Plus tard en 1939 la supposée première armée du monde installée sur la ligne « Maginot » qui se voulait être un barrage infranchissable reste dans l’attente pendant que Hitler a envahi la Pologne. Les historiens persistent à penser que les défenses d’Hitler sur le front ouest sont faibles et que les alliés auraient pu s’enfoncer largement sur le territoire Allemand mais les politiques croient encore sauver la Paix, erreur funeste dont on connaît les conséquences.
Plus Tard encore en 1954, le gouvernement Français sait que sa présence en Indochine selon la forme coloniale est terminée mais avant de s’asseoir à la table des négociations il veut donner une leçon aux « viets » à Dien-Bien-Phu, des milliers de soldats perdent la vie de part et d’autre et les derniers survivants Français vaincus sont internés dans des camps dans lesquels la plupart mourront d’épuisement et de faim.
Pour ces quelques exemples dramatiques : quel responsable a été mis en cause et avons-nous retenu des leçons de l’histoire ?
Lors des commémorations récentes de la grande guerre, il a été question d’aller s’incliner sur la tombe des maréchaux pourtant aussi inflexibles que cruels dans la conduite de cette guerre. La première armée du monde s’est effondrée en un mois mais personne à l’état-major n’a été reconnu comme responsable. De même pour les autorités politiques et militaires qui ont fait tuer des milliers de jeunes soldats alors que la fin des hostilités était déjà décidée aucune n’a été mise en cause par la suite.
C’est peut-être la raison pour laquelle nos dirigeants politiques font perdurer la pratique guerrière mais cette fois dans un domaine de Paix civile. En effet, après s’être essayé à l’utilisation très musclée de la force publique lors des dernières manifestations publiques, le Ministre de l’Intérieur vient de trouver un autre cheval de bataille en réactivant le principe inepte de « guerre contre la drogue ». En fait de guerre contre la drogue, le Ministre évoque la guerre contre les trafiquants qui dure depuis près de 50 ans.
Cette lutte contre les trafics s’est effectivement totalement substituée à l’objectif initial de la loi de 70 qui était de lutter contre les méfaits de l’addiction. Pour s’en convaincre il faut juste observer les moyens financiers énormes accordés pour la lutte contre les trafics en comparaison du budget consacré à la prévention et la prophylaxie sur le sujet. La prohibition qu’évoque le Ministre de l’Intérieur en présence de 2 autres Ministres et d’un Secrétaire d’état n’a jusqu’ici jamais eu d’impact sur la consommation des produits et donc sur la toxicomanie. Il est d’ailleurs fort dommage que la Ministre de la Santé ait été absente car se référant aux observations récurrentes de l’OFDT (Observatoire Français des drogues et Toxicomanies) elle aurait pu éclairer utilement notre Ministre de combat sur le fait que la mortalité concernant les drogues en France est majoritairement le fait des drogues légales que sont le tabac et l’alcool et qu’en réalité les produits prohibés sont présents à la marge de cette mortalité et des addictions.
Mais qu’à cela ne tienne la légende dure et commence toujours par : La drogue c’est mal ! Après le Ministre a développé ses arguments en occultant la première réalité la drogue qui tue est légale.

Sur le plan international, depuis 50 ans la guerre de la drogue fait des ravages. Le Mexique est le pays le plus impacté par le phénomène de prohibition en tant que pays à la fois producteur et pourvoyeur vers les Etats Unis qui reste l’un des premiers marchés mondiaux. Ce que l’on constate c’est que le phénomène prospère sur la misère de la ruralité Mexicaine. La duplicité constante entre force politique et cartels a transformé certaines régions Mexicaines en zones de guerre civile dans lesquelles parfois les policiers tuent d’autres policiers et l’armée réalise ponctuellement des raids aussi meurtriers que vains. On estime à 200.000 morts depuis 2006 le nombre de victimes des cartels, mais depuis 3 ans c’est plus de 30.000 morts annuels. Les dirigeants des cartels sont toujours de plus en plus riches et sont capables de corrompre nombre d’autorités administratives de chaque côté de la Frontière.
En conséquence aux États-Unis depuis quelques années une réflexion a été menée pour développer de nouvelles politiques des drogues et aujourd’hui c’est plus de 60 % de la population qui a accès légalement au cannabis. Ailleurs dans le Monde occidental d’autres voix s’élèvent pour revisiter les politiques des drogues car il est notoire que la prohibition n’a pas démontré son efficacité et c’est un euphémisme.
Au plan national, il ne s’agit pas encore d’une guerre civile comme au Mexique mais à force de vouloir traiter les trafics exclusivement au travers de la destruction des trafics par la police judiciaire, on est en droit de penser que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Incompétence ou calcul électoral

