Controverses, polémiques, pétitions

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mercredi, avril 13 2016

LuxLeaks, Panama Papers: l’hypocrisie européenne

13 04 2016

Dessin_paradis_fiscal.jpgLa question des paradis fiscaux et de l’opacité financière occupe depuis des années le devant de l’affiche. Malheureusement, il existe en ce domaine un écart abyssal entre les proclamations victorieuses des gouvernements et la réalité de ce qu’ils font. En 2014, l’enquête LuxLeaks révélait que les multinationales ne payaient quasiment aucun impôt en Europe, grâce à leurs filiales au Luxembourg. En 2016, les Panama Papers montrent l’étendue des dissimulations de patrimoines opérées par les élites financières et politiques du Nord et du Sud. On peut se réjouir du fait que les journalistes fassent leur travail. Le problème est que les gouvernements ne font pas le leur. La vérité est que presque rien n’a été fait depuis la crise de 2008. Par certains côtés, les choses ont même empiré.

Illustration : paradisfiscaux20.com

mardi, avril 12 2016

Sortir du piège identitaire

12 04 2016

la_condition_cosmopolite.pngLibération a consacré, dans son édition du 4 avril, un dossier important aux « Visages contestés de l’antiracisme ». Dans son éditorial, Laurent Joffrin pointe un mouvement « délibérément communautaire » qui dénonce « l’impensé colonial » de la société française, qui ne défendrait que ses intérêts propres et rejetterait « l’universalisme abstrait », pour finalement affirmer : « Si l’identité devient l’ultima ratio, l’intolérance communautaire n’est pas loin. » Or, au cœur de ces mises en garde et de ces rappels solennels aux « valeurs communes », se trouve le piège identitaire que Laurent Joffrin voudrait voir et dénoncer dans ces mouvements. Je ne me place pas en défenseur de tel ou tel mouvement, mais proposerai quelques commentaires critiques.
On parle de « communautarisme ». Mais le terme « communauté » est tellement galvaudé qu’il suffit qu’une militante dise, dans le même dossier, « oh oui ! on est bien entre nous » pour que le journal évoque une revendication communautariste !

mardi, avril 5 2016

Réforme du Code de procédure pénale : sortir de la surenchère sécuritaire

5 04 2016

Le Sénat doit voter, ce mardi 5 avril, le projet de loi dit de « lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale ».
Ce texte a été contesté par différentes institutions indépendantes et qualifiées de notre pays. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme, la Conférence des premiers présidents de cours d’appel et même le Conseil d’Etat ont pu dire que plusieurs propositions du projet sont de nature à entraîner des atteintes excessives à la liberté individuelle. Sourd à ces interpellations, le gouvernement a choisi la procédure accélérée pour l’examen du texte.
Cette loi donnerait au ministère de l’Intérieur et à la police des pouvoirs directement inspirés de l’état d’urgence : retenue administrative de quatre heures avec possibilité de consulter l’ordinateur de la personne, d’accéder à ses communications, de capter et d’enregistrer toutes ses données informatiques… Le projet introduit également une forme d’irresponsabilité pénale des forces de l’ordre, fondée non plus sur une stricte légitime défense mais sur la notion plus floue d’état de nécessité. Enfin, il développerait encore les moyens d’une surveillance massive des citoyennes et des citoyens.

vendredi, avril 1 2016

Terrorisme : la frénésie sécuritaire française à côté de la plaque

1 04 2016

A_cote_de_la_plaque.pngC’est parce que la gravité de la menace représentée par les returnees (les combattants rentrant de Syrie ou d’Irak) a été ignorée par les États, que les attentats ont pu être commis. Face à cet échec, autant politique que policier et judiciaire, la réaction des autorités, notamment en France, a été de se lancer dans une frénésie législative sécuritaire sans précédent. Ainsi, au lendemain du 22 mars, Manuel Valls n’a rien trouvé de mieux que d’exiger que le Parlement européen adopte le fichier PNR (données de tous les passagers aériens), alors qu’aucun de ces radicalisés n’a emprunté l’avion pour commettre son forfait. Le Premier ministre n’en est pas à son coup d’essai en matière de réponse inadaptée : la loi sur le renseignement intérieur de juillet 2015 a placé sous surveillance tout le trafic internet au nom de la lutte antiterroriste. Mais, outre qu’il n’y a personne en bout de chaîne pour exploiter les renseignements obtenus, le terrorisme actuel n’est nullement «high-tech», mais au contraire, «low-tech» : pas d’utilisation du Net, on se parle en direct, on achète des téléphones jetables, on loue des voitures ou des taxis, on fabrique des bombes avec du matériel acheté dans des magasins de bricolage.

