« Eh les gars, qui c’est la femme ? » ; « Vous n’êtes pas des vraies filles ! » L’an passé, comme en 2011 et comme depuis tant d’années, les insultes ont fusé. Blessantes. Humiliantes. Et surtout plus nombreuses. Comme le souligne le dix-septième rapport de SOS Homophobie rendu public hier, 2012 restera marquée par une inflation du pire : l’association a en effet reçu 1 977 témoignages (par téléphone, courriers, courriels, tchat, entretiens) d’hommes et de femmes, gays, lesbiennes, bi ou trans, en souffrance. Soit une hausse de 27% par rapport à 2011, la plus forte depuis huit ans.
Revers d’un débat sur le mariage pour tous qui s’est polarisé et étiré dans le temps, l’homophobie aussi s’est retrouvée à la noce en libérant la parole tant des victimes que de leurs agresseurs. Pas un hasard si en décembre dernier, entre la grande manif des anti, les repas de Noël voire les messes de minuit, le standard de l’association a plus que chauffé : trois fois plus de témoignages en décembre 2012 qu’en décembre 2011.
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- Lire le rapport 2013 de SOS Homophobie.
- Vient de paraître : "Géographie des homophobies" (Armand Colin, 2013).
- Vient de paraître : "Sociologie de l'homosexualité" (La Découverte, 2013).
Photo : pieuvre.ca
Que s’est-il passé entre l’Ordonnance de 1945 qui pose les fondements protecteurs de la Justice des Mineurs et les lois répressives des années 2000 ? Comment expliquer qu’au lendemain de la guerre, la société porte un regard compatissant sur une jeunesse délinquante dont elle se sent responsable alors qu’elle choisit aujourd’hui d’en faire son bouc émissaire ?
Reconquérir les rues est un livre écrit par un architecte, urbaniste et enseignant, Nicolas Soulier, attaché et sensible à la vie qui se déploie dans les espaces publics de nos villes. L’auteur est particulièrement intéressé par les rues des quartiers résidentiels et par les modes d’expression de l’urbanité qui s’y développent. L’ouvrage est construit autour de la description et de l’analyse de situations urbaines et de projets d’aménagement, nationaux et internationaux, à partir desquels l’auteur tire un certain nombre d’enseignements sur la conception des rues. Le parti pris est ainsi moins théorique que pratique, opérationnel, didactique et pédagogique.
Dans les débats scientifiques, sociétaux et les politiques éducatives relatifs à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, l’école maternelle fait l’objet de bien peu d’attention. Dans la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes dans le système éducatif (2013-2018) signée le 7 février dernier, trois axes d’action sont définis : « acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes ; renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes ; s’engager pour une plus grande mixité des filières de formation à tous les niveaux d’étude ». Mais ces axes concernent surtout les collégiens et les lycéens. Pourtant, l’école maternelle constitue un lieu de socialisation central dans la construction des inégalités entre les filles et les garçons : d’une part, parce qu’elle véhicule et transmet aux enfants des normes liées aux rôles et aux attentes de l’institution scolaire en matière de comportements et d’aptitudes ; d’autre part, parce que dans le même temps où il découvre l’institution scolaire et apprend le « métier » d’élève, le jeune enfant construit son identité sexuée et affirme son appartenance à un groupe de sexe.
Il faut qu'il tue père et mère pour qu'un mineur soit condamné ! On peut repérer les futurs délinquants dès le plus jeune âge ! Il faudrait armer les polices municipales ! Il y a des zones de non-droit où la police n'ose plus mettre les pieds ! La vidéosurveillance ça marche ! C'est la faute des bandes ! Déposer plainte ça ne sert à rien ! Les statistiques ne veulent rien dire ! C'était mieux avant !... : les questions de sécurité sont parmi celles qui génèrent le plus de passions, et de commentaires. Le bon sens populaire - qui n'a parfois ni sens ni bonté - y donne libre cours à ses a priori, préjugés, solutions toutes prêtes, clichés, poncifs et autres caricatures. L'objectif de ce livre est simple : dépassionner le débat et analyser sereinement, à la lumière des connaissances dont nous disposons, chacune de ces affirmations, et toutes celles qui leur ressemblent... Chercheurs, universitaires, spécialistes, élus : une vingtaine d'entre-eux ont accepté de remettre les choses en perspectives, de mettre en lumière les paradoxes, mais aussi de faire émerger la réalité. La raison avant la passion, en quelque sorte.
