Discours politiques et législation

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mardi, juillet 14 2015

Assez de sécurité mais pas assez de liberté et de justice pour le Parlement européen

14 07 2015

security.jpgLe Parlement européen vient de se prononcer cette semaine sur un rejet très clair de tout amalgame : immigration illégale-terrorisme, insécurité-migrants et Islam et terrorisme. Approuvée après le drame de Saint-Quentin-Fallavier, les députés européens saluent dans cette résolution les mesures de sécurité préconisées à l’échelon européen et valident par la même occasion les grands axes du "Programme européen de sécurité" présenté par la Commission européenne en avril dernier, et validé par les 28 ministres de l’Intérieur en juin. Cependant, très critiques, ils déplorent l’absence de la dimension "justice" et "prévention", tout en insistant sur le fait que, pour lutter efficacement contre la criminalité, il convient de s’intéresser à ses causes profondes, notamment la montée des inégalités, la pauvreté et les violences raciales. Seule sera efficace, d’après eux, une approche plus large fondée sur une action au niveau social, au niveau de l'emploi et au niveau de l'éducation.

samedi, juin 27 2015

Les errements de l'Etat sur la question du recrutement et de la formation des Imams

27 06 2015

Priere_mosquee.jpgAlors que le gouvernement souhaite former les imams à la laïcité, le chercheur Olivier Roy, spécialiste de l'islam et enseignant à l'Institut universitaire européen de Florence, préconise de se tourner vers des musulmans français de deuxième ou troisième génération, plutôt que d’accueillir des recrues étrangères. Il revient sur les difficultés, voire les contradictions, d’instaurer une formation digne de ce nom.
Dans sa volonté de réorganiser l’islam de France, le gouvernement a annoncé le développement des formations civiles et civiques destinées aux imams. Que pensez-vous de cette initiative décidée dans le contexte post-attentats de janvier ?
Elle me semble très mal engagée, parce qu’elle repose sur un certain nombre de malentendus profonds et de présupposés mal assumés. D’abord, le principe de laïcité, que le gouvernement proclame sans cesse, interdit à l’Etat de s’immiscer dans l’organisation d’un culte.

samedi, juin 13 2015

Le nouvel ordre mural. Petite histoire des dispositifs anti-graffitis

13 06 2015

graf_banksy.jpgAprès des millénaires durant lesquels les graffitis faisaient partie du paysage urbain, le XIXe siècle a inauguré leur criminalisation : les transformations urbanistiques de Paris sous le préfet Haussmann ont développé une forme d’architecture préventive, renouvelée au XXe siècle en réponse à l’explosion des tags. Si la lutte anti-graffiti était initialement liée à la traque de l’écrit « subversif », depuis la fin du XXe siècle elle réfute toute considération d’ordre moral, associant désormais systématiquement cette pratique au vandalisme et à la pollution visuelle. Seul un caractère esthétique lui ouvre parfois les portes d’une reconnaissance, bien souvent intéressée.

Photo : skeudsleblog.20minutes-blogs.fr

samedi, mai 30 2015

L’islam et les pouvoirs publics en France

30 05 2015

mosquee.jpgL’islam en France a d’abord été une religion d’immigrés. Pour les pouvoirs publics français il s’agissait aussi d’une « religion immigrée », c’est-à-dire une religion qui, à l’image des travailleurs qui la pratiquaient, n’avait pas vocation à s’installer durablement sur le territoire. Avec le temps, les citoyens français de confession musulmane sont devenus de plus en plus nombreux et désormais on présente volontiers l’islam comme « la seconde religion de France ». Il n’en demeure pas moins vrai que la structuration du culte musulman sur le territoire métropolitain demeure, aujourd’hui encore, indissociable de l’histoire de l’immigration maghrébine, ouest-africaine, ou encore turque dans certaines régions. Ce processus d’organisation du culte musulman s’est déroulé en trois temps.
Le premier âge court pour l’essentiel des immigrations coloniales jusqu’à l’année 81, année de la loi sur la libéralisation du droit d’associations pour les étrangers. Durant cette première période, la structuration du culte musulman reste timide, très informelle et largement dépendante des structures d’encadrement de la main d’œuvre immigrée. Les salles de prières qui ouvrent se trouvent dans des foyers de travailleurs isolés, dans des usines. Et ces ouvertures se déroulent avec l’accord des responsables de foyers ou d’usine, la pratique de la religion musulmane étant alors perçue comme une sorte d’antidote au gauchisme.

