vendredi, janvier 23 2015

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? ». Réflexions après les attentats de janvier 2015

23 01 2015

question.jpgLes attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 ont provoqué en France un grand moment de communion nationale. La peine, la compassion, la stupeur, la peur et/ou la colère, ainsi qu’une couverture médiatique inédite des événements, ont solidarisé en quelques heures des dizaines de millions de personnes, en France mais aussi dans beaucoup d’autres pays, autour de trois mots semblant soudainement symboliser la résistance du Bien contre le Mal ou du sens contre le non-sens : « Je suis Charlie ». De ce moment aussi rare qu’intense de cristallisation émotionnelle de la conscience collective sont issus de multiples discours et de multiples actions collectives que nous ne commenterons pas ici. Pas plus que nous ne commenterons les diverses formes de réactions et d’instrumentalisations que ce moment, ces discours et ces actions ont suscité et continueront à susciter. Il nous semble en effet que le rôle des intellectuels n’est pas de redire avec des mots plus ou moins savants ce que l’émotion collective exprime déjà. S’auto-instituer en commentateur, a fortiori en porte-parole, d’une émotion (devenant ainsi le défenseur d’une cause quelle qu’elle soit) n’est pas intéressant. Le rôle des intellectuels est bien plutôt de rompre avec les registres événementiel et émotionnel, qu’ils soient consensuels ou conflictuels, pour tenter d’apporter quelques éléments de débat collectif en réponse à la question qui a inévitablement et légitimement jailli une fois la stupeur passée : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? ». On le fera ici autour de quatre séries de questions.

Illustration : fr.hdyo.org

jeudi, janvier 22 2015

Guerre contre le terrorisme ou défense de la sécurité démocratique ?

22 01 2015

debat.jpgPour définir une stratégie sécuritaire et politique face à un islamisme extrémiste armé, violant l’État de Droit par des actions terroristes, il faut mettre en scène le caractère planétaire de la situation en même temps que le caractère spécifique du problème dans chaque pays. Il n'est pas question d'apaiser en France le mouvement "Charlie" d'indignation et de compassion, de réaffirmation des valeurs républicaines et de mobilisation populaire hors-partis. Plutôt de se demander où il ira.
Ce mouvement aboutit aujourd'hui à la fois à la dénonciation des assassinats islamistes et du racisme, avec l'approbation des imams français et aux applaudissements et aux baisers accordés au gendarmes et policiers redevenus gardiens de la Paix, par leurs performances héroïques (effaçant la bavure d'octobre à Silvens). Même la médiatisation du moment, par la présence de tous les responsables politiques de la catastrophe humaine des guerres sanglantes du Moyen Orient, soudain touchés par la grâce, et qui viennent célébrer la mémoire de nos humoristes-dessinateurs anti conformistes et anti-militaristes, n'a eu aucun impact sur l"évènement. Les représentants des États-Unis, de l’OTAN, le premier Ministre Nétanyahou et ses alliés, les ambassadeurs de dictatures princières bancaires ou militaires etc, tous s'affichent pour une photo indélébile. Ceci mérite un commentaire moqueur se substituant aux proclamations de "Paris capitale du monde" et autres fantaisies destinée à créer l'unité nationale sur un patriotisme populaire (tout en détruisant quotidiennement dans le détail la souveraineté démocratique).

mercredi, janvier 21 2015

Le droit est-il adapté aux dérives de la finance ?

21 01 2015

capitalisme_sauvage.jpgDepuis les années 1980, est apparu un nouveau capitalisme aux frappantes caractéristiques : largement dérégulé, financiarisé et mondialisé. La finance est devenue la première industrie mondiale, suivant un nouvel ordre que la crise de 2008 n’a pas remis en cause, bien au contraire. Par sa démesure, la finance conquiert une position de domination sur l’économie réelle, au point d’agir contre elle, trouvant une meilleure rentabilité au grand casino de sa propre spéculation.
Cette grande transformation donne naissance à un capitalisme sans entraves et, finalement, criminogène. Criminogène, et non pas criminel, car il n’est pas question ici de porter un jugement sans appel sur l’essence du capitalisme libéral, mais d’en souligner les potentialités et dynamiques à la fraude. Des années 1930 aux années 1980, le capitalisme de type fordien et keynésien, sans être parfait, s’était révélé peu perméable aux fraudes d’ampleur macro-économique. Le capitalisme actuel, par sa haute tolérance aux fraudes, signe le retour du « capitalisme sauvage » des « barons voleurs », qui s’imposa du XIXe siècle jusqu’au New Deal. Paradoxalement, c’est alors que la question de la responsabilité pénale devrait se poser avec le plus d’acuité qu’elle semble la moins effective. En témoigne le traitement des crises, comme celui du trading à haute fréquence.

