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vendredi, décembre 21 2018

La vidéosurveillance au service de la communication politique et du business

Couverture_vous_tetes_filmes.jpgLa France n'est pas la Chine. Certes, l’État, les collectivités territoriales et les industriels ne cessent de renforcer la vidéosurveillance des espaces publics. Mais si une multitude de petits Big Brothers nous regardent de plus en plus, ce n'est pas tant pour surveiller nos idées politiques que pour gérer les flux de population et pour faire du commerce.
Smart City et autres Big Data sont à la mode. Certaines villes dépensent des sommes considérables pour des outils de contrôle dont le bénéfice réel pour l'amélioration de la vie quotidienne des habitants est douteux.
Dans certaines grandes villes comme Nice et Marseille, il s'agit avant tout pour les élus qui votent ces budgets de faire de la politique avec une fausse promesse de sécurité.
La CNIL appelle en vain à un véritable débat publique sur la protection de la vie privée et des libertés publiques.

Retrouvez ce dossier de Grégoire Allix dans Le Monde :

mercredi, mars 7 2018

Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance

Couverture_vous_tetes_filmes.jpgLa vidéosurveillance a connu un succès fulgurant en France à partir des élections présidentielles de 2007, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Cette technologie a été présentée comme une contribution majeure à la fois à la prévention et à la répression de la délinquance et du terrorisme. Mais cette promesse sécuritaire, activement entretenue par les industriels de la sécurité, relève-t-elle du mythe ou de la réalité ? À quoi sert vraiment la vidéosurveillance ? Après avoir enquêté dans trois villes françaises emblématiques, Laurent Mucchielli dresse un constat sans appel : la vidéosurveillance n’est pas et ne sera jamais un outil important de lutte contre la délinquance et encore moins contre le terrorisme. Dissiper les écrans de fumée, percer à jour le « bluff technologique » des industries de sécurité, le gaspillage de l’argent public et la démagogie politique : tels sont les résultats de cet essai sans concession et profondément citoyen.

mardi, janvier 16 2018

A Nice, la ville teste un système d'appel d'urgence qui contourne l'Etat

CSU_Nice.jpgLa ville de Nice vient d'annoncer qu'elle expérimentait « Reporty », une application développée en Israël par la start-up de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, qui permet au quidam d’appeler lorsqu’il est témoin d’une incivilité, de filmer l’incident et de le faire visionner en temps réel par les policiers municipaux du centre de vidéosurveillance (« centre de supervision urbain », CSU). Ces derniers géolocalisent alors l'incident et décident (ou non) d'envoyer sur place une patrouille.

« Chacun d’entre nous doit devenir un citoyen engagé acteur de sa propre sécurité, et donc de la sécurité collective », a justifié Christian Estrosi, en présentant l’application qualifiée de « révolutionnaire » dont il envisage le déploiement « à grande échelle ». Elle sera testée dans un premier temps par 2 000 personnes, des agents de la ville de Nice, des comités de quartier ou encore, des membres du réseau « Voisins vigilants », lit-on dans la presse.

Voici donc une nouvelle étape de franchie dans le processus de municipalisation de la sécurité que C. Estrosi pousse au plus loin qu'il est possible à Nice, depuis des années, au prix d'un très fort endettement de la ville (plusieurs fois pointé par la Chambre régionale des comptes). Au 15 janvier, la ville compte près de 2 000 caméras de vidéosurveillance reliées à un CSU employant 125 fonctionnaires territoriaux. Et elle emploie par ailleurs 414 policiers municipaux (+ 130 recrutements annoncés d’ici fin 2018) ainsi que 142 Agents de Surveillance de la Voie Publique (données publiées sur le site de la ville). La police municipale de Nice est depuis longtemps organisée en imitation de la police nationale, avec un numéro d'appel disponible 24h/24 et 7j/7, des postes dans (presque) tous les quartiers, une organisation en « unités » et en « brigades » et même trois « unités d'intervention » dont une « BAC de nuit » !

Cette fois-ci, avec l'application en question, il s'agit donc d'encourager les citoyens à dénoncer de façon plus systématique tout ce qui leur semble relever d'une infraction à la loi (la notion d'« incivilités » est vaste...), et de se détourner des numéros d'appel d'urgence habituels (le 17 pour la police nationale, le 18 pour les pompiers et même le numéro fixe pour la police municipale niçoise) pour tout reporter sur le centre de vidéosurveillance de la ville.

Pour décrypter ces enjeux, voici une bref interview parue dans le journal 20 minutes. Pour aller plus loin, on proposera d'aller lire notre article de fond paru en 2017 dans la revue Déviance et société (« L’évolution des polices municipales en France : une imitation des polices d’État vouée à l’échec ? »).

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Le signalement citoyen en matière de sécurité est-il véritablement efficace ?

