Polices, gendarmerie

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mercredi, juin 3 2015

Zyed et Bouna, un verdict sociologique

3 06 2015

transfo_clichy.jpgLa décision rendue le 18 mai 2015 par le Tribunal correctionnel de Rennes portant sur la responsabilité pénale des deux policiers poursuivis dans l’affaire de Clichy-sous-Bois est, aussi étonnant qu’il soit, un verdict sociologique.
Lorsqu’il s’agit de juger la responsabilité pénale personnelle de la policière qui occupait la fonction d’opérateur au poste radio, la Cour refuse de retenir de grief à son encontre, estimant en lieu et place la responsabilité structurelle de la Police nationale. Car, dit la Cour, Mme Klein « était une jeune fonctionnaire stagiaire ne disposant que d’une brève expérience de terrain ». Son affectation au poste radio appelait « des compétences particulières (…) de coordination, de contrôle et de guidage des effectifs » sur le terrain ; or « l’enquête démontre » qu’elle « n’avait reçu aucune formation préalable à cette mission ». De surcroît, « il est incontestable » (cette profusion de tournures affirmatives…) que l’action se déroulait sur la commune de Clichy-sous-Bois, or Mme Klein ignorait tout de cette ville : il n’y a alors pas de commissariat à Clichy, réclamé par les habitants depuis 35 ans, et la commune qui « n’appartenait pas au ressort habituel du commissariat » de Mme Klein, laquelle de toutes façons est « originaire de province » et n’est alors en fonction en Seine-St-Denis que « depuis quelques mois seulement », et n’y réside pas.

Illustration : europe1.fr

jeudi, avril 9 2015

Antiterrorisme : l’éternelle guerre des polices

9 04 2015

la_guerre_des_polices.jpgLes services antiterroristes sont-ils en ordre de bataille ? Quelques mois après l’affaire Merah, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, avait donné « des instructions » pour en tirer les leçons. Il avait insisté, le 18 juin 2013, sur la nécessité de renforcer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), « dans le cadre d’une meilleure coordination entre les services ».
L’échec, de ce point de vue, est patent. Le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les filières djihadistes, rendu public mercredi 8 avril, déplore « une nouvelle guerre des polices ». Lui faisant écho, le rapport du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix et marqué à droite, dresse sur le terrain un état des lieux accablant. Production syndicale, le rapport est certes discutable, mais il a le mérite de faire remonter le témoignage des agents sur terrain, que l’on entend peu.

mardi, avril 7 2015

« Charlie Hebdo » : la DGSI tente de réécrire l'histoire à son avantage

7 04 2015

GIPN_janvier_2015.jpgLa scène se déroule au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Il est 19 h 50, ce jeudi 8 janvier, lorsqu’un agent du renseignement territorial (ex-RG) téléphone à l’ancien syndicaliste policier, Jo Masanet. Il lui parle de la cellule de crise mise en place « avec Bernard Cazeneuve et tous les services de renseignement », place Beauvau. Puis l’agent marque une pause. Il hésite, cherche ses mots pour évoquer les frères Kouachi toujours recherchés : « Bon, par contre… Faut savoir que… On avait les informations déjà sur les individus… On les avait suivis, on les avait sur notre base de données… » Ils les connaissaient mais ne les surveillaient pas.
« On avait constaté que la DGSI (la direction générale de la sécurité intérieure) était dépassée par les événements, d’accord ? Donc, on a un gros souci, là-dessus… » Cette conversation illustre ce que beaucoup pensent sans oser le dire dans un cadre officiel. Et ce même au sein de la DGSI, traversée depuis par de légitimes questions sur ses choix stratégiques et ses méthodes de travail.

Photo : lemonde.fr

samedi, mars 28 2015

Une évaluation scientifique indépendante des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP)

28 03 2015

CRS_dans_la_rue.jpgA la demande de la Préfecture de police de Marseille, une équipe de chercheurs de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) a évalué localement la politique des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP).
Nous nous sommes concentrés dans cette étude sur les évolutions produites par la « méthode globale », cette politique publique mise en place en 2012 avec la création des Zones de Sécurité Prioritaires. Notre enquête évaluative a été réalisée sur deux terrains marseillais : la cité du Clos la Rose dans le 13 ème arrondissement et la cité La Sauvagère dans le 10ème. Notre analyse s’appuie sur des données socio-historiques, sur l’opinion des acteurs institutionnels et des populations résidant sur ces territoires ainsi que sur des données émanant des services de police. Nous avons également voulu questionner la participation citoyenne à la gestion politique locale et spécialement les conditions de leur contribution aux questions de sécurité publique. Il ressort que le bilan des Zones de Sécurité Prioritaires est pour le moins mitigé. Premier constat : le trafic de stupéfiant, point central dans l’approche globale, est un phénomène qui n’a jamais été durablement stoppé. Il a pu momentanément s’arrêter et il a pu se déplacer. Mais, dans les deux cas étudiés, il persiste.