Illustration : contrepoints.org

mardi, janvier 20 2015

« La France Big Brother », le nouvel enfumage idéologique de Laurent Obertone

20 01 2015

enfumage.jpgOn ne présente plus Laurent Obertone (un pseudonyme), écrivain et essayiste-polémiste, tant le succès de son précédent opus, La France Orange Mécanique a été impressionnant. Pas moins de 200.000 lecteurs, longtemps premier au classement Amazon des essais d’actualité, une diffusion importante grâce au premier distributeur de France, des relais médiatiques prestigieux. Il constitue le premier volet d’une trilogie dont « La France Big Brother » à nouveau préfacé par Xavier Raufer, vieux routier de l’extrême droite anticommuniste, est le second (la sortie du troisième est d’ores et déjà prévue pour janvier 2017). Et s’il est un reproche que l’on ne peut faire à l’auteur c’est bien celui de l’inconstance : ce dernier livre s’inscrit dans la continuité du précédent en véhiculant autant de préjugés identitaires et déclinistes. Dans sa droite ligne, si l’on peut dire. Muni de la même rhétorique de l’anti-politiquement correct, l’auteur prétend détricoter la pensée dominante forcément « de gauche » et progressiste. La France Big Brother à contre-courant ? pas si sûr…

- "La France orange mécanique", le lobby sécuritaire et la lepénisation des esprits (21 02 2013).
- La France Orange mécanique : le vrai parcours de « Laurent Obertone » (01 03 2013).
- Trois choses à savoir sur « Laurent Obertone », le journaliste fétiche du FN (12 03 2013).

Illustration : megacomik.fr

lundi, janvier 19 2015

Les 1 % les plus riches posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale

19 01 2015

les_riches.jpgL'ONG Oxfam publie, lundi 19 janvier, une nouvelle étude, consultable en ligne, révélant l'ampleur des inégalités dans le partage des richesses sur la planète. Selon ses calculs, réalisés à partir de données fournies par le Crédit Suisse, la richesse cumulée des 1 % les plus riches de la planète dépassera bientôt celle détenue par les 99 % restants.
Selon Oxfam, « la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ». Cela signifie que s'ils continuent à s'enrichir, ils posséderont plus que l'ensemble des autres habitants de la planète réunis. La quasi-totalité des 52 % de patrimoine restant sont aux mains des 20 % les plus riches. « Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses », estime le rapport.

Illustration : la-croix.com

samedi, janvier 17 2015

La délinquance des jeunes

17 01 2015

La-delinquance-des-jeunes_large.jpgLa délinquance des jeunes constitue un thème récurrent du débat public. Loin des clichés fréquents en la matière, cet ouvrage propose un bilan des connaissances à la fois historique, sociologique et juridique. Les comportements de la jeunesse accompagnent les évolutions technologiques et sociétales, mais les différents types de délinquance identifiés par la recherche témoignent davantage de la permanence que de la nouveauté des problèmes. Les auteurs font le point à la fois sur l’histoire de ces phénomènes, sur leur mesure statistique, sur les différences entre garçons et filles ainsi que sur le phénomène des bandes. En outre, ils expliquent les nombreuses réformes de la justice et, plus largement, de la prise en charge pénale des jeunes délinquants survenues depuis l’ordonnance du 2 février 1945. Cet ouvrage intéressera autant les universitaires que les nombreux professionnels (policiers et gendarmes, magistrats, travailleurs sociaux, élus et techniciens des collectivités territoriales) confrontés au quotidien à ces problématiques.

vendredi, janvier 16 2015

Pourquoi ont-ils attaqué Charlie-Hebdo ?

