Une petite salle de 15 m², avec quelques chaises dépareillées, trois tables abîmées, de la vaisselle de récupération, des bières et des cocas au frigo, et une machine à expresso étonnamment professionnelle. Le joujou de Bechir qui sirote du café toute la journée, pour s’occuper. Il a les yeux toujours écarquillés, comme s’il redécouvrait le monde à chaque seconde. Les yeux rougis aussi, parce que la fumette, c’est son truc depuis plus longtemps que le café.
À 12 ans, il y a deux décennies de cela, après que son père a été abattu dans un règlement de compte un soir à quelques encablures de là, Bechir a perdu pied, en même temps que sa mère d’ailleurs, Bouchra. Et les types du réseau pour lequel travaillait son père l’ont pris en main. Peut-être pour l’aider, comme une sorte de dette morale. Ils en ont fait un guetteur, l’ont poussé à fumer du shit, puis les petits trafiquants changeant selon le turn-over normal (prison, ascension ou arrêt d’activité) alors que Bechir stagnait sur le béton, les plus jeunes en ont fait leur souffre-douleur oubliant son passé funeste. Brimades, moqueries et violences ont fini d’abîmer Bechir.
Drogues et toxicomanies
mardi, avril 23 2013
A Marseille, le trafic de drogue, les nourrices et la misère humaine
23 04 2013vendredi, janvier 18 2013
Légaliser les drogues ?
18 01 2013
Le consensus international qui a longtemps prévalu en matière de lutte contre les drogues se fissure. Depuis quelques années, les coups de canifs portés au dogme prohibitionniste se multiplient : légalisation de la feuille de coca en Bolivie, mise en œuvre de programmes de distribution contrôlée d’héroïne en Suisse et au Canada, dépénalisation de l’usage récréatif de cannabis dans un nombre croissant de pays... Par-delà leur diversité, toutes ces politiques ont en commun de remettre en cause, de manière plus ou moins frontale, le principe d’interdiction de l’usage et du commerce, à des fins non thérapeutiques, de produits psychotropes jusqu’alors considérés comme indésirables. Le régime prohibitionniste établi dans la première moitié du XXe siècle par la communauté internationale, et étendu depuis à des substances toujours plus nombreuses, peine, il est vrai, à remplir ses promesses. La montée en puissance de la « guerre à la drogue », menée depuis les années 1980, n’a pas eu les résultats escomptés. Au delà de son incapacité à enrayer le développement de la consommation et des trafics, ce sont les effets pervers de la prohibition en termes de santé et de sécurité publiques qui suscitent aujourd’hui le plus d’interrogations.
Illustration : martius - flickr - licence cc
vendredi, décembre 28 2012
United States of marijuana
28 12 2012
La marijuana médicale a été un grand succès dans le Colorado, un Etat qui n'a pourtant pas l'air de se porter trop mal (le taux d'obésité est l'un des plus faibles du pays). Plus de 107 000 "patients " ont obtenu une carte leur donnant droit de consommer, et il y a désormais davantage de dispensaires de cannabis que de cafés Starbucks.
Les ventes sont estimées à 200 millions de dollars (environ 150 millions d'euros) cette année - dont plusieurs millions pour l'administration fiscale qui s'enrichit, n'en déplaise à la justice. Les producteurs ont eu l'intelligence de travailler avec les autorités pour éliminer les brebis galeuses (la licence coûte 18 000 dollars et sert à financer la division spéciale mise en place par les forces de l'ordre).
Vu le succès du "médical ", le Colorado a franchi l'étape suivante et légalisé, le 6 novembre (en même temps que l'Etat de Washington), la possession d'une once de marijuana . Le vote a été acquis à une majorité de 250 000 votes, soit plus que l'avance de Barack Obama sur son rival républicain Mitt Romney lors de la présidentielle.
- Lire la suite de cet article de Corine Lesnes dans Le Monde
- Lire aussi Camille Legrand : "Les coopératives de cannabis sans but lucratif aspirent à la légalité" ainsi que "Les fermes de trafiquants se multiplient en Europe" (Le Monde).
Illustration : martius - flickr - licence cc
jeudi, décembre 27 2012
La nouvelle stratégie européenne antidrogue 2013-2020
27 12 2012
Le Conseil « Justice et affaires intérieures » du mois de décembre a adopté une nouvelle stratégie antidrogue de l'UE. Cette stratégie prévue pour la période 2013-2020 remplace celle de 2005-2012.
