Dans son rapport annuel, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) constate une forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers en 2017 (+ 54 %). En outre, pour la première fois, l'institution publie le chiffre du nombre de morts et de blessés par les policiers sur un an, soit : 14 décès et une centaine de blessés.
Cette augmentation des tirs semble liée à la loi anti-terroriste entrée en vigueur en février 2017, qui a élargi les règles de la légitime défense. Les policiers peuvent depuis faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes...
Photo : lemonde.fr
La France est assez mal placée en Europe. Lorsque l’on compare le degré de confiance accordé à la police, nous sommes dans le tiers inférieur de l’Union européenne à 27.
Ordre public, manifestations, banlieues, contrôles d’identité : la police se trouve au cœur de la question sociale. Instrument du pouvoir étatique et institution en quête d’autonomie, elle contribue à la fabrication du politique. Cet ouvrage actualise à la lumière de recherches récentes en sciences sociales le lien entre police, société et politique. Depuis une dizaine d’années, des questionnements originaux ont renouvelé la compréhension des ressorts de l’action policière et de ses liens avec la société civile et le champ politique, en France et ailleurs. Les textes rassemblés dans cet ouvrage reviennent sur la légitimité policière, sur les doctrines du maintien de l’ordre, sur le combat judiciaire autour des contrôles au faciès, sur l’utilisation de la police en banlieue, sur les legs coloniaux ainsi que sur les dimensions genrées de l’action policière. Ce recueil offre ainsi un regard original sur les évolutions des pratiques policières ainsi que sur les enjeux sociétaux et politiques autour de la question policière.
Héritière d’une police de proximité décriée et supprimée en 2003, la police de sécurité du quotidien voulue par Emmanuel Macron réussira-t-elle à combler le fossé croissant qui sépare la police de la population ? Saura-t-elle répondre à la demande de proximité exprimée depuis de nombreuses années et avec force par les élus locaux ? A l’occasion d’une cérémonie en grande pompe organisée le 8 février à l’Ecole militaire à Paris, en présence d’un aréopage de hauts-fonctionnaires et de gradés de la police et de la gendarmerie nationale, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb a levé le voile sur les contours de cette ambitieuse « PSQ », qui sera accompagnée au printemps d’une réforme, elle aussi sensible, des procédures pénales.
La mission de police c’est la paix, donc l’antithèse de la mission de guerre. Pourtant depuis qu’en 2007 un responsable politique s’est fait élire sur la thématique de sécurité en jouant sur les peurs d’une opinion publique manipulée, le pouvoir exécutif n’a pas varié sa stratégie de valorisation de la police offensive.
A considérer que la condition humaine serait une série de cycles insensés, la condamnation de Sisyphe à porter éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, sans autre but que de le contempler la dévaler avant que ne recommence la même éprouvante ascension, fait de ce mythe une métaphore presque indépassable de la démotivation par la prise de conscience de l’absurdité de l’existence.
Le Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance (GPIS) patrouille la nuit dans les parties communes de 500 résidences d’habitat social dans l’objectif d’y maintenir la tranquillité. Financièrement soutenue par la ville de Paris, c’est une structure hybride qui associe douze organismes HLM et relève du cadre réglementaire des activités privées de sécurité. Vue d’ensemble sur un dispositif unique en son genre dans le contexte français, révélateur d’un mouvement de pluralisation du policing auquel Paris n’échappe pas.
Actuellement du côté du Ministère de l’Intérieur se joue la mise en place de dispositifs stratégiques qui visent moins à assurer une meilleure sécurité des Français qu’à préserver le pré carré d’une hiérarchie surdimensionnée et assurer au pouvoir exécutif une image de réussite. En effet depuis une trentaine d’années les diverses crises en matière de sécurité ont positionné une certaine technocratie de la sécurité qui vit très confortablement les évènements. Par ailleurs nombre de pouvoirs exécutifs se sont cassé les dents sur le dossier sécurité tant ils ont donné une vision idéologique de la sécurité au détriment d’une rationalité permettant la mise en place de solutions logiques.
Les polices municipales font un retour remarqué sur la scène policière, dans l’organisation des municipalités et dans le débat public en France depuis les années 1980. Les effectifs cumulés des différentes catégories d’agents municipaux de sécurité dépassent désormais 30 000 personnes, réparties dans environ 3500 communes. Si cette évolution a correspondu à partir des années 1970 à une forte demande de police de proximité de la part des élus locaux, elle se poursuit de nos jours dans une dynamique souvent différente. Derrière un modèle « complémentariste » par rapport aux forces d’État, se profile dans de nombreuses villes un modèle « substitutif ». Ce dernier a été encouragé d’abord par certains maires ayant fortement politisé la question de la sécurité locale. Depuis le tournant sécuritaire des années 2000, amplifié encore par les attentats ayant frappé la France en 2015 et 2016, ce modèle substitutif est désormais encouragé à certains égards par l’État lui-même.
Comme un remake en pire de la mobilisation contre la loi sur le travail, la violence de la manifestation du 1er mai 2017 à Paris a marqué à la fois les manifestants de tête, séparés du cortège syndical à coups de grenades de désencerclement lancées par les policiers, et les CRS, qui ont vu deux de leurs collègues prendre feu. Les tensions entre manifestants et forces de l’ordre, qui avaient paru s'apaiser après que, le 15 septembre dernier, un syndicaliste eut été éborgné par un projectile, sont réapparues, encore plus vives. Des deux côtés, on parle d'escalade inédite, en oubliant un peu vite la violence des manifestations autonomes et de leur répression dans les années 1970.
Bonne chance au nouveau Ministre de l’Intérieur qui, sans s’en rendre compte, va entrer dans un grand Ministère confronté à de graves enjeux de sécurité lui imposant une révolution stratégique alors que précisément il a été contraint depuis plus de trente ans à gérer les délires idéologiques des divers pouvoirs exécutifs certes intéressés électoralement par les enjeux de sécurité mais qui au fond n’ont jamais pris la mesure des réalités sociologiques de la sécurité.
Les actions terroristes de janvier et novembre 2015, et de juillet 2016 ont eu un effet révélateur tragique mais peut-être utile. Elles « obligent à voir et à écouter » et elles exigent (de tout Français) un « examen de conscience ». Plus d’un an et demi après, on peut, à grands traits, esquisser un tableau – partiel - de la situation. Ce tableau met en évidence des carences, des lacunes et des faiblesses conceptuelles, organisationnelles, fonctionnelles, éthiques…. préoccupantes, mais qui peuvent être autant d’opportunités pour ouvrir des perspectives de redressement, de réforme et de rénovation. Les unes et les autres sont présentées ci-après pêle-mêle sans les développements particuliers qu’elles auraient mérités.
Après avoir mis en doute la volonté des gouvernants d'œuvrer concrètement à un véritable rapprochement entre la police et la population (