Vidéosurveillance, fichage, biométrie

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mardi, juin 16 2015

La loi sur le renseignement : un Patrioct Act à la française ?

16 06 2015

maniere_de_voir_140.jpgLa situation est d’une ironie mordante : après l’adoption à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale du projet de loi controversé sur le renseignement et la surveillance, le Congrès américain a rechigné à renouveler le célèbre Patriot Act qui, peu après le 11-Septembre, a délié les mains de la National Security Agency (NSA). Et même si la posture critique de l’Amérique à l’égard de la surveillance de masse sera probablement de courte durée, il est choquant de voir la France avancer en sens inverse.
L’expérience américaine est éclairante pour comprendre le projet de loi française et notamment ses dispositions les plus controversées. Parmi ces dernières, de nombreux débats ont concerné les « boîtes noires » qui doivent être installées chez les principales entreprises de télécommunications, afin de repérer les comportements suspects d’internautes avec l’aide d’algorithmes et d’analyse de métadonnées (les données hors du contenu d’un message : son destinataire, son heure d’envoi…). Après tout, si des algorithmes sont capables de nous recommander des films à regarder, pourquoi ne pourraient-ils pas nous conseiller des suspects sur lesquels enquêter ?

vendredi, juin 12 2015

De la prévention situationnelle au predictive policing

12 06 2015

minority_report_2.jpgCet article traite d’un corpus de textes scientifiques correspondant à un moment important dans le processus de légitimation de la prévention situationnelle : les recherches sur la victimisation à répétition et la construction d’algorithmes de prédiction. Le corpus permet de mettre en scène une controverse souvent ignorée, opposant Ken Pease et Tim Hope, relative à l’interprétation de résultats issus de la modélisation statistique de la distribution de la victimisation dans la population. Mise en perspective avec les résultats des recherches de Ken Pease et ses collaborateurs, la critique de Tim Hope permet de rendre compte de l’ignorance qui évolue avec le développement des connaissances sur la prédiction des victimisations et des innovations qui leur sont associées. En conclusion, il est fait appel à une définition des politiques publiques de prévention et de sécurité non pas à partir des connaissances produites par les experts, mais à partir d’un accord rendu public sur leurs désaccords.

samedi, mai 16 2015

Une note interne de l’Inria étrille la loi sur le renseignement

16 05 2015

Reseaux_mai_2015.GIFLes scientifiques du prestigieux Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) sont plus que sceptiques concernant la loi sur le renseignement, adoptée en première lecture le 5 mai à l’Assemblée.
Dans une note datée du 30 avril qui devait initialement être envoyée dans les cabinets ministériels et aux députés et que Le Monde s’est procurée, l’Inria étrille certains points techniques et controversés du projet de loi. L’Institut, placé sous la tutelle de Bercy et du ministère de la recherche, critique vertement l’article 851-4 de la loi, qui prévoit la mise en place d’algorithmes – les fameuses « boîtes noires » – pour détecter automatiquement les comportements terroristes sur Internet. La loi prévoit que cette analyse se fasse sur des données anonymes, toute identification intervenant uniquement si une menace est détectée : un argument martelé par le gouvernement lors de l’examen du texte à l’Assemblée et des premières auditions au Sénat. « Il n’existe pas aujourd’hui de technique d’anonymisation sûre. Un texte de loi ne devrait pas se fonder sur la notion de donnée anonyme ou anonymisée », tranche l’Inria.

mardi, avril 28 2015

Pourquoi la surveillance généralisée d'Internet est un leurre

28 04 2015

BB.jpgLe but annoncé de cette loi est d'élargir les compétences tout en encadrant les pratiques des services de renseignements, particulièrement en ce qui concerne la surveillance des réseaux de télécommunications. Il y a déjà tout un arsenal de lois qui permettent de surveiller ces réseaux: LPM, LCEN, LOPPSI, pour ne citer que les plus connues. Ces lois ne sont visiblement pas efficaces pour lutter contre le terrorisme. À part les stratégies (souvent ridicules) de force brute, il y a peu de choses dont le manque d'efficacité vient du fait qu'on ne les utilise pas assez. Mais admettons que ce soit le cas de la surveillance des réseaux.
L'objectif est donc de surveiller plus et mieux les réseaux. Comment ? Grâce à des « boîtes noires » qui seraient placées (entre autres) chez les fournisseurs d'accès à internet (FAI), c'est-à-dire chez Orange, Free, SFR, et Bouygues. Alors on a des boîtes noires partout. Mais comment font-elles pour surveiller les terroristes et seulement les terroristes ?

