Image_livre_Nassier.jpgLa violence, une histoire sociale. France, XVIe-XVIIIe siècles, par Michel NASSIET, éditions Champ Vallon, 2011.
Des hommes qui vengent leur père, leur frère ou leur soeur, des maris qui tuent en flagrant délit d’adultère, des pères qui mutilent l’enfant menaçant l’honneur de la famille… À partir des lettres de rémission, une source méconnue, bruissante des affrontements de violence et de sang qui traversent et perturbent les relations interpersonnelles, ce livre porte sur l’homicide vécu au quotidien, du siècle de la Renaissance à celui des Lumières: il en définit les composantes, il en esquisse l’évolution et ambitionne de proposer une explication globale en offrant un modèle de compréhension et d’intelligibilité de la société de l’époque moderne.
L’évolution n’a pas été linéaire: la violence s’exacerbe au xvie siècle, notamment dans le cas du duel, puis décline, jusqu’à atteindre un point bas dès le début du xixe siècle. A la théorie du procès de civilisation, chère au sociologue Norbert Elias (1897-1990), maints aspects des affrontements du siècle de la Renaissance et des guerres de Religion ne se conforment pas. Aussi, la première originalité de cet ouvrage est-elle d’emprunter son paradigme explicatif à Emile Durkheim (1858-1917): la violence diminue parce que déclinent les causes qui y portent, c’est-à-dire l’attachement à des groupes, et d’abord aux groupes de parenté, ainsi qu’aux communautés confessionnelles au temps de la déchirure religieuse et des «guerriers de Dieu». Ce livre permet de comprendre le poids des devoirs issus des liens du sang, encore très forts au xvie siècle: à la fois une solidarité impérieuse et une obligation intransigeante de défense de son honneur, un honneur conçu comme collectif et absolu. L’attention accordée aux femmes est toujours très forte: épouses, sœurs et filles occupent, au cœur de ces conflits de violence, une position centrale. Une autre originalité de l’ouvrage est de calculer des taux d’homicide: taux très élevés dans le cas du duel, puis déjà bas dans la société rurale du xviiie siècle. Il montre enfin l’affaiblissement des liens de parenté, corrélé au resserrement du lien conjugal, ainsi que la relativisation et l’individualisation de l’honneur, portées par le désir de plus en plus impérieux d’un épanouissement individuel.

Image_QSJ_denis_salas.jpgLes 100 mots de la justice, par Denis SALAS, Presses Universitaires de france (Que sais-je ? n°3907), 2011.
Qu’est-ce que la justice ? Comment la penser, comment la rendre ? Face à des questions aussi essentielles, un retour sur l’expérience de la chose judiciaire est sans doute la meilleure des réponses. C’est en effet souvent à partir d’une simple histoire, d’un mot, voire d’une anecdote, qu’on saisit le sens d’une institution, l’esprit d’une profession, le génie des lieux où elle s’exerce, bref une certaine « culture de la justice ». D’« Avocat » à « Vérité », du « Délibéré » au « Serment » en passant par l’« Habeas corpus », Denis Salas dresse un portrait sensible de la justice, de la manière dont elle se rend chaque jour, des institutions qui la composent et la font vivre. Il montre ainsi la place qu’elle occupe dans notre société, d’hier à aujourd’hui, dépositaire d’une histoire millénaire et ouverte aux défis d’un monde globalisé.

Image_livre_poison_quotidien.gifNotre poison quotidien. La responsabilité de l'industrie chimique dans l'épidémie des maladies chroniques, par Marie-Monique ROBIN, La Découverte, 2011.
Au cours des trente dernières années, le taux d'incidence du cancer a augmenté de 40 % (déduction faite du facteur de vieillissement de la population). Durant cette période, la progression des leucémies et des tumeurs cérébrales chez l'enfant a été d'environ 2 % par an. Et on constate une évolution similaire pour les maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer) et auto-immunes, ou pour les dysfonctionnements de la reproduction. Comment expliquer cette inquiétante épidémie, qui frappe particulièrement les pays dits « développés » ?
C'est à cette question que répond Marie-Monique Robin dans ce nouveau livre choc, fruit d'une enquête de deux ans en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. S'appuyant sur de nombreuses études scientifiques, mais aussi sur les témoignages de chercheurs et de représentants des agences de réglementation, elle montre que la cause principale de l'épidémie est d'origine environnementale : elle est due aux dizaines de milliers de molécules chimiques qui ont envahi notre quotidien et notre alimentation depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, l'auteure retrace le mode de production des aliments, depuis le champ du paysan (pesticides) jusqu'à notre assiette (additifs et plastiques alimentaires). Elle décortique le système d'évaluation et d'homologation des produits chimiques, à travers les exemples des pesticides, de l'aspartame ou du bisphénol A, et montre qu'il est totalement défaillant et inadapté. Surtout, elle raconte les pressions et les manipulations de l'industrie chimique pour maintenir sur le marché des produits hautement toxiques.

Image_societes_contemporaines.gif« Théories en milieu militant », Sociétés contemporaines, janvier-mars 2011, n°81.
Le militantisme est-il fondamentalement une affaire d'idées, de théories, de visions du monde ? À l'encontre de cette hypothèse, la sociologie du politique a privilégié l'analyse des organisations, des professions, des sociabilités, des pratiques, se faisant l'écho d'un univers où la théorie ne compterait guère. Mais puisque les discours militants ne cessent de se référer à des œuvres, à des auteurs, à des notions tenus pour « théoriques », « intellectuels », « savants », tirons donc ces références militantes hors du purgatoire de l'histoire traditionnelle des idées politiques et traitons-les à leur tour comme des pratiques sociales - ni principes explicatifs bons à tout faire, ni simples paravents dissimulant des intérêts matériels.
Ce dossier contribue à ce vaste chantier - déjà défriché par l'histoire des concepts et par l'histoire sociale des idées politiques - en proposant de suivre à la trace les références à un auteur ou à un texte précis dans un univers militant donné. Quatre éludes de cas appliquent cette démarche, inspirée du concept de carrière, sur des terrains très différents, qu'il s'agisse des théoriciens - de Condorcet à Alexandre Dugin en passant par Marx - ou des milieux militants qui s'y réfèrent -l'éducation populaire ou le trotskisme en France, la social-démocratie allemande, les mouvements de jeunesse nationalistes russes.

Image_RFSP.gif« L'action publique au prisme de ses instruments », Revue française de science politique, février 2011, 61-1.
Ce premier numéro du volume 61 témoigne de la multiplication des travaux - francophones et anglo-américains - portant sur la notion d'« instruments de l'action publique ». Pour clarifier cette notion aux contours de plus en plus « élastiques », les auteurs invitent à en préciser les conditions d'utilisation, tant théoriques qu'empiriques. Leurs articles contribuent aussi à démystifier la « rationalité technique » de ces instruments de gouvernement, source d'une prétendue neutralité politique. Qu'ils s'intéressent à la genèse de ces instruments ou à leurs usages, les chercheurs révèlent finalement toute la richesse des analyses instrumentales de l'action publique.
Contributions : Pierre Lascoumes, Louis Simard, Pauline Ravinet, Charlotte Halpern, Patrick Le Galès, Pierre-Yves Baudot, Jean Leca.

Image_livre_nadine_roudil.jpgUsages sociaux de la déviance. Habiter la Castellane sous le regard de l'institution, par Nadine ROUDIL, L'harmattan, 2011 (collection Habitat et soéicté, Préface de Jean-Pierre Lévy).

Les habitants de la cité de la Castellane, à Marseille, entretiennent une relation singulière avec leur centre social et leur école. Mais, depuis le début des années 90, ce lien est affecté par la stigmatisation qui pèse sur cette population. Qu'en est-il du quotidien ordinaire des habitants de la cité ? L'ouvrage restitue une enquête minutieuse et au plus près de la vie quotidienne des principaux concernés, adolescents et jeunes adultes en particulier, habitants et travailleurs sociaux.

Image_livre_gilardeau.jpgA l'aube du droit pénal utilitaire, par Eric GILARDEAU, L'Harmattan, 2011.
Le droit pénal connaît aujourd'hui une crise majeure qui met en jeu notre propre conception de la société et surtout de l'homme. Sous l'influence de la doctrine utilitaire, le droit pénal réduit le délinquant à n'être qu'un consommateur des crimes, incapable de moralité et irresponsable, qui doit être invité à ne plus récidiver, car inciter coûte moins cher que punir. A l'aube du droit pénal utilitaire, les statistiques supplantent l'idée même de justice au profit d'une véritable économie politique du pouvoir de punir.

Image_livre_florent_champy.gifNouvelle théorie sociologique des professions, par Florent Champy, Presses Universitaires de France ("Le lien social"), 2011.
Injonctions à la performance, contrôle renforcé des coûts, bureaucratisation des contextes de travail : comment ces évolutions affectent-elles la qualité et la pertinence du travail des médecins, des enseignants ou encore des travailleurs sociaux ? Les sociologies classiques des professions sont impuissantes à répondre à cette question pourtant cruciale. Par crainte de reprendre à leur compte une conception particulière du travail, elles insistent en effet depuis un demi-siècle sur la diversité des conceptions légitimes d’une même activité, et s’interdisent ainsi de penser des critères partagés et durables de la pertinence du travail professionnel. Un changement de paradigme s’imposait donc pour surmonter les difficultés théoriques et pratiques liées à cette approche relativiste du travail professionnel. Cet ouvrage répond à ce défi. À partir d’une série de recherches sur l’architecture et de développements sur de nombreuses autres professions, il propose un cadre théorique original pour penser simultanément les contraintes normatives stables inhérentes à une activité, et la diversité des conceptions qui s’y affrontent. Puis il montre quels processus entravent la recherche de solutions appropriées aux problèmes traités. Ce livre stimulant intéressera aussi bien les professionnels désireux de comprendre ce qui rend leur activité vulnérable aux évolutions et aux pressions extérieures, que les sociologues des professions qui y trouveront des perspectives de recherche inédites sur les marchés du travail, les carrières, les politiques publiques et bien sûr le travail. Il s’adresse enfin aux chercheurs en sciences sociales insatisfaits des apories auxquelles conduit l’opposition, considérée à tort comme indépassable, entre regards objectiviste et relativiste sur le monde. Une réflexion salutaire sur le travail des professionnels qui accompagnent les grands tournants de nos vies.

Image_livre_guy_ballion.jpgQuel accueil pour la folie ?, par Guy BAILLON, éditions Champ social, 2011.
La tourmente des débats actuels sur la psychiatrie accroît de façon inacceptable la souffrance des malades, celle de leur famille, et inquiète l’opinion de façon injustifiée. Il est temps de montrer que les clés pour comprendre la folie sont à notre portée, que de nouvelles idées et de nouveaux arguments permettent d’en parler autrement, en termes humains, démythifiant l’idée de danger et la peur qu’elle entraine, ouvrant des perspectives passionnantes sur le plan des connaissances et des échanges sociaux. La loi récente du 11 février 2005 sur « l’égalité des chances pour l’accès aux soins et à la citoyenneté des personnes en situation de handicap » comble la lacune des appuis sociaux ; il est temps de l’appliquer réellement et de ne pas laisser l’inégalité s’installer là aussi. Il est temps d’écarter avec force le projet de loi actuel sur la psychiatrie et de nourrir une vision nouvelle de la Santé Mentale dans un « projet-cadre » associant soins de proximité et appuis sociaux, projet qui tout en accueillant les techniques modernes tienne compte d’abord de la dimension humaine pour toute réponse à la folie et à ses souffrances. Cet ouvrage participe à l’information des citoyens et de leurs élus sur la Santé Mentale (c’est-à-dire l’ensemble associant psychiatrie et action sociale) pour permettre le débat national et soutenir la démarche des usagers et des familles.

Image_livre_no_money_non_honey.gifNo money, no honey. Économies intimes du tourisme sexuel en Thaïlande, par Sébastien ROUX, La Découverte, 2011.
À partir d'une enquête ethnographique conduite à Patpong, un quartier de Bangkok dédié au commerce international du sexe, cet ouvrage montre le quotidien des prostitué-e-s et les relations qui les unissent à leurs clients. Contre une lecture réductrice des échanges prostitutionnels, la sociologie permet d'interroger la diversité des « économies intimes » qui traversent les relations, de penser la complexité des rapports de pouvoir qui unissent - le temps d'une « passe » ou d'un amour - des individus que tout semble opposer. Mais comprendre ces relations impose également d'en saisir la gestion politique et normative. Le travail de terrain est ainsi complété par la généalogie de la catégorie « tourisme sexuel » qui interroge les formes contemporaines d'engagement politique et de mobilisation transnationale. Et si la lutte contre le tourisme sexuel est aujourd'hui une cause consensuelle, l'histoire rappelle que la construction sociale des problèmes sociaux est le produit d'investissements souvent contradictoires, parfois problématiques, qui - assis sur l'évidence de leur objectivité supposée - font plus que dénoncer : ils transforment aussi le monde.
En articulant ethnographie et histoire, en interrogeant les relations prostitutionnelles et les jugements qu'elles suscitent, ce livre explore des unions aux frontières de l'acceptable. Et le tourisme sexuel apparaît alors comme un objet privilégié pour penser la mondialisation des questions sexuelles et saisir, à travers lui, les transformations contemporaines du politique.

Image_livre_gourous_de_la_com.gifLes gourous de la com'. Trente ans de manipulations politiques et économiques, par Aurore GORIUS et Michaël MOREAU, La Découverte, 2011.
Ils vivent dans l'ombre des puissants, mais ils exercent eux-mêmes un pouvoir et une influence largement ignorés du grand public : les conseillers en communication contrôlent aujourd'hui l'image des gouvernants comme des grands patrons et ils sont passés maîtres dans l'art de manipuler les journalistes et l'opinion. Désormais, ils participent également aussi bien aux décisions stratégiques des politiques qu'à celles des groupes du CAC 40. Ce livre, fruit d'une enquête de deux ans, dévoile qui sont ces « gourous de la communication », dont les plus influents symbolisent l'étroite imbrication entre la sphère publique et le petit monde des affaires. Ils s'appellent Anne Méaux, Stéphane Fouks ou Michel Calzaroni et répondent ici pour la première fois, comme nombre d'autres acteurs, leaders politiques ou figures patronales, aux questions sans concession des auteurs. Ceux-ci montrent ainsi comment, en trente ans, du tournant de la rigueur de Mitterrand aux années Sarkozy, se sont construits de gigantesques réseaux d'influence, qui agissent en coulisses pour des intérêts privés. Quelles sont les méthodes de ces « faiseurs de rois » ? Comment pratiquent-ils le lobbying et le « média-training », pour qui et avec quels résultats ? Les auteurs révèlent les grands dossiers, souvent inconnus, sur lesquels les « gourous de la com' » ont manœuvré à l'abri des regards. Et pointent du doigt les conflits d'intérêts auxquels ils font souvent face. Une enquête inquiétante sur les dérives de la démocratie rendues possibles par le rôle devenu central de ces femmes et hommes de l'ombre.

Image_livre_securite_privee_argentine.gifLa sécurité privée en Argentine. Entre surveillance et marché, par Federico LORENC VALCARCE, CERI-Karthala, 2011.
La « sécurité privée » est l’une des formes les plus captivantes du contrôle social à l’époque contemporaine. En Amérique du Nord, en Europe, mais aussi en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, se constituent de véritables industries vouées à la satisfaction des besoins de sécurité des entreprises et des personnes. Gardiens en tenue, caméras de vidéo-surveillance, guérites, patrouilles motorisées font de plus en plus partie du paysage de nos villes. Une fraction importante de nos activités quotidiennes se tient dans des espaces privés dont l’ordre est assuré par ce type de dispositifs. Les maisons particulières, les locaux commerciaux et bancaires ont souvent des alarmes antivol reliées à des centres de surveillance privés. Il s’ensuit une mutation de la vie sociale dont on ne peut sous-estimer l’importance et qui révèle la recomposition de l’État dans le contexte du néo-libéralisme. L’auteur analyse ces évolutions dans le cadre de l’Argentine, sur la base d’une enquête de terrain approfondie. Mais sa problématique, rigoureuse et originale, revêt une portée comparative qui renouvelle les études de la libéralisation économique de la sécurité publique. Elle contribue à une meilleure compréhension de la production sociale de l’État, du marché, de la propriété, et aussi de la violence et de la peur.

Image_livre_epuration_ordinaire.jpgUne épuration ordinaire (1944-1949). Petits et grands collaborateurs de l'administration française, par François ROUQUET, CNRS éditions, 2011.
Avec cette étude nourrie d’archives inédites, l'auteur signe une histoire radicalement nouvelle de l’épuration, enfin racontée à « hauteur d’homme ». L’histoire d’une désignation collective, marquée de larmes, parfois de sang, dont les conséquences sur la société française furent immenses. Car le « châtiment des traîtres » a concerné tout le corps social, marqué du sceau d’infamie des dizaines de milliers de personnes, entraînant autant de drames intimes à l’échelle de la famille, du village, de l’administration. C’est en analysant l’épuration des petits et grands agents de l’État, instituteurs, postiers, chefs de bureau, commis, ingénieurs, administrateurs, ministres, que François Rouquet fait revivre cet envers tragique de la Libération.
Femmes tondues pour avoir entretenu des relations intimes avec l’occupant, profiteurs du marché noir, délateurs, membres de la Milice, travailleurs volontaires en Allemagne, Alsaciens, mais aussi victimes de la rumeur publique et des vengeances personnelles : l’épuration des fonctionnaires offre un condensé saisissant des convulsions qui agitent la société française au sortir de la Deuxième Guerre mondiale.

Image_livre_Berliere_et_Levy.gifLe témoin, le sociologue et l'historien. Quand les policiers se mettent à table, sous la direction de Jean-Marc BERLIERE et René LEVY, Nouveau monde éditions, 2010.
De 1990 à 2005, une centaine de "récits de vie" ont été recueillis auprès de policiers de générations, de corps et de carrières bien différents. Conservés par la Bibliothèque nationale de France, ces témoignages inédits rassemblent, dans cet ouvrage, historiens et sociologues autour de la question des " archives orales" et de leur utilisation scientifique souvent contestée, toujours délicate. Du récit des rafles antisémites sous l'Occupation à celui du travail des commissaires sous la Ve République, les analyses présentées ici s'interrogent sur les usages et les limites des " confessions " de ces experts de l'interrogatoire que sont les policiers.
Confrontés à ceux d'autres professionnels (agents des services spéciaux, journalistes, cheminots, responsables économiques) ou d'acteurs des périodes les plus troublées (la Résistance, la déportation), ces témoignages entraînent le lecteur au coeur de l'histoire du XXe siècle sous des angles variés, en France comme à l'étranger. Apportant un certain nombre de réponses à leurs conditions d'utilisation, ce livre démontre l'intérêt des récits de vie et celui de leur croisement avec d'autres sources.

Image_livre_stephane_heas.gifDiscriminations dans les sports contemporains : entre inégalités, médisances et exclusions, par Stéphane HEAS, Presses universitaires de Nancy, 2010.
Les discriminations dans les sports et plus largement dans le cadre des activités physiques sont légion. Malgré les nombreuses initiatives, les incitations, voire les obligations réglementaires ou légales, elles se maintiennent allègrement de par le monde. Les analyses sociologiques de ce phénomène précisent à la fois leur ampleur, leur variété et leur complexité. Les discriminations interviennent avant même l'accès aux pratiques sportives que ce soit en Amérique ou en Europe qui sont les pays où les analyses disponibles sont nombreuses. Elles se combinent aux stéréotypes notamment corporels, et conduisent à des restrictions injustes de pratiques, voire à des stigmatisations répétées de certaines populations comme les personnes à mobilité réduite, les homosexuel(le)s, les sportif(ve)s d'origine asiatique ici, ou les Latinos ailleurs. Elles limitent considérablement la diversité culturelle au sein des sports contemporains. Les pratiquant(e)s intériorisent, enfin, largement ces mises à l'écart directes ou indirectes... renforçant ces barrières invisibles. lies résistances et des mobilisations se font jour, elles peinent à contrevenir aux habitudes, aux attitudes racistes, machistes ou xénophobes. Parfois, elles réussissent à fragiliser le statut quo qui les maintenait à l'écart et offrent une ouverture culturelle à des relations humaines plus respectueuses.

Image_livre_fontaine_weber.jpgLes paradoxes de l'économie informelle. A qui profitent les règles ?, par Laurence FONTAINE et Florence WEBER, Karthala, 2010.
Quels seront les effets sociaux de la plus récente des grandes crises économiques mondiales ? Comment survivent les individus lorsqu’ils ne peuvent pas gagner leur vie dans les cadres de l’économie officielle ? Les auteurs réunis ici étudient la dynamique des pratiques économiques informelles et mettent en évidence leur ambivalence morale. Liberté ou servitude, crime ou survie, paix sociale ou faillite de l’État providence : selon les contextes, selon les acteurs, l’économie informelle accroît ou réduit l’injustice et les inégalités. Travailler sur les relations formel/informel permet d’entrer au cœur des fonctionnements des divers groupes sociaux et dans leurs relations à l’État. C’est la démarche comparative qui montre combien les notions de travail et de loisir, de vie privée et de vie professionnelle, dépendent des règles institutionnelles, de l’existence de systèmes d’assurance et des cultures qui organisent le présent et le futur de chacun. C’est l’historicité de ces frontières qui permet de comprendre les partages changeants entre travail légal et illégal. Les paradoxes de l’économie informelle peuvent être réduits à une question : à qui profite la règle économique contournée, voire bafouée ? Seules des réponses précises peuvent permettre de transformer les règles, ou de les maintenir, en toute connaissance de cause. Foin des principes moraux ou idéologiques : c’est en examinant les pratiques et leurs auteurs et en demandant publiquement qui nous voulons soutenir politiquement que nous pourrons améliorer notre monde économique, à l’échelle nationale et à l’échelle mondiale.

Image_livre_Francais_face_aux.jpg Les Français face aux inégalités et à la justice sociale, sous la direction de Michel FORSÉ et Olivier GALLAND, Armand Colin, 2011.
Il ne manque pas de Cassandres pour l’annoncer, le « vivre ensemble » ne saurait plus résister bien longtemps à la rancœur provoquée par la croissance des privilèges d’un tout petit nombre, le déclassement des couches moyennes, la montée de la grande pauvreté… Il ne manque pas non plus de moralistes pour déplorer l’égoïsme généralisé, l’individualisme roi, les corporatismes, les logiques de castes, l’oubli des idéaux républicains ou la perte de civisme.
Il peut y avoir du vrai dans tout cela, mais la vérité de notre société n’est pas là et les Français n’ont pas basculé d’un bloc dans le désespoir social ou le cynisme désabusé. Leurs appréciations restent étonnamment fines et équilibrées, ouvertes à des solutions raisonnables plutôt que démagogiques. C’est ce qui ressort manifestement de cette grande enquête, récemment réalisée, sur la perception qu’ont les Français des différents types d’inégalités et sur leurs sentiments à l’égard de la justice sociale.
Que rejettent-ils absolument, que tolèrent-ils, vers quels aménagements ou compromis tendent-ils ? Ce livre dresse le portrait moral d’un peuple pour lequel la triade républicaine – liberté, égalité, fraternité – garde toute sa valeur, pourvu qu’on sache la décliner avec les nuances et la sagesse qui conviennent.

image_livre_traitre_a_la_nation.gifTraîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud, par Philippe GUIMARD et Stéphane BEAUD, La Découverte, 2011.
« Désastre national », « défaite sportive et morale », « imposture », « bus de la honte » : la surenchère verbale n'a pas manqué pour condamner la grève des joueurs de l'équipe de France de football lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. Dans une sorte d'atmosphère d'union nationale, les Bleus ont été dénoncés, en pleine crise économique, comme des « traîtres à la nation ». Les entrepreneurs de morale républicaine ont aussitôt désigné les coupables : la jeunesse populaire des « cités » françaises, « sous-éduquée », « inculte » et « arrogante ».
À rebours de cette stigmatisation racialiste, Stéphane Beaud, fin connaisseur du monde du football, propose dans ce livre une interprétation sociologique de ces événements qui déplace le questionnement. En quoi les joueurs de l'équipe de France de 2010 diffèrent-ils, par leurs trajectoires sociales et sportives, de ceux de l'équipe glorieuse de 1998 ? En quoi cette équipe reflète-t-elle les changements internes aux classes populaires françaises (l'émergence des jeunes issus de l'immigration africaine) et les transformations du marché du travail du football professionnel (précocité et internationalisation des carrières) ? Et, à un niveau plus contextuel, comment tensions et rivalités peuvent naître au sein d'une équipe nationale ? Quel rôle ont pu jouer les rapports de force existant entre les institutions du football français ? Entre les joueurs et leur entraîneur ? Et, last but not least, entre les joueurs et les médias (à commencer par L'Équipe et TF1) ?... Autant de questions sur lesquelles ce livre apporte un éclairage original, indispensable pour mieux comprendre l'évolution du rapport à la nation dans une société française en mutation, et le rôle singulier qu'y jouent les grandes compétitions sportives.

Image_livre_fred_hailon.jpgIdéologie par voix/e de presse, par Fred HAILON, L'Harmattan '"Sémantiques"), 2011.
21 avril 2002, pour la première fois de l'histoire des institutions républicaines françaises, un candidat d'extrême droite arrive au second tour d'une élection présidentielle. La campagne électorale a pour thème l'insécurité, un thème défendu à l'origine par le Front national.
Le discours de la presse a été le théâtre d'une circulation des représentations du Front national au moment de la campagne de 2002. Cette circulation a fait exister les idées du parti de l'extrême droite française leur donnant une réalité déterminante. Le champ politique à travers lequel l'opinion publique se détermine s'est trouvé saturé de représentations extrémistes. Ce champ s'en est trouvé idéologiquement conditionné. Dans le discours du FN, l'insécurité est le plus souvent liée à l'immigré qui en est donné comme la cause.
Cet ouvrage met à l'épreuve l'hypothèse d'une présence de l'idéologie du Front national. Il s'appuie sur une théorisation métalinguistique pour y déceler la présence de l'autre idéologique (FN) dans le discours de la presse. Il interroge la socialisation des représentations discursives et renseigne la construction idéologique des discours sociaux.

Image_savoir_agir_n_15.jpg"La double réalité du monde sportif", sous la direction de William GASPARINI et Michel KOEBEL, Savoir/agir, 2011, n°15.
L’engouement sans précédent pour le sport fait l’objet d’investissements de plus en plus importants, tant financiers que politiques et symboliques. Grande célébration médiatique de la mondialisation, la dernière Coupe du monde de football en Afrique du Sud a révélé une fois de plus la double réalité du sport : d’une part la manifestation réelle (la compétition sportive stricto sensu), de l’autre, la manifestation symbolique, c’est-à-dire l’ensemble des représentations d’un spectacle mis en scène et diffusé par les médias. Le modèle sportif qui tend à s’imposer progressivement est fondé sur l’assujettissement plus direct du sport à la raison économique : s’éloignant des principes de l’éducation populaire, les organisations sportives (clubs, associations de loisirs, dispositifs sportifs municipaux) se transforment en services qu’elles doivent rendre aux usagers-consommateurs alors que dans le même temps, sous l’effet de la privatisation des télévisions et de l’émergence du sponsoring sportif, le sport spectacle (notamment le football) s’aligne sur le modèle néolibéral dominant en Europe. Ce dossier tente de rassembler quelques voix dissonantes, qui ont du mal à se faire entendre dans cette orchestration médiatique généralisée et généralisante des vertus du sport, pour mettre en lumière des aspects moins connus de la réalité du sport : le monde du sport reste toujours fortement hiérarchisé, et ce d’autant plus quand des enjeux puissants sont présents ; « l’Europe du sport » se marchandise ; les travailleurs sportifs de l’ombre sont de plus en plus exploités et précarisés ; en imposant ses normes et principe d’efficacité aux ligues et comités sportifs régionaux, l’Etat entrepreneur crée une nouvelle culture du résultat ; les vertus « intégratrices » du sport sont loin d’être prouvées, pendant que le sport continue à générer dans l’ombre l’exclusion, le racisme et la violence.

Image_revue_reseaux.gif"Les séries télévisuelles : une sériphilie à la française", Réseaux, numéro de revue coordonné par par Olivier DONNAT et Dominique PASQUIER, 2011, n°165.
Les séries sont loin de constituer un programme nouveau dans les grilles de la télévision française. Sous leurs versions nationales ou importées, elles ont même constitué une ressource centrale de l'économie du petit écran et un repère essentiel dans la mémoire des téléspectateurs. Plus Belle la Vie, série-feuilleton à succès du prime time, regardée par toutes les générations, vient aujourd'hui couronner ce parcours : les français aiment les séries et ils le disent. Depuis les années 90, on voit aussi s'amorcer un phénomène social, nouveau pour la France, alors qu'il a toujours existé aux États Unis : les séries américaines ont acquis le statut d'objet culturel auprès d'une nouvelle audience de jeunes diplômés. Comment caractériser cette nouvelle « sériphilie » et comprendre sa diffusion sur les réseaux sociaux d'Internet ? Des modes de production à la réception, en passant par les contenus et la relation aux personnages, ce dossier de Réseaux se penche sur tous les aspects de ce changement de relation à la télévision.

