Controverses, polémiques, pétitions

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mardi, juin 26 2018

Chercheurs sous surveillance : le retour du bâillon ?

26 06 2018

Un colloque s’est tenu ce mois de juin à Aix-en-Provence, qui laisse apparaître l’inquiétude du monde de la recherche face à ce que certains universitaires dénoncent comme un dangereux mélange des genres, voire une surveillance. Le colloque s’intitulait “Terrains et chercheurs sous surveillance. (Auto)contrôle, (auto)censure et mise en administration des sciences sociales”.
“Surveillance” apparaît un cran en dessous de “l’obsession sécuritaire” dénoncée par une autre initiative, qui a vu le jour au même moment à travers une pétition d’une soixantaine de chercheurs CNRS. Les signataires dénoncent les pressions et les menaces sur le financement de certaines recherches et s’opposent au partenariat que le CNRS vient de conclure le 30 mai 2018 avec la direction du renseignement militaire (DRM). Ce partenariat permettrait au ministère de la Défense de financer certains projets de recherche, voire de mettre à profit les enquêtes des chercheurs en train de se faire sur le terrain.

vendredi, juin 15 2018

« Trop de pognon » dans les aides sociales ? La face cachée du non-recours

15 06 2018

Le 29 mai, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, estimait sur RTL qu’il y a trop d’aides sociales en France, distinguant les aides sociales utiles pour les « gens qui sont cassés par la vie » (Allocation aux adultes handicapés, Allocation de solidarité aux personnes âgées) des aides sociales qui entretiennent l’inactivité.
Le 12 juin, le président de la République, Emmanuel Macron, indiquait dans une vidéo filmée par son service de communication qu’« on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif ».
Ces deux interventions dénotent une incompréhension profonde de notre protection sociale qui vise à sécuriser les parcours de vie par des mécanismes d’assurance (rôle intégrateur fort du travail) et de solidarité.

mercredi, juin 6 2018

Affaiblissement de la loi littoral : nos côtes en danger d’urbanisation

6 06 2018

Le littoral fait toujours l'objet de nombreuses convoitises : pressions foncières importantes, urbanisation accélérée, projets économiques axés sur le tourisme… le tout au détriment du maintien des activités agricoles, maritimes locales respectueuses de l’environnement et des espaces naturels riches de leur biodiversité. Avec la loi « Littoral », la France a préfiguré et donné à voir ce que peut être une politique concrète de développement durable avec ses dimensions économiques, sociales et environnementales.
Depuis plusieurs années et particulièrement depuis un an, des parlementaires prônent l'assouplissement de la loi. Il s’agit en réalité de l'affaiblir, tout en feignant d'en louer les mérites. Telle est la scène qui s'est à nouveau jouée à l’Assemblée Nationale, selon un scénario bien au point : la rédaction d'amendements de dernière minute, non concertés, sans étude d'impact, discutés hâtivement. L’exact contraire, au fond, de ce que devrait être une démocratie participative. A l’occasion de l’examen du projet de loi ELAN, la commission des affaires économiques a donc adopté des amendements, permettant d'ouvrir des espaces naturels et agricoles littoraux à de nouvelles zones d'activités économiques et pôles d’urbanisation et de pouvoir y construire par exemple des centrales solaires, des plateformes logistiques ou encore des décharges.

jeudi, mai 31 2018

Réforme de l'université

31 05 2018

En supprimant le recours au tirage au sort qui avait pu être pratiqué les années précédentes dans les formations les plus demandées, et en s’engageant contre la méconnaissance des débouchés, le nouveau dispositif national d’inscription à l’université, Parcoursup, se veut plus rationnel que l’ancienne plate-forme Admissions Post-Bac. Cela suffit-il pourtant à éliminer l’arbitraire des affectations dans l’enseignement supérieur ? Il semblerait plutôt que cet arbitraire ressurgisse sous une autre forme, mieux admise, car conforme au projet d’une société moderne. Le point à travers trois dimensions saillantes de Parcoursup.

mercredi, mai 23 2018

Le retour régulier de la biologisation de l'intelligence et de la réussite scolaire

23 05 2018

1690466L’intelligence et la réussite scolaire sont-elles déterminées génétiquement ? Des recherches menées en génétique comportementale semblent abonder en ce sens, avec une héritabilité qui avoisinerait les 50 %. A la suite de ces résultats, Laurent Alexandre, président de l’entreprise DNAVision et chroniqueur au Monde supplément « Science et médecine..., a cru pertinent d’affirmer dans un hebdomadaire que « ce n’est pas parce qu’il y a des livres dans les bibliothèques des bourgeois que leurs enfants sont de bons lecteurs, c’est parce qu’ils ont reçu un bon patrimoine génétique », et que Bourdieu avait donc eu tort de nier l’importance de la génétique (ce qu’il n’a au demeurant jamais fait). Postulat (plus que) contestable.

