Quartiers, "ghettos", émeutes, politique de la ville

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mardi, avril 8 2014

Que dit le feu ? Les incendies de bibliothèques

8 04 2014

livre_merklen.pngEncore un livre sur les « banlieues », serait-on tenté de dire ! Pourtant on aurait tort tant le livre de Denis Merklen est original sur la forme et sur le fond. Sur la forme d’abord, ce livre est une trame de récits croisés entre les bibliothécaires, les quartiers, les écrivains de banlieue, la presse people, l’Argentine et la France, les déambulations du chercheur, l’histoire des classes populaires... Et tous ces récits et les allers-retours qu’ils imposent ouvrent des angles et des points de vue inédits. Sans jamais se lasser, le lecteur croise les fils d’une enquête minutieuse, prudente et empathique tant à l’égard des bibliothécaires que de ceux qui incendient les médiathèques, et d’une enquête qui est aussi la recherche obstinée d’un sujet politique sur lequel Denis Merklen ne cesse de s’interroger.
Un silence gêné entoure les 70 incendies de bibliothèques qui ont été allumés en France entre 1996 et 2013. Il faut dire que ces incendies n’ont jamais été revendiqués et que jamais aucune déclaration ne les a accompagnés à l’exception d’un « si Sarko passe on met le feu ! » Alors que l’on peut comprendre les incendies des commissariats de police comme des protestations contre la violence des policiers et, au-delà, contre la violence de l’État, pourquoi s’en prendre aux livres mis à disposition de tous dans les quartiers qui semblent souvent abandonnés ?

mercredi, février 19 2014

La construction des processus de ségrégation urbaine

19 02 2014

photo_cite_LVI.pngComment décoder, pour mieux savoir y répondre, les processus de ségrégation de territoires aux configurations pourtant différentes, de par leur positionnement, leurs équipements, leurs activités et l’investissement public dont ils bénéficient ?

La ségrégation n’est pas le fait d’un acteur unique, elle est la plupart du temps le produit, non seulement de causes structurelles, mais aussi des interactions entre quatre dimensions :
1- L’organisation de l’espace urbain,
2- La vie sociale des habitants,
3- Les modalités d’intervention des services publics et des organisations,
4- La gouvernance des politiques publiques.

mercredi, janvier 15 2014

L’architecture sans les habitants ? A propos de la rénovation urbaine

15 01 2014

photo_cite_LVI.pngDepuis leur inauguration au début des années 2000, les opérations de rénovation urbaine sont critiquées pour la priorité qu’elles accordent à l’intervention sur le bâti au détriment de l’action sociale. Cette volonté de résoudre les dysfonctionnements sociaux par une intervention urbaine ne date pas du Programme national de rénovation urbaine (PNRU) : lors de la création des grands projets de ville (GPV) à la fin des années 1990, la Délégation interministérielle à la ville (DIV) s’était inquiétée de la croyance dans « l’effet rédempteur de la forme urbaine ». Depuis près de dix ans, la mise en œuvre du PNRU a marqué un pas supplémentaire vers le « tout urbain » en privilégiant la démolition et la suppression des traits emblématiques de l’architecture des grands ensembles.
À l’heure où de nombreuses opérations sont achevées, quelle analyse peut-on faire des principes et des choix architecturaux qui ont été opérés ? À partir d’une enquête portant sur six projets de rénovation urbaine – sélectionnés en fonction de leur taille, de leur degré d’avancement et de leur implantation sur le territoire national –, nous avons identifié les principes architecturaux qui guident la mise en œuvre du PNRU. Ils se caractérisent à la fois par le rejet radical de l’image associée aux grands ensembles et par la pauvreté de la réflexion sur l’habiter dans la conception des logements.

dimanche, décembre 22 2013

10ème rapport de l'ONZUS : la situation des quartiers prioritaires continue à sa dégrader

22 12 2013

photo_cite_LVI.png"Ce rapport montre que les difficultés connues dans les quartiers prioritaires sont toujours aussi fortes. Trois indicateurs résument cette évolution :
- à niveau de qualification égale, le taux de chômage est deux fois plus élevé en Zus qu’ailleurs ;
- 36% des habitants des Zus vivent en-dessous du seuil de pauvreté soit un taux trois fois plus élevé que dans les autres territoires et c’est un enfant sur 2 qui vit dans une famille pauvre ;
- 11,6% des jeunes de Zus ne sont ni en emploi ni en formation, taux qui atteint 16% pour les jeunes diplômés.
Ces chiffres confirment que la crise est plus dure dans ces quartiers, et qu’il y a bien une fracture territoriale dans notre pays. Ces difficultés sociales ont des conséquences sur la cohésion sociale et le vivre ensemble dans les quartiers : 40% des femmes de Zus ne sont pas seulement sans emploi mais se sont retirées de la vie active.

