Rédigé après 18 mois de recherches et 133 dossiers de mineurs étudiés, ce rapport présente les conclusions d'une étude dans laquelle les chercheurs se sont intéressés aux différentes manières de s'approprier une forme de radicalisation et aux conditions sociales qui les produisent. Les conclusions de leur travail montrent que le profil des mineurs radicalisés ne correspond pas à tous les a priori associant très souvent radicalisation, précarité et délinquance. La recherche met en évidence d'autres mécanismes qui permettent de mieux comprendre les processus de radicalisation : il n'existe pas qu'un type de radicalité, mais plusieurs formes et ces dernières influent sur le type d'actes commis. Quatre formes de radicalités et deux profils sont distingués, les révoltés (les plus proches de la délinquance sont les plus éloignés des passages à l'acte les plus sérieux) et les engagés (radicalité utopique : sont le plus souvent perpétrés par des jeunes issus de familles stables, aux parcours scolaires prometteurs).
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Aborder le rapport entretenu par un dispositif d’aide sociale à l’enfance et une population singularisée à partir de son statut, c’est postuler une relation paradoxale entre un système d’aide et de soutien à vocation universaliste – la protection de l’enfance – et des individus catégorisés à partir de leur origine et de leur situation administrative – la famille étrangère.
Le 20 août 2007, David Puaud, alors éducateur de rue dans une petite ville de province, découvre à la Une du journal local le titre suivant : « Un crime barbare totalement gratuit. » En parcourant l’article qui décrit la scène du meurtre et les deux coauteurs présumés, il se surprend à penser immédiatement à l’un des jeunes qu’il suit dans le cadre de ses missions de prévention, intuition qui se révélera juste.
Passé l’effet de sidération, il décide de suivre le procès en cour d’assises, auquel il est appelé à témoigner. Lors de ce procès, le principal accusé se voit à plusieurs reprises assimilé à la figure du « monstre », dénué d’humanité. Or pour David Puaud, qui a côtoyé auparavant ce jeune homme, sa sensibilité et son humanité ne font aucun doute. Mais comment a-t-il pu en arriver à commettre un acte aussi monstrueux ? Cette question est le point de départ d’une enquête de dix ans. En effet, devenu anthropologue, David Puaud, a cherché à mieux comprendre le passage à l’acte de ce jeune criminel, en analysant les ressorts psychosociaux, politiques, institutionnels et historiques qui sont entrés en jeu dans son parcours.
L’ambition de ce livre est de donner de la profondeur historique à la catastrophe sanitaire et sociale que fut l’héroïne, à sa répression, aux dynamiques et cycles de sa consommation et de son trafic. Il raconte cette histoire dans ses multiples dimensions, sociale et économique, culturelle et urbaine, politique et géopolitique, en privilégiant le point de vue de ceux qui ont été ses acteurs ou témoins. Plus généralement, il prend l’héroïne comme analyseur, pour saisir ce que les drogues font à la société.
Il est beaucoup question aujourd’hui de désaffiliation djihadiste, de celles et ceux qui affirment sortir du djihad pour revenir en Europe, jurant s’être « déradicalisés » telle la djihadiste et convertie Emilie König dont l’arrestation en Syrie par les forces kurdes a fait grand bruit en France. Mais qu’en est-il des autres ? Certaines femmes pratiquant un islam dit salafiste piétiste ou quiétiste, sans recours à la violence, ont toujours refusé la guerre, tout en portant le voile intégral, ou niqab. Or certaines décident d’en sortir un beau jour et retirent tout, même le foulard sur la tête, ce qui peut aussi s’apparenter à un désengagement militant.
Que reste-t-il au monde ouvrier quand le lieu de ses souffrances, mais aussi de son identité, disparaît ? C’est à cette question brutale que s’attèle l’ouvrage interdisciplinaire dirigé par Stéphane Beaud et Gérard Mauger. Celui-ci s’appuie, comme rappelé par les deux auteurs (p. 7), sur un paradoxe des sciences sociales françaises. D’une part, il y apparaît un regain d’intérêt, notamment en sociologie, pour le monde du travail. D’autre part, la notion même de « monde ouvrier », ensemble doté d’une certaine cohérence, notamment symbolique, est progressivement évacuée par le pluriel des « classes populaires ». Les deux auteurs se concentrent sur les couches les plus jeunes de ce monde ouvrier en crise.
