Prison, rétention, contention

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dimanche, avril 28 2013

Prison : la France à nouveau condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme

28 04 2013

sanction_disciplinaire.jpgLes juges de Strasbourg n'ont pas de standards spécialement exigeants : l'arrêt observe que partager une cellule de 9 m2 "lui permettait de disposer d'un espace individuel de 4,5 m2, réduit cependant par les installations sanitaires (lavabo et toilettes) et les meubles de la cellule (dont une table, un lit superposé et deux chaise)". Ce n'est pas Versailles, mais "un tel taux d'occupation correspond au minimum de la norme recommandée par le Comité européen pour la prévention de la torture" qui ne s'alarme qu'au-dessous de 3 m2 par personne – l'équivalent d'une pièce où l'on pourrait, du centre, toucher tous les murs.
Mais la Cour note aussi que "d'autres aspects des conditions de détention sont à prendre en compte", notamment " la possibilité d'utiliser les toilettes de manière privée, le mode d'aération, l'accès à la lumière, la qualité du chauffage et le respect des exigences sanitaires de base", qui faisaient cruellement défaut à Nancy. D'autant qu'Enzo Canali passait vingt-deux heures sur vingt-quatre en cellule, et que la promenade se faisait dans une courette de 50 m2 où les détenus étaient trop serrés pour même tourner en rond.

samedi, avril 27 2013

La CNCDH demande l’accès des journalistes aux lieux de privation de liberté

27 04 2013

journaliste.jpgEn réponse à une saisine du ministère de la Justice, la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) a formulé dans un avis adopté en assemblée plénière jeudi 25 avril ses recommandations afin que le projet de loi sur la réforme de la protection du secret des sources en préparation garantisse au mieux la transparence de la vie publique, jugée trop opaque, et le droit à une information de qualité.
La CNCDH fait siennes les revendications de nombreux acteurs de la société civile tendant à l’ouverture aux journalistes des établissements pénitentiaires, centres de rétention administrative, zones d’attente et locaux de garde à vue dans des conditions fixées par décret, même en dehors de la présence de parlementaires.

Illustration : agoravox.fr

mercredi, avril 24 2013

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté critique l'emprisonnement des mineurs

24 04 2013

Image_CEF.jpgQuel est le sens de l'enfermement des enfants, des vieux et des malades ? Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, dissèque dans son rapport annuel publié fin février les paradoxes des politiques et dogmes carcéraux. "Notre société, depuis si longtemps, est tant préoccupée de la délinquance des jeunes que le contrôleur général a souhaité (...) se préoccuper de leur enfermement", pose en préambule le chapitre 7 du rapport de 300 pages. L'expression "prévention de la récidive", sur laquelle vient de plancher une "conférence de consensus" censée inspirer une politique pénale en rupture avec le "tout carcéral", apparaissait largement dans de précédents rapports du contrôleur. Pas cette fois.
Après cinq ans de visites dans les lieux de privation de liberté et un certain nombre de coups de gueule, dont un en 2012 qui a mis la République face à l'état honteux de la prison marseillaise des Baumettes, Jean-Marie Delarue creuse son sillon avec d'autres mots.

Illustration : europe1.fr

vendredi, février 22 2013

Récidive : la conférence de consensus contre le "tout-carcéral"

22 02 2013

Le jury de consensus sur la prévention de la récidive a visé loin et haut, et sa présidente Françoise Tulkens, une ancienne juge à la Cour européenne des droits de l'homme, a remis, mercredi 20 février, un rapport radical au premier ministre : si le gouvernement mettait en oeuvre la moitié de ses recommandations, la face de la justice pénale en serait changée. Le jury propose d'"engager la justice dans la voie d'un changement réel, sérieux, solide, pour assumer sa responsabilité dans un monde nouveau", et va beaucoup plus loin que ce que pouvaient envisager les socialistes.
Le risque en était assumé : plutôt que mettre en place un groupe de travail, Christiane Taubira, la garde des sceaux, avait installé en septembre 2012 un comité présidé par une magistrate, Nicole Maestracci, qui a à son tour choisi un jury indépendant de vingt personnes d'horizon divers, dont un ancien député UMP, Etienne Pinte.

samedi, février 16 2013

Penser la peine autrement : propositions pour mettre fin à la surpopulation carcérale

