Vidéosurveillance, fichage, biométrie

Fil des billets

dimanche, février 9 2014

Pour la CNIL, 18% des Français sont « suspects »

9 02 2014

fichier_de_police.jpgImaginez le scandale si l'INSEE, Pôle emploi ou le Premier ministre avaient gonflé, par erreur, de près de 20% les statistiques du chômage... C'est ce qui est arrivé au ministère de l'Intérieur, et à la CNIL, qui ont "gonflé" le nombre de personnes "mises en cause" et dès lors fichées par les gendarmes et policiers.
Les premiers chiffres communiqués concernant le TAJ, "Traitement des Antécédents Judiciaires", créé pour fusionner les deux fichiers de police (STIC) et de gendarmerie (JUDEX) recensant les suspects "mis en cause" (MEC) ainsi que les victimes, et censé régler les nombreux problèmes posés par les fichiers policiers, étaient en effet erronés.
Mais ni la CNIL ni le ministère de l'Intérieur ne s'étaient aperçus, ni offusqués, d'avoir ainsi gonflé de près de 3 millions le nombre de personnes considérées comme "défavorablement connues des services de police"...

vendredi, janvier 17 2014

Pour une évaluation (vraiment) scientifique de la vidéosurveillance

17 01 2014

Photo_zigazou76_dome_flickr.jpgDans le débat public, la « vidéoprotection » (désormais VP) est l’objet de deux légendes, qu’il faut préalablement mettre à distance si l’on prétend réaliser une évaluation scientifique. Une légende noire est produite par les opposants de principe qui dénoncent l’arrivée de big brother, une forme de « flicage » attentant gravement aux libertés publiques ainsi qu’à la vie privée. Une légende dorée est produite par les partisans de principe de la VP, qui célèbrent une technologie révolutionnant la lutte contre la délinquance, parce qu’elle permettrait de confronter les dénégations du délinquant à l’irréfutable preuve par l’image.
À distance de ces deux légendes, l’étude scientifique a pour but d’objectiver l’installation, le coût, l’utilisation et l’impact d’un dispositif, s’agissant ici des dispositifs de surveillance par caméras installées sur la voie publique. Au cours de l’année passée, nous avons mené une étude de terrain dans une commune de près de 19 000 habitants de la région Languedoc-Roussillon, qui dispose d’un dispositif de VP particulièrement opérationnel.

Illustration : zigazou76 - flickr - licence cc

mercredi, janvier 1 2014

Le profilage des populations. Du livret ouvrier au cybercontrôle

1 01 2014

profilage_population.GIFLa révélation de l'accès aux communications des internautes par l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), en juin 2013, est venue rappeler l'ampleur du fichage et du traçage numériques. Le monde d'hypersurveillance dans lequel nous vivons n'a plus rien à voir avec le Big Brother totalitaire d'Orwell. Loin d'un modèle disciplinaire, les contrôles, exercés par une diversité d'acteurs publics et privés, y sont invisibles et mobiles, de plus en plus tributaires de la participation involontaire des individus et souvent à des fins d'anticipation de leurs comportements.
Ce livre vise à cerner l'origine, les contours et la dynamique de cette surveillance postorwellienne. À partir de la rupture fondamentale introduite au XIXe siècle par le libéralisme et les droits de l'homme, il retrace l'évolution fluctuante du couple libertés/contrôles. Au gré des crises économiques, sociales et morales, les progrès politiques et civiques ont été accompagnés par de nouveaux agencements des outils d'observation et de profilage, qui, après avoir visé des catégories particulières (vagabonds, ouvriers, migrants), ont bientôt concerné l'ensemble de la population. À cet égard, l'informatique, malgré la volonté proclamée des États d'en limiter les usages liberticides, opère une véritable révolution du contrôle.

mardi, décembre 24 2013

Strasbourg, paradis calme de la vidéosurveillance

24 12 2013

video_strasbourg.jpgAvec une caméra pour un peu moins de 1 400 habitants, Strasbourg est la troisième ville de France la plus vidéosurveillée après Nice et Avignon. Une anomalie, pour une ville de gauche où le débat sur ce sujet n’a jamais été abordé sereinement. Retour sur un mandat durant lequel Strasbourg est passé de la vidéosurveillance à la « vidéoprotection » sans faire de vague.
Sous certaines caméras des quelque 330 que compte la CUS, des panonceaux indiquent un numéro à appeler pour « faire valoir son droit d’accès » aux images prises par le dispositif de surveillance vidéo : c’est le 03 88 43 66 10. On essaie, pour voir : « Allô ? - Bonjour, je suis strasbourgeois et j’aimerais accéder aux images de surveillance vidéo qui ont été faites de moi lundi vers 10h du matin. - Ah… ? c’est compliqué… ».

