vendredi, janvier 27 2012

La direction de la gendarmerie soigne son « plan Com » avant l'élection présidentielle

27 01 2012

Logo_gendarmerie_nationale_2.jpgFaut-il en rire ou en pleurer ? Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, spécialiste des questions de sécurité, vient de publier sur son blog une note de la direction générale de la gendarmerie nationale ayant pour objet « Directive de communication pour le premier quadrimestre 2012 ». On ignore si c'est là une habitude. Toujours est-il que ce calendrier est étrangement adapté à celui de l'élection présidentielle. La Note se situe du reste pour commencer dans la lignée "des orientations données par le ministre de l'Intérieur à l'occasion de la présentation des chiffres de la délinquance 2011 à la presse". Elle demande aux gendarmes de "valoriser nos actions en externe en matière de lutte contre les atteintes aux personnes, les cambriolages et les incivilités". Elle demande à ce que les gendarmes travaillent sur "la visibilité" de leurs actions, insistent sur "la participation citoyenne" et le "partenariat avec les élus". Enfin, après le plan Com externe, la direction générale demande aussi aux officiers de calmer la grogne des troupes par "des opérations de communication interne" qui "doivent souligner l'amélioration des conditions de vie, de sécurité et de travail des militaires". Du cousu main.

La « police territoriale », simple slogan ou véritable réforme ?

27 01 2012

Image_voiture_de_police_2.jpgLa police territoriale est dans l'air du temps et, à n'en pas douter, elle sera au coeur des débats sur les questions de sécurité des présidentielles de 2012. Mais, est-ce un simple slogan visant à redorer le blason des forces de sécurité publique ou traduit-elle le besoin d’une véritable réforme de notre système policier ?
En tout cas, l’appel récurrent à une « police territoriale » et, plus largement, au local, interroge notre modèle policier. Il témoigne de la nécessité d’impliquer plus directement les collectivités locales dans la gestion de la sécurité quotidienne. Il témoigne aussi des limites d’un système policier relativement impuissant à endiguer les phénomènes de délinquance et à apaiser le sentiment d’insécurité. L’enjeu, qui n’est pas sans rappeler celui de la police de proximité en son temps, est bien la réinvention d’une police urbaine en prise directe avec les territoires locaux, avec sa population et redevable de son action à son égard.


jeudi, janvier 26 2012

Le rejet français de l'islam. Une souffrance républicaine

26 01 2012

Image_livre_goldman.jpgDepuis plus de vingt ans, les polémiques autour de la présence visible de l’islam en France n’ont cessé de s’amplifier : foulard à l’école, port de la « burqa », mise en cause de la laïcité… La société française nourrie d’universalisme républicain ne comprend pas pourquoi les enfants de l’immigration, au lieu de s’assimiler au sein d’une société sécularisée, y ont introduit une religion vigoureuse qui aspire désormais à se faire reconnaître.
Cet état de fait semble tellement incroyable que, pour beaucoup, il ne peut s’agir que d’un projet politique manipulé. Le rejet de l’islam, qui se manifeste en France comme partout en Europe, est le résultat de cette perception. Et si on faisait l’hypothèse inverse ? Que ce « retour du religieux » surgit bien du cœur de notre société en mal de repères ? Et qu’il n’est nullement incompatible avec la modernité démocratique, qu’il peut même contribuer à renforcer ?

Pierre Bourdieu, une pensée en mouvement

26 01 2012

Photo_Bourdieu.jpgDix ans après sa disparition, Pierre Bourdieu bouge encore, écrit Nicolas Truong. On est bien loin des polémiques dont le sociologue fut la cible, au moment où il adressait de sévères critiques au milieu politique et journalistique, écrit Le Monde dans un supplément publié dans son édition datée du mardi 24 janvier. Que reste-t-il des travaux du sociologue de la domination sociale et de la misère du monde ? De la mondialisation au féminisme jusqu'à l'avenir de l'Europe, réflexions sur l'actualité d'une pensée indignée. Pour Axel Honneth, la grande théorie critique de Bourdieu est pétrie de contradictions et d'échecs. Mais Bourdieu est plus un entraîneur qu'un maître à penser, réplique Gisèle Sapiro. Bourdieu est le concepteur d'une féconde révolution symbolique. C'est surtout un inspirateur propre à la réflexion de notre ère post-industrielle, insiste Nancy Fraser. C'est avant tout l'héritier de la pensée de Blaise Pascal, écrit Jacques Bouveresse. Pour Loïc Wacquant, si Bourdieu était parmi nous aujourd'hui, il "pointerait d'abord l'encombrement de l'espace public par une foultitude de faux problèmes fabriqués par les technocrates d'État, les vendeurs de sondages, les pseudo "think tanks" et les médias friands de thématiques "sexy" qui permettent de faire de l'audimat et de vendre de la copie et réaffirmerait l'urgence de construire un État social européen digne du nom". Soit, mais si la théorie de la société est fondamentale chez Bourdieu, elle n'est pas assez forte pour pour changer le monde, écrit Robert Castel, il faut "allumer des contre-feux face à la crise pour inventer une société solidaire", ajoute-t-il.

