Prison, rétention, contention

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vendredi, novembre 27 2015

Incarcération totale. L’enfermement solitaire aux États-Unis à l’ère de la prison de masse

27 11 2015

prison_US.jpgLe recours croissant au placement des détenus à l’isolement a de quoi surprendre dans une période de massification de la prison. Les prisons américaines se sont en effet dotées d’établissements spécifiquement destinés à l’enfermement solitaire à une période où leur population a connu une expansion sans précédent. Dans les années 1970 encore, les États-Unis comptaient des taux d’incarcération comparables à ceux des démocraties occidentales ; dans les années 2000, avec un adulte sur cent en prison, les États-Unis présentaient un taux entre cinq et dix fois supérieur aux taux européens. L’explosion du recours à l’enfermement défie toute comparaison. En 2015, les prisons américaines enferment plus de deux millions de personnes, près d’un quart de l’ensemble des prisonniers du monde.

Photo : altermedia.info

vendredi, octobre 23 2015

En Italie, des dizaines de détenus s’évadent grâce au théâtre en prison

23 10 2015

prison_italienne.jpgC’est l’une des prisons de haute sécurité les plus importantes d’Italie. Et c’est aussi l’une des scènes artistiques les plus fréquentées de Rome. Derrière les barreaux et grilles du pénitencier de Rebibbia, se trouve un théâtre avec des détenus, anciens mafieux et délinquants en tout genre, comme acteurs. Basta ! les a suivis dans la préparation de leur nouvelle pièce, La Résistible ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht. Un art qui leur permet, littéralement, de se libérer définitivement de la prison : sur les 500 anciens acteurs détenus du théâtre, à peine 12 ont récidivé.

Photo : envieditaliefppradio.wordpress.com

jeudi, octobre 8 2015

Espaces d'enfermement

8 10 2015

espaces_d__enfermement.jpgLe numéro s’intéresse aux logiques et aux conséquences socio-spatiales de l’enfermement (maison d’arrêt, centre de détention, centre éducatif fermé). Quels sont les rapports à l’espace à l'intérieur de ces lieux dont beaucoup sont aujourd’hui surpeuplés, en particulier pour les personnes les plus jeunes ou les plus âgées (rapports à l’espace intime, aux espaces sportifs, aux espaces de soin...). Quelle ouverture vers l’extérieur ? Quel équilibre entre les missions préventives et répressives, notamment pour les mineurs, en France ou à l’étranger ?
Ont contribué : Dominique Bodin, Lucie Bony, Geraldine Bugnon, Aline Chassagne, Philippe Combessie, Arnaud Frauenfelder, Celine Gouvernet, Annie Kensez, Melaine Laessle, Catherine Lenzi, Philip Milburn, Benjamin Moignard, Eva Nada, Thomas Sauvadet, Gaelle Sempe, Thomas Sigaud, Caroline Touraut.

jeudi, septembre 10 2015

Contention : la dérive sécuritaire à l'hôpital psychiatrique

10 09 2015

Contention_psychiatrie.jpgCe sont des mots terribles, à la hauteur des dérives qui traversent la psychiatrie. Et c’est un appel à y mettre fin.
« Des pratiques d’un autre temps, d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans notre pays : celles de la contention physique », lâche le Dr Hervé Bokobza, un des fondateurs du Collectif des 39, longtemps directeur d’un établissement pour jeunes psychotiques. Cette figure du milieu poursuit : « En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle des personnes malades. Ces pratiques inhumaines avaient quasiment disparu. Or, et les contrôleurs des lieux de privation de liberté l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation et qui plus est banalisées, comme des actes ordinaires. Dans le projet de loi sur la santé, il est même écrit, non sans cynisme ou ignorance, que ces actes auraient des vertus thérapeutiques. »

lundi, août 31 2015

Retour sur l’Association Syndicale des Prisonniers de France

31 08 2015

suicide_en_prison_2.jpgEn 1985-86, l’Association Syndicale des Prisonniers de France (ASPF), une organisation abolitionniste, a milité en faveur du droit d’association et des droits syndicaux pour les prisonniers. Basé principalement sur des archives privées et publiques et des entretiens, l’article décrit comme le mouvement abolitionniste en France a été influencé par les controverses d’alors sur l’analyse politique et stratégique de l’ASPF. Il examine également comment, depuis le milieu des années 1980, les mobilisations abolitionnistes et les luttes des prisonniers, parallèlement avec la mise en place d’une participation institutionnalisée des prisonniers, a éclipsé la lutte pour le droit d’association des prisonniers.

mercredi, août 26 2015

Droit du travail en prison. D'un déni à une reconnaissance ?