jeudi, avril 23 2015

Loi sur le renseignement : un projet liberticide et non démocratique

23 04 2015

mobilisation_contre_le_terrorisme.jpgL'argument selon lequel il convient d'encadrer des pratiques policières occultes serait acceptable si leur caractère indispensable était démontré, leur contrôle renforcé et des sanctions prévues, ce qui n'est pas le cas. Au contraire, le projet de loi étend massivement le champ d'intervention des atteintes administratives à l'intimité de la vie privée et au domicile des particuliers.
La très vive émotion provoquée en janvier dernier par les attentats contre Charlie Hebdo et le commerce Hyper Cacher de Paris ne saurait, par ailleurs, être mise à profit pour porter des atteintes inutiles aux libertés publiques ni perpétuer la pratique détestable héritée du quinquennat précédent, qui consiste à faire voter une loi à chaque nouveau drame qu'offre l'actualité, alors qu'une loi contre le terrorisme vient tout juste d'être promulguée, en novembre 2014.

Photo : sudouest.fr

vendredi, avril 10 2015

Associations et syndicats dénoncent un projet de loi instaurant une surveillance généralisée

10 04 2015

sous_surveillance.pngLes débats sur le projet de loi relatif au renseignement débuteront lundi 13 avril 2015 à l'Assemblée nationale.
En fait d'encadrement, ce projet entérine les pratiques illégales des services et légalise, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte ajoute des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et pour le respect de la vie privée.
Les méthodes de surveillance sont massives, le contrôle inconsistant. Le texte issu de la Commission des lois porte un déséquilibre liberticide : l'usage des techniques de surveillance est entre les mains de l'exécutif, sans contrôle solide. La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, soi-disant garante des libertés, ne disposera ni des pouvoirs ni des moyens nécessaires pour accomplir sa mission. Le Premier ministre pourra toujours passer outre son avis, et elle ne pourra rien interrompre par elle-même. Le gouvernement se refuse à assurer un contrôle systématique et indépendant a priori des demandes des services et organise un contrôle a posteriori illusoire. La saisine du juge administratif restera aléatoire et la procédure asymétrique, les principes processuels fondamentaux cédant devant le secret défense.

mardi, mars 24 2015

La loi sur le renseignement menace-t-elle les libertés publiques ?

24 03 2015

mobilisation_contre_le_terrorisme.jpgLe Premier Ministre a présenté en Conseil des ministres un projet de loi relatif au renseignement. Le Conseil national du numérique y relève des avancées : outre le fait que le renseignement disposera d’un cadre général et d’un contrôle accru, la définition de ce cadre fera l’objet d’un vrai débat contradictoire, au Parlement et dans la société. Le Conseil déplore toutefois le projet d’étendre de manière significative le périmètre de la surveillance, sans que cette extension ne s’accompagne de garanties suffisantes en termes de libertés. Il souligne par ailleurs la nécessité de porter une attention particulière au contrôle des techniques de cette surveillance.
Le Conseil s’inquiète en premier lieu d’une extension significative du périmètre de la surveillance. De plus, le Conseil est préoccupé par l’introduction de nouvelles techniques de renseignement, dont certaines peuvent confiner à une forme de surveillance de masse.

Photo : sudouest.fr

lundi, janvier 26 2015

Le Royaume-Uni abandonne la vidéosurveillance

26 01 2015

cctv_bbc.jpgDéveloppée massivement dans les années 1990 par le gouvernement conservateur de John Major, la vidéosurveillance n'a plus la cote outre-Manche. Après 20 années d'expansion, le réseau britannique connaît une réduction drastique. En cause, des coupes budgétaires sombres dans le budget de la police. Il faut dire que les rapports s’amoncellent pour dénoncer la faible efficacité de la vidéosurveillance dans l'élucidation des crimes. Certains d'entre eux évoquent même son inutilité presque totale. Peut-on déjà prévoir que la France, qui a adopté cette mode quinze ans après (surtout à partir de 2007 et l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République), fera à son tour machine arrière d'ici 5 à 10 ans ?