16 02 2013

Photo_prison_lemonde.fr.jpgAlors que le nombre de personnes détenues avait atteint, au 1er juillet 2012, un niveau record, et que le taux moyen d’occupation des établissements pénitentiaires s’élevait à 117 %, la commission des Lois a créé une mission d’information chargée de réfléchir aux moyens de lutter contre la surpopulation carcérale.
Après avoir décrit la situation actuelle de surpopulation carcérale, ses causes et ses conséquences, le rapport préconise de favoriser l’évolution du regard de la société sur la justice pénale, de manière à ce que l’ensemble des sanctions prononcées, privatives de liberté ou non, soient perçues comme de véritables peines. Il formule ensuite une série de propositions visant à : – éviter autant que possible les incarcérations, conformément à notre législation qui prévoit que la peine de prison doit être, en matière correctionnelle, le dernier recours ; – faire de l’emprisonnement une sanction utile pour le condamné dans la perspective de sa réinsertion ; – garantir aux personnes condamnées à des peines ou mesures en milieu ouvert un véritable accompagnement pour rendre celles-ci efficaces et effectives, favoriser la réinsertion et lutter contre la récidive. Le rapport se conclut par la présentation d’un dispositif de résorption puis de prévention de la surpopulation carcérale, destiné à limiter le nombre de personnes détenues à la capacité opérationnelle des prisons, en accélérant les sorties et non pas en freinant les incarcérations.

Illustration : lemonde.fr

mardi, février 12 2013

Le SNPES-PJJ propose son bilan des Centres Educatifs Fermés

12 02 2013

Image_CEF.jpgAu moment où une évaluation demandée par la ministre de la justice va rendre ses conclusions et dix ans après leur création, il est nécessaire de rappeler le projet global dans lequel avaient été inscrits les CEF car celui-ci n’est pas sans incidences sur leur efficacité du point de vue de la prise en charge éducative des mineurs.
Voulant afficher une rupture avec les anciennes structures d’enfermement ayant jalonné l’histoire de la prise en charge des mineurs et des phénomènes de violence qu’elles avaient générés, les promoteurs des CEF les avaient présentés comme des établissements dont la fermeture serait seulement juridique. En effet, la loi Perben 1 encadrera le placement des mineurs en CEF par un Contrôle judiciaire, un SME ou un aménagement de peine. De plus, les mineurs de treize à seize ans pourront y être placés sous le régime d’un Contrôle Judiciaire, même en matière délictuelle. En cas de fugue ou d’infraction au règlement intérieur du CEF, le mineur pourra être incarcéré. Cet encadrement juridique du placement devait constituer la « ceinture de force symbolique » selon la formule du directeur de la PJJ de l’époque.
Plusieurs années après, qu’en est-il de l’efficacité de ces structures au regard du but affiché ? Les CEF contiennent-ils mieux les mineurs que les autres structures de la PJJ ?

Illustration : europe1.fr

lundi, janvier 14 2013

Après la sortie du milieu carcéral

14 01 2013

Image_CEF.jpgLes enjeux de la sortie d’incarcération sont capitaux et les conditions de celle-ci impactent de manière manifeste le risque de récidive ou de rechute.
L’ensemble des dispositifs qui accompagnent et contribuent à l’insertion ou la réinsertion sont nombreux et disponibles. Cependant si « l’après sortie du milieu carcéral » était une parfaite réussite, nous le saurions. Il convient donc de prendre toute la mesure de la complexité de cette étape dans le parcours d’une personne, tant de son point de vue que de celui des dispositifs et systèmes sensés incarner cette réussite.

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samedi, décembre 29 2012

Le témoignage d’un assesseur extérieur en commission de discipline d'une prison

29 12 2012

sanction_disciplinaire.jpgA l’origine, je suis enseignant spécialisé, à la retraite depuis 4 ans. Afin de compléter et d’enrichir mon parcours professionnel, je porte maintenant un intérêt particulier à l'Administration pénitentiaire, à ses missions, aux centres de détention, aux conditions de détention, aux parcours des détenus, etc. D'où le choix qui fut le mien de postuler aux fonctions d’Assesseur en Commission de discipline au sein d’un Centre de détention, lorsque par hasard j’ai découvert une brochure du ministère de la Justice présentant le métier d’Assesseur en commission de discipline d’un établissement pénitentiaire (lire cette brochure ici).
Dans chaque établissement pénitentiaire se réunit régulièrement une commission de discipline. Les personnes détenues qui n’ont pas respecté les règles de vie en détention peuvent être sanctionnées. Ces sanctions sont décidées en commission de discipline, où la personne détenue peut être assistée d’un avocat. La commission est présidée par le chef d’établissement, qui est assisté par deux assesseurs : un personnel de surveillance et, à compter du 1er juin 2011, une personne extérieure. L’assesseur est doté d’une voix consultative : il donne son avis au président de la commission afin de l’aider à prendre sa décision.