26 08 2015

droit_au_travail_en_prison.jpgL’article L. 717-3 alinéa 3 du Code de procédure pénale affirme que « les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l’objet d’un contrat de travail ». Le droit à un contrat est donc à ce jour nié à toute personne travaillant en prison, de façon subordonnée, au profit d’une personne physique ou morale, contre une rémunération. Qu’est-ce qui justifie qu’à la détention provisoire ou à la condamnation à une peine privative de liberté, soit associée la privation des droits en tant que travailleur ? Certes cette « double peine » ne conduit pas à une absolue « zone de non-droit ». Le Code de procédure pénale contient quelques bribes d’encadrement des relations de travail en prison. Ces lambeaux normatifs ne font toutefois pas illusion. De façon récurrente, l’actualité rappelle la faiblesse, l’ineffectivité, pire, l’incertitude des droits du détenu travailleur. Un tel déni n’est plus possible. Les constats d’associations, les rapports du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, la multiplication des contentieux révèlent et interrogent la situation française, singulièrement au regard du cadre constitutionnel et des engagements internationaux de la France. Un état des lieux pluridisciplinaire permet de repérer des évolutions, des priorités, sans occulter les difficultés. Le temps paraît venu de reconnaître un véritable droit du travail en prison, inspiré du modèle extérieur et tenant compte des réalités carcérales. Des pistes concrètes sont disponibles au sein de notre propre droit comme de droits de pays voisins.

dimanche, juillet 12 2015

Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt

12 07 2015

humaniser_la_peine.jpgZone non droit, la prison ? N’est-elle pas plutôt un lieu saturé de droit, de réglementations, de procédures ? De réforme en réforme, le droit est entré en prison de multiples façons : alignement de l’ordre carcéral sur le « droit commun », rôle de l’avocat et du juge d’application des peines, juridicisation des métiers pénitentiaires, aide juridique pour les détenus... Ces évolutions coïncident avec une augmentation du recours à l’incarcération qui frappe de manière disproportionnée les jeunes hommes de milieu populaire et des minorités ethnico-raciales. Que signifie alors, au quotidien, ce droit qui est censé humaniser et moderniser l’institution ?
Ce livre apporte un regard nouveau sur ces questions car il repose sur une enquête en immersion dans deux maisons d’arrêt. Il s’intéresse au travail concret des professionnels sous contrainte gestionnaire. Il analyse l’expérience sociale de l’incarcération et le sentiment d’injustice. Bref, il montre les logiques contradictoires de l’institution : une administration qui prive de droits tout en prétendant faire entrer dans le droit, qui porte la philosophie de l’individualisation de la peine mais ne fait guère plus que de la gestion des stocks et des flux.

jeudi, juillet 2 2015

A propos de la prise en charge de la radicalisation islamiste en prison

2 07 2015

priere_en_prison.jpgLe phénomène de radicalisation islamiste dans les établissements pénitentiaires n’est pas récent. Il a été souligné depuis de nombreuses années par les personnels, sans que ces alertes n’aient été entendues. Les attentats de janvier 2015, dont deux des auteurs avaient purgé des peines d’emprisonnement, ont poussé les pouvoirs publics à prendre des mesures dans l’urgence et à lancer un programme expérimental de traitement de la question de la radicalisation en prison.
Il faut d’abord relever que la prison est loin d’être le lieu premier de la radicalisation, qui se développe en amont. En effet, selon le ministère de la justice, 16% seulement des personnes incarcérées pour des actes liés au radicalisme islamiste avaient déjà été incarcérées auparavant. Il n’est pour autant pas contestable que le phénomène de radicalisation s’amplifie en milieu carcéral, compte tenu des conditions de prise en charge des personnes détenues (notamment de la surpopulation carcérale) et de la faible place laissée à l’objectif de réinsertion des personnes incarcérées.

