Vidéosurveillance, fichage, biométrie

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lundi, novembre 28 2016

Trois ans après les révélations de Snowden, la surveillance de masse se porte bien

28 11 2016

surveillance_net.jpgAprès la France et l’Allemagne, le Royaume-Uni a adopté une loi sur le renseignement très musclée qui renforce considérablement les pouvoirs de surveillance des services de renseignement, mais aussi ceux de la police. Ce texte impose notamment aux opérateurs de stocker l’historique de navigation des internautes britanniques pendant douze mois, afin qu’il puisse être consulté par les services, qui sont aussi désormais autorisés à pirater des ordinateurs, des téléphones et des réseaux.

lundi, novembre 21 2016

Le « méga-fichier » de la discorde

21 11 2016

Photo_passeport.jpgLa polémique suscitée par le décret du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité, dénommé « Titres électroniques sécurisés » (TES), repose sur plusieurs motifs. Les uns sont d’ordre politique, les autres dépendent d’un ordre administratif, d’autres s’avèrent d’ordre juridique ou bien encore d’ordre technologique.
En tout état de cause, le fait que le gouvernement ait choisi de procéder par décret pour créer un tel fichier, sans concertation préalable et sans évaluation précise, en dépit de l’article 34 de la Constitution – selon lequel la loi fixe les règles concernant « les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques » –, suscite de nombreuses interrogations.

lundi, novembre 7 2016

De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation : une évolution majeure

7 11 2016

panneau_videoverbalisation_marseille.jpgA quoi sert la vidéosurveillance de l’espace public, c’est-à-dire des rues de nos villes ? Dans un précédent article, nous avons étudié le cas d’une petite ville, dans une démarche de type ethnographique, décrivant de l’intérieur le fonctionnement du Centre de supervision urbaine (CSU). Au final, la vidéosurveillance était apparue essentiellement comme un outil de gestion urbaine de proximité n’ayant que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. Lorsqu’il s’agissait d’évaluer sa contribution à la lutte contre la délinquance proprement dite, nous nous étions toutefois heurté à l’impossibilité de mesurer précisément le rôle des images enregistrées dans la résolution des affaires. A l’occasion d’une recherche menée cette fois-ci dans une grande ville, nous pouvons proposer d’aller plus loin dans l’analyse du volet répressif. On découvre alors que le principal usage de la vidéosurveillance est en réalité désormais la vidéoverbalisation. Cet usage est autant massif que dissimulé car politiquement peu correct.

  • Demander une copie de cet article en écrivant à l'auteur : mucchielli (at) mmsh.univ-aix.fr

Photo : video-verbalisation.fr

mercredi, novembre 2 2016

Au Journal officiel, un fichier biométrique de 60 millions de « gens honnêtes »

2 11 2016

empeintes_passeport.jpgLe gouvernement a publié un décret instituant un fichier monstre commun aux passeports et aux cartes nationales d'identité. Destiné à faciliter établissement et renouvellement de ces titres, en plus de prévenir les fraudes, il va ingurgiter des centaines de millions de données puisées dans toute la population française.
En 2012, lorsqu’ils avaient attaqué devant le Conseil constitutionnel la proposition de loi relative à la protection de l'identité, une cohorte de sénateurs et députés socialistes, dont Jean-Jacques Urvoas, avait dénoncé le super fichier voulu par la majorité d’alors. Une mégabase regroupant l’ensemble des informations du passeport français et de la carte nationale d'identité qui représentait selon eux « une ingérence dans l'exercice du droit de toute personne au respect de sa vie privée ».

Photo : europe1.fr

lundi, octobre 10 2016

La diffusion de l’urbanisme sécuritaire, sous la pression et en silence

10 10 2016

gate_community.pngTant redoutée par les architectes et les urbanistes, l’intégration des enjeux de sécurité dans l’aménagement figure pourtant comme un axe central des politiques publiques de prévention de la délinquance. La sécurité semble aujourd’hui inévitablement s’imposer au cœur du développement des grandes agglomérations. Seulement, travailler ces problématiques en lien direct avec les questions de l’aménagement des espaces ou celles de l’implication des citoyens sur leur territoire, reviendrait-il obligatoirement à promouvoir des logiques sécuritaires ? Où placer le curseur entre ce qui est uniquement sécuritaire et ce qui ne l’est pas ?

mardi, juin 7 2016

Quand le lobby de la vidéosurveillance fait son mea culpa... pour mieux passer aux drones

7 06 2016

Drone_3.jpgMonsieur le maire, vous aviez investi dans les caméras de vidéosurveillance ? Las, le lobby de la vidéosurveillance (Association nationale de la vidéoprotection – AN2V) vient de vous ringardiser. Après avoir refilé des dizaines de milliers de caméras aux élus de tous bords et aux communes de toutes tailles, voici que son représentant déclare dans la presse (Sud Ouest, 06/05/2016) : « Il ne sert à rien de faire du quantitatif et de placer des caméras à tout prix. Notre position est claire : nous prônons moins de points de visualisation mais avec des images de meilleure qualité ». Faisant preuve d’un sacré culot, le lobbyiste se pose en moraliste de la vidéosurveillance : « le coût, les aspects juridiques et éthique ont-t-ils été pris en compte ? Puis il préconise « une vue d’ensemble pour sortir de l’émotion et des petits calculs électoraux des municipalités ». Et pour terminer en beauté : vous surveillez vos concitoyens d’en bas ? et bien, surveillez aussi d’en haut : « Pourquoi pas un essaim de drones plutôt qu’un hélicoptère pour suivre un rodéo nocturne ? ». Sans doute au titre de la maitrise des coûts...

