Comment restituer à la société ceux qui précisément l'ont le plus violentée ? Comment concilier la nécessité d'accorder une chance aux criminels, du moins lorsque cela est possible, avec la souffrance et les appréhensions des victimes ? Comment se préparent, se décident et sont mises en œuvre des réinsertions que l'on sait risquées, néanmoins indispensables pour prévenir la récidive ? Au-delà de la réinsertion (ses réussites, majoritaires, mais aussi ses échecs), "Longues peines" tente de répondre à ces questions en abordant les grands thèmes qui en font un sujet particulièrement sensible : la prise en compte de la douleur des victimes, le risque de la récidive (prévisible pour beaucoup), etc.Écrit par l'actuel vice-président du tribunal de Toulouse chargé de l'application des peines, et ancien directeur de centre de détention, le livre est construit sur une série de "portraits" tirés de dossiers réels (dont certains ont défrayé la chronique) pour illustrer les différents rouages de la machine judiciaire.Sans éluder échecs et déceptions, l'auteur dévoile les responsabilités infiniment lourdes qui sont les siennes lorsqu'il fait le "pari sur la réinsertion", qui est finalement un "pari sur l'humain". Des responsabilités qui, aujourd'hui, font sans doute du juge de l'application des peines le magistrat le plus exposé sur le plan politique et médiatique. Ainsi amené au cœur des responsabilités écrasantes pesant sur ce "juge de l'ombre" en charge de condamnés hors du commun, le lecteur est amené à son tour à croire (ou non) au "pari de la réinsertion".
dimanche, mai 26 2013
Longues peines : le pari de la réinsertion
26 05 2013vendredi, mai 24 2013
Séparation des parents et rupture du lien entre père et enfant
24 05 2013
Lorsque les parents sont séparés, une partie des enfants ne voit plus que rarement leur père, et certains même plus du tout. Combien sont-ils ? Analysant l'enquête de l'Ined et l'Insee Étude des relations familiales et intergénérationnelles, le chercheur étudie la fréquence de la rupture du lien entre un père et son enfant et les circonstances dans lesquelles elle a lieu.
D'après l'enquête Érfi de 2005, près d'un enfant mineur de parents séparés sur dix ne voit jamais son père. Plus l'enfant est jeune au moment de la séparation des parents, moins il fréquente son père par la suite. La proportion d'enfants ne voyant plus leur père est plus élevée lorsque la demande de divorce n'a pas été conjointe mais à l'initiative de l'un des deux parents. Elle est aussi plus élevée lorsque le père est peu diplômé, au chômage ou en emploi précaire, ou a de faibles revenus. La rupture du lien père-enfant est moins fréquente avec une résidence alternée.
Photo : croix-rouge.lu
jeudi, mai 23 2013
L'état de la France en 2013
23 05 2013
Offrant un ensemble d'informations, d'interprétations, de données et de références très complet, L'état de la France dessine les traits fondamentaux du pays. Ouvrage de culture générale sans équivalent, il présente les conditions de vie des Français, les tendances culturelles, la situation économique et politique, la dynamique des territoires ; il donne également toute leur place aux questions européennes - comparaison systématique avec les voisins de la France, mise en perspective des grandes questions communautaires - désormais incontournables pour appréhender les enjeux de la période.
mercredi, mai 22 2013
Un texte et un film demandent l'abrogation de la double peine
22 05 2013
Au fil de ces trente dernières années, la double peine, qui permet de prononcer contre un étranger condamné une interdiction du territoire français, s'est progressivement étendue, parallèlement à une dégradation du droit au séjour, constituant ainsi le bras judiciaire de la maîtrise de l'immigration.
Parce qu'elle porte atteinte à l'égalité devant la loi pénale, elle doit être abrogée. Cette note de Simone Gaboriau et Valérie Osouf en précise la nature et en dresse l'historique, au regard d'une analyse de la pertinence, du coût et de l'efficacité de la politique d'immigration actuelle.
Elle s'appuie sur un documentaire réalisé par Valérie Osouf, L'identité nationale, qui recueille la parole d'anciens détenus étrangers frappés par la double peine, et décrypte le rapport que l'Etat entretient avec l'Etranger (présentation officielle).
lundi, mai 20 2013
A propos de l'homophobie
20 05 2013
« Eh les gars, qui c’est la femme ? » ; « Vous n’êtes pas des vraies filles ! » L’an passé, comme en 2011 et comme depuis tant d’années, les insultes ont fusé. Blessantes. Humiliantes. Et surtout plus nombreuses. Comme le souligne le dix-septième rapport de SOS Homophobie rendu public hier, 2012 restera marquée par une inflation du pire : l’association a en effet reçu 1 977 témoignages (par téléphone, courriers, courriels, tchat, entretiens) d’hommes et de femmes, gays, lesbiennes, bi ou trans, en souffrance. Soit une hausse de 27% par rapport à 2011, la plus forte depuis huit ans.