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jeudi, décembre 6 2012

A Marseille, l'on redécouvre que la prison est "une humiliation pour la République"

6 12 2012

Cellule_confinement_baumettes.jpgL’article 9 de la loi du 30 octobre 2007 permet au Contrôleur général des lieux de privation de liberté, lorsqu’il constate une violation grave des droits fondamentaux des personnes privées de liberté, de saisir sans délai les autorités compétentes de ses observations en leur demandant d’y répondre. Postérieurement à la réponse obtenue, il constate s’il a été mise fin à la violation signalée ; il peut rendre public ses observations et les réponses obtenues. En application de cette disposition d’urgence, qu’il emploie pour la seconde fois, le contrôleur général publie les présentes recommandations au Journal officiel du 6 décembre 2012.
Le constat dressé par la vingtaine de contrôleurs qui ont visité, du 8 au 19 octobre le centre pénitentiaire des Baumettes, à Marseille, fait apparaître sans aucun doute, une violation grave des droits fondamentaux, notamment au regard de l’obligation, incombant aux autorités publiques, de préserver les personnes détenues, en application des règles de droit applicables, de tout traitement inhumain et dégradant.

lundi, octobre 8 2012

La Commission des lois se penche sur la surpopulation carcérale

8 10 2012

prison.jpgFace à la forte hausse du nombre des personnes détenues observée au cours de la dernière année (67 373 détenus au 1er juillet 2012, en progression annuelle de 4 %) et à ses conséquences inquiétantes sur la surpopulation carcérale (le taux moyen d’occupation des établissements pénitentiaires français était de 117 % au 1er juillet 2012, contre 110 % deux ans plus tôt, et s’établissait même à 137 % pour les maisons d’arrêt), la commission des lois a créé une mission d’information chargée de réfléchir aux moyens de lutte contre ce phénomène, à l’origine d’une dégradation manifeste des conditions de détention, préjudiciable à la réinsertion des personnes condamnées.
Parallèlement aux visites de terrain, la mission d’information procèdera à des auditions et à l’organisation de tables-rondes, réunissant notamment les différents acteurs et experts de la politique pénale. Elle envisage de présenter les conclusions de ses travaux au printemps 2013.

Illustration : lexpress.fr

vendredi, septembre 14 2012

Oui, la prison peut devenir l’exception

14 09 2012

Photo_prison_lemonde.fr.jpg« Nos prisons sont pleines, mais vides de sens. » Cette formule de la nouvelle garde des Sceaux porte l’espoir que la France puisse enfin se doter d’une doctrine carcérale efficace et humaine dans le cadre d’une politique pénale cohérente. Car contrairement aux idées reçues, la prison peut devenir l’exception, tandis que la prévention de la récidive doit demeurer l’objectif. Et puisque l’on a été habitué à la culture des chiffres, nous allons démontrer qu’il est possible de diviser par deux le nombre de prisonniers en France, tout en améliorant les statistiques de la délinquance.
Pour atteindre cet objectif, trois mesures d’urgence s’imposent. Premièrement, extraire les détenus souffrant de pathologies psychiatriques nécessitant un suivi médical (20% de la population carcérale). Deuxièmement, ne plus incarcérer les détenus en attente de jugement et donc présumés innocents (25% de l’effectif). Troisièmement, libérer plus systématiquement - mais avec placement sous surveillance électronique ou suivi en milieu ouvert - ceux qui sont en fin de peine (20% supplémentaires). En recoupant ces trois chiffres et en y retranchant la part incompressible que l’impératif de sûreté publique interdit de libérer, ce sont déjà près de 50% des 66 748 détenus que l’on doit sortir de prison.

Illustration : lemonde.fr

jeudi, août 30 2012

Pour que la prison devienne l'exception !

30 08 2012

Photo_prison_lemonde.fr.jpgJe l'avoue, je ne suis pas de sensibilité de gauche. Mais je me sens tout à fait en phase avec les propos de Christine Taubira, garde des sceaux, qui entend faire de la prison l'exception. Que l'on cherche à protéger la société en incarcérant les délinquants dangereux, cela ne prête pas à polémique ! Mais que l'on considère l'incarcération comme le remède aux problèmes de délinquance, en banalisant la prison, cela est beaucoup plus contestable et en tout cas, trop facile.
Car, malgré les kyrielles de lois votées sous le précédent quinquennat pour durcir la répression ou pour sanctionner davantage la récidive (six lois en six ans !), les résultats ne sont guère au rendez vous ! Et pour cause, les prisons sont de plus en plus pleines (67 000 détenus pour 57 000 places disponibles, 25 % des personnes incarcérées étant en détention provisoire, c'est-à-dire en attente d'être jugées) avec en outre, un triste constat : 59 % des anciens détenus sont à nouveau condamnés dans les cinq années suivant leur libération.