Ce qui est étrange dans cette affaire c’est que tout le monde réagit comme si la possibilité pour tout citoyen d’informer la police était nouvelle. Or il faut rappeler qu’il existe depuis plus de 20 ans des téléphones portables et que la procédure ordinaire consiste à appeler les numéros d’urgence de la police nationale (le 17), des pompiers (le 18) ou de la police municipale lorsqu’il y en a une.

Les bonnes questions à se poser sont donc plutôt : quelle est la valeur ajoutée de cette application par rapport à l’usage ordinaire du téléphone ? Soit cela change vraiment quelque chose et dans ce cas il ne faut pas simplement l’affirmer mais le démontrer, soit ce n’est qu’un gadget technologique qui fait les bonnes affaires de l’entreprise israélienne concernée. Qu’est-ce que cela pourrait modifier dans les modes de signalement antérieurs ? Ne s’agit-il pas d’une façon de municipaliser toujours plus la sécurité au détriment de l’État ? Police nationale ou police municipale ? « Participation citoyenne » ou « voisins vigilants » ? Nice incarne parfaitement la tendance actuelle de certaines municipalités à vouloir se substituer à l’État pour toute une série de missions de police. Mais à force, les citoyens vont-ils s’y retrouver ?

Les craintes formulées par l’opposition municipale à Nice de « délation généralisée » sont-elles fondées selon vous ?

Je pense que ce n’est pas le problème. Encore une fois, chacun est déjà libre d’appeler la police à tout moment pour lui signaler un incident. Le risque est plutôt de provoquer un surencombrement du standard du CSU et d’amener les policiers municipaux à se déplacer sur une foule de petits incidents plus ou moins fondés. Mais c’est peut-être le but recherché par la municipalité qui emploie 125 fonctionnaires dans ce CSU, ce qui est énorme. Il s’agit donc peut-être pour la mairie d’obliger les policiers municipaux à répondre davantage aux sollicitations de la population et peut-être aussi de flatter certaines clientèles politiques comme les réseaux de « voisins vigilants » et les comités de quartiers.

Élargir la sécurité aux gestes citoyens, est-ce selon vous une forme d’« aveux de faiblesse » des forces de police ?

Non. La police a toujours eu et aura toujours besoin de la participation de la population. Simplement l’erreur de base consiste à croire que la technologie va remplacer l’absence de relation de proximité entre police et population. La meilleure des préventions comme la meilleure des répressions consiste à être déjà là, dans la rue, et non enfermé dans un centre d’appel en attendant qu’on signale les éventuels problèmes. On en revient ainsi aux 125 policiers municipaux enfermés dans le CSU. Ils seraient sans doute plus utiles à patrouiller à pied ou à vélo sur la voie publique en allant vraiment à la rencontre des citoyens. On répondra que ces patrouilles pédestres et cyclistes existent déjà, certes, mais avec quels effectifs ? Présents dans quels secteurs de la ville ? La communication est une chose, la stratégie policière une autre.

Photo : francetvinfo.fr

mardi, mars 22 2016

À quoi sert la vidéosurveillance ? Le cas français d’une petite ville « exemplaire »

cameras_de_videosurveillance_globe.jpgLe fort développement de la vidéosurveillance dans l’espace public, en France, à partir des élections présidentielles de 2007, n’a pas fait l’objet d’évaluations scientifiques. Cet article propose une étude de cas et un travail de terrain dans une petite ville dotée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. L’étude montre que la vidéosurveillance n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance et qu’elle n’a globalement aucun impact sur le niveau de la délinquance enregistrée. L’étude illustre également le phénomène de déplacement des problèmes. Elle permet ensuite de mesurer la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire, montrant que cette contribution est réelle mais limitée. Au final, la vidéosurveillance apparaît essentiellement comme un outil municipal de gestion urbaine de proximité, qui n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. L’auteur analyse alors les ressorts politiques du succès de cette technologie, montrant qu’elle a constitué une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.

Photo : lesinrocks.com

mercredi, février 9 2011

Caméra city : un très bon documentaire sur la vidéosurveillance

Photo_camera_video_par_xoflg_sur_flickr.jpg C'est un documentaire très intéressant que la chaîne parlementaire a diffusé il y a quelques jours mais qui est passé inaperçu. Au terme d'une enquête assez approfondie, les auteurs parviennent à expliquer et illustrer la plupart des enjeux de ce dossier. Les discours politiciens sont bien mis en évidence (depuis une grande ville comme Nice jusqu'à certains petits villages, avec des élus de droite comme de gauche), de même que les enjeux économiques (y compris la dissimulation fréquente sur le coût réel de cet équipement lorsque l'on compte aussi l'essentiel : le personnel qui visionnera les images en temps réel), la parole est largement donnée aux opposants au développement de la vidéosurveillance, en particulier la Ligue des Droits de l'Homme, mais aussi des élus et des chercheurs comme l'auteur de ces lignes. L'ensemble est particulièrement équilibré et objectif, ce qui est rarissime et méritait d'être souligné. Un documentaire à voir donc, désormais sur Internet.