Quartiers, "ghettos", émeutes, politique de la ville

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dimanche, janvier 24 2016

Où en est le « problème des banlieues » après la désillusion de la rénovation ?

24 01 2016

Cite_des_4000_La_Courneuve.jpgLe 5 mars 1971, un jeune habitant de la Cité des 4 000 à La Courneuve meurt sous les balles du patron du bar-tabac du quartier. La presse nationale se saisit de ce fait divers, l’érigeant en symbole du « malaise des grands ensembles ». Dans la foulée, le ministre de l’Équipement et du Logement d’alors, Albin Chalandon, se rend aux 4 000, qu’il présente comme le « miroir grossissant des problèmes généraux qui se posent dans beaucoup de grands ensembles ». Dans les mois qui suivent, il signe une circulaire stoppant leur construction et met en place au sein du Commissariat général du Plan le groupe de réflexion Habitat et Vie sociale, dont les travaux ont posé les fondements de ce que l’on nomme, depuis 1990, la « politique de la ville ».
Cela fait donc plus de quarante ans que le « problème des banlieues » a fait son apparition sur l’agenda politique, et qu’il y ressurgit de façon aussi sporadique qu’éphémère, au gré de faits divers, de révoltes collectives ou de rapports administratifs.

Photo : (cc) Hadrien Sayf/Flick

mercredi, octobre 21 2015

La révolte des quartiers populaires, dix ans après

21 10 2015

clichy-sous-bois_dix_ans_apres.pngIl y a maintenant dix ans, nous assistions à une vague d’émeutes urbaines sans précédent en France. Même si celles-ci faisaient écho à la montée progressive et graduelle des phénomènes de « violences urbaines », d’« émeutes urbaines » ou encore de « révoltes urbaines » observées à partir du début des années 1980, l’année 2005 allait marquer un tournant dans la manière d’appréhender ces évènements. Suite au décès, le 27 octobre 2005, de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents revenant d’une partie de football, les affrontements entre jeunes et policiers, tout d’abord circonscrits à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, s’étendent dans le département de Seine-Saint-Denis, puis dans un certain nombre de quartiers populaires urbains des villes de province. Il faudra attendre la fin de la troisième semaine pour voir une décrue précédant paradoxalement la promulgation de l’état d’urgence, quelques jours plus tard. En effet, les « émeutes de novembre 2005 » sont les plus longues de l’histoire sociale récente en France et ont connu une extension géographique sans précédent dans l’Hexagone.

mercredi, octobre 7 2015

Construire la participation politique dans les quartiers populaires

7 10 2015

Construire-la-participation-politique-dans-les-quartiers-populaires.pngL’empowerment a été traduit au Canada par la notion de « développement du pouvoir d’agir des personnes ou des collectivités » ou encore d’« encapacitation ». Ce terme indique un mouvement d’accession au pouvoir. Aux États-Unis, il est utilisé par différents acteurs qui développent des outils de community organizing visant à faire émerger une organisation locale d’habitants pour faire pression sur les décideurs politiques, économiques et médiatiques. Ce mouvement s’est développé au sein de la gauche mais a aussi intéressé dernièrement le Tea Party. Il est aussi utilisé historiquement par le mouvement des suffragettes, des droits civiques des Afro-Américains, puis des homosexuels et les mouvements sociaux. Les agences d’action communautaire destinées à aider les quartiers les plus déshérités, sont créées en 1970 pour lutter contre l’apathie sociale des habitants et produire une plus grande efficacité des projets urbains. La notion d’empowerment s’est aujourd’hui largement diffusée dans le champ associatif américain pour sensibiliser et conscientiser les habitants de leurs propres problèmes.

lundi, septembre 14 2015

Pas de quartier pour les "grands ensembles" ?

14 09 2015

grands_ensembles.jpgDepuis le milieu des années 1980, la question des « banlieues » est au coeur de l’actualité sociale. Le problème en lui-même, la concentration dans certains quartiers périurbains de population victimes du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion, ne peut être analysé indépendamment du discours qui l’accompagne et qui regroupe derrière la figure des grands ensembles un certain nombre de fléaux réels ou supposés – violences urbaines, ségrégation sociale et ethnique. Fabien Desage analyse les dynamiques politiques, économiques et sociales qui ont conduit à la situation actuelle de ces quartiers. Il s’intéresse ensuite aux politiques publiques mobilisées en retour, dénonçant notamment la réduction de problèmes sociaux à leur inscription dans l’espace urbain.

