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mercredi, octobre 27 2010

RFI n'a pas 47 minutes par semaine à consacrer aux banlieues

logo_rfi.pngMicroscopie est une émission de RFI créée et animée depuis 8 ans par le journaliste Edouard Zambeaux. Son crédo : « Microscopie est un magazine de société mêlant reportages et éclairages, qui veut partir du détail pour arriver à voir les conséquences humaines de situations ou de débats qui ne sont bien souvent évoqués que dans leur globalité. (...) Reportages et témoignages au plus près du quotidien des gens sont mis en perspective chaque semaine par des experts ou des grands témoins invités en studio ou rencontrés sur le terrain ». L'émission est très bonne. L'une de ses journalistes vient même de recevoir le prix de la Radio Suisse Romande pour un reportage produit et diffusé par Microscopie. Et pourtant, l'émission s'arrêtera le 31 octobre 2010. Pourquoi ? E. Zambeaux le raconte sur la page Facebook de l'émission. Convoqué par la direction, il s'entend dire : « la banlieue ne mérite pas 47 minutes hebdomadaire sur RFI ».
Cette suppression de Microscopie n'est pas sans rappeler celle de l'émission de télévision de France 3 Saga-Cités, ce « magazine hebdomadaire de la ville et des banlieues » produit et animé par Bernard Loche de 1991 à juin 2002, date à laquelle elle fut tout aussi arbitrairement et brutalement supprimée. Et là aussi, ce n'était pas l'audience de l'émission qui était en jeu, mais bien son propos. « Nous avons le sentiment d’avoir donné chaque semaine la parole à cette fameuse France d’en bas, comme disent ceux qui aujourd’hui la regardent d’en haut et font mine de la redécouvrir », disait à l'époque son concepteur. Celui de Microscopie aurait sans doute pu écrire cette phrase lui aussi.

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dimanche, octobre 24 2010

La diversion médiatique des « casseurs » fait bien les affaires du pouvoir politique

Image_police.gif C'est avec un certain agacement que nous avons reçu ces derniers jours de très nombreux coups de téléphone de journalistes écrivant des articles sur les « casseurs » et posant tous la même question : « mais enfin, qui sont ces jeunes (qui nous font tous si peur) ? ». Agacement d'abord parce que la réponse n'a pas changé depuis les dernières manifestations impliquant la jeunesse (comme le mouvement anti-CPE en 2006) : mélange entre des jeunes très politisés qui défient le pouvoir en place, des jeunes de banlieues pauvres qui viennent faire l'émeute en centre-ville et des petits délinquants qui viennent avant tout se servir dans les magasins. Rien de nouveau, au moins depuis les années 1990. Et avant ? Il est difficile de ne pas évoquer le souvenir de la loi du 8 juin 1970 plus connue sous le nom de « loi anti-casseurs ». Agacement ensuite parce que la concentration sur ce phénomène sert directement la stratégie d'absence de dialogue social et de pourrissement du mouvement adoptée par le gouvernement. Pendant ce temps là, les policiers frappent fort (on voit même resurgir les vieilles méthodes de la provocation policière, y compris exercée par des policiers déguisés en syndicalistes), interpellent massivement et n'hésiter même pas à écarter par la force les journalistes trop curieux. Et, à l'échelle nationale, ce ne sont pas principalement les « casseurs » qui feront les frais de la répression, mais plutôt les manifestants, les grévistes et les syndicalistes.

samedi, octobre 16 2010

Nîmes, nouveau "Chicago" français ? TF1 a encore frappé ! (décryptage)

Logo_TF1.jpg Notre intention n'est pas de revenir sur la polémique lancée fin septembre par le député socialiste Arnaud Montebourg à propos de la chaîne de télévision TF1, mais quoi qu'on en pense un fait est là : une certaine télévision - pas exclusivement celle dont on va parler ici - continue à distiller la peur dans la population. L'actualité de cette deuxième semaine d'octobre nous oblige à y revenir, preuves en main.
Le 12 octobre, la chaîne TF1 diffusait un nouveau numéro de l'émission Appel d'urgence intitulé « Nîmes : Flics sous tension contre jeunes délinquants prêts à tout ». Cette émission « propose, à travers des documents exclusifs, de suivre sur le terrain et sur le vif, des professionnels des urgences durant leurs interventions au quotidien ». Bref : on fait du spectaculaire. Le ton est évidemment plus qu'alarmiste. La présentatrice affirme en ouverture : « Depuis le début des années 2000, Nîmes partage avec Cannes, la première, et peu enviable, place au hit parade du plus haut taux de délinquance. Une délinquance qui sévit dans les quartiers sensibles mais qui touche aussi désormais le centre-ville et les petites communes périphériques, jusqu'ici relativement épargnés. Agressions, vols, cambriolages, trafics de drogue et de voitures volées… Chaque jour, les 400 fonctionnaires du commissariat de la cité gardoise sont sur la brèche pour tenter de combattre le sentiment d'insécurité qui s'est parfois installé dans la population ». Elle précise aussi que « les équipes d'Appels d'urgence ont suivi, pendant quatre mois, le travail des policiers nîmois ». Un temps très long pour une « enquête » aussi partiale, reposant sur un incroyable amateurisme en matière statistique.

