Prison, rétention, contention

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jeudi, novembre 24 2016

L'état des savoirs sur la prison

24 11 2016

L__utopie_carcerale.jpgÀ quoi tient aujourd’hui la légitimité de la prison ? Au tournant sécuritaire commandé par la réaction néolibérale, assurément. Mais aussi à la croyance que la prison est perfectible, envers et contre tout. Régulièrement, des « prisons modèles » s’évertuent à raviver une utopie pénitentiaire moribonde. Les discours qui les accompagnent font miroiter la possibilité d’un enfermement enfin avantageux sinon salutaire, comme si jusqu’ici, par manque d’imagination, de volonté et de moyens, l’on n’avait pas vraiment essayé. C’est oublier une histoire jalonnée de diverses tentatives, parfois grandioses, qui donne toutes les raisons d’en douter. Pour nous la remémorer, ce livre effectue une vaste mise en perspective dans le temps et l’espace. Pour nous la remémorer, ce livre effectue une vaste mise en perspective dans le temps et l’espace. De Genève à Pékin en passant par Londres ou Saint-Pétersbourg, du début du XIXe siècle à nos jours, il rappelle des cas célèbres ou méconnus de « prisons modèles » qui, d’abord encensées, ont tourné au fiasco.

mardi, octobre 11 2016

La sexualité en milieu carcéral : au cœur des représentations de personnes incarcérées

11 10 2016

sas_prison.jpgDans cet article, nous présentons les principaux résultats obtenus à l’issue d’une étude sur la sexualité en milieu carcéral au sein de dix établissements pénitentiaires belges entre 2012 et 2013. Recourant à une méthodologie quantitative et prenant un appui théorique sur les découvertes de Sykes (1958), et plus particulièrement le modèle de privation, notre recherche se centre sur l’étude de la sexualité incarcérée non seulement à travers les enjeux majeurs qu’elle revêt pour les individus concernés mais aussi à travers son impact sur la dynamique institutionnelle. Découvrant la permanence du désir sexuel malgré les contraintes privatives de la prison, notre étude met en évidence que les personnes incarcérées cherchent à s’adapter pour compenser l’absence de sexualité.

Photo : lefigaro.fr

samedi, septembre 24 2016

Prison : fausses évidences et vrais problèmes

24 09 2016

sas_prison.jpgLe scandale récurrent de la surpopulation carcérale a ancré dans les esprits l’idée qu’il n’y avait pas, en France, suffisamment de places de prison. L’urgence de bâtir s’est imposée dans le débat public comme une solution évidente, que l’on soit séduit par des arguments sécuritaires ou humanitaires.
Selon le Garde des Sceaux, il faudrait construire « entre 10 309 et 16 143 nouvelles cellules d’ici à 2025 ». Le gouvernement pense ainsi mettre un terme à la surpopulation endémique des prisons et faire respecter le principe de l’encellulement individuel, promis depuis la fin du 19e siècle. L’intention humanitaire est louable, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Depuis 1980, près de 30 000 nouvelles places ont été mises en service. Certes il fallait remplacer un parc immobilier insalubre ; mais aucun de ces plans de construction n’a résorbé la surpopulation carcérale. On observe au contraire une tendance qui s’est toujours confirmée à remplir les places de prison disponibles, au-delà même de la capacité prévue. Depuis 1980, le nombre de personnes incarcérées dans les prisons françaises a doublé.

Photo : lefigaro.fr

jeudi, septembre 15 2016

La liberté, une dimension du soin

15 09 2016

Pratiques_en_sante_mentale_2016_n3.jpgAprès une période dite désaliéniste, la psychiatrie a évolué vers ce que nous proposons d’appeler le « néoaliénisme » décrivant une forme nouvelle d’enfermement et de contrainte dans la psychiatrie hospitalière. Il est possible de montrer que contrairement à l’évidence commune, liberté et sécurité ne sont pas obligatoirement dans des rapports d’antinomie mais fonctionnent parfois de concert, en particulier à l’hôpital. La préservation des libertés améliore le plus souvent la sécurité. Au-delà de la sécurité, le soin lui-même requiert une part minimum de liberté, dès lors que celui-ci ne se résume à un traitement purement chimique.

lundi, juillet 11 2016

Regrouper les détenus « radicalisés » ne diminue pas le prosélytisme

11 07 2016

FRANCE/Depuis les attentats de janvier 2015, les prisons focalisent l’attention des autorités françaises, pressées de combattre la « radicalisation » des détenus et le prosélytisme islamique à l’œuvre en leur sein. Quelques jours après les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, Manuel Valls présentait un plan de lutte contre le terrorisme (PLAT). Celui-ci proposait, pour le volet pénitentiaire, la mise en place d’un processus d’évaluation de la dangerosité des détenus « radicalisés » et le regroupement de ces derniers dans des unités dédiées (UD), à la suite de l’expérimentation menée dans le centre pénitentiaire de Fresnes depuis octobre 2014. Après la formation des personnels de l’administration pénitentiaire chargés accueillir les détenus, le programme visait aussi à mettre en place des entretiens individuels et des groupes de parole avec les prisonniers. Les premiers résultats sont pour le moins mitigés.

lundi, juin 27 2016

Et si tous ces programmes entourant la réinsertion des détenus ne servaient à rien ?