Photo : banlieuesdefrance.blog.pelerin.info

vendredi, septembre 11 2015

Les aspirations des jeunes. Un impensé de la participation citoyenne ?

11 09 2015

we_are_young.jpgA l'aube du 21ème siècle, les occasions de participer à la société sont nombreuses, comme en témoigne l'existence d'une grande variété de conseils consultatifs ouverts aux citoyens. Les jeunes ne sont pas oubliés, des conseils d'élèves dans les établissements scolaires aux conseils municipaux des jeunes, sans oublier de nombreux sites web à vocation interactive. Cependant, il semble que les instances participatives ouvertes aux jeunes - générales ou visant spécifiquement les jeunes - sont principalement investies par les jeunes des milieux les plus favorisés ou du moins les jeunes ayant un niveau d'études élevé. Qu'en est-il des autres ? Pourquoi participent-ils moins ? Sont-ils confrontés à des obstacles sur le chemin de la participation, ou bien se pourrait-il que l'offre de participation émanant de l'extérieur, souvent des pouvoirs publics ou bien du monde associatif, ne correspondent pas aux aspirations des jeunes ?

Photo : w12.fr

lundi, juin 1 2015

Quartiers prioritaires : le dernier rapport de l'ONZUS

1 06 2015

onzus.jpgL’année 2014 sera celle du dernier millésime du rapport de l’Onzus. Le 21 février 2014, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a posé les bases d’une nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville, venue remplacer les zones urbaines sensibles, objet d’observation de l’Onzus depuis une décennie. Depuis 2004, les 751 Zus et leurs 4,4 millions d’habitants ont ainsi été au cœur de l’observation statistique.
Les équipes de l’Onzus ont produit un dernier rapport qui retrace une fois encore les différentes facettes des difficultés rencontrées par les quartiers. Certains indicateurs de mesure de la pauvreté signalent ainsi que les écarts se creusent entre les Zus et le reste du territoire, même si les Zus affichent des profils très contrastés. Sur le front de l’emploi, si le taux de chômage semble se stabiliser en Zus en 2013, il reste à un niveau élevé, à plus de 23% de la population active. Les difficultés d’accès à l’emploi frappent prioritairement les jeunes, les immigrés et les personnes d’un faible niveau d’études. Néanmoins, une étude développée dans le rapport montre que même le fait d’être diplômé n’a pas été suffisamment protecteur vis-à-vis de la crise économique pour les résidents des Zus. Enfin, l’état de santé des adultes résidant en Zus continue d’être préoccupant, avec un renoncement aux soins plus élevé et un recours moins fréquent aux médecins spécialistes.

mercredi, mars 18 2015

« Si les hommes sont libres et égaux en droit, c’est à quelle heure ? »

18 03 2015

liberte_egalite_fraternite.jpgLes attentats et les meurtres terribles du début janvier 2015 ont déclenché une onde de choc dans la société française. Celle-ci a pris une dimension singulière dans les quartiers populaires parce que ces territoires sont tout particulièrement confrontés à la montée des tensions sociales, du racisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme. À la suite de ces événements, une forte inquiétude s’est exprimée parmi les habitants de ces quartiers de voir monter encore la stigmatisation sociale et ethno-raciale et d’être encore montrés du doigt. Après l’imposante « mobilisation républicaine » et les multiples débats, tribunes et échanges qui ont suivi, plusieurs observateurs ont affirmé qu’il y aurait un « après », marqué, selon eux, par un élan de solidarité nationale. Mais cet après se dessinera en fonction de l’« avant » et de l’analyse qui en aura été faite.