Image_Mirada_de_uniforme.jpgMirada (de) uniforme. Historia y crítica de la razón policial, Diego GALEANO y Gregorio KAMINSKY (Coordinadores), Buenos Aires, Teseo, 2011.
Desde hace relativamente poco, el estudio académico de las fuerzas de policía ha asumido un significado especial, al tiempo que la propia palabra “policía” ha transformado su equivocidad: para unos son los guardianes de la ley convertidos en enemigos del pueblo, para otros el último bastión de la sociedad asediada. La policía ha sido y seguramente será una institución polémica, a la que muchos consideran una suerte de maquinaria con vida propia e incontrolable deseo de acción. La existencia de “modelos” europeos, así como sus etiquetas nacionales, no implica que los estados de ese continente hayan moldeado sus policías a imagen y semejanza del instrumento que llevaba su nombre. América Latina supo leer, interpretar, transformar y modelar sus propias policías. Sin sectarismos, este libro reúne un conjunto heterogéneo de trabajos producidos por colegas de universidades europeas, norte y latinoamericanas; ofreciendo un panorama que va desde la historia social de la policía hacia una crítica de la razón policial.
Con trabajos de: Clive Emsley, Jean-Marc Berlière, Chiara Lucrezio Monticelli, Marcos Luiz Bretas, Elisa Spechman, Osvaldo Barreneche, Diego Galeano, Hélène L’Heuillet, Paolo Napoli, Pedro Fraile, Salvatore Palidda, Guillermina Seri, Mark Neocleous, Gregorio Kaminsky.

Levati_cop.ps, page 1 @ Normalize ( <thorn>Ø )Polizia, ordine pubblico e crimine tra città e campagna: un confronto comparativo, Livio ANTONIELLI (a cura di), Rubbettino Editore, 2011.
Città e campagna hanno sempre rappresentato due mondi, per molti versi, tra loro distanti. Dalle istituzioni alla popolazione, dai modi di vita al controllo sociale, dal piano culturale a quello associativo e a quello del lavoro le distanze appaiono spesso marcate. Volendosi soffermare sul controllo del territorio e sulla repressione della criminalità, le diversità sono immediatamente percepibili sia nelle forme della delinquenza, sia nelle risposte delle autorità; come pure, da una prospettiva diversa, non coincidono le azioni di indirizzo e di disciplinamento della popolazione, i tentativi di "governare" i comportamenti sociali.
La proposta dell'incontro di studi cui si presentano qui gli atti era di scomporre alcuni di questi elementi e di osservarli in chiave comparativa. Così la riflessione è stata condotta sul piano normativo e istituzionale, oppure sulle modalità di prevenzione e di repressione della criminalità, o ancora sui diversi apparati di polizia formati per operare nell'uno e nell'altro contesto. Come pure non sono stati trascurati gli strumenti utilizzati, gli attori coinvolti, le dinamiche politiche e di potere sottese, e così via
. I contributi qui pubblicati, tutti costruiti su ricerche originali, fanno riferimento a contesti particolari o a specifici corpi armati, sempre però dando spazio a riflessioni comparative, suggerendo con ciò nuove possibili interpretazioni del rapporto tra città e campagna in funzione del controllo del territorio.

Image_livre_pensee_solidariste.gifLa pensée solidariste. Aux sources du modèle social républicain, par Serge AUDIER, Presses Universitaires de France ("Le lien social"), 2011.
Quels sont les fondements de la protection sociale en France ? Existe-t-il une philosophie qui sous-tend les politiques de solidarité, depuis l’assurance-maladie jusqu’aux retraites ? L’objectif de ce livre est de redécouvrir les arguments et les visions de la société qui ont pu justifier, depuis la fin du XIXe siècle, une intervention des pouvoirs publics pour la protection collective des citoyens, en particulier des plus mal lotis. Il existe, en effet, une doctrine sociale qui a pris en charge l’impératif de vaincre l’insécurité sociale que subissaient des millions d’individus : elle fut baptisée le solidarisme. C’est sous la bannière de l’idée de « solidarité » que des réformateurs sociaux, des hommes politiques et des intellectuels ont formulé une théorie sociale pour la IIIe République. En exhumant tout un pan de ce courant et de nombreux textes fondateurs, cet ouvrage plonge aux sources de l’État social en France.

Image_livre_histoire_de_la_gendarmerie.jpg Histoire de la gendarmerie, par Eric ALARY, Perrin, 2011 (nouvelle édition).
Créée sous l'Ancien Régime, la gendarmerie traverse toute l'histoire de notre pays. Installées au coeur de la France profonde, ses brigades en sont un témoin privilégié. En scrutant leurs archives, on pénètre au coeur d'une réalité sociale d'une étonnante diversité, on voit apparaître des personnages hauts en couleurs, de terribles conflits humains, mais aussi des grandeurs insoupçonnées. En suivant les pas de « l'Arme », le principal corps militaire français, on relit de nombreux épisodes majeurs: l'épopée napoléonienne, l'aventure coloniale, comme certaines pages plus sombres (l'Occupation, la guerre d'Algérie).
Eric Alary restitue toutes les facettes de ce passé particulièrement riche. Et tout en faisant vivre sous nos yeux les gendarmes dans toute la variété de leurs missions, il répond à de nombreuses questions : quelle est la véritable origine de la maréchaussée ? Comment est-on passé de la maréchaussée à la gendarmerie nationale ? Comment cette dernière résiste-t-elle aux crises et changements de régime ? Faut-il la conserver, améliorer le sort des gendarmes ?...
Sans occulter certains moments difficiles, l'auteur rend à cette institution majeure l'hommage qui lui est dû et donne la possibilité d'aller plus en avant à ceux qui le souhaitent grâce notamment à un appareil critique et à une bibliographie exhaustifs.

Image_livre_engagez-vous.jpgEngagez-vous, qu'ils disaient. Histoire des Services droits des jeunes, par Jean-Claude WALFISZ, Editions Jeunesse & Droit, 2011.
L'originalité d'un "Service droit des jeunes" (SDJ) par rapport à certaines autres structures, c'est le fait que l'unique intérêt de ses collaborateurs est le mandat que leur donnent des jeunes ou des parents se présentant à eux. Alors que trop d'adultes décident sans se préoccuper de leurs droits et de leurs souhaits, les SDJ utilisent le droit pour aider les personnes à discuter ce qu'elles demandent et ils dénoncent les abus éventuels de ceux qui exercent un pouvoir à leur égard "dans leur intérêt" : juges, services sociaux, écoles, familles.
Ce livre raconte le chemin parcouru depuis plus de 30 ans à l'écoute d'enfants et d'adolescents en grande difficulté. Ce n'est pas un livre de droit, même s'il contient nombre d'informations qui intéressent les juristes. Il est avant tout fait d'histoires vécues, d'une masse de témoignages tendant à démontrer aux travailleurs sociaux qu'ils peuvent aider les personnes à ne pas subir sans broncher n'importe quelle décision administrative ou judiciaire.

Image_violences_juveniles.jpgViolences juvéniles, légitime défense ?, Ecrits De Buc Ressources, L'Harmattan, 2011.
L'adolescence est devenue au fil du temps une catégorie de la population qui attise les peurs et les jugements péremptoires. Le débat médiatique nourrit ce succès, d'autant qu'il participe au sentiment d'insécurité. A travers le thème de la violence juvénile, une nouvelle classe dangereuse semble s'installer. Que peuvent nous apprendre les chercheurs en sciences sociales sur ce thème qui ne favorise ni le recul ni la pondération ? Ce phénomène n'est-il pas un miroir du fonctionnement social, dans lequel la raréfaction des espaces de régulation des adultes, contraint la jeunesse à se réfugier dans un triste dilemme : un huis-clos morbide ou une violence insensée ?

Image_la_fabrique_des_garcons.jpgLa fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège, par Sylvie AYRAL, Presses Universitaires de France, 2011.
La grande majorité (80 %) des élèves punis au collège sont des garçons. Comment expliquer ce chiffre en contradiction avec le discours égalitaire officiel ? Pourquoi n’attire-t-il pas l’attention des équipes éducatives ?
Ce livre propose d’interroger la sanction à la lumière du genre. Il montre l’effet pervers des punitions qui consacrent les garçons dans une identité masculine stéréotypée et renforcent les comportements qu’elles prétendent corriger : le défi, la transgression, les conduites sexistes, homophobes et violentes.
L’ouvrage, fruit d’une recherche exigeante, explore toutes les facettes de cette hypothèse en interrogeant les règlements intérieurs, les registres de sanctions et en donnant la parole aux élèves et aux adultes. Il nous présente, de façon drôle ou émouvante, les dessous de ces rapports de sexe qui forment la trame sensible ou violente de la vie quotidienne au collège.
Aux antipodes de la tolérance zéro et du tout répressif, l’auteur plaide pour une éducation non sexiste, une mixité non ségrégative et la formation des enseignants au genre. Ces propositions apparaissent comme une urgence si l’on veut enrayer la violence scolaire.

Image_livre_politique_de_la_peur.gifLa politique de la peur, par Serge QUADRUPPANI, Seuil, 2011.
Se confronter à la question antiterroriste aujourd’hui signifie d’abord évaluer des dispositifs qui, mis en place dès les années 80 du siècle précédent, ont connu une croissance exponentielle après le 11 septembre 2001.L’essor de ces dispositifs techniques, législatifs, judiciaires, policiers, est tel qu’ils représentent aujourd’hui l’un des plus dynamiques secteurs économiques dans une époque où tant d’autres sont en crise. C’est aussi, pour des dirigeants politiques qui, à leur échelon national, sont toujours plus réduits à n’être que les « communicants » des entités qui gèrent (ou tentent de gérer) l’économie globale, l’un des seuls domaines où ils peuvent compenser leur quasi-impuissance par un activisme répressif surmédiatisé. Une fois qu’on aura analysé l’empilement des lois liberticides, le développement des techniques de surveillance et de traçabilité, la croissance et l’interconnexion sans fin des fichiers, la banalisation de pratiques autrefois scandaleuses, tortures comprises, restera à comprendre de quelle conception de l’homme, de quel projet de civilisation ces dispositifs sont porteurs.
Romancier, traducteur, éditeur, Serge Quadruppani est aussi un militant et essayiste qui mêle sa voix aux critiques radicales du capitalisme. Il est notamment l’auteur de L’Antiterrorisme en France, ou la terreur intégrée (La Découverte, 1989) qui trouve ici sa suite naturelle.

Hist-AbandonEnfants.inddL’abandon d’enfants. L’exemple des Côtes-du-Nord au XIXe siècle, par Isabelle Le BOULANGER, Presses Universitaires de Rennes, 2011.
SI les statistiques placent les Côtes-du-Nord parmi les départements français les moins confrontés au phénomène de l’abandon, il a néanmoins beaucoup préoccupé les autorités qui n’eurent de cesse, pendant tout le siècle, de vouloir l’éradiquer coûte que coûte. S’intéresser à l’abandon des enfants, c’est s’intéresser à la fois à l’histoire de l’enfance et à l’histoire des femmes, particulièrement les femmes seules, mais aussi, plus généralement, à l’histoire de la vie rurale dans un département fortement imprégné de catholicisme. Filles-mères rejetées, enfants abandonnés stigmatisés, la société toute entière est concernée par l’abandon. C’est aussi s’intéresser à la transition entre philanthropie et encadrement du service de l’assistance par l’État qui, sous la IIIe République, triomphe avec la création de l’Assistance publique.
Les limites chronologiques de cette étude se sont imposées au regard de la législation en vigueur concernant l’Assistance Publique, véritablement créée par le décret impérial du 19 janvier 1811 et qui prévoit l’anonymat de l’abandon. Décrié rapidement en raison de l’augmentation des expositions qu’il suscite, modifi é à moult reprises, ce texte reste néanmoins en vigueur pendant tout le siècle, marquant profondément de son empreinte l’histoire des enfants abandonnés. Il sera relégué par la loi du 27 juin 1904.

Image_livre_democratie_participative.gifLa démocratie participative. Histoires et généalogies, par Marie-Hélène BACQUE et Yves SINTOMER, La Découverte, 2011.
Aujourd'hui, la démocratie participative s'institutionnalise dans la durée, faisant apparaître de nouveaux acteurs, de nouvelles légitimités, de nouveaux objets dans l'implication de « citoyens ordinaires » à la prise de décision publique. Cependant, si l'idée de participation est au moins aussi ancienne que l'histoire des démocraties modernes, l'étude de sa dimension diachronique restait à faire. D'où l'intérêt de cet ouvrage réunissant les contributions des meilleurs spécialistes, qui proposent, dans une perspective comparative, un regard historique organisé en trois temps.
La première partie interroge la généalogie des catégories utilisées par les acteurs et par les observateurs. La deuxième met en regard la France et les États-Unis, dans une période charnière de réformes progressistes - la fin XIXe et le début du XXe siècle -, qui voit se mettre en place les premiers éléments de l'État-providence et s'expérimenter de nouvelles formes de participation. Enfin, la troisième partie retrace les relations qui se nouent entre les sciences ou l'université et le reste de la société, et la façon dont la question de la participation citoyenne a été posée dans ce contexte. Une réflexion sur le temps long débouchant sur des propositions politiques et normatives pour les débats du présent.

Psycho_Harcelement moralB.inddLe harcèlement moral au travail. Réponses psychosociales, organisationnelles et cliniques, par Pascale DESRUMAUX, Presses Universitaires de Rennes, 2011.
La relation humaine connaît de véritables mutations dans le paysage du travail autrefois valorisé source de dignité, et bien des formes d’antisocialités et de violences se développent dans le monde du travail devenu source de risques. De nombreux professionnels, intervenants et salariés éprouvent le besoin de comprendre ces nouvelles réalités et d’explorer les chemins possibles pour les endiguer. Dans cet ouvrage, l'auteur offre dans un premier temps une synthèse de recherches permettant de définir les violences et le harcèlement, d’identifier les caractéristiques individuelles des harceleurs et des victimes de harcèlement, les caractéristiques sociales et organisationnelles. Dans un second temps, ses travaux permettent de comprendre, au travers des jugements induits par les situations de harcèlement et par les facteurs organisationnels, le développement et la pérennisation de situations de harcèlement.
L’intérêt majeur de cet ouvrage est d’intégrer les apports de la psychologie sociale (théories des jugements, du monde juste, de l’attribution, du bouc émissaire…), de la psychologie du travail (climat d’entreprise, style de management) et de la psychologie clinique (émotions, vécu des victimes). De manière inédite, l’auteur présente une synthèse des enquêtes européennes sur le harcèlement moral ; une réflexion sur les théories explicatives du harcèlement, une présentation de modèles européens et canadiens expliquant les antisocialités au travail. Autant de pistes pour permettre aux scientifiques et aux salariés de mieux comprendre le phénomène, et aux victimes de déjouer les pièges du harcèlement, aux professionnels de développer une prévention et un traitement de la violence au travail.

Image_presse_en_ligne.gifLa presse en ligne, par Jean-Marie CHARON et Patrick LE FLOCH, La Découverte (collection Repères), 2011.
Dans le bouillonnement de l'Internet émerge une nouvelle forme de médias d'information : la presse en ligne. Titres de presse écrite, radios, télévisions ou éditeurs intervenant sur les différents supports numériques, des formes éditoriales dessinent leurs contours. Des rédactions, des organisations, des pratiques du journalisme s'expérimentent. Toutes vont à la rencontre de publics dont les usages tranchent avec ceux des moyens d'information traditionnels, en mêlant rôles du récepteur et du producteur de contenu.
Or l'existence de milliers de sites de presse en ligne aux audiences substantielles ne suffit pas à dégager un modèle économique viable. C'est pourquoi la recherche concernant les ressources, l'éditorial, le journalisme et la relation aux publics se poursuit.
La presse en ligne est-elle une ou se décline-t-elle en plusieurs formes (d'actualité généraliste, spécialisée, magazine) ? Pourra-t-elle préserver son indépendance tant économique et éditoriale vis-à-vis des agrégateurs et fournisseurs d'accès ? Doit-on la penser comme diversification de médias préexistants ou comme média à part entière ? Trouvera-t-elle, par la place qu'elle donne au public, la voie d'une confiance retrouvée auprès du corps social ?

Image_livre_sociologie_de_l__expertise.jpgSociologie de l’expertise de l’intervention sociale. Modèles et éthiques de l'ingénierie dans le champ social, par Jean-Christophe BARBANT, L'Harmattan, 2011 (Préface Marcel Jaeger).
Dans un contexte de complexification des dispositifs de l’action sociale et éducative au sein desquels agit une pluralité d’« experts » (chefs de projet, chargés de mission, ingénieurs sociaux…), cet ouvrage interroge les modèles d’analyse et d’intervention mobilisés par ces acteurs sociaux. Jean- Christophe Barbant développe une analyse originale des imaginaires, des postures et des ethos professionnels de ces « nouveaux » experts sociaux. Il élabore une « sociologie de l’expertise de l’intervention sociale » dans le champ de la formation au sein duquel sont décrits quatre modèles dominants. Le premier modèle des expertises du développement social est associé à l’imaginaire de la performance et d’une éthique de la conviction. Le second modèle de l’ingénierie et de la gestion du social est lié à l’imaginaire de la maîtrise et d’une éthique de la responsabilité. Le troisième modèle de la production du social est construit à partir de l’imaginaire de la connaissance et d’une éthique de la sagesse. Enfin, le quatrième modèle de la transformation sociale développe un imaginaire de la prospective et une éthique de la réflexivité.

Image_livre_constructing_crime.jpgConstructing Crime. Contemporary Processes of Criminalization, sous la direction de Janet MOSHER and Joan BROCKMAN, University of British Columbia Press, 2010.
Constructing Crime examines the central question: Why do we define and enforce particular behaviours as crimes and target particular individuals as criminals ? To answer this question, contributors interrogate notions of crime, processes of criminalization, and the deployment of the concept of crime in five radically different sites. Two studies of fraud against welfare recipients and physicians illustrate that uneven enforcement of the law can leave the privileged with a sense of entitlement and the marginalized with an imposed criminal self-concept. An examination of the enforcement of laws against Aboriginal harvesting practices offers yet another example of how the threat of prosecution can be used to criminalize cultural practices, while a study of public housing reveals that its form can influence how residents respond to disorder. Lastly, a case study on gambling reveals just how malleable the criminal law and definitions of crime can be. By demonstrating that how crime is defined and enforced is connected to social location and status, these interdisciplinary cases and an afterword by Marie-Andrée Bertrand challenge us to consider just who is rendered criminal and why. This timely volume will appeal to policy makers and students and practitioners of law, criminology, and sociology.

Image_la_France_reinventee.gifLa France réinventée, les nouveaux binationaux Franco-Algériens, par Séverine LABAT, Publisud, 2010.
La bi-nationalité franco-algérienne est en passe de devenir l'un des phénomènes structurant des relations entre la France et son ancienne colonie. S'il est difficile de chiffrer le nombre de "binationaux franco-algériens", les indicateurs ne manquent pas qui attestent de leur présence dans divers secteurs d'activité. Au regard des déchirements de l'histoire algérienne de la France, il était important de transcender les clichés convenus qui continuent de brouiller les cheminements d'une histoire dont l'indépendance de l'Algérie représente davantage un tournant qu'un achèvement. C'est ce à quoi s'attache cet ouvrage.
Docteur en Sciences politiques, Séverine Labat est chercheur au CNRS/CADIS (Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologique). Elle est l'auteur de « Les islamistes algériens : entre les urnes et le maquis » (Le Seuil, 1995), et de nombreux articles sur l'Algérie.

Image_livre_la_France_metisse.jpgLa Question métisse, par Fabrice OLIVET, éditions Mille et une nuits, 2011.
Le conformisme contemporain nous pousse à bégayer des discours incompréhensibles, à base de « diversité » et de « minorités visibles ». Incompréhensibles, car ils ne correspondent à rien de notre alphabet national et induisent une perspective historique fausse : la Nation française pratique depuis plus de trois siècles le métissage. Le projet d’émancipation des Noirs et des Juifs a été porté, puis mis en oeuvre par la Révolution française. Le colonialisme à la française a perpétué, à sa manière, son idéal universaliste. En France, les métis sont très présents dans la vie culturelle et politique. La « question métisse » a fonctionné à l’inverse de la « question juive en Allemagne », qui a reçu la réponse génocidaire que l’on sait : elle a été et reste un ferment d’intégration. Dans la plupart des autres pays, aux États-Unis par exemple, les métis n’existent pas. Curieusement, nous n’avons pas pris conscience de notre manière de résoudre les problèmes d’altérité et d’identité : en France, le métis est perçu comme une solution ; ailleurs, il est un problème. Aujourd’hui, malgré l’offensive islamiste et le racisme anti-Blanc, le métissage est un fait démographique au sein des classes populaires. Il change fondamentalement la question du racisme (et de l’« identité »). Et si le génie de la France était dans la fusion ethnique, dans notre appétence pour le métissage, dans ce principe fondateur que l’on a appris à détester sous le nom d’assimilation ?

Image_livre_mathieu_rigouste.gifLes marchands de peur. La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire, par Mathieu RIGOUSTE, éditions Libertalia, 2011.
La peur est un outil politique fondamental pour les classes dominantes. Transformée en marchandise, elle constitue le secteur d’activité d’idéologues organisés pour vendre ces produits aux gouvernements et aux complexes industriels. En France, la « bande à Alain Bauer » constitue la manifestation la plus exemplaire de cette collaboration intensive entre éléments de la classe politique, de la police, de l’armée, de l’industrie, de l’Université et des grands médias. En étudiant cette bande et ses réseaux, leur positionnement dans le champ de la production du contrôle, ce qu’ils disent et font, leur histoire, leurs profits et leurs stratégies, l’auteur met à disposition des cartes et des outils pour attaquer la dimension idéologique des sociétés de contrôle.

Image_guide_du_coordonnateur.gifPrévention de la délinquance : guide du coordonnateur, par Serge COLOMBIE et Patricia BOUDOU Territorial Editions, 2011.
La nouvelle édition de cet ouvrage a pour ambition de repositionner les missions de coordonnateur au sein d'une actualité préoccupante en matière de prévention de la délinquance, et de lui donner par conséquent une légitimité dans ses fonctions, même si aujourd'hui, le poste de coordonnateur CLSPD n'est pas encore reconnu comme un véritable métier de la fonction publique territoriale.
Ce dossier n'a pas pour objet de répondre à cette question de légitimité professionnelle, mais plutôt de présenter toutes les compétences et qualités exigées pour être coordonnateur CLSPD sur un territoire donné. Les connaissances aussi bien administratives que criminologiques sont aujourd'hui indispensables pour pouvoir assurer une fonction de coordination en matière de prévention de la délinquance, imposant à ceux qui coordonnent de maîtriser les nouvelles techniques de prévention tant situationnelle que sociale. À ce titre, ce guide complète la présentation fonctionnelle du coordonnateur par l'exposé non exhaustif d'expériences et de modalités pratiques en matière de prévention de la délinquance.

Image_livre_Demailly.gifSociologie des troubles mentaux, par Lise DEMAILLY, éditions La Découverte (Repères), 2011.
Éthique, pratique, économique, politique, la question de la santé mentale ne peut rester de la seule responsabilité des professionnels du soin. Les troubles mentaux (ou psychiques) posent aux citoyens de nombreuses questions : d'où vient l'augmentation de leur fréquence ? Comment prévenir leur apparition et mieux les prendre en charge ? Comment impliquer la famille et les proches dans les soins ? Comment ne pas stigmatiser les malades ? Comment protéger la société des personnalités classées comme dangereuses ?
La sociologie, sans être exclusive d'autres approches disciplinaires, apporte un éclairage spécifique : elle envisage le trouble psychique comme un phénomène social et elle saisit les processus de prise en charge dans leurs dimensions relationnelle, organisationnelle et politique. Ce livre propose ainsi une synthèse sur la sociologie du trouble mental, et convoque les statistiques, les théories, l'histoire de l'« étrangeté d'âme » et de la psychiatrie, mais aussi le point de vue des professionnels et celui des malades. Le soin en santé mentale et les représentations de l'« anormal » apparaissent alors comme des enjeux de société.

Image_livre_visibilite_eres.jpgLes tyrannies de la visibilité. Le visible et l'invisible dans les sociétés contemporaines, sous la direction de Nicole AUBERT et Claudine HAROCHE, Erès, 2011.
La visibilité est un terme qui revient aujourd'hui de façon récurrente dans le débat public. Nous vivons une injonction permanente à rendre visible ‒ à travers les médias, les réseaux sociaux, les blogs, Internet... ‒ ce que nous sommes et ce que nous faisons, sous peine d'être voués à une inexistence sociale et psychique. Pourquoi et comment l'exigence de visibilité a-t-elle pris une telle ampleur aujourd'hui ? Quelles en sont les manifestations et les conséquences à différents niveaux, celui de la société dans son ensemble, celui du travail, de la vie politique, de la façon de communiquer, celui du rapport à soi et à l'autre ? L'invisible est-il devenu inutile ? En acceptant d'être réduits à ce que nous offrons au regard, à nos seules apparences, ne renonçons-nous pas à notre intériorité la plus profonde, cette intimité de soi qu'on appelait le for intérieur ? Cet ouvrage s'attache à répondre à ces questions en montrant comment le refus de se soumettre à cet impératif de transparence révèle le désir, la volonté, le besoin de préserver quelque chose d'un espace d'expérience intérieure, fondement de l'ultime liberté de l'individu.
Contributeurs : Jacqueline Barus-Michel, Joseph Belletante, Joel Birman, Jean-philippe Bouilloud, Teresa cristina Carreteiro, Jamil Dakhilia, Vincent de Gaulejac, Eugene Enriquez, Florence Giust-Desprairies, Nathalie Heinich, Nolwenn Henaff, Francis Jaureguiberry, Mohamed Maalej, Jan Spurk, Serge Tisseron, Elisabeth Tissier-Desbordes, Anne Vincent-Buffault, Paul Zawadzki.

Image_sciences_humaines_consommer.jpgComment la consommation a envahi nos vies, Sciences Humaines, 2011, Hors-série n°22 (coordonné par Xavier De La VEGA).
Qu’est-ce la consommation ? Une seconde nature pour les consommateurs quotidiens que nous sommes devenus ? Un signe de notre appartenance aux sociétés contemporaines, où l’on se définit pour beaucoup par les biens et services que l’on acquiert ? Un acte politique, que l’on consomme en achetant moins ou autrement  ? Aujourd’hui, une part croissante de nos vies, de nos engouements comme de nos réprobations se déroule dans l’arène de la société de consommation.
On ne s’étonnera pas, pour cette raison, que la consommation passionne plus que jamais les chercheurs en sciences humaines. De nombreux travaux parus au cours des deux dernières décennies ont ainsi revisité l’histoire de la société de consommation, insistant sur son émergence précoce, au XVIIIe  siècle, revenant sur le moment de son affirmation, la « république des consommateurs » de l’après-guerre, et sur les contestations dont elle a toujours fait l’objet. La consommation est également plus que jamais un objet d’étude pour la sociologie, l’anthropologie et la psychologie, qui se penchent sur notre attachement aux objets, les usages que nous en faisons pour nous définir ou nous distinguer, sur les relations affectives que nous entretenons avec ces marques devenues omniprésentes dans nos vies.

Livre_adolescent_eres.jpgCes adolescents qui évitent de penser. Pour une théorie du soin avec médiation, par Nicole CATHELINE et Daniel MARCELLI, Erès, 2011.
L'entrée en adolescence réactive les manifestations anxieuses et suscite l'excitation. S'ils en attribuent l'origine à des mécanismes divers, tous les spécialistes s'accordent sur les conséquences cliniques : l'angoise inhibe la pensée, l'excitation la désorganise. Lorsque le processus se grippe, la douleur à penser pousse au renoncement à utiliser toute émergence d'une pensée personnelle. Comment dégager l'adolescent de cette impasse ?
Alors que les approches psychothérapeutiques classiques se révèlent difficiles voire inefficaces, les auteurs ont développé un travail de soin avec médiation pour relancer le plaisir à penser chez ces adolescents, le plus souvent en échec scolaire (phobie scolaire, décrochage, etc.). Au plus près de leur pratique clinique dans un hôpital de jour, ils proposent ici une théorisation qui vient prolonger et « pousser à bout » les travaux de Winnicott sur l'espace transitionnel.

Image_livre_community_justice.jpgCommunity Justice, par Todd CLEAR, John R. HAMILTON, Eric CADORA, Routledge, nouvelle édition, 2011.
Community Justice discusses concepts of community within the context of justice policy and programs, and addresses the important relationship between the criminal justice system and the community in the USA.
Taking a bold stance in the criminal justice debate, this book argues that crime management is more effective through the use of informal (as opposed to formal) social control. It demonstrates how an increasing number of criminal justice elements are beginning to understand that the development of partnerships within the community that enhance informal social control will lead to a stabilization and possible a decline in crime, especially violent crime, and make communities more liveable. Borrowing from an eclectic toolbox of ideas and strategies - community organizing, environmental crime prevention, private-public partnerships, justice initiatives – Community Justice puts forward a new approach to establishing safe communities, and highlights the failure of the current American justice system in its lack of vision and misuse of resources.