Dans la vie quotidienne de chacun, jeune ou moins jeune, cadre ou ouvrier, à l'école comme au travail, dans les organisations publiques et privées, au niveau des politiques publiques, etc., les évaluations se font de plus en plus pressantes, diffuses, continues. Rendre des comptes, être visible, mesurable et surtout compétitif devient l'injonction permanente, stressante et très peu mise en cause. Être évalué paraît généralement aller de soi, voire être désirable : « On m'évalue, donc je suis. » Or ces évaluations sont tout à fait paradoxales : au nom de la rétribution au mérite, elles dénient le mérite véritable et engendrent un climat délétère de concurrence et de sauve-qui-peut ; au nom de « plus d'efficacité », elles créent une forme inédite d'inefficacité ; au nom de l'objectivité, elles écrasent les différences, standardisent, normalisent.
A l’occasion des « Assises de la sécurité » organisées par la ville de Kourou le 10 novembre 2012, l’auteur tente de faire le point sur la situation de la Guyane du point de vue des délinquances. Il s’appuie d’abord sur toutes les statistiques, les études scientifiques et les rapports parlementaires disponibles. Il a ensuite organisé sur place quelques entretiens individuels ou collectifs avec des professionnels de la sécurité, de la justice, du travail social et de la politique de la ville. Il présente ici une synthèse de ce travail exploratoire, un premier regard porté par un sociologue métropolitain spécialisé sur les questions de délinquance, espérant simplement repérer quelques-uns des principaux enjeux en la matière, qu’un véritable diagnostic pourrait approfondir à l’avenir.
Le 14 février dernier, alors que siégeait un jury de consensus, émanation d’une « conférence de consensus sur la prévention de la récidive » organisée par le Ministère de la Justice, avait lieu une « conférence de dissensus » réunissant des universitaires et des professionnels de la justice pénale. Pas de délivrance d’une méthode ou d’un modèle, voire plusieurs, tendant à évaluer les risques de récidive et à prévenir la récidive, mais plutôt un questionnement sur l’appel à des expertises concernant un objet évanescent qui fut de tout temps un simple mais insaisissable instrument de gouvernement. En effet, l’objectif était d’abord de mettre en commun expériences et pratiques sur cette forme de production d’expertises en « récidive », sur ses effets, sur ce qu’elle implique de pré-requis en termes de construction sociale de la délinquance et d’usages sociaux de la notion de « récidive » et sur le type de rationalité politique dans lequel elle s’inscrit.
Le décrochage scolaire alimente un noyau dur de jeunes dont l’insertion sociale et professionnelle est entravée par l’absence de diplôme. De fait, c’est un enjeu central dans la politique éducative. Or, dans la prévention de ce risque, il existe encore des marges de progression.
Les inquiétudes sur la cohésion sociale prennent, avec les crises économiques récentes, une ampleur particulière. Outre la montée des inégalités, de nombreuses lignes de fracture affaiblissent le ciment des sociétés européennes travaillées par l’individualisme. Selon un récent baromètre, seuls 38 % de nos concitoyens pensent que la société française offre à chacun la place qu’il mérite. Outre le phénomène de décrochage des populations les plus vulnérables, qui oblige à repenser les politiques de soutien, le sentiment de déclassement affecte une part croissante de la population, en particulier parmi les classes moyennes, qui se sentent victimes d’évolutions qu’elles ne maîtrisent plus : contraction du marché de l’emploi, cherté des logements, persistance des mécanismes de discrimination, croissance de l’insécurité sociale, etc. Ces phénomènes alimentent l’idée d’une fragmentation accrue de la société française.