Photo : lesinrocks.com

lundi, février 23 2015

Le blues des forces de sécurité

23 02 2015

blues.jpgCurieuse actualité en ce début d’année 2015 concernant les forces de sécurité Françaises. Pour celles du Ministère de l’Intérieur une partie de la population a acclamé les policiers et les gendarmes pour saluer leur engagement lors des sanglants épisodes terroristes. Évidemment au pays de Guignol qui rosse le gendarme et qui manifeste régulièrement sa fronde et son attachement aux libertés individuelles cela pouvait surprendre. On venait de découvrir que la mission de sécurité intérieure n’était pas qu’exclusivement suspecte de porter atteinte aux libertés mais qu’elle pouvait au contraire participer à préserver ces mêmes libertés et notamment celle d’expression.
Pourtant après les « vivats » chaleureux qui ont à n’en pas douter fait chaud au cœur des fonctionnaires et militaires de la sécurité intérieure, le ministre a fait connaître par voie de presse les termes d’un plan « anti-suicide » pour les policiers et gendarmes.

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samedi, février 21 2015

Une France réconciliée avec sa police ?

21 02 2015

livre_mouhanna.jpgL’émotion collective qui a accompagné la grande manifestation du 11 janvier 2015 a suscité de multiples commentaires et analyses « à chaud » dans les médias. Les applaudissements et embrassades adressés aux policiers en charge de l’encadrement et de la protection de l’événement sont apparus comme un événement participant à la grande réconciliation nationale intervenue en réaction aux attentats terroristes de la semaine précédente. La France se découvrait un amour immodéré pour sa police. Ce « retournement » de l’opinion publique était d’autant plus frappant qu’à peine quelques semaines auparavant, l’affaire de Sivens – la mort d’un manifestant suite au lancer d’une grenade par les gendarmes – avait relancé le débat sur les stratégies policières et leurs méthodes de maintien de l’ordre. La mort de policiers lors de l’attaque de la rédaction du journal Charlie Hebdo, connu pour sa critique de la police, et les interventions spectaculaires du RAID et du GIGN pour neutraliser les terroristes expliqueraient ce changement d’appréciation. Pourtant, très vite, des doutes ont émergé sur la réalité de cette conversion de la société française à une position « pro‑police », en même temps que celle-ci découvrait la non-adhésion d’une partie de la population au slogan « Je suis Charlie ».

lundi, février 16 2015

La lutte policière contre la radicalisation en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni

16 02 2015

photos_des_deux_terroristes.jpgLe gouvernement français a récemment annoncé un plan de « lutte contre la radicalisation » assorti d’une série de mesures qui ont pour but de prévenir le passage à l’acte violent. Si le terme de radicalisation n’est pas nouveau dans le langage politique français, il marque un tournant dans une politique antiterroriste qui, bien que reposant en grande partie sur des mesures administratives, se justifiait avant tout par l’approche judiciaire. La France se rapproche ainsi des Pays-Bas et du Royaume-Uni, qui ont développé ce type de politiques depuis la moitié des années 2000. Mais que signifie exactement « lutter contre la radicalisation » ?
Comment expliquer ce nouveau tournant du gouvernement français, et que peut-on apprendre de dix ans d’expériences de ces deux pays européens ? Cette étude montre que la lutte contre la radicalisation agit comme un discours efficace de légitimation de l’action policière au-delà de ses domaines de compétence habituels, en investissant de nombreux domaines de « gestion de la diversité » tels que l’école, la religion ou les politiques sociales. Elle retrace la diffusion de ce discours au sein des instances européennes et analyse, au travers de la notion de « multiculturalisme policier », les effets de ses déclinaisons juridique et administrative.