Image_revue_Lignes_Roms.jpg L’exemple des Roms / Les Roms, pour l'exemple, revue Lignes, 2011, n°34.
Depuis l’été 2010, en France, à la faveur d’un fait divers aussitôt érigé en symptôme d’une situation générale, les Roms font l’objet d’une politique de stigmatisation qui semble ne pas pouvoir connaître de limites. Ils en forment en quelque sorte une figure malheureusement exemplaire. Désignations, dénonciations, expulsions  : une parole honteuse s’est libérée au plus haut sommet de l’État, marquant une acception nouvelle de la politique de segmentation des populations dites indésirables. Nouvelle et inédite : qu’il y a lieu de rapporter à la rupture dans le droit que constitue la récente disposition relative à la déchéance de la nationalité. D’un côté, l’ethnicisation imposée comme mode de catégorisation politique prend sa source dans une certaine fabrique essentialiste de l’histoire de populations aux multiples noms, aux multiples expériences, dont l’ancrage européen, incontestable, est sans cesse remis en cause. De l’autre, ce nouveau mode de gouvernement s’accommode parfaitement d’une optique libérale où la compétition pour les places, aussi diverse que soit l’acception de ce dernier terme (espace où survivre autant que place sociale ou institutionnelle), se transforme peu à peu en lutte pour la vie.
Contributeurs: Jean-Loup Amselle, Michel Surya, Cécile Canut, Étienne Balibar, Alice Cherki, Élisabeth Clanet dit Lamamit, Ivaylo Ditchev, Alain Hobé, Olivier Legros, Martin Olivera, Alain Pierrot, Jacques Rancière, Pierre Sauvêtre, Nando Sigona, Sébastien Thiery, Nidhi Trehan, Sophie Wahnich, Jean-Luc Nancy.

Image_livre_PU_strasbourg.jpgGarantir que le crime ne paie pas. Stratégie pour enrayer le développement des marchés criminels, sous la direction de Chantal CUTAJAR, Presses Universitaires de Strasbourg, 2010.
En cette période d'accélération de la mondialisation, il est impératif de maîtriser pour les combattre les risques générés par le crime organisé. Les marchés criminels, à l’image de cette économie-monde, se développent beaucoup plus vite que les moyens d’y faire front. Les organisations criminelles utilisent, pour prospérer, les mêmes techniques que les entreprises légales. L’un des axes de la stratégie pour enrayer l’expansion de ces marchés criminels consiste à les priver des ressources indues qu’elles tirent des activités et trafics prohibés.
L’ouvrage, nourri de la réflexion d’universitaires et de praticiens, analyse et décrit les dimensions nouvelles et de plus en plus préoccupantes des marchés du crime. Les contributions des auteurs explorent aussi, techniquement et stratégiquement, les principaux axes de la lutte contre toutes les formes de criminalité organisée. Ces analyses ont également pour fin de stimuler les gouvernants à perfectionner encore les armes et dispositifs nécessaires pour faire face à ce fléau qui, si nous n’y prenons garde, pourrait agir comme un virus au cœur de la mondialisation et menacer les démocraties.

Image_livre_Laacher.gifDe la violence à la persécution. Les femmes sur la route de l'exil, par Smaïn LAACHER, éditions La Dispute, 2010.
« A l'heure où la déflagration libyenne et ses conséquences migratoires affolent certains responsables européens, ce livre tombe à pic. Alors que les immigrés africains de Libye, victimes des violences perpétrées par le régime Kadhafi, sont, de façon étonnante, présentés d'abord comme des menaces à nos frontières, la passionnante enquête du sociologue Smaïn Laacher montre le déni d'humanité et le refus de protection dont souffrent les migrants africains transitant par le Maghreb.
Rien à voir avec un pamphlet bien-pensant ou une profession de foi naïve : il s'agit d'une enquête solidement charpentée qui, dépassant le constat - terrifiant -, est prolongée par une réflexion fertile et des propositions. Des fantômes sont au centre de cet ouvrage tranchant : les milliers de femmes africaines qui, chaque année, quittent clandestinement leur pays pour un autre, qu'elles espèrent moins violent. Pour ces migrantes dont on ne parle jamais, les itinéraires de l'exil s'apparentent à des chemins de croix : séquestrations, viols, exploitation sexuelle les attendent à chaque tournant » (lire la suite de ce commentaire de Philippe Bernard dans Le Monde).

Image_soldats_de_la_loi.gifSoldats de la loi. La gendarmerie au XXème siècle, sous la direction de Jean-Noël LUC, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2010.
Que sait-on des successeurs des pandores du XIXe siècle, dont l'effectif passe de 30 000 en 1914 à 107 000 en 2007 ? Trop peu de choses au regard de leurs multiples missions. Les gendarmes sont observés ici pendant la mobilisation de 1914, dans les terroirs de l'entre-deux-guerres, les combats de 1939-1940, les fêtes de Vichy, les mouvements de Résistance et l'Epuration, sous la République gaullienne et pendant la crise de l'été 1989. On les rencontre partout, à la campagne et à la ville, dans le cyberespace et sur le grand écran. A l'extérieur de la métropole, on les retrouve dans la prévôté de l'armée d'Orient en 1916, la Syrie et le Liban sous mandat français, le Constantinois révolté en mai 1945, les hauts plateaux indochinois, l'Ouest algérien de l'automne 1954, la lutte contre l'OAS, l'Afrique de la fin de l'époque coloniale et l'océan Indien. Etudier l'action de ces soldats de la loi permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'Etat, l'articulation de la tradition militaire et de la culture du service public, la professionnalisation de l'appareil policier et l'exercice de la police de proximité sur 95% du territoire. Ce voyage à travers la gendarmerie propose un panorama de l'institution depuis la Révolution, une analyse de sa situation au début du XXIe siècle, des organigrammes, des statistiques, une bibliographie commentée et une chronologie de plus de 800 dates.

Image_livre_guillotine.gifLa guillotine au secret. Les exécutions publiques en France 1870-1939, par Emmanuel TAIEB, éditions Belin, 2010.
L’abolition de la peine de mort en France en 1981 a longtemps éclipsé un événement tout aussi marquant : la suppression du caractère public des exécutions en 1939. Car depuis la Révolution, la mise à mort était un rituel de violence qui pouvait attirer plusieurs dizaines de milliers de curieux. Une cérémonie de rue, nocturne et trouble, où se pressent badauds et bourgeois désireux de voir les bois de justice, l’exécuteur, et des criminels plus ou moins célèbres. Et les occasions ne manquent pas, car sous la IIIe République on compte des centaines d’exécutions publiques dans des dizaines de villes, dont bien sûr Paris. A quoi ressemblait ce théâtre sanglant de la guillotine ? Et comment a-t-il fini par être relégué à l’intérieur des prisons ? A partir d’archives judiciaires, policières, des carnets du bourreau Deibler, et de sources d’une époque hantée par le crime et les faits divers, cet ouvrage analyse la progressive contestation du spectacle de l’exécution. Cette mise au secret s’opère sous l’impulsion de plusieurs mouvements concomitants : sensibilités heurtées des élites, et notamment de journalistes qui s’identifient au supplicié, concurrence de l’emprisonnement, ou encore répugnance des autorités à organiser un guillotinage, quand elles peuvent simplement communiquer par voie de presse sur sa bonne tenue. Au croisement de la science politique, de l’anthropologie et de l’histoire des mentalités, ce livre met au jour les mécanismes par lesquels la République a civilisé la peine capitale.

Image_livre_violences_juveniles_urbaines.gifViolences juvéniles urbaines en Europe. Histoire d'une construction sociale, sous la direction de Xavier De WEIRT et Xavier ROUSSEAUX, Presses universitaires de Louvain, 2011.
De nos jours, dans les villes, la violence des jeunes alarme, inquiète. « Ils sont de plus en plus violents, de plus en plus jeunes », entend-on régulièrement de l'opinion publique. Pourtant, ces commentaires ne reposent sur aucune base scientifique fiable : ils relèvent d’un discours construit depuis près de deux cents ans sur des faits peu représentatifs et des impressions non critiquées. Jusqu’ici, ville et violence, jeunesse et violence, voire jeunesse et ville étaient analysées de manière séparée ; en revanche, la problématique de la violence des jeunes dans l’espace public urbain n’avait pas donné lieu à des recherches croisées.
Par la confrontation systématique des sources (répressives, discursives) et selon une pluralité d’approches méthodologiques (travail sur archives, enquête orale), les auteurs de ce livre, historiens, criminologues ou sociologues, tentent de cerner l’écart existant entre perception et réalité du phénomène aux différentes périodes de l’histoire. Sur la base de recherches récentes, ils proposent de mieux comprendre quand, comment et pourquoi s’est construite dans la société européenne cette représentation de la jeunesse comme vecteur de violence associé à la vie urbaine.
Contributions de : Laurent Mucchielli, Aude Musin, Philippe Chassaigne, Jean-Claude Farcy, Eric Marlière, Céline Regnard, Antoon Vrints, Melpomeni Skordou, Dominique Kalifa, Xavier De Weirt et Xavier Rousseaux.

Photo_livre_punitivity.jpg Punitivity - International Developments. Vol.1: Punitiveness - A Global Phenomenon, sous la direction de Helmut Kury & Evelyn Shea, Universitätsverlag Brockmeyer, 2011.
During the past two decades criminological discussion in Western industrial societies has been increasingly focused on the concept of punitiveness, a concept that is frequently linked to the staggering rise in inmate numbers in the United States from the first half of the 1970 onward, making it the country with the highest prison rate per 100,000 inhabitants in the Western world. Lee sees the development in the United States in connexion with the growing discussion of "fear of crime" during the late 1960s. "Since the late 1960s the fear of crime has progressively become a profoundly engaging field of study for criminologists and other social researchers". The findings of inquiries and opinion polls, which confirmed the presence of such fears among the population, moved the topic to the forefront and it did not take long until it was "discovered" by politicians. This development went hand in hand with increased media reporting on crime related matters, usually concerning spectacular cases, and thus creating in the population a distorted image of the actual extent and nature of crime. Some politicians were quick to use this erroneous perception for their own purposes by creating so-called "politics of fear".
Contributions : Helmut Kury & Evelyn Shea, Helmut Hirtenlehner, Julia Simonson, Claire Hamilton, Stephan Harrendorf, Besiki Kutateladze, David Indermaur & Lynne Roberts, Jan Van Dijk, Benjamin Flander & Gorazd Meško‚ Tapio Lappi-Seppälä, Daniela Klimke, Fritz Sack & Christina Schlepper, Elisabetta Palermo Fabris, Gunda Wößner, Carolin Quenzer & David Vig, Stefan Markus Giebel, Verena Boxberg & Daniela Hosser, Figen Özsöz.

Image_livre_Serge_Portelli.jpg Pourquoi la torture ?, par Serge PORTELLI, éditions Vrin, 2011.
De l’Antiquité aux tortures américaines en Irak, en passant par l’Inquisition, les supplices chinois, la guerre d’Algérie, les dictateurs sud américains, soviétiques, chinois…, la torture est une constante de l’humanité. Mais pourquoi ? Pourquoi cette constance ? Pourquoi même les « démocraties »? Pourquoi des hommes ordinaires ? La torture persiste malgré son interdiction mondiale, malgré les conventions internationales, malgré les inspections de l’ONU. Ne serait-elle pas nécessaire, en définitive ? Rien qu’un peu, évidemment ? A titre exceptionnel ? Juste pour les crimes les plus graves ? Juste pour le terrorisme ? Juste pour… Mais l’histoire de la torture n’est jamais qu’une longue liste d’exceptions, concédées, la main sur le cœur, pour le plus grand bien de l’humanité. Alors pourquoi ? Des facteurs politiques ? Idéologiques ? Individuels ? En définitive, la torture ne participe-t-elle pas à cette vaste et permanente entreprise de « démolition de l’homme » dont parle Primo Levi? Une machine de guerre, minutieuse et perverse, tournée par l’homme contre son essence-même. Inutile d’argumenter. Le combat ne peut être qu’absolu, la condamnation catégorique. Et pour ce combat, sans concession, il faut connaître son adversaire, notre part sombre d’humanité.

Image_livre_violences_juveniles_sous_expertise.gifViolences juvéniles sous expertise(s) XIXe-XXIe siècles / Expertise and Juvenile Violence 19th-21st Century, sous la direction de Aurore FRANCOIS, Veerle MASSIN et David NIGET, Presses universitaires de Louvain, 2011.
Dans la construction historique du problème social que constitue la violence juvénile, le rôle de l'expertise est primordial. L'expert, agissant au coeur ou à la lisière du système institutionnel de protection de la jeunesse, peut être celui qui recueille et met en forme l’expression de cette violence. De ce fait, il contribue à l’extension de sa définition : violence physique, mais aussi psychique, voire symbolique. Les experts dépassent alors la posture du simple diagnostic pour s’inscrire dans une démarche de soin et de réhabilitation sociale. Depuis le XIXe siècle, médecins, psychiatres, puis psychologues, pédagogues, sociologues et anthropologues, ont investi la question de la jeunesse irrégulière, contribuant ainsi à la définition d’une population-cible pour les politiques publiques.

Image_livre_Nancy_Fraser.gif Qu'est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution, par Nancy FRASER, éditions La découverte, 2011 (nouvelle édition de poche).
La reconnaissance est aujourd'hui un concept central du débat politique. Mais dans quelle mesure peut-elle s'intégrer à une réflexion normative sur la justice sociale ? C'est à cette question que répond la philosophe américaine Nancy Fraser, qui établit une distinction entre ce qu'elle appelle une politique de reconnaissance et une politique de redistribution. La première insiste sur l'égal respect dû à tous les membres d'une société, la seconde sur une redistribution équitable des biens et des ressources. Pour l'auteure, les conflits entre ces deux orientations sont politiquement paralysants et théoriquement insatisfaisants. En affirmant qu'une démocratie radicale consiste à reconnaître le caractère multiculturel et sexué des sociétés modernes, sans figer les identités des différents groupes ni renoncer à l'engagement historique de la gauche en faveur de l'égalité économique et sociale, elle vise à la réconciliation de la gauche culturelle et de la gauche sociale. Pour cette raison, cet ouvrage de philosophie politique est, à bien des égards, un livre politique.

Image_livre_Eric_Marliere.jpgLes jeunes et la discothèque. Entre fêtes urbaines et violences ritualisées, par Eric MARLIERE, éditions du Cygne, 2011 (postface de Philippe ROBERT).
La violence fait partie intégrante de la dimension festive dans l’histoire de nos sociétés. Pourtant, depuis une vingtaine d’années avec le développement en masse des établissements festifs dans les villes européennes (discothèques, pubs, bars branchés, etc.), les fêtes urbaines adoptent une configuration nouvelle dans l’exacerbation de la consommation et la compétition des ego suscitant du coup des tensions réelles. Les nouveaux espaces festifs entérinent les rapports sociaux en vigueur dans notre société autour de la compétition, de l’individualisme et de la consommation à outrance. Les fêtes aujourd’hui ne constituent plus une inversion des codes culturels et sociaux dominants à la différence de celles des sociétés passées. Bien au contraire, les conflits observés dans les fêtes urbaines sont davantage centrés sur des rapports de force individuels et grégaires dans un souci d’affirmation de soi à l’opposé des siècles précédents où l’usage de la violence manifestait principalement une sorte de communion populaire contre un ordre social et politique établi. Ce livre a pour objectif de restituer un travail ethnographique effectué dans deux espaces festifs de la région parisienne : le quartier Bastille et l’aire périurbaine de Cergy-Pontoise.

Image_livre_Thierry_Leveque.gifIntouchable ? Chirac face aux juges, par Thierry LEVEQUE, éditions Delavilla, 2011.
Jacques Chirac est le premier chef d’Etat républicain de toute l’histoire de France appelé à comparaître devant un tribunal. Au terme d’un demi-siècle de vie politique où il a occupé toutes les fonctions de la République, il est rattrapé par la justice, après quinze ans de démêlés avec les magistrats. Alors qu’il bénéficiait d’une immunité liée à sa fonction à l’Elysée, Jacques Chirac a livré pour déjouer les poursuites une bataille occulte avec la justice. Véritable saga romanesque, ce livre raconte son combat contre les juges, dépeint ses acteurs, dont certains ont toujours des rôles éminents – Alain Juppé, Dominique de Villepin, le juge Courroye, et même Nicolas Sarkozy –, relate ses coups de théâtre, ses procès. A travers cette aventure, c’est la justice française qui se dévoile et son coeur, le palais de justice de Paris, avec sa pauvreté matérielle, l’ambigüité de ses rapports avec le pouvoir politique, mais aussi le courage de certains magistrats face à un système à deux vitesses. Ce livre pose les questions fondamentales de la Ve République, celles du régime présidentiel et de l’équilibre des pouvoirs.
Thierry Levêque, journaliste à l’agence de presse Reuters, a couvert les « affaires » de la Mairie de Paris et les dossiers politico-financiers et criminels, d’Elf à Clearstream.

Image_livre_blanchiment.jpgBlanchiment de capitaux et fraude fiscale, par Célestin FOUMDJEM, L'Harmattan ("Finances publiques"), 2011 (Préface de Christian Lopez).
La lutte contre le blanchiment de capitaux fait l'objet d'une mobilisation internationale sans précédent. Mais le décalage est réel entre la rigueur potentielle des sanctions et la modestie des résultats obtenus. Il faut l'attribuer à l'exclusion de la fraude fiscale du périmètre du blanchiment de capitaux, bien que les deux phénomènes aient beaucoup de points communs. Il importe donc d'améliorer l'approche de la lutte contre ces deux phénomènes.

Image_le_village_dans_la_ville.gif Le village dans la ville. Famille et parenté dans l'Est londonien, par Michaël YOUNG et Peter WILLMOTT, Presses Universitaires de France, 2010 (collection "Le lien social", préfaces de J.-H. Déchaux, H. Marchal et J.-M. Stébé).
Il faut se réjouir de la réédition de ce classique de l'anthropologie urbaine devenu une référence incontournable des études de la parenté occidentale moderne. Comme d'autres écrits, par exemple l'article de Talcott Parsons sur la parenté américaine qui le précède de quelques années et auquel on l'oppose rituellement, le livre de Michael Young et Peter Willmott fait partie de ces textes que tout le monde cite mais que bien peu ont lus dans le détail. Plus de cinquante ans après sa première édition en anglais, cela vaut pourtant toujours la peine et quiconque s'intéresse à la parenté en milieu urbain devrait accepter de consacrer quelques heures pour découvrir ce petit chef-d'œuvre qui marque le point de départ des études sur la parenté urbaine en Occident. Il n'est pas si fréquent que l'on fasse d'authentiques découvertes en sciences sociales. M. Young et P. Willmott peuvent se targuer d'en avoir fait plusieurs lors de cette étude du quartier londonien de Bethnal Green, et non des moindres, et d'avoir ainsi contribué à renouveler le regard que les sciences sociales portent sur la famille et la parenté dans les sociétés occidentales modernes.

Jeunesses-Victorien_couv.indd Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L’éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 1945, par Sophie Victorien, Presses Universitaires de Rennes, 2011.
La Libération est marquée par une très forte inquiétude des pouvoirs publics face à la délinquance juvénile et, plus largement, face à la jeunesse en difficulté ; elle révèle ainsi les fortes perturbations, voire les traumatismes subis au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cette prise de conscience se traduit par un appareil législatif affirmant la primauté des conceptions éducatives sur les principes répressifs. Faute de moyens financiers notamment, l’État s’appuie au niveau national sur le secteur privé, disposant traditionnellement d’une certaine expérience dans le domaine et de réseaux prompts à soutenir ces oeuvres. Or, la Seine-Inférieure, fortement ébranlée par les séquelles de la guerre, souffre, de surcroît, d’un équipement très insuffisant pour affronter les besoins en matière de prise en charge des mineurs délinquants et en danger. Toutefois, le milieu associatif réussit à rattraper son retard avec l’aide, en particulier, de personnalités locales dont le rôle est déterminant au sein des conseils d’administration. Tout au long de cette période, les établissements spécialisés affinent leurs méthodes et leurs projets pédagogiques grâce aux progrès de la formation des éducateurs et en s’ouvrant aux autres spécialistes de l’enfance. Dès les années 1970, l’évolution du profil des pensionnaires et les critiques qui se développent à l’encontre de l’hébergement classique, ainsi que le climat de restriction budgétaire mais aussi de décentralisation modifient de fait les rapports entre l’État et le secteur privé dont les caractéristiques ont désormais peu à voir avec les premières années d’expérimentation.

Image_regards_sur_l__actualite_2.jpg Ville et logement : quelles politiques ?, Regards sur l'actualité, n°367, Janvier 2011 (La Documentation française).
Sommaire : Politique de la ville : diagnostics et enjeux d'une réforme annoncée (entretien avec Christine Lelévrier), Politique de la ville : quelle réforme ? (entretien avec Philippe Dallier), Encadrés (Les trois agences piliers de la politique de la ville, Quartiers défavorisés ou ghettos inavoués : la République impuissante, Quel budget pour la politique de la ville ?), Trente-cinq ans de politique de la ville (par Benoît Bréville), Encadré (villes et logement : chronologie générale), Les politiques de l'habitat et le creusement des inégalités sociales liées au logement (par Jean-Claude Driant), Encadré (mixité sociale et logement), Quelle place pour l'habitat des " Gens du voyage "dans la ville ? (par Christophe Robert), Encadrés (Gens du voyage et Roms), Les politiques de la ville en Europe (par Irène Mboumoua).

Image_livre_guide_prostitution.jpgGuide de prévention et d'insertion dans le champ de la prostitution. Pratiques d'action éducative, par Hamou HASNAOUI, L'Harmattan, 2011.
Quelles postures socio-éducatives peuvent favoriser l'insertion des personnes en situation de prostitution ou en risque de le devenir ? De quels outils, référentiels et modes d'intervention, les professionnels disposent-ils pour mieux conduire leur mission ? Quelle adaptation des pratiques doit être menée pour agir efficacement devant les nouvelles formes de prostitution ? Ce guide tente de répondre à ces interrogations avec l'objectif de contribuer à la professionnalisation du travail social dans ce secteur.

Image_livre_insertion_professionnelle.jpgL'insertion professionnelle des jeunes de milieu populaire, par Doris MANDOUELE, L'Harmattan ("Logiques sociales"), 2011.
À partir d'un travail ethnographique ce livre aborde l'insertion professionnelle des jeunes de milieu populaire vivant à la périphérie des grandes villes. Illustré par des entretiens d'une population de 16 à 25 ans défavorisée sur le plan social, économique, scolaire et fréquentant les missions locales, il met en avant leurs difficultés spécifiques d'accès à l'emploi. De quelles manières les jeunes, sortis tôt du système scolaire sans réelle qualification, négocient sur le marché de l'emploi leur situation et leur statut ?

Image_livre_Pecout.pngQuand gouverner c'est enquêter. Les pratiques politiques de l'enquête princière (Occident, XIIIe-XIVe siècles), sous la direction de Thierry PÉCOUT, édition De Boccard, 2010.
Gouverner par l’enquête, c’est avant tout déambuler et visiter pour connaître et se faire reconnaître, pour réformer aussi. Ce sont là des pratiques administratives qui connurent aux XIIIe et XIVe siècle un grand développement dans nombre de principautés d’Occident. Elles recèlent il est vrai des enjeux idéologiques majeurs, quand le prince chrétien se croyait comptable devant le roi du Ciel non seulement de ses propres actes, mais aussi de ceux de ses officiers, et que sa légitimité en dépendait largement. Enquêter, c’est aussi faire dire, et en l’occurrence donner au pouvoir l’apparence d’une sujétion consentie. Aussi l’enquête générale concourt-elle à façonner la certaine science du souverain et sa connaissance d’un espace politique. Elle s’inscrit dans un processus de rationalisation du gouvernement des hommes et des choses. C’est qu’elle repose sur toutes les méthodes rationnelles et comptables d’établissement de la vérité reconnues à l’époque. L’enquête générale est un moment essentiel du développement de l’État médiéval, elle est aussi le symptôme de ses propres limites. Les contributions ici rassemblées s’efforcent de dresser l’état des lieux de ce vaste chantier et de proposer quelques pistes de réflexion et voies comparatives.

Image_livre_responsabilite_penale_des_ministres.jpgLa responsabilité pénale des ministres sous la Vème République, par Joseph-Pierre EFFA, L'Harmattan ("Logiques juridiques"), 2011 (Préface de Dimitri-Georges Lavroff).
Quelle est la nature véritable de la responsabilité pénale des ministres ? Faut-il reconnaître la pertinence de la conception traditionnelle d'une responsabilité politique et soumettre les ministres à une juridiction politique pour les actes qu'ils accomplissent dans l'exercice de leurs fonctions ? Ou bien convient-il d'admettre l'évolution radicale qu'on réclame en acceptant la compétence des tribunaux répressifs de droit commun ?

Image_livre_securite_entreprise.gifLa sécurité en entreprise. Prévenir et gérer les risques, par Olivier HASSID et Alexandre MASRAFF, éditions Maxima, 2011 (préface de Frédéric Péchenard).
Assumer la sécurité de ses clients (risque santé), de ses salariés (risques santé et terrorisme), de son environnement local (risque écologique) et de ses processus (risques métier) est devenu un sujet de préoccupation constante pour les entreprises qui, de plus en plus, créent des "directions de la sécurité" dont le poids stratégique est croissant. Leurs missions : prévenir la défection d’un partenaire commercial ou d’un fournisseur, anticiper l’exposition de ses collaborateurs expatriés, réagir aux attaques sur ses marques (boycott, désinformation...), sécuriser l’information (brevets, processus...), limiter son impact négatif sur l’environnement. Ce livre fait le point sur les problèmes de sécurité vus depuis le monde des grandes entreprises, en particulier celles à dimensions internationales. On remarquera bien entendu la préface de Frédéric Péchenard qui n'est autre que le Directeur Général de la Police Nationale. Sécurité publique et sécurité privée ont décidément de plus en plus de relations...

Image_violence_des_femmes.png La violence des femmes. Histoire d'un tabou social, par Christophe REGINA, Max Milo Editions, 2011.
La violence des femmes apparaît comme un tabou social et historique. La femme brutale est forcément très minoritaire, très masculine, un peu sorcière, cruelle ou atteinte pathologiquement. Elle sort du rôle maternel, soumis ou victimiste que la société assigne à la femme depuis des générations. Or la violence n’est pas si sexuée qu’on le croit ; l’Histoire le démontre, ainsi que les chiffres en matière de délinquance et de crimes ou les témoignages encore timides d’hommes battus. Il s’agit pour l’auteur de décrypter cette réalité et d’en tirer les conséquences sociales et juridiques. Pourquoi la justice, à crime égal, ne condamne-t-elle pas l’homme et la femme de la même manière ? Infanticides, pédophiles, complices volontaires de leur compagnon. La place des femmes dans nos sociétés fait plus que jamais débat : toute prétention à l'égalité se doit d'être totale. La violence est une impatience dans le rapport avec autrui, un moment dialectique de difficulté sociale.
S'appuyant sur de nombreux témoignages de femmes violentes ou de personnes ayant subi la violence d'une femme, ici retranscrits, on tente de qualifier la violence des femmes en termes de pratiques et en termes de perceptions. Durant des milliers d'années, la réalité de la violence des femmes a toujours été transformée, détournée.

ces hommes qui tuent leur famille cover oct09 B final Ces hommes qui tuent leur famille. Vers une meilleure compréhension de l'homicide conjugal masculin et du familicide, par Suzanne LEVEILLEE et Julie LEFEBVRE, éditions Ressources (Canada), 2011.
Les homicides dans la famille génèrent l’incompréhension et la culpabilité chez les membres de l’entourage. L’ensemble de la population s’avère interpellé par ce type de drame. Comment comprendre qu’une personne en vienne à tuer un membre de sa famille, conjointe ou enfant ? Ce volume traite de l’homicide conjugal masculin ainsi que du familicide (homicide de la conjointe et du ou des enfants). Après deux chapitres portant sur la compréhension de ces phénomènes, nous traitons du déclencheur principal (perte amoureuse ou sociale), suivi d’une réflexion sur la prévention. Ce livre s’adresse aux intervenants oeuvrant dans le domaine de la violence familiale ou auprès des gens qui souffrent suite à une perte. Également, les personnes qui désirent en connaître davantage sur ce phénomène pourront y trouver réponses à leurs questions.

Image_livre_Secher.jpgReconnaissance sociale et dignité des parents d'enfants placés. Parentalité, précarité et protection de l'enfance, par Régis SECHER, L'Harmattan, 2010.
A une époque où la performance et la responsabilité individuelle sont érigées en culte, les parents dont les enfants sont placés dans le cadre d'une mesure de protection de l'enfance vivent une double disqualification : ils appartiennent majoritairement aux couches sociales défavorisées et sont considérés comme étant défaillants sur le plan éducatif. Dans ce contexte, pour comprendre comment ces personnes définissent leur situation, l'auteur a construit une recherche de type qualitatif auprès d'une trentaine d'entre eux.
L’analyse structurale de leurs récits biographiques fait apparaître quatre façons différentes de se situer vis-à-vis de cette mesure : en la dénonçant comme injuste ou comme abusive, en s’y résignant ou en l’acceptant. Si la diversité des points de vue reflète en partie les différences en termes d’intégration sociale et de trajectoire personnelle, c’est le degré d’estime de soi qui, fondamentalement, donne sens à ces différents vécus. Quelque soit leur situation, tous ces parents aspirent à être reconnus. Même si cette aspiration se porte sur des sphères et à des niveaux différents, elle a une finalité commune : que sa dignité et celles de ses enfants soient respectées.

