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jeudi, juillet 10 2014

Comparutions immédiates : la prison comme unique réponse à une délinquance de misère ?

TGI_de_Nice.jpgLe fonctionnement de la justice pénale est largement méconnu en France, ce qui laisse libre cours à des représentations plus ou moins fantasmées et à des discours dénués de fondement empirique. Le prétendu « laxisme » des magistrats constitue ainsi l’une des rhétoriques favorites d'un lobby sécuritaire comme l'« Institut pour la justice ».

Du côté du réel, cet article présente les résultats d’une recherche sur les audiences de comparutions immédiates au Tribunal de Grande Instance de Nice, qui ont été suivies pendant les 9 mois. On présente les principales caractéristiques des 489 auteurs jugés, puis les types d’infractions retenues et enfin les peines prononcées. Aux tris à plat et aux tris croisés s’ajoutent des régressions logistiques permettant notamment de rechercher « toutes choses égales par ailleurs » les déterminants de la peine. Au final, la comparaison avec deux autres juridictions enquêtées dans des conditions comparables ces dernières années (Lyon et Toulouse) fait ressortir une sévérité particulière de la juridiction niçoise, cette dernière prononçant 95 % de peines d’emprisonnement, dont 80 % de prison ferme. Les auteurs s’interrogent alors sur les effets des contextes locaux.

mardi, juin 3 2014

Réforme pénale : halte à la démagogie sécuritaire

logo-liberation-311x113.pngDepuis des mois, des responsables politiques et divers idéologues-essayistes se déchaînent contre la réforme présentée par la ministre de la Justice. Au risque de conforter l’extrême-droite, ce lobby sécuritaire manipule et instrumentalise à tout va. Il fait dire n’importe quoi aux statistiques, discrédite la magistrature en l’accusant à tort de laxisme, dénature la portée et les effets prévisibles de la réforme proposée, et oppose avec simplisme les intérêts des victimes à ceux des condamnés. Cette démagogie irresponsable doit être combattue sans état d’âme. Non pas parce que la réforme échapperait à toute critique, mais parce que les bonnes questions ne peuvent même pas être posées quand les manipulations polluent à ce point le débat public.

lundi, mai 26 2014

Master de criminologie au CNAM : le CNESER défavorable à l'unanimité

cnam.jpgLe CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) a voté le 20 mai à l’unanimité contre la création d’un master de criminologie au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). Le CNESER demande à la DGESIP (Direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle) de retirer son avis favorable pour l’habilitation de ce master.
Le CNESER du 20 mai examinait les demandes d’habilitations de diplômes. 
Parmi les diplômes examinés figurait le Master mention criminologie demandé par le CNAM. La direction du CNAM explique sa demande par le fait que tout compte fait ses instances auraient validé cette demande interne.
L'analyse de la DGESIP est assez claire et sévère sur le fond "pas de stage", "pas de centre de recherche en appui pour l'instant" mais conduit malgré tout à un avis « favorable ». Nul autre cas n'aurait probablement conduit à une telle discordance entre le travail d'analyse et l'avis final.
Le ministère s’est fait le relais d’une demande du CNAM qui s’est fait le relais d’un projet d’un professeur bien en cour à partir d’arguments largement erronés. En fait, les instances du CNAM n’ont pas exactement validé ce master.

jeudi, janvier 23 2014

Criminologie et lobby sécuritaire : une controverse française

criminologie_et_lobby_securitaire.jpgL’existence de la « criminologie » comme discipline universitaire fait l’objet d’une intense controverse en France depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Qui sont les protagonistes de cette querelle ? Quelles conceptions de la science s’affrontent dans cette dispute ? Où et comment doit-on former les professionnels de la prévention, de la sécurité et de la justice ? Quelles recherches et quelles productions statistiques sur la délinquance faut-il encourager ? Les politiques pénales peuvent-elles échapper à la surenchère sécuritaire ? De quelle expertise doivent disposer les pouvoirs publics au niveau national comme au niveau local ?
Laurent Mucchielli est l’un des principaux acteurs de cette controverse. Dans cet ouvrage, il propose d’abord une mise en perspective historique des débats sur la criminologie, qui remontent à la fin du 19ème siècle. Ensuite, il se positionne dans les affrontements actuels. Enfin, il montre qu’au cœur de cette affaire, se déploie l’offensive d’un lobby néoconservateur qui, derrière le paravent de la Science, tente de légitimer sa vision du monde ultra-sécuritaire tout en réalisant de bonnes affaires.

mercredi, mars 27 2013

France orange mécanique : une liste de faits divers en guise d'argumentation

orange_mecanique.jpgLes représentants du lobby sécuritaire ont la vie facile. Plutôt que de s'ennuyer à faire de longues études et d'essayer de s'initier un tant soit peu à la rigueur scientifique de la recherche, il leur suffit d’égrainer des listes de faits divers. Cela leur tient lieu d'argumentation. Ainsi le célèbre criminologue auto-proclamé "Xavier Raufer" (un pseudonyme), qui a préfacé La France Orange mécanique (écrit par un prétendu journaliste se cachant lui aussi sous un pseudonyme), a-t-il diffusé lundi 25 mars un communiqué intitulé "Orange mécanique", le réel criminel. Le dit communiqué tient en une page et il est constitué par une pure et simple liste de 19 faits divers, la plupart empruntés au quotidien Le Parisien. Pas un mot, pas une analyse. Juste les titres des articles ou des dépêches. La page s'ouvre par une phrase : "Oui ! C'est bien La France Orange mécanique". Et se conclut par un autre slogan, plus commercial : "Achetez le livre - Diffusez-le !". Ainsi en va t-il de la "science" des représentants du lobby sécuritaire. Elle consiste tout simplement à lire la presse le matin et à découper les pages consacrées aux faits divers. Du point de vue intellectuel, c'est pitoyable. Mais tellement facile et confortable. Et si, en plus, cela permet de gagner de l'argent, pourquoi s'en priver ?

Illustration : allocine.fr