16 01 2015

debat.jpgLa séquence des attentats à Paris de cette semaine a entraîné des réactions — prévisibles — emplies d’émotion, d’apparence, de voyeurisme et de répression. C’est ce que l’on peut appeler le « premier degré » au sens où l’on interprète un propos ironique ou une litote au premier degré, de façon naïve et à côté de la plaque. Cela consiste notamment à privilégier l’angle de la religion, musulmane en l’espèce, dans les évocations de ces événements tragiques, l’endoctrinement étant censé être la raison de cette tuerie. Mais n’est-il pas simpliste de croire sur parole les jeunes terroristes lorsqu’ils revendiquent leurs actions par une « mission », un téléguidage de ce type conforté par telle ou telle organisation djihadiste, vision que journalistes, politiques et experts s’empressent de valider ? Mais après la phase de sidération, le risque est d’en rester à celle de la réaction apeurée se fiant aux apparences (« que faire maintenant ? ») et donc à réduire celle de la réflexion à la portion congrue au nom de l’imminence du danger.

jeudi, janvier 15 2015

Une invocation discutable de la liberté d’expression

15 01 2015

debat.jpgJ’ai rencontré Charb à deux reprises. La première fois, c’était début février 2006. Je voulais l’intercepter juste avant la conférence de rédaction du mercredi matin afin de lui demander la permission d’utiliser un de ses dessins pour la couverture de mon premier livre, Une Histoire politique du boycott. Sur son casier au journal, il y avait un autocollant « Boycott Israël ». Charb a été très aimable et m’a dit oui de tout de suite, et qu’il ne m’en coûterait rien. La deuxième fois, c’était à la fête de l’Huma, en septembre 2006. Beaucoup d’admirateurs se pressaient autour de lui.
La première fois, à l’intérieur des locaux de Charlie Hebdo, protégés par la police à l’extérieur, il régnait une atmosphère d’effervescence et d’euphorie : le hasard avait fait que je m’étais rendu là-bas quelques jours avant la publication des caricatures du Jyllands-Posten. J’ai réalisé aussi juste après coup que cette euphorie était notamment liée à la perspective de profits juteux pour le journal. Ceux-ci furent redistribués aux actionnaires principaux des Editions Rotatives, au premier rang desquels Philippe Val, qui empocha en 2006 la coquette somme de 330 000 euros.

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mercredi, janvier 14 2015

Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie »

14 01 2015

debat.jpgRien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ?

Kouachi-Coulibaly, le réseau terroriste oublié par les services de renseignement

14 01 2015

police_dgsi_interpelle.jpgLes archives ont parlé. Dans les heures qui ont suivi l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, la police a compris qu’elle avait un dossier pour remonter très vite aux assassins. L’oubli de la carte d’identité de l’un des deux auteurs du massacre dans une voiture pendant leur fuite, a suffi. Le nom des Kouachi a aussitôt fait émerger le dossier de l’enquête antiterroriste ouverte en 2010 sur l’opération visant à faire évader de prison plusieurs chefs islamistes, parmi lesquels l’artificier des attentats de 1995.
Déjà condamné en 2008 dans le dossier de la filière de recrutement djihadiste dite “des Buttes-Chaumont”, Chérif Kouachi avait été soupçonné, en 2010, d’avoir rejoint ce nouveau réseau chargé de l'évasion de Belkacem. Tout comme Amedy Coulibaly, mis en cause dans les assassinats de Montrouge et de la porte de Vincennes. Actuellement recherchée pour son implication présumée dans les dernières actions, Hayat Boumeddienne, la compagne de Coulibaly, avait elle aussi été arrêtée, entendue et perquisitionnée dans cette même affaire.
Alors que Kouachi a bénéficié d’un non-lieu à l’issue de l’instruction, Coulibaly a été condamné à cinq ans de prison, le 20 décembre 2013. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a donc induit l’opinion publique en erreur en déclarant, vendredi, que « rien ne témoignait du fait » que les frères Kouachi et Amedy Coulibaly « pouvaient s'engager dans un acte de ce type. Leur situation n'avait pas été judiciarisée ».

Photo : liberation.fr

mardi, janvier 13 2015

Comment devient-on terroriste ?