Image_livre_florence_bouillon.jpgLe squat : problème social ou lieu d'émancipation ?, par Florence BOUILLON, Editions Rue d'Ulm, 2011.
Les squats, c’est-à-dire les bâtiments vides occupés sans droit ni titre, ont souvent mauvaise presse. Illégaux, insalubres, ils causeraient des troubles dans l’ordre public et constitueraient de ce fait un "problème social" à éradiquer. Inversement, ils sont aussi présentés comme des lieux d’émancipation, des espaces de solidarité et de liberté face à une société supposée corrompue et aliénante. C’est à une vision des squats plus nuancée qu’invite la lecture de cet opuscule. Fondé sur une longue enquête ethnographique, il s’attache à répondre à des questions simples dans leur formulation, mais qui appellent des réponses multiples : quels sont les mécanismes structurels à l’origine de l’existence des squats ? Pourquoi leur nombre semble-t-il augmenter en France, alors même que le "droit au logement" ne cesse de progresser ? Quelle est l’espérance de vie d’un squat, et qui décide de sa fermeture ou de son maintien ? Enfin, qui sont les "squatteurs", et comment vivent-ils au quotidien ? Les squats apparaissent alors dans leur complexité : produits des carences de l’action publique en matière de logement, ils doivent aussi leur existence aux lois restreignant les droits des immigrés. Lieux d’intégration pour les nouveaux venus dans la ville, ils constituent des logements précaires, synonymes pour beaucoup de disqualification. Espaces-ressources pour les plus démunis, certains se les approprient afin d’y développer des activités culturelles, artistiques, militantes, créatives. Le squat fonctionne finalement comme un "miroir social" : il reflète à la fois les vulnérabilités et les résistances à l’oeuvre dans la société contemporaine.

Image_revue_resonnances.jpg Education populaire et politique, revue Résonnances, 2011, n°17.
Sommaire : Pourquoi l’éducation populaire aujourd’hui ? (Yves Guerre), Pour une repolitisation de l’éducation populaire (Clémentine Autain), Education populaire et politique : pléonasme, répétition, redondance (Denis Adam), L’Education populaire ? Un enjeu démocratique (Maurice Corond), Mais que nous est-il donc arrrivé ? (Gilbert Le Guillou), Là et là-bas (Evry-Assier-Saintes ; Claire Heber-Suffrin), Je participe, tu participes... ils décident (Yves Guerre), Jouer le conflit (Jean-Luc Galmiche), Eloge de la familiarité (René Badache), L’Offre civile de réflexion sur l’éducation populaire : une initiative utopique ? (Marc Lacreuse).
Abonnements : Amélie RAMBLIERE, Maison de la Solidarité, 1 Esplanade du 6ème R.I., 17 100 Saintes. Courriel : adm-arcencieltheatre@orange.fr



Image_le_mouvement_social.gif Mutations de la science et des universités en France depuis 1945, revue Le Mouvement social, 2011, n°233 (diffusion La Découverte).
Tout le monde en France croit savoir ce que sont la science ou les universités. Pourtant bien souvent il s'agit d'idées fausses ou s'appliquant à un passé révolu. Ce numéro met donc quelques-uns des principaux dossiers cartes sur table. Il montre comment dans les régions, au plan national, à l'international la science et les universités se sont transformées. Il cerne les alliances et les conflits auxquels ces changements ont donné lieu. Il en évoque aussi les impacts et les limites. Il situe les étudiants, les universitaires, les chercheurs et autres personnels face aux nouvelles missions qui leur sont peu à peu assignés. Il offre un texte inédit sur les manifestations de 1968. Faisant appel à la fois à des historiens et à des spécialistes d'autres sciences socailes, il tente une histoire sociale de l'intervention des différents acteurs internes et externes et un bilan des transformations effectuées. C'est la première fois, en France, qu'une revue d'histoire consacre un numéro entier à la recherche et à l'enseignement supérieur de 1945 à aujourd'hui.

Image_livre_humains_non_humains.gif Humains non humains. Comment repeupler les sciences sociales, sous la direction de Olivier THIERY et Sophie HOUDART, La Découverte, 2011.
Objets techniques, procédures, règlements, animaux, végétaux, œuvres d'art, divinités, matériaux, molécules, nanoparticules, architectures... Comment enquêter sur la pluralité des rôles que jouent pour les humains ces divers « non-humains » ? Comment explorer et décrire le vaste registre des relations que les individus et les collectifs humains entretiennent avec cette foule hétéroclite ? Ces individus et ces collectifs ne se font-ils pas notamment au travers de ces relations, ne sont-ils pas constitués, pour une part, par ces relations elles-mêmes ? Plus que quarante auteurs appartenant à des générations, des disciplines et des courants théoriques variés proposent dans ce livre de montrer comment il est empiriquement possible de « repeupler » les sciences humaines et sociales en explorant la gamme des relations entre humains et non-humains par les moyens de l'enquête ethnographique de terrain. L'ensemble offre au grand public, aux étudiants et aux chercheurs un panorama inédit du résultat de certains renouvellements intervenus dans le paysage des sciences humaines et sociales francophones depuis une trentaine d'années.
A noter : le chapitre "Le taser dans la vie démocratique. L’électricité adoucit-elle les mœurs ?", par Cédric Moreau de Bellaing.

Image_livre_Delean.png Adjugé, volé. Chronique d'un trafic à Drouot, par Michel DELEAN, éditions Max Milo, 2011.
Depuis cent soixante ans, les 800 000 pièces exposées chaque année à l’Hôtel Drouot sont confiées exclusivement aux cols rouges, tous d’origine savoyarde. Ils préparent les lots, les présentent au public, les redistribuent aux acheteurs et les stockent. Mais en 2004, leur prestige et celui de la plus grande salle des ventes aux enchères de France est remis en cause : un tableau de Courbet a été volé lors d’un inventaire. Quelques mois plus tard, un Savoyard propose l’œuvre à un expert. La justice s’intéresse alors aux affaires d’une organisation qui a tout d’une confrérie, et découvre des diamants dans leur entrepôt, des objets d’arts dans leurs appartements, des comptes tenus précisément sur de mystérieuses ventes.
Grâce à son investigation, basée sur des documents inédits, l’auteur (journaliste à Mediapart, auteur en 2007 de Qui veut la mort du juge d’instruction ?) nous entraîne dans les secrets d’un trafic étonnant, digne d’un roman policier. Une enquête menée par l’Office de lutte contre le trafic des bien culturels qui se poursuit encore aujourd’hui.

)L'aventure des mots de la ville à travers le temps, les langues, les sociétés, sous la direction de Christian TOPALOV, Laurent COUDROY De LILLE, Jean-Charles DEPAULE et Brigitte MARIN, Robert Laffont, 2010.
Ce gros livre n’est pas tant un dictionnaire qu’un guide de voyage, une invitation à de multiples cheminements dans les villes et dans les mots, dans le temps, les langues, les sociétés urbaines. Il est constitué de quelque 260 articles écrits par 161 auteurs, qui étudient les mots à l’aide desquels on parle aujourd’hui des villes dans sept langues européennes – l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français, l’italien, le portugais, le russe – et, en outre, l’arabe, langue d’un monde dont les interactions avec l’Europe ont toujours été intenses.
Nous racontons dans ce livre les aventures des mots : « cité » et « città », « plaza » et « square », « prospect » et « boulevard », « funduq » et « jardim », « banlieue » et « suburb ». Ils voyagent dans le temps en changeant de sens sans changer d’aspect, et ces changements font partie de l’histoire sociale des villes, qu’ils permettent d’observer de façon originale. Ils voyagent aussi dans l’espace, parfois d’une langue à l’autre, ils font des allers et des retours.
N’attendez pas ici des définitions justes, encore moins une étude des jargons de spécialistes : ce qui nous intéresse, c’est la façon dont sont effectivement utilisés les mots de tous les jours. Ceux qui permettent aux gens – de Rio ou du Caire, de Londres ou de Naples, de Paris ou de Marseille – de parler dans leur ville et de leur ville – pour la dire, mais aussi pour la changer.

Image_Sociologie.jpg Sociologie, 2010, n°4 (varia).

Milena DOYTCHEVA : "Usages français de la notion de diversité : permanence et actualité d'un débat" ; Abdellali HAJJAT : "Port du hijab et « défaut d'assimilation ». Étude d'un cas problématique pour l'acquisition de la nationalité française", Gaële HENRI-PANABIERE : "Élèves en difficultés de parents fortement diplômés Une mise à l'épreuve empirique de la notion de transmission culturelle" ; Mireille EBERHARD ; "De l'expérience du racisme à sa reconnaissance comme discrimination. Stratégies discursives et conflits d'interprétation" ; Éric MACE : "Ce que les normes de genre font aux corps / Ce que les corps trans font aux normes de genre ; François BECK et al. : "Regards sur les addictions des jeunes en France".

Community Policing. A Police-Citizen Partnership, par Michael PALMIOTTO, Routledge, 2011.
This textbook discusses the role of community-oriented policing, including the police image, public expectations, ethics in law enforcement, community wellness, civilian review boards, and what the community can do to help decrease crime rates. In addition, the author covers basic interpersonal skills and how these might vary according to the race, sex, age, and socioeconomic group with which the officer is interacting. Finally, students learn how to initiate new programs in a community, from the planning process and community involvement to dealing with management and evaluating program success.
1. Police History Relevant to Community Policing 2. Understanding Police Culture 3. Police Discretion, Police Misconduct, and Mechanisms to Control Police Misconduct 4. Crime Prevention and Community Policing 5. Concepts, Strategies, Experiments, and Research Findings That Have Influenced Community Policing 6. Communities, Neighborhoods, and Multiculturalism 7. Problem-Oriented Policing 8. Community-Oriented Policing 9. Organizational Change and Community Policing 10. Planning the Implementation of Community Policing 11. Selected Approaches to Training and Planning 12. Distinctive Community Policing Programs 13. The Future of Community Policing.

Notre ami Ben Ali. L'envers du "miracle tunisien", par Nicolas BEAU et Jean-Pierre TUQUOI, La Découverte, 2011 (nouvelle édition).
Zine el Abidine Ben Ali est un cas. Au pouvoir de 1987 à 2011, le président tunisien a peu à peu transformé la paisible Tunisie en une immense caserne. Les opposants y ont été systématiquement persécutés, souvent torturés, avant d'être jugés dans des parodies de procès. Comment la France a-t-elle pu tolérer à deux heures d'avion un régime aussi obscurantiste ? Depuis sa première édition en 1999, ce livre explosif conserve tout son pouvoir d'explication pour comprendre le processus qui a abouti à la « révolution de jasmin » de janvier 2011. Grâce à leur excellente connaissance du dossier et des enquêtes inédites sur ses aspects les plus sombres, les auteurs révèlent la face cachée du « miracle tunisien ». Ils retracent la carrière étonnante du président Ben Ali, décortiquent les rouages de son système répressif, révèlent les dérives mafieuses du régime. Et surtout, ils expliquent pourquoi « notre ami Ben Ali » a bénéficié en France et en Europe d'une aussi extraordinaire indulgence. Ce livre, actualisé pour prendre en compte l'évolution de la situation jusqu'au début 2011, passionnera tous les vrais amis de ce pays qui souhaitent comprendre les ressorts d'un règne de vingt-trois ans...

Triangle rose. La déportation homosexuelle, par Régis Schlagdenhauffen, éditions Autrement, 2011.
La déportation des homosexuels est devenue depuis les années 1970 l’objet d’une revendication identitaire pour la communauté homosexuelle : à New York, Berlin, Paris, Amsterdam et ailleurs, le triangle rose est brandi lors de manifestations afin de commémorer les martyrs du groupe, de se souvenir, et de défendre des droits. Les revendications de reconnaissance ont souvent été mal accueillies par les autorités et par certains anciens déportés. Mais la mobilisation d’associations portant le souvenir du martyr homosexuel, et l’émergence de témoignages de rescapés font aujourd’hui rebondir cette question. Il fallait le travail des historiens et la distance d’une génération pour comprendre les controverses.
A Berlin, Paris, et Amsterdam, Régis Schlagdenhauffen a travaillé sur les archives de la déportation, il a assisté aux commémorations, enquêté sur la construction des monuments, leur financement et leur conception. Il a rencontré les acteurs politiques tout comme les militants associatifs d’hier et d’aujourd’hui.

Risques psychosociaux, une nouvelle catégorie sociale ?, Nouvelle revue de psychosociologie, 2011, N°10 (sous la direction de Florence GIUST-DESPRAIRIES, Dominique LHUILIER et Malika LITIM).
L'avènement d'une nouvelle catégorie de risques, les « risques psychosociaux » dans le champ de la santé et de la sécurité au travail et sa montée en puissance dans le débat social sont manifestes tant sur les scènes médiatique, politique, juridique qu'au sein même du monde du travail. Les discours et publications se multiplient, évoquant dans des glissements de sens le plus souvent non explicités « les facteurs psychosociaux de risques », les « agents psychosociaux pathogènes », « les troubles psychosociaux », les « RPS », et regroupant pêle-mêle stress, harcèlement moral, souffrance, suicides, dépressions, TMS, addictions, violence... Cette mobilisation déclarée autour de ce qui s'est érigé en un temps record comme « un problème de santé publique majeur » s'accompagne pourtant rarement d'une analyse des fondements et des présupposés de cette nouvelle catégorie. Quelle construction sociale et idéologique révèle mais aussi masque ce modèle émergeant ? Ne repose-t-il pas sur une conception implicite du rapport entre psychisme individuel et sphère sociale, ou entre le psychologique et le social, pour le moins discutable et néanmoins fort peu discutée ?
Trois axes d'investigation sont privilégiés pour se dégager d'un substantialisme préjudiciable à la pensée et à l'action : que recouvre la catégorie « RPS » ? quels sont les usages sociaux de cette catégorie par les différents acteurs qui s'en saisissent et contribuent par la même à son développement ? dans quelle mesure l'émergence de cette catégorie transforme-t-elle les pratiques d'intervention et d'accompagnement dans le milieu du travail ?

L’Ouragan homicide. L'attentat politique en France au 19ème siècle, par Karine SALOME, éditions Champ Vallon, collection "Epoques", 2011.
L’Ouragan homicide interroge la dimension politique des attentats très nombreux au XIXe siècle, que ce soit à l’encontre des chefs d’état, des institutions politiques comme l’Assemblée nationale ou bien encore contre les sièges de compagnies minières, des cafés… Ces mises en scène spectaculaires de la violence politique dont les modalités opératoires se révèlent, dans certains cas, inédites et suscitent une émotion toujours profonde dans la population, ont en effet une dimension politique incontestable et ne se limitent certainement pas à une volonté destructrice de quelques fanatiques.

To Protect and To Serve. Policing in an Age of Terrorism, sous la direction de D. Weisburd, Th. Feucht, I. Hakimi, L. Mock, S. Perry, Springer, 2011.
Since 9/11, the threat of terrorism has become a key issue in police agencies throughout the world. How should the police change to counter terrorism threats? What implications do such changes have for traditional responsibilities of the police like combating crime, or in the resources or focus of modern police agencies? To Protect and To Serve: Policing in an Age of Terrorism brings together distinguished American and Israeli policing scholars, who pool their knowledge and experience to shed light on what has happened to policing since the turn of the century, and what trends can be expect over the next few decades. To Protect and To Serve begins by asking what terrorism is and what forms it takes, and discusses how it raises new questions for democratic societies and democratic policing. While many scholars and lay people take for granted the fact that the police should play a central role in the fight against terrorism, the volume also examines critically the rationale for the police role. Accordingly a chapter also examines the role that the police should play in the complex task of preventing, and responding to terror, and responding to the outcomes of terror? Another chapter begins with a description of the specific strategies and tactics that police agencies have developed to deal with terrorism (and the outcomes of terrorism), and assesses what works both in preventing terrorism and in dealing with its consequences. A critical issue that has received comparatively little attention is addressed in another chapter, which examines how police agencies responded organizationally to the added responsibilities of fighting terrorism. Finally, the book also examines the impact of fighting terrorism on minority and majority communities, and the questions of legitimacy that are raised by new roles that police take on.

Neuropolice, Ravages, 2010, n°4.

"Un clic, un flic. Ainsi pourrait-on résumer le nouveau dossier de la bien nommée revue Ravages, qui s'intéresse aux brimades que les nouvelles brigades biométriques font à notre intimité physique ou numérique. Une publication trimestrielle qui enquête, dans son quatrième numéro, sur les atteintes cybernétiques à l'exercice de notre liberté civique. Caméra de surveillance au-dessus des trottoirs du métro, patrouilles militaires dans les gares, scanners corporels dans les aéroports... nous ne serions pas seulement entrés dans une société conformiste, dans un siècle policé, mais également dans un capitalisme policier" (voir la suite de ce commentaire de Nicolas Truong dans ''Le Monde'').

Mères sous influence. De la cause des femmes à la cause des enfants, par Sandrine GARCIA, éditions La Découverte, 2011.
Comment est-on passé de la dénonciation de la « maternité esclave » par le MLF (Mouvement de libération de la femme) à la culpabilisation des mères ? De quelle manière la toute-puissance exercée par les parents sur leurs enfants a-t-elle cédé la place à l'encadrement des mères et des pères par les professionnels de la santé et de l'éducation ? Interrogeant pour la première fois ces évolutions paradoxales, Sandrine Garcia donne à voir comment, durant la lutte pour la régulation des naissances, de nombreux médecins dénoncent le magistère moral exercé par un Ordre des médecins majoritairement catholique, au profit d'une autorité se voulant uniquement scientifique. Puis, revisitant les étapes majeures de la construction de la « cause de l'enfant », l'auteure montre comment nombre de psychanalystes de l'enfant - en particulier Françoise Dolto - investissent massivement le champ de l'éducation : le destin des femmes passe désormais par le bien-être de l'enfant tel que le définissent ces experts. Ce brouillage des registres entre clinique et morale aboutit, aujourd'hui, à la dénonciation d'une nouvelle maltraitance : la « violence éducative » qu'exerceraient les parents réfractaires aux bons usages. D'où l'émergence d'un militantisme individuel et institutionnel pour faire sanctionner les « déviances » parentales, au risque de stigmatiser les pratiques les plus éloignées de la norme incarnée par les classes moyennes : celles des milieux populaires.

L'apocalypse de la modernité, par Emilio GENTILE, Aubier-Flammarion, 2011.
"A la fin de L'Apocalypse de la modernité, qui étudie un ensemble de réflexions sur le destin de la civilisation occidentale au XIXe siècle, le grand historien italien Emilio Gentile conclut : "Parmi les observateurs avertis, exégètes de l'apocalypse de la modernité, certains remarquèrent (...) que la Grande Guerre avait déposé quelques oeufs sur le continent européen. Des oeufs rouges, noirs et bruns." C'est que la compréhension du fascisme italien est au coeur de l'oeuvre de Gentile, largement traduite en français. Il y décrit le fascisme comme le premier mouvement à se penser en "religion politique", avec ses mythes et ses rites, analyse le rôle spécifique du parti, la place du charisme de Mussolini, et souligne encore la structure totalitaire de l'Etat fasciste. Mais dans ce nouveau volume, l'historien s'éloigne quelque peu de son terrain privilégié pour conduire une enquête sur les discours, et parfois les élucubrations autour de l'avenir de la civilisation, du XIXe siècle à la Grande Guerre. Gentile campe d'abord le décor en un plan large qui dépeint la foi dans le progrès qui accompagne les avancées scientifiques, techniques et économiques de l'époque" (lire la suite de ce commentaire de Nicolas Offenstadt dans ''Le Monde'').

Manifester à Paris, 1880-2010, par Danielle TARTAKOWSKI, éditions Champ Vallon, 2011.
Cet ouvrage, à la croisée de l’histoire politique et de l’histoire urbaine, analyse les liens tissés durant plus d’un siècle entre Paris et les manifestations déployées dans ses murs. Jusqu’au dernier tiers du XXe siècle, la géographie manifestante, qui ne correspond qu’imparfaitement avec nombre d’idées reçues, fluctue sans se modifier radicalement. Mais la mise à mal de la ville haussmannienne et des conceptions progressistes de l’histoire vient saper les fondements d’un système manifestant, ses codes et ses repères. Certaines orientations présidentielles contribuent à l’émergence d’une nouvelle géographie manifestante. Les manifestations, en croissance exponentielle, sont désormais susceptibles d’investir tout Paris. Les recensions quotidiennes de la Préfecture de police permettent de prendre la mesure de ces recompositions.

La lutte contre la criminalité économique, sous la direction de Etienne BLAIS et Bernard PERRIN, L'harmattan & Editions Romandes Schulthess, 2010.
De l'affaire Enron, dont le montant de la fraude s'estime à plus de 10 milliards de dollars, au simple vol interne commis par un employé, les crimes économiques fascinent par leur ampleur et leur coûts. Leur variété et l'ingéniosité des modes opératoires, imaginés par les criminels en col blanc, interpellent les chercheurs ainsi que tous acteurs impliqués dans la lutte contre le blanchiment de valeurs patrimoniales, le financement du terrorisme, la corruption, les organisations criminelles, les infractions contre le patrimoine et le trafic de stupéfiants.

L'école démocratique. Vers un renoncement politique ?, par Choukri BEN AYED, Armand Colin, 2010 (préface Christian Baudelot, postface Roger Establet).
Jamais l’école n’a été autant au cœur du débat public : les réformes se succèdent et suscitent doutes et controverses. Leur manque de cohérence globale et leur caractère souvent précipité donnent le sentiment d’une situation confuse, d’une perte de repères quant au sens et aux finalités de l’éducation. Comment analyser et comprendre les changements éducatifs en train de se faire ? Quelles sont leurs implications idéologiques et politiques ? Statut de l’école maternelle, traitement de la difficulté scolaire, violence à l’école, éducation prioritaire, suppression de la carte scolaire, soutien scolaire privé, les auteurs analysent les réformes menées actuellement et en démontrent le dénominateur commun : une vision mythologique et passéiste d’une certaine orthodoxie pédagogique alliée à un libéralisme éducatif. Ce nouvel ordre éducatif, en s’alignant sur un modèle emprunté à l’économie marchande – compétitivité, concurrence, libre choix du consommateur – met à mal les idéaux de justice, de solidarité et d’égalité auxquels une grande partie de la communauté éducative est attachée. L’ouvrage se conclut par des propositions d’actions possibles pour créer les conditions d’une véritable école démocratique.
Contributions d’Élisabeth BAUTIER, Choukri BEN AYED, Bernard BIER, Stéphane BONNERY, François BOUILLON, Sylvain BROCCOLICHI, Bertrand GEAY, Dominique GLASMAN, Benjamin MOIGNARD, Nathalie MONS, Jean-Yves ROCHEX, Rémi SINTHON, Agnès VAN ZANTEN, Michel WARREN.

Doing Justice to Young People. Youth Crime and Social Justice, par Roger SMITH, Routledge, 2010.
There is an impasse in current thinking about youth crime and justice, represented by punitive and harmful practices, and liberal objections to these processes on the other, based predominantly on arguments for ‘rehabilitation’. This book aims to arrive at an alternative strategy for resolving the tensions between young people – especially those on and beyond the margins – and the social world which frames their lives. The book is split into three sections:1- focuses on young people, their attitudes and behaviour; 2- considers the way in which their behaviour is constructed as criminal and then addressed; 3- considers the limitations of current practices and potential alternatives.
Within this broad framework, the differentiated and contested nature of young people’s experiences and our (and their) ideas of ‘youth’ can be counterposed to prevailing one-sided and often discriminatory assumptions about them; in order then to open up questions about the nature and purposes of the youth justice system, and to introduce some possibilities for reconstructing it according to fundamental principles of rights, welfare and social justice.

Histoire de la peine de mort, par Pascal BASTIEN, éditions du Seuil, 2011.
De la fin du Moyen Âge au tournant du XIXe siècle, le gibet trône en plein cœur de Paris comme de Londres ; la souffrance et le supplice, le spectaculaire de l’exécution sont parmi les pièces maîtresses du système pénal. Cette omniprésence de la peine de mort est-elle le signe d’une société violente ? D’un processus de civilisation encore inachevé ?
Loin des idées reçues, ce livre révèle la place centrale et jamais démentie de l’exécution capitale dans l’histoire culturelle de l’Europe. À l’appui d’archives, de récits contemporains, de documents iconographiques, Pascal Bastien dresse une véritable cartographie de la mort à Londres et à Paris et redonne la voix aux suppliciés, tout en restituant le quotidien des bourreaux. On entend s’élever les clameurs de la foule et on comprend, enfin, que la peine capitale a pu constituer et préserver le lien social.

Enfants en danger, professionnels en souffrance, sous la direction de Marceline GABEL et Martine LAMOUR, éditions Erès, 2011.
Qu'ils soient ceux qui repèrent, qui évaluent la situation des enfants en danger au sein de leur famille, ou qu'ils soient ceux qui prennent la décision de les placer dans une famille d'accueil ou dans une institution, tous les professionnels impliqués dans la protection de l'enfance sont en souffrance, mais n'osent pas en parler dans la crainte d'être jugés, voire disqualifiés. Plus les relations parents-enfant sont perturbées, plus des troubles graves de la parentalité exposent l'enfant psychiquement et physiquement, et plus les professionnels se vivent malmenés et sortent meurtris de ces suivis.
Trop longtemps méconnue, cette souffrance mérite pourtant d'être prise en compte car elle entrave les compétences de chacun, provoque des dysfonctionnements majeurs et a des effets néfastes tant pour les familles que pour les professionnels. L'identifier, la comprendre pour tenter d'y remédier, telle est l'ambition de cet ouvrage. Coconstruit par et pour les professionnels dans le cadre d'une formation continue, il témoigne de leur souffrance au travail et propose des outils théoriques et pratiques pour leur venir en aide ainsi qu'une bibliographie très ciblée.
Contributeurs : Janine ASSAN-RABAUD - Frederic BECAMEL - Bernard BETREMIEUX - Olivier DRICOT - Virginie DUMONT - Anne FRICHET - Alain GREVOT - Monique LE COURTOIS-PERON - Catherine LE VAN - Vanessa MALAPERT - Michel MANCIAUX - Rosa MASCARO - Michele MAURY - Martine MORALES-HUET - Marie-francoise MOUS-TOUTAIN - Lea NIEZ - Sylvie ROY - Jean-pierre VISIER - Nathalie WEISSMANN.

Violence envers les femmes : le non des femmes handicapées, Coordonné par Maudy PIOT et Michelle PERROT, éditions l'Harmattan, 2011.
La violence qui frappe les femmes handicapées a sans doute le même point de départ que toute violence. Et pourtant, le handicap oblige à franchir un pas de plus, celui d'une vulnérabilité plus grande. La violence, chez la femme handicapée, a une connotation bien particulière. Le handicap est cette blessure inscrite dans le corps qui autorise l'Autre à la domination, à la maltraitance. Le handicap engendre rejet, exclusion et condamnation. Le handicap est une monstruosité qui engendre peur, angoisse en violence.

Le processus éducatif, par Jacques MARPEAU, éditions Erès, 2011 (nouvelle édition).
Le processus éducatif, bien au-delà de la question de la socialisation ou de la construction des savoirs, est indispensable à la structuration de la personne. Il concerne l'élaboration des capacités structurelles que la personne doit mettre en œuvre pour faire face aux nécessités de son existence actuelle et à celles inconnues du futur. Comment les éducateurs spécialisés peuvent-ils initier ce processus et le soutenir face aux jeunes, et aux moins jeunes, handicapés, en difficulté sociale, psychologique ? L'acte éducatif n'a pas pour objet de soigner ni de combler des "manques", il doit créer les conditions pour que le sujet, pris dans les rets d'une situation sans issue, puisse devenir acteur de sa propre vie en s'ouvrant à de nouveaux possibles.
Jacques Marpeau s'oppose ici à toute idéologie de la maîtrise qui ferait de l'éducateur le maître qui à la fois conduit et libère. Il propose une "pédagogie de l'ouvert", une mise en œuvre de ce qui rend possible le rapport à l'inconnu, le déplacement des règles du jeu, des appartenances déjà constituées, des rôles préétablis. Cela suppose qu'éducateur et "éduqué" ou plutôt "s'éduquant" soient ensemble engagés dans le processus éducatif.
S'appuyant sur son expérience de directeur de MJC en région parisienne, où il a pu constater les carences éducatives à la base des difficultés de nombreux jeunes, et sur celle de la formation des professionnels de l'éducation spécialisée, l'auteur propose une analyse de la nature et de la complexité du processus éducatif. Il ouvre des perspectives de réflexions et d'actions nouvelles en abordant l'éducation sous l'angle des " échappées " possibles aux phénomènes de " captations " dans lesquelles sont enfermés les enfants, les jeunes et les adultes en difficulté. Il invite à une attention particulière aux dynamiques d'existence et aux conditions de mobilisation des potentiels des personnes qui, pour des raisons complexes, ne peuvent être sollicitées ou validées par leur environnement.