En matière de réduction de la demande de drogue, la stratégie antidrogue de l'UE pour les années 2013 à 2020 a pour objectif de contribuer à une réduction mesurable de la consommation de drogues illicites, de retarder l'âge de la première consommation de drogue et de prévenir et réduire la consommation problématique de drogue, la dépendance à l'égard de la drogue et les risques et dommages sanitaires et sociaux liés à la drogue, grâce à une approche intégrée et pluridisciplinaire reposant sur des données factuelles, ainsi qu'en favorisant et en préservant la cohérence entre les politiques de santé, les politiques sociales et les politiques dans le domaine de la justice.
Illustration : journaldunet.com
mardi, octobre 16 2012
Drogues : la classe politique campe sur des positions de principe déconnectées du réel
16 10 2012
Le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon, s'est prononcé, dimanche 14 octobre, lors de l'émission "Tous politiques" France Inter-AFP-Le Monde en faveur d'un "débat" sur la dépénalisation du cannabis, "sujet majeur", selon lui. Lundi matin, parallèlement à une mise au point de Matignon assurant qu'il n'y aurait pas de dépénalisation du cannabis, Vincent Peillon a précisé dans un communiqué que sa déclaration de la veille était une "réflexion personnelle" et qu'il n'y avait "donc pas lieu à polémique".
Anne Coppel, sociologue, co-auteur avec Olivier Doubre de Drogues : sortir de l'impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition (La Découverte, 2012), analyse cette incapacité française à s'emparer de cette question.
dimanche, août 19 2012
Aux Pays-Bas, la nouvelle prohibition du canabis génère de nouveaux trafics
19 08 2012
Les Pays-Bas, référence mondiale de tolérance à l’égard du cannabis, se sont transformés en trois mois à peine en laboratoire de ce qu’il ne faut pas faire en matière de politique de drogue : prohiber brutalement. Le basculement d’une vente limitée et contrôlée vers une vente sauvage, illégale, échappant à tout contrôle, est spectaculaire à Maastricht.
Depuis l’introduction du « wietpas » (passeport herbe) dans le sud des Pays-Bas, qui restreint la vente de cannabis aux résidents hollandais dûment enregistrés, le commerce de l’herbe s’est déplacé, à Maastricht, des coffee shops vers la rue à une vitesse sidérante. Il suffit d’arpenter le quartier des quais pour se faire aborder tous les 20 mètres par des vendeurs étonnamment peu discrets.
mercredi, août 1 2012
Le rapport mondial sur les stupéfiants
1 08 2012
L ‘Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a rendu public son rapport annuel. Selon ce rapport, il y aurait dans le monde environ 27 millions d’usagers problématiques de drogues, principalement des héroïnomanes et des cocaïnomanes, soit près de 0,6 % de la population adulte mondiale ou une personne sur 200.
Le prix de l’opium a augmenté et en même temps sa production compte tenu de son rendement. La quantité d’opium produite en Afghanistan a fait un bond de plus de 60% entre 2010 et 2011 (5800 tonnes en 2011). Le deuxième producteur mondial de pavot et d’opium est le Myanmar.
Les stimulants de type amphétamine sont la deuxième drogue la plus consommée dans le monde, et leur consommation est restée stable.
La consommation de la cocaïne se déplace : elle se stabilise en Europe et baisse aux Etats-Unis mais augmente en Australie et en Amérique du Sud et s’étend aussi à certaines régions de l’Afrique et de l’Asie. La culture de cocaïer est en forte baisse en Colombie, elle s’est déplacée vers le Pérou et la Bolivie.
Pour les observateurs, il est à craindre une forte hausse durant les prochaines années de la consommation de stupéfiants dans les pays en développement qui ne sont pas nécessairement préparés à lutter contre la demande en la matière (résumé de E. Allain sur le Forum pénal).
Illustration : lapresse.ca
jeudi, juillet 12 2012
Pour une autre politique des addictions
12 07 2012
La loi qui fonde l’intervention publique dans le domaine des drogues en France a plus de 40 ans. La politique menée sur cette base dans la seconde moitié du XXème siècle est devenue totalement obsolète au regard de l’évolution de la situation actuelle. Dans le monde, en Europe, en France, de plus en plus d’experts constatent que la stratégie dite de « guerre à la drogue » a échoué, et en proposent une nouvelle, adaptée à notre XXIème siècle, centrée sur la prévention des addictions.