samedi, janvier 31 2015

Le Renseignement Intérieur à l’épreuve du fanatisme religieux

31 01 2015

photos_des_deux_terroristes.jpgIl est loin le terrorisme d’État des années 70, Action directe, les Fractions armée rouge etc. L’idéologie sur fond de guerre froide et de manipulation autour de la décolonisation. Les répercussions sur le territoire national étaient des attentats autour de groupuscules politiques ou des mouvements indépendantistes régionaux, basques, corses, antillais. Les milieux concernés étaient structurés et financés ce qui permettait aux forces de sécurité d’établir une traçabilité, gage d’efficacité.
Aujourd’hui, les actes, le profil des auteurs la nature du fanatisme n’ont rien de commun. Pourtant, curieusement, pour traiter le volet médiatique de ces attentats, il a été fait appel à d’anciens acteurs de la sécurité. Pour certains, j’avoue que leur apparition m’a rendu perplexe car, au regard de leur passé professionnel, j’avais l’impression que l’on demandait aux pyromanes de commenter les images de l’incendie. Je pense notamment à d’anciens responsable des services de renseignement ou d’un ancien ministre de l‘intérieur accusé d’avoir détourné des fonds initialement destinés aux missions des policiers.

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vendredi, janvier 30 2015

J'ai fait un rêve ou on nous aime ?

30 01 2015

aime_ou_pas_la_police.jpgEh oui, il va falloir s’y faire, nos concitoyens aiment leurs policiers. Si, si, je vous assure, ils nous aiment ! On l’a tous constaté un dimanche de rassemblement républicain à Paris. Les colonnes de forces mobiles ont été applaudies, les CRS embrassés, les collègues en faction remerciés… « Nous sommes tous policiers » titraient même certaines pancartes.
Il aura fallu pour cela que nous perdions dans la lutte contre le terrorisme deux policiers nationaux et une policière municipale. Il aura fallu les assauts héroïques des policiers du RAID, de ceux de la BRI et des gendarmes du GIGN – retransmis en directe sur les chaines d’information en continue – pour que nos concitoyens s’unissent, toutes voiles dehors, derrière leur police et lui crient leur gratitude éternelle, leur attachement indéfectible.
Gratitude éternelle ? Attachement indéfectible ? Vraiment ?

Sur Mediapart et sur la police, lire aussi :

Photo : fragmentdetags.net

mercredi, janvier 14 2015

Kouachi-Coulibaly, le réseau terroriste oublié par les services de renseignement

14 01 2015

police_dgsi_interpelle.jpgLes archives ont parlé. Dans les heures qui ont suivi l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, la police a compris qu’elle avait un dossier pour remonter très vite aux assassins. L’oubli de la carte d’identité de l’un des deux auteurs du massacre dans une voiture pendant leur fuite, a suffi. Le nom des Kouachi a aussitôt fait émerger le dossier de l’enquête antiterroriste ouverte en 2010 sur l’opération visant à faire évader de prison plusieurs chefs islamistes, parmi lesquels l’artificier des attentats de 1995.
Déjà condamné en 2008 dans le dossier de la filière de recrutement djihadiste dite “des Buttes-Chaumont”, Chérif Kouachi avait été soupçonné, en 2010, d’avoir rejoint ce nouveau réseau chargé de l'évasion de Belkacem. Tout comme Amedy Coulibaly, mis en cause dans les assassinats de Montrouge et de la porte de Vincennes. Actuellement recherchée pour son implication présumée dans les dernières actions, Hayat Boumeddienne, la compagne de Coulibaly, avait elle aussi été arrêtée, entendue et perquisitionnée dans cette même affaire.
Alors que Kouachi a bénéficié d’un non-lieu à l’issue de l’instruction, Coulibaly a été condamné à cinq ans de prison, le 20 décembre 2013. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a donc induit l’opinion publique en erreur en déclarant, vendredi, que « rien ne témoignait du fait » que les frères Kouachi et Amedy Coulibaly « pouvaient s'engager dans un acte de ce type. Leur situation n'avait pas été judiciarisée ».

Photo : liberation.fr

dimanche, janvier 4 2015

Une première association professionnelle pour les gendarmes

4 01 2015

gendarmes.jpgEn catimini, la veille du premier week-end de l’année, le monde militaire a connu une petite révolution. Vendredi 2 janvier, Gend XXI, la première association professionnelle de gendarmes, a été officiellement déclarée en préfecture. Treize hommes de tous grades et issus des différents corps – gendarmerie mobile, gendarmerie départementale, brigade motorisée, garde républicaine, gendarmerie de l’air, etc. – constitueront le conseil d’administration de ce « syndicat ».
Un « syndicat » un peu particulier, puisqu’il ne pourra organiser ni appel à la grève ni manifestations et verra sa prise de parole strictement encadrée. La rupture est néanmoins forte : contrairement aux policiers, les gendarmes, comme les autres militaires, étaient jusqu’alors interdits de syndicat et n’avaient pas le droit de s’exprimer.