Photo : Marc Roussel/Flickr

lundi, mars 16 2015

Comprendre le désenchantement de la politique de la ville

16 03 2015

livre_Kirszbaum.jpg
Parler de la « crise » des banlieues suggère que nous ferions face à un problème provisoire dont il serait possible de venir à bout par un traitement adapté. Pourtant la leçon des historiens est claire : les banlieues sont depuis toujours aux marges de la ville, mais au cœur d’une question sociale, urbaine et politique en perpétuelle recomposition. Ce livre mêle des réflexions de jeunes chercheurs novateurs et de personnalités incontournables sur la question des banlieues. Dans une perspective à la fois historique et comparative avec d’autres pays européens, il essaie de faire évoluer un débat bloqué depuis trop longtemps. Car la croyance française d’une crise passagère alimente une constante désillusion sur l’efficacité de la politique de la ville.



lundi, septembre 1 2014

Ferguson et la nouvelle condition noire aux États-Unis

1 09 2014

manifestation_ferguson.jpgLes émeutes de Ferguson sont inédites depuis celles de Los Angeles en 1992. Elles marquent la rupture de la paix raciale la plus durable depuis la seconde guerre mondiale aux États-Unis, et révèlent la transformation de la condition des populations noires depuis une dizaine d’années. D’un côté, les années 2000-2010 sont l’apogée du processus de pénalisation et de contrôle policier de la vie des Noirs. De l’autre, la décennie passée témoigne d’une stagnation, voire d’un recul, de la position des Noirs dans la société américaine. Contre le mythe de la société post-raciale, la place des Noirs se caractérise par une inégalité durable, dont les ressorts se sont transformés.

Photo : rtl.fr

mardi, avril 8 2014

Que dit le feu ? Les incendies de bibliothèques

8 04 2014

livre_merklen.pngEncore un livre sur les « banlieues », serait-on tenté de dire ! Pourtant on aurait tort tant le livre de Denis Merklen est original sur la forme et sur le fond. Sur la forme d’abord, ce livre est une trame de récits croisés entre les bibliothécaires, les quartiers, les écrivains de banlieue, la presse people, l’Argentine et la France, les déambulations du chercheur, l’histoire des classes populaires... Et tous ces récits et les allers-retours qu’ils imposent ouvrent des angles et des points de vue inédits. Sans jamais se lasser, le lecteur croise les fils d’une enquête minutieuse, prudente et empathique tant à l’égard des bibliothécaires que de ceux qui incendient les médiathèques, et d’une enquête qui est aussi la recherche obstinée d’un sujet politique sur lequel Denis Merklen ne cesse de s’interroger.
Un silence gêné entoure les 70 incendies de bibliothèques qui ont été allumés en France entre 1996 et 2013. Il faut dire que ces incendies n’ont jamais été revendiqués et que jamais aucune déclaration ne les a accompagnés à l’exception d’un « si Sarko passe on met le feu ! » Alors que l’on peut comprendre les incendies des commissariats de police comme des protestations contre la violence des policiers et, au-delà, contre la violence de l’État, pourquoi s’en prendre aux livres mis à disposition de tous dans les quartiers qui semblent souvent abandonnés ?

mercredi, février 19 2014

La construction des processus de ségrégation urbaine

19 02 2014

photo_cite_LVI.pngComment décoder, pour mieux savoir y répondre, les processus de ségrégation de territoires aux configurations pourtant différentes, de par leur positionnement, leurs équipements, leurs activités et l’investissement public dont ils bénéficient ?

La ségrégation n’est pas le fait d’un acteur unique, elle est la plupart du temps le produit, non seulement de causes structurelles, mais aussi des interactions entre quatre dimensions :
1- L’organisation de l’espace urbain,
2- La vie sociale des habitants,
3- Les modalités d’intervention des services publics et des organisations,
4- La gouvernance des politiques publiques.