Lorsque l’on se penche sur les arguments du Ministre de l’Intérieur on se pose la question de l’incompétence ou du calcul électoral comme souvent pour les problèmes politico-sécuritaires.
Le constat dressé par le Ministre est terrible :
« Le trafic c’est 200.000 personnes mises en cause par an », ce qui est la démonstration du poids énorme de cette thématique sur le travail policier et de l’engorgement de la chaine judiciaire.
« 3 Milliards de recettes sur le territoire », c’est une perte sèche pour le fisc d’autant que le Ministre oublie d’évoquer la réalité de la demande qui démontre que c’est un fait de société. Plus d’un million et demi de consommateurs réguliers qu’il faudrait incarcérer selon la loi alors que nous sommes en détresse pénitentiaire à plus de 70.000 places de prison.
« 30 Tonnes de cannabis qui rentre sur le territoire mensuellement », dommage que le Ministre n’ait pas pris la peine de mettre en relation les saisies des services qui sont de 87 tonnes en 2017 soit 24 %. A noter que ce chiffre correspond à une constante puisqu’il est notable que la force de sécurité sur un trafic prohibé parvient à saisir entre 10 et 30 % des flux. Il est par ailleurs important de préciser que l’estimation des 30 Tonnes importées est une estimation manifestement sous-évaluée puisque déjà en 2010 le nouveau chef de l’OCRTIS (Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants) parle de 38 Tonnes annuel et depuis les indicateurs sont en hausse.
« La drogue ce sont les violences, les règlements de compte etc. » Certes mais comment peut-on partager les responsabilités de tous les maux de la prohibition entre un pouvoir qui ne parvient pas à ses objectifs, une demande qui crée l’offre et le dealer qui n’est qu’un opportuniste de la déviance ? D’autant que cette activité reste largement le meilleur rapport risque judiciaire et rapport financier de toute l’activité criminelle.
Le Ministre sait aussi flatter ses valeureux combattants, « les saisies ont augmenté de 343% en 7 ans ». En fait ce que l’on devrait expliquer au Ministre c’est que la hausse ou la baisse des saisies n’ont rien à voir avec l’efficacité policière car c’est juste la démonstration de l’augmentation des flux de produits.
Mais qu’à cela ne tienne il sera créé l’OFAST, la raison officielle c’est que l’O.C.R.T.I.S a fait son temps ! La réalité est beaucoup moins « sexy ».

