jeudi, juillet 29 2010

Pompiers violentés par la police et caricature de discours sécuritaire à Nice

29 07 2010

Image_camion_pompiers.gifLes événements survenus à Nice le 16 juillet 2010 n'ont guère intéressé les médias nationaux qui se sont centrés au même moment sur l'émeute du quartier La Villeneuve à Grenoble. Ils sont peut-être pourtant révélateurs du « laboratoire national de la sécurité » que cherche à réaliser à Nice le maire, Christian Estrosi, qui voudrait devenir ministre de l'Intérieur. En témoignent, par exemple, le couvre-feux pour les mineurs de moins de 13 ans décidé dès décembre 2009, de même que le récent plan d'équipement qui fera de Nice la ville la plus vidéosurveillée de France. En témoigne aussi sans doute une façon générale de gérer les problèmes sociaux et de pratiquer le « dialogue social ». Que s'est-il donc apparemment passé le 16 juillet ?

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mercredi, juillet 28 2010

La Défenseure des enfants critique l'utilisation des Centres éducatifs fermés

28 07 2010

Logo_defenseur_des_enfants.pngLa Défenseure des enfants a mené une étude sur le programme des Centres éducatifs fermés (CEF), sous l’angle de l’adéquation du dispositif aux droits fondamentaux des enfants et aux attentes du législateur au regard de l’organisation de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Créés par la loi du 9 septembre 2002, les CEF ont pour objectif d’accueillir, en alternative à l’incarcération, des adolescents multiréitérants ou récidivistes âgés d’au moins 13 ans et soumis à une mesure pénale contraignante de type contrôle judiciaire, mise à l’épreuve ou aménagement de peine.
Si cette étude confirme l’intérêt de ce programme à bien des niveaux, elle soulève également de nombreuses questions dont les deux principales tiennent au profil des adolescents accueillis et à l’appauvrissement du dispositif éducatif global de la PJJ. En effet, le nombre de CEF est en augmentation progressive (40 en juillet 2010). En revanche, les autres structures de la PJJ et du secteur associatif habilité sont en baisse constante, tout comme le nombre d'enfants délinquants d’au moins 13 ans dont le juge des enfants est saisi. Or, la Défenseure des enfants a pu constater que le profil des adolescents confiés aux CEF ne correspondait pas forcément à celui de jeunes récidivistes ou multiréitérants puisque, sur le plan national, plus du quart (26 %) des jeunes accueillis n’aurait aucun casier judiciaire et aurait commis ses premières infractions depuis moins d’un an. Ce pourcentage est de 42 % si on ajoute les adolescents n’ayant que deux condamnations à leur actif (qui sont majoritairement des condamnations à une mesure éducative et non à une peine).
Cette dérive tient à plusieurs causes parmi lesquelles l’absence d’autre solution alternative à l’incarcération, du fait des nombreuses fermetures d’établissements autres que les CEF, et la volonté de marquer symboliquement la gravité de l'acte par une réponse ferme et immédiate sans prendre en compte la réalité de la personnalité de l’adolescent, de son environnement et de son parcours. Il en résulte un dommage direct pour ces adolescents qui se trouvent ainsi stigmatisés, étiquetés « délinquants difficiles » et se voient souvent fermer la porte des autres types d’établissements.

mardi, juillet 27 2010

Pourquoi les partenariats locaux ne marchent pas bien (ou le double discours de l'Etat)

27 07 2010

Le ministre de l'Intérieur a adressé une circulaire aux préfets le 22 juillet 2010 leur demandant de surveiller les dispositifs de prévention de la délinquance mis en œuvre par les maires (des communes de plus de 10 000 habitants), conformément à la loi du 5 mars 2007. Or, quelques jours auparavant, le Président de la République avait de son côté convoqué les préfets pour leur demander de s'impliquer dans la lutte contre la délinquance "24h sur 24, 7 jours sur 7", ajoutant même : "je veux vous voir la nuit dehors avec les troupes, avec les gendarmes, avec les policiers, et puis régulièrement !". Ceci nous permet de comprendre que la mainmise de l'Etat est précisément l'une des principales raisons pour lesquelles les élus locaux ont du mal à s'affirmer. On a déjà traité ici le problème de la vidéosurveillance. Voyons à présent pourquoi les partenariats locaux ne fonctionnent pas bien, en partant d'un article récent de Virginie Gautron (Université de Nantes), qui retrouve des constats plus anciens, constats que nous faisons également dans des observations réalisées en 2010 sur quatre communes.

lundi, juillet 26 2010

Le Conseil d'Etat retoque en partie les fichiers "Base élèves"

26 07 2010

Image_ecole.jpg« Toute personne physique a le droit de s’opposer,
pour des motifs légitimes, à ce que des données
à caractère personnel la concernant
fassent l’objet d’un traitement »
(Art. 38 de la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978)