27 06 2016

Facts_And_Myths.jpgLe Canada fait figure de modèle en Occident pour ce qui a trait aux programmes de réinsertion et de lutte contre la récidive. Aux dépens d’analyses criminologiques et psychologiques approfondies, aujourd’hui toutes deux reléguées au dernier rang, ces programmes correctionnels sont présentés comme la clé du succès face à la récidive. Il s’agit pourtant avant tout d’une croyance, reposant sur une vision naïve de la plasticité humaine. A ce jour, aucune enquête externe menée en toute indépendance n’a encore été produite quant à leurs coûts et bénéfices réels. Pire : la littérature scientifique fournit tous les éléments pour conclure que ces programmes comportementalistes n’ont pas d’efficacité globale sur une population carcérale composée souvent de criminels endurcis qui ont appris à répondre ce que l’agent du programme veut entendre. Il serait beaucoup plus utile d’utiliser ces fonds publics et ces agents de l’administration pénitentiaire pour donner aux détenus la véritable scolarité et les véritables certifications professionnelles qui leur font si souvent défaut et qui leur seraient d’une aide bien plus sûre le jour où ils voudraient réellement se réinsérer.

Illustration : indianatransgendernetwork.com

mardi, mai 31 2016

Quel avenir pour la prison ?

31 05 2016

prisons_quel_avenir.jpgEn 1975, en France, 26 000 personnes étaient incarcérées. En mars 2016, on en comptait 67 580 (et près de 10 000 personnes placées sous bracelet électronique). La prison a-t-elle, entre-temps, fait la preuve de son efficacité ? Les témoignages, les enquêtes sociologiques, les rapports officiels et les statistiques sur la récidive montrent plutôt l’inverse. Malgré les réformes et la reconnaissance croissante des droits des prisonniers, la violence, la perte d’intimité, l’ennui et l’absence de sens des temps d’incarcération se perpétuent. Comment comprendre cette situation ? Est-elle la conséquence de l’augmentation de la population enfermée et du recours à des mesures de sécurité renforcées ? S’appuyant sur des travaux récents, ce livre fait le point sur la situation en France et propose des analyses comparées avec le Canada et les États-Unis. Il discute les effets contrastés des réformes menées ces dernières années et formule des propositions et pistes de réflexion pour des transformations du système pénal.

mercredi, mai 11 2016

Quels soins psychiatriques dans les prisons françaises ?

11 05 2016

Contention_psychiatrie.jpgUn récent rapport de l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, le mois dernier, a alerté sur les difficultés actuelles de prise en charge des pathologies psychiatriques dans les prisons françaises. Cette ONG dénonce la « double peine »que subissent les personnes souffrant de troubles psychiatriques en détention : l’incarcération, et également l’impossibilité d’accéder à des soins adaptés à leur pathologie.
La réalisation d’études épidémiologiques rigoureuses se heurte à de nombreuses contraintes logistiques et d’organisation en milieu pénitentiaire. Cependant, plusieurs travaux internationaux ont pu mettre en évidence, chez les personnes incarcérées, une fréquence des troubles psychiatriques, bien supérieure à celle retrouvée en population générale. Toutes les pathologies sont représentées : schizophrénie, trouble bipolaire, dépression, troubles de la personnalité, troubles addictifs, etc.

samedi, avril 2 2016

Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

2 04 2016

Contention_psychiatrie.jpg« Nous n’avions jamais vu cela», déclare la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Madame Adeline Hazan, dénonçant : «Des pratiques centralisées, honteuses, et choquantes.» En France, en 2016, dans un hôpital psychiatrique ordinaire de l’Ain, des patients sont enfermés, sanglés, dépourvus de tout espace de liberté, abandonnés, maltraités. «Je suis sidérée que l’Agence régionale de santé, que la Haute Autorité de santé, que les différentes commissions départementales, toutes ces structures qui sont venues ces dernières années, voire pour certaines ces dernières semaines, n’aient pas observé ce que notre mission a vu. Et qu’elles n’aient en tout cas pas réagi. Cela me laisse sans voix. »
Les médecins de cet hôpital et les universitaires qui les ont formés, les directeurs de cet hôpital et l’ARS, les experts de l’HAS (Haute Autorité de santé) et le directeur de l’HAS portent une lourde responsabilité dans l’assujettissement massif et systématique des patients de cet hôpital par le corps soignant. Comment a-t-on pu transformer un lieu de soins en lieu de détention ?