"La prévention de la délinquance et la politique de la ville : nouvelle étape ou changement de cap ?", Les cahiers du Développement Social Urbain, n°52, décembre 2010.
La politique de prévention de la délinquance et la politique de la ville ont toujours eu partie liée. Mais qu’en est-il, aujourd’hui, des relations entre politique de la ville et prévention de la délinquance ? Sommes-nous passés à une nouvelle étape d’un processus démarré voilà trente ans ou assistons-nous à un changement de cap ? Tel est le fil rouge de ce numéro qui, après une première partie présentant le contexte général dans lequel prend place la politique de prévention de la délinquance, consacre la seconde partie à la question des émeutes urbaines en partant des événements de Grenoble de juillet 2010. La troisième partie propose, à partir d’une analyse des changements à l’œuvre en matière législative, de donner à voir la manière dont ils ont été perçus et pris en compte sur le terrain, que ce soit du côté de la justice, de l’école, de la prévention spécialisée, et bien sûr des villes. La conclusion est une invitation à décentrer son regard à partir d’expériences internationales.

Introduction à Michel Foucault, par Jean-François BERT, Le Découverte, Repères, 2011.
Michel Foucault aura été en France le plus novateur des maîtres à penser - maître sans programme articulé qui a su pourtant offrir à ses nombreux lecteurs, issus des disciplines les plus variées, une « boîte à outils » qu'il dévoile par fragments (entretiens, cours, articles, livres...). À plus d'un titre, ses modes d'investigation ont des points communs avec certaines démarches des sciences sociales : sa rupture explicite d'avec la problématique classique de la souveraineté, ses attentions portées aux micromécanismes de la domination, sa façon d'interroger les institutions ou les manières de gouverner... Pourtant, les notions clés qu'il redéfinit tout au long de son parcours (« généalogie », « discipline », « gouvernementalité », « subjectivation »...) n'ont pas fait l'unanimité chez les historiens, les sociologues ou les anthropologues, ou encore les criminologues et les spécialistes du droit. Foucault n'est pas de ceux qui se laissent facilement saisir et l'objectif de cet ouvrage est d'éclairer, dans toute leur richesse et leur diversité, les enjeux de ses travaux pour en faire ressortir l'intérêt actuel pour les sciences sociales et, pourquoi pas, aider à penser différemment l'enfermement, les institutions et la société, le rapport à soi et à la vérité.

Désenchantements. Paroles d’enfants placés en structures de l‘Aide sociale à l’enfance, par Jean-Louis MAHÉ et Emilie GARCIA, éditions Champ social, 2010.
Des paroles d’enfants sur cette expérience très particulière pour eux : le placement.
Comment vivent-ils ce moment là fait de rupture avec leur famille et de découverte d’un monde nouveau ? Comment s’adaptent-ils aux lieux, aux personnes : enfants et adultes qui les entourent désormais ? Comment se représentent-ils cet environnement nouveau et souvent imposé ? Qu’ont-ils à dire aux adultes qui les entourent ?
Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une réflexion globale des structures de l’aide sociale à l’enfance, du placement et sur les évolutions nécessaires à penser pour l’avenir. Cette démarche d’implication s’inscrit aussi dans un désir de faire des ces enfants qui subissent le placement des sujets à part entière de leur histoire. Les écouter, recueillir leur paroles c’est faire preuve d’intérêt et de respect à leur égard, c’est faire d’eux des citoyens à part entière.

Contenir ou enfermer ?, Vie sociale et traitements (VST), Revue publiée par les Ceméa, 2011, Numéro 108.
Coordination : Dominique BESNARD
Ont participé à ce numéro : Jean-marc ANTOINE - Francis BATIFOULIER - Joelle BLACHERE - Herve BOYER - Marie CATHELINEAU - Francois CHOBEAUX - Pascal COURTY - Yves DARNAUD - Monique DE HADJETLACHE - Marion DE SAINT ANDRE - Julie DELBOS - Guy DELHASSE - Martine DUTOIT - Christine GARCETTE - Agnes GAUTHIER - Thierry GOGUEL D'ALLONDANS - Arnaud GUILLET - Adrien JOUJOUX - Serge KLOPP - Jacques LADSOUS - Philippe LEBAILLY - Jean-luc MARCHAL - Jean pierre MARTIN - Benedicte MAURIN - Vincent PACHES - Joseph ROUZEL - Antonio SEGUI - Gilles VAN AERTRYCK - Marie-noelle VANDEVELDE - Genevieve ZEHNDER.

Critical Criminology in Canada. New Voices, New Directions, edited by Aaron DOYLE and Dawn MOORE, University of British Columbia Press, 2010.
Canada’s criminal justice landscape has been shaped by contrary trends in recent years. As the crime rate declines, policy-makers continue to push for tough-on-crime legislation, and university criminology programs continue to expand. Given this context, what does the future hold for criminal justice and criminology in the twenty-first century? To answer this question, this book presents the work of a new generation of researchers and thinkers in critical criminology. The authors examine the place of criminology in English and French Canada, the politics and ethics of criminal justice and criminology in a conservative climate, and the role of professors in ever-expanding criminology programs. Breaking away from mainstream criminology and popular law-and-order discourses, the authors offer a spectrum of approaches to criminological theory from work influenced by Michel Foucault to feminist criminology, from critical realism to anarchism and they propose novel approaches to topics such as activism, genocide, white-collar crime, and the effects of prison sentences on families.

Pratiques innovantes auprès des jeunes en difficulté, sous la direction de Denis LAFORTUNE, Marie-Marthe COUSINEAU et Claudia TREMBLAY, Presses de l'Université de Montréal, 2011.
L’ étendue des expérimentations locales dans le domaine de l’intervention psychosociale auprès des jeunes et de leur famille est largement méconnue. Pourtant, si l’on innove, c’est pour répondre à la nécessité souvent criante de s’adapter à l’environnement de travail et à la clientèle. Or, lorsque les pratiques originales restent dans l’ombre, les intervenants courent le risque de passer à côté de trouvailles utiles et de reproduire les erreurs du passé. Ce livre décrit une trentaine d’initiatives en cours dans le réseau des centres jeunesse du Québec.
Les auteurs sont des praticiens et des universitaires dont la collaboration a permis de trouver des solutions prometteuses pour offrir aux jeunes en difficulté un soutien individuel et familial adéquat.

L'agression humaine, par Laurent BEGUE, éditions Dunod, série Psychologie, 2010.
Introduction psychologique générale au phénomène de l'agression humaine, ce livre en expose des avancées scientifiques récentes et leurs conclusions majeures. Les faits et les théories explicatives sont présentées de manière intégrée afin de permettre au lecteur de comprendre le comportement agressif aujourd'hui. l'ouvrage apporte ainsi de nombreuses réponses, parfois inattendues, à des questions concernant les formes, déterminants et modulateurs neuro-psycho-biologiques, situationnels et culturels de l'agression. Le monde est-il plus violent que par le passé ? L'enfant est-il plus agressif que l'adulte ? Dans quelles conditions les femmes sont-elles plus agressives que les hommes ? Les jeux vidéo ont-ils plus d'impact que la télévision sur l'agression ? La religion est-elle un facteur d'agression ? Quelles sont les écoles où le taux de violence est le plus bas ?

L'histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle, par Enzo TRAVERSO, La Découverte, 2011.
Le XXe siècle s'est arrêté un beau jour de 1989, avec la chute du mur de Berlin. Ce qui jusqu'à la veille palpitait dans le présent a soudainement semblé faire partie de l'histoire. Profondément affectée par cette rupture, l'historiographie a dû remettre en cause ses paradigmes, questionner ses méthodes, redéfinir ses domaines. Les clivages figés de la Guerre froide ont laissé place à un monde « liquide », et la nouvelle histoire globale, en lieu et place d'un siècle divisé en blocs, s'est intéressée aux réseaux d'échanges économiques, aux transferts démographiques, aux hybridations culturelles à l'échelle de la planète. L'histoire structurale, axée sur la longue durée, s'est effacée au profit de l'événement, avec ses contingences et ses énigmes. Enfin, la mémoire est devenue un prisme privilégié de perception du passé. Une fois entrée dans l'atelier de l'histoire, elle a redessiné le profil du XXe siècle en un âge de violences et de victimes. Dans ce livre, Enzo Traverso reconstitue de manière magistrale et critique le tableau d'ensemble des mutations qui sont au cœur des grands débats historiographiques actuels. Il y aborde les grandes catégories interprétatives, tant anciennes (révolution, fascisme) que nouvelles (biopouvoir), pour mettre en lumière à la fois la fécondité et les limites de leurs apports ou de leurs métamorphoses. Il y interroge le comparatisme historique, d'abord en étudiant les usages de la Shoah comme paradigme des génocides, puis en mettant en parallèle l'exil juif et la diaspora noire, deux thèmes majeurs de l'histoire intellectuelle. Il analyse, enfin, les interférences entre histoire et mémoire, entre mise à distance et sensibilité du vécu, qui affectent aujourd'hui toute narration du XXe siècle.

Cadres, classes moyennes : vers l'éclatement ?, sous la direction de Paul BOUFFARTIGUE, Charles GADEA, Sophie POCHIC, Armand Colin, 2011.
« Banalisation des cadres », « stress au travail », « panne de l’ascenseur social », « crise des classes moyennes » : les anxiétés sociales se focalisent sur ce vaste ensemble dans lequel une majorité de la population tend désormais à se reconnaître. Dans quelle mesure sont-elles fondées ? Reflet de tendances lourdes ou emballement médiatique, voire rhétoriques politiques ? Une quarantaine de sociologues et de spécialistes en sciences de gestion apportent une réponse nuancée. Multipliant les angles d’observation, combinant de grandes enquêtes quantitatives et des enquêtes localisées, faisant place à l’étude de catégories de salariés proches des cadres, donnant une large place aux différences liées au genre et aux générations, l’ouvrage sonde l’évolution des frontières entre cadres et non cadres. Il analyse les carrières, le rapport au travail et les conditions de travail des cadres, mais aussi leur mode de vie, leurs pratiques culturelles et leurs comportements politiques. Cadres non dirigeants et professions intermédiaires, cœur des classes moyennes salariées, apparaissent à la fois éloignés sur de multiples plans et néanmoins réunis par nombre de passerelles. Bilan des recherches empiriques et contribution au renouvellement du débat théorique sur la notion de classes moyennes, il plaide pour une analyse nuancée qui prend en compte les diverses facettes du devenir de ce monde social inscrit au cœur de la société française.

Racial Criminalization of Migrants in the 21st Century, Edited by Salvatore PALIDDA, Ashgate, 2011.
Over the last two decades in the West, there has been a significant increase in the arrest, imprisonment and detention of migrants. The racial criminalization and victimization of migrants and Roma people has led judicial authorities, local governments, the police, mass media and the general population to perceive migrants and 'gypsies' as responsible for a wide range of offences. Taking into consideration the political and cultural conditions that affect and interconnect societies of emigration and immigration, the contributors examine and compare a range of cases in Europe and the United States. The contributions demonstrate how the persecution of the 'current enemy' is the 'total political fact' of the 21st century in that it ensures consensus and business, or what might be termed the 'crime deal' of today.
Contributors: Salvatore Palidda; Alessandro Dal Lago; Fabienne Brion; Marcello Manieri; Jérôme Valluy; Nando Sigona and Nidhi Trehan; Alessandro De Giorgi. Laurent Mucchielli and Sophie Nevanen; Hans-Joerge Albrecht; José Ángel Brandariz García and Cristina Fernàndez Bessa; Bernard E. Harcourt; Yasha Maccanico.

Les récidivistes. Représentations et traitements de la récidive, XIXe-XXIe siècle, sous la direction de Jean-Pierre ALLINNE et Mathieu SOULA, Presses Universitaires de Rennes, 2011.
FAUT-IL reprendre à son compte des catégories d’État sans en interroger la genèse et la construction, sans dépasser le langage impersonnel et neutralisant du droit, sans en analyser l’efficience et les effets ? Faut-il admettre que les « récidivistes » désignent historiquement un même groupe homogène et véhiculent les mêmes impensés, les mêmes peurs, les mêmes fantasmes depuis plus de deux siècles ? Ou faut-il poser comme point de départ à toute tentative de compréhension des objets « récidive » et « récidivistes » que ce sont des catégories juridiques historiquement situées, des construits politiques qui se sont imposés par la force du droit et qui ont perduré au prix de changements de sens masqués par l’apparente neutralité de la qualification juridique. Tentant d’ouvrir cette seconde voie, cet ouvrage se propose de redonner aux « récidivistes » une dimension historique, d’analyser la consolidation de cette catégorie au xixe siècle et les raisons et les effets de sa permanence, dont on mesure aujourd’hui encore toute l’actualité. Fruit d’une rencontre de chercheurs issus de différentes disciplines (Histoire, Socio-histoire, Droit, Histoire du droit, Sociologie), ce livre essaie d’éclairer la question en multipliant et confrontant les points de regard..

Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et révolution, par Robert MUCHEMBLED, éditons du Seuil, 2011.
Robert Muchembled mène l’enquête sur la corruption policière au XVIIIe siècle. Il suit la piste de l’inspecteur Meusnier, chargé des mœurs dans les années 1750. Espion, faussaire, aventurier, aigrefin, ce policier exceptionnel a vécu mille et une existences et raconté autant de mensonges dans l’impressionnante masse documentaire qu’il a laissée : fictions dans les archives ! Au cours de cette traque, l’historien explore le versant obscur du brillant théâtre des Lumières. Dans ce roman policier plus vrai que nature, escroqueries, attentats, scandales, vus sous un jour nouveau, impliquent des actrices, de grands officiers, des courtisans… et jusqu’à la reine Marie Antoinette elle-même. Le monde de la Cour et du Tout-Paris, imitant son prince corrompu, despotique, esclave de ses sens et de ses plaisirs, pave la voie de la Révolution dès le milieu du siècle. De nombreux policiers « ripoux » y prennent largement leur part en faisant chanter les puissants. Entre sexe, argent et pouvoir, ces parasites qui infestent le tronc de l’État entraînent sans le vouloir la désacralisation et la ruine de la monarchie, précipitant ainsi les bouleversements de 1789.

"Le travail social aujourd'hui : comment résister ?, LIEN SOCIAL, n° 1000-1001, 13 janvier 2011 (rédacteur en chef invité : Robert Castel).
Au sommaire : Entretien Robert Castel "Garder la référence au droit", Didier Maille "Le droit, socle du social", Table ronde Françoise Léglise, Gaëlle Bougot, Jean-Marie Vauchez et Bernard Bonnet "La refondation, c’est par où ?", Jacqueline Duchêne et Sylvie Filet "Travail en souffrance", Patrick Coupechoux "Négation de la folie", Martine Dutoit "La pastèque sans pépins", Table ronde Jacques Ladsous et Julien Khayat "La transmission", Stéphane Rullac "L’ère de la scientifisation", Thierry Michalot "CHRS, résister à la sélection", Véronique Le Goaziou "Guetteurs de l’étincelle", Reportage photo Arno Brignon "Être éducs de rue", Laurent Mucchielli "Le piège de la radicalisation", Dominique Lhuilier "Prison, fin du travail social ?", Table ronde Françoise Lumeau, Patrick Menchi, Martial Chenut et Christian Dulieu "Pour le retour du collectif", Ludwig et Bruno Maquet "Résistance sociale", Nicolas Duvoux "RSA, orientation automatisée", Laurent Ott "Retrouver le sens du social", Roland Gori « Nous faisions un beau rêve ».

Enfance maltraitée et éducation familiale. Textes 1991-2010, par Paul DURNING, éditions l'Harmattan, 2010.
De la « découverte » de l’inceste au débat sur la fessée, la question de l’enfance maltraitée constitue depuis trente ans une thématique importante pour les professionnels, les médias et nos concitoyens. Ainsi, de très nombreux pays occidentaux, dont la France et le Québec ont adopté successivement une législation importante à la fin des années 1980 et ont récemment à nouveau réformé leur système de protection de l’enfance. Cet ouvrage rassemble onze études consacrées à l’enfance maltraitée, rédigées depuis 1990, dont cinq n’ont pas été véritablement publiées ; les autres, dispersées, sont d’un accès parfois malaisé. Ces textes rendent compte de l’émergence, de l’évolution et de l’actualité de cette préoccupation sociale majeure. Chercheur en éducation familiale, l’auteur montre que de très nombreuses situations de maltraitance parentale résultent de difficultés sérieuses de relation, de contrôle ou encore de stimulation rencontrées par certains parents dans l’éducation de leurs enfants. Cet ouvrage permet de mieux comprendre les processus, mais aussi propose de développer plus efficacement des interventions pour prévenir, identifier et traiter les situations d’enfants maltraités ou en danger. Les textes ont été rédigés par un universitaire spécialisé sur ce champ, mais aussi fortement engagé pour favoriser une synergie entre les résultats de recherches, l’analyse des pratiques professionnelles françaises et internationales et l’élaboration de choix politiques.

Enfants d'Islam et de Marianne, par Leyla ARSLAN, Presses Universitaires de France, 2010 (préface Catherine Wihtol de Wenden).
Depuis près de trente ans, les jeunes issus des immigrations musulmanes font souvent figure de nouveaux Barbares, leur identité française se heurtant au soupçon et à la défiance. Les violences urbaines de 2005, le débat calamiteux sur l’identité nationale de 2009 et les enjeux politiques sur le voile intégral accentuent encore cette stigmatisation. Et pourtant, à la faveur de la démocratisation de l’enseignement supérieur, une révolution tranquille et invisible fait naître peu à peu une classe moyenne musulmane qui se construit une identité intégrée et complexe, l’ethnicité devenant plus symbolique et affective, et le rapport au religieux, très individualisé, dans un contexte paradoxal marqué par la stigmatisation de ses « différences » et la valorisation de sa « diversité ». Dans un tel cadre social et politique marqué de surcroît par la déstructuration des communautés d’origine, comment l’identité de ces étudiants ou de ces jeunes professionnels se déploie-t-elle entre discours publics et propos privés ? Dans quelle mesure, des banlieues à l’Université, la mobilité sociale affecte-t-elle la vision que ces enfants d’Islam et de Marianne ont d’eux-mêmes et de la place qu’ils sont amenés à tenir dans la société ?

Corruption et politique : rien de nouveau ?, Par Frédéric Monier, Armand Colin, 2011.
L’affaire Woerth-Bettencourt a agité la vie politique française. Ce n’est certes pas la première fois que la République est touchée par un scandale : un avatar de plus d’une corruption bien dans ses meubles au sein du système français de pouvoir ? Méfions-nous des apparences et d’une prise en otage du passé nourrie par l’incapacité de penser les spécificités du présent. Paradoxalement, c’est l’historien qui est le mieux à même de faire la part des choses. Et c’est donc en historien, et non pas en politiste, et encore moins en journaliste, que l'auteur analyse cette affaire.
Il nous livre un éclairage précieux sur cette France d’aujourd’hui, qui, de droite à gauche, de dissensions en fractures, de malaises en psychodrames, se donne tant de mal pour retarder ses rendez-vous avec un avenir démocratique.

Les lascars. Une jeunesse en colère, par Marc HATZFELD, éditions Autrement, 2011.
Parler « Lascars » plutôt que délinquant, c’est désigner des transgresseurs insolents et rusés plutôt que des destructeurs, c’est suggérer que leur audace juvénile procède d’une énergie vitale qui construit aussi notre avenir si l’on prend la peine de la connaître. La transgression juvénile n’est pas un phénomène récent. Elle est même fondatrice, dès lors qu’on regarde sur le temps long : la faute de Eve et Adam, mais aussi la fougue assassine de Roméo et le mensonge effronté de Antoine Doisnel dans les 400 coups sont autant d’actes admirables qui émancipent. Le discours sur la « montée de la violence des jeunes et des incivilités » apparaît dès lors comme un vaste malentendu. Un Parler « Lascars » plutôt que délinquant, c’est désigner des transgresseurs insolents et rusés plutôt que des destructeurs, c’est suggérer que leur audace juvénile procède d’une énergie vitale qui construit aussi notre avenir si l’on prend la peine de la connaître. La transgression juvénile n’est pas un phénomène récent. Elle est même fondatrice, dès lors qu’on regarde sur le temps long : la faute de Eve et Adam, mais aussi la fougue assassine de Roméo et le mensonge effronté de Antoine Doisnel dans les 400 coups sont autant d’actes admirables qui émancipent. Le discours sur la « montée de la violence des jeunes et des incivilités » apparaît dès lors comme un vaste malentendu. Un dialogue de sourds conditionné par la peur, par des motifs réels d’inquiétude devant l’avenir, par un trouble sur la légitimité de la loi… L’apport majeur de ce livre est de changer de cadre. Il donne une portée philosophique et politique au débat embourbé sur le traitement de la délinquance (réprimer versus assister). Son écriture ciselée invite chacun à ouvrir ses oreilles pour entendre ce que nous disent de jeunes rebelles.

Favoritisme et corruption à la française. Petits arrangements avec la probité, sous la direction de Pierre LASCOUMES, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.
Les « affaires » se succèdent, devenant parfois des scandales, laminant toujours un peu plus la défiance des citoyens à l'égard de leurs élus et des institutions politiques. Quand 65% des Français considèrent les hommes politiques comme « plutôt corrompus », on pourrait penser que la cote d'alerte est atteinte. Paradoxe de la démocratie française, ce n'est pas le cas. On s'indigne des « affaires », on considère que la probité des gouvernants est l’un des fondements de la démocratie mais beaucoup de dirigeants se jouent des règles et les orientent à leur profit et, finalement, souvent complaisants avec le favoritisme et autres formes d’arrangement, les citoyens les sanctionnent peu. Pour comprendre cette situation pour le moins contradictoire cet ouvrage aborde sous différents angles l’ambiguïté qui domine dans les attitudes à l’égard de la « corruption ». Il montre, en combinant diverses enquêtes (monographies locales, expérimentations, sondage) la multiplicité des critères de jugement sur la corruption. La politique n’est pas seulement une affaire de morale, mais aussi d’efficacité et de confiance dans nos institutions. C’est l’arbitrage complexe et mouvant entre ces trois dimensions qui explique l’ambivalence du comportement des électeurs et leur tolérance de fait.
Ont contribué à cet ouvrage : Bruno Cautrès, Flora Chanvril, Jean Chiche, Viviane Le Hay, Nonna Mayer, Oscar Mazzoleni, Guy Michelat, Janine Mossuz-Lavau, Anne Muxel, Pascal Perrineau, Mariette Sineau, Odette Tomescu-Hatto.

"Police scientifique : Les experts mènent l'enquête", Pour la Science, janvier-mars 2011, n°72.
La science offre de nombreux outils, très efficaces, grâce auxquels la moindre trace retrouvée sur les lieux d’un crime peut aider à reconstituer le déroulement des faits et devenir une preuve au moment d’un procès. Balistique, ADN, psychologie, informatique, statistiques, etc. sont aujourd’hui convoqués au tribunal où pendant longtemps les seuls témoignages – dont on sait les limites – suffisaient à décider de la culpabilité ou de l’innocence d’un prévenu. Cependant, ces résultats sont portés par des experts... qui ne sont pas infaillibles. Les sciences criminalistiques sont ainsi parvenues à une nouvelle étape où le doute et la confrontation d’hypothèses contradictoires sont devenus essentiels. La balance est plus que jamais le symbole de la justice.

La jeunesse n’est plus ce qu’elle était, sous la direction de Jacques HAMEL, Catherine PUGEAULT-CICCHELLI, Olivier GALLAND et Vincenzo CICCHELLI, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
La jeunesse n’est plus ce qu’elle était… » Voilà la formule qui a valeur d’antienne quand ont est jeune ou que, en avançant en âge, on se fait vieux en se scandalisant de ce qu’est devenue la jeunesse ! Qui n’a pas eu ces mots à la bouche pour regretter la jeunesse d’antan ou, au contraire, pour se féliciter qu’elle ait changé. C’est sous cette bannière que des dizaines de chercheurs se sont réunies au Centre culturel de Cerisy-la-Salle, du 23 au 30 juin 2009, afin de pouvoir échanger sur les sujets à l’ordre du jour et cela dans l’intention de savoir si véritablement la « jeunesse n’est plus ce qu’elle était ». Le présent recueil s’efforce dans cette voie de brosser un tableau d’ensemble de la jeunesse en croisant les regards des principaux chercheurs en la matière issus de l’anthropologie, de l’histoire, de la sociologie et des autres sciences sociales. Les lecteurs – jeunes ou moins jeunes – trouveront entre autres des études sur les parcours scolaires, sur l’insertion dans le marché du travail, sur la mobilité géographique, sur l’entrée dans la vie adulte, et sur la culture teintée des couleurs du cosmopolitisme des jeunes évoluant dans les sociétés francophones que représentent la France, le Québec, la Belgique et l’Acadie.

« Dispositifs publics et construction de la jeunesse en Europe », Politiques sociales et familiales, décembre 2010, n° 102 coordonné par Vincenzo Cicchelli.
Entièrement consacré à la jeunesse en Europe, ce numéro de Politiques sociales et familiales veut témoigner de plusieurs aspects du regard que le monde des adultes jette sur cet âge de la vie. Plus précisément, il entend se pencher sur le fait que les jeunes sont à la fois un objet d’intervention politico-administrative et un objet de connaissance scientifique. En dehors des liens puissants existant entre ces deux formes de catégorisation de la jeunesse (et qui ne doivent jamais faire oublier l’autonomie du savoir sociologique), l’ambition de ce numéro est également de faire état des résultats des recherches comparatives portant sur la condition juvénile européenne. Trois thèmes structurent le propos. Le premier se penche sur la façon dont les politiques publiques participent de la mise en forme et de la construction des contours de la jeunesse, en montrant la variété et l’étendue des dispositifs publics en direction de cette population. Le deuxième traite plus particulièrement des transformations du passage à l’âge adulte des jeunes européens par le biais de la prise en compte des cadres nationaux de socialisation. Quant au troisième, il s’agit de faire à la fois un bilan critique de la littérature sociologique consacrée à la jeunesse européenne et une analyse de l’objectif des instances européennes de promotion des politiques publiques en direction de cette population à l’échelon national et communautaire.

"Risque, dangerosité et sécurité", sous la direction de Christian-Nils ROBERT et Michel van de KERCHOVE, Déviance et société, 2010, n°4.
De nombreux pays ont, au cours des dernières années, adopté de nouvelles législations visant, dans une perspective sécuritaire, à lutter contre différentes formes de risques associés à la dangerosité supposée de certaines catégories de situations ou de personnes. Un tel constat ne peut être dissocié de l'émergence de ce que Beck a appelé une "société du risque" et des formes nouvelles et renforcées de contrôle social qu'elle suscite. Il témoigne également de la "nouvelle crise sécuritaire" que de nombreuses sociétés connaissent actuellement, crise abondamment relayée par les médias, à laquelle l'adoption de législations de plus en plus restrictives de liberté semble être la réponse politique la plus fréquente et symboliquement la plus efficace.
Le présent volume est divisé en trois parties. La première, de nature plus théorique, porte sur l'analyse des l'évolution des législations, des doctrines et des politiques criminelles dans différents pays. La deuxième, de nature plus empirique, offre trois regards différents sur les pratiques. La troisième rend compte du point de vue adopté par la Cour européenne des droits de l'Homme face à ces évolutions.

L'insertion : la force d'une conviction. Itinéraire d'un pionnier, par Christian DANIEL, édition à compte d'auteur, 2010.
« En écrivant ce livre, j'ai voulu démontrer qu'une politique d'insertion des personnes placées sous main de justice a toute sa raison d'être et de devenir. La sécurité publique ne peut reposer seulement sur le cadre contraint qui a longtemps été le sien ».
Depuis plus de trente ans, l'auteur participe au développement, au travers de ses fonctions successives, de la mission d'insertion dans le cadre du service public de l'administration pénitentiaire. Il occupe actuellement le poste de directeur du service pénitentiaire d'insertion et de probation du Morbihan.

Psychologie de l'intervention policière en situation de crise, sous la direction de Michel ST-YVES et Peter COLLINS, éditions Yvon Blais, 2010.
Les policiers sont de plus en plus sollicités pour intervenir auprès de personnes en crise qui représentent un risque pour elles-mêmes ou pour autrui. Pour résoudre ces situations conflictuelles, les interventions policières se font de plus en plus avec une arme remarquablement efficace et sécuritaire : la communication. Il y a beaucoup de psychologie dans le travail des policiers. Leurs modes d'intervention doivent évoluer selon la problématique à laquelle ils sont confrontés : personnes en détresse ou suicidaires, tireurs fous, preneurs d'otages, fanatiques religieux ou politiques, ne demanderont pas tous le même type d'intervention. Cet ouvrage apporte une meilleure compréhension des crises humaines et des méthodes pour intervenir auprès des personnes « responsables » ou victimes de ces crises. Il aidera les policiers à évaluer la situation, à saisir la personnalité de l'individu impliqué et à réagir efficacement en privilégiant la communication. Alliant théories et méthodes d'intervention, cet ouvrage collectif réunit les textes de 20 chercheurs et praticiens nord-américains et européens.

