Prison, rétention, contention

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samedi, avril 2 2016

Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

2 04 2016

Contention_psychiatrie.jpg« Nous n’avions jamais vu cela», déclare la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Madame Adeline Hazan, dénonçant : «Des pratiques centralisées, honteuses, et choquantes.» En France, en 2016, dans un hôpital psychiatrique ordinaire de l’Ain, des patients sont enfermés, sanglés, dépourvus de tout espace de liberté, abandonnés, maltraités. «Je suis sidérée que l’Agence régionale de santé, que la Haute Autorité de santé, que les différentes commissions départementales, toutes ces structures qui sont venues ces dernières années, voire pour certaines ces dernières semaines, n’aient pas observé ce que notre mission a vu. Et qu’elles n’aient en tout cas pas réagi. Cela me laisse sans voix. »
Les médecins de cet hôpital et les universitaires qui les ont formés, les directeurs de cet hôpital et l’ARS, les experts de l’HAS (Haute Autorité de santé) et le directeur de l’HAS portent une lourde responsabilité dans l’assujettissement massif et systématique des patients de cet hôpital par le corps soignant. Comment a-t-on pu transformer un lieu de soins en lieu de détention ?

samedi, mars 19 2016

La Cour des comptes épingle l'administration pénitentiaire

19 03 2016

suicide_en_prison_2.jpgC’est un dossier explosif que Jean-Jacques Urvoas, le garde des sceaux, a depuis quelques semaines sur son bureau. La Cour des comptes dénonce dans un rapport, définitif mais non public, le grand bazar de la gestion du personnel pénitentiaire. Il s’agit pourtant du premier poste du budget du ministère de la justice. Ce document particulièrement détaillé, que Le Monde s’est procuré, adresse trois types de critiques graves.
En premier lieu, la direction de l’administration pénitentiaire ne dispose pas d’outil rigoureux de pilotage des effectifs et de leur organisation. Les gendarmes des comptes publics ont découvert également, après un voyage dans le dédale des mécanismes de rémunération, un certain nombre de pratiques tout simplement illégales.

vendredi, mars 18 2016

Un tabou en milieu carcéral : les relations amoureuses entre détenus et personnels

18 03 2016

Chut_secret.jpgLoin des projecteurs, censurés par l’administration, les dossiers relatant des relations affectives et sexuelles entre membres du personnel et détenus ne sont pas rares. Prisons, pénitenciers ou centres fermés pour mineurs, aucun établissement carcéral n’est épargné. Comment comprendre ce phénomène ? Au-delà des questions liées à l’éthique, du droit et des risques encourus, l’intimité et le partage des émotions entre gardés et gardiens forment une ligne ténue où balises et repères finissent par relever de l’abstraction, surtout lorsque l’employé est en permanence au contact de populations retenues captives. Des populations aux prises avec un vide affectif doublé d’une dépendance sans fond à qui saura prendre le temps de les écouter et où le franchissement des limites de la communication au fil du temps ne font plus qu’un.

Illustration : lejardindesgifs.centerblog.net

vendredi, février 26 2016

La privatisation rampante des prisons françaises

26 02 2016

suicide_en_prison_2.jpgEn France, plus d’un tiers des prisons sont en partie gérées par des grands groupes privés. Le mouvement de privatisation du système carcéral, entamé il y a trois décennies, prend toujours plus d’ampleur. De la gestion des repas à l’accueil des familles, de la construction des maisons d’arrêt au travail pénitentiaire, une poignée d’entreprises se sont saisies de ce nouveau marché lucratif. L’État débourse près de six milliards d’euros par an pour payer leurs services, sans que les bénéfices d’une gestion privée soient démontrés. Cette privatisation rampante pose aussi une question de fond : les entreprises privées ont tout intérêt à ce que les prisons ne désemplissent pas.