vendredi, mai 8 2015

L'hésitation à réformer la justice des mineurs

8 05 2015

jdj_couv_343.jpgDe l’aveu même de Christiane Taubira, ministre de la justice, la réforme annoncée de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante ne passera pas la rampe.
Malgré les efforts des rédacteurs réunis par la directrice de la Protection judiciaire de la jeunesse auxquels se sont associés des magistrats de l’enfance, la peur gouvernementale de se faire taxer de laxisme l’emportera sur les ambitions réformatrices annoncées par la Président de la République.
Quand même, la loi du 15 août 2014 avait supprimé les peines plancher, ainsi que l’automaticité de l’exclusion du bénéfice de la réduction de peine pour les crimes d’atteinte volontaire à la vie ou à l’intégrité physique ou psychique de la personne ou les délits de violences volontaires, d’agression sexuelle, commis avec la circonstance aggravante de violences, lorsqu’ils ont été commis en état de récidive légale.
La perspective de systématisation de la privation de liberté pour les mineurs les plus en difficulté faisait perdre tout sens aux principes de l’ordonnance de 1945 et au prescrit de la Convention des droits de l’enfant. Et pourtant, le texte que nous analysons dans ces colonnes ne démantèle pas toutes les procédures d’accélération de la comparution devant le Tribunal pour enfants introduites au cours des années 2002-2012, à la nuance près qu’il introduit le principe de la césure permettant de statuer d’abord sur la culpabilité en reportant l’individualisation de la mesure éducative ou de la peine à plus tard (six mois)... sans préjudice des mesures provisoires qui peuvent toujours aller jusqu’à la détention.

jeudi, mai 7 2015

Le droit d’amendement citoyen : une démocratie collaborative ?

7 05 2015

citoyen_participatif.jpgInutile de développer : la politique va mal. Cette situation n’est pas le fait exclusif des scandales qui, de Cahuzac à Bygmalion, érodent la confiance des Français. La crise de la représentation leur est très largement antérieure même si ces affaires nourrissent le poujadisme et amplifient la contestation, qu’elle prenne la forme radicale du vote FN ou de l’abstention. Le parlement est devenu un théâtre sans spectateurs. Les Français ont le sentiment d’une discussion en vase clos, entre initiés. Un débat à guichet fermé dont ils sont exclus.
Alors que nos concitoyens sont sondés tous les jours par les instituts, qu’ils peuvent disposer d’une information quasi illimitée sur Internet, qu’ils commentent et se mobilisent sur les réseaux sociaux, ils ont le sentiment d’être dépossédés de toute capacité réelle d’intervention dans le débat public entre deux échéances électorales. Le déficit démocratique est si obsédant que tous les partis cherchent aujourd’hui comment retrouver le peuple.

Photo : orleans.fr

mercredi, mai 6 2015

Racisme : la loi sur la liberté de la presse comme bouc émissaire ?

6 05 2015

reperes_antiracistes.jpgIl en va des lois comme des parias ; on les accuse de tous les maux lorsqu’on souhaite en faire des boucs émissaires. Tel est aujourd’hui le procès fait à la loi sur la liberté de la presse de 1881 ; imprécise, lente, laxiste, elle serait une figure de l’impuissance face aux agressions racistes, à un antisémitisme désinhibé, aux trop nombreuses discriminations. Un tel acte d’accusation peut résonner puissamment dans une société traumatisée par les attentats de janvier, alors même que le gouvernement a proclamé sa volonté de faire de la lutte contre le racisme une grande cause nationale. Appliquer simplement la loi Il y a de quoi faire !
On pourrait, par exemple, donner de vrais moyens à l’institution judiciaire, appliquer la circonstance aggravante de racisme, d’antisémitisme ou d’homophobie alors qu’aujourd’hui elle est trop souvent rejetée, quand elle n’est pas simplement ignorée ; on pourrait même imaginer un engagement réel des parquets lorsqu’ils constatent des abus, sans que les associations aient besoin de tirer, encore et encore, la sonnette d’alarme.

