dimanche, octobre 26 2014

L’opinion publique française n’est pas antisémite

26 10 2014

manifestation_halimi.jpgL’année 2014 a connu une hausse spectaculaire d’incidents antisémites, avec un premier pic après l’interdiction des spectacles de l’humoriste Dieudonné et la manifestation Jour de colère en janvier, et un second dans le sillage des manifestations antiisraéliennes suivant l’opération Bordure protectrice à Gaza en juillet. Sur les sept premiers mois de l’année, les actes et menaces recensés par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) ont presque doublé par rapport à l’an dernier. Des synagogues ont été attaquées, des magasins brûlés parce qu’appartenant à des juifs, et dans certains manifestations ont retenti des slogans d’un passé que l’on croyait révolu. Faut-il y voir le « retour » de l’antisémitisme des années 1930, comme le président du CRIF évoquant la Nuit de cristal et les pogroms, ou la montée d’un « nouvel antisémitisme » plus insidieux masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme et la défense des opprimés ?
Ces actes, pour inquiétants et inacceptables qu’ils soient, restent le fait de minorités. Ils ne reflètent pas l’état de l’opinion publique française. Les sondages, en particulier l’enquête annuelle sur le racisme réalisée pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) montrent au contraire un recul graduel des préjugés envers les juifs, et parmi les préjugés qui résistent le « nouvel antisémitisme » reste marginal.

Photo : lemonde.fr

samedi, octobre 25 2014

Observer pour orienter et évaluer. Le CNO-CNE de Fresnes de 1950 à 2010

25 10 2014

fresnes.jpgAu tout début des années cinquante, l’Administration pénitentiaire se dota d’un outil essentiel et primordial afin de réussir la Réforme pénitentiaire. Examiner la personnalité des détenus afin de mieux les orienter vers des établissements diversifiés était l’application concrète d’une philosophie pénale progressiste. L’article se propose de suivre l’histoire de cette institution pendant une soixantaine d’années, instititution qui a su évoluer au fil des politiques pénales afin de mettre en commun des compétences pluridisciplinaires pour orienter, mais aussi pour observer et évaluer des détenus condamnés à de longues peines. À partir des dossiers des détenus-stagiaires, il est possible également de révéler les non-dits de ces missions, les tâtonnements et les exclusions, les stéréotypes des observateurs comme les évolutions de la population observée. Individualiser les peines pour réinsérer au mieux fut l’objectif initial tout en préservant la société des risques de récidive. Préserver la société de la dangerosité de certains récidivistes semble la préoccupation contemporaine.

Photo : annuaires.justice.gouv.fr

vendredi, octobre 24 2014

Apprendre à coopérer avec le "synergomètre"

24 10 2014

synergometre.jpgLe Synergomètre est un dispositif pédagogique dont la finalité est d'apprendre à coopérer. Il s'inscrit dans la lignée des méthodes actives et utilise un appareil, véritable simulateur des relations au travail.
Le mot Synergomètre désigne ainsi tout autant l'approche méthodologique que l'outil pédagogique.
Chaque séance se compose de deux temps distincts :
- Un temps lors duquel le groupe est confronté à un problème à résoudre ensemble.
- Un temps de réunion/discussion où chacun va exprimer la manière singulière dont il a abordé le travail et contribué à la résolution collective. Puis, le groupe va procéder à une analyse de son travail pour en comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements.

mercredi, octobre 22 2014

Au voleur ! Imaginaires et représentations du vol (XIXe-XXe siècle)

22 10 2014

au_voleur.jpgQuoi de commun entre l'enfant qui chaparde les cerises, l'assassin qui égorge les rentiers, le domestique indélicat, le pickpocket, le rat d’hôtel, la kleptomane, le cambrioleur ? Rien, sinon cette étiquette de voleurs qui recouvre une large variété de types sociaux et d’imaginaires. À des degrés bien différents, tous font l’objet d’une réprobation morale. Car le vol dérange l’ordre social : comme l’écrit Michelle Perrot, le XIXe siècle est animé d’une véritable « obsession propriétaire » qui ne se relâche guère avant les années 1960.
Le fait est connu, mais il reste trop souvent vu de loin. Comment prendre en compte les évolutions chronologiques dans une société qui s’enrichit et accède plus massivement à la propriété ? Comment envisager les spécificités géographiques (le voleur des villes n’est pas le voleur des champs, ni le maraudeur de banlieue) ? Comment distinguer, enfin, des groupes sociaux, des genres, des âges ? C’est tout le pari de cet ouvrage qui propose d’examiner, dans leur diversité, les imaginaires et les représentations du vol aux XIXe et XXe siècles, du Code pénal aux blousons noirs. De Jean Valjean aux Valseuses, en passant par Lupin et Bonnot, mais aussi par une foule de petits délinquants obscurs, il s’agit d’éclairer un envers de l’histoire de la France contemporaine.