Photo : lexpress.fr

vendredi, juin 5 2015

La condition carcérale : points d’ombre d’une ethnographie

5 06 2015

l__ombre_du_monde.jpgÀ partir d’un travail de terrain de sept mois, étalés sur quatre ans, dans une maison d’arrêt, Didier Fassin écrit un livre séduisant, mais qui décevra les connaisseurs de l’institution pénitentiaire. En 607 pages et 11 chapitres, auxquels s’ajoutent un prologue et un épilogue, l’auteur nous rappelle comment la pénalisation de certains actes, le « durcissement de l’action des forces de l’ordre », le développement de la comparution immédiate, la mise à exécution de peines anciennes et l’alourdissement des sanctions ont entraîné l’accroissement de la population pénale. Il nous interpelle sur la surpopulation carcérale et « l’inégalité devant l’institution pénitentiaire et singulièrement sa dimension ethno-raciale ». Après de nombreux autres, chercheurs, professionnels de la justice et anciens détenus, il observe la violence du lieu, l’inefficacité de l’incarcération – source de « ruptures de la vie familiale et professionnelle qui désocialisent les individus en même temps qu’elle entraîne une resocialisation dans des milieux déviants » – et, pourtant, son éternel recommencement, qui « relève plus de faits structurels, que les modifications réglementaires n’altèrent que modérément et, au mieux, à terme » ; l’auteur concluant sur la fonction de « rappel à l’ordre social » de la prison.

jeudi, mars 26 2015

Le suicide en prison

26 03 2015

suicide_en_prison_2.jpgDans les prisons françaises, près d’un décès sur deux est un suicide. Le taux de suicide en prison a beaucoup augmenté depuis le milieu du 19e siècle. Avec 18,5 suicides enregistrés pour 10 000 personnes écrouées sur la période 2005-2010, il est aujourd’hui sept fois plus élevé qu’en liberté (dans la population générale, le taux atteint 2,7 pour 10 000 en 2010 chez les hommes de 15 à 59 ans. Ce groupe est plus proche de la structure par sexe et âge de la population carcérale, plus de neuf détenus sur dix étant des hommes).
Géraldine Duthé (Ined), Angélique Hazard et Annie Kensey (Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice) ont analysé des informations de la base nationale de Gestion informatisée des détenus en établissements (Gide). Leur étude, publiée dans la revue Population, porte sur 363 525 séjours sous écrous et 377 suicides survenus entre le 1er janvier 2006 et le 15 juillet 2009. Elle permet d’identifier certaines conditions de détention ou caractéristiques des détenus qui présentent un risque de suicide plus élevé.

dimanche, février 15 2015

Le fait religieux en prison : configurations, apports, risques

15 02 2015

priere_en_prison.jpgLes liens entre la prison et la religion ont en France une origine ancienne et ont fortement évolué. Ultime réconfort et caution charitable dans l’ensemble disparate des prisons d’Ancien Régime, puis composante majeure du « traitement pénitentiaire » dans une institution progressivement légitimée à affirmer cette vocation (naissance de la prison pénale), la présence religieuse vise aujourd’hui à satisfaire l’exercice d’un droit reconnu aux personnes détenues. La laïcisation de l’institution qui, jusqu’à l’abord des années 1990, correspondait au mouvement de fond de sécularisation de la société française, doit dorénavant composer avec la pluralisation religieuse de la population incarcérée. À l’image d’autres institutions républicaines, la prison est traversée par des revendications qui, sans nécessairement remettre en cause son caractère laïque, l’invitent à considérer le fait religieux comme une dimension structurante de la vie carcérale. Cette réémergence du phénomène religieux pose logiquement questions à l’administration pénitentiaire.

