Controverses, polémiques, pétitions

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jeudi, décembre 18 2014

Droit d’asile et République: mythologie et propagande

18 12 2014

Ofpra.jpgLundi 1er décembre 2014. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a beaucoup à se faire pardonner depuis la mort de Rémi Fraisse, publie dans le journal Libération une tribune pour défendre une « réforme ambitieuse de l’asile » conforme, selon lui, à la tradition et aux valeurs républicaines. Pour illustrer cette proposition générale par des exemples précis et flatter tout à la fois sa faible majorité à l’Assemblée nationale et un électorat socialiste qui, élections après élections, se dérobe toujours plus, le ministre brosse le tableau avantageux d’une France depuis longtemps terre d’accueil ; celle-là même qu’il prétend défendre grâce au projet de loi présenté par le gouvernement. « Patriotes italiens et polonais », « Arméniens, juifs persécutés, résistants antifascistes et républicains espagnols » en témoignent pendant l’entre-deux-guerres. Relativement à ces derniers, c’est ignorer l’histoire et le sort indigne qui leur fut réservé par les autorités de la Troisième République.

Photo : lefigaro.fr

vendredi, décembre 12 2014

Evaluation médicale ou évaluation managériale ?

12 12 2014

hopital.jpgUn des points clés de l’évaluation de la qualité et de la sécurité des soins concerne son objectif : vise-t-elle à évaluer les procédures mises en œuvre dans les établissements de soins, à les accréditer sur des critères réglementaires, ou plutôt à considérer les conséquences des soins à court ou plus long terme sur la vie des patients; doit-elle prendre en considération l’intérêt général ou l’intérêt particulier du malade ? Notre collègue Laurent Degos était reçu par The International Society for Quality in Health Care jeudi 27 novembre dernier à Dublin pour y prononcer une conférence intitulée : « A Medical or a Managerial approach for assessment of Quality and Safety ».
Laurent Degos insiste sur le fait que l’évaluation portant sur les procédures passe à côté du véritable objectif des soins : améliorer l’état de santé et la qualité de vie des patients. Il est en effet utile de relativiser ou même de remettre en cause les méthodes actuelles de certification des hôpitaux, le paiement à la performance des établissements et des médecins, la protocolisation généralisée…pour mettre en valeur le travail et les résultats cliniques.

Photo : rue89.nouvelobs.com

mercredi, décembre 3 2014

Après Ferguson, la loi et l’ordre en questions

3 12 2014

ferguson.jpgD’après un sondage du Huffington Post, publié fin novembre, 62% des Noirs américains rendent l’officier de police Darren Wilson responsable de la mort de Michael Brown contre 22% des Américains de race blanche. Il y a deux ans, la division raciale s’exprimait de la même manière, après l’acquittement du vigile Zimmerman en Floride, à première vue coupable d’avoir tiré sur un jeune noir désarmé, Trayvon Martin. Cette fois encore, le verdict du grand jury du Missouri ne changera pas les attitudes des uns, toujours rangés du côté de la police et des autres, se disant las de voir leurs enfants abattus par des policiers blancs en toute impunité. Me trouvant à NY au moment même des mobilisations consécutives au verdict et à la suite de conversations, d'observations et de lectures, j'ai souhaité poser quelques questions sur la partialité du procureur de Saint Louis, Robert McCulloch, qui a dirigé les débats du grand jury.

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dimanche, novembre 30 2014

Alain Bauer a profité de contrats de complaisance à la Caisse des dépôts

30 11 2014

vive_le_fric01.jpgC’est une nouvelle en apparence microcosmique mais qui en dit long sur les intrigues, les jeux d’influence et les passe-droits qui se nouent parfois dans les coulisses du pouvoir : ami intime de l'actuel premier ministre et ancien grand maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, qui use de sa qualité de professeur en criminologie pour décrocher des missions de conseil en sécurité auprès des grandes entreprises, a bénéficié de contrats et d’avantages secrets auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), du temps où celle-ci avait pour directeur général Augustin de Romanet, puis à nouveau sous Jean-Pierre Jouyet.
Devenant directeur général de la CDC en juillet dernier, derrière J.-P. Jouyet parti le remplacer à l’Élysée comme secrétaire général, Pierre-René Lemas a (...) eu la surprise de découvrir que sa nouvelle maison était liée par contrat à la société d’A. Bauer. Aussitôt, M. Lemas a donc donné des instructions pour que ce contrat ne soit pas renouvelé. D’abord parce qu’il était très onéreux : 200 000 euros par an. Ensuite parce qu’il s’agissait de sommes dépensées totalement à fonds perdus. A. Bauer se bornait en effet en contrepartie des sommes qu’il empochait à transmettre à la CDC quelques notes sur les risques sécuritaires dans le monde et en France, notes qui pour la Caisse n’avaient strictement aucune utilité.