Colette Pétonnet est née en 1929 et vient de mourir à 83 ans. Après la guerre, elle s’inscrit à l’université de Poitiers. Déçue par les cours magistraux, si ennuyeux qu’elle monte à Paris ; ce n’est pas mieux, là l’académisme l’endort. Elle part pour Casablanca. Elle y reste sept ans, apprend l’arabe et vit dans une famille marocaine en partageant toutes ses découvertes avec sa « sœur » locale. De retour en France, elle obtient un travail de fonctionnaire. Un ami, Louis Moreau de Bellaing, l’encourage à s’inscrire en ethnologie. Elle suit alors les cours d’André Leroi-Gourhan et ceux de Roger Bastide, c’est le déclic. Elle a trouvé sa voie ! L’absence de crédit l’oblige à choisir un « terrain » proche : ce sera la banlieue.
Il n’y a ni fatalité, ni malédiction, ni processus irrationnel en action dans les quartiers nord de Marseille qui explique les « flambées de violences » récurrentes que la cité phocéenne essuie à intervalles réguliers. Il y a au contraire une logique économique et politique implacable qui régit ce macabre théâtre des opérations : la logique économique est semblable à celle qui régule le « marché », il s’agit d’une compétition à mort qui a pour but de conquérir des parts de marché et le contrôle des points de vente. A l’image des traders, des fonds de pensions et autres agences de notations, sinistres ambassadeurs de la dérégulation des échanges et de la "subjugation" des peuples, les cartels de la drogue des quartiers nord se sont, tout comme leurs modèles précédemment cités, affranchis des règles de la morale la plus élémentaire de vie en société. La fin (ou la faim) justifiant tous les moyens. Apparemment la cupidité sans limite, l’ambition et le goût obsessionnel du pouvoir de ces petits groupes revêt avec appétence les uniformes de la brutalité. Une brutalité bestiale, préhistorique ou post-apocalyptique. Une brutalité qui réduit les relations sociales à la loi du plus fort, du plus inconscient…du plus fou.
Qui sont, en France, les imams officiant dans les mosquées et quel rôle quotidien remplissent-ils auprès de leurs fidèles ? Fruit de six années d’enquête, ce livre rassemble des données inédites sur ces clercs immigrés ou migrants devenus clercs dont les médias ne parlent que lorsqu’ils sont expulsés. Il repose sur la collecte des récits de vie et de pratiques de plusieurs dizaines d’imams, une observation quotidienne dans la mosquée d’un quartier populaire, et des archives du ministère de l’Intérieur.
Des gens avec leurs petites histoires, des « sans » qui de plus en plus squattent nos vies, nos rues ; ces gens si ordinaires ont-ils seulement le droit de cité ? Eux, semblables et dissemblables, ils sont là mais on ne les entend pas et quand ils osent pousser un cri de douleur, de protestation, d’indignation, on étouffe leur parole comme on étouffe leurs maux, avec violence ! À grands coups d’effets médiatiques, à grands renforts d’un matraquage toujours plus sécuritaire, les « avec », ceux qui nous gouvernent ont décidé de les offrir bruyamment en pâture à la vindicte populaire : « Dehors ! » Tous ces « sans » sans argent, sans famille, sans travail, sans logement, sans papier, mais jamais sans dignité.
Les folles dérives de la finance mondiale ont touché nos communes, nos hôpitaux et nos HLM. Dexia, l'ex-Crédit local de France, leur a vendu des milliers d'emprunts dits « toxiques », dont les taux d'intérêt explosent - et depuis 2008, la banque ne doit sa survie qu'au soutien des États belges et français. Qui va payer la facture (10 milliards d'euros au minimum) ? Que ce soit l'État ou les collectivités locales, ce seront bien les contribuables qui, in fine, devront assumer les dégâts de ce scandale financier. Comment Dexia, en qui les acteurs locaux avaient toute confiance, a-t-elle pu les entraîner dans les pires travers de la spéculation financière ?