mercredi, avril 29 2015

On ne lutte pas contre le terrorisme avec des moyens militaires

29 04 2015

djihadistes.jpgDans les pays démocratiques, tout le monde est coincé entre des objectifs contradictoires : respecter les libertés publiques et empêcher les gens de partir en Syrie (en les privant de leur carte d’identité...). Il s’agit alors d’une prévention contre un hypothétique délit, qui entrave la liberté d’un individu faute de dossier pénal suffisant pour l’arrêter... la situation est donc compliquée. De plus, lorsqu’on empêche quelqu’un de partir en Syrie et qu’il n’a plus la possibilité de "se faire tuer" là-bas, il peut en revanche agir dans le pays qui le retient !
Mais le principal problème est que toutes les analyses de déradicalisation ne tiennent pas compte des politiques extérieures. Or la radicalisation sectaire salafiste/djihadiste, contrairement à d’autres sectes, se base avant tout sur des thèmes internationaux : victimisation des musulmans, théorie du complot américano-juif... Quand vous trouvez sur des sites web djihadistes : "2000 morts à Gaza et on ne fait rien, 4 occidentaux égorgés on envoie l’armée", vous ne pouvez pas avoir de contre-arguments face à ce type de posture diplomatique. Et tant qu’on ne prend pas en compte cette dimension de la politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée.

dimanche, avril 26 2015

Usages et mésusages de la laïcité

26 04 2015

Laicite_inch_allah.jpgLa laïcité s’est réinscrite au cœur de notre vie politique. Elle ne l’a jamais vraiment quitté, tant cette notion est liée aux clivages politiques et culturels qui traversent notre société. Mais les enjeux sont changeants, et n’offrent pas tous la même intensité. La remise en cause des équilibres religieux avec l’affirmation de l’islam, comme deuxième religion en France, qui arrive dans une société façonnée par une longue histoire de rapports conflictuels des religions entre elles et avec l’État, mais qui a fini par faire sienne un régime de séparation entre la politique et les croyances, provoque des débats récurrents depuis la fin des années 1980 sur l’effectivité et la pertinence de la laïcité.
La question est, d’autant plus, difficile qu’avec l’islam viennent, en fait, tous les problèmes de l’immigration installés dans le débat par le Front national dès la fin des années 1970, contribuant ainsi à en « ethniciser » les termes. Enfin, la véritable guerre ouverte par le radicalisme islamiste nourrit un climat fait d’anxiété, de méfiance et de peurs, propice à tous les amalgames.

mardi, avril 21 2015

Un rapport du Sénat sur les « filières djihadistes »

21 04 2015

djihadistes.jpgRéunie le 31 mars 2015, la commission d'enquête a adopté le présent rapport à l'unanimité. Celui-ci effectue d'abord une analyse du contexte ayant donné naissance au phénomène des départs de jeunes « djihadistes » de la France vers des zones de combat en Syrie ou en Irak, avant d'évaluer la réponse des pouvoirs publics à cette situation. Le rapport présente ensuite une série de propositions destinées à améliorer cette réponse, avec le souci de donner une égale importance aux mesures préventives destinées à entraver les processus de radicalisation et aux mesures ayant pour objet de suivre, de contrôler et de réprimer les réseaux djihadistes.

Photo : rtl.fr

mercredi, avril 15 2015

Loi sur le renseignement : le gouvernement mélange l'info et l'intox

15 04 2015

Poker_menteur.jpegL'examen du projet de loi sur le renseignement a débuté lundi 13 avril à l'Assemblée. Rarement un texte n'aura été l'objet d'autant de critiques de la part de la société civile. A la tribune du Palais-Bourbon, le premier ministre, Manuel Valls, a eu l'air agacé par la récurrence de certaines critiques, « dont certaines confinent à la caricature », selon ses dires.
Prenant exemple sur les pratiques de vérification factuelle qui prennent de l'ampleur dans les médias, le service de communication du gouvernement a publié sur son site une liste d'arguments vrais et faux pour tenter de distinguer « l'info de l'intox ». Problème : il se prend parfois les pieds dans le tapis. Vérification de la vérification.