On ne compte plus les livres consacrés aux différentes manifestations de l’Islam politique. Bien plus rares sont les études dédiées aux appareils de sécurité et de répression, dont le poids est pourtant exorbitant dans le monde arabe. Cet ouvrage répond à ce besoin de compréhension de telles structures de l’ombre, désignées sous le terme d’« État profond ». Il en éclaire le processus de construction historique, à la faveur du détournement des indépendances arabes par des cliques putschistes. Il en décrit les formidables ressorts économiques, depuis l’accaparement des ressources nationales jusqu’au recyclage de rentes stratégiques, notamment pétrolières. Les « guerres globales contre la terreur » de ce début de siècle ont représenté une aubaine multiforme pour ces différents régimes confrontés aux revendications démocratiques de leurs sociétés. Ils s’en nourrissent tant et si bien, aujourd’hui comme hier, que la menace jihadiste, loin de décliner, ne fait que proliférer. En fin de compte, la transition tunisienne demeure une exception dans une région où généraux, gangsters et jihadistes s’allient volontiers pour enterrer toute espérance démocratique.
À divers moments entre 1960 et 1996, la France a procédé à des essais nucléaires dans des territoires marqués par leur position périphérique par rapport à la métropole : l’Algérie (avant, mais aussi après l’indépendance, grâce à une clause des accords d’Evian), puis la Polynésie. L’ouvrage de Yannick Barthe, issu de son mémoire d’habilitation à diriger des recherches, étudie le processus par lequel ceux qui en sont venus à s’identifier comme les « vétérans des essais nucléaires », c’est-à-dire les soldats présents sur les sites pendant les essais, ont tenté de se faire reconnaître comme des victimes, au titre des risques sanitaires encourus et des conséquences sanitaires effectives, et d’obtenir des indemnisations.
Au cours des deux dernières décennies, la figure trouble et inquiétante du « converti à l’islam » a connu un essor fulgurant : introduite sur nos écrans et nos tables de chevet sur fond de menace terroriste, elle est désormais un élément incontournable de la culture populaire contemporaine. Les adeptes de séries télévisées le savent. De Sleeper Cell (2005) à Homeland (2011) en passant par la quatrième saison de House of Cards (2016), plusieurs personnages de convertis, « radicalisés » et capables de commettre le pire au nom de leur nouvelle religion, viennent pimenter l’intrigue en convoquant les registres de la trahison, de la dissimulation, et de la manipulation.
Aussi incroyable que cela paraisse, nous vivons l’époque la moins violente et la plus paisible de toute l’histoire de l’humanité.
Souvent définis seulement par les actes qui les ont menés en prison, les jeunes détenus sont rarement interrogés sur leur vie affective, amoureuse et/ou sexuelle. Cette enquête qualitative originale, menée pendant un an dans cinq prisons pour mineurs en France métropolitaine, montre la diversité des expériences des filles et des garçons incarcérés en matière d’intimité et de gestion de la sexualité, dans et hors les murs. Elle souligne une grande proximité des parcours sexuels et affectifs de ces jeunes avec les « autres jeunes » de leur génération et de leur milieu social, bien que la détention produise des effets singuliers sur leurs parcours.
Comme il le dit lui-même dans sa préface, l’auteur de
Il y a une grande différence conceptuelle et philosophique entre penser ce qu’est notre cerveau, apprendre à le préserver et extrapoler sur ce qu’on voudrait en faire. Il faut reprendre les bases. C’est un organe composé de 200 milliards de cellules, dont chacune est connectée à 50 000 autres. Sa complexité est non seulement immense, mais le cerveau évolue en plus selon l’âge et ce que l’on fait. Il n’y a aucune raison que l’on n’arrive pas, un jour, à connaître ses mécanismes de base puis son fonctionnement, autrement dit décrypter le code neural humain. Mais le rythme de nos progrès est modeste et cela pourrait prendre cinquante, voire cent ans. 