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jeudi, février 21 2013

"La France orange mécanique", le lobby sécuritaire et la lepénisation des esprits

orange_mecanique.jpgFaut-il parler de tous les livres paraissant sur nos sujets, même les plus mauvais ? Non bien sûr. Mais voilà un livre (Laurent Obertone, La France orange mécanique) qui, paraît-il, est en tête des meilleurs ventes des livres d'actualité sur Internet. Le "plan médias" de son éditeur (un certain "Ring") fonctionne en effet à merveille. Certes, on n'est pas étonné de trouver des chroniques élogieuses dans Minute, sur le site Atlantico, ainsi que sur Boulevard Voltaire, ni d'entendre le livre recommandé sur Radio Courtoisie ou encore dans l'émission de télévision de MM. Zemmour et Nauleau sur Paris Première. Tout cela participe d'un univers politique bien précis. L'on n'est pas non plus surpris lorsque l'on entend Marine Le Pen faire la promotion directe de ce livre : « vous devez absolument le lire et le faire lire », s'écrie la présidente du FN dans une vidéo spécifiquement consacrée au livre, et mise à la Une du site de son parti (voir ici). Le thème central du livre est en effet « l'ensauvagement d'une nation ». Sur la toile, la "fachosphère" exulte (voyez les éloges de fdesouche, Riposte laïque, etc.). Et M. Obertone bénéficie d'un juste retour d'ascenseur, lui qui avait fait un éloge assumé de la nouvelle présidente du FN, empreint d'une nostalgie certaine pour le "vieux lion" Jean-Marie Le Pen (voir ici).

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mercredi, octobre 27 2010

RFI n'a pas 47 minutes par semaine à consacrer aux banlieues

logo_rfi.pngMicroscopie est une émission de RFI créée et animée depuis 8 ans par le journaliste Edouard Zambeaux. Son crédo : « Microscopie est un magazine de société mêlant reportages et éclairages, qui veut partir du détail pour arriver à voir les conséquences humaines de situations ou de débats qui ne sont bien souvent évoqués que dans leur globalité. (...) Reportages et témoignages au plus près du quotidien des gens sont mis en perspective chaque semaine par des experts ou des grands témoins invités en studio ou rencontrés sur le terrain ». L'émission est très bonne. L'une de ses journalistes vient même de recevoir le prix de la Radio Suisse Romande pour un reportage produit et diffusé par Microscopie. Et pourtant, l'émission s'arrêtera le 31 octobre 2010. Pourquoi ? E. Zambeaux le raconte sur la page Facebook de l'émission. Convoqué par la direction, il s'entend dire : « la banlieue ne mérite pas 47 minutes hebdomadaire sur RFI ».
Cette suppression de Microscopie n'est pas sans rappeler celle de l'émission de télévision de France 3 Saga-Cités, ce « magazine hebdomadaire de la ville et des banlieues » produit et animé par Bernard Loche de 1991 à juin 2002, date à laquelle elle fut tout aussi arbitrairement et brutalement supprimée. Et là aussi, ce n'était pas l'audience de l'émission qui était en jeu, mais bien son propos. « Nous avons le sentiment d’avoir donné chaque semaine la parole à cette fameuse France d’en bas, comme disent ceux qui aujourd’hui la regardent d’en haut et font mine de la redécouvrir », disait à l'époque son concepteur. Celui de Microscopie aurait sans doute pu écrire cette phrase lui aussi.

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mardi, octobre 5 2010

La fortune du mot « ghetto » : ethnicisation et sentiment d’impuissance

Image_livre_Bronner.jpg Nota bene : un hasard somme toute heureux fait que notre analyse du livre de Luc Bronner, journaliste au Monde, est publiée par la revue Sociologie au moment où se déroule une petite polémique autour du livre de H. Lagrange, lancée par un article du même journaliste.

L. Bronner a accumulé de très nombreux contacts, observations et entretiens avec des élus, des policiers, des habitants, des responsables associatifs et des sociologues. Il a également lu beaucoup de travaux des sociologues (en particulier l’ouvrage important de Didier Lapeyronnie). Dans ce livre, il déclare vouloir « Décrire, montrer, témoigner de la ghettoïsation de certains quartiers. En comprendre les ressorts, les causes et les conséquences. Raconter, ne rien masquer ». Terrain, réalisme et refus du politiquement correct sont les composantes du credo sincère de l’auteur. Nous en décrirons le contenu avant d’en approfondir l’analyse critique car, malgré ses évidentes qualités d’observation et d’analyse, ce livre n’échappe pas à certains travers du regard des journalistes sur la banlieue et aux limites d’une vision « ethnicisée » des problèmes aujourd’hui très partagée parmi les élites françaises.