mercredi, octobre 6 2010

Déni des cultures ou retour du vieux culturalisme ? (dossier)

Image_livre_Lagrange.jpg Hugues Lagrange et les éditions du Seuil ont réussi un beau « coup » médiatique. Depuis trois semaines, Le déni des cultures est le livre de sciences sociales dont on parle le plus en France. La quasi totalité des commentaires médiatiques célèbrent « un chercheur qui dérange », qui « enfreint un tabou » ou bien qui « nous sort enfin du politiquement correct ». Presque tous ne retiennent de son livre qu'un seul message : la Science prouverait qu'il y a bien un lien fort entre délinquance et immigration, certains disent même : un lien fort entre délinquance et polygamie.
Ah, la polygamie ! Voilà qui fait fantasmer bien des gens, prêts à en parler sans l'avoir jamais vue. L'affaire du « bidonnage » de l'hebdomadaire Le Point est symptomatique et les chiffres avancés par H. Lagrange sont contestables sur ce point (voir l'article d'Eric Fassin).
Ce livre est riche et mérite d'être lu attentivement. Mais au final, ce coup médiatique nous semble plutôt désastreux. H. Lagrange a beau s'en défendre en disant qu'on le comprend de travers et qu'il voulait surtout critiquer les conditions d'accueil des populations migrantes, le mal est fait. Au demeurant, comme l'a remarqué Thierry Leclère, on trouve un peu tous les arguments dans ses propos, ce qui n'aide pas à comprendre quel est son message fondamental. La revue Sociologie a publié récemment un débat intitulé précisément « Le sociologue dans les médias : diffuser et déformer ? », pour analyser les logiques et les difficultés de l'exercice. A sa lecture, notre collègue y aurait sans doute gagné en professionnalisme.
Sur le fond à présent, nous publions ici une série de réactions de chercheurs qui disent leurs désaccords avec notre collègue Lagrange et invitent à beaucoup plus de modération dans le maniement des « cultures », des « ethnies » et autres catégories déterministes que l'on pensait depuis longtemps dépassées en sciences sociales. Nous y ajoutons enfin d'autres textes permettant de revenir sur ce qui nous apparaît comme les véritables enjeux de fond.

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mardi, octobre 5 2010

"Les filles sont devenues plus violentes !" (et autres fantasmes récurrents)

Image_pistolet.gifL’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et son Président Alain Bauer sont des grands communicants. Une étude mise en ligne ce mardi 5 octobre le montrerait : la délinquance des filles exploserait. « Exploser », c’était le verbe fétiche de la campagne présidentielle 2001-2002 et son thème obsédant de « l’insécurité ». Il revient donc. Ce matin, même le site Internet du Monde en fait carrément son titre en cinq mots : « la délinquance des filles explose ». Or les choses sont beaucoup moins simples, et rien ne prouve que la délinquance (ou la violence) des filles est réellement en augmentation.

mardi, mars 1 2005

Le scandale des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique

Image_scandale_des_tournantes.jpg En 2001et 2002, un thème a brutalement envahi les médias : les viols collectifs, rebaptisés "tournantes". A l'instar d'autres manifestations de "l'insécurité", qui dominait alors tous les débats, ces comportements ont été présentés comme un phénomène nouveau, en pleine expansion et imputable aux seuls "jeunes issus de l'immigration" habitant les "quartiers sensibles". La dénonciation de ces "nouveaux barbares" a fait alors l'objet d'un consensus médiatico-politique d'autant plus fort que le lien a rapidement été fait avec les thèmes de l'oppression des femmes et de l'Islam.
Au terme d'une contre-enquête mobilisant toutes les données empiriques disponibles, l'auteur fait la lumière sur ces comportements délinquants. Il en conteste la nouveauté autant que l'aggravation et réfute, preuves à l'appui, la liaison fondamentale faite entre viols collectifs, origine maghrébine et religion musulmane. Ce livre est donc autant une contribution à la sociologie de la délinquance qu'une analyse des nouveaux habits de la xénophobie.