Keyword - Islamophobie

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jeudi, septembre 14 2017

L’école, la violence, l’islam, Marseille : un livre à côté de la plaque ?

Livre_Ravet.jpgEn cette rentrée des classes, un livre sur l’école a fait le buzz plus que d’autres : le livre témoignage de Bernard Ravet, ancien principal de collège à Marseille, intitulé de façon intriguante Principal de collège ou imam de la République ?. Emmanuel Davidenkoff est mentionné comme celui qui « a permis de réaliser l’aventure éditoriale » en assurant sa « mise en forme ». L’ouvrage avait au moins trois raisons de réussir son entrée sur le marché.
D’abord, l’auteur est un personnage attachant, connu à Marseille et qui a beaucoup d’amis. Le livre raconte sa trajectoire et son vécu. Issu du vieux quartier de la Croix-Rousse à Lyon, Bernard Ravet a été formé comme instituteur dans les années 60-70.

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vendredi, juin 10 2016

Islamophobie, culturalisme et violences envers les femmes

une-femme-tient-une-pancarte-pendant-une-manifestation-a-cologne-le-5-janvier.jpgAu mois de janvier, l’« affaire de Cologne » a déchaîné la fachosphère et réveillé l’islamophobie ordinaire d’une large partie des élites et de la population, qui suspecte que l’Islam prédispose à la violence envers les femmes. Il s’agit pourtant d’un grossier préjugé ethnocentrique ou d’une forte hypocrisie. D’autres fait divers sont là pour nous le rappeler de façon toute aussi spectaculaire.

Illustration : lexpress.fr

vendredi, octobre 17 2014

Le football, objet du délire d’Éric Zemmour

zemmour-football.jpgIl n'est pas démontré que, mieux que tout autre, Éric Zemmour incarnerait l'immixtion des éditorialistes, des intellectuels médiatiques et autres penseurs consacrés par l'époque dans les affaires du football. Mais il fait peu de doutes qu'il a illustré avec une certaine constance l'instrumentalisation de ce dernier à des fins extérieures, l'hystérisation des débats au moindre incident et l'alimentation des nombreux psychodrames nationaux dont il aura été le prétexte depuis une petite vingtaine d'années. Pour lui comme pour la plupart de ses pairs, le football est devenu une obsession, à la fois symptôme de la décadence du pays et moyen de stigmatisation d'une partie de sa population.
Aussi n'y a-t-il pas grande surprise à constater que le football est un des fils rouges de son essai Le Suicide français, faisant l'objet de cinq passages substantiels. Comme annoncé dans l'introduction, l'auteur entend narrer "les quarante années qui ont défait la France", non seulement "président après président, loi après loi, élection après élection, intellectuel après intellectuel, (…)", mais aussi "match de football après match de football".
Le "roman national" d'Éric Zemmour est une fiction paranoïaque, son livre une mise en scène d'obsessions personnelles qu'il partage et a fait partager, grâce à la complaisance de nombreux médias, à une large frange de l'opinion française. La façon qu'il a d'y aborder le football est particulièrement symptomatique de cette France qui pratique la haine de soi.

vendredi, avril 5 2013

Dossier : le mythe de l'islamisation

peur_de_l__islam.jpgDepuis le milieu des années 2000, un mot s’est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s’accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l’Europe. L’imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l’islamophobie ordinaire. Si cette perception paranoïaque était restée l’apanage d’une poignée d’extrémistes, elle ne ferait pas question, mais elle envahit aujourd’hui l'espace public, imprègne les discours de politiciens écoutés et les analyses d'auteurs réputés sérieux.
Cet essai salutaire s’attelle à déconstruire ce qui n’est autre qu’un mythe et interroge l’obsession collective qu’il recèle. Il montre ainsi que la « bombe démographique musulmane » qui serait prête à éclater sur le triple front de la natalité, de l’immigration et de la conversion relève du fantasme. Quant au regain de ferveur spirituelle et au renouveau identitaire des musulmans, ils n’ont pas la signification conquérante ni même politique que suggère l’épouvantail de l’« islamisme ». Cette réfutation en règle permet enfin de comprendre pourquoi l’Europe et la France en particulier ont tant besoin de l’« ennemi musulman ».

