vendredi, juillet 29 2016

Les nouveaux marchés de la mort

29 07 2016

Stock_d__armes.jpgTrès peu d’informations ont filtré jusqu’ici sur les quantités colossales d’armes qui parviennent depuis cinq ans aux différents groupes combattants en Syrie et au Yémen. L’enquête menée par un groupe de journalistes d’investigation des Balkans lève une partie du voile sur la provenance et la trajectoire de ce matériel destiné aux champs de bataille du Moyen-Orient. Le marché, évalué à 1,2 milliard d’euros, implique huit pays vendeurs d’Europe centrale et orientale (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Roumanie et Slovaquie, membres de l’Union européenne, mais aussi Serbie, Bosnie et Monténégro) et quatre acheteurs l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats arabes unis et la Turquie.

jeudi, juillet 28 2016

La guerre contre le terrorisme et ses impasses

28 07 2016

serpent_qui_se_mord_la_queue.jpgLes événements du 11 septembre 2001 ont donné un nouvel élan à la militarisation des politiques de lutte contre le terrorisme. En dépit d'une quinzaine d'années de résultats médiocres, les Etats-Unis et nombre de leurs alliés ont persévéré dans cette voie. Après les attentats de Paris de novembre 2015, la « guerre », en tant que moyen légitime et efficient de lutte contre le terrorisme, s’impose dans le discours politique français. Le 16 novembre, la première phrase prononcée par le Président François Hollande devant le parlement réuni en Congrès à Versailles est : « La France est en guerre ». Le Premier Ministre Manuel Valls utilisera plus de 9 fois en moins de 10 minutes le mot guerre lors d’une interview télévisée sur la chaîne télévisée TF1 le samedi 14 novembre2. Avec la multiplication de récents attentats aussi spectaculaires que tragiques contre des villes, qu'il s'agisse de Bamako, Bruxelles, Istanbul ou Paris (et Nice), il s'avère urgent de questionner ce choix politique.

mercredi, juillet 27 2016

Pesticides : le rapport explosif de l’Anses sur l’exposition des agriculteurs

27 07 2016

Agriculteur_pesticides.jpegIl aura fallu du temps à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pour publier ce rapport, fruit d’un travail de cinq années passées à éplucher la littérature relative aux pesticides, les données sur les travailleurs exposés, et les maladies engendrées. Par trois fois, la publication de ces 1000 pages a été reportée ; les ONG craignaient que le texte ne soit enterré à jamais.
C’est bien un aveu d’échec qui apparaît en filigrane dans ce rapport. L’exposition des travailleurs aux produits phytopharmaceutiques demeure largement sous-documentée, faute d’études indépendantes, souligne l’Anses. Le nombre d’agriculteurs exposés s’élève à un million, mais c’est sans compter les « centaines de milliers de travailleurs non permanents ainsi que plusieurs dizaines de milliers de stagiaires ».

mardi, juillet 26 2016

Juger d’anciens djihadistes : récit du procès de Strasbourg

26 07 2016

palais_de_justice_2.jpgSept anciens djihadistes ont été jugés du 30 mai au 7 juin 2016 pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme. La justice leur a reproché d’être partis en Syrie pour y rejoindre une organisation terroriste : l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) et d’y avoir suivi un entraînement au combat armé. Les membres de la filière de Strasbourg étaient au nombre de onze avant leur départ vers la Syrie, à la mi-décembre 2013. L’un d’entre eux a été intercepté en chemin vers la Turquie par son père, deux autres sont morts trois semaines après leur arrivée en Syrie, abattus par une faction rivale à un checkpoint. Un quatrième est revenu deux ans plus tard, afin de participer à l’attaque meurtrière du Bataclan.