Revers d’un débat sur le mariage pour tous qui s’est polarisé et étiré dans le temps, l’homophobie aussi s’est retrouvée à la noce en libérant la parole tant des victimes que de leurs agresseurs. Pas un hasard si en décembre dernier, entre la grande manif des anti, les repas de Noël voire les messes de minuit, le standard de l’association a plus que chauffé : trois fois plus de témoignages en décembre 2012 qu’en décembre 2011.
- Lire la suite de cet article de Libération.
- Lire le rapport 2013 de SOS Homophobie.
- Vient de paraître : "Géographie des homophobies" (Armand Colin, 2013).
- Vient de paraître : "Sociologie de l'homosexualité" (La Découverte, 2013).
Photo : pieuvre.ca
samedi, mai 18 2013
Les enfants perdus. Une histoire de la jeunesse délinquante de 1945 à nos jours
18 05 2013
Que s’est-il passé entre l’Ordonnance de 1945 qui pose les fondements protecteurs de la Justice des Mineurs et les lois répressives des années 2000 ? Comment expliquer qu’au lendemain de la guerre, la société porte un regard compatissant sur une jeunesse délinquante dont elle se sent responsable alors qu’elle choisit aujourd’hui d’en faire son bouc émissaire ?
Trois experts apportent leurs réponses : Pierre Joxe, avocat pour mineurs ; Jean-Pierre Rosenczveig, juge pour enfants et Laurent Mucchielli, sociologue spécialiste de la délinquance juvénile. Et des anciens mineurs délinquants livrent leur témoignage pour la première fois à la télévision.
Des "voleurs de poules" des années d’après-guerre aux "blousons noirs" des années 60, en passant par les "loubards" des années 70 et 80, les "zoulous" des années 90 et la "racaille" des années 2000, ce film nourri d’archives raconte l’histoire de cette jeunesse face au regard de la société et aux décisions de justice.
- Revoir ce documentaire de Valérie Manns diffusé par France 3
- Découvrir le site ''Criminocorpus'' dédié à l'histoire de la justice pénale.
- Découvrir le site "Enfants en justice. 19è-20è siècles".
Photo : criminocorpus.hypotheses.org
vendredi, mai 17 2013
Les zones de sécurité prioritaires n'ont-elles rien changé ?
17 05 2013
Le président de la République a pris conscience de l'importance que revêt la sécurité aux yeux des Français en créant des zones de sécurité prioritaire (ZSP). Conçues, dès juillet 2012, sous l'autorité du ministre de l'intérieur, Manuel Valls, elles devaient reposer "sur la prise en compte des circonstances et des particularismes locaux (...) en fonction des besoins de sécurité exprimés par la population", selon la présentation qu'en fait le site du ministère.
Nos concitoyens n'imaginaient alors pas que le nouveau ministre pourrait valider les anciennes méthodes, qui ont produit, au cours de la décennie précédente, les échecs que nous savons. Nous pensions que les ZSP seraient identifiées en fonction d'une vision politique clairement établie. Que les objectifs et moyens d'interventions y seraient arrêtés à partir d'une ligne rigoureuse, basée sur un constat et des problématiques dégagés en fonction des spécificités de la criminalité et de la délinquance locales, mais aussi en tenant compte de critères sociologiques, urbains et environnementaux propres à chaque territoire. Cela n'a, hélas, pas été le cas.
- Lire la suite de cette tribune de Benoît Muracciole, Georges Guillermou et Jean Johier (association "Action sécurité éthique républicaine")
Photo : La Marseillaise
jeudi, mai 16 2013
Comment renforcer le contrôle de la police du renseignement ?
16 05 2013
C’est la première fois de puis 1958 que l’Assemblée nationale publie un rapport parlementaire exclusivement consacré à la compréhension des services de renseinement. Certes, des propositions de loi l’ont évoqué , des projets de loi y font référence, des rapports budgétaires s’y sont intéressés. Tous feront d’ailleurs ici l’objet de développements. Mais jamais cet univers, qui est par essence celui du secret et de la dérogation par rapport à la règle commune, n’a été abordé comme un service public à part entière.
Telle était l’intention de la commission des Lois quand elle décida d’instituer, dès le début de la XIVe législature, une mission d’information destinée à évaluer le cadre juridique applicable aux services de renseignement. Mais encore convenait-il au préalable définir cette activité, tâche très délicate et rarement consensuelle si l’on en juge d’après les dizaines d’ouvrages consacrés au sujet.