Illustration : twitter.com/acotedelaplaque

mardi, mars 29 2016

Ghettoïsation, djihadisme, sécuritarisme : comment sortir des cercles vicieux ?

29 03 2016

cercle_vicieux.jpgLes débats sur la laïcité et le multiculturalisme sont totalement pervertis en France par le poids de deux très vieilles idéologies, l’une qui structure plutôt la droite et l’autre qui structure plutôt la gauche. À droite de l’échiquier politique, le problème est le poids du nationalisme et de sa dérive consubstantielle vers la xénophobie. On y célèbre « nos ancêtres les Gaulois », la « France éternelle », les « racines chrétiennes » de notre « grande civilisation », à quoi l’on a ajouté ensuite le drapeau tricolore et la Marseillaise. À l’image d’Astérix le Gaulois, tout cela n’est pourtant qu’un mythe produit par l’ancienne noblesse, puis par les bourgeois républicains qui l’ont imprimé jusque dans les manuels d’histoire. La réalité est celle d’un pays multiethnique, multiculturel, multilingue, dont l’unité a été forgée au fil des siècles avant tout par la guerre, et dont les frontières n’ont été définitivement stabilisées qu’en 1945 (tous les territoires autres que la métropole étant naturellement des impensés/impensables).

Dans le même numéro :
- Métamorphose de la figure de l’autre dans la civilisation globale (Raphaël Liogier).
- De l’inintelligence des choses, à propos d’« excuses sociologiques » (Gérard Loustalet-Sens).
- La laïcité à l’épreuve (Pierre Khalfa).
- En finir avec La Marseillaise ? (Jean Tosti).

Illustration : labavedukrapo.wordpress.com

jeudi, mars 24 2016

Modifier les systèmes électoraux pour une meilleure démocratie

24 03 2016

urne_electorale.jpgDepuis les débuts de l’élection au suffrage universel du président de la République, la France n’a pas changé fondamentalement les règles qui déterminent la façon d’élire les représentants et de prendre des décisions. Notre système repose sur quatre piliers. D’une part, les partis pèsent d’un poids déterminant dans la sélection des candidats, dans les scrutins uninominaux comme dans les scrutins de liste. D’autre part, chacune des élections (présidentielles, législatives, sénatoriales, européennes, régionales, départementales, municipales, d’agglomération) se déroule selon une procédure propre. Troisièmement, le président est élu directement, et non par le Parlement, il n’est pas une simple autorité morale et domine complètement l’exécutif tout en n’ayant pas à se soucier d’un contre-pouvoir parlementaire (sauf en cas de cohabitation). Enfin, la sélection des responsables politiques se fait par l’élection et, pour l’essentiel, seuls les élus sont habilités à prendre les décisions politiques, disposant qui plus est d’un mandat « libre » – ils n’ont pas à respecter leurs promesses électorales ou la volonté de leurs électeurs.

Illustration : espe.univ-amu.fr

mercredi, mars 23 2016

A propos des « experts » (autoproclamés) en terrorisme qui occupent les médias

23 03 2016

C_dans_l__air_terrorisme.pngLes attentats qui secouent régulièrement la France et l'Europe sont l'occasion, pour un florilège d'experts autoproclamés, de passer d'un plateau TV à l'autre, pour s'exprimer sur la gravité du péril.
Comme les autres, les attaques de Bruxelles offrent une tribune à ces experts-coqueluches des médias, qu'ils soient dirigeants d'entreprises de sécurité, policiers à la retraite, experts dits indépendants ou à la tête de think tank, leur permettant d’asséner à l'opinion publique inquiète un ensemble de vérités invérifiables, oscillant entre sociologie de comptoir et criminologie à sensation. Pour la plupart allergiques à toute analyse scientifique rigoureuse, ces nouveaux IPM ("invités permanents des médias") ont toute liberté pour révéler au grand public leurs thèses sur le terrorisme, n'hésitant pas si besoin est, à se contredire eux-mêmes.

Lire :

Relire :

vendredi, février 5 2016

Et si l’on répondait aux besoins de la population, pour changer ?