mardi, février 9 2016

Plus de 10 millions de personnes en prison à travers le monde

9 02 2016

10_35_millions_prisonniers.jpgLa onzième édition de la World Prison Population List, désormais établie par Roy Walmsley dans le cadre du Institute for Criminal Policy Research (ICPR) de l'Université de Londres à Birkbeck, établit à 10,35 millions le nombre de personnes incarcérées à travers le monde, ce nombre dépassant probablement onze millions si l'on compte les personnes détenus dans des centres de détention chinois ou des camps pénitentiaires en Corée du Nord.
Le rapport, qui signale une situation de croissance très préoccupante, donne des données générales sur 223 pays.

vendredi, novembre 27 2015

Incarcération totale. L’enfermement solitaire aux États-Unis à l’ère de la prison de masse

27 11 2015

prison_US.jpgLe recours croissant au placement des détenus à l’isolement a de quoi surprendre dans une période de massification de la prison. Les prisons américaines se sont en effet dotées d’établissements spécifiquement destinés à l’enfermement solitaire à une période où leur population a connu une expansion sans précédent. Dans les années 1970 encore, les États-Unis comptaient des taux d’incarcération comparables à ceux des démocraties occidentales ; dans les années 2000, avec un adulte sur cent en prison, les États-Unis présentaient un taux entre cinq et dix fois supérieur aux taux européens. L’explosion du recours à l’enfermement défie toute comparaison. En 2015, les prisons américaines enferment plus de deux millions de personnes, près d’un quart de l’ensemble des prisonniers du monde.

Photo : altermedia.info

vendredi, octobre 23 2015

En Italie, des dizaines de détenus s’évadent grâce au théâtre en prison

23 10 2015

prison_italienne.jpgC’est l’une des prisons de haute sécurité les plus importantes d’Italie. Et c’est aussi l’une des scènes artistiques les plus fréquentées de Rome. Derrière les barreaux et grilles du pénitencier de Rebibbia, se trouve un théâtre avec des détenus, anciens mafieux et délinquants en tout genre, comme acteurs. Basta ! les a suivis dans la préparation de leur nouvelle pièce, La Résistible ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht. Un art qui leur permet, littéralement, de se libérer définitivement de la prison : sur les 500 anciens acteurs détenus du théâtre, à peine 12 ont récidivé.

Photo : envieditaliefppradio.wordpress.com

jeudi, octobre 8 2015

Espaces d'enfermement

8 10 2015

espaces_d__enfermement.jpgLe numéro s’intéresse aux logiques et aux conséquences socio-spatiales de l’enfermement (maison d’arrêt, centre de détention, centre éducatif fermé). Quels sont les rapports à l’espace à l'intérieur de ces lieux dont beaucoup sont aujourd’hui surpeuplés, en particulier pour les personnes les plus jeunes ou les plus âgées (rapports à l’espace intime, aux espaces sportifs, aux espaces de soin...). Quelle ouverture vers l’extérieur ? Quel équilibre entre les missions préventives et répressives, notamment pour les mineurs, en France ou à l’étranger ?
Ont contribué : Dominique Bodin, Lucie Bony, Geraldine Bugnon, Aline Chassagne, Philippe Combessie, Arnaud Frauenfelder, Celine Gouvernet, Annie Kensez, Melaine Laessle, Catherine Lenzi, Philip Milburn, Benjamin Moignard, Eva Nada, Thomas Sauvadet, Gaelle Sempe, Thomas Sigaud, Caroline Touraut.

