Statistiques de la délinquance

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lundi, novembre 17 2014

Les agressions comparées aux accidents de la vie quotidienne : un risque mineur

17 11 2014

accident_de_la_vie_courante.jpg« La violence » constitue une catégorie omniprésente du débat public, suscitant indignations médiatiques, rodomontades politiciennes et inquiétudes citoyennes. Il s’agit pourtant d’une catégorie normative et non descriptive. « La violence », c’est ce qui n’est « pas bien ». Mais sur le plan empirique, c’est surtout un vaste fourre-tout dans lequel on mélange des choses qui n’ont rien à voir, de l’insulte à l’acte terroriste, en passant par les émeutes, les bagarres de jeunes, les violences conjugales, les viols et agressions sexuelles, les échanges de coups entre voisins, les règlements de compte meurtriers entre malfaiteurs, etc. A travers ces amalgames, « la violence » devient un risque majeur et parfois une peur présente dans la vie quotidienne des personnes les plus fragiles et donc les plus sensibles au « sentiment d’insécurité ».
A distance de ces représentations, de ces amalgames et de ces peurs, on va ici poser deux questions simples et concrètes : le risque d’être agressé d’une façon ou d’une autre, pour une raison ou une autre, constitue-t-il un risque majeur de la vie quotidienne ? Et quelle place a ce risque parmi tous ceux qui peuvent porter atteinte à notre intégrité physique dans cette même vie quotidienne ?

Illustration : mon-guide-retraite.fr

jeudi, octobre 9 2014

La Provence, terre de violence ? Les préjugés culturalistes à l’épreuve de la statistique

9 10 2014

l__esprit_des_lois.jpgÀ en croire les agendas politique et médiatique, la région provençale connaîtrait des problèmes de « violence » exceptionnels. Cet article soumet cette représentation à l’épreuve de la vérification statistique. Après avoir examiné les données policières disponibles, les auteurs mobilisent les enquêtes en population générale pour comparer la région provençale au reste de la France puis à la région francilienne. Les résultats sont contrastés : les trois ensembles – la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), la région Île-de-France (IDF) et la France métropolitaine – présentent des taux différents selon les victimations. Mais dans tous les cas, les victimations qui correspondent le plus à l’idée de « violence », c’est-à-dire d’atteintes à l’intégrité physique (agressions physiques, vols avec violence), ne spécifient pas la région PACA. Les données permettent par ailleurs de mesurer le poids de certains facteurs structurels tels que la densité urbaine et la précarité socio-économique. Fort de ces résultats, les auteurs concluent en critiquant les approches culturalistes en sociologie.

vendredi, juin 20 2014

Première enquête sur la victimation et le sentiment d'insécurité à Marseille

20 06 2014

Photo_Marseille.jpgC'était ce mardi 17 juin, dans l'amphithéâtre de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme. L'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux présentait les résultats de la première enquête sur la victimation et le sentiment d'insécurité jamais réalisée sur la ville de Marseille. Durant les premiers mois de l'année 2014, les télé-enquêteurs formés par l'ORDCS ont interrogé 3 000 habitants de la ville d'une part sur les victimationns éventuellement subies durant les années 2012 et 2013, d'autre part sur leurs opinions, leurs peurs et leur éventuel sentiment d'insécurité.
Côté faits, cette enquête innove en ajoutant les discriminations et les violences institutionnelles à la liste des victimations interrogées. Côté représentations, elle innove également en interrogeant les opinions sur les politiques de sécurité et non simplement sur leurs peurs et leurs représentations de "l'insécurité".
Au final, les chercheurs dressent le portrait d'une ville "normale" en ce sens où les résultats enregistrés ne diffèrent pas particulièrement de ceux obtenus dans les enquêtes réalisées les années précédentes dans la région, ni de ceux obtenus par les autres équipes de chercheurs en région parisienne. Une fois encore, la réalité marseillaise semble très éloignée de l'épouvantail politico-médiatique en faisant "la ville la plus dangereuse de France".

mercredi, mars 12 2014

La violence à l’égard des femmes : un phénomène omniprésent

12 03 2014

violence_aux_femmes.jpgUn nouveau rapport publié par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) présente les résultats de la plus grande enquête mondiale sur la violence à l’égard des femmes, qui révèle l’étendue des abus dont les femmes sont victimes chez elles, au travail, en public et en ligne.
L’enquête a interrogé des femmes sur leur vécu en matière de violence physique, sexuelle ou psychologique, y compris la violence domestique. D’autres sujets ont été traités, tels que la traque furtive (stalking), le harcèlement sexuel, les violences subies dans l’enfance, et le rôle joué par les nouvelles technologies.
Tout en démontrant la vaste prévalence de la violence à l’égard de femmes adultes, le rapport détaille également les actes de violence physique et sexuelle vécus par les femmes pendant leur enfance. L’enquête indique que les décideurs politiques doivent reconnaître l’ampleur de la violence à l’égard des femmes et garantir que les réponses apportées couvrent les besoins et les droits de toutes les victimes de violence à l’égard des femmes non seulement en théorie, mais aussi en pratique.

lundi, mars 3 2014

Ah bon, les chiffres de la délinquance étaient truqués sous Sarkozy ? Quelle surprise !

