Quartiers, "ghettos", émeutes, politique de la ville

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jeudi, mars 31 2016

Fatima moins bien notée que Marianne : pour une laïcité d’inclusion

31 03 2016

Fatima_moins_bien_note_e_que_Marianne.jpgFatima moins bien notée que Marianne pour un devoir équivalent, Issam et Kader plus punis que Mathieu pour un même comportement, des écoles publiques qui concentrent 90 % ­d’enfants musulmans quand d’autres n’en comptent aucun, des manuels scolaires qui réduisent l’islam à l’islamisme… Il ne s’agit pas là d’impressions jetées en pâture au débat polémique, mais du résultat d’années d’enquêtes et de recherches ­scientifiques. Cette réalité a des conséquences. En janvier 2015, les ­réactions de certains élèves lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo questionnent sur le degré d’adhésion à notre République. Les attaques du 13 ­novembre 2015 interrogent sur le ressentiment de jeunes radicalisés qui ont fait leur scolarité au sein du système éducatif français. Au final, les auteurs ­proposent une « laïcité d’inclusion » en mesure de faire de l’école une arme puissante ­d’intégration, meilleur rempart contre les haines.

mardi, mars 1 2016

L’arnaque, une pratique ordinaire en copropriétés dégradées

1 03 2016

L__arnaque.jpgDans le théâtre de « l’arnaque », d’un côté, ceux que nous pourrions appeler des « arnaqueurs ». Ils prennent tour à tour le visage du propriétaire bailleur, du syndic de copropriété ou du fournisseur d’énergie, mais aussi de l’État, qui, par l’entremise de certaines politiques publiques, peut être perçu par les habitants comme trompeur. De l’autre, les « arnaqués », qui sont locataires de ces copropriétés dégradées, parfois propriétaires bailleurs ou occupants.
« L’arnaque » désigne ainsi un ensemble de procédés qui vont du vol à l’exaction, du détournement à l’abus de faiblesse, en passant par l’escroquerie, l’extorsion ou encore la tromperie. Elle caractérise le procédé selon lequel un « arnaqueur » prend pour cible une personne afin de mettre en œuvre une pratique qui a pour effet de l’enrichir et qui, a contrario, appauvrit financièrement et vulnérabilise économiquement celui qui la subit. Les modes opératoires pour pratiquer « l’arnaque » sont variables : ils peuvent reposer sur l’intimidation, se fonder sur des rapports sociaux asymétriques et de domination, ou sur une personnalisation des relations.

Photo : sosordi25.com

lundi, février 29 2016

Après les démolitions, les « relogeurs » profitent des vulnérabilités des habitants

29 02 2016

Demolition_anru.jpgLa mise en place en 2003 de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a généralisé les opérations de démolition dans les quartiers d’habitat social anciennement ciblés par la politique de la ville. Les recherches engagées aujourd’hui dans ce domaine se sont jusqu’ici focalisées davantage sur la genèse politique et l’architecture institutionnelle de la démolition (Epstein 2013), sur ses effets (limités) sur la composition sociale des quartiers, comme sur les trajectoires résidentielles de leurs résidents, et moins sur les conditions concrètes dans lesquelles elle est menée. Étudier ces opérations de démolition à partir d’une sociologie du travail du relogement, que l’on peut considérer à quelques exceptions près comme le parent pauvre des recherches consacrées à la rénovation urbaine des années 2000, constitue alors un cadre d’analyse intéressant.

Photo : anru.fr

dimanche, février 28 2016

Comment les élus étouffent les mobilisations dans les quartiers populaires

28 02 2016

Je_partage_pas.jpgLa sociologie de l’action collective s’est fortement intéressée aux formes de répression dont sont l’objet les mouvements sociaux, en particulier par les forces de l’ordre. Si la répression peut prendre des tournures dramatiques, à l’image de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014 ou des condamnations judiciaires visant des militants syndicaux à Goodyear récemment, des tactiques moins visibles sont mises en œuvre quotidiennement par les élus, les institutions et les pouvoirs locaux pour empêcher la constitution de contre-pouvoirs, voire de toute forme de contestation. Entre les pratiques très fréquentes de cooptation et de clientélisme et la répression violente se dessine une multitude de formes plus diffuses d’étouffement des mobilisations qui contraignent très fortement l’activité des mouvements sociaux et des associations.