Dans une décision du 19 juillet 2010, le Conseil d’État vient de donner une petite leçon d’informatique et de liberté au ministère de l’Éducation nationale. En cause, les fichiers « Base élèves 1er degré » et « Base nationale des identifiants des élèves » (BNIE), destinés à assurer « le suivi administratif et pédagogique des élèves des écoles maternelles et primaires ». Des associations de parents d'élèves, des syndicats d'enseignants, la Ligue des Droits de l'Homme et nombre de citoyens étaient mobilisés sur cette question depuis plusieurs années. Le Conseil d'Etat constate le bienfondé de leur mobilisation. Il décide notamment que "L’arrêté du 20 octobre 2008 du ministre de l’éducation nationale, portant création d’un traitement automatisé de données à caractère personnel relatif au pilotage et à la gestion des élèves de l’enseignement du premier degré est annulé en tant qu’il interdit expressément la possibilité pour les personnes concernées de s’opposer, pour des motifs légitimes, à l’enregistrement de données personnelles les concernant au sein de “Base élèves 1er degré”.

dimanche, juillet 25 2010

Une nouvelle délinquance : l'outrage au drapeau tricolore

25 07 2010

La_fameuse_photo.jpgIl y a sept ans, la loi du 18 mars 2003 sur la sécurité intérieure modifiait le code pénal en créant un délit d'outrage public à l'hymne national ou au drapeau tricolore, passible de 7 500 euros d'amende et même de 6 mois de prison s'il est commis "en réunion", ce qui est presque automatique. On se souviendra en effet que cet article de loi était parti d'un fait divers : les sifflets de La marseillaise durant le match de football France-Algérie du 6 octobre 2001. Sept ans plus tard, le gouvernement récidive en créant de nouveau ce qu'il faut bien appeler un nouveau genre d'infraction de blasphème. Le décret du 21 juillet 2010 punit d'une contravention de cinquième classe (1 500 euros d'amende maximum, 3 000 euros en cas de récidive) le fait, lorsqu'il est commis dans des conditions de nature à troubler l'ordre public et dans l'intention d'outrager le drapeau tricolore :
- de détruire celui-ci, le détériorer ou l'utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou ouvert au public ;
- pour l'auteur de tels faits, même commis dans un lieu privé, de diffuser ou faire diffuser l'enregistrement d'images relatives à leur commission.
Rappelons que cette loi est due uniquement à un autre fait divers : la publication de la photo ci-contre, primée lors d'un concours de photographie de la FNAC de Nice sur le thème du politiquement incorrect. En effet, aucune loi ne permettait de punir cet artiste pour son œuvre. Il était temps de remédier à ce scandaleux vide juridique et de faire cesser cette odieuse utilisation de la liberté d'expression ! C'était même une priorité !

jeudi, juillet 22 2010

L'incantation sécuritaire et les "gens du voyage" en nouveaux boucs émissaires

22 07 2010

image_megaphone.jpgC'EST LA GUERRE ! "Nous serons intraitables", "il n'y aura plus d'excuses", "nous allons éradiquer...", "j'ai donné l'ordre de ...", "une nouvelle loi sera votée bientôt", etcetera, etcetera.
Depuis 2002, c'est le même discours qui est martelé, et qui est bien plus ancien, qui a même quelque chose d'éternel. Ceci ne surprend pas si l'on a compris que ce n'est précisément qu'un discours, qui a pour but de légitimer celui qui le prononce (a fortiori quand il est en grandes difficultés) et non de changer quoi que ce soit à la réalité. La réalité n'est qu'un prétexte. Et comme dans cette réalité les problèmes continuent de se dégrader dans certains territoires, les prétextes arrivent régulièrement. Les faits divers criminels en tous genres, les violences des "bandes de jeunes" et les émeutes des quartiers pauvres en fournissent la plupart. Les malades mentaux reviennent aussi régulièrement sur le tapis. La seule relative nouveauté du discours de Nicolas Sarkozy est d'avoir ressorti d'un très vieux placard le "problème des gens du voyage et des roms", à l'occasion d'une autre mini-émeute.
Le comble est que cette instrumentalisation intervient alors que la France vient d'être condamnée par le Conseil de l'Europe. Dans une résolution du 30 juin 2010, le Conseil relève notamment les problèmes suivants : création d’un nombre insuffisant d’aires d’accueil, mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements des aires d’accueil, accès insuffisant au logement des Gens du voyage sédentarisés, procédures d’expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver et comporter des violences injustifiées, discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote, manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale, difficultés d’accès au logement des Roms migrants en situation régulière.
Mais nous divaguons ! Il ne faut pas réfléchir, chercher les causes, diagnostiquer les contextes, s'informer d'abord auprès des acteurs locaux, nous risquerions de "donner des excuses aux délinquants" et de remettre en cause la croyance selon laquelle l'Etat et son premier représentant vont régler, une fois pour toutes, tous nos problèmes.

lundi, juillet 19 2010

Arrêtez de dépenser l'argent dans le béton, investissez-le dans l'humain !