mercredi, janvier 15 2014

L’architecture sans les habitants ? A propos de la rénovation urbaine

15 01 2014

photo_cite_LVI.pngDepuis leur inauguration au début des années 2000, les opérations de rénovation urbaine sont critiquées pour la priorité qu’elles accordent à l’intervention sur le bâti au détriment de l’action sociale. Cette volonté de résoudre les dysfonctionnements sociaux par une intervention urbaine ne date pas du Programme national de rénovation urbaine (PNRU) : lors de la création des grands projets de ville (GPV) à la fin des années 1990, la Délégation interministérielle à la ville (DIV) s’était inquiétée de la croyance dans « l’effet rédempteur de la forme urbaine ». Depuis près de dix ans, la mise en œuvre du PNRU a marqué un pas supplémentaire vers le « tout urbain » en privilégiant la démolition et la suppression des traits emblématiques de l’architecture des grands ensembles.
À l’heure où de nombreuses opérations sont achevées, quelle analyse peut-on faire des principes et des choix architecturaux qui ont été opérés ? À partir d’une enquête portant sur six projets de rénovation urbaine – sélectionnés en fonction de leur taille, de leur degré d’avancement et de leur implantation sur le territoire national –, nous avons identifié les principes architecturaux qui guident la mise en œuvre du PNRU. Ils se caractérisent à la fois par le rejet radical de l’image associée aux grands ensembles et par la pauvreté de la réflexion sur l’habiter dans la conception des logements.

dimanche, décembre 22 2013

10ème rapport de l'ONZUS : la situation des quartiers prioritaires continue à sa dégrader

22 12 2013

photo_cite_LVI.png"Ce rapport montre que les difficultés connues dans les quartiers prioritaires sont toujours aussi fortes. Trois indicateurs résument cette évolution :
- à niveau de qualification égale, le taux de chômage est deux fois plus élevé en Zus qu’ailleurs ;
- 36% des habitants des Zus vivent en-dessous du seuil de pauvreté soit un taux trois fois plus élevé que dans les autres territoires et c’est un enfant sur 2 qui vit dans une famille pauvre ;
- 11,6% des jeunes de Zus ne sont ni en emploi ni en formation, taux qui atteint 16% pour les jeunes diplômés.
Ces chiffres confirment que la crise est plus dure dans ces quartiers, et qu’il y a bien une fracture territoriale dans notre pays. Ces difficultés sociales ont des conséquences sur la cohésion sociale et le vivre ensemble dans les quartiers : 40% des femmes de Zus ne sont pas seulement sans emploi mais se sont retirées de la vie active.

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dimanche, décembre 1 2013

101 propositions pour les Quartiers Populaires de Marseille

1 12 2013

101_propositions.pngIssu de la marche du 1er Juin 2013, qui a réuni à Marseille plus de 1500 personnes, le Collectif des Quartiers Populaires de Marseille et environs a initié depuis cette date fondatrice une "tournée des quartiers" afin de reccueillir les revendications des habitants des quartiers populaires. De la Busserine à Belsunce, en passant par les Micocouliers ou Fontvert (entre autres), nous avons pris le parti de proposer un espace original de discussion à celles et ceux qui n’ont habituellement jamais la parole.
Convaincus par l’histoire des luttes de nos quartiers que l’égalité des droits ne peut s’obtenir en attendant de belles promesses, nous avons donc pris notre part de responsabilité. Nous sommes heureux aujourd’hui de pouvoir vous présenter nos 101 propositions pour l’égalité des droits. Ce document, aujourd’hui édité en version papier, restera évolutif. Il ne constitue pas un programme parfait ni une promesse électorale mais un outil de débat et de combats pour toutes celles et ceux qui, habitants ou non des quartiers populaires, veulent avancer vers l’égalité des droits.

samedi, novembre 23 2013

Vers un empowerment à la française ?

23 11 2013

empowerment.pngLa notion d’empowerment connaît depuis quelques années un important succès rhétorique dans la politique de la ville. Le rapport de Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache a proposé des mesures ambitieuses et concrètes pour l’adapter au contexte français. Tout en s’inscrivant dans cette veine radicale, ce rapport n’a pas pour dessein central d’engager une rupture avec le système capitaliste, mais de transformer les institutions républicaines françaises. Voulant saisir tout à la fois « les enjeux de pouvoir, les inégalités et la conflictualité dans le débat démocratique », le modèle de participation des deux auteurs ne se limite donc pas à ses dimensions « d’interpellation et d’initiative », mais doit embrayer sur des « transformations institutionnelles ».
Toutefois, les conditions politiques et institutionnelles ne sont hélas pas réunies pour accueillir la plupart de leurs propositions.

Illustration : La Vie des Idées

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