Racismes ordinaires ?, Le Sociographe, janvier 2011, n°34.
Il n'y a pas un racisme mais des racismes. Ancien et toujours actuel, ils ne cessent de s'actualiser. Parce que certains tabous ont sauté, le racisme s’autorise même à revêtir les figures du bien-pensant et de la nécessité. La gestion des places et des espaces – du scolaire aux espaces dits publics – obéit à des règles racialisantes ; ce processus de catégorisation tendant à légitimer une dynamique dangereuse. Les tensions communautaires, les modalités de gestion politique du racisme « classique » ne doivent pas masquer que la diffusion de la pensée racialisante est plus profonde, plus rampante, plus ambivalente. Ici, quelques tentatives pour démonter ces processus de « racialisations », pour déshabiller un racisme parfois « normalisé » tant ses formes sont ordinaires, tant le racisme peut paraître finalement banal.

Violences et société : Regards sociologiques, sous la direction de Abou NDIAYE et Dan FERRAND-BECHMANN, éditions Desclée de Brouwer, 2010.
Commentant les émeutes qui embrasèrent les banlieues en 2005, le ministre de l’Intérieur d’alors pointa du doigt les sociologues : " Quand on veut expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable ". On peut préférer croire que connaître les mécanismes et les ressorts de la violence permet de lutter contre elle. En donnant la parole à des sociologues de terrain, à des enseignants et à des chercheurs, le congrès de 2009 de l’Association française de sociologie s’est donc attelé à cette tâche, et s’est lancé dans l’examen des diverses formes des violences contemporaines : violence dans les quartiers, conflits internationaux, racisme, pressions dans le monde de l’entreprise... Une démarche qui peut aider notre société à sortir de la peur et de l’incompréhension.
Contributions de Sylvie Ayral, Annie Benveniste, Sophie Béroud, Consuelo Corradi, David Garland, Vincent de Gaulejac, Florence Giust-Desprairies, Fabienne Hanique, Pascal Hintermeyer, Azadeh Kian, Christian Poiret, Qian He, Yves Raibaud et Abram de Swaan.

The Police, State and Society. Perspectives from India and France, par Ajay K. MEHRA et René LEVY, Noida (Inde), Pearson Education, 2010.
The Police, State and Society, is a parallel study between criminal justice systems in India and France. It covers the institutional, democratic and functional aspects of the police and law in the two countries. Its discussion of the modern aspects of policing and human rights issues in the criminal justice system against a backdrop of violence and conflict gives it a wider scope than other books in the same genre.
This in-depth analysis will be of interest to students and scholars of sociology, law, criminal justice, political science policymakers and the general reader.

Le nouveau gouvernement du monde. Idéologies, structures, contre-pouvoirs, par Georges CORM, éditions La Découverte, 2010.
Alors que la crise de 2007-2009 a révélé à tous les méfaits de la mondialisation et de la spéculation financière, rien ne change, malgré les dénonciations qui se multiplient de tous bords. Pour comprendre les racines de cette dangereuse inertie des décideurs économiques et politiques mondiaux, Georges Corm analyse les sources intellectuelles de ce pouvoir mondialisé : le néolibéralisme se nourrit d'un idéalisme simpliste, mysticisme virulent qui rappelle l'esprit doctrinaire du socialisme « scientifique ». Cette économie-fiction néolibérale a envahi les cours de millions d'étudiants en économie et gestion, futurs cadres du pouvoir mondialisé. Georges Corm propose également une analyse novatrice de la structure et du fonctionnement de ce pouvoir et de sa capacité à bloquer les changements. Mais aussi de ses failles, que devraient exploiter les mouvements « antisystémiques », dont il évalue les alternatives proposées au fonctionnement pervers de l'économie globalisée. Il plaide ici pour une « démondialisation » raisonnée des esprits et des systèmes économiques dans un monde ouvert, pour une économie solidaire et humaine par le rétablissement des cohérences spatiales, la fin des dogmatismes et la réhabilitation des valeurs d'éthique et d'équité dans l'enseignement de l'économie.

Histoire d’une drogue en sursis. L’opium à Canton, 1906-1936, par Xavier PAULES, Paris, Les éditions de l'EHESS, 2010.
Ce livre renouvelle la lecture historique de la question de l’opium. En mettant l'accent sur les pratiques sociales engendrées par la consommation plutôt que sur les implications de l'offre, nombre d'idées reçues sont remises en cause.
Cette étude nous plonge dans les mutations d’une société urbaine dont l’ampleur et la rapidité ne peuvent se comparer qu’à celles qu’on observe en Chine aujourd’hui. Rivalités politiques, transformation de l’ordre fiscal et administratif, affirmation d’une économie des loisirs, hiérarchie sociale, place des femmes, influence des sociétés secrètes et du monde du crime, construction d’une identité nationale, il n’est guère de question qui ne reçoive ainsi un éclairage nouveau et original : l'auteur montre avec force que l’opium n'a été ni un fléau de santé publique, ni un facteur de désintégration du corps social.

Politiques de jeunesse et politiques éducatives, par Bernard BIER, L'Harmattan/INJEP, 2010.
Politiques de jeunesse et politiques d’éducation sont au cœur des réflexions réunies dans ce livre. Celui-ci se propose d’éclairer la multiplication des dispositifs et les recompositions politiques à l’œuvre depuis quelques années, les changements de paradigme en cours dans le champ éducatif, mais aussi la mise à l’agenda par l’action publique des questions de jeunesse et de diversité culturelle. Quels sont les fondements de ces politiques publiques ? Faut-il voir de l’incohérence dans les évolutions en cours ou au contraire y repérer des lignes de force ? Faut-il désespérer devant la complexité (voire la complication) des situations ou au contraire y déceler des marges de manœuvre possibles pour les dynamiques territoriales ? Quelles nouvelles postures professionnelles, éthiques et politiques ces évolutions appellent-elles ? Né du croisement de recherches, d’études et de pratiques d’accompagnement des acteurs dans les territoires, cet ouvrage est celui d’un spectateur résolument engagé.

Les grands ensembles. Des discours utopiques aux quartiers sensibles, par Pierre MERLIN, La Documentation française, 2010.
La construction des " grands ensembles " au sortir de la Seconde Guerre mondiale, répondait à une nécessité démographique et devait accompagner l'essor économique des Trente Glorieuses. On y trouvait clarté, espace et confort ; ces nouveaux immeubles faisaient même l'objet d'un consensus entre architectes et urbanistes, élus et politiques ; on y voyait l'application de théories " du mouvement moderne " inscrites dans la Charte d'Athènes, dont l'un des exemples emblématiques reste : La " Cité radieuse " de Le Corbusier, à Marseille. Mais, au cours des dernières décennies, ces grands ensembles, bâtis souvent à la périphérie des grandes villes, sont devenus des enclaves, des poches de pauvreté où la violence a fait irruption. Depuis la fin des années quatre-vingt, diverses politiques se sont succédé : " développement social des quartiers ", " développement social urbain ", " pacte de relance pour la ville ", " politique de la ville ", avec diverses mesures d'insertion sociale ou de réhabilitation du bâti. Cet ouvrage, clair et très bien documenté, illustré de cartes, plans et schémas nous présente le déroulement de cette évolution par grandes séquences chronologiques.

"Ecouter la souffrance, entendre la violence", sous la direction de Christine Delory-Momberger & Christophe Niewiadomski, Le sujet dans la cité. Revue internationale de recherche biographique, 2010, numéro 1 (nouvelle revue).
Depuis les années 1990 s’est développée une « sensibilité » collective à l’endroit de la souffrance d’origine sociale : de manière diffuse dans l’espace public, de manière plus précise et instrumentée dans différents secteurs de la vie sociale (action sociale, entreprise, « humanitaire », santé, formation), où se sont multipliés les lieux et les pratiques d’accueil et d’accompagnement faisant droit à la souffrance et à son écoute. Les dispositifs ainsi mis en place répondent à la reconnaissance institutionnelle de la souffrance comme symptôme individuel d’un mal-être social et, plus largement, comme indicateur de difficultés ou de contradictions structurelles dans l’organisation sociale et politique, affectant la « santé mentale » des personnes dans leurs rapports à elles-mêmes et à leurs environnements...

De la rupture au lien. Regards sur l'éducatif renforcé, par Halima BELHANDOUZ et Alain VULBEAU, Vigneux, éditions Matrice, 2010.
Dans le cadre d'une recherche-action, des professionnels et des chercheurs ont interrogé les questions vives posées par les centres éducatifs renforcés. Il y a d'abord la rupture qui s'illustre à plusieurs niveaux : rupture avec le "milieu naturel", modalités du séjour de rupture, contexte de rupture dans l'action publique. Ces différents usages de la rupture sont en voie de normalisation. Il y a ensuite la question du lien posé par la création de services de suite pour les adolescents qui sortent du dispositif. Ce lien renvoie à différentes interventions (famille, école, insertion, médias, etc.) et relève de l'expérimentation éducative mais aussi politique.
Par delà les situations étudiées, cette recherche développe la problématique du renforcement de l'éducation par le territoire.

Brute de coffrage ou le syndrome du sycophante. Récit autobiographique, par Claude BOUDENNE, éditions Kirographaires, 2010.
L’indic a fort mauvaise presse. Le mot fait mal. Brute de coffrage ou le syndrome du Sycophante décrit en détail et avec humour la réalité de quinze ans d’infiltrations intensives ayant permis le démantèlement de plusieurs centaines de réseaux de trafics de drogues... L’auteur ne fut pas l’indic d’un flic ou d’un service, il fut un "super cousin " pour le compte de son pays, une activité choisie et revendiquée. Le témoignage sans ambages de toute une époque, d'une enfance lourde à porter et la révélation d'un vrai talent d'écrivain, sans doute résilience d'un fils de son temps à la recherche d'une identité... Après avoir quitté ses "fonctions" dans la chasse aux trafiquants de drogue, Claude Boudenne est arrivé à Angoulême il y a une dizaine d'années. Il a longtemps travaillé dans le secteur associatif et audiovisuel en qualité de scénariste et se consacre maintenant à l'écriture. Auteur d'un court- métrage et de scénarios, il vient de commencer un essai- roman sur la rupture générationnelle.

La constellation postnationale et postétatique au regard de la sécurité. Le cas de la gouvernance de la sécurité dans l’Euro-métropole lilloise, par Bertrand WERT, Editions Universitaires Européennes, 2010.

Cet ouvrage prend au sérieux les développements théoriques et philosophiques du projet postnational – au-delà de l’Etat-nation — popularisé par Jürgen Habermas, et développé dans le champ francophone en particulier par Jean-Marc Ferry. Pour ce faire, il emprunte une démarche sociologique qui confronte le postnational à l'évolution du champ de la sécurité au cours de ces quarante dernières années au sein de la ville de Lille et de l'Euro-métropole lilloise. Partant du postulat simple que l’affirmation de l’Etat-nation s’est construite sur certains monopoles, dont celui de la sécurité des biens et des personnes sous la forme d'un contrat entre la structure administrative et la société, cette recherche place l'étude de la gouvernance de la sécurité au cœur de sa démarche. Les évolutions constatées ne sont pas uniformes et des dynamiques contradictoires sont en cours. Si des résistances émanant du corps social – notamment en termes de représentations — sont constatées, tout autant que des actions de survivance déployées par les Etats pour le maintien des cadres statonationaux, un certain nombre de faits confirme l'entrée dans le postnational.

Le contrôle policier de la « délinquance » des jeunes à Kinshasa. Une approche ethnographique en criminologie, par Raoul KIENGE-KIENGE INTUDI, éditions Academia-Bruylant (Belgique), 2010.
La délinquance juvénile à Kinshasa et son contrôle policier légalement organisé semblent au coeur de ce livre. Et pourtant, l’approche ethnographique choisie pour traiter ces objets dénonce leur objectivation juridique. L’auteur utilise une formule pour rendre compte d’un des aspects de sa méthodologie de rencontre radicale avec le terrain : la stratégie de la langue. La langue est en effet un actant essentiel de la démarche de l’auteur, il surgit du bilinguisme permanent et de la vie propre du français du Congo de véritables concepts qui sont des métaphores pour nous mais qui n’en sont pas pour les Congolais. Des expressions comme « manger l’argent » ou un « ne fût-ce que » (soit : un peu de monnaie), ou « prendre » pour « voler », « coucher » pour « violer », « fouler le sol » pour « naître » sont autant d’expressions significatives de la vie mabé (de cette vie qui est en deçà de la citoyenneté, du droit, de l’État et de ses langues officielles) et autant de traces de la poésie crue de l’humanité. Enfin, l’effort conceptuel du chercheur est important et profondément ancré dans une perspective humaniste de changement sociopolitique de son pays.

De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? Démocratie et subjectivité, par Roland GORI, éditions Denoël, 2010.
Doit-on dépister les schizophrènes dangereux comme on dépiste le diabète ? Doit-on soigner sans consentement les malades mentaux soupçonnés de présenter un danger pour eux-mêmes ou autrui ? L'imagerie médicale du cerveau dit-elle la vérité ? Devrait-on y soumettre les prévenus, les conjoints adultères et les employés soupçonnés d'indélicatesse ? Autant de questions que nos sociétés abordent par le fait divers et les émotions collectives pour ne pas avoir à y réfléchir. Face à une logique de l'audimat qui ne cesse de gagner du terrain, face à une régression sécuritaire qui atteint la vie politique, mais aussi la justice, l'école et la santé, la psychanalyse apparaît comme un antidote. Elle résiste aux nouvelles idéologies de la résignation en reconnaissant à l'humain sa dimension tragique, conflictuelle, singulière autant qu'imprévisible. Confrontés aux nouveaux cyniques qui veulent en finir avec elle et avec la culture qui en est issue, il nous importe plus que jamais de savoir de quoi la psychanalyse est le nom.

Violences et santé en France. Etat des lieux, sous la direction de François BECK, Catherine CAVALIN et Florence MAILLOCHON, Paris, La Documentation française, 2010.
Voici les résultats d'une étude inédite en France. Pour la première fois, l'ensemble des formes de violence en France sont étudiées sous l'angle de leur incidence à court, moyen, long terme, sur la santé. L'enquête : Événements de vie et santé (EVS), réalisée auprès de 10 000 personnes âgées de 18 à 75 ans résidant à leur domicile, apporte un nouvel éclairage sur la question des violences en France, en interrogeant à la fois les hommes et les femmes, sur tous les types de violence qu'ils ont pu subir (physiques, sexuelles, psychologiques, atteintes aux biens, etc.) et en observant le contexte et les conséquences sanitaires et sociales des violences... L'ouvrage met notamment en évidence les liens directs entre le fait d'être victime d'actes violents, de présenter un état de santé dégradé et d'avoir traversé des événements de vie difficiles. Par ailleurs, même si la parole des victimes de violences semble se libérer, l'enquête montre que certaines violences, notamment sexuelles, restent une question taboue. Deux des articles présentent des résultats nouveaux : l'un sur les violences survenues durant l'enfance, l'autre sur le coût économique des violences conjugales.

"Surveiller et prévenir", Revue Projet, n°319, décembre 2010.
Fidèle à sa vocation d'éclairer les grandes évolutions de notre monde, Projet a construit le dossier central de ce n°319 sur une tendance lourde de nos sociétés, qui transforment les politiques de prévention en politiques de surveillance – en analysant les champs de la sécurité, de l'urbain, du médical et de l'éducatif.
Au sommaire : Banlieue, la révolte d'un maire. Entretien avec Claude Dilain ; ENtre ghetto et citoyenneté, par Joël Roman, Du bon usage de la prévention en santé, par Philippe Lecorps ; Les politiques publiques, de la prévention à la surveillance, par Philippe Robert ; Les éducateurs au défi du contrôle social, par Pierre Verney ; Vous êtes étiquetés ?, par Jean-Claude Vitran ; De la servitude volontaire, par Alain Cugno ; Vers un contre-pouvoir aux banques ?, par Pascal Canfin ; Le mythe du Rom "nomade", par Nicolae Gheorghe.

Conflict, Security and the Reshaping of Society. The Civilization of War, sous la direction de Alessandro DAL LAGO et Salvatore PALIDDA, Routledge, 2010.
This book is an examination of the effect of contemporary wars (such as the 'War on Terror') on civil life at a global level. Contemporary literature on war is mainly devoted to recent changes in the theory and practice of warfare, particular those in which terrorists or insurgents are involved (for example, the 'revolution in military affairs', 'small wars', and so on). On the other hand, today's research on security is focused, among other themes, on the effects of the war on terrorism, and on civil liberties and social control. This volume connects these two fields of research, showing how 'war' and 'security' tend to exchange targets and forms of action as well as personnel (for instance, the spreading use of private contractors in wars and of military experts in the 'struggle for security') in modern society. This shows how, contrary to Clausewitz's belief war should be conceived of as a "continuation of politics by other means", the opposite statement is also true: that politics, insofar as it concerns security, can be defined as the 'continuation of war by other means'.

"Justice en réforme, justices en luttes", Dossier coordonné par Philippe ENCLOS et Laurent WILLEMEZ, Savoir/agir, 2010 n°14.
Le secteur de la Justice n’échappe pas à la réduction du périmètre de l’État. Pour les libéraux, un État moderne ne saurait être en effet qu’un État modeste, pour ne pas dire un État minimal. La démarche gestionnaire parachevée par la loi organique relative aux lois de finances adoptée en 2001 a conduit à la multiplication des tableaux de bord, des évaluations et des indicateurs adaptés à cette fin, ainsi qu’à la fusion des budgets, mélangeant par exemple frais liés aux enquêtes de justice et dépenses de fonctionnement des juridictions. Comme dans les autres secteurs de l’action publique, la révision générale des politiques publiques (RGPP) engagée à partir de 2007 a exprimé crûment l’objectif poursuivi : au delà des déclarations généreuses sur l’amélioration du service rendu aux usagers ou la valorisation du travail des agents, il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques et de rendre les services plus « efficaces », notamment en développant une « culture du résultat ». Certains résultats sont d’ores et déjà spectaculaires : 178 tribunaux d’instance et 23 de grande instance sont en cours de suppression au nom de « l’efficacité ». Et ceci alors que la France, en ne consacrant que 1,6% de son budget à la Justice se classait au 23ème rang dans l’Europe des 25. Parallèlement, et de manière parfois moins immédiatement visible, la Justice n’échappe pas à l’entreprise de caporalisation de l’action publique, à travers les hiérarchies qui se renforcent et le contrôle des agents des services publics. Depuis 2002, une soixantaine de textes relatifs à la justice pénale ont été adoptés, dont certains – la suppression envisagée du juge d’instruction par exemple – mettent directement en péril les principes fondamentaux – indépendance et impartialité des juges, caractère contradictoire des procédures, etc. - qui structuraient jusqu’ici la Justice en France.

Actes éducatifs et de soins, entre éthique et gouvernance, sous la direction de Catherine Felix et Julien Tardif, mise en ligne le 1er octobre 2010.

Une évolution centrale de nos métiers dans le secteur du social et médico-social est annoncée, elle prend la figure de l’adaptation à promouvoir le monde associatif comme un nouveau gisement d’emplois sur un marché de l’économie de services armé de nouveaux modes de management, à participer de la judiciarisation de la pratique d’accompagnement et de la responsabilisation des publics et des professionnels, à aménager le désengagement de l’Etat dans le financement des missions d’intérêt général pour activer la recherche de nouveaux moyens de pérennisation de nos établissements et offres de services. Notre propos n’est pas d’opposer à cette vision du changement une Ethique de la Conviction qui serait en position de surplomb et sans attention aux pratiques vécues mais de contribuer à construire de nouvelles alternatives. Il s'agirait alors de s’orienter délibérément vers l’étude du « travail concret » des administrateurs, des cadres et des professionnels en prise directe avec les bénéficiaires des actes éducatifs et de soins pour saisir les oscillations du social et les détails des politiques publiques « en train de se faire », de proposer une description de l’action publique qui aurait pour souci de ne pas oublier les enjeux éthiques et le traitement moral des activités sociales, d'interroger les conditions de possibilité d'une publicisation/politisation des savoirs ordinaires des praticiens et conjointement, la place du chercheur en sciences sociales, à leurs côtés dans un tel projet.

Droit de l'exécution de la sanction pénale, par Annie BEZIZ-AYACHE et Delphine BOESSEL, Editions Lamy, 2010.
Le procès pénal ne s'arrête pas au prononcé de la peine. La phase postsentencielle occupe une place importante parmi les préoccupations du législateur afin de parvenir à une réelle exécution de la sanction pénale. Rédigé par une universitaire et une avocate, spécialistes de la matière, cet ouvrage présente les différents acteurs et la mise à exécution de la sanction. Il expose notamment les modalités de l'exécution proprement dite : exécution de la peine d'emprisonnement, des sanctions pécuniaires et des mesures de sûreté. Il dresse également les obstacles à la mise à exécution et les moyens de la conservation de la sanction. Illustré par des tableaux thématiques, enrichi par des références doctrinales et jurisprudentielles, cet ouvrage permet d'appréhender l'aspect pratique et essentiel d'une matière en pleine évolution.

Roms et Gens du Voyage, Dossier coordonné par Céline BERGEON, e-migrinter, 2010, n°6.
Les événements survenus au cours de l’été 2010 en France, montrent combien les rapports entre populations sédentaires et circulantes restent problématiques. Ces relations conflictuelles illustrent parfaitement les tensions que peut procurer « la rencontre » des modes de vie. Ce numéro spécial de la revue e-migrinter sur les Gens du Voyage s’intéresse particulièrement à définir une approche re-contextualisée de la mobilité de ces familles, trop souvent considérée comme « sans objectif ». Les auteurs s’attachent à étudier les relations entre la circulation traditionnelle et les dispositifs d’accueil proposés aux Rroms, qui sont soumis à une législation spécifique. Ils réinterrogent ainsi l’inscription sociale et spatiale des familles dans l’espace local.

La traite et l'exploitation des êtres humains en France, par Johanne VERNIER, Commission nationale consultative des Droits de l'homme, Paris, La Documentation française, 2010.
En dépit de la lutte contre contre la traite et l'exploitation des êtres humains, et trop souvent encore, ceux qui en sont victimes continuent à rencontrer des obstacles parfois insurmontables pour accéder à la justice et recevoir une assistance appropriée. Dans ce contexte, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a examiné le droit en vigueur, et les conditions de sa mise en oeuvre, afin d'identifier les failles du dispositif français. Au terme de ses travaux, elle a adressé aux pouvoirs publics un avis accompagné d'une centaine de recommandations. Les annexes comportent notamment l'avis de la CNCDH sur la traite et l'exploitation des êtres humains en France, présenté en français et en anglais ainsi que l'état des ratifications des textes internationaux relatifs à la traite et à l'exploitation par les États membres de l'Union européenne.

La Raison du moindre État. Le néolibéralisme et la justice, par Antoine GARAPON, Paris, Odile Jacob, 2010.
Maîtrise des coûts, indicateurs de performance, rémunération des juges indexée au mérite, généralisation du traitement en temps réel des affaires pénales, introduction du plaider coupable à la française, généralisation de la transaction, rétention de sûreté, jugement des malades mentaux, etc. : ces innovations n’ont rien d’une lubie autoritaire ou d’une mode passagère. Elles marquent l’avènement d’un nouveau modèle de justice : la justice néolibérale. Cette évolution doit-elle être diabolisée ? Déchiffrant la cohérence de ce nouveau modèle, Antoine Garapon propose une analyse en profondeur de cette évolution qui affecte toutes les institutions publiques (l’Université, la recherche, la santé, la psychiatrie entre autres). Si elle connaît un tel succès, c’est qu’elle repose sur un consensus bien plus profond qu’on ne le croit et traduit une conception de la liberté qui nous permet de gérer nos vies et donc d’être modernes sans nous embarrasser des difficultés de la démocratie. Dès lors, face au néolibéralisme, que faire ? Comment sortir de la simple protestation ?

Andar 1 km. en línea recta. La carcel del siglo XXI que vive el preso, par Manuel GALLEGO DIAZ, Pedro José CABRERA CABRERA, Julián Carlos RIOS MARTIN et José Luis SEGOVIA BERNABE, Universidad Pontificia, Biblioteca Comillas (Derecho), 2010.
Este libro constituye un análisis de cerca de 1.700 cuestionarios que se remitieron por correo a personas presas en España, la muestra más numerosa jamás alcanzada en los estudios penitenciarios que se han realizado en nuestro país. El estudio intenta visibilizar la experiencia de la prisión, desde la perspectiva del propio preso, un sector de población oculto a la mayor parte de la sociedad. Sorprendentemente, en España la población penitenciaria sigue aumentando exponencialmente sin responder a un incremento de los delitos hasta haber llegado a cuadruplicarse en los últimos 30 años. Actualmente representa una de las más altas porcentualmente en Europa. Ello pone de manifiesto una política criminal que abusa de la prisión. El estudio, además de deshacer algunos de los mitos que afectan a la cárcel, quiere contribuir a una política criminal más coherente, humana y justa.

Etat de vigilance. Critique de la banalité sécuritaire, par Michaël FOESSEL, éditions Le Bord de l'eau, 2010.
Nous vivons sous le règne de l’évidence sécuritaire. Le désir de sécurité s’énonce partout: des réformes pénales aux traités internationaux en passant par les mesures de santé. L’impératif de précaution a envahi nos existences comme s’il allait de soi de mesurer tous nos projets aux risques qu’ils font courir à la planète. Mais de quoi désirons-nous tant nous prémunir? Suivant quelle logique la sécurité produit-elle de la légitimité? Er que disons-nous lorsque nous parlons d’un monde «dangereux» ? Le maître mot de cette nouvelle perception du réel est «vigilance». L’état de vigilance s’impose aux individus non moins qu’aux institutions: il désigne la nécessité de demeurer sur ses gardes et de n’envisager le présent qu’à l’aune des menaces qui pèsent sur lui. Cette éthique de la mobilisation permanente est d’abord celle du marché, en sorte qu’il y a un lien très fort entre la banalité sécuritaire et le néolibéralisme. Abandonnant le thème de la «surveillance généralisée», ce livre propose une analyse des subjectivités vigilantes. Il montre la complicité secrète entre des États qui rognent sur la démocratie et des citoyens qui aiment de moins en moins leur liberté. L’État libéral-autoritaire produit des formes de subjectivation qui lui sont adéquates. C’est contre cette identité nouvelle entre gouvernants et gouvernés qu’il nous faut apprendre à la résister.

"Espace public : surveillance et répression", Archives de politique criminelle, n°32, novembre 2010.
Au sommaire de ce numéro : "La pénalisation des comportements dans l'espace public" par P. Poncela, "L'étranger en situation irrégulière dans l'espace public" par N. Ferran, "L'identité dans l'espace public : du contrôle à l'identification" par F. Desprez, "La répression de la prostitution à la conquête de nouveaux espaces" par J. Vernier, "Le gibier de police. Immuable ou changeant ?" par F. Jobard, "Les Roms et les Gens du voyage dans l'impasse" par B. Pluchon et J. Richard, "Principes et problèmes de la politique de lutte contre le hooliganisme" par N. Hourcade, "La prévention de la rue : un outil de protection de l'enfant et de l'adolescent" par C. Lazerges, "Les autorités de la rue : le maire et les autres" par C. Vigouroux, "La répression des « black blocks », prétexte à la domestication de la rue protestataire" par O. Cahn, "Le bruit et l'odeur. Sur quelques formes nouvelles de la répulsion envers l'altérité humaine" par P.-J. Delage, "Les Anti-social behaviour orders en Angleterre et au Pays de Galles : un exemple de dérive" par A. Binet-Grosclaude, "La vidéosurveillance au Royaume-Uni : la caméra omniprésente, signe d'une évolution vers une « société de surveillance » par D. Giannoulopoulos, "La procédure de Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité" par L. Ancelot et M. Doriat-Duban, "La pénalisation explicite de l'inceste" par A. Montas et G. Roussel.

The Policing Web, par Jean-Paul BRODEUR, Oxford University Press, 2010.
In this comprehensive study, Jean-Paul Brodeur examines the diversity of the policing web. Policing agencies such as criminal investigation units, intelligence services, private security companies, and military policing organizations, are examined in addition to public uniformed police, to show the extent to which policing extends far beyond the confines of public police working in uniform and visible to all. The study also includes a consideration of military policing both when compatible with the values of democracy and when in opposition. It also examines criminal organizations enforcing their own rules in urban zones deserted by the police and criminal individuals acting as police informants since they too are part of the policing web, even though they do not qualify as legitimate policing agents or agencies. The underlying argument of The Policing Web is that the diverse strands of the policing web are united by a common definition that emphasizes the licence granted to policing agencies to use, either legally or with complete impunity, means that are otherwise prohibited as crimes to the rest of the population. This claim is argued for throughout the book and its paradoxical consequences investigated.