5 02 2016

reflechissons.jpgLe pacte de responsabilité va coûter 46 milliards d’euros à partir de 2017, il s'agit d'une baisse des cotisations des entreprises et les impôts des ménages.
Ces 46 milliards annuels auraient pourtant permis d’accorder, par exemple, un minimum social de 500 euros par mois à 200 000 jeunes (1,2 milliard), de rénover et construire chaque année 100 000 logements sociaux (trois milliards), d’ouvrir 200 000 places de crèche supplémentaires pour quatre milliards d’euros, de créer 300 commissariats dans les quartiers sensibles pour environ un milliard d’euros, d’allouer un chèque autonomie de 500 euros mensuels à 500 000 personnes âgées démunies (trois milliards), de créer 200 000 emplois d’aide éducative en milieu scolaire (cinq milliards), de proposer un chèque loisirs-culture de 350 euros par an à 14 millions de jeunes de moins de 20 ans (4,8 milliards), de créer 200 000 emplois d’utilité publique par an (quatre milliards), de rendre accessibles les bâtiments publics aux personnes à mobilité réduite (deux milliards pour une année), ou encore de rénover 6 000 places de prison par an (un milliard).

Illustration : laclasse.com

samedi, janvier 16 2016

Gilles Kepel (à son tour) hanté par l’islamisation de la France

16 01 2016

on_l__a_perdu.jpgLe dernier ouvrage du politiste Gilles Kepel, Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français (en collaboration avec Antoine Jardin), connait une large médiatisation. Il est vrai qu’il s’inscrit dans le contexte anxiogène des attentats de janvier et novembre 2015, et que les citoyens ordinaires, les leaders d’opinion et les décideurs politiques cherchent à comprendre les raisons de l’enracinement du phénomène djihadiste dans le tissu social. L’auteur apporte des explications sociologiques tirées de son travail d’enquête en France et dans différents pays arabes depuis plus de trente ans. Pourtant, sous un registre érudit et savant, ses analyses viennent conforter certaines représentations communes, donnant souvent l’impression de réduire les logiques sociales au « prisme islamique », comme si les mobilisations dans les quartiers populaires pouvaient s’expliquer par la seule variable « islam ».

Illustration : memegen.fr

lundi, décembre 21 2015

Un appel unitaire à sortir de l’état d’urgence

21 12 2015

ca_suffit_comme_ca.jpgEn réaction à l’horreur des attentats, l’état d’urgence a été décrété par le gouvernement, puis aggravé et prolongé pour une durée de trois mois. Nos organisations ont immédiatement exprimé leurs craintes vis-à-vis de ce régime d’exception ; ces craintes sont aujourd’hui confirmées par l’ampleur des atteintes aux libertés constatées depuis quelques semaines. Nous assistons à un véritable détournement de l’état d’urgence qui cible également des personnes sans aucun lien avec des risques d’attentat. Ces abus doivent cesser.
La volonté de se rassembler et de manifester ensemble a prévalu après les attentats commis à Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, en janvier 2015. Elle prévaut encore. Or, depuis le 13 novembre 2015, les interdictions visant les mobilisations sur la voie publique se multiplient. Manifester n’est plus un droit, et les rares concessions accordées par les préfectures, qui attendent souvent le dernier moment pour informer de leurs intentions, entravent dans les faits son exercice.

Illustration : liberte.press

mardi, décembre 8 2015

Le mythe de la dédiabolisation du FN

8 12 2015

Mme_Le_Pen.jpgDepuis que Marine Le Pen a été élue présidente du Front national, en janvier 2011, sa stratégie de conquête du pouvoir passe par la « dédiabolisation », visant à donner du FN l’image d’un parti « comme les autres ». Il s’agit notamment de montrer qu’il n’est ni raciste, ni xénophobe, ni surtout antisémite. Marine le Pen, pour sa part, n’a jamais tenu de propos antisémites ou négationnistes, et elle a plus d’une fois condamné les propos antisémites de son père. Elle se présente même comme le meilleur rempart de la communauté juive contre « l’antisémitisme islamique », cherchant, non sans succès, à séduire une partie de cet électorat. Comme le souligne Jérôme Fourquet : « quel meilleur gage de “normalisation” qu’un score élevé (ou conforme à la moyenne nationale) du FN dans l’électorat de confession juive ? ». Et elle vise également l’électorat musulman, comme en témoigne la campagne de son parti en Île-de-France pour les régionales : des tracts sont distribués portant la mention « Musulman peut-être, mais Français d’abord », tandis qu’une affiche intitulée « Quelle banlieue voulez-vous ? » montre d’un côté, une jeune femme portant un bonnet phrygien et le drapeau tricolore peint sur ses joues, de l’autre la même jeune femme portant un niqab.

