Prison, rétention, contention

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mardi, février 21 2017

Les prisonniers vont-ils pouvoir exercer leur droit de vote ?

21 02 2017
Prison_de_Brest.jpgIls sont environ 50 000 prisonniers à conserver leur droit de vote si on exclut les mineurs, les étrangers et les condamnés expressément déchus de leurs droits civiques, rappelle dans un communiqué datant de novembre 2016 l’association Robin des lois (RDL) qui bataille depuis 2014 pour l’installation d’urnes dans les établissements pénitentiaires. A ce jour, le vote par procuration ou la demande de permission pour aller déposer son bulletin (seulement valable pour les condamnés, non pour les prévenus) restent très difficiles à mettre en œuvre, comme en fait état le rapport annuel 2013 (après la présidentielle 2012) du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), et ce, malgré la loi pénitentiaire de 2009 qui donne désormais au détenu la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales de la commune où il se trouve détenu.

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mardi, février 14 2017

La détention avant jugement au Québec : entre gestion des risques et gestion des flux

14 02 2017

sas_prison.jpgÀ partir des résultats d’une recherche ethnographique portant sur les implications de la montée en puissance de la question du risque sur les décisions des juges québécois en matière de détention provisoire, cet article propose d’apporter un éclairage sur le fonctionnement concret du processus de cautionnement, sur les logiques décisionnelles qui s’y déploient et contribuent aux tendances à la hausse des placements en détention avant jugement. D’une part, il s’attache à montrer que ces placements relèvent moins d’une décision des juges que des pratiques respectives et croisées du ministère public et de la défense. D’autre part, il met en évidence que cet état de fait est tributaire du cadre dans lequel s’insèrent comparutions et enquêtes sur remise en liberté où les considérations en termes de gestion des flux exacerbent et même, dans certains cas, supplantent celles en termes de gestion des risques.

dimanche, février 5 2017

La détention provisoire en 2014

5 02 2017

sas_prison.jpgParmi les 317 000 personnes jugées par le tribunal correctionnel en 2014, 8,5 % ont été placées en détention provisoire avant jugement. Deux fois sur trois, le placement en détention provisoire s'inscrit dans le cadre d'une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel et une fois sur trois dans le cadre d'une procédure d'instruction.
Les vols et recels sont la nature d'affaire la plus fréquente pour les personnes placées en détention provisoire, tant en comparution immédiate qu'à l'instruction.
La moitié des personnes qui ont été placées en détention provisoire avant une comparution immédiate n'y sont restées qu'un ou deux jours et quatre personnes sur cinq moins de quatre jours.

dimanche, janvier 22 2017

L’unité hospitalière pour détenus de Marseille : un « quartier disciplinaire de luxe »

22 01 2017

uhsi-marseille-aphm.jpgL’unité hospitalière sécurisée interrégionale de Marseille fait partie des huit UHSI réparties sur le territoire national dont l’objectif est d’accueillir les hospitalisations somatiques de plus de 48 heures de personnes détenues. Si la création des UHSI a permis une amélioration de la qualité des soins apportés en milieu pénitentiaire, les conditions d’hospitalisation restent décriées.
Située au coeur de l’hôpital Nord de la ville, l’unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de Marseille accueille depuis dix ans des personnes détenues principalement issues de la région pénitentiaire PACACorse. Elle compte actuellement 27 lits de médecine-chirurgie obstétrique (MCO) et six lits de soins de suite et de réadaptation (SSR) répartis au sein de deux unités.

mardi, janvier 10 2017

Plan contre la radicalisation: un big brother pénitentiaire contre-productif ?

10 01 2017

Maison_d__arret.jpgLe 25 octobre, le ministère de la Justice a présenté son troisième plan de lutte contre la radicalisation en prison. La presse titre alors « fin des unités dédiées ». Une accroche laissant penser que le regroupement dans des quartiers spécifiques des personnes détenues pour des faits liés au terrorisme était révolu, après l’agression violente de deux surveillants par l’une d’entre elles. Pourtant il n’en est rien. L’appellation « unité de prise en charge de la radicalisation » (UPRA) a certes disparu, mais la logique de regroupement reste bien présente : les cinq unités dédiées ne vont pas fermer. Elles vont toutes être réaffectées en « quartiers d’évaluation de la radicalisation » (QER).

Photo : estrepublicain.fr

mercredi, décembre 14 2016

A la prison de Fresnes, des traitements « inhumains » et « dégradants »

14 12 2016

A_fresnes.jpgC’est une lecture édifiante qu’offre mercredi 14 décembre le Journal officiel. La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté fait usage de la procédure d’urgence pour alerter publiquement le gouvernement sur la situation de la maison d’arrêt des hommes de Fresnes.
Entre la surpopulation carcérale, la prolifération des punaises et des rats, le délabrement des locaux, le « climat de violence constant qui règne » et un « usage de la force à l’égard des détenus ni maîtrisé ni contrôlé », on pourrait penser qu’il s’agit d’un rapport sur les geôles d’un pays peu recommandable. Cela se passe dans le Val-de-Marne, à 7 km des portes de Paris, dans la seconde plus grande prison de France.

