Phototheque_du_mouvement_1.jpgFrançois Cusset, dans un essai sur les années 1980 en France qu’il décrit comme « porté par une méfiance instinctive envers la notion de génération », dénonce le narcissisme démographique que trahit l’invocation de sa propre génération, pratique qu’il fait remonter au Musset de Confession d’un enfant du siècle (1834). On le sait : ce terme est très prisé des publicitaires et personnes publiques, de Jacques Séguéla (« Génération Mitterrand ») à Diam’s (« Génération nan-nan »), en passant par toutes sortes d’entreprises (Génération Piscine) ou publications (Génération Piercing). À travers ces exemples, des personnes voulant promouvoir un groupe démographique arborent fièrement ce qui tient au départ du simple hasard biologique.
La démarche est exactement inverse lorsque Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement scolaire en 2003, avance que « ce qui a changé depuis 15 ans, c’est l’insolence des immigrés arabo-musulmans de la troisième génération, qui ont du mal à s’insérer dans le monde du travail et qui ont crié vive “Ben Laden” après le 11 Septembre ».