Photo : sudouest.fr

vendredi, avril 15 2016

La tragi-comédie du PNR européen

15 04 2016

salle_d__aeroport.jpgVoilà un motif de satisfaction pour le premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Le Parlement européen a adopté en Assemblée plénière, le 14 avril 2016, la directive tant controversée instaurant un transfert par les compagnies aériennes des données sur les passagers de vols intra-européens aux services nationaux de sécurité.
Au risque de gâcher la fête, les apparences sont pourtant trompeuses et de nouveaux rebondissements sont à prévoir. Le PNR (Passenger Name Record), mis en place après les attentats du 11 septembre 2001 entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, est en effet dans le viseur de la justice européenne. Celle-ci doit encore se prononcer sur un autre dossier, le projet d’accord PNR UE-Canada, dont l’issue est de nature à avoir des répercussions sur la directive approuvée ce 14 avril. Un retour à la case départ n’est donc pas à exclure.

mardi, mars 22 2016

À quoi sert la vidéosurveillance ? Le cas français d’une petite ville « exemplaire »

22 03 2016

cameras_de_videosurveillance_globe.jpgLe fort développement de la vidéosurveillance dans l’espace public, en France, à partir des élections présidentielles de 2007, n’a pas fait l’objet d’évaluations scientifiques. Cet article propose une étude de cas et un travail de terrain dans une petite ville dotée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. L’étude montre que la vidéosurveillance n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance et qu’elle n’a globalement aucun impact sur le niveau de la délinquance enregistrée. L’étude illustre également le phénomène de déplacement des problèmes. Elle permet ensuite de mesurer la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire, montrant que cette contribution est réelle mais limitée. Au final, la vidéosurveillance apparaît essentiellement comme un outil municipal de gestion urbaine de proximité, qui n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. L’auteur analyse alors les ressorts politiques du succès de cette technologie, montrant qu’elle a constitué une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.

Photo : lesinrocks.com

samedi, février 27 2016

Droits humains : Amnesty International dénonce une situation « catastrophique »

27 02 2016

un-policier-surveille-la-manifestation-contre-l-etat-d-urgence.jpgL'année 2015 marquait les 70 ans de l’ONU, mais l’organisation, jugée « plus vulnérable que jamais », et ses valeurs n’ont pas été à la fête, selon le rapport annuel d’Amnesty. « La répression a été pour ainsi dire monnaie courante en 2015, souligne le secrétaire général, présentée comme nécessaire pour la sécurité nationale, l’ordre public et la protection des valeurs nationales ». Il est apparu que « certains États pratiquaient une surveillance digne d’un roman de George Orwell ». Amnesty dénonce « un assaut massif contre les libertés et les droits fondamentaux », basé sur des « mesures sécuritaires draconiennes ».

Voir aussi :
- Amnesty International critique la réponse « liberticide » de la France aux attentats.
- Amnesty International fustige la gestion par l’Europe de la crise des migrants.
- Après trois mois d’état d’urgence, un bilan contesté et mitigé.
- État d’urgence : le Défenseur des droits invite à « retrouver de la raison ».
- Bilan des saisines consécutives à l’état d’urgence et action du Défenseur des Droits

mercredi, septembre 23 2015

Le business de la peur : un documentaire salutaire

23 09 2015

business_de_la_peur.jpgLa chaîne France 2 a diffusé lundi soir dernier (21 septembre), à 11h du soir et jusqu'à minuit et demi, un numéro du magasine Cash Investigation consacré au « Business de la peur ».
Cette enquête a été réalisée notamment par deux journalistes indépendants, Jean-Marc Manach et Jean-Pierre Canet. L'émission se présente ainsi : « La menace terroriste est devenue une réalité qui inquiète de nombreux Français. Ce climat de peur fait les affaires du secteur de la sécurité, qui pèse aujourd'hui dix milliards d'euros. Cash investigation révèle les dessous de ce business qui a le vent en poupe. Certains industriels sont par exemple prêts à manipuler les statistiques pour faire gonfler leur bénéfices. L'enquête présentée par Elise Lucet montre également les failles de la biométrie, présentée comme la solution miracle. Gros plan également sur les caméras de surveillance, qui ont envahi le paysage urbain. Plus de 40 000 objectifs surveillent les villes de France et, depuis peu, les petites communes rurales. Mais ces caméras sont-elles vraiment efficace ? »
Ce ton étonne à la télévision. L'on est tellement habitué à ces publireportages sur la sécurité.