Illustration : memegen.fr

samedi, février 20 2016

La pioche du démolisseur. Les logiques et les masques de la rénovation urbaine

20 02 2016

Demolition_anru.jpgN’est-ce pas toujours un peu la même histoire ? Un bout de ville, parfois très étendu, un quartier, une rue… devient l’objet de convoitises et d’inquiétudes de la part des hommes au pouvoir et des faiseurs d’argent. Les uns et les autres trouvent que ce précieux sol est bien mal employé : des ateliers bruyants, des voies étroites où l’air est prisonnier, des maisons d’un autre âge ou sans grâce. Une clientèle existe, prête à mettre le prix pour s’installer dans les belles demeures qui valoriseraient cet espace gâché. En attendant, on estime que les gens qui vivent là ne sont pas à leur place, surtout si le siège du pouvoir est à portée de fusil et qu’ils font peser sur lui une menace permanente. Tout un discours s’élabore qui fait de ces bas-fonds les hauts lieux du crime et de l’immoralité, le foyer des épidémies et l’épicentre des révoltes qui peuvent s’abattre à tout moment sur la ville. Bref, les experts sont formels : il faut détruire, ou, comme les publicistes de jadis aimaient à dire : « Vive la pioche du démolisseur ! »

Photo : anru.fr

dimanche, janvier 24 2016

Où en est le « problème des banlieues » après la désillusion de la rénovation ?

24 01 2016

Cite_des_4000_La_Courneuve.jpgLe 5 mars 1971, un jeune habitant de la Cité des 4 000 à La Courneuve meurt sous les balles du patron du bar-tabac du quartier. La presse nationale se saisit de ce fait divers, l’érigeant en symbole du « malaise des grands ensembles ». Dans la foulée, le ministre de l’Équipement et du Logement d’alors, Albin Chalandon, se rend aux 4 000, qu’il présente comme le « miroir grossissant des problèmes généraux qui se posent dans beaucoup de grands ensembles ». Dans les mois qui suivent, il signe une circulaire stoppant leur construction et met en place au sein du Commissariat général du Plan le groupe de réflexion Habitat et Vie sociale, dont les travaux ont posé les fondements de ce que l’on nomme, depuis 1990, la « politique de la ville ».
Cela fait donc plus de quarante ans que le « problème des banlieues » a fait son apparition sur l’agenda politique, et qu’il y ressurgit de façon aussi sporadique qu’éphémère, au gré de faits divers, de révoltes collectives ou de rapports administratifs.

Photo : (cc) Hadrien Sayf/Flick

mercredi, octobre 21 2015

La révolte des quartiers populaires, dix ans après

21 10 2015

clichy-sous-bois_dix_ans_apres.pngIl y a maintenant dix ans, nous assistions à une vague d’émeutes urbaines sans précédent en France. Même si celles-ci faisaient écho à la montée progressive et graduelle des phénomènes de « violences urbaines », d’« émeutes urbaines » ou encore de « révoltes urbaines » observées à partir du début des années 1980, l’année 2005 allait marquer un tournant dans la manière d’appréhender ces évènements. Suite au décès, le 27 octobre 2005, de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents revenant d’une partie de football, les affrontements entre jeunes et policiers, tout d’abord circonscrits à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, s’étendent dans le département de Seine-Saint-Denis, puis dans un certain nombre de quartiers populaires urbains des villes de province. Il faudra attendre la fin de la troisième semaine pour voir une décrue précédant paradoxalement la promulgation de l’état d’urgence, quelques jours plus tard. En effet, les « émeutes de novembre 2005 » sont les plus longues de l’histoire sociale récente en France et ont connu une extension géographique sans précédent dans l’Hexagone.