De l'OCRTIS à l'OFAST, on prend (presque) les mêmes et on recommence

La fin de l’O.C.R.T.I.S. c’est le fait du Commissaire Thierry l’ancien chef de l’Office de 2010 à 2016. C’est un pur produit de la Police Judiciaire, à sa sortie d’école en 1994 il est muté à Nantes puis rapidement à Pointe à Pitre en Guadeloupe pour lutter contre le trafic de stupéfiants. En 2006 il prend la tête du S.I.A.T un service qui recrute, forme et gère les « infiltrés » avant de prendre la tête de l’Office central.
Ce parcours est impressionnant de constance sur la thématique du trafic. A n’en pas douté il connaît tous les rouages des services de lutte et, étant au cœur des trafics depuis toutes ces années à n’en pas douter il est de ceux qui en savent le plus sur les évolutions de ces trafics.
S’il est un des meilleurs techniciens de la prohibition internationale il sait que la demande est de plus en plus forte, il sait aussi qu’il ne pourra jamais faire cesser les flux alors que va-t-il faire ? Se contenter de gérer comme ses prédécesseurs en jouant un rôle de conseil auprès du pouvoir exécutif pour lui ouvrir les yeux sur les risques que fait courir cette « guerre » pour notre société ? Eh bien non François THIERRY a d’autres objectifs l’expert va juste se consacrer à démontrer qu’il sera le meilleur en termes de saisies d’autant que la mode est au quantitatif il va donc produire davantage que ses prédécesseurs. Sa méthode sera lancée au travers de l’opération Myrmidon, l’objectif est simple et il indique : « Soit on continue à regarder 450 tonnes de cannabis qui rentrent en France chaque année, en faisant des saisies de temps en temps et fortuitement, soit on essaie de prendre les choses autrement ».
Pour le chef de l’Office, faire autrement c’est recruter du côté des trafiquants le meilleur ! Ce faisant il démontre que de bas en haut pour traiter du trafic la méthode est la même il faut avoir un pied dans la place. Il fait donc alliance avec Sofiane HAMBLI qu’il juge le meilleur, il le fait libérer de sa prison de Nancy et débute le système de convois contrôlés par la justice et par la police mais en fait de contrôle il apparaît rapidement comme évident que pour les arrangements THIERRY / HAMBLY, la justice est tenue à l’écart.
Ainsi, des policiers Français chargent des véhicules dans le sud de l’Espagne et les affaires s’enchaînent jusqu’en Octobre 2015 ou 7 tonnes de cannabis sont découvert en bas du domicile Parisien de Sofiane HAMBLY par les douanes. François HOLLANDE se déplace pour féliciter benoitement les douaniers mais l’on découvre aussitôt que ce véhicule devait être en théorie surveillé car le convoi « officialisé » de départ comptait 15 Tonnes.
En conséquence si l’on considère le ratio, la rémunération d’HAMBLY pour service rendu est très substantielle. De plus étonnamment on constate une fois de plus que du deal de quartier au plus haut du trafic international la méthode est strictement identique. En fait si le policier THIERRY voulait briller en raison des saisies manifestement il n’attachait pas une grande importance au fait que de la drogue chargée par les policiers était distribuée dans le pays enrichissant au passage le clan HAMBLY.
En 2019 le Commissaire THIERRY exfiltré dans un service non opérationnel est mis en examen pour association de malfaiteur et complicité de trafic de ce qui est tout bonnement stupéfiant ! Comble de malchance pour le Commissaire, au vu de l’ampleur de l’affaire beaucoup de personnes avaient intérêt à minorer cette pantalonnade du flic dealer, mais un des « infiltrés » traités par le Commissaire, après avoir constaté à plusieurs reprises des manipulations et des manquements a décidé de déposer plainte quand on lui a demandé lui aussi de charger des « valises marocaines » de résine de cannabis dans le Sud de l’Espagne.
Dès lors, avec un plaignant infiltré et un informateur qui chercher à s’exonérer de sa responsabilité (1), il n’a plus été possible de continuer à tromper la justice.

L’OFAST va donc poursuivre les activités de l’OCRTIS mais est ce que le changement de nom va changer les choses ? Certainement pas car d’une part le policier a pour métier de pacifier la société et non de faire la guerre et d’autre part la lutte contre les trafics c’est par définition un combat sans règles car derrière le paravent de la justice la méthodologie est toujours la même, il faut entretenir une relation forcément malsaine avec certains des acteurs du trafic et il est nécessaire dans cette logique ou se mêle argent et violence de « payer » au gré des accords entre trafiquants et policiers.
Dans cette affaire nous avons donc touché le fond, la police importatrice de drogue qui incarcère certains trafiquants mais en fait prospérer d’autres. Dès lors on aurait pu penser qu’enfin une nouvelle réflexion s’engage sur la prohibition en attendant le procès du Commissaire THIERRY qui j’espère permettra à l’opinion publique de découvrir le dessous des enjeux de prohibition.
Au lieu de cela le général CASTANER est en route sabre au clair vers la prochaine catastrophe !
Il ne me reste plus qu’à espérer que l’opinion publique comprenne enfin qu’on lui ment depuis tant d’années concernant la prohibition car c’est la seule chose qui permettra de mettre fin à cette logique couteuse, inepte qui finira par mettre en péril la paix civile de notre société.

Andy CRUPS
Officier de police

(1) Voir Emmanuel FANSTEN et Hubert AVOINE, L'Infiltré. De la traque du Chapo Guzmán au scandale français des stups, Paris, RObert Laffont, 2017.