Photo : lefigaro.fr

jeudi, novembre 24 2016

L'état des savoirs sur la prison

24 11 2016

L__utopie_carcerale.jpgÀ quoi tient aujourd’hui la légitimité de la prison ? Au tournant sécuritaire commandé par la réaction néolibérale, assurément. Mais aussi à la croyance que la prison est perfectible, envers et contre tout. Régulièrement, des « prisons modèles » s’évertuent à raviver une utopie pénitentiaire moribonde. Les discours qui les accompagnent font miroiter la possibilité d’un enfermement enfin avantageux sinon salutaire, comme si jusqu’ici, par manque d’imagination, de volonté et de moyens, l’on n’avait pas vraiment essayé. C’est oublier une histoire jalonnée de diverses tentatives, parfois grandioses, qui donne toutes les raisons d’en douter. Pour nous la remémorer, ce livre effectue une vaste mise en perspective dans le temps et l’espace. Pour nous la remémorer, ce livre effectue une vaste mise en perspective dans le temps et l’espace. De Genève à Pékin en passant par Londres ou Saint-Pétersbourg, du début du XIXe siècle à nos jours, il rappelle des cas célèbres ou méconnus de « prisons modèles » qui, d’abord encensées, ont tourné au fiasco.

mardi, octobre 11 2016

La sexualité en milieu carcéral : au cœur des représentations de personnes incarcérées

11 10 2016

sas_prison.jpgDans cet article, nous présentons les principaux résultats obtenus à l’issue d’une étude sur la sexualité en milieu carcéral au sein de dix établissements pénitentiaires belges entre 2012 et 2013. Recourant à une méthodologie quantitative et prenant un appui théorique sur les découvertes de Sykes (1958), et plus particulièrement le modèle de privation, notre recherche se centre sur l’étude de la sexualité incarcérée non seulement à travers les enjeux majeurs qu’elle revêt pour les individus concernés mais aussi à travers son impact sur la dynamique institutionnelle. Découvrant la permanence du désir sexuel malgré les contraintes privatives de la prison, notre étude met en évidence que les personnes incarcérées cherchent à s’adapter pour compenser l’absence de sexualité.

Photo : lefigaro.fr

samedi, septembre 24 2016

Prison : fausses évidences et vrais problèmes

24 09 2016

sas_prison.jpgLe scandale récurrent de la surpopulation carcérale a ancré dans les esprits l’idée qu’il n’y avait pas, en France, suffisamment de places de prison. L’urgence de bâtir s’est imposée dans le débat public comme une solution évidente, que l’on soit séduit par des arguments sécuritaires ou humanitaires.
Selon le Garde des Sceaux, il faudrait construire « entre 10 309 et 16 143 nouvelles cellules d’ici à 2025 ». Le gouvernement pense ainsi mettre un terme à la surpopulation endémique des prisons et faire respecter le principe de l’encellulement individuel, promis depuis la fin du 19e siècle. L’intention humanitaire est louable, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Depuis 1980, près de 30 000 nouvelles places ont été mises en service. Certes il fallait remplacer un parc immobilier insalubre ; mais aucun de ces plans de construction n’a résorbé la surpopulation carcérale. On observe au contraire une tendance qui s’est toujours confirmée à remplir les places de prison disponibles, au-delà même de la capacité prévue. Depuis 1980, le nombre de personnes incarcérées dans les prisons françaises a doublé.

Photo : lefigaro.fr

jeudi, septembre 15 2016

La liberté, une dimension du soin

15 09 2016

Pratiques_en_sante_mentale_2016_n3.jpgAprès une période dite désaliéniste, la psychiatrie a évolué vers ce que nous proposons d’appeler le « néoaliénisme » décrivant une forme nouvelle d’enfermement et de contrainte dans la psychiatrie hospitalière. Il est possible de montrer que contrairement à l’évidence commune, liberté et sécurité ne sont pas obligatoirement dans des rapports d’antinomie mais fonctionnent parfois de concert, en particulier à l’hôpital. La préservation des libertés améliore le plus souvent la sécurité. Au-delà de la sécurité, le soin lui-même requiert une part minimum de liberté, dès lors que celui-ci ne se résume à un traitement purement chimique.

lundi, juillet 11 2016

Regrouper les détenus « radicalisés » ne diminue pas le prosélytisme

11 07 2016

FRANCE/Depuis les attentats de janvier 2015, les prisons focalisent l’attention des autorités françaises, pressées de combattre la « radicalisation » des détenus et le prosélytisme islamique à l’œuvre en leur sein. Quelques jours après les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, Manuel Valls présentait un plan de lutte contre le terrorisme (PLAT). Celui-ci proposait, pour le volet pénitentiaire, la mise en place d’un processus d’évaluation de la dangerosité des détenus « radicalisés » et le regroupement de ces derniers dans des unités dédiées (UD), à la suite de l’expérimentation menée dans le centre pénitentiaire de Fresnes depuis octobre 2014. Après la formation des personnels de l’administration pénitentiaire chargés accueillir les détenus, le programme visait aussi à mettre en place des entretiens individuels et des groupes de parole avec les prisonniers. Les premiers résultats sont pour le moins mitigés.

lundi, juin 27 2016

Et si tous ces programmes entourant la réinsertion des détenus ne servaient à rien ?