mercredi, octobre 7 2015

Construire la participation politique dans les quartiers populaires

7 10 2015

Construire-la-participation-politique-dans-les-quartiers-populaires.pngL’empowerment a été traduit au Canada par la notion de « développement du pouvoir d’agir des personnes ou des collectivités » ou encore d’« encapacitation ». Ce terme indique un mouvement d’accession au pouvoir. Aux États-Unis, il est utilisé par différents acteurs qui développent des outils de community organizing visant à faire émerger une organisation locale d’habitants pour faire pression sur les décideurs politiques, économiques et médiatiques. Ce mouvement s’est développé au sein de la gauche mais a aussi intéressé dernièrement le Tea Party. Il est aussi utilisé historiquement par le mouvement des suffragettes, des droits civiques des Afro-Américains, puis des homosexuels et les mouvements sociaux. Les agences d’action communautaire destinées à aider les quartiers les plus déshérités, sont créées en 1970 pour lutter contre l’apathie sociale des habitants et produire une plus grande efficacité des projets urbains. La notion d’empowerment s’est aujourd’hui largement diffusée dans le champ associatif américain pour sensibiliser et conscientiser les habitants de leurs propres problèmes.

lundi, septembre 14 2015

Pas de quartier pour les "grands ensembles" ?

14 09 2015

grands_ensembles.jpgDepuis le milieu des années 1980, la question des « banlieues » est au coeur de l’actualité sociale. Le problème en lui-même, la concentration dans certains quartiers périurbains de population victimes du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion, ne peut être analysé indépendamment du discours qui l’accompagne et qui regroupe derrière la figure des grands ensembles un certain nombre de fléaux réels ou supposés – violences urbaines, ségrégation sociale et ethnique. Fabien Desage analyse les dynamiques politiques, économiques et sociales qui ont conduit à la situation actuelle de ces quartiers. Il s’intéresse ensuite aux politiques publiques mobilisées en retour, dénonçant notamment la réduction de problèmes sociaux à leur inscription dans l’espace urbain.

Photo : banlieuesdefrance.blog.pelerin.info

vendredi, septembre 11 2015

Les aspirations des jeunes. Un impensé de la participation citoyenne ?

11 09 2015

we_are_young.jpgA l'aube du 21ème siècle, les occasions de participer à la société sont nombreuses, comme en témoigne l'existence d'une grande variété de conseils consultatifs ouverts aux citoyens. Les jeunes ne sont pas oubliés, des conseils d'élèves dans les établissements scolaires aux conseils municipaux des jeunes, sans oublier de nombreux sites web à vocation interactive. Cependant, il semble que les instances participatives ouvertes aux jeunes - générales ou visant spécifiquement les jeunes - sont principalement investies par les jeunes des milieux les plus favorisés ou du moins les jeunes ayant un niveau d'études élevé. Qu'en est-il des autres ? Pourquoi participent-ils moins ? Sont-ils confrontés à des obstacles sur le chemin de la participation, ou bien se pourrait-il que l'offre de participation émanant de l'extérieur, souvent des pouvoirs publics ou bien du monde associatif, ne correspondent pas aux aspirations des jeunes ?

Photo : w12.fr

lundi, juin 1 2015

Quartiers prioritaires : le dernier rapport de l'ONZUS

1 06 2015

onzus.jpgL’année 2014 sera celle du dernier millésime du rapport de l’Onzus. Le 21 février 2014, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a posé les bases d’une nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville, venue remplacer les zones urbaines sensibles, objet d’observation de l’Onzus depuis une décennie. Depuis 2004, les 751 Zus et leurs 4,4 millions d’habitants ont ainsi été au cœur de l’observation statistique.
Les équipes de l’Onzus ont produit un dernier rapport qui retrace une fois encore les différentes facettes des difficultés rencontrées par les quartiers. Certains indicateurs de mesure de la pauvreté signalent ainsi que les écarts se creusent entre les Zus et le reste du territoire, même si les Zus affichent des profils très contrastés. Sur le front de l’emploi, si le taux de chômage semble se stabiliser en Zus en 2013, il reste à un niveau élevé, à plus de 23% de la population active. Les difficultés d’accès à l’emploi frappent prioritairement les jeunes, les immigrés et les personnes d’un faible niveau d’études. Néanmoins, une étude développée dans le rapport montre que même le fait d’être diplômé n’a pas été suffisamment protecteur vis-à-vis de la crise économique pour les résidents des Zus. Enfin, l’état de santé des adultes résidant en Zus continue d’être préoccupant, avec un renoncement aux soins plus élevé et un recours moins fréquent aux médecins spécialistes.

