Fin mars, Michel Onfray s'énervait contre les « centaines de tribus » de banlieue qui, en refusant « le confinement, perdent la République tout entière ». La rhétorique néoconservatrice et son champ lexical de l'invasion/sécession (« zones de non-droit », « barbares », « ensauvagement ») sont bien rodés. Ce discours, que nombre de politiques ont repris à leur compte et que le robinet anxiogène des talk-shows nous distille depuis presque vingt ans, suppose à la fois une construction bien connue de l'ennemi ou du traître (le « bobo », l'« islamo-gaucho », le « collabo » coupable de fermer les yeux sur les incivilités des « islamo-racailles »), une négation du droit du sol (les racailles ne sont pas des Français·es comme les autres), la phobie de la cinquième colonne (elles infiltrent en France un mode de vie anti-français) et un impensé majuscule: et si les « quartiers », au lieu d'avoir été perdus avaient été abandonnés par la puissance publique ?
Dans le cadre du confinement, l'obsession séparatiste s'appuie sur un deuxième angle mort: les scènes de déconfinement, aujourd'hui en France, ont lieu aussi bien dans les centres-villes bourgeois qu'en périphérie.