mardi, août 21 2012

L’action culturelle en faveur de la population pénale

21 08 2012

Photo_prison_lemonde.fr.jpgLa coopération du ministère de la Justice et des Libertés avec celui de la Culture et de la Communication a vu le jour au milieu des années 1980, sous l’égide de Jack Lang et Robert Badinter, qui souhaitaient donner accès à la culture sous toutes ses formes, à toutes les personnes condamnées à des peines privatives de liberté. Deux premiers protocoles d’accord Culture/Justice (1985 et 1990) encadrent l’introduction de la culture en prison, notamment complétés par des circulaires d'application en 1992 et 1995, et près de deux décennies se sont écoulées avant qu’un troisième accord interministériel n’étende cette action culturelle à l’ensemble de la population relevant du ministère de la Justice. Depuis 2009, les personnes faisant l’objet d’une mesure alternative à l’incarcération (sursis, mise à l’épreuve, travaux d’intérêt général…) sont également concernées. Aujourd’hui, divers types de partenariats entre établissements patrimoniaux et Services Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) se développent, censés garantir « l’accès à la culture » à toutes les personnes placées sous main de justice et travailler à leur « réinsertion ».
Toutefois, l’ensemble des actions menées, en plus des partenariats formalisés, n’offre semble-t-il que peu de visibilité aux institutions de tutelle. C’est donc pour combler cette lacune que le Département de la politique des publics de la Direction générale des patrimoines du ministère de la Culture et de la Communication a souhaité qu’une étude soit réalisée sur ce qui est aujourd’hui communément appelé « les actions patrimoniales en direction des personnes placées sous main de justice ».

mardi, août 14 2012

Malaise dans les Centres éducatifs fermés

14 08 2012

Image_CEF.jpgSuite à un entretien paru mardi 7 août dans Libération, la ministre de la Justice Christine Taubira a suscité une polémique, en mettant en doute l’efficacité des Centres éducatifs fermés (CEF). Au sein de l’action sociale, ce débat n’est pas récent. Depuis plusieurs années, de nombreux travailleurs sociaux témoignent du malaise régnant au sein de ces CEF. La plupart d’entre eux réclament une évaluation de l’action réalisée au sein de ces structures fermées.
Selon la protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ), chaque centre accueille en moyenne une douzaine de «mineurs» délinquants âgés de 13 à 18 ans en alternative à une incarcération. En théorie, ces jeunes en situation de marginalité avancée devraient être encadrés par des spécialistes de l’action sanitaire et sociale : éducateurs spécialisés, enseignants, mais également infirmiers, psychologues. Mais force est de constater sur le terrain que, dans de nombreux établissements, cet encadrement s’avère être plus un désir qu’une réalité.

Illustration : europe1.fr

jeudi, juillet 19 2012

Les réalités de la vie carcérale encore éloignées des objectifs fixés par loi

19 07 2012

image_prison.jpgSe fixant comme objectifs la réinsertion des détenus et le développement des aménagements de peine, la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 traite aussi bien de l’organisation du service public pénitentiaire que des droits des personnes détenues et des conditions de détention.
Dans leur rapport présenté le 4 juillet les sénateurs concluent que l’application de la loi pénitentiaire est loin d’être à la mesure des espoirs qu’elle avait soulevés.
En fidélité aux principes fondateurs de la loi pénitentiaire, les co-rapporteurs demandent en premier lieu le respect effectif des dispositions législatives concernant en particulier la rémunération au taux horaire du travail en détention, le droit à l’image des personnes détenues, la possibilité de remettre les documents personnels au greffe de l’établissement, les fouilles ou encore la présence de l’assesseur extérieur en commission de discipline.
Ils formulent en outre vingt recommandations parmi lesquelles, comme alternative aux fouilles humiliantes, l’installation de portiques à ondes millimétriques et la mobilisation des moyens nécessaires pour lutter contre les projections d’objets illicites à l’intérieur des établissements pénitentiaires ; l’instauration d’un revenu minimal carcéral ; la reconnaissance d’une voix délibérative aux assesseurs des commissions de discipline. Ils préconisent le renforcement du rôle des régions dans la formation professionnelle des personnes détenues ainsi que le développement du travail pénitentiaire sous une forme diversifiée.

Photo : tpe-conditionsdevie-prison.e-monsite.com

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