lundi, octobre 20 2014

Parentalités en prison : un dossier

20 10 2014

famille_prison.jpgLa question des liens familiaux des femmes et des hommes incarcéré.e.s, si elle est longtemps restée dans l’ombre, a connu un regain d’intérêt en France depuis une quinzaine d’années. Cet essor des recherches françaises résulte du croisement récent de domaines de la sociologie qui s’étaient jusqu’à présent développés séparément : la sociologie de la prison, la sociologie de la famille et la sociologie du genre. Il est également le résultat des évolutions en matière de droits des détenus (et, au-delà, de façon conjointe, de leurs enfants) – l’Administration pénitentiaire affichant, dans un souci de réinsertion et au travers de la création de nouveaux dispositifs comme les Unités de Vie Familiale (UVF), la nécessité de préserver les liens familiaux des individus incarcérés. Sans viser l’exhaustivité, l’introduction de ce numéro thématique est d’abord l’occasion de revenir sur ces travaux et sur les problématiques, notamment politiques, qu’ils permettent de soulever.

Photo : laurent-jacqua.blogs.nouvelobs.com

vendredi, octobre 17 2014

Le football, objet du délire d’Éric Zemmour

17 10 2014

zemmour-football.jpgIl n'est pas démontré que, mieux que tout autre, Éric Zemmour incarnerait l'immixtion des éditorialistes, des intellectuels médiatiques et autres penseurs consacrés par l'époque dans les affaires du football. Mais il fait peu de doutes qu'il a illustré avec une certaine constance l'instrumentalisation de ce dernier à des fins extérieures, l'hystérisation des débats au moindre incident et l'alimentation des nombreux psychodrames nationaux dont il aura été le prétexte depuis une petite vingtaine d'années. Pour lui comme pour la plupart de ses pairs, le football est devenu une obsession, à la fois symptôme de la décadence du pays et moyen de stigmatisation d'une partie de sa population.
Aussi n'y a-t-il pas grande surprise à constater que le football est un des fils rouges de son essai Le Suicide français, faisant l'objet de cinq passages substantiels. Comme annoncé dans l'introduction, l'auteur entend narrer "les quarante années qui ont défait la France", non seulement "président après président, loi après loi, élection après élection, intellectuel après intellectuel, (…)", mais aussi "match de football après match de football".
Le "roman national" d'Éric Zemmour est une fiction paranoïaque, son livre une mise en scène d'obsessions personnelles qu'il partage et a fait partager, grâce à la complaisance de nombreux médias, à une large frange de l'opinion française. La façon qu'il a d'y aborder le football est particulièrement symptomatique de cette France qui pratique la haine de soi.

jeudi, octobre 16 2014

Le business de la migration

16 10 2014

business_migration.pngAlors que médias et pouvoirs publics sont prompts à dénoncer les réseaux de trafiquants et passeurs qui se feraient de l’argent sur le dos des migrants, ils oublient souvent ou taisent sciemment l’économie, bien légale celle-ci, qui s’est organisée autour du contrôle des migrations.
Qu’il s’agisse de surveiller les frontières par des moyens toujours plus sophistiqués, d’instruire les demandes de visas, d’enfermer les étrangers avant leur expulsion, de les accueillir dans les situations d’urgence ou de convoyer les expulsés, on constate une tendance croissante à la sous-traitance à des sociétés privées d’activités qui relèvent en principe des attributions régaliennes de l’État. Et ce au plus grand profit des multinationales de la sécurité, de l’industrie d’armement ou des organisations impliquées dans le business humanitaire qui se sont engouffrées dans ce nouveau marché.
Dans un contexte de marchandisation de la « gestion des flux migratoires », cette sous-traitance a de quoi inquiéter : plus qu’un outil au service d’une politique, elle pourrait bien, sous la pression des groupes qui s’y enrichissent, en devenir le moteur.