A Nice, des élus et des policiers municipaux très politisés tentent de sauver la face

26 07 2016

CSU_et_PM_de_Nice.jpgLa polémique autour du drame du 14 juillet à Nice est d'autant plus violente que c’est la crédibilité d’élus de droite sur le volet sécuritaire qui est en jeu dans une ville qui était une vitrine. Le 24 juillet, après l’interview dans le Journal du Dimanche de la responsable du centre de vidéosurveillance de Nice, une déplorable polémique enfle à nouveaux sur fond d’enjeux électoraux, visant à dégager les responsabilités de la police municipale à propos de la faille dans le dispositif de sécurité mis en place le 14 juillet.
Le tout survient sur fond de lobbying croissant des élus de droite (notamment niçois) pour l'armement croissant des polices municipales et l'extension de leurs pouvoirs.

lundi, juillet 25 2016

Le chômage dégrade la santé mentale des hommes

25 07 2016

ca_me_rend_fou.jpgNous utilisons le panel Santé et itinéraire professionnel pour étudier l'effet causal du chômage sur la santé mentale en France. Plus précisément, nous cherchons à évaluer si l'expérience et la durée de chômage augmentent les troubles mentaux dits courants de type dépression majeure et trouble d'anxiété généralisée. Nous mobilisons l'historique de problèmes de santé depuis l'enfance et mettons en œuvre une méthode à variable instrumentale afin de tenir compte des problèmes d'hétérogénéité inobservée et d'endogénéité du chômage. Nos résultats indiquent que l'expérience du chômage a un effet sur les hommes alors que ce n'est pas le cas pour les femmes. Nous montrons également que l'effet se concentre sur les hommes en deuxième partie de carrière. Ces résultats sont robustes à nos différentes mesures de santé mentale. Du point de vue des politiques publiques, cette étude montre qu'un accompagnement psychologique ciblé et efficace des chômeurs permettrait de prévenir la survenue de troubles mentaux.

Photo : eurosport.fr

dimanche, juillet 24 2016

Rapport 2015 des banques alimentaires : une société de plus en plus précarisée

24 07 2016

banque_alimentaire.jpgEn France, 4 millions de personnes ont recours chaque année aide alimentaire. Pourtant, l’insécurité alimentaire pourrait concerner une population plus importante. On le sait, certaines personnes ont des réticences à solliciter une assistance. Analyser le profil des bénéficiaires, c’est faire une photo de notre société de plus en plus précarisée : le nombre de nouveaux bénéficiaires ne cesse de croître (64% sont aidés depuis moins d’un an), la perte de l’emploi est le premier déclencheur de difficultés financières pour 38% d’entre eux, et 60% de ceux qui ont un emploi travaillent à temps partiel, selon l’étude Ipsos-Banques Alimentaires réalisée fin 2014. Les ruptures familiales (divorce, séparation) constituent le second motif, de nature à faire basculer les individus dans la précarité : 26% des bénéficiaires sont divorcés. Enfin dernier élément préoccupant, 65% d’entre eux ont des enfants, dont un quart en bas âge.

Photo : sudouest.fr

samedi, juillet 23 2016

Les comparutions immédiates au Tribunal de Grande Instance de Marseille

23 07 2016

palais_de_justice_2.jpgLes données récupérées à Marseille confirment une pratique de la comparution immédiate qui ressemble à celle observée dans les autres villes, avec des prévenus largement isolés et précaires, jeunes et masculins, et une utilisation quasi exclusive de la peine de prison et ce malgré l’introduction récente de la contrainte pénale. Les observateurs s’étonnent que le large éventail de peines alternatives (comme le travail d’intérêt général ou les jours-amendes) ne soit quasiment jamais utilisé par les juridictions. À peu près une affaire sur deux se conclut par un mandat de dépôt, c’est-à-dire par une incarcération immédiate de la personne, escortée à la fin de l’audience à la maison d’arrêt. La spécificité principale de Marseille est le fort contentieux (près de 20 %) lié aux stupéfiants. Les ventes de stupéfiants sont traitées d’une façon machinale, prévisible et tarifée, chaque acteur (prévenu y compris) semblant généralement savoir à quoi s’attendre.

