Polices, gendarmerie

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jeudi, février 4 2016

Le renseignement : état des lieux

4 02 2016

Le_renseignement_AD.jpg
La revue Après-demain pose, dans son dernier numéro, la question de la relation entre le renseignement, son rôle, ses services, ses pratiques, et les principes fondamentaux de la démocratie et de la citoyenneté. Par une approche dialectique qui permet au peuple d’être informé (éditorial de Pierre Joxe), il réunit d’un côté des professionnels du renseignement qui exposent les enjeux et les besoins d’un système apte à donner au gouvernement les moyens de décider en connaissance de cause, et de l’autre des personnalités qui s’interrogent, voire qui alertent, sur les risques présentés par des structures agissant, par définition, dans l’ombre et rendant peu de comptes.
Fidèle à son rôle de sentinelle des libertés publiques, Après-demain permet ainsi au lecteur de n’être ni ignorant, ni dupe (présentation de la revue).

mercredi, janvier 27 2016

Quelle formation pour les policiers recrutés en urgence après les attentats ?

27 01 2016

Ecole_nationale_de_police.jpgNous proposions il y a près de quatre ans maintenant, une scolarité de Gardien de la paix aménagée pour les anciens Adjoints de sécurité (ADS) : réduire cette formation de quatre mois pour celles et ceux qui justifiaient d’un parcours professionnel complet au sein de l’institution. Les premiers modules de formation sont en effet communs aux deux scolarités. En contrepartie, la formation initiale des ADS aurait pu être allongée d’un mois afin de muscler le bagage théorique et technique de ces jeunes contractuels.
Je me souviens des réactions négatives à tous les niveaux de l’administration centrale. Nombreux sont les responsables administratifs capables de vous expliquer pourquoi le changement n’est pas possible. Alors, quelle ne fut pas ma surprise de constater, dans l’urgence post-attentats, le projet de réduire de moitié la scolarité des anciens Adjoints de Sécurité devenus élèves Gardiens de la paix. Ce qui était totalement impossible hier, dans le cadre d’une réflexion posée sur un temps long, devient soudain réalisable dans l’urgence.

Photo : cartesfrance.fr

jeudi, janvier 14 2016

L'état d'urgence est au bout du rouleau

14 01 2016

ca_sent_la_fin.jpgL'état d’urgence a été appliqué avec efficacité, dans le respect du droit et avec un contrôle effectif. À tel point que la plupart des objectifs recherchés ont déjà été atteints et qu’il n’est, concrètement, presque plus appliqué. Tel est en substance le message adressé, mercredi 13 janvier, par la commission de contrôle parlementaire des mesures prises pendant l’état d’urgence lors de la présentation de son deuxième rapport d'étape (voir ci-dessous). En clair : « Circulez, y’a rien à voir. »
Les deux mesures les plus utilisées par les autorités ont bien entendu été les perquisitions administratives et les assignations à résidence. Au total, du 14 novembre au 12 janvier, les forces de l’ordre ont mené 3 021 perquisitions administratives. Ces perquisitions ont été essentiellement menées dans les premières semaines. Les deux premières semaines représentent 58 % de l’ensemble des perquisitions.

Photo : closemag.fr

lundi, novembre 30 2015

Antiterrorisme : c'est la cacophonie

30 11 2015

cacophonie.jpgLe 15 janvier 2015, une voiture banalisée de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) prend en filature la voiture d’Amar R. Les services secrets s’intéressent à cet ancien voisin de cellule d’Amedy Coulibaly, car il est l’un des derniers à avoir vu le futur tueur de l'Hyper Cacher, le 6 janvier, soit la veille de l’attaque contre Charlie Hebdo. La voiture arrive à destination, au Fort de Rosny (Seine-Saint-Denis), là où sont installés plusieurs services de la gendarmerie. Le véhicule de la DGSI se gare sur la chaussée qui longe l’entrée de la caserne. L’un des agents en planque reconnaît un visage familier dans une voiture voisine, stationnée non loin. C’est un collègue de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris, un autre service de renseignement. Jusqu’à cette rencontre fortuite, la DGSI et la DRPP ignoraient qu’elles surveillaient l’une et l’autre la même cible, en même temps. Cette anecdote pourrait, à elle seule, résumer le désordre de la lutte antiterroriste française.