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dimanche, décembre 1 2013

101 propositions pour les Quartiers Populaires de Marseille

1 12 2013

101_propositions.pngIssu de la marche du 1er Juin 2013, qui a réuni à Marseille plus de 1500 personnes, le Collectif des Quartiers Populaires de Marseille et environs a initié depuis cette date fondatrice une "tournée des quartiers" afin de reccueillir les revendications des habitants des quartiers populaires. De la Busserine à Belsunce, en passant par les Micocouliers ou Fontvert (entre autres), nous avons pris le parti de proposer un espace original de discussion à celles et ceux qui n’ont habituellement jamais la parole.
Convaincus par l’histoire des luttes de nos quartiers que l’égalité des droits ne peut s’obtenir en attendant de belles promesses, nous avons donc pris notre part de responsabilité. Nous sommes heureux aujourd’hui de pouvoir vous présenter nos 101 propositions pour l’égalité des droits. Ce document, aujourd’hui édité en version papier, restera évolutif. Il ne constitue pas un programme parfait ni une promesse électorale mais un outil de débat et de combats pour toutes celles et ceux qui, habitants ou non des quartiers populaires, veulent avancer vers l’égalité des droits.

samedi, novembre 23 2013

Vers un empowerment à la française ?

23 11 2013

empowerment.pngLa notion d’empowerment connaît depuis quelques années un important succès rhétorique dans la politique de la ville. Le rapport de Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache a proposé des mesures ambitieuses et concrètes pour l’adapter au contexte français. Tout en s’inscrivant dans cette veine radicale, ce rapport n’a pas pour dessein central d’engager une rupture avec le système capitaliste, mais de transformer les institutions républicaines françaises. Voulant saisir tout à la fois « les enjeux de pouvoir, les inégalités et la conflictualité dans le débat démocratique », le modèle de participation des deux auteurs ne se limite donc pas à ses dimensions « d’interpellation et d’initiative », mais doit embrayer sur des « transformations institutionnelles ».
Toutefois, les conditions politiques et institutionnelles ne sont hélas pas réunies pour accueillir la plupart de leurs propositions.

Illustration : La Vie des Idées

vendredi, juillet 26 2013

Emeutes de Trappes : l'événement déclencheur et le contexte

26 07 2013

Peut-on parler d’émeutes 
à Trappes  ?
Dans l’utilisation courante de ce mot, une émeute renvoie à une révolte populaire qui s’appuie sur un sentiment d’injustice, ou à des violences collectives qui relèvent davantage de la déviance. 
Les événements de Trappes correspondent à la première définition du terme. Mais une émeute n’est pas homogène. C’est l’occasion de régler d’autres contentieux.
Qu’est-ce qui a provoqué ces événements  ?
Il y a l’élément déclencheur et le contexte. L’élément déclencheur : à Trappes une femme voilée, mais pas intégralement, a d’abord été agressée à l’arme blanche ; puis s’est produit le contrôle d’identité d’une femme portant le niqab. Le contexte : les révoltes ne se produisent pas dans les quartiers aisés mais dans les quartiers populaires, ouvriers, où règne un sentiment d’abandon, de disqualification, de ségrégation. C’est le cas à Trappes. Dans tous ces quartiers existe un haut degré d’exaspération. Les forces de l’ordre représentent l’État et sa forme répressive. Parmi la population musulmane, l’islamophobie est une autre cause de l’exaspération. L’islamophobie n’est pas reconnue – ou alors du bout des lèvres – ni prise en charge par les pouvoirs publics.

mardi, juillet 23 2013

Trappes : intox et fausses photos

23 07 2013

Pseudo_photo_de_trappes.jpgL'arrestation, dans des circonstances qui restent à éclaircir, du mari d'une femme voilée, elle-même interpellée à Trappes (Yvelines), a déclenché une flambée de violences dans cette ville de banlieue parisienne. Dans la nuit du vendredi au samedi 20 juillet et, dans une moindre mesure, la nuit suivante, des bandes de jeunes ont affronté la police, brûlé des véhicules et détruit du mobilier urbain.
Comme souvent lors d'événements de ce type, les tensions ont été déclinées sur les réseaux sociaux. Depuis vendredi, nombre d'informations, de documents et de commentaires y circulent. Mais toutes ne sont pas vraies, loin s'en faut. Quelques personnes, en général connues pour leur activité militante, diffusent sciemment de fausses informations.