Illustration : laviedesidees.fr

dimanche, décembre 6 2015

Face au FN, un autre récit national

6 12 2015

livre_FN.jpgAprès les attentats du 13 novembre, il est devenu plus urgent que jamais de contrer la montée du Front national (FN). Au-delà du chômage et de l’incapacité des partis de gouvernement à le faire reculer, on ne peut comprendre le succès exceptionnel de l’extrême droite en France par rapport aux autres pays européens sans prendre en compte sa capacité à surfer sur le «déclinisme», et le malaise particulier qu’il suscite dans la société française. La nostalgie du «bon vieux temps des colonies» était inscrite dans les gènes du FN. Mais son expansion récente doit beaucoup à son appropriation de la phraséologie gaulliste laissée en déshérence par ses héritiers officiels.
Pour combattre le FN, on peut, certes, essayer d’être plus cocardier que lui en brandissant le drapeau bleu-blanc-rouge à tout bout de champ ou en faisant chanter la Marseillaise dans les écoles. On peut aussi envoyer le Charles-de-Gaulle et les avions français sur de nouveaux théâtres d’opération. Mais, en matière de chauvinisme, les électeurs préféreront sans doute l’original à la copie et, sur le plan militaire, ce mirage de grandeur se heurte rapidement au mur du réel. Pour contrer efficacement le FN, il faudrait, au contraire, avoir le courage de lui opposer un autre «récit national» : la France n’est plus et ne sera plus jamais une grande puissance, et c’est très bien ainsi.

jeudi, décembre 3 2015

Les véritables saboteurs du climat

3 12 2015

pollution.jpgLe changement climatique, à qui la faute ? Vous, moi, les Etats, les riches, les pauvres ? Oui, mais pas seulement. Derrière les émissions de gaz à effet de serre, des multinationales et des banques s’obstinent au nom du profit à maintenir le vieux monde, fondé sur le charbon, le pétrole ou le gaz. Elles financent les climato-sceptiques et influencent les gouvernements par un lobbying d’autant plus intense qu’il est caché. Elles soutiennent une agriculture industrielle désastreuse et une déforestation dramatique. Elles brandissent l’éco-blanchiment pour détourner les regards.
Dans cette enquête fourmillant d’informations méconnues, Nicolas de La Casinière démonte les ressorts de la mécanique qui empêche une lutte résolue pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une mécanique où de grandes groupes français, comme Total, Société générale ou Michelin, jouent un rôle notable. Pour enrayer le changement climatique, il faut empêcher de nuire les saboteurs du climat. En commençant par bien les connaître.

mercredi, décembre 2 2015

La sociologie excuse-t-elle les terroristes ? (et autres sottises)

2 12 2015

citation_Spinoza.jpgAu Sénat, le jeudi 26 novembre, le sénateur communiste Christian Favier a demandé à Manuel Valls quelles politiques publiques il comptait mettre en œuvre après les attentats du 13 novembre « pour que toute la jeunesse, sans discrimination ni stigmatisation, puisse redonner sens à sa vie, reprendre confiance en son avenir et renouer avec l'espoir d'une vie meilleure ». Ce à quoi le Premier ministre a répondu qu'il fallait bien entendu « mener une lutte implacable contre la radicalisation ». Il a cependant ajouté sur un ton véhément, reprenant des propos qu'il avait déjà tenu la veille à l'Assemblée nationale : « Mais moi je vous le dis : j'en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques à ce qu'il s'est passé ». Le propos n'a, hélas, rien d'original. Voilà plus de quinze ans que revient régulièrement dans la bouche des responsables politiques et de certains journalistes l'argument selon lequel la sociologie – et les sciences sociales en général – « excuseraient » les comportements les moins acceptables en mettant en évidence le poids des déterminismes sociaux, tendant à nier par là le fait que les individus sont responsables de leurs actions.

vendredi, octobre 30 2015

La haine des causes et les intellectuels du déclin

30 10 2015

Le_crieur_2.GIFQu’il s’agisse de la crise grecque ou des menaces terroristes, des enjeux sécuritaires ou des questions économiques, la politique contemporaine dans sa version dominante a choisi d’ignorer ce qui fait les sociétés : leur histoire, leurs structures, leurs contradictions sociales et, par-dessus tout, leur foncière diversité ethnique, culturelle et religieuse. Les sciences humaines et sociales sont ainsi bannies, discréditées ou vilipendées, au nom du fait qu’elles installeraient une « culture de l’excuse ».
Tout effort d’explication historique ou d’analyse sociologique d’un phénomène social est disqualifié comme tentative de justification. Aussi absurde que grossier, ce soupçon est une arme idéologique au service de l’ordre établi, justifiant une politique fière de ne plus penser à long terme. Évacuées, les causes sociales de la délinquance, les origines historiques de l’État islamique et de la décomposition du Moyen-Orient, les fondations idéologiques de la crise des dettes publiques et de la zone euro. Circulez, il n’y a plus rien à penser !

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