Nous constatons depuis plusieurs années une évolution inquiétante : une dérive sécuritaire fondée sur l’interdit de certaines drogues et le libéralisme vis-à-vis d’autres (alcool, tabac), une prévention lacunaire et inefficace, une obsession autour du cannabis, laissant de côté les enjeux principaux de santé publique que représentent le tabagisme, la croissance des consommations d’alcool à risque et la forte croissance d’utilisation des stimulants dans tous les milieux sociaux, un retour à la pénalisation effective de l’usage de drogues, fondé sur une loi de 70 obsolète, qui fragilise le dispositif de réduction des risques en rendant son accès plus difficile, une trop grande centralisation bridant toute initiative locale, une instrumentalisation de la recherche et du dispositif d’expertise et d’observation, une gouvernance du dossier « drogues » déficiente avec une MILDT obsédée par une posture idéologique lui faisant perdre le sens de sa mission.
- Voir le texte intégral de cette charte (et éventuellement la signer)
Illustration : journaldunet.com
mardi, juillet 10 2012
Les cartels méxicains : de l'Amérique à l'Europe
10 07 2012
Depuis le début des années 2000, le Mexique, pays le plus peuplé de l’Amérique latine après le Brésil, avec plus de 112 millions d’habitants et dixième puissance économique de la planète, est confronté à ce que de plus en plus de spécialistes de la région appellent une « insurrection criminelle » 1. Celle-ci aurait fait, selon diverses sources, entre 50 000 et 60 000 morts et 10 000 disparus. Certaines fractions du territoire de ce pays sont plongées dans un chaos encore plus grave que celui qui règne dans des pays connaissant des conflits dits classiques comme l’Afghanistan ou l’Irak2. Pire même, ce conflit s’étend à de nombreux pays d’Amérique centrale tandis que les organisations criminelles qui en sont à l’origine s’internationalisent. Si le transit de la cocaïne produite dans trois grands pays producteurs de l’Amérique andine (Colombie, Pérou, Bolivie) en direction du marché nord américain – estimé à 37 milliards de dollars, le plus important au monde – est au coeur du conflit en cours, il n’en constitue pourtant qu’un élément.
Photo : rfi.fr
mercredi, juin 13 2012
Face aux drogues, tirer les leçons de l’échec des années Sarkozy
13 06 2012
La politique menée depuis cinq ans par la France en matière de stupéfiants avait l’ambition de faire baisser les usages de drogues : rappel de la dangerosité des substances illicites, légitimation de la pénalisation, multiplication des sanctions, hausse des interpellations, médiatisation des opérations coup de poing… Rien ne devait affaiblir l’action publique dans sa volonté d’ériger une ligne Maginot entre les drogues illicites et les autres, entre les jeunes et les produits psychoactifs. Dans le même temps, le gouvernement refusait de relancer les actions sociales et de réduction des risques, rejetait l’expérimentation de salles de consommation supervisées et limitait la prévention dans les collèges et les lycées au passage de policiers et gendarmes. Quelques universitaires, chercheurs, addictologues étaient convoqués pour servir de caution scientifique. Une poignée d’ex-policiers et magistrats, recyclés dans la politique, amplifiaient le message. Ceux qui ne voulaient pas se prêter à ces gesticulations mais s’en tenir aux réalités scientifiques étaient livrés à la vindicte populaire. La moindre contestation était assimilée à un éloge des drogues, la moindre évocation d’une adaptation de la loi était taxée de laxisme, la moindre main tendue à l’usager devenait de l’angélisme. Cette politique rassurait l’opinion, les sondages étaient bons. Seul cela importait.
Illustration : frap-dessins.blogspot.com
vendredi, juin 1 2012
Usages de tabac, alcool, cannabis et autres drogues chez les élèves de 15-16 ans
1 06 2012
Conduite par l’OFDT en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale et avec la participation de l’Inserm et de l’Inpes, l'enquête ESCAPAD concernait en 2011 les adolescents nés en 1995 et scolarisés dans les établissements publics et privés du 2nd degré (collèges, lycées d’enseignement général et technique, lycées professionnels) relevant de l’Éducation nationale et du ministère de l’agriculture. Au total, 195 établissements et 2 572 élèves de 15-16 ans ont participé à l’enquête.
Ces premiers résultats d’ESPAD 2011 en France font apparaître des hausses des usages récents (au moins une fois au cours des 30 jours précédant l’enquête) pour plusieurs produits psychoactifs :
- Hausse des usages récents de tabac, surtout chez les filles.
- Alcool en hausse, alcoolisations ponctuelles importantes (API) stables.
- Usages récents de cannabis en nette hausse.