Photo : nantes.indymedia.org

mercredi, octobre 12 2011

Banlieues et Islam : deux rapports au destin médiatique très différent

Photo_Marc_Laapage.jpgC'était la Une du journal Le Monde daté du 5 octobre : « Banlieues, Islam : l'enquête qui dérange ». A l'intérieur, on découvre quelques résultats d'une enquête manifestement très sérieuse dirigée par Gilles Kepel (Sciences Po Paris) et financée par l'Institut Montaigne avec de gros moyens. Certes, ce chercheur - spécialiste de l'Islam - constate comme tout le monde « un renforcement du référent religieux » dans les quartiers pauvres, à commencer par le commerce halal et les mariages endogamiques. Mais il explique que « cette revendication identitaire ne doit pas être prise au pied de la lettre ; elle est aussi une manière de demander son intégration dans la société, pas forcément de rompre avec elle ». De plus, à la question « qu'est-ce qui vous frappe le plus à Clichy et Montfermeil ? », l'universitaire répond « d'abord l'ampleur du problème de l'emploi ». Enfin, il termine en insistant avant tout sur l'école et l'éducation. En résumé, il semble que ce rapport (dont seul le résumé est accessible en ligne) rejoigne les constats que nous (les sociologues) faisons depuis des années. Dès lors, on ne comprend pas pourquoi Le Monde a choisi ce titre, on ne comprend pas en quoi cette enquête « dérange ».
Au même moment, à quelques centaines de kilomètres de là, deux autres chercheurs publiaient de leur côté un rapport intitulé Les Marseillais musulmans, qui connaissait, lui, un tout autre traitement médiatique...

Illustration : DR Marc Laapage

mardi, avril 12 2011

Voile intégral : une enquête pour aller au-delà des préjugés habituels

Photo_superblinkymac_flickr.jpgAu moment où la loi du 11 octobre 2010 « interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public » vient d’entrer en vigueur, l’Open Society Foundations (OSF), basé à Londres, communique les résultats d’une recherche rapide réalisée à l’automne 2010 en France auprès de 32 femmes portant le voile intégral. Certes, 32 femmes, ce n’est pas beaucoup, mais c’est plus qu’on n’en avait jamais interrogé, puisqu’aucune enquête sur ces femmes n’avait été réalisée avant que l’interdiction soit décrétée. Par ailleurs, ce n’est pas mal si l’on tient compte du fait que les femmes en question ne courent pas les rues… Pour pallier autant que possible le petit nombre de l’échantillon, l’enquête a été menée dans des contextes variés : Paris et sa région, Marseille, Lyon, Avignon, Rennes, et quelques petites villes. La démarche de l’OSF commence à être connue : il s’agit de confronter les discours médiatiques ou politiques avec les réalités que vivent ceux et celles dont on parle sans qu’ils aient eux-mêmes voix au chapitre. Donc d’introduire un effet de réalité dans un débat dominé par la méconnaissance et la peur.

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dimanche, avril 10 2011

Xénophobie : « le musulman a pris la place de l'immigré »

Photo_Claude_Gueant_lemonde.fr.jpg« Il y a eu un glissement. Aujourd'hui, pour dire Français, on dit laïque. C'est une stratégie pour reproduire le manichéisme de Marine Le Pen et sa vision guerrière. Le terme "musulmans" est un euphémisme pour dire immigrés d'origine maghrébine ou d'Afrique en général. Alors qu'il y a des musulmans qui viennent d'Asie. C'est une façon atténuée de parler de l'immigration. Le musulman a pris la place de l'immigré. Pourtant, le musulman n'est pas un envahisseur, il est partie prenante de l'hybridation de la France.
Il ne faut pas se tromper. Les prières dans la rue sont un problème d'ordre public, pas de laïcité. La laïcité n'est pas remise en cause, elle n'est pas menacée par une institution religieuse.
Les phrases de Claude Guéant sont typiques : l'intégration est vue comme une convergence vers nous. C'est vrai, mais cela doit être complété. Les Français doivent se laisser métisser. On ne peut pas vivre de manière pacifiée si la France se pense de façon structurellement chrétienne. Même les catholiques pur jus mutent. Claude Guéant devraient mieux regarder les différents rituels auxquels s'adonnent les Français aujourd'hui ».