jeudi, septembre 10 2015

Contention : la dérive sécuritaire à l'hôpital psychiatrique

10 09 2015

Contention_psychiatrie.jpgCe sont des mots terribles, à la hauteur des dérives qui traversent la psychiatrie. Et c’est un appel à y mettre fin.
« Des pratiques d’un autre temps, d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans notre pays : celles de la contention physique », lâche le Dr Hervé Bokobza, un des fondateurs du Collectif des 39, longtemps directeur d’un établissement pour jeunes psychotiques. Cette figure du milieu poursuit : « En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle des personnes malades. Ces pratiques inhumaines avaient quasiment disparu. Or, et les contrôleurs des lieux de privation de liberté l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation et qui plus est banalisées, comme des actes ordinaires. Dans le projet de loi sur la santé, il est même écrit, non sans cynisme ou ignorance, que ces actes auraient des vertus thérapeutiques. »

lundi, août 31 2015

Retour sur l’Association Syndicale des Prisonniers de France

31 08 2015

suicide_en_prison_2.jpgEn 1985-86, l’Association Syndicale des Prisonniers de France (ASPF), une organisation abolitionniste, a milité en faveur du droit d’association et des droits syndicaux pour les prisonniers. Basé principalement sur des archives privées et publiques et des entretiens, l’article décrit comme le mouvement abolitionniste en France a été influencé par les controverses d’alors sur l’analyse politique et stratégique de l’ASPF. Il examine également comment, depuis le milieu des années 1980, les mobilisations abolitionnistes et les luttes des prisonniers, parallèlement avec la mise en place d’une participation institutionnalisée des prisonniers, a éclipsé la lutte pour le droit d’association des prisonniers.

mercredi, août 26 2015

Droit du travail en prison. D'un déni à une reconnaissance ?

26 08 2015

droit_au_travail_en_prison.jpgL’article L. 717-3 alinéa 3 du Code de procédure pénale affirme que « les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l’objet d’un contrat de travail ». Le droit à un contrat est donc à ce jour nié à toute personne travaillant en prison, de façon subordonnée, au profit d’une personne physique ou morale, contre une rémunération. Qu’est-ce qui justifie qu’à la détention provisoire ou à la condamnation à une peine privative de liberté, soit associée la privation des droits en tant que travailleur ? Certes cette « double peine » ne conduit pas à une absolue « zone de non-droit ». Le Code de procédure pénale contient quelques bribes d’encadrement des relations de travail en prison. Ces lambeaux normatifs ne font toutefois pas illusion. De façon récurrente, l’actualité rappelle la faiblesse, l’ineffectivité, pire, l’incertitude des droits du détenu travailleur. Un tel déni n’est plus possible. Les constats d’associations, les rapports du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, la multiplication des contentieux révèlent et interrogent la situation française, singulièrement au regard du cadre constitutionnel et des engagements internationaux de la France. Un état des lieux pluridisciplinaire permet de repérer des évolutions, des priorités, sans occulter les difficultés. Le temps paraît venu de reconnaître un véritable droit du travail en prison, inspiré du modèle extérieur et tenant compte des réalités carcérales. Des pistes concrètes sont disponibles au sein de notre propre droit comme de droits de pays voisins.

dimanche, juillet 12 2015

Humaniser la peine ? Enquête en maison d’arrêt

12 07 2015

humaniser_la_peine.jpgZone non droit, la prison ? N’est-elle pas plutôt un lieu saturé de droit, de réglementations, de procédures ? De réforme en réforme, le droit est entré en prison de multiples façons : alignement de l’ordre carcéral sur le « droit commun », rôle de l’avocat et du juge d’application des peines, juridicisation des métiers pénitentiaires, aide juridique pour les détenus... Ces évolutions coïncident avec une augmentation du recours à l’incarcération qui frappe de manière disproportionnée les jeunes hommes de milieu populaire et des minorités ethnico-raciales. Que signifie alors, au quotidien, ce droit qui est censé humaniser et moderniser l’institution ?
Ce livre apporte un regard nouveau sur ces questions car il repose sur une enquête en immersion dans deux maisons d’arrêt. Il s’intéresse au travail concret des professionnels sous contrainte gestionnaire. Il analyse l’expérience sociale de l’incarcération et le sentiment d’injustice. Bref, il montre les logiques contradictoires de l’institution : une administration qui prive de droits tout en prétendant faire entrer dans le droit, qui porte la philosophie de l’individualisation de la peine mais ne fait guère plus que de la gestion des stocks et des flux.