Illustration : cinema-francais.fr

samedi, novembre 29 2014

La restauration : un univers de travail très violent

29 11 2014

commis_de_cuisine.jpgA 44 ans, Eric Guerin a été formé à la « marche ou crève », méthode qui consiste à éliminer les plus faibles par l’intimidation, l’humiliation, voire les coups. « Une fois, j’étais en train de laver les champignons. J’avais mis trop d’eau dans la gamelle. Mon chef m’a pris la main, l’a posée sur un fourneau et appuyé une casserole brûlante dessus. J’avais 18 ans. Si j’avais été plus fragile j’aurais pu tout arrêter. » La cicatrice qu’il a depuis sur la main lui rappelle cet épisode traumatisant, mais loin d’être inédit à l’époque. « Il m’est arrivé de faire des services entiers pendant lesquels toute la cuisine pleurait. »
Aujourd’hui à la tête d’un restaurant prestigieux (étoilé depuis 2000), il refuse de reproduire ce qu’il a vécu. « C’est peut-être une formation qui fonctionne – je n’ai plus jamais mis trop d’eau dans les champignons – mais est-ce que c’est vraiment par là qu’il faut passer ? »

Photo : cfa-montbeliard.org

dimanche, novembre 16 2014

La pédagogie est un combat social

16 11 2014

reactionnaires_et_ecole.jpgLancement d’une association de parents d’élèves par Farida Belghoul, initiatrice de la Journée de retrait, hommage appuyé de Jean-Paul Brighelli au programme éducatif du FN, quelques semaines avant la sortie de son nouvel ouvrage, refus par le maire frontiste de Beaucaire d’inscrire des enfants « étrangers » dans les écoles de sa commune, déclarations de Michel Onfray selon lesquelles défendre l’idée « d’apprendre à lire, écrire et compter serait devenu réactionnaire ». Ces dernières semaines, les postures et les propos réactionnaires sur l’école ont fait la une de l’actualité.
Les rentrées scolaires sont une occasion sans cesse renouvelée de se pencher sur l’état de l’école et peut-être aussi, pour beaucoup, une invitation à porter un regard empreint de nostalgie sur son enfance... La rentrée 2014, quant à elle, a surtout été marquée par une multiplication d’attaques et de provocations réactionnaires complaisamment relayées dans les médias. Longtemps considéré comme une insulte, ce terme de « réactionnaire » est aujourd’hui revendiqué et encensé...

Illustration : jegoun.net

samedi, novembre 15 2014

Les cabinets ministériels ne connaissent pas la crise

15 11 2014

liasse_de_billets.jpgPendant que le peuple se saigne et que le gouvernement veut faire passer l’austérité pour la seule politique possible, les cabinets ministériels de Valls ne connaissent pas les restrictions budgétaires : leurs membres ont vu leurs rémunérations mensuelles brutes moyennes progresser de 7,1% par rapport à celles du gouvernement Ayrault en 2013. La palme des augmentations revient à l’Enseignement supérieur et la Recherche avec 12 222 euros, soit une augmentation de 10%, à égalité avec les conseillers de Valls.
Il n’est pas certain que les personnels de l’Enseignement supérieur et de la Recherche apprécieront d’apprendre que le coût des collaborateurs de Geneviève Fioraso et des fonctionnaires de son Secrétariat d’État a augmenté de 10% : de 11 140 euros en 2013 le salaire mensuel brut moyen serait passé à 12 222 euros en 2014, prime comprise.

jeudi, novembre 13 2014

Une cinquième République crépusculaire

13 11 2014

sarkozy_fillon.jpg« Fillon a sollicité l’Élysée pour accélérer les poursuites judiciaires contre Sarkozy. » L'information nourrit aujourd'hui une polémique vaudevillesque. Mais la question de savoir qui est le maître des intrigues, lequel est le plus cynique ou manipulateur, n'a d'intérêt que pour le microcosme politique. Le scandale est ailleurs : il tient au caractère parfaitement plausible de cette information.
Elle est d'abord plausible parce que, M. Sarkozy étant président et M. Fillon premier ministre, les immixtions du pouvoir dans le cours de la justice ont été nombreuses et assumées. Un nombre considérable de dossiers ne suivait pas son cours normal, dont le Syndicat de la magistrature a dressé la liste dans une "lettre ouverte à ceux qui feignent de croire à l'indépendance du parquet". Même le procureur général de la Cour de cassation faisait part, lors d'une audience de rentrée, de sa très vive inquiétude : il parlait d'un parquet en situation de coma dépassé. Que M.Fillon ait gardé l'opinion que le parquet est aux ordres du pouvoir n'aurait donc rien de surprenant.