vendredi, juillet 22 2016

L'inviolabilité parlementaire, une terrible inégalité devant la justice

22 07 2016

AnticorLe 12 juillet 2016, Le bureau de l’Assemblée a rejeté mercredi, à l’unanimité, la demande de levée d’immunité parlementaire du député (DVG) de Haute-Corse Paul Giacobbi dans un dossier de détournements de fonds publics. Au-delà d’une décision dont d’autres parlementaires ont bénéficié, la question se pose du maintien d’un privilège, qui porte atteinte à l’égalité des citoyens devant la loi.
L’inviolabilité réglemente les conditions dans lesquelles l’action pénale peut être exercée pour les actes détachables de la fonction parlementaire. Les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat se prononcent sur le caractère sérieux, loyal et sincère de la demande dont ils sont saisis par la justice. Mais ils se prononcent secrètement, par une décision non motivée.

jeudi, juillet 21 2016

Dans l’horreur, raison garder et exercer

21 07 2016

L’histoire bégaye. Par trois fois, la France a été frappée d’attentats innommables qui massacrent des victimes innocentes de tout âge et de toute condition. La compassion et l’indignation ne peuvent être que nos premières réactions. Il nous faut d’abord respecter le temps du deuil et non pas engager des polémiques obscènes comme celles des élus de la droite hégémonique dans les Alpes-Maritimes alors que les dépouilles des victimes ne sont pas inhumées. Ainsi, Christian Estrosi fait sans vergogne son marché électoral en déplorant l’insuffisance des services de sécurité surpris par une forme d’attaque inédite, et Éric Ciotti, sans davantage de pudeur, reprend son antienne de défenseur de la civilisation chrétienne libérale contre la barbarie (effective, bien sûr) de l’acte meurtrier. Tous deux oublient que leur mentor Nicolas Sarkozy a supprimé des milliers de postes de policiers pour des raisons d’économie et a laissé se dégrader la situation des populations les plus démunies, notamment les plus jeunes qui sont les plus tentés par la rage et la radicalisation. La promesse de passer au karcher les délinquants n’a rien de républicain ni de social.

mercredi, juillet 20 2016

L'urgence d'une réconciliation nationale

20 07 2016

Fraternite.jpgS’il reste un peu d’intelligence, de vision collective et de grandeur d’âme chez nos dirigeants, il serait urgent qu’ils fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour produire de la réconciliation nationale, pour affirmer haut et fort qu’être français n’est ni une couleur de peau ni une religion, pour établir une frontière très claire entre la liberté fondamentale de conscience et de pratique religieuse et les dérives sectaires quelles qu’elles soient. En effet, toutes les formes de stigmatisation et de discriminations visant les français musulmans sont autant de victoires pour Daech dont la propagande ne cesse de victimiser les musulmans et de les appeler à la rébellion contre ces États « mécréants » qui les oppriment. Si nous voulons gagner cette bataille autrement qu’en espérant un hypothétique effondrement total de l’état islamique sous les bombes (et en attendant que s’éveillent leurs successeurs qui voudront les venger), alors c’est sur ce terrain moral qu’il faut agir. Et il y a urgence absolue.

Photo : saphirnews.com

mardi, juillet 19 2016

Après Nice, la faillite du politique

19 07 2016

Valls__Estrosi_et_Albert_de_Monaco_a_Nice_le_18_juillet.jpg« Je ne veux plus entendre parler d’union nationale » : le ton a été donné dès vendredi par le député LR Georges Fenech. Abandonnant la relative réserve observée il y a huit mois, l’opposition accuse le gouvernement de n’avoir rien vu venir et de n’avoir rien fait, demandant lundi la création d’une commission d’enquête parlementaire. Et ce alors que beaucoup de spécialistes soulignaient le profil inédit du terroriste, non fiché S, sans signes apparents de pratique religieuse et n’ayant laissé aucune explication de son geste. Des subtilités sur lesquelles la droite a préféré ne pas s’attarder, le concours de gros bras l’emportant sur le légitime souci de répondre à la menace terroriste.
Cet état d’esprit n’a pas épargné des orateurs réputés plus réfléchis, comme un Juppé jugeant qu’on aurait « pu éviter l’horreur ». Et il a pris des formes franchement outrancières chez le député Henri Guaino, qui aurait volontiers stoppé le camion à coups de lance-roquettes.