Photo : rtl.fr

jeudi, janvier 1 2015

Police, justice, etc. : Ce qui va changer en 2015

1 01 2015

hotte_noel.pngEn début d’année, il est courant de prendre de bonnes résolutions. Pour les policiers, magistrats et gendarmes, c’est une nécessité : 2015 s’annonce chargée. Le changement est en marche, souvent sous la pression européenne. Dès le 1er janvier, plusieurs mesures modifient le déroulement de l’enquête pénale, d’autres l’application des peines. Et certaines égratignent nos libertés individuelles. Sans porter aucun jugement, voici un panorama laconique des principales modifications.

lundi, décembre 29 2014

Un projet de maîtrise des risques dans la police

29 12 2014

amaris-logo.pngDepuis le mois de septembre dernier, la police nationale s'est engagé dans un projet intitulé AMARIS, acronyme de « Améliorer la Maîtrise des Activités et des RISques ». « Il s'agit d'un projet de grande ampleur ayant pour ambition d'organiser l'ensemble des sécurités contribuant à la maîtrise des activités au sein de la police nationale » nous dit la présentation sur le site internet qui lui est consacré. Avec un objectif principal affiché de « Créer une vraie dynamique d'amélioration continue et durable du fonctionnement des services qui reposera principalement sur une démarche d'analyse des risques au sein de la police nationale » selon Jean-Marc FALCONE, Directeur Général de la Police Nationale.
Lancé par Madame MONEYER-GUYOMARC'H, directrice, cheffe de l'IGPN et pilote opérationnel du projet, en présence de tous les directeurs des services actifs de la police, le projet est né du retour d'expérience des quelques 650 missions d'inspection des services réalisées par l'IGPN au cours des trois dernières années qui ont fait émerger trois enseignements.

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dimanche, décembre 7 2014

Santé et sécurité au travail dans la police nationale : un guide pour rien ?

7 12 2014

pas_glop.jpgLe 5 novembre dernier, le Directeur général de la Police nationale Jean-Marc Falcone présentait le Guide santé et sécurité au travail dans la police nationale : « Il s’agit d’un document pédagogique qui recense et décrit l’ensemble des dispositifs de soutien médicaux, sanitaires et psychologiques à la disposition des personnels et de leur hiérarchie. »
Ce livret de 46 pages comprenant 30 fiches réflexes est consultable sur l’intranet police et s’inscrit dans le prolongement du plan de prévention des risques psycho-sociaux. Préfacé par Bernard Cazeneuve, « il doit être considéré comme une aide car rien ne remplacera jamais les liens de solidarité et de confiance qu’il faut parallèlement développer entre collègues comme au sein de la chaîne hiérarchique » , dit le Ministre de l’intérieur. Dont acte !
Publié à la suite de la réunion avec les partenaires sociaux convoqués par le DGPN pour évoquer le problème des suicides dans la police, c’est avec grand intérêt que j’ai pris connaissance de son contenu. J’espérais y trouver enfin des réponses aux préoccupations des policiers concernant les problèmes engendrés par les horaires décalés ou sur le nombre de blessés en augmentation et pourquoi pas, des mesures concrètes pour tenter d’endiguer le nombre préoccupant de suicides dans la police...

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vendredi, novembre 28 2014

Mort de Rémi Fraisse : vers une commission d'enquête ?

28 11 2014

crs.jpgRémi Fraisse est le premier mort en manifestation sous un gouvernement de gauche sous la Ve République. Comment en est-on arrivé là, et que nous dit ce drame sur les conditions du maintien de l’ordre en France ? Pour Fabien Jobard, politiste, spécialiste de la police, seule une commission parlementaire permettrait de tirer toutes les conséquences politiques de cet événement.
Commentant l’affaire Rémi Fraisse, le ministère de l’Intérieur a exclu, le 28 octobre dernier, d’utiliser le terme de « bavure ». Quelle définition peut-on donner de ce terme et pourquoi est-il, dans le cas présent, aussi sujet à controverse ?
Le terme est polémique et ne relève donc pas d’une définition a priori, mais de luttes concrètes et contingentes. C’est une notion employée comme arme dans une lutte pour la définition d’un événement. À l’origine, la bavure est la conséquence inintentionnelle d’un processus dans lequel il y a eu, à un moment ou un autre, erreur de conception. Mais le sens polémique contemporain du terme prend justement le contrepied de cette acception, puisque par « bavure » on entend désormais mettre à l’index un usage spectaculairement illégitime de la force publique. L’exemple-type est celui de Malik Oussekine.

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