Photo : lexpress.fr

lundi, février 2 2015

Flambée de l'incarcération aux Etats-Unis : le rapport de la National Academy of Sciences

2 02 2015

prison_US.jpgLa National Academy of Sciences est l'une des institutions scientifiques les plus prestigieuses des États-Unis. Elle a souvent pour mission de réunir les plus grands spécialistes d'une question pour analyser l'état de la littérature scientifique sur une question difficile. Ces dernières années, elle a été en charge de rédiger un rapport sur les "causes et conséquences de la montée de l'incarcération" - le recours à la prison outre-atlantique ayant quadruplé de 1980 à 2010.

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mardi, novembre 18 2014

Durées de détention plus longues et personnes détenues en plus grand nombre

18 11 2014

prison_2.jpgGrâce à l’application informatique du fichier national des détenus (FND), ce cahier présente pour la première fois des éléments essentiels sur les seules personnes détenues.
Au 1er janvier 2014, 67 075 personnes sont détenues dans les établissements pénitentiaires français. À cette date 10 808 personnes exécutent leur peine en aménagement hors de la détention dont 10 161 sous surveillance électronique. Entre les 1ers janvier 2011 et 2014, le nombre de personnes détenues a augmenté de 11 % après une période décroissante en 2009 et 2010. Le pourcentage de variation du nombre de personnes détenues est de 38 % depuis le 1er janvier 2002, date à laquelle il s’établissait à 48 594. A cette époque, le nombre de places de détention était en adéquation avec le nombre de détenus et ce pendant une courte période. La surdensité carcérale ne touche généralement que les maisons d’arrêt. Au 1er janvier 2014, 16 300 personnes sont détenues dans des maisons d’arrêt où la surdensité est supérieure à 150 %.
Entre 2007 et 2013, l’indicateur de durée moyenne de détention passe de 8,6 mois à 11,5 mois, soit un allongement de 3 mois en 6 ans. C’est la principale raison d’augmentation du nombre de personnes détenues.

Photo : assemblee-nationale.fr

jeudi, octobre 30 2014

Statistiques pénitentiaires et parc carcéral, entre désencombrement et sur-occupation

30 10 2014

cellule.jpgLa question du sureffectif des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires en France semble rémanent puisque au regard des courbes d’évolution historique quelques rares périodes de baisse du nombre de personnes détenues offrent un court répit eu égard aux places disponibles.
Cet article propose tout d’abord un regard sur l’évolution du nombre de personnes détenues depuis 1980 pour ensuite traiter la question de la mesure du sureffectif.
Au 1er janvier 2014, 77 883 personnes étaient écrouées. La détention totale ou partielle concernait 67 075 personnes soit 86 % des écrous. On compte parmi les personnes détenues 1 765 semi-libres et 375 « placées à l’extérieur » mais néanmoins hébergées à l’établissement. Les personnes écrouées non hébergées étaient 10 808, soit 14 % des écrous (570 placées sous surveillance électronique fin de peine, 647 placées à l’extérieur non hébergés et 9 591 placées sous surveillance électronique).

Photo : lesoir.be

samedi, octobre 25 2014

Observer pour orienter et évaluer. Le CNO-CNE de Fresnes de 1950 à 2010

25 10 2014

fresnes.jpgAu tout début des années cinquante, l’Administration pénitentiaire se dota d’un outil essentiel et primordial afin de réussir la Réforme pénitentiaire. Examiner la personnalité des détenus afin de mieux les orienter vers des établissements diversifiés était l’application concrète d’une philosophie pénale progressiste. L’article se propose de suivre l’histoire de cette institution pendant une soixantaine d’années, instititution qui a su évoluer au fil des politiques pénales afin de mettre en commun des compétences pluridisciplinaires pour orienter, mais aussi pour observer et évaluer des détenus condamnés à de longues peines. À partir des dossiers des détenus-stagiaires, il est possible également de révéler les non-dits de ces missions, les tâtonnements et les exclusions, les stéréotypes des observateurs comme les évolutions de la population observée. Individualiser les peines pour réinsérer au mieux fut l’objectif initial tout en préservant la société des risques de récidive. Préserver la société de la dangerosité de certains récidivistes semble la préoccupation contemporaine.

Photo : annuaires.justice.gouv.fr

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