Illustration : altermedia.info

dimanche, novembre 29 2015

Le ministre de l'Intérieur obligé de recadrer préfets et policiers

29 11 2015

police_perquisition.jpg"C'est parce que la perquisition administrative est une mesure exceptionnelle qui porte particulièrement atteinte aux libertés individuelles des personnes que les policiers ou les gendarmes qui y procèdent sont tenus d'être exemplaires dans son exécution." Bernard Cazeneuve a envoyé une circulaire à tous les préfets, mercredi 25 novembre, pour recadrer un peu les perquisitions administratives : "L'état d'urgence n'est en aucune façon une dérogation à l’État de droit."
Par certains aspects, on pourrait surnommer le texte "circulaire Pepper Grill". Le ministre de l'intérieur revient ainsi sans le dire sur les aspects les plus contestables de la perquisition du restaurant de Saint-Ouen-l'Aumône. Un exemple : "Dans un premier temps et dans toute la mesure du possible, l'ouverture volontaire de la porte devra être recherchée." Au Pepper Grill (comme lors de nombreuses perquisitions de domiciles), les forces de l'ordre ont en effet eu une fâcheuse tendance à casser d'abord et à sonner ensuite.

Photo : bfmtv.com

mercredi, octobre 28 2015

Mater la meute. La militarisation de la gestion policière des manifestations

28 10 2015

Layout 1La restructuration néolibérale des institutions économiques et politiques entraîne une militarisation progressive des forces policières et de leurs tactiques de maintien de l’ordre. Surveillance, infiltration, brigades spéciales, armes sublétales, arrestations préventives... En Amérique du Nord comme en Europe, il semble que tous les moyens soient bons pour neutraliser la contestation sociale.
Refusant de céder au schématisme habituel qui fait des forces de l’ordre un simple instrument des élites politiques, la sociologue Lesley J. Wood revient sur l’histoire récente de la police nord-américaine pour mettre au jour les dynamiques complexes qui la traversent. Elle étudie l’influence croissante du secteur privé – multinationales et consultants en sécurité –, de l’armée et des grandes associations professionnelles sur les pratiques policières et leur diffusion.

mardi, octobre 20 2015

Retour sur la manifestation des policiers du 15 octobre 2015

20 10 2015

manifestation_policiers_15_oct_2015.jpgLes conditions de travail des policiers n'ont cessé de se dégrader ces quinze dernières années. Toujours moins d'effectifs et de moyens, toujours plus de pression hiérarchique sur fond de politique méritocratique. Dans le même temps, plusieurs réformes des retraites sont venues allonger la durée de carrière des policiers. La génération des quarantenaires, qui a vu partir nos anciens en retraite entre 50 et 52 ans, devra travailler cinq à sept années de plus pour disposer d'une pension parfois inférieure. Enfin, personne ne peut le nier, les missions au quotidien sont de plus en plus techniques et dangereuses. Le stress professionnel progresse partout et encore bien davantage au sein de notre métier. Dans ce contexte, qui s'impose hélas à tous, comment s'étonner de la démotivation et de la souffrance exprimées par de nombreux policiers notamment en deuxième partie de carrière ?

Photo : franceinfo.fr

dimanche, octobre 11 2015

Des délégués du Défenseur des droits vont traiter des litiges impliquant les forces de l'ordre

11 10 2015

controle_de_police_2.jpgLe Défenseur des droits a mis en place, à titre d’expérimentation, un dispositif de délégués territoriaux chargés, outre leurs missions traditionnelles, de traiter par la voie du règlement amiable certains litiges mineurs relevant du domaine de la déontologie de la sécurité.
Cette expérimentation est lancée le 1er octobre dans six régions de France et pour une période de 6 à 9 mois (1 an dans la décision).
Le Défenseur des droits a sélectionné, parmi ses délégués territoriaux, six correspondants locaux qui se sont vu attribuer une compétence locale pour traiter, dans un délai de 3 à 6 mois, les saisines que reçoit l’institution mettant en cause le comportement de représentants des forces de l’ordre (police nationale, gendarmerie, …) portant exclusivement sur des litiges du type refus d’enregistrement de plainte ou tenue de propos déplacés. Ils interviendront par la voie de la médiation, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés dans un souci de règlement amiable.

