Depuis le milieu des années 2000, un mot s’est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s’accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l’Europe. L’imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l’islamophobie ordinaire. Si cette perception paranoïaque était restée l’apanage d’une poignée d’extrémistes, elle ne ferait pas question, mais elle envahit aujourd’hui l'espace public, imprègne les discours de politiciens écoutés et les analyses d'auteurs réputés sérieux.
Cet essai salutaire s’attelle à déconstruire ce qui n’est autre qu’un mythe et interroge l’obsession collective qu’il recèle. Il montre ainsi que la « bombe démographique musulmane » qui serait prête à éclater sur le triple front de la natalité, de l’immigration et de la conversion relève du fantasme. Quant au regain de ferveur spirituelle et au renouveau identitaire des musulmans, ils n’ont pas la signification conquérante ni même politique que suggère l’épouvantail de l’« islamisme ». Cette réfutation en règle permet enfin de comprendre pourquoi l’Europe et la France en particulier ont tant besoin de l’« ennemi musulman ».
- Voir ce livre de Raphaël Liogier (IEP, Aix-en-provence) sur le site de l'éditeur.
- Lire la tribune du même auteur dans Le Monde (28 mars 2013).
- Lire une tribune collective "Ne stigmatisons pas les musulmans !" (Le Monde, 28 mars 2013), suivie d'une pétition "Contre une loi stigmatisante/Pour une commission sur l'islamophobie".
- Lire Christine Delphy "Réflexions sur la chasse aux voilées en général, et les lois anti-nounous en particulier" (LMSI)
- Lire Marwan Mohammed "La jupe et le bandeau : lettre à Sirine" (Libération, 4 avril 2013).
- Découvrir le site du Collectif contre l'islamophobie en France.
- Retrouver tous les articles consacrés à l'islamophobie sur ce site.
Photo : nantes.indymedia.org
C'était la Une du journal Le Monde daté du 5 octobre : « Banlieues, Islam : l'enquête qui dérange ». A l'intérieur, on découvre quelques résultats d'une enquête manifestement très sérieuse dirigée par Gilles Kepel (Sciences Po Paris) et financée par l'Institut Montaigne avec de gros moyens. Certes, ce chercheur - spécialiste de l'Islam - constate comme tout le monde « un renforcement du référent religieux » dans les quartiers pauvres, à commencer par le commerce halal et les mariages endogamiques. Mais il explique que « cette revendication identitaire ne doit pas être prise au pied de la lettre ; elle est aussi une manière de demander son intégration dans la société, pas forcément de rompre avec elle ». De plus, à la question « qu'est-ce qui vous frappe le plus à Clichy et Montfermeil ? », l'universitaire répond « d'abord l'ampleur du problème de l'emploi ». Enfin, il termine en insistant avant tout sur l'école et l'éducation. En résumé, il semble que ce rapport (dont seul le résumé est accessible en ligne) rejoigne les constats que nous (les sociologues) faisons depuis des années. Dès lors, on ne comprend pas pourquoi Le Monde a choisi ce titre, on ne comprend pas en quoi cette enquête « dérange ».
Au moment où la loi du 11 octobre 2010 « interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public » vient d’entrer en vigueur, l’Open Society Foundations (OSF), basé à Londres, communique les résultats d’
« Il y a eu un glissement. Aujourd'hui, pour dire Français, on dit laïque. C'est une stratégie pour reproduire le manichéisme de Marine Le Pen et sa vision guerrière. Le terme "musulmans" est un euphémisme pour dire immigrés d'origine maghrébine ou d'Afrique en général. Alors qu'il y a des musulmans qui viennent d'Asie. C'est une façon atténuée de parler de l'immigration. Le musulman a pris la place de l'immigré. Pourtant, le musulman n'est pas un envahisseur, il est partie prenante de l'hybridation de la France.
Deux précautions valent mieux qu'une. Le sondage qui a défrayé la chronique durant le week-end en plaçant Marine Le Pen, la présidente du Front national, en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle est contestable. Les modalités de cette enquête, réalisée par l'institut Harris Interactive, prêtent à l'évidence le flanc à la critique, comme cela est parfaitement expliqué par ailleurs. Seconde précaution : on ne répétera jamais assez qu'à quatorze mois d'un scrutin, alors que candidats et programmes ne sont pas encore connus, les sondages d'intention de vote relèvent, pour une bonne part, de la politique virtuelle. Ils évaluent des popularités, esquissent des tendances, explorent des attentes. Mais, comme le démontrent tous les scrutins antérieurs, ils ne sont en aucun cas prédictifs du résultat de 2012.
Le 24 octobre dernier, dans un article intitulé «