"Décrire la violence", Tracés. Revue de sciences humaines, 2010, n°19.
Décrire la violence, un impératif paradoxal dont se saisissent, pour ce numéro de Tracés, les contributions issues de l'histoire, de la sociologie, de l'anthropologie visuelle et de la philosophie : saisir non pas les causes ou les motivations de la violence, mais plutôt la mise en récit des phénomènes violents, la manière dont les acteurs sociaux les qualifient et dont les sciences sociales les catégorisent. Ce numéro de Tracés offre pour la première fois au public français la traduction d'un texte séminal de Charles Tilly, fondateur des études sociologiques, historiques et en sciences politiques de la violence collective, ainsi que deux entretiens avec des figures intellectuelles majeures : le sociologue américain Randall Collins et le philosophe Étienne Balibar. Les articles abordent des objets aussi divers que les violences de guerre (Raphaëlle Branche, Juliette Denis), les violences maritales (Martine Charageat), les violences féminines (Diane Roussel), les violences en prison (Corinne Rostaing), ou encore les traces de la violence dans le quotidien après un épisode de terreur (Juan Orrantia).

Aux frontières de l’expertise. Dialogues entre savoirs et pouvoirs, sous la direction de Yann BERARD et Renaud CRESPIN, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Après plusieurs siècles d’expérimentation des rapports entre connaissance et action, l’expertise demeure une activité aux contours flous et à la légitimité fragile. Si la période récente a vu le recours aux experts prendre une importance grandissante, elle a aussi vu leurs avis souvent mis en cause : qu’il s’agisse de la préparation de réformes (éducation, protection sociale, retraites) ou du traitement de questions marquées par une forte incertitude (OGM, bio-éthique, changement climatique, épidémies, etc.). Pour les démocraties de marché occidentales, le dilemme n’est certes pas nouveau mais demeure : ou bien fonder les décisions sur les « meilleurs experts » au risque d’être publiquement accusées de confisquer les pouvoirs, ou bien accroître leur légitimité en élargissant la participation des publics et prendre le risque de l’indécision. L’affirmation contemporaine de cette « nouvelle donne » implique désormais que l’expertise compose avec une multiplicité d’acteurs et d’instruments, de territoires et d’institutions, de flux et de reflux, qui dessine une cartographie pour le moins originale du pouvoir à l’intérieur de nos sociétés. Demeure une question en suspens : comment et par où entrer dans l’expertise ? Peut-on, par exemple, l’identifier à une « méthode scientifique » ou à une simple technique, sans risquer de la caricaturer, en évacuant la pluralité des situations et des activités sociales dans lesquelles celle-ci est convoquée ?

Une école sans boussole dans une société sans projet, par Pascal BOUCHARD, éditions Chronique sociale, 2010.
Le niveau baisse. En tout cas, le niveau des « élites ». Défaite de la pensée, débâcle de l'École, fabrique de crétins..., nos bibliothèques sont encombrées d'essais qui annoncent l'apocalypse. La plupart de ces ouvrages n'ont aucun étayage factuel et leurs fondements philosophiques sont faibles. L'affirmation y est d'autant plus péremptoire que manquent les démonstrations. Ils témoignent d'une crise de la rationalité. Or, il n'y a pas de démocratie sans débat et pas de débat sans raison ni expertise. La démocratie suppose aussi un minimum d'efficacité du politique. En matière d'éducation, les réformes s'empilent et s'annulent, quand la force d'inertie ne les vide pas de leur contenu. La société française n'a pas de projet pour son école. Elle ne peut pas en avoir, puisqu'elle n'a pas de projet d'avenir, ni d'instance pour débattre de ce qu'elle veut être, de ce qu'elle rêve qu'aient pour qualités les adultes de demain. Refonder notre École suppose une refondation de notre démocratie et de notre projet de civilisation. Qui peut parler en notre nom  ? Après avoir passé en revue les sottises de nos « grands intellectuels » et les ratés du débat sur l'École depuis trente ans, l'auteur examine les enjeux philosophiques et sociétaux de ces querelles dont il a suivi tous les avatars et trace des perspectives politiques pour en sortir enfin.

L'Urbanisme d'après crise, par Alain BOURDIN, La Tour d’Aigues, Éditions de l'Aube, 2010.
Dubaï collectionnait les records : le plus grand hôtel du monde, la plus grande tour, la plus grande concentration de grues… Or, fin 2009, Dubaï et son fleuron, la société publique Dubaï World, échappent difficilement à la faillite : dette estimée à 59 milliards de dollars ! Cette chute symbolise la fin d’un cycle dans le développement urbain — et dans la manière de faire la ville — dans l’urbanisme. Tel est le propos de cet essai qui veut, à la fois, saisir les changements profonds dans la manière de « faire la ville » qui se sont opérés depuis trente ans sous la pression de l’urbanisme libéral, les conséquences des bouleversements actuels, et dessiner des pistes possibles pour l’urbanisme d’après crise qui est pour l’instant encore balbutiant.

La relation d’enquête. La sociologie au défi des acteurs faibles, sous la direction de Jean-Paul PAYET, Corinne ROSTAING, Frédérique GIULIANI, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Que comprend-on de la souffrance sociale lorsqu’on se tient à distance de ceux qui l’éprouvent ? Sociologues, ethnologues, chercheurs en sciences sociales font ici le choix de s’approcher au plus près de l’expérience vécue de personnes que la société rejette dans l’indignité. Mais que se passe-t-il réellement dans la rencontre entre des chercheurs et des individus socialement affaiblis ? Qu’est-ce que signifie enquêter auprès de personnes mises à l’écart par le jugement d’autrui ? Comment recueillir leurs voix et saisir la pluralité de leurs expériences sans remettre en cause les schémas normatifs et idéologiques qui façonnent le regard ordinaire ou savant ? L’enquête sociologique ouvre ici ses boîtes noires. Les chercheurs disent les émotions qui les saisissent, les dilemmes moraux qui les habitent, les malentendus et les conflits qui les déstabilisent lors d’enquêtes auprès d’individus fragilisés, dans des mondes sociaux stigmatisés. Les chercheurs éprouvent l’inconfort et l’incongruité d’une position habituelle de surplomb et expérimentent des alternatives dans leur travail d’enquête mis au défi par les « acteurs faibles ». Cet ouvrage rend compte d’expériences de terrain très diverses – institutions fermées, milieux déviants, expériences de la maladie ou de la dépendance, quartiers urbains relégués, parcours de clandestinité, etc.

The Security Mania. France 2010, Carceral Notebooks (University of Chicago), 2009, n°5, Special Issue, édited by Laurent MUCCHIELLI.

Ce numéro spécial de Carceral Notebooks constitue la traduction de l'ouvrage collectif publié sous notre direction en 2008 aux éditions La Découverte sous la titre La frénésie sécuritaire. Il comprend des contributions de Bruno Aubusson de Cavarlay, Jean Danet, Eric Heilmann, Christine Lazerges, Philippe Milburn, Christian Mouhanna, Laurent Mucchielli, Pierre Piazza et Mathieu Rigouste. Nous remercions Bernard Harcourt, professeur à l'Université de Chicago, pour son aimable accueil dans cette revue qu'il dirige.

Cyberguerre et guerre de l'information : stratégies, règles, enjeux, sous la direction de Daniel VENTRE, Paris, Lavoisier, 2010.
Univers d'informations aux frontières insaisissables, le cyberespace est désormais un cadre d'affrontement et d'expression de puissance dans lequel agissent acteurs étatiques et non étatiques. Confrontés au spectre des cyberattaques aux motivations diverses, nombre d'États, dont la France, ont placé la cybersécurité au rang d'enjeu de sécurité et de défense nationale. Par une approche à la fois empirique et conceptuelle, cet ouvrage offre une réflexion sur les concepts-clés de "guerre de l'information" et de "cyberguerre" afin de comprendre les mécanismes, logiques et modalités qui caractérisent les rapports de force au sein du cyberespace. Les aspects historiques, opérationnels et stratégiques des cyberattaques sont développés ainsi qu'une étude de la stratégie de cybersécurité chinoise.

Le témoin, le sociologue et l'historien. Quand les policiers se mettent à table, sous la direction de Jean-Marc BERLIERE et René LEVY, Paris, éditions Nouveau Monde, 2010.
L'histoire s’est longtemps construite contre le témoignage oral, privilégiant le recoupement de sources écrites à la mémoire souvent défaillante ou instrumentalisée. Dans certains domaines, le témoignage direct est pourtant le seul moyen de faire progresser la connaissance sur des sujets sensibles.
De 1990 à 2005, une centaine de "récits de vie" ont été recueillis auprès de policiers de générations, de corps et de carrières bien différents. Du récit des rafles antisémites sous l'Occupation à celui du travail des commissaires sous la Vème République, en passant par la Guerre d'Algérie, les analyses présentées ici s'interrogent sur les usages et les limites des "confessions" de ces experts de l'interrogatoire que sont les policiers. Confrontés à d'autres professionnels (agents des services spéciaux, journalistes, cheminots, responsables économiques) ou d'acteurs des périodes plus troublées (la Résistance, la déportation), ces témoignages entraînent le lecteur au coeur de l'histoire du XXème siècle sous des angles variés, en France comme à l'étranger.

La dynamique de la violence. Approches pluridisciplinaires, sous la direction de Frédéric CHAUVAUD, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
La violence est tour à tour une notion élastique, un paradigme irremplaçable, un mot vague, un champ de recherche inépuisable. Tantôt elle est présentée comme un invariant qui illustre la part obscure de l’humanité, tantôt comme un phénomène épisodique qui surgit brusquement et disparaît aussi soudainement. Strictement sociale ou strictement individuelle, elle ne cesse de hanter les sociétés contemporaines et celles du passé. Si la violence est un objet de recherche qui semble échapper à toute définition synthétique, nombre de travaux de qualité ont pourtant tenté d’en cerner les contours, d’en suivre les évolutions, d’en prendre la mesure, d’en restituer les contextes et surtout d’en cerner les enjeux. Toutefois, l’intention du présent ouvrage n’est pas de proposer une synthèse générale sur l’histoire de la violence, ni une lecture globale ou panoramique, ni encore un découpage par « grands domaines ». Il s’agit, dans les pages qui suivent, de proposer une réflexion pluridisciplinaire à partir de quatre entrées – décrire, catégoriser, contextualiser, comprendre – permettant de confronter les approches, de comparer les résultats empiriques et de nourrir la réflexion commune.

Faire justice soi-même. Études sur la vengeance, sous la direction de Jean-Claude BOURDIN, Frédéric CHAUVAUD, Ludovic GAUSSOT et Pascal-Henri KELLER, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
L'expression irrationnelle des désirs et des passions, la vengeance ouvre la boîte de Pandore du cycle infi ni de la violence réciproque. Bien sûr, il lui arrive d’être vécue comme un plat qui, gagnant à être mangé froid, nécessite de dresser des plans et de bien calculer son coup. Mais elle se vit aussi comme un appel à une justice supérieure, au moment où la Justice se trouve comme prise en défaut à l’égard de ses propres exigences d’équité. Nos sociétés tendent parfois à ériger le système judiciaire en simple substitut de la posture vindicatoire, alors que le citoyen voit son désir de vengeance condamné comme une réaction affective privée prohibée. Aussi, afin d’en éclairer toute la complexité, historiens, philosophes, sociologues, psychologues cliniciens et psychanalystes, proposent ici une série d’analyses sur l’acte qui consiste à se « faire justice soi-même ». Ces analyses sont rassemblées dans quatre parties thématiques, successivement consacrées : aux récits et discours de la vengeance, aux différentes formes du geste vindicatoire, à l’éventuel « genre » de la vengeance, et enfin aux différents univers – psychique en particulier – de l’action vengeresse. L’ambition du présent ouvrage est de penser et comprendre les vengeances d’hier comme celles d’aujourd’hui.

L'État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, sous la direction de Laurent BONELLI et Willy PELLETIER, éditions La Découverte, 2010.
Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques, de hauts fonctionnaires nationaux et internationaux, mais aussi des intellectuels les plus en vue, de journalistes, voire de certains syndicalistes. Que recouvre cette « réforme de l’État » ? Comment a-t-elle été mise en œuvre depuis vingt ans ? Quelles conséquences pour le service public et les usagers ? Ce livre s’efforce de répondre à ces questions en faisant dialoguer des chercheurs, des fonctionnaires et des syndicalistes. L’échange d’analyses et d’expériences permet de dessiner les lignes de force de ce mouvement, tout en restant attentif aux singularités observables. Ce travail intellectuel et collectif est nécessaire pour comprendre une révolution silencieuse. Car, si les réformes néolibérales de l’État s’effectuent parfois à grand renfort de publicité (privatisation de La Poste, restrictions des budgets de l’hôpital public ou de l’Éducation nationale), elles sont le plus souvent invisibles, et ne rencontrent que des protestations sectorielles, peu coordonnées, encore moins médiatisées. Elles passent par tel décret, telle directive, telle circulaire, voués à demeurer obscurs et confidentiels, dans certains cas élaborés par des cabinets d’audit privés… La plupart, et parmi les plus structurelles, passent inaperçues, sauf pour ceux qui en affrontent directement les conséquences… Au terme de ce voyage dans la « réforme de l’État » et ses effets, c’est l’avenir des services publics, de nos services publics, qui est en jeu. C’est-à-dire celui d’un modèle de société.

  • Voir la présentation de ce livre sur le site de l'éditeur.

Inventer avec l'enfant en CMPP, sous la direction de Tristan GARCIA-FONS, Toulouse, éditions Erès, 2010.
Les centres médico-psychopédagogiques (CMPP) rencontrent quotidiennement 200 000 enfants et adolescents en difficulté qui viennent consulter avec leurs familles dans les 310 structures implantées en France. Ils sont en première ligne pour observer les profondes mutations des représentations sociales de l'enfance et de l'adolescence, l'évolution des définitions du symptôme et du handicap, l'explosion des catégorisations et de la fièvre diagnostique, la déstructuration des rapports sociaux et familiaux, l'effet des nouvelles orientations politiques... Prises entre réalités cliniques et logiques administratives, comment les équipes pluridisciplinaires des CMPP travaillent-elles ? Peuvent-elles encore offrir aux enfants des espaces de liberté où vivre leur enfance et avancer à leur rythme ? Dans leurs pratiques multiples, est-il toujours possible de parler d'exploration, de découverte et d'invention, et non de stratégies standards, des programmes, des protocoles et des « bonnes pratiques » consensuelles ? Peut-on se laisser enseigner par la rencontre avec l'enfant ? Les auteurs insistent sur la nécessité d'instaurer des lieux de parole, des espace-temps pour accueillir, élaborer, résister aux interprétations hâtives et aux passages à l'acte..
Avec les contributions de : Brigitte Bataille, Marite Charbonnier, Michel Chauvière, Marie-Frédérique Doineau, Julie Dolmazon, Brigitte Dormont, Daria Druzhinenko, Dany-Robert Dufour, Tristan Garcia-Fons, Florence Gautier Dalché, Béatrice Hérouard, Richard Horowitz, Didier Lauru, René Lew, Anne Marquis, Henri Meschonnic, Claire Metz, Christian Mille, Stéphanie Palazzi, Amélie Rampon, Sarah Schulmann, Carmen Strauss-Raffy, Anne Thevenot.

Sur le bord. Document-fiction sur la banlieue, par Mouloud AKKOUCHE, Paris, Les éditions de l'Atelier In8, 2010.
La banlieue ? Un mot qui, comme tous les autres, a certes sa place dans un dictionnaire… Un terme, pourtant, qui fait l’objet des fantasmes et projections de toutes sortes. Une notion si épluchée par les politiques, les journalistes, les intellectuels, les quidams au comptoir, qu’on ne sait plus bien, au juste, ce qu’elle recouvre. Que représente réellement cet espace, qui n’est jamais défi ni que comme la périphérie d’un centre ? Les banlieues chics échappent au radar des médias, les yeux sont braqués sur les autres villes : celles de la marge, de la cité-dortoir, des barres HLM, salles d’attente d’une vie meilleure. Peut-être aussi que leurs moments de bonheur indicibles n’apparaissent pas au JT de 20h ? On ne montre jamais qu’une tribu d’ombres, sous des capuches ou têtes baissées; rarement des êtres avec leurs défauts et qualités. Montreuil-sous-bois figure comme le laboratoire où se révèlent les linéaments de la « banlieue », qu’il s’agisse de Bondy ou du Mirail, des faubourgs de Rio ou des villes-dortoirs chinoises. Voici un bouquet de regards, quelques projecteurs subjectifs dirigés vers des villes aussi intéressantes, aussi contradictoires que leurs métropoles-noyaux. La banlieue : lieu de vie.
Outre le photographe Gilles Debos, de nombreuses voix ont apporté leur contribution: Stéphane Rozen, Pierre Le Coz, Joëlle Cuvilliez, Didier Daeninckx, Roland Castro, Armelle Vincent, Jean-Pierre Brard, Anne Dissez, Julien Lemercier, Florence Van Hecke, Stéphane Boucherat, Laurent Mucchielli, Pascale Chouffot, Mickaël Pabst, Christian Creseveur, Marie-Christine Jaillet, Mireille Langlois.

Repères pour le placement familial, par Daniel COUM, Toulouse, éditions Erès, 2010.
Le placement familial est une pratique ancienne, et toujours actuelle, en action sociale de protection de l'enfance. À partir de son expérience, Daniel Coum propose ici d'en baliser l'exercice sous la forme d'un glossaire. De « absence » à « visite » en passant par « juge des enfants » et « famille », les mots clés sélectionnés invitent à penser la pratique quotidienne des familles d'accueil, assistants familiaux et autres travailleurs sociaux. Ces concepts constituent autant d'outils pour rendre compte et donner du sens à cette situation inhabituelle pour une famille d'élever un enfant qui n'est pas le sien.
L'auteur envisage le placement familial non comme un pis-aller marqué par la défaillance d'une famille mais comme une structuration sociale nouvelle des liens d'alliance et de filiation apte à fabriquer autrement de la famille. En revisitant les usages et les processus de l'accueil familial, il souhaite y insuffler un nouveau souffle dans l'intérêt des parents et de leurs enfants et en tire des enseignements qui, au-delà du secteur spécialisé, intéressent la société dans son ensemble.

L'islamisme à l'heure d'Al-Qaida, par François BURGAT, Paris, Editions La Découverte, 2010.
Depuis les années 1980, l’exacerbation du « radicalisme islamiste » et les actions d’Al-Qaida résultent moins de l’affirmation dans les pays musulmans de différents courants de l’islam politique que du rejet obstiné dont ces derniers ont fait l’objet chez ceux dont ils menacent les intérêts, économiques et politiques. C’est notamment ce que François Burgat a montré dans ce livre, initialement paru en 2005, et que cette nouvelle édition entend redire. En s’appuyant sur des années d’enquêtes au sein de multiples mouvances islamistes, il y souligne des évolutions qui risquent de rester incompréhensibles pour ceux qui se contentent d’assimiler islamisme, violence et rejet de la démocratie.
À rebours de ce simplisme dangereux, François Burgat montre ici comment, paradoxalement, au début des années 2010, les pays musulmans où s’esquisse la sortie de l’autoritarisme ne sont pas ceux où, avec le soutien de la communauté internationale, a prévalu le tout répressif de la « lutte contre les intégristes ». Mais au contraire le petit nombre de ceux où les authentiques courants islamistes ont été intégrés au jeu démocratique. Ce que la vision médiatique et la stratégie politique dominantes ne permettent ni de percevoir ni de prendre en compte.

Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations, par Vincent GOULET, INA éditions, 2010 (Préface de Patrick Champagne).
Finalement, à quoi servent les informations ? Qu’est-ce qui nous pousse, chaque matin, à allumer la radio ou la télévision pour savoir “ ce qui s’est passé ” durant la nuit ? Pour répondre à ces questions, l’auteur a mené une enquête auprès des “ gens ordinaires ” d’un grand ensemble HLM de la banlieue bordelaise. A travers des observations et des entretiens, il dresse le portrait des rapports intimes que les gens des milieux populaires tissent avec les informations. Les actualités ne servent pas seulement à forger son opinion de citoyen ou à justifier ses prises de position politique, loin s’en faut. Il s’agit aussi de gérer son angoisse devant les aléas d’une existence précaire, de trouver sa place dans la hiérarchie sociale et de rendre supportable sa condition de dominé, gérer sa vie conjugale et amicale, transmettre des valeurs et des visions du monde à ses enfants. Prendre au sérieux l’intérêt manifesté pour les faits divers, le sport, les pages people mais aussi pour certains problèmes économiques et sociaux, permet de mieux saisir toutes les fonctions sociales des actualités. A travers les commentaires qui en sont faits dans les espaces publics ou dans la sphère privée, il apparaît que les rapports de classes s’expriment de façon aiguë, avec une attention toute particulière aux questions de justice et d’équité.

Histoire sociale de l'impôt, par Nicolas DELALANDE et Alexis SPIRE, Paris, Editions La Découverte, collection Repères, 2010.
Depuis le déclenchement de la crise de 2008, l'impôt est revenu au centre du débat public. Il suscite de nombreuses controverses, mais sa légitimité n'est plus remise en cause. Pour comprendre comment le geste du paiement de l'impôt s'est imposé comme une évidence, ce livre retrace le développement de la fiscalité depuis la fin du XVIIIe siècle et ses effets sur la société française. Au xixe siècle, le processus d'acculturation des populations urbaines et rurales à l'impôt a accompagné la construction de l'État-nation. Puis le développement de l'État social au XXe siècle a conduit les gouvernements à augmenter le nombre de contribuables et à diversifier les prélèvements. Chacune de ces incursions de l'État s'est accompagnée de résistances, individuelles ou collectives. Cette histoire de l'impôt vue d'en bas montre comment la fiscalité s'est progressivement immiscée dans la vie quotidienne des individus, au point de modifier leurs pratiques et d'engendrer des stratégies de ruse, de négociation et de contournement.

La fabrique de l'échec scolaire. Tableau noir, Tableau blanc, par Christian LAROCHE, éditions l'Harmattan 2010.
Le nombre des élèves qui peinent en sixième est considérable. Par où passent les voies de la non-réussites à l'école ? Comment dès les premières minutes de classe et tout au long de la maternelle s'organisent les déterminants d'un destin évitable ? Quels sont les points aveugles de la fabrique de l'échec scolaire ? Comment ce que l'enfant est avant l'école détermine son potentiel d'échec ? Comment l'ignorance de l'école se transforme en ignorance des enfants ? Quels sont ces savoirs exigés et non enseignés qui président au devenir scolaire ?
C’est à ce décryptage de la première heure d’école maternelle, celle qui se met en place de nos jours, que s’essaie l’auteur tout en ayant constamment le souci de formuler des analyses et des suggestions qui permettraient de déjouer ce sombre avenir collectif.

Éducation(s) et réseaux de sociabilité. Parcours de jeunes en difficulté, sous la direction de Catherine DELCROIX, Paris, Editions Pétra, 2010.
Aider des adolescents "en grande difficulté" à s'inscrire dans une trajectoire d'insertion est un enjeu de taille pour les éducateurs. Ces derniers prêtent-ils suffisamment attention au rôle stimulant ou protecteur que joue souvent leur réseau social, adultes ou jeunes de leur âge rencontrés dans l'entourage familial, le voisinage, le monde scolaire... ou les multiples organismes s'adressant à la jeunesse ? Une recherche-action menée avec cinq équipes socio-éducatives a permis d'identifier dans l'histoire d'une vingtaine dejeunes avec lesquels elles avaient travaillé et qui s'en étaient sortis, l'importance cruciale de personnes jusque là restées invisibles aux yeux de ces professionnels: une tante, un religieux, un artisan, un enseignant, un préfet, une copine... Cette découverte, effectuée par des éducateurs devenus pour un temps chercheurs, souligne l'enjeu que constituent pour eux le repérage de ces personnes ressources, membres de l'entourage des jeunes, et la coopération avec elles: celui d'une action éducative plus efficace et plus durable. En cela, elle ouvre de nouvelles perspectives pour la "coéducation" des adolescents.

Atlas des fractures scolaires en France, par Patrice CARO et Rémi ROUAULT, Editions AUtrement, collection Atlas Monde, 2010.
90% des enfants de cadres atteignent le niveau du baccalauréat, contre 51% des enfants d’ouvriers ! Les taux de réussite au bac général avoisinent les 90 % en Bretagne et peinent à atteindre les 75 % en Guyane ! Pleinement inscrit dans l’actualité avec les débats incessants sur la réforme du système scolaire, cet atlas fait le point sur l’état de l’école en France. Il dresse un panorama du système de scolarisation de la maternelle au lycée, avec une ouverture sur les trajectoires post-bac. L’étude est réalisée à diverses échelles (locales, urbaines, académiques, régionales, nationales, européennes) pour montrer qu’aux disparités que nous connaissons entre circonscriptions administratives (Les Antilles face à Versailles) s’ajoutent les fractures, moins évidentes, à l’intérieur des villes d’une même région ou de quartiers d’une même agglomération, ou encore selon les types d’établissements fréquentés (ruraux ou urbains, généraux ou professionnels, etc.). Tous les enjeux problématiques sont ici abordés : les besoins et les moyens (humains, financiers) ; l’offre de formation ; l’échec scolaire ; le handicap ; les « stratégies » (dérogation, enseignement privé, soutien scolaire)… Il s’agit bien là d’une géographie de l’école, entre inégalités territoriales et inégalités sociales, qui montre que l’enseignement reflète le fonctionnement d’une société inégalitaire.

Mineurs, Minorité ; Jeunes, Jeunesse en Roussillon et en Languedoc XVIe-XVIIIe siècle, sous la direction de Gilbert LARGUIER, Presses de l'Université de Perpignan, 2010.
Avant le XIXè siècle, un individu sur deux mourrait avant vingt ans. La minorité se prolongeait jusqu'au mariage - tardif alors - à vingt-cinq ans et parfois au-delà. Les mineurs, qu'ils soient appelés à disparaître prématurément ou à entrer dans le monde des adultes, constituaient la majorité de la population. Or on les connaît mal. Les historiens ne s'y sont intéressés qu'assez tardivement en privilégiant les turbulences juvéniles. La jeunesse est pourtant un thème d'une incomparable fécondité si on l'embrasse depuis la naissance jusqu'à l'émancipation. C'est ce qui est tenté ici en mettant en synergie les compétences du droit, de l'histoire et de l'histoire de l'art. Le droit protège les mineurs, trace les bornes. Entre elles, le flou est beaucoup plus grand, des âges de la vie, des représentations précisées ici grâce à celle de l'enfant dans les retables baroques. Le désordres, les transgressions, commis exclusivement par les garçons célibataires âges de plus de quinze à seize ans, permettent de mieux apercevoir une jeunesse plus diversifiée qu'on ne le croit, mais aussi, en contrepoint, les comportements, les normes sociales, à la campagne comme à la ville.

Sauver, laisser mourir, faire mourir, par Véronique GUIENNE, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Absents de nos récits imaginaires, les grands ordonnateurs de la mort contemporaine sont de fait les médecins hospitaliers. Ceux qui accompagnent la mort au quotidien sont les personnes qui travaillent à l’hôpital, organisant à leurs côtés la présence de la famille et des amis de celui qui est devenu « un patient », et en l’occurrence « un patient en fin de vie ».
Comment se prennent ces décisions médicales ? Comment ce lieu fait pour guérir, l’hôpital, arrive-t-il à être en même temps le lieu de nos derniers moments ? Quelles normes et valeurs structurent les choix qui sont faits là ? Jusqu’où les lois récentes sur le consentement éclairé font-elles du « patient » le décideur de sa mort et non les médecins ? Et décideur jusqu’où ? L’intention d’en fi nir de celui qui n’en peut plus est-elle une demande légitime ? Ceux dont le rôle est structuré par le fait de sauver, de soigner, peuvent-ils ainsi être adaptables jusqu’à la position inverse d’être ceux qui tuent ? Dans quelle mesure la société ne se décharge-t-elle pas un peu vite des débats qui la concernent sur ces médecins, voire sur la « conscience » de ces médecins ?

Crime et justice en Gascogne à la fin du Moyen Âge, par Pierre PRETOU, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
À la fin du Moyen Âge, la Gascogne défendait un mode original de résolution des conflits consistant en des médiations pénales. Toutefois, au XVe siècle, pratiques inquisitoires, traques de criminels, procédures d’office et tortures judiciaires s’abattirent sur des populations qui continuaient à proclamer leurs anciennes coutumes comme garantes des équités ancestrales. À l’issue de la guerre de Cent Ans, la conquête judiciaire ajustait la Gascogne aux rigueurs et aux miséricordes venues de France.
Le livre traite : 1) La justice de la salle, 2) Les médiations pénales, 3) Les réactions justicières, 4) Les rivalités judiciaires, 5) Les justices en guerre, 6) Excès et rebellions, 7) L’ancrage des usages autoritaires, 8) L’essor des coercitions judiciaires, 9) La sujétion par la grâce.