Photo : francetvinfo.fr

vendredi, octobre 31 2014

Transparence et intégrité du lobbying, un enjeu de démocratie

31 10 2014

Transparency-International.jpgDans le dernier rapport de Transparency International sur le lobbying, la France obtient des notes très médiocres en matière de traçabilité d’une décision publique, d’intégrité (opacité, conflits d’intérêts, pantouflage, trafic d’influence, corruption) et d’équité (consultation équilibrée des différents groupes d’intérêts concernés par un sujet en débat, l’équité d’accès aux décideurs).
Le lobbying joue un rôle croissant dans l’élaboration de la décision publique. Les organisations y consacrent du temps et des budgets croissants, ce qui, notamment en période de crise, témoigne d’emblée de l’importance de cet enjeu. Lorsque son usage est rendu clair et transparent, il peut contribuer à apporter aux décideurs publics des éléments d’information et de compréhension sur des questions toujours plus complexes. A contrario, un lobbying non régulé peut entraîner des abus, dont il peut résulter des décisions répondant plus à des intérêts particuliers privés qu’à l’intérêt général, des coûts indus pour la collectivité et une altération grave de la confiance des citoyens envers leurs élus et leurs institutions. L’affaire du Mediator en est un exemple.

mardi, octobre 28 2014

Comment faire carrière en politique sans mettre un pied dans la vraie vie

28 10 2014

vraie_vie.jpg« Cela » ? Perdre tout pied dans la réalité, n’avoir plus le sens commun. Agir comme si l’on était au-dessus de la règle la plus élémentaire, ne plus savoir entendre raison ou n’en plus avoir. Je n’ai besoin ni de noms, ni d’exemples : ils ne sont que trop nombreux.
L’explication la plus plausible est la plus simple : ces élus n’ont jamais connu la vie réelle. Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. Compter pour savoir si l’on pourra payer ses deux employés à la fin du mois, si l’on aura soi-même assez pour assumer la scolarité du petit, le loyer… . Suivre de près météo, récoltes et prix des matières premières pour maintenir son exploitation agricole, répondre aux appels les nuits de garde en faisant sur le chemin vers le suivant la revue des traitements qu’on aurait pu oublier, toutes ces heures et ces jours où le réel est dur comme ciment et ou il faut le coltiner sans échappatoire possible, tout cela, ils n’en savent rien.

Photo : allocine.fr

mercredi, octobre 1 2014

L'humanité poursuit la destruction accélérée du reste du monde vivant

1 10 2014

tamarin_pinche.jpgLa planète est malade, et sa guérison semble de plus en plus incertaine. La pression exercée par l'humanité sur les écosystèmes est telle qu'il nous faut chaque année l'équivalent d'une Terre et demie pour satisfaire nos besoins en ressources naturelles, tandis que le déclin de la biodiversité est sans précédent. Ce sont les conclusions alarmantes du Fonds pour la nature (WWF), dans la dixième édition de son rapport Planète Vivante, le bilan de santé le plus complet de la Terre.
Ce rapport bisannuel, réalisé avec la société savante Zoological Society of London et les ONG Global Footprint Network et Water Footprint Network, et présenté à l'Unesco mardi 30 septembre, se fonde sur trois indicateurs. Le premier, l'indice planète vivante (IPV), mesure l'évolution de la biodiversité à partir du suivi de 10 380 populations (groupes d'animaux sur un territoire) appartenant à 3 038 espèces vertébrées de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons. Résultat : les effectifs de ces espèces sauvages ont décliné de 52 % entre 1970 et 2010. Autrement dit, la taille de ces populations a fondu de moitié en moins de deux générations.