19 07 2010

Photo_La_Villeneuve.jpgLes événements qui se produisent dans le quartier La Villeneuve à Grenoble depuis vendredi soir dernier ne sont hélas guère surprenants. Des policiers ont tué un braqueur dans son quartier, des voitures ont brûlé; quelques groupes de jeunes ont joué à la guerre avec la police. Quelques individus isolés ont fait usage d'armes à feu. La plupart seront arrêtés, déférés et condamnés (comme on l'a vu ces semaines dernières au procès des émeutes de Villiers-le-Bel). Mais les commentaires politiques qu'ils suscitent sont désespérants de superficialité. Il est pourtant hélas facile de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets, que ceci se produit à bas bruit tous les jours dans des centaines de quartiers en France et peut dégénérer à tout moment lorsqu'il y a mort d'homme. La raison de fond en est simple : qu'on le veuille ou non, la société française exclut une partie de ses citoyens du jeu social. Elle le fait d'une double manière : matérielle, en les maintenant dans une situation de marginalité socio-économique, et symbolique, en les "démonisant" au travers de la violence et de la religion, et en leur renvoyant finalement la responsabilité de leur situation. Car, selon les responsables politiques et certains acteurs de terrain, "on a tout essayé" et "on injecte des millions d'euros dans la politique de la ville". Qui, bien entendu, serait "un échec". Mais qui prend le temps de savoir où sont investis ces fonds ? Qui sait que, pour le quartier La Villeneuve, il existe une convention ANRU (janvier 2009) qui prévoit une énorme opération de démolition, reconstruction, réhabilitation et "résidentialisation" pour un montant de 74,4 millions d'euros. 74,4 MILLIONS investis d'abord dans du béton !
Il est temps de le dire haut et fort : cette politique (conduite depuis la loi du 1er août 2003 "pour la ville et la rénovation urbaine") est un désastre et témoigne d'un aveuglement ou d'un cynisme sans nom. Toutes les enquêtes montrent que les habitants des HLM des quartiers ne se plaignent pas principalement de leur logement, du moment que l'ascenseur fonctionne et qu'un minimum de propreté est conservée. Cet argent, c'est dans l'humain qu'il faut l'investir ! Et en partant des besoins exprimés par les habitants plutôt qu'en décidant à leur place ! Car l'énorme problème de l'échec scolaire (principale cause de la délinquance des jeunes) pourrait être largement résolu avec de tels fonds. De même que bien des problèmes de la vie quotidienne des parents et des personnes âgées. De même que l'on pourrait réfléchir et imaginer toutes sortes d'emplois et de formation rémunérées pour la plupart de ces jeunes qui "tiennent les murs" et s'alcoolisent à longueur de soirée, quand ils ne sont pas pris dans la spirale de la délinquance. Refaire les immeubles en laissant les humains à l'intérieur dans le même état de détresse sociale et psychologique est une aberration !

lundi, juillet 12 2010

Confirmation de l'impasse qu'est la vidéosurveillance : le cas de la ville de Lyon

12 07 2010

Image_camera_video.jpgAprès le cas de Saint-Etienne dont nous avions rendu compte dans une précédente chronique, la Chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes s’est penchée sur la politique de sécurité de la ville de Lyon. Troisième ville de France, Lyon compte plus de 472 000 habitants (recensement 2007). Son étude est donc importante, même si elle n’a hélas intéressé que la presse locale. Le rapport de la Chambre régionale comporte plusieurs volets. Nous reviendrons ultérieurement sur l'organisation intéressante de la police municipale. Nous discutons pour le moment la vidéosurveillance. Le rapport confirme en effet que l'impact de cette technique en termes de prévention et de répression de la délinquance est "marginal". Les magistrats donnent même raison au maire de Villeurbanne qui, dans une tribune du journal Le Monde, avait dénoncé la volonté de l’Etat d’imposer la vidéosurveillance aux communes et expliqué pourquoi il préférait la surveillance humaine à celle des machines. Notre étude permet de proposer une mesure non seulement de l'impact de la vidéosurveillance mais aussi de son coût pour les finances municipales. A Lyon, la ville dépense sans doute entre 2,7 et 3 millions d'euros par an, soit l'équivalent de près d'une centaine d'emplois municipaux de proximité potentiellement capables de rassurer la population et de réguler les conflits de la vie quotidienne de manière plus efficace.

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