jeudi, juillet 11 2013

La participation des habitants, encore et toujours

11 07 2013

participation_citoyenne.jpg"Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires" : tel est le mot d’ordre des mesures proposées dans le rapport. Celui-ci rappelle que la « participation » n’est pas que la communication ou la concertation autour de projets de politiques publiques. C’est aussi une perspective de « transformation sociale », qui prend en compte les enjeux de pouvoir et les inégalités dans le débat démocratique.
Malgré de nombreuses expérimentations participatives sur le terrain, la conduite de la politique de la ville « par le haut », n’a jusqu’à présent pas produit la dynamique sociale attendue.
Sur la base des travaux de la commission composées de responsables associatifs, d’élus locaux, de professionnels et de chercheurs, ainsi que de nombreuses rencontres sur le terrain, le rapport appelle à une « réforme radicale de la politique de la ville ».
Loin d’être conçue une disparition des moyens, ou le remplacement du droit commun ou des services publics, la participation signifie plutôt l’intensification des politiques publiques co-élaborées et qui s’appuient sur les initiatives citoyennes.

Photo : agirensemble.unblog.fr

mardi, juillet 9 2013

La situation des personnes âgées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville

9 07 2013

Personne_agee_seule.jpgLa population résidant dans les quartiers politique de la ville, comme plus globalement la population française, accuse aujourd’hui un vieillissement. Cette période de vie, dont la retraite marque souvent l’entrée, va concerner un nombre croissant de personnes.
Pour des personnes vivant déjà une certaine précarité, ce passage risque d’aggraver les situations économiques, sociales, de santé. Ceci sera particulièrement vrai pour les femmes ayant interrompu leur carrière, ayant élevé seules leurs enfants.
Si la problématique du vieillissement constitue un véritable enjeu sociétal, comment celle-ci est-elle posée à l’échelle des quartiers de la politique de la Ville ? En outre, comment pense-t-on la place et le rôle des personnes âgées dans le processus de mutation sociale et urbaine que constitue la rénovation de ces quartiers ? Sont-elles bien identifiées comme participant des dynamiques de cohésion sociale ?

Photo : europe1.fr

samedi, juillet 6 2013

Accompagner les jeunes vers l'autonomie dans le dispositif VVV

6 07 2013

VVV.jpgLe programme Ville, Vie, Vacances (VVV), initialement nommé « Opérations anti-été chaud », puis « Opérations prévention été », est né en 1982 à la suite des événements de violence qui ont eu lieu dans le quartier des Minguettes à Vénissieux durant l’été 1981 (le « rodéo des Minguettes »), et dans d’autres villes de l’agglomération lyonnaise. Considérées comme les premières émeutes urbaines contemporaines dans les quartiers d’habitat social, ces événements coïncident avec l’arrivée à l’âge adulte, sur le marché du travail, d’une « première génération » de Français issus de l’immigration « postcoloniale » qui s’en est vue largement exclue, en raison des discriminations, mais aussi du faible capital social et culturel dont elle disposait (réseaux, formation, etc.).
A ce moment-là, le problème de la jeunesse des quartiers populaires, aussi plurielle soit-elle, n’est pas que celui du chômage ; il est bien plus profond. Elle se sent rejetée et exclue d’une France qui ne veut pas d’elle, notamment en raison de son appartenance ethnique et religieuse : les jeunes issus de l’immigration maghrébine et africaine subsaharienne sont stigmatisés et discriminés. Peu d’opportunités s’offrent à eux pour s’insérer socialement et professionnellement. Bien entendu, ces jeunes ne constituent pas l’unique composante de la jeunesse des quartiers populaires, et les choses ont par ailleurs légèrement évolué depuis, mais ils ont historiquement attiré l’attention des décideurs publics.

Illustration : martinique.pref.gouv.fr

lundi, juin 17 2013

La politique de la ville en France et en Grande-Bretagne

17 06 2013

photo_cite_LVI.pngComparant les programmes de développement social et de régénération urbaine des quartiers défavorisés en France et en Grande-Bretagne, Patrick Le Galès soulignait en 1995 le décalage entre le volontarisme affiché par les gouvernements et la réalité d’une politique de la ville qui, dans les deux pays, apparaissait « à la fois comme importante, légitime, domaine d’activisme de la part du Gouvernement, avec des essais de rationalisation mais en même temps bricolée, peu importante financièrement, velléitaire, incohérente, avec des initiatives sporadiques, des effets d’annonce et une forte sensibilité à la crise et aux médias ».
Pendant la première décennie des années 2000, la politique de la ville a bénéficié, des deux côtés de la Manche, de moyens budgétaires et de soutiens politiques inédits, qui l’ont fait sortir du registre symbolique auquel elle semblait condamnée. Les principaux programmes mis en œuvre dans cette période arrivant ou étant arrivés à leur terme, il est possible d’en établir le bilan. L’examen croisé de ces programmes permettant de tirer quelques enseignements utiles pour la politique de la ville française, au moment où celle-ci se cherche un avenir.

