Photo_gillesklein_flickr.jpgSi une évolution a été constatée sur le front des inégalités dans la France contemporaine, c’est le décollage des très hauts revenus par rapport aux autres catégories (cf. l’entretien avec Camille Landais). Les catégories supérieures font désormais l’objet d’un travail d’investigation important depuis plusieurs années. Sans doute est-ce là une forme de renouvellement de l’intérêt scientifique, les années 1990 ayant beaucoup exploré les zones de vulnérabilité et de désaffiliation ; peut-être est-ce également la prise de conscience du fait que ces catégories tirent une partie de leur pouvoir de leur invisibilité.
L’étude des classes populaires fait quant à elle apparaître une tension entre deux dynamiques inverses de déségrégation et de fermeture. Les classes populaires se sont largement ouvertes depuis trois décennies (« Peut-on parler des classes populaires »). Si les ouvriers continuent à compter pour environ un tiers de la population active, les référents culturels du monde ouvrier se sont largement dissipés au profit d’un processus d’acculturation – qui n’a pas aboli les inégalités. La culture ouvrière laisse pourtant des traces, y compris chez ceux qui l’ont connu de l’intérieur et qui ont pris leurs distances avec elles (« De la chaîne à la plume »). Celles-ci se reproduisent toujours, mais sous d’autres formes. Témoin le virage opéré par les classes populaires vis-à-vis de l’école.

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