Image : educol.net
mercredi, mai 15 2013
A Marseille, dans le shit jusqu'au cou
15 05 2013
Inquiet comme le méchant d'un western-spaghetti, un gamin qui se laisse pousser un fin duvet sur le menton pour essayer de tromper son monde, poireaute devant la cité des Micocouliers (14e), sans réellement savoir qui craindre le plus. Les flics ou les concurrents ? Les premiers interpellent, les seconds flinguent. Des minots de son âge, depuis deux ans, il faut plus d'une main pour compter ceux qui ont été abattus dans la guerre que l'on se livre ici pour un réseau de stups qui perd en attractivité commerciale. Dernier en date, Iskander, criblé de 23 balles au volant d'une voiture non loin d'ici, jeudi dernier.
Si au début, vers la fin 2010, les clans qui s'opposaient étaient clairement définis, depuis, trahisons, vengeances, prises d'indépendance, OPA agressives sur d'autres réseaux, endettements et intimidations de la dernière chance ont mélangé les ennemis dans un shaker percé d'où jaillit trop souvent le sang d'un jeune du coin. Et celui qui joue les guetteurs aujourd'hui n'est pas tranquille. On a pu lire çà et là que le réseau des Micocouliers fait rentrer un chiffre d'affaires de 35 000 euros par jour. Ce qui correspondrait à un client toutes les minutes environ pendant les 12 heures d'ouverture du plan stups. En une heure en cette fin d'après-midi, pas un n'est venu sortir son oseille. Le chiffre d’affaires du réseau des Micocouliers doit être devenu dérisoire. Mais où l'on n'est pas pour autant prêt à céder la place.
Photo : Philippe Pujol (DR)
lundi, mai 13 2013
Délinquance et immigration : des préjugés à l'analyse
13 05 2013
Le propre de l’idéologie comme de la croyance religieuse, c’est de ne retenir de la réalité que ce qui confirme ses préjugés. Le propre de l’analyse scientifique comme de toute rigueur professionnelle, est au contraire de restituer la réalité dans toute sa complexité, quitte à modifier nos idées si celles-ci s’avèrent trop simples.
Depuis la fin du xixe siècle, le thème « délinquance et immigration » est au coeur des discours d’extrême droite. Mais il tend à se banaliser dans le débat public ces dernières années. L’argument couramment utilisé consiste à dire : « En prison, il y a surtout des Noirs et des Arabes », et à en déduire qu’il y a « quelque chose » (la culture, l’éducation, la religion...) qui relie la délinquance et l’immigration de façon substantielle. Voyons pourquoi c’est un bon exercice de réflexion sur les préjugés.
Spéciale dédicace à MM. Zemmour, Raufer, Bilger, Obertone et consorts.
- Lire cet article paru dans la revue L'Essor de la gendarmerie.
- Découvrir le dernier numéro de la revue canadienne Criminologie : "La criminalisation de l'immigration".
Photo : europe1.fr
dimanche, mai 12 2013
Un mensonge d’État. L’imposture sécuritaire
12 05 2013
Pourquoi les Français éprouvent-ils un irrationnel sentiment d’insécurité, alors qu’on compte 670 000 délits de moins depuis 2002 et un taux d’élucidation des infractions en hausse de 12 points ? Irrationnel ? Et si les chiffres affichés étaient faux ? Et si l’appareil statistique avait été dévoyé au service d’un message politique illusoire ?
Depuis dix ans, la lutte contre la délinquance est marquée par l’empreinte de celui qui en a fait, sinon son combat, au moins sa marque de fabrique. Avec une précision chirurgicale, un ancien Colonel de gendarmerie, Jean-François Impini, révèle comment les statistiques ont été impunément dévoyées. Il dévoile la dictature des chiffres et les tricheries utilisées pour produire de « bons » résultats, et détaille les pratiques qui ont permis d’éluder des délits par centaines de milliers tout en élucidant des infractions imaginaires.
À l’heure où « nul n’est censé ignorer la réalité », Jean-François Impini, chiffres à l’appui, jette une lumière crue sur la réalité d’une police détournée de sa mission, et d’une politique de sécurité devenue simple entreprise de communication au profit d’un discours politique vide d’action.
samedi, mai 11 2013
Contre la "stérilisation" des espaces publics : reconquérir les rues
11 05 2013
Reconquérir les rues est un livre écrit par un architecte, urbaniste et enseignant, Nicolas Soulier, attaché et sensible à la vie qui se déploie dans les espaces publics de nos villes. L’auteur est particulièrement intéressé par les rues des quartiers résidentiels et par les modes d’expression de l’urbanité qui s’y développent. L’ouvrage est construit autour de la description et de l’analyse de situations urbaines et de projets d’aménagement, nationaux et internationaux, à partir desquels l’auteur tire un certain nombre d’enseignements sur la conception des rues. Le parti pris est ainsi moins théorique que pratique, opérationnel, didactique et pédagogique.