lundi, juin 3 2013

Dans le monde des cités. De la galère à la mosquée

3 06 2013

monde_cites_couv.inddLes « jeunes des cités » constituent l’une des catégories sociales les plus dominées de la société française. Ils rencontrent de grandes difficultés à acquérir le statut d’adulte et à se faire reconnaître comme un groupe social à part entière. L’objectif de ce livre est de rompre avec les jugements moraux et de prendre au sérieux la complexité de leur socialisation au moment de leur entrée dans l’âge adulte. En effet, les activités des « jeunes de la rue », des musulmans « salafis » ou des rappeurs font régulièrement l’objet de débats publics intenses mais paradoxalement ces sujets sont mal connus.
Presque sans statut et malgré cette indétermination, les jeunes des cités ont construit des espaces d’autonomie et des formes culturelles de résistance. Ces sociabilités constituent un moyen de se retrouver et de « tuer le temps » au cours de cette terrible épreuve qu’est devenue l’entrée dans l’âge adulte, mais plus seulement. Les jeunes des cités ont inventé des lieux d’échanges intellectuels fondés sur un rapport sophistiqué à l’écrit.
Reprenant la relation de maître à élève intériorisée au cours de leur scolarité, ils s’approprient et transmettent des savoirs religieux et artistiques. Ces sociabilités conjuguent d’une part une culture des rues marquée par l’occupation de l’espace public et l’oralité, et d’autre part une culture écrite. L'auteur s’appuie sur six ans d’enquête dans trois cités HLM de France, en région parisienne et dans le sud-Ouest de la France.

dimanche, juin 2 2013

A Marseille, "un ras-le-bol contre des réponses pas du tout adaptées"

2 06 2013

manifestation_marseille.jpgUn millier d'habitants des quartiers nord de Marseille ont manifesté, samedi 1er juin, pour dénoncer la violence qui frappe les cités et réclamer un "plan Marshall" pour cette partie pauvre de la ville. Un défilé très bon enfant mais plein de gravité, les parents d'enfants victimes de règlements de comptes ouvrant la marche.
Porte-parole du Collectif du 1er juin, Yamina Benchenni a résumé la philosophie de ce mouvement : "On ne veut plus pleurer, on ne veut pas plier. On veut s'organiser pour que les choses changent véritablement". Les mères de famille et les adolescentes composaient l'essentiel de la marche, les jeunes arborant des banderoles : "Font Vert, stop à la violence" ou énumérant simplement les noms des cités.

mercredi, mai 15 2013

A Marseille, dans le shit jusqu'au cou

15 05 2013

Gangsta.jpgInquiet comme le méchant d'un western-spaghetti, un gamin qui se laisse pousser un fin duvet sur le menton pour essayer de tromper son monde, poireaute devant la cité des Micocouliers (14e), sans réellement savoir qui craindre le plus. Les flics ou les concurrents ? Les premiers interpellent, les seconds flinguent. Des minots de son âge, depuis deux ans, il faut plus d'une main pour compter ceux qui ont été abattus dans la guerre que l'on se livre ici pour un réseau de stups qui perd en attractivité commerciale. Dernier en date, Iskander, criblé de 23 balles au volant d'une voiture non loin d'ici, jeudi dernier.
Si au début, vers la fin 2010, les clans qui s'opposaient étaient clairement définis, depuis, trahisons, vengeances, prises d'indépendance, OPA agressives sur d'autres réseaux, endettements et intimidations de la dernière chance ont mélangé les ennemis dans un shaker percé d'où jaillit trop souvent le sang d'un jeune du coin. Et celui qui joue les guetteurs aujourd'hui n'est pas tranquille. On a pu lire çà et là que le réseau des Micocouliers fait rentrer un chiffre d'affaires de 35 000 euros par jour. Ce qui correspondrait à un client toutes les minutes environ pendant les 12 heures d'ouverture du plan stups. En une heure en cette fin d'après-midi, pas un n'est venu sortir son oseille. Le chiffre d’affaires du réseau des Micocouliers doit être devenu dérisoire. Mais où l'on n'est pas pour autant prêt à céder la place.

Photo : Philippe Pujol (DR)

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