jeudi, août 20 2015

Le géant des télécoms AT&T a aidé la NSA à espionner des milliards d’emails

20 08 2015

le_siege_de_la_NSA.jpgL’agence américaine de renseignement NSA a trouvé en AT&T, le géant des télécoms, un partenaire particulièrement efficace pour espionner les communications, selon de nouvelles informations trouvées dans les documents de l’ancien consultant de la NSA Edward Snowden, exploitées par le New York Times et le site d’investigation ProPublica.
On ignore, selon le New York Times, si le programme décrit par les documents, qui datent de 2003 à 2013, est encore actif aujourd’hui. Les documents montrent que AT&T a permis à la NSA d’avoir accès à des milliards de mails échangés sur le territoire américain, parmi lesquels ceux du siège des Nations unies à New York, dont AT&T est le fournisseur d’accès internet.

mardi, juillet 28 2015

La mise en place d’un répertoire public de délinquants sexuels aux États-Unis

28 07 2015

Fichier.jpgÀ travers l’étude de la mise en place de la « loi de Megan » suscitée par une panique morale liée au meurtre d’une fillette par un délinquant sexuel (New Jersey, 1994), l’article vise à comprendre en quoi une même réponse pénale peut être sous-tendue par deux rationalités de contrôle du crime apparemment étrangères sinon incompatibles entre elles. À partir du cas étudié, sont mises à jour, d’un côté, la présence d’une approche de politique expressive « dure avec le crime » et peu nuancée relevant de la souveraineté ; de l’autre, une logique aseptisée de gestion du risque visant l’efficacité, relevant d’une rationalité post-disciplinaire. L’analyse montre que si certaines incompatibilités entre les deux rationalités demeurent évidentes, certaines circonstances et caractéristiques internes les rendent étonnement complémentaires.

dimanche, juillet 26 2015

Des caméras sur les policiers, proviseurs, parents... et puis qui encore ?

26 07 2015

photo_rue89_camera_police.jpgÇa a d’abord commencé par les policiers. Pourquoi ne pas les équiper de caméras pour enregistrer leurs interactions avec les citoyens ? Comme ça, en cas de plainte d’un côté ou de l’autre, en cas de bavure, il suffit de visionner les images pour constater d’où vient la faute.
Dans les faits, c’est un peu plus compliqué que cela, et l’équipement des forces de l’ordre de caméras soulève un grand nombre de problèmes (qui déclenche ? combien de temps sont conservées les images ? qui les conserve ? etc). Mais ça n’a a pas empêché que la pratique soit en pleine expansion et franchisse l’Atlantique pour arriver jusqu’à nous.
Et voici qu’après les policiers, une autre catégorie de personnels pourrait bientôt en être doté : le personnel scolaire. C’est ce qu’une école du sud de l’Iowa a récemment décidé. Doter chaque encadrant d’une body-caméra qui filmerait ses interactions avec les élèves et avec les parents.

lundi, juillet 13 2015

Comment réduire les risques liés à la surveillance électronique ?

13 07 2015

surveillance_net.jpgLes multiples révélations d’Edward Snowden concernant les dérives des programmes de surveillance de la NSA ont bien montré que les États-Unis et leurs alliés (mais ce ne sont pas les seuls) écoutent et traitent massivement les informations de gouvernements étrangers, d’entreprises et de citoyens (majoritairement non américains) souvent par l’intermédiaire de compagnies telles que Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, AOL, Apple… En plus de cette surveillance étatique, un utilisateur peut aussi être la cible d’entreprises commerciales et de pirates informatiques mal intentionnés. Conformément à son objet social de protection des individus face aux risques de l’informatique, le CECIL vous propose un recueil de fiches pratiques pour découvrir, pas à pas, des outils visant à mieux maitriser les informations exposées, protéger la vie privée et les libertés fondamentales. Il ne s’agit pas ici d’être exhaustif, mais de faire (re)découvrir au citoyen inquiet, quoique peu connaisseur, une sélection de techniques de base.

Image : francebleu.fr

mardi, juin 16 2015

La loi sur le renseignement : un Patrioct Act à la française ?

16 06 2015

maniere_de_voir_140.jpgLa situation est d’une ironie mordante : après l’adoption à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale du projet de loi controversé sur le renseignement et la surveillance, le Congrès américain a rechigné à renouveler le célèbre Patriot Act qui, peu après le 11-Septembre, a délié les mains de la National Security Agency (NSA). Et même si la posture critique de l’Amérique à l’égard de la surveillance de masse sera probablement de courte durée, il est choquant de voir la France avancer en sens inverse.
L’expérience américaine est éclairante pour comprendre le projet de loi française et notamment ses dispositions les plus controversées. Parmi ces dernières, de nombreux débats ont concerné les « boîtes noires » qui doivent être installées chez les principales entreprises de télécommunications, afin de repérer les comportements suspects d’internautes avec l’aide d’algorithmes et d’analyse de métadonnées (les données hors du contenu d’un message : son destinataire, son heure d’envoi…). Après tout, si des algorithmes sont capables de nous recommander des films à regarder, pourquoi ne pourraient-ils pas nous conseiller des suspects sur lesquels enquêter ?

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