lundi, juillet 18 2016

Michel Rocard, combattant de la paix

18 07 2016

Rocard_et_Djibaou.jpgLe temps viendra bientôt, pour moi, comme pour tous, de quitter la compagnie des vivants. Enfant de la guerre, préservé presque par hasard des souffrances les plus atroces qu’elle a pu engendrer, j’en ai côtoyé le risque d’assez près pour avoir ensuite voulu découvrir, observer, savoir, analyser, comprendre, visiter aussi les lieux d’horreur d’Alsace, d’Allemagne, de Pologne, plus tard d’Algérie ou du Rwanda. Toute mon adolescence, j’ai rêvé que ma trace soit porteuse de paix. Je ne pense pas avoir manqué à ce vœu. Certains le savent encore en Algérie, tous en Nouvelle-Calédonie, je fus un combattant de la paix. N’était la violence des hommes, la nature étant si belle, la vie aurait toutes ses chances d’être merveilleuse si nous savions y créer l’harmonie. Ce fut l’effort de mon parcours.

dimanche, juillet 17 2016

Attentats : repenser notre rapport au monde

17 07 2016

tele_info_continue.jpgLa violence aveugle a encore frappé en France, à Nice. Tant de victimes qui n’ont eu qu’un tort, se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Alors que l’enquête ne fait que débuter, qu’aucune explication crédible n’est démontrée, le bal des vautours médiatiques et politiques s’est ouvert en grande pompe.
J’ai tenu cinq minutes devant une chaîne d’information en continu. Des pseudos experts se bousculaient déjà à l’antenne alors que je décelais une excitation malsaine de la part des journalistes en plateau. Sur les plateaux s’empilent les supputations, se succèdent les experts de la guerre et de la peur alors que le monde a cruellement besoin d’experts de la paix. Les témoignages diffusés à l’antenne ainsi que les images confinent bien plus au voyeurisme qu’au devoir d’informer. Ce n’est plus de l’information, c’est de la mise en scène.

Photo : lexpress.fr

samedi, juillet 16 2016

Après les attentats : l'illusion sécuritaire et ses effets pervers

16 07 2016

attentats_nice.jpgLes États-nations occidentaux sont aujourd’hui devenus des États de sécurité nationale, dont l’obsession s’étend, au-delà du seul terrorisme, à l’immigration, à l’ultra-gauche anticapitaliste, aux lanceurs d’alerte. Ils ne répugnent plus à envisager des mesures rappelant leur passé le plus sombre, telles que la déchéance de la nationalité, en France, ou à les mettre en œuvre comme la confiscation des biens des réfugiés, au Danemark. Ils appliquent des politiques publiques criminelles au sens littéral du terme, dès lors qu’elles tuent, à l’instar des bombardements par drones au Moyen-Orient ou de la prohibition de l’immigration à la frontière américano-mexicaine et en mer Méditerranée qui provoque, chaque année, des milliers de décès. La démission démocratique et morale des peuples, drogués au discours sécuritaire depuis les années 1970, les progrès phénoménaux de la technologie garantissent l’institutionnalisation durable de cet état d’exception et de surveillance de masse. Nombre de spécialistes affirment que l’Occident est tombé dans le piège que lui ont tendu Al-Qaïda, puis Daech, et que ses politiques sécuritaires alimentent le jihad, au lieu de le contenir.

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