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lundi, mai 14 2018

Où va le train des réformes de l'université ?

14 05 2018

Etudiant.jpgAlors même qu’aucune nouvelle loi n’a été votée récemment concernant une réforme en profondeur des universités (la dernière datant de 2013, loi Fioraso), les grandes universités françaises entament pourtant depuis quelques mois un vaste chantier de restructuration sans qu’aucun cadre national ne soit donné publiquement, laissant les acteurs universitaires dans un flou total concernant les buts et finalités des nouvelles structures. Il semble pourtant que tout ceci participe d’une cohérence implacable relevant d’un changement radical de vision de l’université.

Photo : bfmtv.com

samedi, avril 28 2018

Classement mondial de la liberté de la presse 2018 : la haine du journalisme menace les démocraties

28 04 2018

L’édition 2018 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) témoigne de l’accroissement des sentiments haineux à l’encontre des journalistes. L’hostilité revendiquée envers les médias, encouragée par des responsables politiques et la volonté des régimes autoritaires d’exporter leur vision du journalisme menacent les démocraties.
De plus en plus de chefs d’Etat démocratiquement élus voient la presse non plus comme un fondement essentiel de la démocratie, mais comme un adversaire pour lequel ils affichent ouvertement leur aversion. Donald Trump, adepte du “media-bashing” décomplexé, en qualifiant les reporters d’“ennemis du peuple”, use d’une formule utilisée autrefois par Joseph Staline.

mardi, avril 3 2018

Réforme de la SNCF : en finir avec les données fausses

3 04 2018

Sncf_en_greve.jpgLe projet de réforme ferroviaire marque le début d’une double bataille du rail. Cette bataille, c’est d’abord celle de la SNCF confrontée à un risque destructeur, du fait de l’arrivée prochaine d’entreprises concurrentes circulant sur le réseau, mais aussi du fait de l’intensification de la concurrence intermodale avec le développement du covoiturage et du transport par autocar. Mais ce qui se joue également est une bataille des chiffres autour des performances du système ferroviaire français et des effets attendus d’une réforme en cours, déjà qualifiée d’historique. Pour justifier certaines des orientations du gouvernement, une partie des médias et des commentateurs paraissent avoir cédé à des arguments simplificateurs quand ils ne sont pas faux, n’hésitant pas à mobiliser des statistiques tronquées, voire en complet décalage avec la réalité.

Photo : theconversation.com

samedi, mars 31 2018

Le discours sur la révolution numérique est une idéologie

31 03 2018

De plus en plus d’outils et de procédures sont numériques. C’est incontestable : le monde d’aujourd’hui ne ressemble pas à celui existant au siècle dernier. Le numérique est un fait social, massif. Mais le discours disant que cette numérisation est : un, une révolution et, deux, un progrès favorisant la communication est une idéologie (la volonté d’imposer sa vision du monde en niant sa diversité). Pourquoi ?
Tout d’abord, parce qu’il n’y pas que le numérique qui prétend tout changer : toutes les technologies, de l’électricité à la pilule en passant par les nanotechnologies ou le nucléaire peuvent prétendre avoir « révolutionné le monde ».

samedi, mars 24 2018

Faut-il libéraliser la SNCF ? Petite déconstruction du discours politique actuel

24 03 2018

TGV_LVI.jpgRapporter les difficultés financières de la SNCF au statut de cheminot et à son statut de monopole public est devenu un leitmotiv. Celui-ci témoigne cependant d’une ignorance quant aux conditions de naissance de la crise du secteur, qui plonge ses racines dans les décennies d’après-guerre. Le rapport Spinetta et les projets de réforme du Gouvernement Philippe s’inscrivent ainsi dans une tendance lourde, à l’œuvre depuis plusieurs dizaines d’années, mais qui s’est fortement accélérée ces dernières années. L’actuelle réforme projetée, qui s’apparente à un « chantage à la dette », n’est que le parachèvement de cette tendance. Le caractère brutal concernerait ainsi davantage la forme que le fond et, sans mésestimer ses conséquences sociales relatives à la suppression programmée du statut, la réforme en cours ne fait que consacrer une tendance entreprise depuis un certain temps.