27 06 2016

Facts_And_Myths.jpgLe Canada fait figure de modèle en Occident pour ce qui a trait aux programmes de réinsertion et de lutte contre la récidive. Aux dépens d’analyses criminologiques et psychologiques approfondies, aujourd’hui toutes deux reléguées au dernier rang, ces programmes correctionnels sont présentés comme la clé du succès face à la récidive. Il s’agit pourtant avant tout d’une croyance, reposant sur une vision naïve de la plasticité humaine. A ce jour, aucune enquête externe menée en toute indépendance n’a encore été produite quant à leurs coûts et bénéfices réels. Pire : la littérature scientifique fournit tous les éléments pour conclure que ces programmes comportementalistes n’ont pas d’efficacité globale sur une population carcérale composée souvent de criminels endurcis qui ont appris à répondre ce que l’agent du programme veut entendre. Il serait beaucoup plus utile d’utiliser ces fonds publics et ces agents de l’administration pénitentiaire pour donner aux détenus la véritable scolarité et les véritables certifications professionnelles qui leur font si souvent défaut et qui leur seraient d’une aide bien plus sûre le jour où ils voudraient réellement se réinsérer.

Illustration : indianatransgendernetwork.com

mardi, mai 31 2016

Quel avenir pour la prison ?

31 05 2016

prisons_quel_avenir.jpgEn 1975, en France, 26 000 personnes étaient incarcérées. En mars 2016, on en comptait 67 580 (et près de 10 000 personnes placées sous bracelet électronique). La prison a-t-elle, entre-temps, fait la preuve de son efficacité ? Les témoignages, les enquêtes sociologiques, les rapports officiels et les statistiques sur la récidive montrent plutôt l’inverse. Malgré les réformes et la reconnaissance croissante des droits des prisonniers, la violence, la perte d’intimité, l’ennui et l’absence de sens des temps d’incarcération se perpétuent. Comment comprendre cette situation ? Est-elle la conséquence de l’augmentation de la population enfermée et du recours à des mesures de sécurité renforcées ? S’appuyant sur des travaux récents, ce livre fait le point sur la situation en France et propose des analyses comparées avec le Canada et les États-Unis. Il discute les effets contrastés des réformes menées ces dernières années et formule des propositions et pistes de réflexion pour des transformations du système pénal.

mercredi, mai 11 2016

Quels soins psychiatriques dans les prisons françaises ?

11 05 2016

Contention_psychiatrie.jpgUn récent rapport de l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, le mois dernier, a alerté sur les difficultés actuelles de prise en charge des pathologies psychiatriques dans les prisons françaises. Cette ONG dénonce la « double peine »que subissent les personnes souffrant de troubles psychiatriques en détention : l’incarcération, et également l’impossibilité d’accéder à des soins adaptés à leur pathologie.
La réalisation d’études épidémiologiques rigoureuses se heurte à de nombreuses contraintes logistiques et d’organisation en milieu pénitentiaire. Cependant, plusieurs travaux internationaux ont pu mettre en évidence, chez les personnes incarcérées, une fréquence des troubles psychiatriques, bien supérieure à celle retrouvée en population générale. Toutes les pathologies sont représentées : schizophrénie, trouble bipolaire, dépression, troubles de la personnalité, troubles addictifs, etc.

samedi, avril 2 2016

Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

2 04 2016

Contention_psychiatrie.jpg« Nous n’avions jamais vu cela», déclare la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Madame Adeline Hazan, dénonçant : «Des pratiques centralisées, honteuses, et choquantes.» En France, en 2016, dans un hôpital psychiatrique ordinaire de l’Ain, des patients sont enfermés, sanglés, dépourvus de tout espace de liberté, abandonnés, maltraités. «Je suis sidérée que l’Agence régionale de santé, que la Haute Autorité de santé, que les différentes commissions départementales, toutes ces structures qui sont venues ces dernières années, voire pour certaines ces dernières semaines, n’aient pas observé ce que notre mission a vu. Et qu’elles n’aient en tout cas pas réagi. Cela me laisse sans voix. »
Les médecins de cet hôpital et les universitaires qui les ont formés, les directeurs de cet hôpital et l’ARS, les experts de l’HAS (Haute Autorité de santé) et le directeur de l’HAS portent une lourde responsabilité dans l’assujettissement massif et systématique des patients de cet hôpital par le corps soignant. Comment a-t-on pu transformer un lieu de soins en lieu de détention ?

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