samedi, mars 19 2016

La Cour des comptes épingle l'administration pénitentiaire

19 03 2016

suicide_en_prison_2.jpgC’est un dossier explosif que Jean-Jacques Urvoas, le garde des sceaux, a depuis quelques semaines sur son bureau. La Cour des comptes dénonce dans un rapport, définitif mais non public, le grand bazar de la gestion du personnel pénitentiaire. Il s’agit pourtant du premier poste du budget du ministère de la justice. Ce document particulièrement détaillé, que Le Monde s’est procuré, adresse trois types de critiques graves.
En premier lieu, la direction de l’administration pénitentiaire ne dispose pas d’outil rigoureux de pilotage des effectifs et de leur organisation. Les gendarmes des comptes publics ont découvert également, après un voyage dans le dédale des mécanismes de rémunération, un certain nombre de pratiques tout simplement illégales.

vendredi, mars 18 2016

Un tabou en milieu carcéral : les relations amoureuses entre détenus et personnels

18 03 2016

Chut_secret.jpgLoin des projecteurs, censurés par l’administration, les dossiers relatant des relations affectives et sexuelles entre membres du personnel et détenus ne sont pas rares. Prisons, pénitenciers ou centres fermés pour mineurs, aucun établissement carcéral n’est épargné. Comment comprendre ce phénomène ? Au-delà des questions liées à l’éthique, du droit et des risques encourus, l’intimité et le partage des émotions entre gardés et gardiens forment une ligne ténue où balises et repères finissent par relever de l’abstraction, surtout lorsque l’employé est en permanence au contact de populations retenues captives. Des populations aux prises avec un vide affectif doublé d’une dépendance sans fond à qui saura prendre le temps de les écouter et où le franchissement des limites de la communication au fil du temps ne font plus qu’un.

Illustration : lejardindesgifs.centerblog.net

vendredi, février 26 2016

La privatisation rampante des prisons françaises

26 02 2016

suicide_en_prison_2.jpgEn France, plus d’un tiers des prisons sont en partie gérées par des grands groupes privés. Le mouvement de privatisation du système carcéral, entamé il y a trois décennies, prend toujours plus d’ampleur. De la gestion des repas à l’accueil des familles, de la construction des maisons d’arrêt au travail pénitentiaire, une poignée d’entreprises se sont saisies de ce nouveau marché lucratif. L’État débourse près de six milliards d’euros par an pour payer leurs services, sans que les bénéfices d’une gestion privée soient démontrés. Cette privatisation rampante pose aussi une question de fond : les entreprises privées ont tout intérêt à ce que les prisons ne désemplissent pas.

mardi, février 9 2016

Plus de 10 millions de personnes en prison à travers le monde

9 02 2016

10_35_millions_prisonniers.jpgLa onzième édition de la World Prison Population List, désormais établie par Roy Walmsley dans le cadre du Institute for Criminal Policy Research (ICPR) de l'Université de Londres à Birkbeck, établit à 10,35 millions le nombre de personnes incarcérées à travers le monde, ce nombre dépassant probablement onze millions si l'on compte les personnes détenus dans des centres de détention chinois ou des camps pénitentiaires en Corée du Nord.
Le rapport, qui signale une situation de croissance très préoccupante, donne des données générales sur 223 pays.

vendredi, novembre 27 2015

Incarcération totale. L’enfermement solitaire aux États-Unis à l’ère de la prison de masse

27 11 2015

prison_US.jpgLe recours croissant au placement des détenus à l’isolement a de quoi surprendre dans une période de massification de la prison. Les prisons américaines se sont en effet dotées d’établissements spécifiquement destinés à l’enfermement solitaire à une période où leur population a connu une expansion sans précédent. Dans les années 1970 encore, les États-Unis comptaient des taux d’incarcération comparables à ceux des démocraties occidentales ; dans les années 2000, avec un adulte sur cent en prison, les États-Unis présentaient un taux entre cinq et dix fois supérieur aux taux européens. L’explosion du recours à l’enfermement défie toute comparaison. En 2015, les prisons américaines enferment plus de deux millions de personnes, près d’un quart de l’ensemble des prisonniers du monde.

Photo : altermedia.info

vendredi, octobre 23 2015

En Italie, des dizaines de détenus s’évadent grâce au théâtre en prison

23 10 2015

prison_italienne.jpgC’est l’une des prisons de haute sécurité les plus importantes d’Italie. Et c’est aussi l’une des scènes artistiques les plus fréquentées de Rome. Derrière les barreaux et grilles du pénitencier de Rebibbia, se trouve un théâtre avec des détenus, anciens mafieux et délinquants en tout genre, comme acteurs. Basta ! les a suivis dans la préparation de leur nouvelle pièce, La Résistible ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht. Un art qui leur permet, littéralement, de se libérer définitivement de la prison : sur les 500 anciens acteurs détenus du théâtre, à peine 12 ont récidivé.

Photo : envieditaliefppradio.wordpress.com

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