Photo : bbc.com

mercredi, août 13 2014

Fichage partout, oubli nulle part ? Le Conseil d’Etat ouvre un boulevard au TAJ

13 08 2014

fichage.pngLe décret du 4 mai 2012, pris en application de la loi du 14 mars 2011 d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI), acte la fusion des fichiers informatiques STIC et JUDEX en créant le traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Construit sous les auspices de la performance sans cesse accrue et de la mémoire perpétuelle, le dernier « super fichier des données personnelles » a vocation à collecter, accumuler et surtout conserver les « données relatives aux personnes à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient pu participer à la commission de certains crimes, délits ou contraventions de 5ème classe, ainsi qu’aux victimes de ces infractions ». Le 11 avril dernier, à la suite d’un contentieux porté par la Ligue des Droits de l’Homme, le Conseil d’Etat a validé, presque sans réserves, l’arsenal réglementaire qui lui était soumis.

Illustration : souriez.info

mardi, juillet 29 2014

Protégeons la démocratie contre les excès de l’antiterrorisme

29 07 2014

Image_big_brother.jpgUne nouvelle fois, le pouvoir exécutif prend prétexte de la menace terroriste et argue de sa mutation pour tenter de renforcer dans l’urgence, et sans réel débat démocratique, un arsenal répressif d’exception déjà disproportionné.
Le ministère de l’Intérieur est déterminé à forcer le consentement à un projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, dont la teneur a été aggravée par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 22 juillet. Non seulement ce projet, examiné dans le cadre d’une procédure accélérée, multiplie les pouvoirs exorbitants de l’Etat sur les personnes suspectées mais de plus il vise la population dans son ensemble.
Les citoyens ne doivent pas se méprendre : nul n’est à l’abri, car, en fait de lutte contre le terrorisme, les mesures envisagées portent gravement atteinte aux libertés fondamentales de tous et dénaturent une société qui bascule dans la suspicion et la surveillance généralisées.

vendredi, juin 6 2014

Vidéosurveillance : au moins 30% des villes ne respectent pas les obligations légales

6 06 2014

Videoprotection_Zigazou76.jpgQui surveille les surveillants ? Depuis trois ans et le vote de la loi dite LOPPSI 2, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) est compétente pour contrôler la mise en œuvre des dispositifs de vidéoprotection et de vidéosurveillance, que ce soit dans les lieux ouverts ou non au public. A ce titre, la Cnil a procédé à plus de 450 missions – dont 134 contrôles en 2013 – sur plusieurs dizaines de milliers de caméras. Objectif: analyser le respect de garanties prévues par la loi en termes d’information des personnes, de durée de conservation, de limitation des zones filmées, de sécurité du système, etc.
Dans son rapport annuel présenté le 19 mai, la Cnil tire le bilan de ce pouvoir de contrôle. L’information légale, l’orientation des caméras mais aussi la conservation des images et la sécurité du système sont les principaux griefs adressés par cette institution indépendante aux acteurs publics comme privé.

© Zigazou76 (Flickr)

dimanche, juin 1 2014

L’affaire Snowden : la plus grosse fuite de l'histoire de l'espionnage

1 06 2014

nulle_part_ou_se_cacher.jpgUn document fascinant sur l’une des plus grandes et stupéfiantes histoires d’espionnage mondial. Le 31 mai 2013, Glenn Greenwald s’envole pour Hong Kong rencontrer Edward Snowden, l’ex-agent de la NSA qui a décidé de révéler comment le gouvernement américain et ses alliés espionnent les communications et les réseaux Internet du monde entier. Snowden n’a que vingt-neuf ans, mais il est prêt à risquer la perpétuité pour défendre le droit fondamental de chacun à disposer de sa vie privée. Sa détermination et son sang-froid forcent l’admiration de Greenwald, qui va décider de se battre pour faire connaître la vérité, malgré les menaces et les obstacles. En juin 2013, la première bombe est lancée : un article sur la collecte, par la NSA, des données téléphoniques de millions de clients de l’opérateur Verizon paraît dans le Guardian. Suivront des dizaines d’autres révélations, tout aussi explosives. Dans Nulle part où se cacher, Glenn Greenwald revient sur chaque étape de cette incroyable affaire et la complète par des pièces inédites : de la publication de preuves accablantes pour la NSA en passant par les techniques du renseignement américain jusqu’à la responsabilité des plus grandes entreprises du net dans ce scandale qui met en péril notre liberté individuelle (présentation de l'éditeur).