3 03 2014

delinquance-les-chiffres-parisiens-truques-sous-sarkozy.jpg"Explosif" : un haut fonctionnaire le qualifie ainsi. Commandé par le préfet de police de Paris Bernard Boucault en septembre 2012, le rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) visait à établir un état des lieux des pratiques d'enregistrement des faits de délinquance à Paris et dans la petite couronne. Selon l'AFP et "Europe 1" qui ont pu en consulter des extraits, ce document décrypte le maquillage de statistiques de la délinquance qui a eu cours, assurent-ils, pendant des années. Et qui, affirment les mêmes sources, a fortement diminué, sans toutefois disparaître complètement, depuis l'arrivée de Manuel Valls place Beauvau.

lundi, février 24 2014

Victimation et sentiment d'insécurité sur un campus universitaire (Luminy, Marseille)

24 02 2014

luminy.jpgCette recherche de l’Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) constitue à notre connaissance le seul diagnostic de sécurité réalisé sur un campus universitaire en France par une équipe de chercheurs en sciences sociales.
Aix-Marseille Université est aujourd’hui une des plus jeunes universités de France, c’est aussi la plus grande au regard du nombre de ses étudiants, de ses personnels et de par son budget. Quant au campus de Luminy, qu’ils soient étudiants, enseignants chercheurs, chercheurs ou personnels administratifs et techniques, on compte 14 000 personnes susceptibles d’être présents sur le site quotidiennement.
Nous avons privilégié une double approche, à la fois quantitative et qualitative. La première partie de notre enquête a consisté en la passation d’un questionnaire à un échantillon représentatif d'usagers de tout type travaillant au sein des différentes composantes du campus. L’enquête a été passée auprès de 409 personnels et 529 étudiants, soit 938 personnes fréquentant quotidiennement le campus.
Parallèlement à l'enquête par questionnaire, nous avons effectué une enquête de terrain, durant deux mois, par entretiens individuels et observations in situ.

Photo : ueeh.net

jeudi, février 6 2014

Les condamnations inscrites au casier judiciaire en 2012

6 02 2014

Justice_independante.jpgCes rapports annuels contiennent l’essentiel des données statistiques disponibles sur les condamnations prononcées à l’encontre des personnes physiques par les tribunaux français, telles qu’elles ressortent du Casier judiciaire national. Le Casier judiciaire national est une source très riche, qui donne matière à des exploitations statistiques permettant de décrire les infractions sanctionnées par les juridictions, les procédures de jugement, la nature et le quantum des peines prononcées, le profil socio-démographique des condamnés et l'importance du phénomène de récidive.
En 2012, ce sont plus de 910 000 infractions qui ont été sanctionnées par 617 000 condamnations. Parmi ces infractions, 0,4 % étaient des crimes, 93,9 % des délits et 5,8 % des contraventions de 5ème classe. Les infractions routières représentent 36 % des délits sanctionnés en 2012 : au sein de cet ensemble d’infractions, 43 % concernent la conduite en état alcoolique. Les atteintes aux biens (qui englobent les escroqueries et dégradations) représentent le deuxième groupe d’infractions avec un délit sur cinq. Les vols et recels en constituent l’essentiel (71,6 %). Les escroqueries et les dégradations représentent respectivement 14,1 % et 14,3 %. Deux autres groupes d’infractions se distinguent ensuite, représentant chacune environ 15 % des délits : l’ensemble des atteintes aux personnes constitué des violences volontaires ou involontaires et des atteintes sexuelles d’une part et l’ensemble des infractions à la législation sur les stupéfiants d’autre part...

mardi, novembre 26 2013

Femmes et hommes inégaux face aux violences

26 11 2013

homme-femme.jpgEn 2010 ou 2011, 2,2 millions de personnes de 18 à 75 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles. Les hommes sont beaucoup moins souvent que les femmes victimes de viols et d’autres atteintes sexuelles. Les jeunes adultes et les parents de familles monoparentales sont plus exposés à toutes les formes de violences. Pour un homme sur deux victime de violence, l’auteur est un inconnu. À l’opposé, les trois quarts des femmes victimes de violence connaissent leur agresseur. Notamment, pour plus de 30 % d’entre elles, il s’agit du conjoint ou de l’ex-conjoint. Ces violences conjugales sont rarement suivies de plaintes, en particulier lorsqu’il s’agit d’agressions à caractère sexuel.