mercredi, janvier 25 2012

Les RG, la SDIG et après ? Rebâtir le renseignement de proximité

25 01 2012

Photo_RaA_ssa_B._flickr_CC.jpg« Au moment où les services de renseignements font l’objet de critiques, c’est la première fois qu’est bâtie une réflexion en profondeur sur la réforme de 2008 qui a abouti à la création de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et de la Sous-direction de l’information générale (SDIG). Cette Note de Jean-Jacques Urvoas revient sur les raisons qui ont conduit Nicolas Sarkozy à redessiner notre appareil de renseignement intérieur. Avec la naissance de la DCRI, un double mouvement s’est opéré ; d’une part le démantèlement de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG), de l’autre le renforcement de facto de ce qui fut la Direction de la surveillance du territoire (DST).
Loin de procéder d’une réflexion approfondie sur les besoins de moderniser les structures existantes ou d’adapter nos réponses aux nouvelles menaces, cette profonde réorganisation du renseignement intérieur n’a été en réalité motivée que par la seule volonté du président de la République d’en reprendre le contrôle. Jean-Jacques Urvoas démontre comment la création de la DCRI et de la SDIG, réforme d’essence politique, mal préparée, conduite dans la précipitation, s’est traduite par une désorganisation et un affaiblissement sur le terrain des capacités de travail de nombreux services ». (présentation officielle).

Illustration : Raïssa B. - flickr - licence cc

La Justice dévoyée. Critique des utopies sécuritaires

25 01 2012

Image_livre_salas.png A l'occasion de la sortie de son livre (éditions des Arènes, 2012), Denis Salas est interviewé par Augustin Scalbert dans RUE 89.
Question : Vous écrivez que « les lois pénales sont souvent calibrées selon leur impact supposé sur l'opinion, non selon leur efficacité réelle ». Avez-vous des exemples concrets ?
Réponse : Oui. D'abord, je veux préciser que j'ai justement écrit ce livre pour m'interroger sur le sens de la multiplication des lois pénales depuis dix ans : 18 au total, 25 si l'on compte les lois de procédure, soit près de trois par an. Pourquoi cette intensité, cette course, sans raison objective ? Parce qu'on ne peut pas dire que nous soyons un pays criminogène : il n'y a pas eu d'augmentation drastique de la délinquance pendant cette décennie. Au contraire, M. Guéant communique ces jours-ci sur une baisse de celle-ci.

mardi, janvier 24 2012

Les affaires mises au secret

24 01 2012

Image_site_Owni_Loppsilol_Flickr_CC.jpgDans la nuit de lundi à mardi, sur l'initiative d'un député réputé proche des services de sécurité, l'UMP a fait adopter une proposition de loi qui instaure une nouvelle notion de secret protégeant la sphère commerciale et industrielle. Assortie de sanctions pénales. Une manière élégante de dissuader ONG, journalistes et lanceurs d'alerte de révéler aux citoyens les dessous des grands groupes.
Le texte prévoit en effet de punir de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende le fait de “révéler à une personne non autorisée à en avoir connaissance une information protégée relevant du secret des affaires de l’entreprise (…) dont la divulgation non autorisée serait de nature à compromettre gravement les intérêts de cette entreprise en portant atteinte à son potentiel scientifique ou technique, à ses positions stratégiques, à ses intérêts commerciaux ou financiers ou à sa capacité concurrentielle“.

