Photo_Alain_Bachellier_flickr.jpgIl est à craindre qu’en dépit des belles professions de foi humanistes qui ont, comme prévu, accueilli les recommandations de la mission parlementaire, le sort des prostituées ne soit pas la priorité de la pénalisation de leurs clients. L’enjeu, comme pour la loi sur la sécurité intérieure (LSI) de 2003, est avant tout de faire disparaître des paysages urbains une activité qui heurte la sensibilité de riverains qui sont aussi des électeurs. Peu importe finalement ce qui arrivera aux prostituées (d’ailleurs la police se chargera de renvoyer au pays, y compris contre leur gré, celles dépourvues de titre de séjour), tant qu’elles ne viennent plus polluer les villes de leur désolante activité. L’enthousiasme que suscite le projet de pénalisation des clients (tant à droite qu’à gauche, chez les abolitionnistes et les féministes comme parmi les politiciens sécuritaires) tient à ce que celle-ci relève bel et bien de la solution miracle. Là où la LSI péchait par excès répressif à l’égard des prostituées, le déplacement de l’incrimination sur les clients couvre d’un rassurant vernis compassionnel ce qui reste, fondamentalement, l’expression d’une gestion sécuritaire des problèmes sociaux. La criminalisation de la misère, encore et toujours, mais la bonne conscience en plus.

Illustration : Alain Bachellier - flickr - licence cc