dimanche, mars 13 2011

Islamophobie : la colère de Robert Badinter

mercredi, mars 9 2011

Les trois moteurs de la menace Le Pen (au-delà d'un pseudo sondage)

Logo_Le_Monde.jpgDeux précautions valent mieux qu'une. Le sondage qui a défrayé la chronique durant le week-end en plaçant Marine Le Pen, la présidente du Front national, en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle est contestable. Les modalités de cette enquête, réalisée par l'institut Harris Interactive, prêtent à l'évidence le flanc à la critique, comme cela est parfaitement expliqué par ailleurs. Seconde précaution : on ne répétera jamais assez qu'à quatorze mois d'un scrutin, alors que candidats et programmes ne sont pas encore connus, les sondages d'intention de vote relèvent, pour une bonne part, de la politique virtuelle. Ils évaluent des popularités, esquissent des tendances, explorent des attentes. Mais, comme le démontrent tous les scrutins antérieurs, ils ne sont en aucun cas prédictifs du résultat de 2012.
Ces réserves faites, il n'en serait pas moins imprudent ou naïf de se voiler la face : la présidente du Front national a indéniablement bousculé la scène politique depuis le début de l'année et elle constitue désormais une menace sérieuse, aussi bien pour la droite que pour la gauche.

vendredi, décembre 10 2010

Communautarisme ou incapacité à intégrer les différences culturelles ?

Image_expo_quartiers_sans_cible.jpgLe 24 octobre dernier, dans un article intitulé « L'école menacée par le communautarisme » le Journal du Dimanche (JDD) « révélait » une « étude dérangeante » du Haut Conseil à l'Intégration (HCI). Le Journal s'était procuré la version de travail d'un Avis du HCI intitulé Relever les défis de l'intégration à l'école. Le JDD commentait ainsi : « L’enfermement dans des établissements ghettos, l’incapacité des pouvoirs publics à inverser le phénomène, le rejet du français – langue mal maîtrisée – provoqueraient des replis communautaires et religieux. (...) Le document du HCI rapporte la difficulté croissante rencontrée par des enseignants d’histoire-géographie à aborder certains aspects du programme: le fait religieux, la Shoah et le Proche-Orient. Les professeurs d’autres matières, notamment les sciences de la vie et de la Terre, sont confrontés aux mêmes phénomènes ». Le reste de la presse s'en fit largement écho, en mettant presque systématiquement en avant ce terme-épouvantail de « communautarisme ». Dans une interview publiée par les Cahiers pédagogiques, Laurence de Cock (professeure d’histoire-géographie en lycée à Nanterre et présidente du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) critique cependant une partie des données mises en avant et réfute « les explications culturalistes des conflits dans les "quartiers" et les classes » qui nourrissent « les fantasmes des nostalgiques d’une identité nationale matrice d’une culture républicaine purgée de ses différences culturelles ».

lundi, février 2 2004

L’islamophobie : une myopie intellectuelle ?

La myopie est ce qui nous empêche de bien voir les choses éloignées. Dans les cas les plus graves, on ne voit de bien clair que le bout de son nez. Dans le débat public français, il se développe ces temps-ci une réelle islamophobie entretenue surtout par des intellectuels et des journalistes (les hommes politiques se font soudainement plus discrets). Il est cependant encore temps d’éviter de sombrer tout à fait dans une nouvelle panique médiatico-morale (après celle de « l’insécurité ») en s’efforçant de tenir à distance les diabolisations des uns et des autres, en refusant aussi bien les fondamentalismes et leur prosélytisme que les amalgames et les stigmatisations injustes qu’opèrent leurs commentateurs, en essayant surtout de montrer qu’il faut sortir d’une lecture purement religieuse des faits religieux pour analyser les conflits sociaux et politiques qui traversent notre société.