Illustration : inegalites-tpe.e-monsite.com

mercredi, juillet 31 2013

Victimation et sentiment d’insécurité dans une petite ville de l’agglomération marseillaise

31 07 2013

Septemes.jpgDans le cadre d’un Diagnostic local de sécurité demandé par la ville, l’équipe de recherche de l’ORDCS a réalisé notamment une enquête en population générale sur la victimation et le sentiment d’insécurité. L’enquête met en évidence une hiérarchie des victimations inversement proportionnelle à la gravité des faits, ce qui recoupe en bonne partie les résultats des enquêtes nationales. Le première victimation regroupe les violences verbales. Suivent les vols, tentatives de vols et dégradations qui concernent les véhicules. Puis viennent les cambriolages. Les violences physiques sont très rares. Les violences sexuelles sont inexistantes dans l’enquête (mais l’on sait qu’elles sont plus difficiles à déclarer même anonymement). A la demande de la ville, l’enquête a également interrogé les habitants sur les éventuelles discriminations subies. De fait, ces dernières s’avèrent constituer le deuxième type le plus fréquent de victimation.
L’enquête analyse ensuite les opinions sur la sécurité à l’échelle locale ainsi que les peurs personnelles, qui s’avèrent très peu répandues. De façon innovante, l’enquête interroge enfin les habitants sur les politiques publiques qu’il faudrait selon eux conduire en priorité. Loin de privilégier la vidéoprotection, les habitants estiment qu’il faudrait d’abord lutter contre l’échec scolaire, développer la prévention auprès des jeunes et recruter davantage de policiers.

Photo : ectm.fr

lundi, juillet 22 2013

Victimation et sentiment d'insécurité en Île-de-France : le point en 2013

22 07 2013

IDF.jpgPour la septième fois depuis 2001, les Franciliens se sont exprimés sur l'insécurité, réelle ou ressentie, à laquelle ils sont confrontés au quotidien. L'enquête de terrain s'est déroulée entre janvier et février 2013.
Dans un contexte économique et social difficile, avec des taux de chômage au plus haut depuis la fin des années 1990, l'un des éléments marquants de cette enquête est l'envolée du chômage en tant que principale préoccupation des Franciliens. Portée par la hausse du chômage, la préoccupation pour l’insécurité « sociale » est plus affirmée: pauvreté et emploi sont cités à 82,5 %, soit la plus forte proportion observée depuis la première enquête régionale.

Illustration : annuaires.justice.gouv.fr

dimanche, juillet 21 2013

Comment mesurer l’évolution de la délinquance juvénile ?

21 07 2013

histogramme.jpgLa statistique élaborée par les services de police pour mesurer l’évolution de la délinquance juvénile est souvent biaisée. Elle est élaborée à partir des plaintes adressées aux services de Police nationale et de Gendarmerie, sous forme de procès verbaux adressés au parquet. Ce comptage est partiel, il exclut la plus grande partie des affaires ; il est aussi double, car compte ce qui est enregistré puis à part ce qui est élucidé, et il dépend donc de la réalisation de deux opérations dont les probabilités sont très variables et dans l’ensemble plutôt rares : la connaissance d’une infraction et son élucidation.
Depuis 1974, la délinquance des mineurs aurait augmenté notamment entre 1992 et 1998. Comment le comprendre ? Nous sommes en présence d’un effet de la politique dite de réponse pénale systématique. Traditionnellement, les parquets – bras armé de l’exécutif au sein de la justice – intervenaient peu en matière d’une délinquance juvénile directement gérée par les juges pour enfants. Les parquets ont été amenés à exiger la rédaction et la transmission de procès-verbaux formels et, dans le même temps, des institutions qui s’étaient montrées traditionnellement capables de gérer leurs cas litigieux – au premier chef les établissements d’enseignement – étaient invitées à les adresser désormais à la police et au parquet.