mardi, décembre 10 2013

La loi de programmation militaire prévoit un espionnage numérique menaçant les libertés

10 12 2013

espionnage_numerique.jpgSous couvert de lutte contre le terrorisme et d’autres finalités liées à la sécurité nationale, le projet de loi de programmation militaire (actuellement débattu au parlement) permet à plusieurs ministères d’autoriser la surveillance en temps réel de tout citoyen lambda. Une simple demande administrative suffirait donc pour que soient collectés des informations et documents de nature personnelle auprès des fournisseurs d’accès à Internet et opérateurs de télécommunication, mais aussi des hébergeurs et fournisseurs de services en ligne. Aucune garantie adéquate et aucun mécanisme de contestation n’est prévu pour assurer le respect des droits de ceux qui font l’objet de ces intrusions. Ce texte rend permanents des dispositifs de surveillance qui n’étaient jusqu’à présent que temporaires et exceptionnels.
« Alors que les autorités françaises, ainsi que leurs homologues européens, crient au scandale face à la surveillance d’Internet et l’interception de données privées de millions de citoyens européens opérées par la NSA et le FBI dans le cadre du programme PRISM, voilà que le gouvernement essaie d’introduire des dispositions législatives permettant le même type de surveillance numérique généralisée, en violation des libertés individuelles les plus fondamentales », a déclaré Pierre Tartakowsky, Président de la LDH.

Photo : francetvinfo.fr

dimanche, juillet 14 2013

À Marseille, des caméras ciblent Roms et gens du voyage

14 07 2013

traque_roms.jpgRisques de braquage, axes routiers facilitant la fuite, lieux touristiques ou équipements publics où des actes de délinquance ont été recensés... Chacune des 407 caméras que la mairie va installer dans tout Marseille dispose d'une fiche précisant quelques "objectifs du site". Que la collectivité ait réfléchi au choix de sites pertinents, en s'appuyant principalement sur les statistiques et les demandes de la police nationale, c'est rassurant. Ce document qui figure dans les annexes de l'appel d'offres clôturé le 28 juin - c'est-à-dire le dossier technique communiqué aux entreprises candidates - réserve toutefois une surprise : parmi les objectifs assignés aux caméras figurent à cinq reprises les mentions "Roms" et "gens du voyage".

Photo : marsactu.fr

jeudi, juin 20 2013

La France condamnée pour le fichier des empreintes digitales

20 06 2013

fichier_adn.jpgDans un arrêt du 18 avril 2013 (Affaire M. K. c. France}]), la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Etat français pour violation de l’article 8 de la CESDH, suivant lequel « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ». Sans contester le but légitime poursuivi par le fichier des empreintes digitales (FAED), à savoir la détection et la prévention des infractions pénales, elle rappelle que "Le droit interne doit notamment assurer que ces données soient pertinentes et non excessives par rapport aux finalités pour lesquelles elles sont enregistrées, et qu’elles soient conservées sous une forme permettant l’identification des personnes concernées pendant une durée n’excédant pas celle nécessaire aux finalités pour lesquelles elles sont enregistrées. Il doit aussi contenir des garanties de nature à protéger efficacement les données à caractère personnel enregistrées contre les usages impropres et abusifs » (§35). Outre le champ d’application trop extensif du FAED, qui s’étend à des infractions mineures, la Cour insiste sur les risques de « stigmatisation » et d’atteinte à la présomption d’innocence des personnes fichées n’ayant pas fait l’objet d’une condamnation par une juridiction de jugement. Si, de ce point de vue, la conservation de données privées n’équivaut pas à l’expression de soupçons, encore faut-il que les conditions de cette conservation ne leur donne pas l’impression de ne pas être considérés comme innocents » (§36). Elle pointe également la durée excessive de conservation des données (25 ans), ainsi que le caractère « théorique et illusoire » de la possibilité d’obtenir l’effacement des données.