mercredi, octobre 15 2014

La mise en scène de la vie carcérale en établissement pénitentiaire pour mineurs

15 10 2014

mineurs_en_prison.jpgForme carcérale récente de gouvernement de la jeunesse délinquante, l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) se prête à une décentration du regard sociologique propre à appréhender la détention par le bas. Une sociologie des expériences de détention permet ainsi de saisir les initiatives entreprises par les jeunes prisonniers afin de parvenir à une mise en scène de soi constituant le moyen privilégié d’amélioration de leur quotidien carcéral. Soumis à la double contrainte consistant à répondre aux exigences des différents professionnels intervenant dans l’institution tout en satisfaisant aux attentes et codes des codétenus, les adolescents incarcérés font valoir une posture biface qui conditionne leur vie en prison. Regroupés au sein de nombreuses activités collectives organisées dans des environnements partagés, les mineurs tentent de tirer parti des dispositions spatio-temporelles présentées par l’EPM pour faire la démonstration, plus ou moins ostensiblement, de leurs capacités à investir des comportements et des conduites susceptibles de leur garantir la production d’une impression idéalisée d’eux-mêmes livrée à tous.

Photo : blogs.rue89.nouvelobs.com/restez-assis

mardi, octobre 14 2014

Le médicament qui devait sauver l'Afrique : scandale pharmaceutique aux colonies

14 10 2014

medecine_coloniale.jpgC'est l'histoire d'une piqûre magique, qui devait débarrasser l'Afrique d'une maladie qui décimait le continent, l'histoire d'un scandale pharmaceutique enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l'éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d'être découvert : la Lomidine. Dans l'enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées. La méthode connaît quelques ratés - la molécule se révèle inefficace et dangereuse - mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire.
Ce livre montre comment les médecins s'obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d'une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a servi de vitrine à l'« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l'Afrique par la science et la technique.

Photo : etudescoloniales.canalblog.com

lundi, octobre 13 2014

Efficacité et qualité de la justice en Europe

13 10 2014

rapport_CEPEJ.jpgAvec ce cinquième cycle biennal d'évaluation, la CEPEJ vise à proposer aux décideurs publics et aux professionnels de la justice un outil concret et détaillé permettant de mieux connaître le fonctionnement du service public de la justice en Europe, afin de pouvoir en améliorer l'efficacité et la qualité au service de plus de 800 millions d'Européens.
Il existe, selon les Etats, des modes de financement communs ou distincts des juridictions, des ministères publics et de l’aide judiciaire. Ces trois éléments ont été décomposés pour permettre des comparaisons, non seulement des moyens alloués aux fonctions de poursuite ou de jugement, malgré la différence d’organisation des systèmes, mais aussi des montants attribués à l’accès à la justice. Ces données permettent donc une vue globale des budgets concernant la plupart des Etats membres du Conseil de l’Europe.

dimanche, octobre 12 2014

Un choc de classes sociales : des étudiants du 93 enquêtent dans les beaux quartiers

12 10 2014

voyage_de_classes.pngUne demi-heure de métro sépare les quartiers parmi les plus pauvres de France de ses zones les plus riches. Partis de Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, une centaine d'étudiants ont enquêté sur trois quartiers bourgeois du VIIIe arrondissement de la capitale. Pour s'initier à la démarche sociologique, ils ont dû se familiariser avec un monde nouveau et étrange, dont les indigènes présentent des coutumes et préoccupations insolites.
Boire un café dans un palace pour observer ce qui s'y passe (et être traité comme un client illégitime), stationner dans les boutiques de luxe pour décrire leur organisation (et se faire mettre dehors), apprendre à manger un mille-feuilles à 14 euros avec des « bourgeoises », approcher des institutions prestigieuses où les femmes n'ont pas le droit de vote, se faire expliquer le Bottin mondain et l'arrangement des mariages, interviewer dans son hôtel particulier un grand dirigeant qui « fait partie de ces familles qui ont des châteaux un peu partout » : ce sont quelques-unes des expériences que ces étudiants ont vécues. En même temps qu'il leur a fallu dompter l'exotisme pour bien comprendre le milieu dans lequel ils pénétraient, ils ont dû encaisser l'humiliation des multiples rappels à l'ordre social que suscitait leur démarche. Ce livre raconte de manière crue et joyeuse les batailles livrées pour mieux connaître un monde social dominant. L'enjeu : renverser l'habitude qui veut que ce soit « ceux d'en haut » qui inspectent l'existence de « ceux d'en bas ».

vendredi, octobre 10 2014

Eric Zemmour : un "bouffon d'extrême-droite raciste et négationniste" pour le MRAP