La prévention situationnelle : des travaux sous surveillance

24 01 2012

Image_cite_par_borix1_sur_flickr.jpgJ’interviens en tant qu’éducateur de rue depuis 2005 dans le quartier des Rondières. Ces derniers mois, des actions dites de « prévention situationnelle » se multiplient. La « prévention situationnelle » a pour objectif majeur de prendre en compte la sécurité dans les aménagements des espaces pour réduire le sentiment d'insécurité. Celle-ci « désigne les mesures de réduction des occasions qui sont : 1/ dirigées vers des types très particuliers de délits ; 2/ consistent en des modifications des circonstances immédiates du délit systématiques et permanentes ; et 3/ visent à rendre les délits plus difficiles, plus risqués, moins gratifiants et moins excusables pour bon nombre de délinquants » (Clarke, 1997).

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Elections présidentielles : 11 propositions de l’OZP sur l’éducation prioritaire

24 01 2012

Photo_ecole.paquerettes.free.fr.jpgDepuis sept ans, l’éducation prioritaire a beaucoup changé et elle va encore nécessairement beaucoup changer dans les mois qui viennent. L’OZP croit nécessaire de rappeler les principes qui fondent la politique d’éducation prioritaire et de formuler 11 propositions et une interrogation sur le dispositif ECLAIR.
L’éducation prioritaire, là où elle a réellement fonctionné, a réussi des avancées remarquables Beaucoup de RAR (Réseaux ambition réussite) se caractérisent aujourd’hui par le développement de pratiques pédagogiques favorisant la réussite des élèves les moins en connivence avec la culture scolaire. Cependant, le manque de continuité, l’absence de pilotage national et de véritable gestion des ressources humaines et le désinvestissement du champ de la pédagogie ont, dans de nombreuses zones, réduit la politique d’éducation prioritaire à l’attribution de moyens supplémentaires, utilisés pour faire baisser les effectifs des classes. Elle a donc eu peu d’effets positifs susceptibles de contrebalancer l’effet de stigmatisation.

Illustration : ecole.paquerettes.free.fr

lundi, janvier 23 2012

Les éducateurs de rue, ces invisibles du travail social

23 01 2012

Photo_Ixchel_Delaporte.jpgLa prévention spécialisée intervient dans les interstices, dans cet espace mouvant qu'est la rue. Là où précisément les institutions publiques ne sont pas, et où parfois, les associations ont jeté l’éponge. Marion* travaille depuis six ans dans une association de prévention spécialisée dans le quartier Nord d’une ville moyenne. Elle est passionnée par son métier mais préfère garder l’anonymat pour être plus libre dans ses propos. Cette éducatrice de rue s’occupe « des personnes en marge ou en voie de marginalisation » et tient tout de suite à préciser les bases de sa mission : « Le principe de la prévention, c’est de se réinventer et de proposer des idées à partir des constats faits sur le terrain. Si le dispositif fonctionne, le but c’est que les gens s’en emparent ». La prévention spécialisée touche des jeunes, âgé de 12 à 25 ans, et leur famille.

Maneuvres et magouilles autour d'une section de Criminologie au sein du CNU

23 01 2012

Photo_draggin_flickr.jpgCommuniqué : « L'association française de droit pénal (AFDP) tient à exprimer son indignation face à la création d'une section interdisciplinaire dite "expérimentale" de Criminologie au sein du CNU, doublée de la mise en place d'un Institut National de la Criminologie. L'AFDP met en garde contre l'instrumentalisation de la criminologie à des fins politiques et dénonce tant la méthode, qui a présidé à la mise en place de cette nouvelle instance, que l'inconsistance de son objet :
- La nomination des 48 membres de cette section, en marge des élections au CNU, est un contournement inacceptable du processus démocratique, mise en place par le décret n°92-70 du 16 janvier 1992 relatif au Conseil national des Universités.
- La criminologie ne saurait constituer l'objet d'une section du CNU, dès lors qu'elle n'est qu'un champ d’étude au croisement de nombreuses disciplines et non une discipline à part entière.
L'AFDP reconnait cependant que la formation et la recherche en criminologie dans l'Université française souffrent d'une grande disparité et d'une faible visibilité et soutient en conséquence la conférence élargie des directeurs d'Instituts de sciences criminelles et de centres de recherche en droit pénal en criminologie, qui formulera en 2012 des propositions concrètes pour revaloriser les diplômes universitaires de criminologie et redynamiser la recherche universitaire en ce domaine ».