- Expérimentation stable des drogues illicites, hors cannabis.
- Lire le communiqué de presse ainsi que le rapport sur les premiers résultats de l'enquête sur le site de l'OFDT.
dimanche, avril 29 2012
Une drogue de plus par semaine en Europe
29 04 2012
Quasiment une nouvelle drogue par semaine : c'est à ce rythme que sont détectées les substances psychoactives en circulation au sein de l'Union européenne (UE), selon le rapport annuel conjoint de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) et d'Europol, publié jeudi 26 avril. Sur les 49 nouvelles drogues dont la présence sur le marché européen a été établie en 2011, près de la moitié - 23 précisément - sont des cannabinoïdes de synthèse.
Cette septième édition du rapport annuel de l'OEDT fait suite à la décision, en 2005, du Conseil de l'Europe, de mieux évaluer les risques et de contrôler les nouvelles substances psychoactives. D'où la mise en place d'un "système d'alerte rapide de l'Union européenne", afin de rendre compte de cette émergence très inquiétante en termes de santé publique. Grâce à ce système, l'OEDT et Europol, l'agence de coopération policière de l'UE, ont constaté que 2011 avait été une année record pour le nombre de nouvelles drogues mises sur le marché, qu'elles soient proposées par des boutiques en ligne, dans des boîtes de nuit ou directement dans la rue.
jeudi, février 9 2012
Drogues : les chiffres clés
9 02 2012
En France, l’action des ministères concernés par la lutte contre la drogue et la prévention des dépendances est coordonnée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie placée sous l’autorité du Premier Ministre. Le champ d’intervention de la MILDT s’étend à l’ensemble des drogues illicites ainsi qu’à l’abus et la dépendance en matière d’alcool et de tabac. Afin de disposer de données scientifiquement validées la MILDT s'appuie sur les travaux de l'OFDT.
L’objectif de la publication Drogues, Chiffres clés est de rassembler périodiquement les indicateurs chiffrés les plus récents et les plus pertinents pour mesurer le phénomène des drogues. Ce document présente pour les principaux produits illicites, puis pour le tabac et l’alcool, les niveaux de consommations, les informations relatives aux prises en charge, les conséquences sanitaires et sociales et les données sur les trafics.
- Télécharger les chiffres-clés de l'OFDT (janvier 2012)
- Lire aussi "La déferlante des drogues de synthèse" par Georges Moréas sur son blog
Illustration : martius - flickr - licence cc
mercredi, janvier 4 2012
Il faut dépénaliser l'usage de drogue
4 01 2012
"La baisse du nombre d'usagers de produits illicites et de personnes ayant une consommation problématique d'alcool d'ici à 2011 constitue (...) l'objectif central du plan gouvernemental." Tel était le principe directeur du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 qui arrive à échéance. Quel bilan peut-on en dresser, alors qu'en rupture avec ses prédécesseurs ce plan insistait sur le rappel de l'interdit pesant sur l'utilisation des drogues illicites ? L'objectif est-il atteint ? Force est de constater qu'il ne l'est pas et qu'on s'en est plutôt éloigné. Chez les Français, la consommation de tabac, qui était à la baisse, semble reprendre, la consommation problématique d'alcool est orientée à la hausse, la consommation de cannabis est restée stable à un des plus hauts niveaux européens et celle de la cocaïne a progressé à un rythme très élevé.
Illustration : martius - flickr - licence cc
jeudi, décembre 22 2011
Moins d'usages réguliers de cannabis mais plus d'ivresses répétées
22 12 2011
Les premiers résultats de l’enquête ESCAPAD 2011 laissent apparaître deux tendances majeures :
- En 2011, une large majorité des indicateurs sur les usages de substances psychoactives à 17 ans apparaît nettement orientée à la baisse. Les expérimentations de tabac et d’alcool poursuivent leur diminution alors que celle du cannabis se stabilise. La part des adolescents n’ayant expérimenté aucun de ces trois produits reste faible, mais continue de progresser (6,6 % vs 5,1 % en 2008). Pour l’expérimentation des autres drogues illicites, dont la
cocaïne, l’ecstasy et l’héroïne, les tendances sont globalement orientées à la baisse avec des niveaux de consommation qui restent faibles.
- Dans le même temps, alors que l’usage régulier de cannabis est en baisse, les résultats de l’enquête font apparaître des usages réguliers de tabac et d’alcool en hausse et en particulier une augmentation notable des ivresses répétés et régulières.
Illustration : Onur T. - flickr - licence cc
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