lundi, mars 30 2015

L’indignité nationale : une mauvaise idée

30 03 2015

drapeau_tricolore.jpgLa tentation ne peut être que forte et légitime, à la suite des attentats de janvier 2015, de qualifier le terroriste djihadiste en tant qu’indigne. Or sur le plan de la prévention dissuasive, il y a fort à parier que la crainte d’être frappé de dégradation civique ne détourne pas efficacement les terroristes de la préparation de leurs actes. A rebours même de l’effet recherché, cette nouvelle incrimination pourrait alimenter la « martyrologie djihadiste » et être vécue comme une confirmation glorieuse de la non-appartenance à la communauté nationale, servant la cause terroriste plutôt que la capacité de la République à lutter contre de tels individus.
De plus, la réactivation de l’indignité nationale, qui correspond d’une certaine façon à une laïcisation de l’excommunication serait, indéniablement, pour la République, l’aveu d’un échec.
La meilleure réponse est de redonner de la force à l’idéal républicain, de réaffirmer la valeur de notre droit en punissant leurs crimes avec les outils de droit pénal commun.

Photo : 20minutes.fr

dimanche, mars 22 2015

Les syndicats européens contre la fraude, l’évasion et les paradis fiscaux

22 03 2015

halte_a_la_fraude.jpgOn observe une croissance très importante de l’évasion fiscale qui, s’ajoutant à la fraude fiscale, représente une perte massive de recettes fiscales estimée à un trillion d’euros par an dans l’UE. Cette croissance a été facilitée par la mondialisation, la financiarisation, l’économie numérique, le développement du commerce et l’augmentation de la part du capital dans le revenu national ainsi que par le manque de volonté politique pour s’attaquer au problème de l’écart fiscal. Alors que les mouvements de capitaux ignorent les frontières, les règles en matière de fiscalité sont toujours nationales. Fraude et évasion prospèrent du fait du manque d’information sur les flux de capitaux et sur la propriété des actifs au plan international, de l'inexistence des échanges automatiques de données fiscales entre les administrations et parce que les gouvernements nationaux se préoccupent davantage de concurrence fiscale que de coopération et davantage d’administration que d’investigation.

lundi, mars 9 2015

Lutte contre « l’apartheid » : ni mesures chocs ni gros moyens

9 03 2015

photo_cite_LVI.pngCe devait être le troisième temps de réponse aux attentats de janvier et à la forte mobilisation citoyenne qui s’en était suivie. Après le volet police-justice et les mesures de renforcement des moyens de sécurité intérieure et de renseignement, le volet éducation avec les mesures pour la citoyenneté à l’école, Manuel Valls avait annoncé un ensemble de mesures fortes pour la politique de la ville lors d’un comité interministériel. Il avait souligné l’urgence d’agir en faveur des banlieues en stigmatisant « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays », « la relégation périurbaine, les ghettos ».
Vendredi 6 mars, le premier ministre a réuni pas moins de 16 ministres et secrétaires d’État pour l’exercice. Mais le comité interministériel des villes annoncé s’est transformé en opération de communication sur « l’égalité et la citoyenneté ». Sans grands moyens financiers – un milliard sur trois ans – ni mesures chocs.

mercredi, février 4 2015

Quelle émancipation pour les prostituées ?

4 02 2015

Image_prostitution.jpgLa vivacité des débats actuels sur l’union des personnes du même sexe, la gestation pour autrui et la prostitution soulignent à quel point les questions sexuelles sont devenues des questions politiques par excellence. Au cœur de cette actualité, le renforcement de la lutte contre le « système prostitutionnel », appréhendé comme une violence sexuelle intolérable, témoigne de la conversion du champ politique français à la cause abolitionniste ayant pour objectif la disparition de la prostitution et l’émancipation économique et sexuelle des prostituées. C’est de ce nouveau discours hégémonique, fruit d’une importante remobilisation du mouvement abolitionniste dans les années 2000, que s’empare le sociologue Lilian Mathieu. Prolongement d’un parcours de recherche de plus d’une vingtaine d’années consacré à la prostitution et à son encadrement politique et social, son ouvrage La Fin du tapin. Sociologie de la croisade pour l’abolition de la prostitution propose une sociohistoire de l’abolitionnisme soucieuse de restituer, sur le terrain scientifique, les ambivalences de son injonction à l’émancipation.

Illustration : toulouse.actu.fr

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