Photo : la-vallee-des-singes.fr

vendredi, août 29 2014

Nouvelle saillie anti-magistrat d'un représentant du lobby sécuritaire

29 08 2014

code_penal.jpgAh ces juges rouges laxistes ! On ne s’en lasse pas. Interviewé dans le Figaro suite à une série d’homicides à Marseille, Toulouse et Montpellier, Alain Bauer, consultant en sécurité, conclut en pointant la responsabilité des magistrats. Grosso modo – je caricature à peine - les policiers font le job contre la criminalité organisée, mais les juges « refusent de punir ceux qui sont issus des banlieues ».
Voici la citation exacte : « Le maillon faible reste la réponse judiciaire: trop de magistrats, imprégnés de la harangue d'Oswald Baudot, théoricien du Syndicat de la magistrature, jugent encore en fonction de leur idéologie et refusent de punir ceux qui sont issus des banlieues. Au prétexte qu'ils ont connu la discrimination, le racisme ou l'exclusion, ils bénéficieraient d'un soi-disant droit à la compensation. C'est la porte ouverte à une dangereuse impunité ».

dimanche, juillet 20 2014

Que faire avec 46 milliards d’euros ? Testez l’évaluateur des dépenses publiques

20 07 2014

interrogatif.jpgLe gouvernement a choisi de réduire les prélèvements. La baisse atteindra 46 milliards d’euros chaque année à partir de 2017. Pourtant, ces milliards auraient permis d’accorder, par exemple, un minimum social de 500 euros par mois à 200 000 jeunes (1,2 milliard), de rénover et construire chaque année 100 000 logements sociaux (trois milliards), d’ouvrir 200 000 nouvelles places de crèche supplémentaires pour quatre milliards d’euros, de créer 300 commissariats dans les quartiers sensibles pour environ un milliard d’euros, d’allouer un chèque autonomie de 500 euros mensuels à 500 000 personnes âgées démunies (trois milliards), de créer 200 000 emplois d’aides éducative en milieu scolaire (cinq milliards), de proposer un chèque loisirs-culture de 350 euros par an à 14 millions de jeunes de moins de 20 ans (4,8 milliards), de créer 200 000 emplois d’utilité publique par an (quatre milliards), de rendre accessibles les bâtiments publics aux personnes à mobilité réduite (deux milliards pour une année), ou encore de rénover 6 000 places de prison par an (un milliard)...

Illustration : passion-ecriture.e-monsite.com

jeudi, juin 12 2014

A qui profite la Coupe du monde de football ?

12 06 2014

coupe_du_monde.jpgSous les feux des médias, la grande messe planétaire de la Coupe du Monde de football. Dans l’ombre, la triste réalité de la société brésilienne. Flambées de violence, répression policière brutale… des centaines de blessés, des assassinats ciblés, des disparitions, près de 10.000 familles expulsées… La situation sociale devient explosive au Brésil où les protestations contre la gabegie de la Coupe du Monde de football se multiplient, et alors que la police militaire s’est installée durablement dans les favelas de Rio où de vastes programmes de transformation urbaine sont engagés depuis quelques années. L’indécence des milliards dépensés en pure perte dans un contexte de paupérisation absolue des masses populaires brésiliennes montre une nouvelle fois l’absurdité du capitalisme mondialisé où se côtoient dénuement total et dépenses somptuaires.

Photo : ouest-france.fr

lundi, juin 2 2014

Les impasses d’un couple obscène

2 06 2014

gouvernement_et_medias.jpgContrairement à ce que suggèrent bien des commentaires ou la titraille des journaux, ce n’est pas « le triomphe du Front national qui dévaste le paysage politique français » (Le Monde daté du 27 mai), c’est la déstructuration de ce paysage qui rend le mieux compte du succès du FN. Nous vivons le déclin, peut-être historique, d’une formule qui a vécu une bonne quarantaine d’années, et a assuré la sortie des Trente Glorieuses bien plus que l’entrée dans une ère nouvelle. Cette formule désormais à bout de souffle reposait non pas sur un seul type d’acteur, les partis, avec leurs élus, leurs responsables, les institutions où ils siègent, les militants, les sympathisants, les intellectuels organiques, mais sur deux : comment ignorer ici les médias classiques, avec leurs journalistes, leurs rédactions, leurs relations devenues souvent presque incestueuses avec la classe politique ?
Le cycle politico-médiatique qui s’achève a été dominé par ce tandem, la crise actuelle est la sienne. Ce cycle a été inauguré au début des années 70, quand se met en place un paysage politique structuré autour de deux forces.

Photo : partenia2000.over-blog.com

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