Photo : laviedesidees.fr

vendredi, mars 16 2018

L’inefficace répression contre les drogues et la prostitution

16 03 2018

Societe-prostitution-politique.jpgLa Catastrophe invisible (1) n’est pas qu’une sociologie de l’héroïne. Elle présente aussi un dossier à charge contre l’imbécillité meurtrière de la politique française en matière de drogues. Avec 40 000 décès entre 1970 et 2005, le réquisitoire est accablant contre la loi du 31 décembre 1970. Adoptée après 1968 par une droite revancharde et renforcée dans les années 1980 par une gauche démagogue, elle a condamné la toxicomanie à la clandestinité, et favorisé les dérives délinquantes, les empoisonnements aux produits frelatés et des milliers de contaminations par le sida et les hépatites. Combien de pertes humaines a-t-il fallu subir avant que soient adoptées la vente libre des seringues, la réduction des risques, la substitution et les salles de shoot ?

Photo : liberation.fr

dimanche, mars 11 2018

Qui veut casser le service public ? Et la sécurité ?

11 03 2018

Curieusement alors que le nouveau pouvoir exécutif a eu la démonstration d’un malaise profond au sein de diverses administrations, il évoque sans beaucoup de respect pour l’ensemble des fonctionnaires un plan visant à diminuer de 120.000 fonctionnaires deux des trois fonctions publiques.
Ainsi 70.000 postes doivent disparaître dans la fonction publique territoriale. On peut d’ailleurs s’interroger quant à la cohérence de cette requête de l’état puisqu’il n’est pas l’employeur de ces fonctionnaires, mais il est vrai qu’il est assez aisé de demander aux autres de faire des efforts.
Pour l’état, c’est donc 50.000 postes qui vont disparaitre, sur près de 2 millions de fonctionnaires dans les diverses administrations.

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mercredi, février 28 2018

La fin de l’impunité : #metoo et #balancetonporc

28 02 2018

À la fin de l’année 2017, plus d’une trentaine d’actrices ont accusé le producteur Harvey Weinstein de s’être rendu coupable de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol à leur encontre. Peu de temps après, des millions de femmes ont posté le message « me too » (« moi aussi ») sur Twitter, Snapchat, Facebook et les autres plateformes de réseaux sociaux à la suite de l’appel de l’actrice Alyssa Milano. Celle-ci a alors expliqué qu’elle s’était elle-même inspirée de la militante afro-américaine Tarana Burke qui avait lancé en 2007 une campagne déjà intitulée « Me too », mais hors d’Internet, afin de dire aux survivantes d’abus sexuels qu’elles n’étaient pas seules. En lançant cette campagne sur les réseaux sociaux, Alyssa Milano espérait que celle-ci déplacerait l’attention de Weinstein vers ses victimes tout en « permettant aux gens de réaliser l’ampleur du problème ». En France, la veille même du jour où Milano a lancé le mot d’ordre « #metoo », une campagne analogue avait débuté sur les réseaux sociaux avec comme hashtag « balance ton porc ».

jeudi, février 22 2018

Le registre des armes à feu : cafouillage ou réalité politique ?

22 02 2018

armes-epaule-registre.jpgErreurs dans la méthodologie employée, collecte de données trop souvent partisanes, émotivité des uns, radicalisme des autres, le spectre entourant le discours sur le registre des armes à feu ressemble à bien d’autres débats où tout semble avoir été dit et pourtant, des questions demeurent. Est-ce que la simple possession d’une arme à feu fait de son propriétaire légitime un individu potentiellement dangereux ? Pourquoi cette obstination du Québec à vouloir le ressusciter lorsque le reste du Canada n’a pas cru bon de le rouvrir depuis son abolition en 2012 ? Sur quel principe repose cette interdiction alors que les armes dites prohibées ou à autorisation restreinte sont déjà sous contrôle du gouvernement fédéral depuis 1943 ?

Photo : ici.radio-canada.ca

dimanche, janvier 7 2018

Jusqu’où le médicosocial doit-il être le bras armé des politiques répressives ?

7 01 2018

Travail_medico_social.jpgIl y a 10 ans était adoptée une loi dite « prévention de la délinquance » largement commentée en son temps (loi du 5 mars 2007). Il faut dire qu’elle marquait un tournant en ce qu’elle prévoyait dans nombre de ses dispositions le partage d’informations entre les maires et les professionnels d’action sociale, particulièrement en ce qui concerne les familles connaissant des difficultés éducatives.
Même si elle n’a pas été couronnée des effets attendus par certains, craints par d’autres – et ce malgré toutes les chartes nationales visant à faciliter le partage - elle n’a jamais été remise en discussion politique et législative. Bien au contraire : il est désormais politiquement établi que les acteurs sociaux doivent participer à des objectifs aussi divers que la lutte contre la fraude, au repérage de la radicalisation ou la lutte contre l’immigration clandestine.

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