à la société d’A. Bauer. Aussitôt, M. Lemas a donc donné des instructions pour que ce contrat ne soit pas renouvelé. D’abord parce qu’il était très onéreux : 200 000 euros par an. Ensuite parce qu’il s’agissait de sommes dépensées totalement à fonds perdus. A. Bauer se bornait en effet en contrepartie des sommes qu’il empochait à transmettre à la CDC quelques notes sur les risques sécuritaires dans le monde et en France, notes qui pour la Caisse n’avaient strictement aucune utilité.

Illustration : cinema-francais.fr

lundi, mai 26 2014

Master de criminologie au CNAM : le CNESER défavorable à l'unanimité

cnam.jpgLe CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) a voté le 20 mai à l’unanimité contre la création d’un master de criminologie au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). Le CNESER demande à la DGESIP (Direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle) de retirer son avis favorable pour l’habilitation de ce master.
Le CNESER du 20 mai examinait les demandes d’habilitations de diplômes. 
Parmi les diplômes examinés figurait le Master mention criminologie demandé par le CNAM. La direction du CNAM explique sa demande par le fait que tout compte fait ses instances auraient validé cette demande interne.
L'analyse de la DGESIP est assez claire et sévère sur le fond "pas de stage", "pas de centre de recherche en appui pour l'instant" mais conduit malgré tout à un avis « favorable ». Nul autre cas n'aurait probablement conduit à une telle discordance entre le travail d'analyse et l'avis final.
Le ministère s’est fait le relais d’une demande du CNAM qui s’est fait le relais d’un projet d’un professeur bien en cour à partir d’arguments largement erronés. En fait, les instances du CNAM n’ont pas exactement validé ce master.

mercredi, mai 21 2014

Fonds européen pour la sécurité intérieure : 1 milliard pour la "criminologie appliquée"

securite_interieure.jpgLa France va bénéficier de 70 millions d’euros pour la mise en place de ses politiques de sécurité et ce, grâce au tout nouveau Fonds européen pour la sécurité intérieure. L'Union est en mesure en effet de lui apporter un appui par le biais d'un règlement instituant ce fonds, que le législateur européen vient tout juste d’adopter.
L’un des volets du Fonds, dénommé "Instrument de soutien financier à la coopération policière, à la prévention et la répression de la criminalité, ainsi qu'à la gestion des crises", est doté d’un milliard d’euros pour la période 2014-2020.
En vue d'atteindre les différents objectifs généraux fixés, cet instrument vise à développer des partenariats public-privé ; de l'échange d'informations et les meilleures pratiques ; des technologies interopérables ; des statistiques comparables ; de la criminologie appliquée ; de la communication au public et de la sensibilisation ; des programmes de formation ; des mécanismes d'identification précoce, de la protection et à l'assistance des témoins et des victimes de la criminalité, y compris des victimes de terrorisme.

lundi, mai 12 2014

Sortir de l'opposition manichéenne entre auteur et victime

manicheen.jpgC’est dans les domaines où de véritables politiques publiques ont été menées pour, en même temps, réduire la délinquance et prendre en charge les victimes que les progrès les plus notables ont été réalisés depuis quelques années. Ainsi, en matière de délinquance routière et de délinquance sexuelle, avec des politiques d’information du public, des sanctions intelligentes, des programmes de prise en charge des victimes et de prévention de la récidive des auteurs. Nous avons donc intérêt à penser ces questions dans leur globalité. Elles nous concernent tous. Elles demandent de faire appel, pour mieux les comprendre, à toutes les disciplines et ne permettront des progrès que si nous nous refusons à opposer deux facettes d’un même problème : la prévention de la délinquance et l’aide aux victimes.

Illustration : chroniquesdunmecnormal.fr

dimanche, février 23 2014

CNAM : Criminologie oui, Diversité non ?