Illustration : statistix.fr

samedi, juillet 20 2013

Rapport sur l'enregistrement des plaintes par les forces de sécurité intérieure

20 07 2013

Image_police_nationale.jpgLa mission s’est tout d’abord attachée à vérifier la manière dont la hiérarchie locale et centrale de la police et de la gendarmerie nationales contrôlent, indépendamment de l’environnement informatique, la qualité de l’enregistrement statistique des plaintes.
Cette qualité s’apprécie du point de vue de la qualification pénale donnée aux infractions et de l’indexation qui en résulte, celles-ci ayant des effets directs sur la mesure de la délinquance. Or le processus d’enregistrement, confié à des agents qui n’ont reçu parfois qu’une formation de base en matière pénale, s’avère particulièrement complexe. Cette complexité résulte notamment de la distinction délicate à opérer entre les infractions à caractère délictuel – en particulier les dégradations – et les infractions à caractère contraventionnel, celles-ci n’étant pas comptabilisées, contrairement à celles-là, dans les statistiques de la délinquance. Les textes et la jurisprudence apportent en la matière une aide limitée aux agents chargés de l’enregistrement. La complexité de l’enregistrement résulte également de la diversité des unités de compte que ces agents doivent utiliser, unités qui varient selon la nature de l’infraction (notamment et selon les cas la victime, l’infraction, la procédure, le véhicule…).

vendredi, juillet 12 2013

Délinquance : "On n'est pas encore sorti de la politique du chiffre"

12 07 2013

Police-nationale.jpgLe rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) sur les statistiques de la délinquance, remis vendredi au ministre de l'Intérieur Manuel Valls, dresse un bilan négatif de la "politique du chiffre" qui a prévalu jusqu'en 2012 dans les services de police et de gendarmerie. Un constat que confirment au JDD.fr Philippe Capon, secrétaire général du syndicat UNSA Police, et Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS.
En matière de délinquance, difficile de parler de politique du chiffre sans évoquer le nom de Nicolas Sarkozy. Selon Laurent Mucchielli, "elle existait avant, mais elle a été poussée très loin" par le ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac entre 2005 et 2007. Philippe Capon ajoute qu'il était de notoriété publique que "Nicolas Sarkozy convoquait chaque mois les deux directeurs départementaux de la sécurité publique, et les deux préfets qui présentaient les plus mauvais résultats" pour une mise au point. Cette pression se répercutait sur l'ensemble des services, comme l'indique Laurent Mucchielli : " La plupart des policiers et des gendarmes ont été obligés d'appliquer cette politique par pression hiérarchique, car leur déroulement de carrière était mis en cause".

Photo : jdd.fr

vendredi, mai 31 2013

Les mineurs mis en cause selon les statistiques de police et de gendarmerie

31 05 2013

PATROUILLE DE POLICE DANS LE CENTRE VILLE A NOEL LE 20 12 2011Évaluer quantitativement la délinquance des mineurs à partir des données policières est d’autant plus courant qu’elles sont disponibles sur une longue durée. Moyennant quelques précautions, il est possible d’établir des séries depuis 1974 tandis que les sources alternatives sont très peu développées en France. Même ceux qui regardent avec suspicion les « chiffres du 4001 » lorsqu’il s’agit de la criminalité ou de la délinquance en général peuvent adopter une attitude pragmatique lorsqu’il s’agit de l’évolution ou de la répartition géographique de la délinquance des mineurs. On considère alors que connaître cette délinquance, dite « apparente » parce que saisie à l’entrée du système pénal, vaut mieux que l’ignorance totale. On rappellera donc ici les limites d’utilisation des statistiques de police judiciaire avant de commenter quelques résultats de long terme en respectant ces règles méthodologiques fondamentales.

Photo : La Marseillaise

dimanche, mai 12 2013

Un mensonge d’État. L’imposture sécuritaire

12 05 2013

mensonge_d__etat.jpgPourquoi les Français éprouvent-ils un irrationnel sentiment d’insécurité, alors qu’on compte 670 000 délits de moins depuis 2002 et un taux d’élucidation des infractions en hausse de 12 points ? Irrationnel ? Et si les chiffres affichés étaient faux ? Et si l’appareil statistique avait été dévoyé au service d’un message politique illusoire ?
Depuis dix ans, la lutte contre la délinquance est marquée par l’empreinte de celui qui en a fait, sinon son combat, au moins sa marque de fabrique. Avec une précision chirurgicale, un ancien Colonel de gendarmerie, Jean-François Impini, révèle comment les statistiques ont été impunément dévoyées. Il dévoile la dictature des chiffres et les tricheries utilisées pour produire de « bons » résultats, et détaille les pratiques qui ont permis d’éluder des délits par centaines de milliers tout en élucidant des infractions imaginaires.
À l’heure où « nul n’est censé ignorer la réalité », Jean-François Impini, chiffres à l’appui, jette une lumière crue sur la réalité d’une police détournée de sa mission, et d’une politique de sécurité devenue simple entreprise de communication au profit d’un discours politique vide d’action.

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