Lire la suite...

mercredi, juin 19 2013

Fichiers de police : la situation ne s'est "guère améliorée" selon la CNIL

19 06 2013

fichier_de_police.jpgQuatre ans après son premier contrôle sur les fichiers d’antécédents judiciaires de la police (Stic) et de la gendarmerie (Judex), la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) constate, dans un rapport publié le 13 juin 2013, que ces fichiers géants sont toujours truffés d’erreurs. Des erreurs aux conséquences parfois dramatiques, puisque ces fichiers de police sont également consultés dans le cadre d’enquêtes administratives. Ils sont utilisés par les préfectures et le Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps) pour autoriser l’accès à près d’un million d’emplois dans la sécurité privée ou la fonction publique, ainsi que pour traiter des demandes de titres de séjour et de naturalisation.
Environ 100 000 policiers et 79 000 gendarmes ont accès au Judex et au Stic qui ont été consultés 26 millions de fois en 2012. Quelque 9,4 millions de personnes y sont fichés comme « mis en cause » (une notion policière).
En 2008, la Cnil avait constaté que 83 % des fiches qu'elle avait été amenée à contrôler (à la demande de ceux qui y étaient fichés) comportaient des erreurs ou des informations illégales.

Photo : tempsreel.nouvelobs.com

mercredi, janvier 30 2013

À Berlin, la chasse aux caméras de surveillance est ouverte

30 01 2013

Photo_mosieur_J._flickr.jpgDes Allemands encagoulés détruisent une à une des caméras de surveillance installées dans des espaces publics de Berlin. L’objectif de l’opération CAM OVER la fin des caméras est d’en neutraliser le plus possible avant le Congrès européen de la police qui débute le 19 février dans la capitale. Sur leur site, les activistes de CAM OVER expliquent que les caméras de surveillance permettent à la police de discriminer certains groupes de personnes, et notamment les jeunes qui seraient, selon eux, automatiquement perçus comme des "criminels". Ils encouragent un maximum de personnes à participer à ce qu’ils présentent comme une "compétition" qui se terminera avec l’ouverture du Congrès.

Illustration : Môsieur J. - flickr - licence cc

Le pistolet à ADN, dernier gadget créé par des commerçants britanniques

30 01 2013

papattes_en_l__air.jpgAu royaume du business de la sécurité, les commerçants ont de l'imagination. La société de sécurité britannique Selectamark a créé une arme d'un nouveau genre : le pistolet ADN. Présenté à Las Vegas lors d'un salon spécialisé, le Selecta DNA High Velocity System agit comme un marqueur. Disponible sous forme de pistolet ou de fusil, il permettrait aux forces de l'ordre de tirer une balle contenant un code ADN unique sur des suspects au milieu d'une foule, tout en se tenant à bonne distance (30 à 40 mètres) puis de les interpeller lorsque la situation le permet grâce à la marque laissée par l'ADN.
Cette société de sécurité s'est fait une spécialité de produire des systèmes de sécurité autour de la reconnaissance de l'ADN. Sa dernière création utilise des capsules d'un gramme d'ADN fabriquées en laboratoire qui, lorsqu'elles touchent leur cible, laissent une trace biologique durable (plusieurs semaines) qui permettra aux autorités de confirmer ou non l'implication d'une personne dans une affaire. Cette preuve biologique pourra "mener une arrestation ou une mise en accusation" selon le PDG de Selectamark.
Qui dit mieux ?

Illustration : lineal.blogspirit.com

vendredi, décembre 14 2012

Minority Report, est-ce pour demain ?

14 12 2012

minority_report.jpgLa peur du terrorisme a poussé l'Union Européenne à miser à fond sur les nouvelles technologies. Depuis quelques années, les chercheurs financés par Bruxelles essaient de détecter les "comportements suspects" des individus via les réseaux de caméras de surveillance.
Depuis quatre ans, les projets européens de recherche en matière de reconnaissance des comportements “suspects“ se multiplient. Parmi la centaine de projets du volet sécurité du FP7, le programme de recherche et développement de la Commission européenne, une demi-douzaine sortis tout droit d’un bouquin de science-fiction sont destinés à développer des technologies permettant de repérer un “comportement anormal“. Tout ceci se chiffre en dizaines de millions d’euros.
Ce concept de vidéosurveillance intelligente (VSI), qui rencontre un certain succès en France, a un seul objectif : prévenir les crimes et les attentats. Plan le plus connu, le projet INDECT. Les recherches sont financées à hauteur de 10,9 millions d’euros par la Commission européenne. Objectifs : détecter les comportements “suspects” sur Internet (forums, groupes Usenet, serveurs FTP, Peer-to-Peer) et dans la “vraie vie“, via la VSI.