diversity.jpgEn 2010, les instances du CNAM ont adopté, sur proposition de ses personnels, la création d’une chaire Diversité. Or, depuis lors, malgré des demandes répétées, les personnels attendent toujours que cette décision soit finalisée par la direction de l’école Management et Société au sein de laquelle cette chaire prendra place. Au printemps 2013, la demande de création de cette chaire a été rappelée et actée au sein du Conservatoire. Les équipes pédagogiques et de recherche concernées ont élaboré et transmis une proposition de profil.
Tout est donc prêt pour la publication de cette chaire, or rien ne se passe et aucune explication claire n’est fournie sur les raisons de cette non mise en œuvre des décisions de l’établissement par la direction de l’école Management et Société. Les personnels sont nombreux à attendre l’appel à candidature pour une chaire de diversité. Au moment où le CNAM adopte un projet de contrat quinquennal dans lequel le Conservatoire rappelle sa mission prioritaire vis-à-vis des publics vulnérables, et alors que le CNAM s’honore par une exposition sur nos grilles qui rappelle la déportation des enfants juifs de notre arrondissement, alors que les discriminations en matière d’emploi, de logement continuent à être un problème majeur, dans un contexte de montée de la xénophobie, de l’homophobie et de contestation des études de genre, il entre dans les missions du CNAM de faire entendre sa voix par l’élaboration de formations et la réalisation de recherches sur ces questions de la diversité pour faire pièce à un climat inquiétant.
Autant la création de postes pour la criminologie était relayée avec empressement par la direction de l’école Management et société, autant celle-ci traîne les pieds pour mettre en place cette chaire Diversité. Cherchez l’erreur !

vendredi, février 7 2014

Le lobbying des industries de sécurité progresse en Europe

drone.jpgS'il est question en France d'un lobbying sécuritaire en matière de criminologie (voir à ce sujet le dernier ouvrage de Laurent Mucchielli), un lobbying sécuritaire est également très actif à l’échelle de l’Union Européenne en matière policière.
Un programme de travail est actuellement sur la table afin de mieux organiser les relations entre les services de police des 28 États membres et l’industrie de la sécurité (et de mieux coordonner l'action des uns et des autres).
Derrière les débats techniques quant à la montée en puissance d’un groupe de travail au centre de ce programme se trame une entreprise d’institutionnalisation des stratégies d’influence des entreprises de sécurité, et en premier lieu, des multinationales spécialisées dans le domaine de la recherche en technologie de pointe et de la fabrication de matériels en matière de (vidéo)surveillance, d’investigation criminelle ou encore de maintien de l’ordre (drones etc.).

Photo : dronologue.fr

jeudi, janvier 23 2014

Criminologie et lobby sécuritaire : une controverse française

criminologie_et_lobby_securitaire.jpgL’existence de la « criminologie » comme discipline universitaire fait l’objet d’une intense controverse en France depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Qui sont les protagonistes de cette querelle ? Quelles conceptions de la science s’affrontent dans cette dispute ? Où et comment doit-on former les professionnels de la prévention, de la sécurité et de la justice ? Quelles recherches et quelles productions statistiques sur la délinquance faut-il encourager ? Les politiques pénales peuvent-elles échapper à la surenchère sécuritaire ? De quelle expertise doivent disposer les pouvoirs publics au niveau national comme au niveau local ?
Laurent Mucchielli est l’un des principaux acteurs de cette controverse. Dans cet ouvrage, il propose d’abord une mise en perspective historique des débats sur la criminologie, qui remontent à la fin du 19ème siècle. Ensuite, il se positionne dans les affrontements actuels. Enfin, il montre qu’au cœur de cette affaire, se déploie l’offensive d’un lobby néoconservateur qui, derrière le paravent de la Science, tente de légitimer sa vision du monde ultra-sécuritaire tout en réalisant de bonnes affaires.

jeudi, mai 30 2013

Memorandum sur la criminologie

memorandum.jpgLa criminologie fait l’objet, depuis 2009, d’un vif débat au sein de la communauté scientifique française. Une grande majorité des universitaires et des experts s’est accordée pour déplorer un manque de lisibilité des formations et regretter un trop fort cloisonnement des disciplines œuvrant dans ce champ de recherche.
Pour remédier à cette situation, la Conférence nationale de criminologie a préconisé en 2010, la création d’une section de criminologie au sein du Conseil national des universités (CNU). Cette préconisation a été suivie par le précédent ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche mais elle n’a pas entraîné l’adhésion de la plupart des enseignants-chercheurs concernés, si bien que l’arrêté du 13 février 2012 portant création de cette 75e section a été abrogé par la nouvelle ministre le 6 août 2012.
Dans ce contexte, la Conférence pluridisciplinaire des directeurs de centres de recherche et de diplômes en criminologie a décidé de réunir, à Cergy-Pontoise, le 28 janvier 2013, des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des experts de toutes disciplines désireux de s’accorder, sinon sur la définition de la criminologie, du moins sur les liens susceptibles d’être développés entre les différentes spécialités qui la composent et sur les moyens à mettre en œuvre pour la revaloriser. A l’issue de cette réunion, la concertation s’est poursuivie pour aboutir, fin avril 2013, à la rédaction d’un mémorandum sur l’état et les perspectives de la criminologie en France.

Illustration : gallica.bnf.fr

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