10 10 2014

zemmour.jpgDans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 octobre, sur France 2, dans le cadre de l’émission « on n’est pas couché », le journaliste d'extrême-droite Eric Zemmour, s'est livré à de nouveaux débordements racistes, anti-musulmans, négationnistes et homophobes à l'occasion d'une campagne de promotion de son dernier livre organisée par la chaîne publique. Théorisant sur l'impossibilité du « mélange » entre « français et arabes », il prophétisait la guerre civile. Il comparait l'immigration avec l'invasion allemande durant la dernière guerre mondiale et s'inscrivait dans les théories du « grand remplacement » de Renaud Camus. Il se faisait ensuite l'avocat du régime de Vichy qui aurait, selon ses termes, sauvé « 100 % » des juifs de France.
De fait Zemmour se voit attribuer le rôle de bouffon d'extrême-droite raciste et négationniste auquel les animateurs et la programmation opposent des intervenants modérés, censés défendre les thèses adverses. Au mépris des lois en vigueur, le racisme n'est alors plus un délit, mais une opinion qui s'oppose à l'opinion adverse.

jeudi, octobre 9 2014

La Provence, terre de violence ? Les préjugés culturalistes à l’épreuve de la statistique

9 10 2014

l__esprit_des_lois.jpgÀ en croire les agendas politique et médiatique, la région provençale connaîtrait des problèmes de « violence » exceptionnels. Cet article soumet cette représentation à l’épreuve de la vérification statistique. Après avoir examiné les données policières disponibles, les auteurs mobilisent les enquêtes en population générale pour comparer la région provençale au reste de la France puis à la région francilienne. Les résultats sont contrastés : les trois ensembles – la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), la région Île-de-France (IDF) et la France métropolitaine – présentent des taux différents selon les victimations. Mais dans tous les cas, les victimations qui correspondent le plus à l’idée de « violence », c’est-à-dire d’atteintes à l’intégrité physique (agressions physiques, vols avec violence), ne spécifient pas la région PACA. Les données permettent par ailleurs de mesurer le poids de certains facteurs structurels tels que la densité urbaine et la précarité socio-économique. Fort de ces résultats, les auteurs concluent en critiquant les approches culturalistes en sociologie.

mercredi, octobre 8 2014

Comment restaurer la confiance dans le modèle républicain ?

8 10 2014

defiance.jpgLes Français sont de moins en moins nombreux à faire confiance à leurs institutions. Par exemple, plus de 70 % d’entre eux déclaraient en janvier 2014 n’avoir confiance ni dans l’Assemblée nationale ni dans le Sénat. Plus de 80 % estimaient que les hommes et les femmes politiques ne s’occupent pas de ce que pensent les gens et agissent principalement par intérêt personnel. De plus, près de 80 % considèrent que le système démocratique fonctionne mal en France. Ces chiffres sont en augmentation régulière, notamment chez les jeunes et dans les classes populaires, et se traduisent par une augmentation continue de l’abstention et du vote pour l’extrême droite. Ils s’accompagnent en outre d’une angoisse croissante vis-à-vis de l’ouverture au monde et de l’intégration européenne. Néanmoins, les institutions politiques ne sont pas les seules à pâtir de cette défiance : l’école et l’entreprise, en particulier, peinent à remplir leur rôle d’intégration sociale.
Le modèle républicain français doit donc rapidement retrouver l’adhésion des citoyens et la capacité à créer de l’identité collective. Il faut rebâtir un projet commun porteur de sens et de confiance en renouant avec les principes et les fondements de ce modèle.

mardi, octobre 7 2014

La corruption au niveau des collectivités territoriales

7 10 2014

SCPS.jpgPréexistante à la décentralisation, celle-ci a accru les atteintes à la probité en « multipliant les situations de face à face entre les décideurs locaux et les acteurs économiques ». Deux domaines sont particulièrement sensibles : la commande publique et l’urbanisme. Mais, la liste des secteurs concernés peut donner le vertige : habitat et logement, gestion du patrimoine, aides aux opérateurs économiques et aux associations, gestion des sociétés relevant de l’économie mixte locale, offices HLM et régies immobilières, SDIS, formation professionnelle, gestion des programmes d’aides européens, gestion des ressources humaines, offres bancaires, parrainage et mécénat, action extérieure…
Dans ce monde semé de dangers et de tentations, l’Etat exerce de moins en moins son rôle de contrôle alors que le poids et l’influence locale des « grands élus » s’accroissent. Contraction du périmètre du contrôle de légalité, resserrement du périmètre du contrôle budgétaire aux collectivités de très petite taille, limites posées aux contrôles du comptable public et des chambres régionales des comptes…

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