vendredi, mai 2 2014

Données personnelles : sortir des injonctions contradictoires

2 05 2014

data_protection.jpgEn matière de données numériques, trois vagues médiatiques se sont succédées sous nos yeux en l’espace de moins de 3 ans. La première nous a fait scintiller les merveilles associées aux big data, source inépuisable de nouveaux gisements de richesse de l’économie numérique - déluge de données, nouvel or noir, fin de la science… - l’escalade métaphorique semblait sans fin. La seconde a été liée au coup de tonnerre déclenché par la suite des révélations d’Edward Snowden : en quelques heures, les cris d’alarme négligés des associations de défense des libertés devenaient réalité, en pire. Nul n’avait anticipé l’ampleur et la diversité des données collectées par la NSA. Si big data il y a, ce sont bien celles interceptées et analysées par les autorités américaines, dans une logique de « big surveillance ». Aujourd’hui, troisième vague, nous voyons se multiplier les articles qui tentent de dégonfler l’enthousiasme exagéré suscité par le projet big data, entre démonstration de l’inexactitude des Google Flue Trendset analyse des biais méthodologiques du big data. Mais ces critiques ne disent rien du problème précédent : comment dénouer le lien entre production, analyse de données de masse d’une part et logique de surveillance de l’autre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : plus notre économie inventera des services qui auront besoin de s’appuyer sur de la donnée pour fonctionner – et nous en voyons fleurir tous les jours – plus nous mettrons en place les infrastructures passives qui rendent les logiques de surveillance techniquement possibles, quel que soit le tiers qui décide de s’en servir.

Photo : linformaticien.com

dimanche, février 9 2014

Pour la CNIL, 18% des Français sont « suspects »

9 02 2014

fichier_de_police.jpgImaginez le scandale si l'INSEE, Pôle emploi ou le Premier ministre avaient gonflé, par erreur, de près de 20% les statistiques du chômage... C'est ce qui est arrivé au ministère de l'Intérieur, et à la CNIL, qui ont "gonflé" le nombre de personnes "mises en cause" et dès lors fichées par les gendarmes et policiers.
Les premiers chiffres communiqués concernant le TAJ, "Traitement des Antécédents Judiciaires", créé pour fusionner les deux fichiers de police (STIC) et de gendarmerie (JUDEX) recensant les suspects "mis en cause" (MEC) ainsi que les victimes, et censé régler les nombreux problèmes posés par les fichiers policiers, étaient en effet erronés.
Mais ni la CNIL ni le ministère de l'Intérieur ne s'étaient aperçus, ni offusqués, d'avoir ainsi gonflé de près de 3 millions le nombre de personnes considérées comme "défavorablement connues des services de police"...

vendredi, janvier 17 2014

Pour une évaluation (vraiment) scientifique de la vidéosurveillance

17 01 2014

Photo_zigazou76_dome_flickr.jpgDans le débat public, la « vidéoprotection » (désormais VP) est l’objet de deux légendes, qu’il faut préalablement mettre à distance si l’on prétend réaliser une évaluation scientifique. Une légende noire est produite par les opposants de principe qui dénoncent l’arrivée de big brother, une forme de « flicage » attentant gravement aux libertés publiques ainsi qu’à la vie privée. Une légende dorée est produite par les partisans de principe de la VP, qui célèbrent une technologie révolutionnant la lutte contre la délinquance, parce qu’elle permettrait de confronter les dénégations du délinquant à l’irréfutable preuve par l’image.
À distance de ces deux légendes, l’étude scientifique a pour but d’objectiver l’installation, le coût, l’utilisation et l’impact d’un dispositif, s’agissant ici des dispositifs de surveillance par caméras installées sur la voie publique. Au cours de l’année passée, nous avons mené une étude de terrain dans une commune de près de 19 000 habitants de la région Languedoc-Roussillon, qui dispose d’un dispositif de VP particulièrement opérationnel.

Illustration : zigazou76 - flickr - licence cc

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