mardi, décembre 4 2012

Incidences et représentations de la vidéosurveillance à l'université

4 12 2012

video.jpgPeu à peu les usages de la caméra se diversifient afin de lutter contre la délinquance, l’insécurité et le sentiment d’insécurité. Les nouvelles fonctionnalités de la caméra et sa promotion étatique incitent les universités et notamment celle de Bordeaux III à adopter ce système de sécurisation de l’espace. C’est en 2002 que les premières caméras ont commencé à coloniser l’espace universitaire. En 2011, il y en avait environ 45 sur le campus de Bordeaux III, intérieur et extérieur confondus. Soit environ 30 caméras à l’intérieur des bâtiments et une quinzaine à l’extérieur. Les caméras d’intérieur sont placées aux endroits dits sensibles, dans les salles ou les amphithéâtres, où du matériel de valeur comme les rétroprojecteurs sont installés. A l’extérieur, les caméras sont installées au niveau des accès principaux des bâtiments.

samedi, novembre 10 2012

Vidéosurveillance : tous dans le brouillard ?

10 11 2012

Image_livre_videoprotection.jpgSuite à l'adoption de la LOPPSI en mars 2011, la "vidéosurveillance" est devenue "vidéoprotection". Si, en pratique, ce glissement sémantique ne bouleverse pas les choses, symboliquement, il en dit long sur les intentions de l'État à l'égard de cet outil. Pourtant, le doute persiste quant à son efficacité. Ce livre analyse l'engouement des élus locaux pour la vidéoprotection ainsi que les principaux écueils que recèle le déploiement d'un tel système.
- Voir ce livre sur le site de l'éditeur.

Dans l'actualité, sur le même sujet :
- Puteaux (Hauts-de-Seine) : la ville la plus "vidéosurveillée" de France ? (blog d'un élu du Modem)
- Comment Lyon veut faire de la vidéosurveillance éthique (Rue 89 Lyon).
- Des caméras sous surveillance (Le Quotidien, Luxembourg)

jeudi, octobre 18 2012

Clochemerle-les-caméras

18 10 2012

rennes-les-bains-cc-flickr-Niriel.jpgÇa nous sert même pas à battre un record”, soupire Jeanne une habitante de Rennes-les-Bains, une minuscule station thermale du Languedoc, 170 habitants en basse saison, le quintuple au moins l’été quand les touristes affluent. “Ça”, c’est un projet d’installation de dix caméras de vidéosurveillance pour mettre fin aux troubles que provoqueraient des “marginaux”. De fait, si le record de Beaudinard-sur-Verdon, 12 caméras pour 146 habitants, n’est pas battu, le dispositif porte ce gentil bled de l’Aude sur la deuxième marche du podium. Ou plutôt le porterait. Car un sondage organisé par les opposants, dépouillé ce mardi, donne 92 voix contre, sur 109 personnes interrogées.
Contacté, le maire intérimaire Patrick Borredon a refusé de commenter, arguant qu’ils étaient en campagne électorale. En effet, le maire a démissionné voilà quelque temps, pour manifester sa désapprobation, après que le conseil municipal a approuvé par 5 voix contre 3 l’achat de caméras, pour un montant de 60 000 euros, soit la moitié du budget du village.
Heureusement pour les conseillers municipaux, le ridicule ne tue pas (LM).

lundi, octobre 1 2012

Fichiers scolaires : où en sommes-nous ?

1 10 2012

base_eleve.jpgEn matière de libertés individuelles, le système d’information développé par le ministère de l’éducation nationale n’est sans doute pas le plus dangereux de tous ceux mis en place en France ces dernières années. Cependant, parce qu’il porte sur l’ensemble de la population en âge scolaire, qu’il s’agit très majoritairement de mineurs, que la technologie utilisée (identifiant national unique, bases et entrepôts de données, interopérabilité, …) offre toutes les possibilités d’exploitation d’une masse considérable de données incontestablement personnelles et souvent sensibles, cela nous incite à l’examiner avec la plus grande attention.
Son examen n’est pas achevé, mais nous estimons disposer de suffisamment d’informations pour pouvoir mettre en évidence un certain nombre des risques inhérents à un tel système pour les droits et libertés des jeunes. Cela devrait nous aider à réfléchir à l’orientation des actions à entreprendre, ce qui constitue l’objectif principal de ce document.

Illustration : archives-lepost.huffingtonpost.fr

- page 1 de 6