Photo : leplus.nouvelobs.com

samedi, octobre 3 2015

Police nationale, combien de divisions ?

3 10 2015

playmobile_police.jpgCombien y-a-t-il de policiers nationaux en France ? Voilà une question à laquelle il n’est pas simple de répondre. D’annonces en controverses politiciennes, une personne non aguerrie s’y perdra rapidement et finira au bout du compte par abandonner toute tentative d’obtenir une réponse fiable. Cependant, plus que de connaître les chiffres bruts, il convient peut-être davantage de s’intéresser à l’évolution de ces effectifs dans le temps... Tout d’abord, un peu de pédagogie. Lorsque j’aborde ici la question des effectifs de police, j’évoque celui des policiers actifs. Je laisse volontairement de côté la question des personnels administratifs, techniques et scientifiques. Non pas qu’ils n’aient pas une grande importance pour le fonctionnement de la Police nationale ; sans eux, celle-ci aurait bien du mal à accomplir ses missions. Mais ces personnels ne sont en revanche que très exceptionnellement en relation avec le public dans la réalisation des principales missions de police.

Image : autotitre.com

mardi, septembre 8 2015

A quoi sert Vigipirate ?

8 09 2015

Vigipirate.jpgLe plan Vigipirate reste mystérieux - et pas seulement parce qu’on se demande ce qui a bien pu passer dans la tête du gouvernement pour choisir un nom aussi ridicule et le conserver, depuis près de vingt ans d’application ininterrompue. Le dispositif, d’exceptionnel est devenu permanent bien que tous les professionnels de la sécurité en soient d’accord : il n’est d’aucune efficacité contre le terrorisme. Il n’a permis aucune arrestation, n’a aucun effet dissuasif - tous les auteurs d’attentats sont nés alors qu’il s’appliquait déjà - et il coûte un million d’euros par jour.
Si le plan Vigipirate n’a pas de fonction opérationnelle, il en a nécessairement d’autres : une fonction politique assurément, mais qui s’émousse au bout de vingt ans, et une fonction sociale, plus subtile, mais plus dangereuse : entretenir, par le quadrillage militaire, une confusion entre la guerre et la paix. Et ancrer en passant ce non-sens aujourd’hui largement partagé qui veut que « la sécurité soit la première des libertés ».

mercredi, juin 3 2015

Zyed et Bouna, un verdict sociologique

3 06 2015

transfo_clichy.jpgLa décision rendue le 18 mai 2015 par le Tribunal correctionnel de Rennes portant sur la responsabilité pénale des deux policiers poursuivis dans l’affaire de Clichy-sous-Bois est, aussi étonnant qu’il soit, un verdict sociologique.
Lorsqu’il s’agit de juger la responsabilité pénale personnelle de la policière qui occupait la fonction d’opérateur au poste radio, la Cour refuse de retenir de grief à son encontre, estimant en lieu et place la responsabilité structurelle de la Police nationale. Car, dit la Cour, Mme Klein « était une jeune fonctionnaire stagiaire ne disposant que d’une brève expérience de terrain ». Son affectation au poste radio appelait « des compétences particulières (…) de coordination, de contrôle et de guidage des effectifs » sur le terrain ; or « l’enquête démontre » qu’elle « n’avait reçu aucune formation préalable à cette mission ». De surcroît, « il est incontestable » (cette profusion de tournures affirmatives…) que l’action se déroulait sur la commune de Clichy-sous-Bois, or Mme Klein ignorait tout de cette ville : il n’y a alors pas de commissariat à Clichy, réclamé par les habitants depuis 35 ans, et la commune qui « n’appartenait pas au ressort habituel du commissariat » de Mme Klein, laquelle de toutes façons est « originaire de province » et n’est alors en fonction en Seine-St-Denis que « depuis quelques mois seulement », et n’y réside pas.