mercredi, mars 18 2015

« Si les hommes sont libres et égaux en droit, c’est à quelle heure ? »

18 03 2015

liberte_egalite_fraternite.jpgLes attentats et les meurtres terribles du début janvier 2015 ont déclenché une onde de choc dans la société française. Celle-ci a pris une dimension singulière dans les quartiers populaires parce que ces territoires sont tout particulièrement confrontés à la montée des tensions sociales, du racisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme. À la suite de ces événements, une forte inquiétude s’est exprimée parmi les habitants de ces quartiers de voir monter encore la stigmatisation sociale et ethno-raciale et d’être encore montrés du doigt. Après l’imposante « mobilisation républicaine » et les multiples débats, tribunes et échanges qui ont suivi, plusieurs observateurs ont affirmé qu’il y aurait un « après », marqué, selon eux, par un élan de solidarité nationale. Mais cet après se dessinera en fonction de l’« avant » et de l’analyse qui en aura été faite.

Photo : Marc Roussel/Flickr

lundi, mars 16 2015

Comprendre le désenchantement de la politique de la ville

16 03 2015

livre_Kirszbaum.jpg
Parler de la « crise » des banlieues suggère que nous ferions face à un problème provisoire dont il serait possible de venir à bout par un traitement adapté. Pourtant la leçon des historiens est claire : les banlieues sont depuis toujours aux marges de la ville, mais au cœur d’une question sociale, urbaine et politique en perpétuelle recomposition. Ce livre mêle des réflexions de jeunes chercheurs novateurs et de personnalités incontournables sur la question des banlieues. Dans une perspective à la fois historique et comparative avec d’autres pays européens, il essaie de faire évoluer un débat bloqué depuis trop longtemps. Car la croyance française d’une crise passagère alimente une constante désillusion sur l’efficacité de la politique de la ville.



lundi, septembre 1 2014

Ferguson et la nouvelle condition noire aux États-Unis

1 09 2014

manifestation_ferguson.jpgLes émeutes de Ferguson sont inédites depuis celles de Los Angeles en 1992. Elles marquent la rupture de la paix raciale la plus durable depuis la seconde guerre mondiale aux États-Unis, et révèlent la transformation de la condition des populations noires depuis une dizaine d’années. D’un côté, les années 2000-2010 sont l’apogée du processus de pénalisation et de contrôle policier de la vie des Noirs. De l’autre, la décennie passée témoigne d’une stagnation, voire d’un recul, de la position des Noirs dans la société américaine. Contre le mythe de la société post-raciale, la place des Noirs se caractérise par une inégalité durable, dont les ressorts se sont transformés.

Photo : rtl.fr

mardi, avril 8 2014

Que dit le feu ? Les incendies de bibliothèques

8 04 2014

livre_merklen.pngEncore un livre sur les « banlieues », serait-on tenté de dire ! Pourtant on aurait tort tant le livre de Denis Merklen est original sur la forme et sur le fond. Sur la forme d’abord, ce livre est une trame de récits croisés entre les bibliothécaires, les quartiers, les écrivains de banlieue, la presse people, l’Argentine et la France, les déambulations du chercheur, l’histoire des classes populaires... Et tous ces récits et les allers-retours qu’ils imposent ouvrent des angles et des points de vue inédits. Sans jamais se lasser, le lecteur croise les fils d’une enquête minutieuse, prudente et empathique tant à l’égard des bibliothécaires que de ceux qui incendient les médiathèques, et d’une enquête qui est aussi la recherche obstinée d’un sujet politique sur lequel Denis Merklen ne cesse de s’interroger.
Un silence gêné entoure les 70 incendies de bibliothèques qui ont été allumés en France entre 1996 et 2013. Il faut dire que ces incendies n’ont jamais été revendiqués et que jamais aucune déclaration ne les a accompagnés à l’exception d’un « si Sarko passe on met le feu ! » Alors que l’on peut comprendre les incendies des commissariats de police comme des protestations contre la violence des policiers et, au-delà, contre la violence de l’État, pourquoi s’en prendre aux livres mis à disposition de tous dans les quartiers qui semblent souvent abandonnés ?

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