13 01 2015

terroriste.jpgQui devient terroriste, comment et pourquoi ? Les auteurs citent notamment un article de Post (2005), selon lequel les terroristes « ne sont ni déprimés, ni très perturbés ; ce ne sont pas non plus des fous fanatiques ». On peut même les qualifier de » normaux », ajoute-t-il, du fait qu’ils ne sont pas cliniquement fous. La cause de leur comportement est plutôt à chercher dans leur « identité sociale », c’est-à-dire dans le ou les groupes dans lesquels ils se reconnaissent, et dans le milieu qui les y conduit.
Nicole Tausch et ses collaborateurs s’interrogent sur les facteurs associés, chez les musulmans anglais, à une vision plus ou moins indulgente des attentats de 2005 à Londres. A 1 000 Anglais musulmans, ils ont posé une seule et même question : « Certains disent que les attentats à la bombe de juillet étaient justifiés par le soutien apporté par les Britanniques à la guerre des Américains contre le terrorisme. Êtes-vous d’accord ? » Seule une minorité l’est. Mais ce sont les caractéristiques de cette minorité qui sont intéressantes : l’identité religieuse ne joue pas, puisque les réponses ne diffèrent pas en fonction du degré de pratique affirmé. En revanche, l’identité nationale joue fortement : plus on se sent « anglais », plus on condamne les attentats. Et cette identité naît sur une base matérielle : on est plus porté à se voir comme anglais si l’on habite un quartier où les Musulmans sont peu nombreux, et si l’on fréquente couramment des non-Musulmans.

Photo : maliactu.net

lundi, janvier 12 2015

La rhétorique de « la guerre au terrorisme » est en train d’envahir les esprits

12 01 2015

debat.jpgC’est le grand récit néoconservateur post 9/11 qui trouve dans les évènements de ces derniers jours le terreau symbolique dont il avait besoin; ce sont des images de guerre dans les rues de Paris, le bruit des hélicoptères, le crépitement des armes automatiques, le sang qui coule... tout cela complaisamment relayé, mis en scène par les chaînes d’info en continu. La rhétorique de « la guerre au terrorisme » à laquelle la France avait en partie résisté depuis la guerre en Irak est en train d’envahir les esprits ; elle est véhiculée par les médias et la classe dirigeante qui trouve là un succédané de récit collectif qui fait cruellement défaut ; elle satisfait l’appétit du public pour les intrigues et opère une mobilisation des émotions en faveur d’une unité nationale fantasmée et qui n’a jamais été aussi fragile. Ce récit de guerre bouche l’horizon et occulte les graves questions et les responsabilités que posent les évènements... l’irresponsabilité politique masquée par les discours belliqueux : failles des services de renseignements, système pénitentiaire qui fonctionne comme une école du terrorisme, quartiers laissés à l’abandon, système scolaire qui reproduit l’exclusion sociale, médias de la haine, intellectuels néoconservateurs...

Illustration : collectifpourlenfant.fr

jeudi, janvier 8 2015

En deuil

8 01 2015

je_suis_charlie.jpg





Après le silence du recueillement, viendra le temps de l'analyse. Nous publierons dans les prochains jours des analyses critiques sur les attentats de Paris, exprimant différents points de vue.

mercredi, janvier 7 2015

Les élites se donnent de bonnes raisons pour frauder

7 01 2015

alter_eco_fraudeurs.jpgLa société traite-t-elle de la même façon la fraude des élites délinquantes et celle des pauvres ?
Pas du tout, les attitudes sont radicalement différentes. Les atteintes aux personnes et aux biens sont immédiatement perçues comme négatives, car on se sent facilement proche des victimes auxquelles on s’identifie. A l’inverse, la délinquance des élites est en général abstraite, elle repose sur des montages comptables et autres qui jouent avec les règles. De plus, nous avons tous du mal à nous concevoir comme des victimes de ces pratiques et à accepter que ceux qui dirigent les entreprises, au cœur de l’emploi et de la production de richesse, puissent abuser de leur position. Dans notre imaginaire, les élites économiques et politiques agissent dans l’intérêt du bien commun. Il est difficile de penser que certaines d’entre elles agissent dans le même temps pour le détruire.

mardi, janvier 6 2015

La pollution a un impact immédiat sur la mortalité

6 01 2015

paris_pollution.jpgLa pollution atmosphérique tue à très court terme en aggravant brutalement des symptômes préexistants. Dans son premier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’année, publié mardi 6 janvier, l’Institut de veille sanitaire (InVS) quantifie l’impact des particules fines PM10 (dont le diamètre est inférieur à 10 microns). Même à des niveaux d’exposition relativement faibles, les particules fines accroissent le risque de mortalité immédiate et pas seulement sur le long terme.
Ces microparticules générées par les gaz d’échappement des véhicules, notamment les moteurs diesel, l’activité industrielle ou les systèmes de chauffage, affectent les voies respiratoires et le cœur, et peuvent provoquer par exemple accident vasculaire cérébral, crise cardiaque, rupture d’anévrisme, angine de poitrine, embolie pulmonaire… Autant de pathologies qui peuvent se révéler fatales dans les cinq jours suivant une exposition.

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