Le nouveau «nouveau monde» n’échappe pas aux indicateurs ! Dans la situation présente, est-ce le nombre de tests réalisés ? Le nombre de masques distribués ? Non : les statistiques des verbalisations infligées pour violation supposée des normesde confinement. Les chiffres - près d’un million à ce jour - sont admirables et constituent un légitime motif de fierté pour le ministre de l’Intérieur, tout heureux de les annoncer régulièrement. Il faut dire qu’ils sont plus réjouissants que ceux du professeur Salomon : l’Etat agit ! La police veille ! Derrière ces chiffres, des réalités pénibles (un homme empêché d’aller recueillir le dernier souffle de son père par un gendarme), des absurdités confondantes, des contradictions manifestes ainsi que des abus innombrables. La France, chantait Renaud en 1975, «est un pays de flics», et les flics de l’époque ne plaisantaient pas, comme le relevait Maxime Le Forestier dans Parachutiste (1972) : on perpétuait sous les gyrophares une vieille tradition coloniale, la chasse au bicot - compensation virile, sans doute, à trois guerres perdues, en 1940, 1954 et 1962. Mais tout cela est passé de mode : les Blancs aussi peuvent désormais goûter au lacrymogène, à la grenade et à la matraque - généreusement distribués aux héros en blouse blanche, aux enseignants et aux pompiers ces derniers mois.