jeudi, juillet 2 2015

A propos de la prise en charge de la radicalisation islamiste en prison

2 07 2015

priere_en_prison.jpgLe phénomène de radicalisation islamiste dans les établissements pénitentiaires n’est pas récent. Il a été souligné depuis de nombreuses années par les personnels, sans que ces alertes n’aient été entendues. Les attentats de janvier 2015, dont deux des auteurs avaient purgé des peines d’emprisonnement, ont poussé les pouvoirs publics à prendre des mesures dans l’urgence et à lancer un programme expérimental de traitement de la question de la radicalisation en prison.
Il faut d’abord relever que la prison est loin d’être le lieu premier de la radicalisation, qui se développe en amont. En effet, selon le ministère de la justice, 16% seulement des personnes incarcérées pour des actes liés au radicalisme islamiste avaient déjà été incarcérées auparavant. Il n’est pour autant pas contestable que le phénomène de radicalisation s’amplifie en milieu carcéral, compte tenu des conditions de prise en charge des personnes détenues (notamment de la surpopulation carcérale) et de la faible place laissée à l’objectif de réinsertion des personnes incarcérées.

Photo : lexpress.fr

vendredi, juin 5 2015

La condition carcérale : points d’ombre d’une ethnographie

5 06 2015

l__ombre_du_monde.jpgÀ partir d’un travail de terrain de sept mois, étalés sur quatre ans, dans une maison d’arrêt, Didier Fassin écrit un livre séduisant, mais qui décevra les connaisseurs de l’institution pénitentiaire. En 607 pages et 11 chapitres, auxquels s’ajoutent un prologue et un épilogue, l’auteur nous rappelle comment la pénalisation de certains actes, le « durcissement de l’action des forces de l’ordre », le développement de la comparution immédiate, la mise à exécution de peines anciennes et l’alourdissement des sanctions ont entraîné l’accroissement de la population pénale. Il nous interpelle sur la surpopulation carcérale et « l’inégalité devant l’institution pénitentiaire et singulièrement sa dimension ethno-raciale ». Après de nombreux autres, chercheurs, professionnels de la justice et anciens détenus, il observe la violence du lieu, l’inefficacité de l’incarcération – source de « ruptures de la vie familiale et professionnelle qui désocialisent les individus en même temps qu’elle entraîne une resocialisation dans des milieux déviants » – et, pourtant, son éternel recommencement, qui « relève plus de faits structurels, que les modifications réglementaires n’altèrent que modérément et, au mieux, à terme » ; l’auteur concluant sur la fonction de « rappel à l’ordre social » de la prison.

jeudi, mars 26 2015

Le suicide en prison

26 03 2015

suicide_en_prison_2.jpgDans les prisons françaises, près d’un décès sur deux est un suicide. Le taux de suicide en prison a beaucoup augmenté depuis le milieu du 19e siècle. Avec 18,5 suicides enregistrés pour 10 000 personnes écrouées sur la période 2005-2010, il est aujourd’hui sept fois plus élevé qu’en liberté (dans la population générale, le taux atteint 2,7 pour 10 000 en 2010 chez les hommes de 15 à 59 ans. Ce groupe est plus proche de la structure par sexe et âge de la population carcérale, plus de neuf détenus sur dix étant des hommes).
Géraldine Duthé (Ined), Angélique Hazard et Annie Kensey (Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice) ont analysé des informations de la base nationale de Gestion informatisée des détenus en établissements (Gide). Leur étude, publiée dans la revue Population, porte sur 363 525 séjours sous écrous et 377 suicides survenus entre le 1er janvier 2006 et le 15 juillet 2009. Elle permet d’identifier certaines conditions de détention ou caractéristiques des détenus qui présentent un risque de suicide plus élevé.

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