  • Les épisodes précédents de cette controverse :

- Criminologie en France : bientôt l'unanimité contre le projet ministériel ?
- Criminologie en France (suite) : pour un moratoire total sur les projets actuels
- La « criminologie » en France et ses arrières-plans idéologiques

Illustration : draggin - flickr - licence cc

L'évolution des vols de et dans les véhicules depuis le milieu des années 1980

23 01 2012

Photo_voiture_ancienne_mfld57_flickr.jpg« Depuis le milieu des années 1990, le périmètre des ménages victimes de vols de et dans les voitures se rétrécit de manière pratiquement continue et il est probable que les quelques rares accrocs que l’on repère sur la courbe sont surtout imputables à l’instabilité des protocoles d’enquête qui ont, certaines années, inclus les tentatives dans la formulation des questions. De toute manière, ces hoquets ne modifient pas la tendance générale. Celle-ci est d’ailleurs confirmée par les enquêtes réalisées par l’IAU-ÎdF depuis 2001. En Île-de-France, le mouvement à la baisse se situe cependant à un palier plus élevé ; on ne s’en étonnera pas, puisqu’il s’agit d’aires fortement urbanisées où la victimation patrimoniale est généralement plus importante que dans l’ensemble du territoire, et on voit d’ailleurs cette survictimation s’accentuer encore dans les quelques enquêtes urbaines ponctuelles conduites par le CESDIP ».

Illustration : mfld57 - flickr - licence cc

dimanche, janvier 22 2012

La revanche des juges d'instruction

22 01 2012

Photo_Justice_par_Eric_E._Johnson_sur_flickr.jpgEn janvier 2009, lors de l'audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, le président de la République annonçait une réforme aux conséquences majeures pour l'institution judiciaire : la suppression du juge d'instruction. En grande pompe, Nicolas Sarkozy appelait à une refonte totale de la procédure pénale d'où il ressortait que le pouvoir d'enquête des juges d'instruction, statutairement indépendants, était transféré aux procureurs, dépendants hiérarchiquement du gouvernement.
Trois ans après, la réforme a fait long feu et le président de la République était absent de l'audience de rentrée de la haute juridiction, lundi 9 janvier. A l'Elysée, il n'est plus question de réformer en profondeur la justice, encore moins de supprimer le juge d'instruction. Dans le programme UMP sur la justice, il n'y a pas une ligne sur le sujet.

La réclusion criminelle à perpétuité : une peine de mort qui ne dit pas son nom ?

22 01 2012

Photo_RA_mi.E.jpgIl y a maintenant 30 années, le combat porté entre autre par notre éminent Confrère, Me Badinter et nourri par la pensée de Cesare Beccaria devait aboutir au vote de l’une des plus grandes lois de notre République, la loi portant abolition de la peine de mort. Pourtant, en France, la peine de mort existe toujours… sa dernière victime s’appelle Pierre Just Marny. Monsieur Marny a été retrouvé pendu, à l’âge de 68 ans, dans sa cellule martiniquaise le 7 août 2011, après 48 années de détention. Son crime était réel, sa condamnation tout autant mais, devait-il pour autant mourir en détention ? Ne vous méprenez pas, loin de moi l’intention de faire de Pierre Just Marny un héros ou un martyr, il a été reconnu coupable des crimes de sang dont on l’accusait mais, pour horribles ou inacceptables qu’aient été ces derniers, ses conditions de vie en détention le furent tout autant, si ce n’est plus.

Illustration : Rémi.E - flickr - licence cc

samedi, janvier 21 2012

La DCRI est-elle devenue une police politique au service de Nicolas Sarkozy ?

21 01 2012

Image_livre_espion_du_president.jpgIls avaient visiblement l'habitude de fréquenter de longue date Bernard Squarcini. De boire des coups avec lui et de le tutoyer. A trois mois de la présidentielle, trois journalistes spécialisés dans la police, Christophe Labbé et Olivia Recasens, du Point, et Didier Hassoux, du Canard Enchaîné, ont décidé de vider leurs carnets. Dans L'espion du Président, qui vient de paraître chez Robert Laffont (284 pages, 19 euros), ils recensent les "coups" du patron du renseignement intérieur, décortiquent ses réseaux, auscultent ses amitiés : d'Henri Proglio, le PDG d'EDF, à Michel Tomi, l'influent patron corse de cercles de jeux africains, en passant par l'homme d'affaires Alexandre Dhjouri. Et racontent comment la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), née en 2008 pour faire oublier les barbouzeries des célèbres RG, a été selon eux "dévoyée au service d'un camp et d'intérêt privés", devenant une sorte de "police politique de Nicolas Sarkozy".

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