Illustration : europe1.fr

jeudi, avril 9 2015

Antiterrorisme : l’éternelle guerre des polices

9 04 2015

la_guerre_des_polices.jpgLes services antiterroristes sont-ils en ordre de bataille ? Quelques mois après l’affaire Merah, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, avait donné « des instructions » pour en tirer les leçons. Il avait insisté, le 18 juin 2013, sur la nécessité de renforcer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), « dans le cadre d’une meilleure coordination entre les services ».
L’échec, de ce point de vue, est patent. Le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les filières djihadistes, rendu public mercredi 8 avril, déplore « une nouvelle guerre des polices ». Lui faisant écho, le rapport du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix et marqué à droite, dresse sur le terrain un état des lieux accablant. Production syndicale, le rapport est certes discutable, mais il a le mérite de faire remonter le témoignage des agents sur terrain, que l’on entend peu.

mardi, avril 7 2015

« Charlie Hebdo » : la DGSI tente de réécrire l'histoire à son avantage

7 04 2015

GIPN_janvier_2015.jpgLa scène se déroule au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Il est 19 h 50, ce jeudi 8 janvier, lorsqu’un agent du renseignement territorial (ex-RG) téléphone à l’ancien syndicaliste policier, Jo Masanet. Il lui parle de la cellule de crise mise en place « avec Bernard Cazeneuve et tous les services de renseignement », place Beauvau. Puis l’agent marque une pause. Il hésite, cherche ses mots pour évoquer les frères Kouachi toujours recherchés : « Bon, par contre… Faut savoir que… On avait les informations déjà sur les individus… On les avait suivis, on les avait sur notre base de données… » Ils les connaissaient mais ne les surveillaient pas.
« On avait constaté que la DGSI (la direction générale de la sécurité intérieure) était dépassée par les événements, d’accord ? Donc, on a un gros souci, là-dessus… » Cette conversation illustre ce que beaucoup pensent sans oser le dire dans un cadre officiel. Et ce même au sein de la DGSI, traversée depuis par de légitimes questions sur ses choix stratégiques et ses méthodes de travail.

Photo : lemonde.fr

samedi, mars 28 2015

Une évaluation scientifique indépendante des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP)

28 03 2015

CRS_dans_la_rue.jpgA la demande de la Préfecture de police de Marseille, une équipe de chercheurs de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) a évalué localement la politique des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP).
Nous nous sommes concentrés dans cette étude sur les évolutions produites par la « méthode globale », cette politique publique mise en place en 2012 avec la création des Zones de Sécurité Prioritaires. Notre enquête évaluative a été réalisée sur deux terrains marseillais : la cité du Clos la Rose dans le 13 ème arrondissement et la cité La Sauvagère dans le 10ème. Notre analyse s’appuie sur des données socio-historiques, sur l’opinion des acteurs institutionnels et des populations résidant sur ces territoires ainsi que sur des données émanant des services de police. Nous avons également voulu questionner la participation citoyenne à la gestion politique locale et spécialement les conditions de leur contribution aux questions de sécurité publique. Il ressort que le bilan des Zones de Sécurité Prioritaires est pour le moins mitigé. Premier constat : le trafic de stupéfiant, point central dans l’approche globale, est un phénomène qui n’a jamais été durablement stoppé. Il a pu momentanément s’arrêter et il a pu se déplacer. Mais, dans les deux cas étudiés, il persiste.

Photo : lesinrocks.com

lundi, février 23 2015

Le blues des forces de sécurité

23 02 2015

blues.jpgCurieuse actualité en ce début d’année 2015 concernant les forces de sécurité Françaises. Pour celles du Ministère de l’Intérieur une partie de la population a acclamé les policiers et les gendarmes pour saluer leur engagement lors des sanglants épisodes terroristes. Évidemment au pays de Guignol qui rosse le gendarme et qui manifeste régulièrement sa fronde et son attachement aux libertés individuelles cela pouvait surprendre. On venait de découvrir que la mission de sécurité intérieure n’était pas qu’exclusivement suspecte de porter atteinte aux libertés mais qu’elle pouvait au contraire participer à préserver ces mêmes libertés et notamment celle d’expression.
Pourtant après les « vivats » chaleureux qui ont à n’en pas douter fait chaud au cœur des fonctionnaires et militaires de la sécurité intérieure, le ministre a fait connaître par voie de presse les termes d’un plan « anti-suicide » pour les policiers et gendarmes.

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