En introduction, Nicolas Soulier fait le constat d’une « stérilisation » des rues françaises. Les « stérilisations réglementaires » interdisent les usages de tous ordres, notamment les jeux d’enfants. Les « stérilisations routières » imposent des aménagements centrés sur la sécurité et la ségrégation des circulations défendues par le lobby des « routiers ». Enfin, la « stérilisation résidentielle » procède à la résidentialisation des grands ensembles. Combinées, ces stérilisations favorisent le développement de rues vidées de leurs usages, et par là même de sens.
Photo : fan2photos.wordpress.com
vendredi, mai 10 2013
Le pouvoir aux habitants ? Réformer la Politique de la Ville
10 05 2013
Inventées de façon expérimentale après les émeutes des Minguettes au début des années 1980, parallèlement à la “Marche des beurs” pour l’égalité, la Politique de la Ville visait à réformer le fonctionnement de l’État et les relations de ce dernier aux collectivités locales. Pour pallier l’urgence d’une nouvelle question sociale, associée à certains quartiers où les populations immigrées et minoritaires étaient concentrées, une action publique d’exception allait être mise en place, mobilisant une approche locale et ascendante, plus participative et transversale.
Trente ans plus tard, il est difficile de mesurer l’effet réel de cette politique qui cumule de nombreux dispositifs : l’écart des quartiers prioritaires avec les autres zones urbaines ne se résorbe pas, et parfois même s’accroît. Pour autant, cette vision, très négative, ne prend pas en compte la mobilité de la population de ces quartiers. Or, la prise en compte d’une approche moins statique et plus dynamique des trajectoires des gens révèle que ces lieux jouent aussi une fonction d’accueil et de « sas », voire de promotion.
jeudi, mai 9 2013
L’impact de la crise sur les niveaux de vie des catégories sociales
9 05 2013
Les effets de la crise ne touchent pas les catégories sociales de la même façon en matière de niveau de vie. Certaines n’ont pas connu de baisse significative et ont même vu leurs revenus croitre comme les cadres supérieurs et les professions intermédiaires, tandis que d’autres sont plus durement touchées, comme les ouvriers. Dans l’ensemble, le niveau de vie annuel médian pour une personne a diminué de 20 euros entre 2008 et 2010 mais de grandes disparités existent entre catégories sociales.
Le niveau de vie annuel médian des cadres supérieurs est passé de 31 250 euros en 2008 à 31 840 euros en 2010, soit un gain de 590 euros (+1,9 %). Les professions intermédiaires font également partie des catégories sociales qui n’ont pas vu leurs revenus s’affaiblir sur la période. En revanche, les ouvriers sont ceux dont le niveau de vie a le plus baissé entre 2008 et 2010, accusant une perte de 180 euros, de 17 610 à 17 430 euros, soit une baisse de 1 %. Les employés ont connu une faible perte de 70 euros entre 2008 et 2010 (-0,3 %). Ce sont en effet les moins qualifiés qui ont été touchés en premier lieu par la récession économique. Enfin, le niveau de vie des retraités a stagné, avec un petit gain de 30 euros, passant de 19 080 euros en 2008 à 19 110 euros en 2010.
mercredi, mai 8 2013
La construction des inégalités entre filles et garçons à l’école maternelle
8 05 2013
Dans les débats scientifiques, sociétaux et les politiques éducatives relatifs à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, l’école maternelle fait l’objet de bien peu d’attention. Dans la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes dans le système éducatif (2013-2018) signée le 7 février dernier, trois axes d’action sont définis : « acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes ; renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes ; s’engager pour une plus grande mixité des filières de formation à tous les niveaux d’étude ». Mais ces axes concernent surtout les collégiens et les lycéens. Pourtant, l’école maternelle constitue un lieu de socialisation central dans la construction des inégalités entre les filles et les garçons : d’une part, parce qu’elle véhicule et transmet aux enfants des normes liées aux rôles et aux attentes de l’institution scolaire en matière de comportements et d’aptitudes ; d’autre part, parce que dans le même temps où il découvre l’institution scolaire et apprend le « métier » d’élève, le jeune enfant construit son identité sexuée et affirme son appartenance à un groupe de sexe.
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