Dictionnaire du journalisme et des médias, par Jacques LE BOHEC, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Les discussions et les jugements habituels sur les journalistes supposent que l’on en sait bien assez pour exprimer un jugement. Mais que penser de cette liste de mots et d’expressions bizarres ? Accord de zone, À-la, ampexage, Anastasie, anchorman, bible, blonde, bolo-bolo, boeuf-carotte, caviardé, chemin de fer, concuvi, couillard, débuller, DSNG, embargo, enrobé, filmer en bois, fixeur, fl ou net, gonzo journalism, grue de Latché, infotainment, JRI, louma, marronnier, ménage, moirage, nazeur, ours, palette, parachute journalism, pâté de têtes, pied, piétage, pleurage, polichinelle, pré-roll, re-croper, règle des 30°, repasse, retravail, saucisse, sérif, singe, stringer, tapis, tricard, vote de paille, voleurs de patates, vumètre, weekender, zoomite… Ce dictionnaire dévoile les définitions de ces termes, expressions et sigles (comme de multiples autres) dont les journalistes de l’aire francophone se servent dans l’exercice de leur profession. Il propose plus de 6 700 entrées. Englobant les quatre grands médias, il n’a d’équivalent nulle part ailleurs… : ni dans les dictionnaires usuels, ni dans les lexiques et glossaires précédents, ni même sur Internet. En outre, les définitions sont enrichies d’exemples, de citations, de renvois, de références, de traductions. Les jeunes tentés par le journalisme y glaneront des clés indispensables pour s’orienter dans ce milieu fascinant et méconnu, ce qui facilitera leurs cursus, stages, jobs d’été, réussite aux concours des écoles, insertion professionnelle et déroulement de carrière. En toute logique, ce dictionnaire sera leur viatique ; il les aidera à se familiariser avec la culture journalistique.

LKP. Guadeloupe : le mouvement des 44 jours, par Frédéric GIRCOURS et Nicolas REY, Editions Syllepses, 2010.
Alors que la situation sociale ne cesse d’empirer, la Guadeloupe va marquer l’Histoire en déclenchant, le 20 janvier 2009, ce qui allait devenir la plus longue grève générale que la France ait jamais connue. Une grève qui fera date pour avoir réussi un coup de maître : rassembler toutes les forces progressistes de l’archipel (associations, syndicats, partis de gauche et indépendantistes) au sein d’un collectif, le LKP.
Tout en faisant le récit de ces événements, en les replaçant dans leur contexte historique et en dressant le portrait de ses principaux protagonistes, les auteurs n’éludent aucune question : le LKP est-il un mouvement identitaire ou un mouvement social ? Quel est son rapport à la question de l’indépendance de la Guadeloupe ? La lumière sur le meurtre du syndicaliste Jacques Bino a-t-elle vraiment été faite, comme le prétend la version officielle, et que cache cette sombre affaire ? Un livre pour comprendre un mouvement qui n’a pas fini de faire parler de lui.

The Protest Psychosis. How Schizophrenia Became a Black Disease, par Jonathan M. METZL, Beacon Press Books, 2010.

Aux États-Unis, à partir des années 1950, la schizophrénie cesse d’être une maladie de Blanches rurales et désœuvrées, pour être associée de manière croissante aux Noirs en provenance des quartiers urbains dégradés. Ce surdiagnostic n’est pas étranger aux luttes pour les droits civiques et à l’apparition, sur le devant de la scène, de militants jugés agressifs.

Nous renvoyons ici à l'analyse de ce livre sur le site de "La vie des idées" : Les fondements raciaux de la psychiatrie américaine, par Hervé Guillemain.

Le développement de l'adolescent. L'adolescent à la recherche de son identité, par Christine CANNARD, Editions De Boeck, 2010.
Connaître l'adolescent pour mieux le comprendre et l'accompagner dans sa recherche identitaire. Une synthèse des connaissances actuelles disponibles sur le développement physique, physiologique, cognitif, psychique et social des adolescents ordinaires. Des recherches orientées sur des incidences, plus ou moins graves et plus ou moins visibles, de la métamorphose pubertaire sur la vie psychologique et sociale de l'adolescent. Un ouvrage permettant au lecteur de : 1) porter un regard et un jugement critique sur le comportement de l'adolescent, la relation adulte-adolescent et les relations entre adolescents, au-delà de tout préjugé ou sentiment de fatalité ; repérer les informations nécessaires à la compréhension des difficultés passagères ressenties par un adolescent dans son processus de construction identitaire, pour s'y préparer ou s'y adapter.

Questions de criminologie, sous la direction de Jean POUPART, Denis LAFORTUNE et Samuel TANNER, Presses de l'Université de Montréal, 2010.
Les mesures de contrôle des armes à feu sont-elles utiles ? Le traitement des délinquants sexuels est-il efficace ? Qu’est-ce qui fait voir dans l’immigration une menace pour la sécurité nationale ? Les victimes d’actes criminels ont-elles toutes les mêmes droits ? Les opérations de « police sans frontières » sont-elles viables ? Peut-on prédire la récidive ? Et que faut-il penser de la violence au hockey ? Voilà quelques-unes des questions qu’abordent les professeurs de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, qui célèbre son 50e anniversaire. On le voit à cet échantillon sommaire : la criminologie est une discipline variée dans ses pratiques comme dans ses objets. Traversée par des interrogations qui touchent à des choix de société fondamentaux, sa réalité québécoise est particulièrement dynamique. Étudiants, chercheurs et praticiens trouveront dans cet ouvrage le portrait en mouvement d’une profession d’avenir.
Avec les contributions de : André Archambault, Laura Aubert, François Bérard, Guy Berlinguette, Étienne Blais, Serge Brochu, Jean-Paul Brodeur, Dianne Casoni, Franca Cortoni, Louis-Georges Cournoyer, Marie-Marthe Cousineau, Jean-Pierre Guay, Stéphane Guay, Mylène Jaccoud, Estibaliz Jimenez, Denis Lafortune, Mario Leclerc, Stéphane Leman-Langlois, Jennifer Letarte, Nicholas Longpré, Massimiliano Mulone, Marc Ouimet, Geneviève Parent, Jean Poupart, Samuel Tanner, Thierry Webank, Jo-Anne Wemmers.

Enquêter : de quel droit ? Menaces sur l’enquête en sciences sociales, sous la direction de Sylvain LAURENS et Frédéric NEYRAT, Editions du Croquant, 2010.
Face aux normes éthiques et aux règles juridiques qui régissent la vie privée ou la propriété intellectuelle, les sociologues, et plus largement tous les chercheurs en sciences sociales, se voient de plus en plus souvent opposés les droits des personnes enquêtées ou d’autres principes supérieurs, jusqu’à voir parfois la réalisation de leur enquête ou sa publication menacées.
Cet ouvrage a pour objet ces tensions entre droit à l’enquête et droits des enquêtés, ce croisement conflictuel entre la légitimité scientifique et différents registres possibles de mise en suspens du droit à l’enquête. Il a pour ambition de créer un espace de confrontation et d’échanges sur des expériences d’enquêtes passées qui ont pu être limitées voire interrompues par la volonté des enquêtés ou des autorités. Il est aussi l’occasion de faire le point sur les droits que peuvent faire valoir les chercheurs en sciences sociales mais aussi sur leurs devoirs face à une judiciarisation croissante des rapports sociaux qui pourraient menacer à terme leur autonomie. Verra-t-on bientôt en France, comme cela peut être déjà le cas dans certaines universités américaines, des chercheurs faire signer à leurs enquêtés des questionnaires attestant du caractère « non violent » des questions posées ? A l’inverse, le bricolage et les arrangements sur mesure dont s’accommodent généralement les chercheurs peuvent-ils garantir le fonctionnement pérenne d’une recherche en sciences sociales sur le long terme ?
Liste des auteurs : Carolina Boe, Elisabeth Dugué, Mustapha El Miri, Nicolas Fischer, Isabelle Frechon, Pernelle Issenhuth, Sylvain Laurens, Guillaume Malochet, Philippe Masson, Michaël Meyer, Delphine Naudier, Frédéric Neyrat, Alain Oriot, Nicolas Rafin, Sébastien Roux, Pinar Selek, Isabelle Sommier, Juan Torreiro, Carine Vassy, Géraldine Vivier.

Sexe, drogue et mafias. Sociologie de la violence sportive, par Patrick VASSORT, éditions du Croquant, 2010.
Dans cet ouvrage, l'auteur montre combien l’institution sportive est devenue le modèle de la compétition névrotique de notre société. Derrière un discours sur les valeurs positives, la fraternité ou l’amitié, le sport développe ou ne fait que renforcer les formes les moins acceptables de la domination. C’est la force opiacée du sport, sa capacité à construire au sein du processus de production corporel et idéologique une fausse conscience, un appareil stratégique capitaliste qui refoule la réalité et produit les formes symboliques les plus dangereuses, qui sont montrées ici.
Les thèmes choisis, les exemples révélés, ne visent pas à évoquer une pratique sportive particulière ou un événement singulier. Ils permettent de mieux comprendre l’institution sportive mais, également, la société capitaliste dans sa dimension la plus faussement festive. C’est en parcourant la réalité de la quotidienneté – du niveau amateur le plus commun aux sportifs de haut niveau les mieux reconnus – que ­l’auteur démontre que l’idéologie sportive forme, déforme et manipule toutes les conditions du vivre-là-ensemble et impose une lutte de tous contre tous, incessante, violente, insensée, impensée. De la violence physique de la pratique jusqu’aux violences sexuelles en passant par les addictions aux drogues et les liens mafieux : soyez les bienvenus dans le monde du sport.

Les violences sexuelles des mineurs. Victimes et auteurs : de la parole au soin, par Marie-Laure GAMET et Claudine MOÏSE, Dunod, 2010.
Les violences sexuelles exercées par des mineurs sur d’autres mineurs suscitent beaucoup d’émoi dans la société et parmi les professionnels, bien souvent désarmés face à une telle agressivité. Toutefois, ce constat ne doit pas faire oublier que la majorité des violences sexuelles sur mineurs est le fait d’adultes issus du milieu familial des victimes. Ces violences constituent un véritable fléau social et posent la question de l’accompagnement du développement de la sexualité des jeunes et de la vie sexuelle des adultes.
Pour passer de la parole au soin, et au soin par la parole, un médecin et une spécialiste universitaire de la violence verbale ont conçu cet ouvrage en prenant appui sur l’expérience de prise en charge sexologique par le médecin de mineurs victimes et de mineurs auteurs de violences sexuelles. La thérapie sexuelle présentée a été élaborée avec le souci constant de ne pas faire d’effraction dans le développement des enfants. Elle contribue à un processus d’élaboration psychique autour du développement de la sexualité. Face aux abus sexuels, pour contrer des dysfonctionnements sociaux et apaiser des vies en souffrance, partenaires institutionnels, professionnels éducatifs, personnels de la santé et de la justice doivent travailler ensemble. Afin que la connaissance, la formation et l’écoute attentive – sur des bases rigoureuses et étayées – permettent que des vies brisées dans l’enfance et l’adolescence puissent, par-delà les traumatismes, être réparées.

Pratiquer les frontières. Jeunes migrants et descendants de migrants dans l’espace franco-maghrébin, sous la direction de Françoise LORCERIE, Paris, CNRS Editions, 2010.
Grilles, caméras, miradors. Les obstacles entre l’Europe et le Maghreb se multiplient pour empêcher les migrants clandestins d’aller vers le nord. Instituées par des États qui sont à la peine avec leurs politiques d’intégration, ces frontières barrent le passage, refoulent des individus en quête d’un ailleurs fantasmé. Au nord, en France, leurs cousins, descendants d’immigrés, font face à d’autres frontières, d’une nature certes différente : les ségrégations sociales et ethno-raciales, véritables plafonds de verre, qui séparent et rejettent. Autant de trajets, de connexions, de parcours et d’expériences que ce livre interroge et partage entre le Maghreb et les quartiers. Enquête sociologique, cet ouvrage apporte un recadrage théorique sur la gestion des frontières par les migrants et un éclairage multiple de douze témoignages, douze coups de projecteur analytiques, qui permettent de renouveler l’information disponible.
Avec les contributions de Mehdi Alioua, Chadia Arab, Elisabeth Dugué, Mathias Gardet, Camille Hamidi, Thomas Lacroix, Elise Lemercier, Mohamed Madoui, Eric Marlière, Emmanuelle Santelli, Mokrane Sifi, Emmanuel Sulzer, et Anne-Françoise Volponi.

Les procureurs entre vocation judiciaire et fonctions politiques, par Philip MILBURN, Katia KOSTULSKI, Denis SALAS, Presses Universitaires de France, 2010.
Les procureurs sont-ils les acteurs professionnels d’une autorité judiciaire indépendante ou les agents d’exécution des politiques publiques du pouvoir en place ? Ces magistrats sont placés au centre du système pénal et, dès lors, au cœur des débats quant à son fonctionnement et son indépendance. Le « parquet » occupe ainsi une position stratégique dans le cadre des réformes de la procédure pénale qui sont régulièrement à l’ordre du jour du gouvernement français, à l’heure où il est question de supprimer la fonction de juge d’instruction. Le présent ouvrage s’appuie sur les résultats d’un programme de recherche d’envergure sur le métier de procureur de la République (qui dirige le parquet de chaque tribunal). Il pénètre de la sorte dans la boîte noire de son travail, de ses difficultés, de ses évolutions, de la manière dont sont conduites les « politiques pénales » et de son lien toujours incertain avec le pouvoir exécutif dont il dépend hiérarchiquement. Derrière l’image d’Épinal d’un procureur animé par la seule logique d’une répression accrue et soumis à la tutelle du politique se profilent en réalité des enjeux plus complexes tels ceux des réponses aux flux croissants de dossiers, de la gestion des moyens et des hommes, du lien avec les dispositifs des politiques locales ou des relations avec la police judiciaire. Quant à la question de l’autonomie, elle répond à des logiques plus subtiles et mouvantes qu’un regard furtif ne laisserait penser. Aussi les carrières de ces magistrats, la matière de leur travail quotidien, leurs prises de position professionnelles et leurs stratégies collectives sont saisies par les outils méthodologiques de la sociologie des compétences professionnelles et de la psychologie du travail. En outre, deux chapitres envisagent la réalité du fonctionnement institutionnel et professionnel des parquets de quelques pays proches de la France (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Hollande).

Sociologie urbaine, Jean-Marc STEBE, Hervé MARCHAL, Editions Armand Colin, collection "Cursus" 2010.
Voici un manuel de sociologie urbaine composé de trois parties. La première est consacrée aux "précurseurs d'une réflexion sociologique sur la ville et leurs filiations" (De Marx à la sociologie urbaine marxiste française, Durkheim et Halbwachs : la ville comme révélateur social et cadre morphologique, Weber ou comment la ville permet de remonter aux origines du monde moderne, Simmel au plus près de la vie urbaine). La seconde est dédiée aux "Promoteurs d'une sociologie de la ville et de l'urbain" (L’École de Chicago ou la science sociale de la ville, Chombart de Lauwe ou la sociologie utile, Lefebvre, sociologue de la modernité et penseur de « l’urbain », Ledrut, Raymond, Remy : d’autres promoteurs de la sociologie urbaine). La troisième est intitulée "La ville et l'urbain: les grandes problématiques de la recherche (Une sociologie dans la ville, Une sociologie de la ville, Une sociologie de l’urbain).

Santé publique, l'état des savoirs, sous la direction de Didier FASSIN et Boris HAURAY, Editions La Découverte, 2010.
Au cours des deux derniers siècles, la santé publique a vu son territoire s’étendre et sa légitimité se conforter dans l’action de l’État aussi bien que dans les pratiques des citoyens. Ébranlée par des crises sanitaires, mais renforcée par le déploiement de nouveaux savoirs et de nouvelles institutions, elle est devenue un enjeu majeur des sociétés contemporaines. À la fois domaine politique, secteur administratif, matière universitaire, champ professionnel et réalité médicale, la santé publique est au cœur de nos grandes interrogations en matière de risque et de précaution, de solidarité et de responsabilité, de justice et d’efficience, d’évolutions démographiques et épidémiologiques. C’est à en décrypter les multiples facettes qu’une soixantaine d’auteurs, chercheurs mais aussi praticiens, s’emploient dans ce livre.
Inscrit dans le contexte français pour en restituer les spécificités, l’ouvrage reste ouvert aux comparaisons internationales. Après avoir abordé les disciplines contributives à la santé publique, il se concentre sur les principales maladies et les grandes questions qu’elle est amenée à traiter, des violences interpersonnelles à la précarité, et aborde les différentes politiques mises en œuvre, de la sécurité sanitaire à la recherche. Il se termine en évoquant les défis qui se posent à nous, notamment les inégalités croissantes qui mettent aujourd’hui à l’épreuve le gouvernement des vies.

"Les enfants face aux violences du quotidien", Non-violence actualité, 2010, n°313 (novembre-décembre).

La violence, selon le Code pénal, c’est tout ce qui porte atteinte à l’intégrité physique et psychique de la personne. Les violences du quotidien, plus difficiles à déceler que la délinquance médiatisée, sont tout aussi traumatisantes. Quand un enfant se sent humilié par un geste, une parole, une bousculade, une insulte… il éprouve un sentiment de violence. Et cette violence peut entamer son bien-être, sa faculté d’apprentissage et même sa capacité à établir des relations sociales normales. Contributions de Cécile Carra, Éric Debarbieux, Gilles Verbunt, Marie Garrigue Abgrall, Roselyne Roy, Génération médiateurs et la Défenseur des enfants.

La France de l'illettrisme. Constats et perspectives, Problèmes politiques et sociaux, n° 975, 2010, La Documentation française.
L'illettrisme : une réalité complexe à appréhender. Définir, quantifier, analyser sont autant d'étapes nécessaires pour arriver à cerner la situation des personnes illettrées, (contexte social et éducatif, typologies, parcours de vie...) aux prises avec une marginalisation sociale et professionnelle accrue. Grâce à des analyses croisées de différentes sources, ce nouveau dossier des Problèmes politiques et sociaux explore et analyse tous ces aspects avant d'aborder les politiques publiques d'insertion et de lutte contre l'illettrisme avec, également, des exemples d'actions différenciées locales. Une chronologie de dates clés dans la lutte contre l'illettrisme est proposée en fin d'étude.

Qualifier des lieux de détention et de massacre - Figures emblématiques, mobilisations collectives, __édité par Béatrice FLEURY et Jacques WALTER, Questions de communication, 2010, Acte 9, Presses Universitaires de Nancy.__
Dans ce troisième volume consacré aux processus de qualification, disqualification et requalification de lieux de détention, de concentration et d'extermination, l'interrogation porte sur des figures - dites emblématiques - et sur des actions et engagements qui sont autant de mobilisations collectives. Les auteurs étudient les modalités et raisons pour lesquelles certaines personnalités ou causes ont été mises à l'honneur ou à l'index. Ce qui conduit à saisir l'articulation entre mémoire commune et imaginaire social.
Interdisciplinaires et favorisant des comparaisons, les résultats sont exposés en trois sections : « Masculin », « Féminin », « Pluriel ». Ainsi voit-on que la mémoire des lieux peut répondre à des préoccupations relevant du sexe - de la victime ou du bourreau - et aux attentes de ceux qui se l'approprient. Elle peut également être l'oeuvre d'un mouvement de fond qui la transcende et dont on perçoit les effets dans l'évolution de ses manifestations.

Un flic de l'intérieur, par Georges Moréas, Paris, éditions AO, 2010.
Georges Moréas est Commissaire divisionnaire honoraire de la police nationale. C'est un ancien "grand flic", qui a gagné sa réputation dans la lutte contre le grand banditisme. Mais c'est aussi un passionné, un homme droit et entier, pas prêt à faire des compromis politiques, à se laisser faire, à renoncer à ses idéaux, à perdre son honneur. Alors il a préféré partir, bien avant l'âge de la retraite. Ce livre est une réédition (première édition en 1985). Ceux qui ne le connaissaient pas y découvriront l'histoire d'une homme mais aussi un témoignage sur la police judiciaire, sur le "milieu" délinquant et sur certains aspects de la politique des années 1970 et 1980. Enfin, soulignons que Georges Moréas tient aujourd'hui un blog sur le site du Monde qui mérite la lecture régulière tant ses chroniques sont généralement d'une rare justesse (L.M.).

La sociologie sur le vif, par Cyril LEMIEUX, Paris, Presses des Mines, 2010.
Emeutes de Villiers-le-Bel, affaire Kerviel, péripéties de l’Arche de Zoé, fiasco de la France à l’Euro de football, élection de Barack Obama, crise financière : des sujets qui se bousculent à la une des journaux télévisés, la sociologie a-t-elle quelque chose à dire ? Sa vocation première n’a jamais été de s’exprimer dans l’urgence et l’immédiateté. Le temps, souvent très long, de l’enquête lui est nécessaire pour réussir à éclairer d’une intelligibilité nouvelle le monde social qui se bâtit sous nos yeux. Restent pourtant les attitudes et les tournures de pensée qu’elle nous enseigne. Restent ces connaissances, si nombreuses, qu’elle accumule patiemment depuis ses débuts. Autant de ressources pour nous aider, face à un quotidien incertain et opaque, non pas à produire dans l’instant un discours de vérité mais, plutôt, à nous distancier des analyses propres à « l’air du temps » et ainsi, peut-être, à mieux saisir des enjeux demeurés inaperçus et à éviter certaines erreurs de jugement. C’est un tel pari émancipateur que poursuit ce livre, où le lecteur retrouvera les chroniques que l’auteur donna, selon un rythme hebdomadaire, sur l’antenne de France-Culture entre août 2007 et juillet 2009.

Pourquoi désobéir en démocratie ?, par Sandra LAUGIER et Albert OGIEN, Paris, La Découverte, 2010.
Les raisons de se révolter ne manquent pas. Mais on ne se révolte pas n'importe comment : en démocratie, s'engager dans un combat contre l'injustice, l'inégalité ou la domination est un geste qui doit s'exprimer sous une forme d'action politique acceptable. Parmi ces formes se trouve la désobéissance civile qui consiste, pour le citoyen, à refuser, de façon non-violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire parce qu'il la juge indigne ou illégitime, et parce qu'il ne s'y reconnaît pas. Cette forme d'action est souvent considérée avec méfiance : pour certains, elle ne serait que la réaction sans lendemain d'une conscience froissée puisqu'elle n'est pas articulée à un projet de changement politique ; pour d'autres, à l'inverse, elle mettrait la démocratie en danger en rendant légitime un type d'action dont l'objet pourrait être d'en finir avec l'État de droit. Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui - à l'école, à l'hôpital, à l'université, dans des entreprises, etc. Il montre comment ces actes s'ancrent avant tout dans un refus de la logique du résultat et de la performance qui s'impose désormais comme un mode de gouvernement. À la dépossession qui le menace - dépossession de son métier, de sa langue, de sa voix - le citoyen ne peut alors répondre que par la désobéissance, dont le sens politique doit être pensé.

Dictionnaire de l'adolescence et de la jeunesse, sous la direction de David LE BRETON et Daniel MARCELLI, Paris, PUF, 2010.
Ce Dictionnaire de l’adolescence et de la jeunesse, par sa double appellation et par ses deux codirecteurs de publication, l’un sociologue, l’autre médecin psychiatre, vise à restituer l’indispensable pluralité des regards sur un « objet » qui n’en est pas moins unique : une personne humaine quittant l’enfance est invitée à prendre sa place d’adulte. Si la « jeunesse » fut l’une des premières classes d’âge à être perçue en tant que telle dès les premiers travaux des sociologues ou des historiens, l’adolescence fut rattachée d’emblée par son étymologie même à la puberté, à la croissance et par conséquent au champ médico-psychologique. Cette tension entre le social/sociétal et le particulier/individuel se ressent de façon aiguë quand on aborde cette tranche d’âge. Âge des paradoxes, ces jeunes tout comme ces adolescents bousculent les habitudes, contestent les limites tout en favorisant le temps des confrontations et des rencontres. Grâce à la collaboration de très nombreux spécialistes, sociologues, psychiatres, psychanalystes, historiens, juristes, philosophes, etc., cet ouvrage propose un panorama le plus complet possible des problématiques et des enjeux centrés sur cette période de la vie, aussi bien d’un point de vue individuel et familial que social.

Faire les Français, par Anne-Marie THIESSE, Paris, Stock, 2010.
Au cours des débats récents, l’identité nationale a été souvent associée à une vision passéiste et xénophobe de la France : nation assiégée qui serait doublement menacée par la globalisation et l’immigration. Ce livre renverse la perspective. L’identité nationale mérite qu’on s’y intéresse parce qu’elle nous parle de la modernisation qui a transformé nos sociétés depuis deux siècles, sur le plan politique et culturel. Parler d’identité nationale, c’est comprendre pourquoi une société tournée vers le progrès, traversée par des revendications de liberté, d’égalité et de sécularisation, devant intégrer une population disparate, s’est prise de passion pour le passé. C’est découvrir comment le principe de la représentation politique a nécessité une représentation culturelle de la nation, comment il a suscité une perception esthétique et émotionnelle de son territoire. L’ère des nations, c’est le moment où naissent les usines et les monuments historiques, le corps enseignant et le tourisme, les partis politiques et les sports, la presse et le folklore. Les institutions, les conceptions, les émotions caractéristiques de l’ère nationale imprègnent encore largement notre éducation et notre mode de vie. Partant d’événements ou de débats récents, on les examine ici en leur restituant leur profondeur historique. Certes, le bilan de l’âge national n’est pas seulement positif : guerres, colonialisme, dégradation de l’environnement. Et en ce début de xxie siècle, le progrès a cessé d’être un idéal collectif. D’ailleurs, la crise d’identité actuelle est sans doute une crise de la modernité. C’est que nation et identité nationale ne sont pas des sujets simples, réductibles à des polémiques circonstancielles. Ils invitent bien plutôt à réfléchir sur la nécessité, pour une société, d’imaginer son destin afin de le construire.

Opération banlieue. Comment l'État prépare la guerre urbaine dans les cités françaises, par Hacène BELMESSOUS, Paris, La Découverte, 2010.
Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à « réinjecter du droit commun » dans les quartiers d’habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d’une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le « traitement » ne relèverait plus que de l’éradication ou de la force armée. Voilà ce que démontre cette enquête implacable d’Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels, de témoignages d’acteurs de la « sécurité urbaine » ? politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires ? et de visites des lieux où militaires et gendarmes se préparent à la contre-guérilla urbaine. Il explique ainsi qu’un objectif caché des opérations de rénovation urbaine est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : la gendarmerie mobile et l’armée de terre. Car avec l’adoption en 2008 du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, l’idée d’un engagement des forces terrestres en banlieue n’est plus un tabou. Mais s’ils se disent loyaux envers le chef de l’État, nombre d’officiers interrogés récusent ce « scénario de l’inacceptable ». Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd’hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action. Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d’une politique d’État ayant fait sienne un nouvel adage : « Si tu veux la guerre, prépare la guerre ! ».

Normes et normalisation en travail social. Pour une posture critique entre responsabilité, résistance et créativité, Sous la direction de Vincent Meyer, Bordeaux, éditions Les Études Hospitalières, 2010.
Dans l'environnement néolibéral de ce début de XXIe siècle, l'éva­luation s'est étendue à tous les domaines de l'activité humaine. Ainsi, dans le travail social se déploie, de proche en proche, un « prêt-à-évaluer » qui réussirait même l'exploit de s'adapter, par ses logiciels et référentiels, à la réalité du quotidien des établissements ou services, et à la complexité des situations sociales de leurs usagers. Dans ce marché de l'évaluation en proie à une profusion de critères quanti­tatifs, et face aux logiques de performance, comment prévenir le risque de « normer » l'engagement des professionnels et de « norma­liser » leurs pratiques ?
Avec les contributions de : Dominique Rolin, Dominique Pené, Vincent Lowy, Jean-René Loubat, Michèle Lapeyre, Anne-Marie Helvétius, Claude Falgas, Dominique Fablet, Pierre Delor, Jean-Yves Dartiguenave, Michel Chauvière, Christian Bonah, Jean-Pierre Rault, Michel Legros, Jean Briens.

Dossier "Violences et sécurité à l'école", Regards sur l'actualité, n° 363, septembre 2010.
À la suite d’incidents violents dans des établissements scolaires au début de l’année 2010, le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, a pris l’initiative d’organiser des États généraux de la sécurité à l’école, les 7 et 8 avril 2010. Après onze trains de mesures pour lutter contre les violences à l’école depuis 1991, ces assises ont cherché à réunir le « savant et le politique » en constituant un Conseil scientifique afin d’analyser la violence à l’école au-delà de l’émotion immédiate qu’elle peut susciter. À l’approche de la rentrée des classes, ce dossier vise à interroger les manifestations de la violence à l’école pour mieux comprendre leur signification et les moyens de la prévenir.
Avec des contributions de Éric DEBARBIEUX, Cécile CARRA, François DUBET et Russell SKIBA.

Quartiers brisés, habitants spoliés, par Jacques Caron, Paris, Editions Non Lieu, 2010.
L’ANRU, le logement social vous connaissez ? Les émeutes urbaines, les démolitions spectacles, les millions engloutis et chaque année le même constat : manque de logements, précarités grandissantes. Comment en sortir ?
C'est le récit parfois pathétique des réalités vécues d’un quartier des zones dites sensibles de France, la Madeleine d’Evreux, par l’habitant alliant l’expérience professionnelle de l’observation des faits à l’engagement dans son territoire ouvre de nouveaux horizons. Jacques Caron montre comment derrière une façade honorable la rénovation des quartiers de logements sociaux se cache une redoutable machine à paupériser à fragiliser les quartiers populaires. Les destructions massives sont financées par le 1% logement auparavant réservé à la construction du logement et de son entretien. Les travaux de reconstruction font appel à l’emprunt remboursé par les locataires, ainsi l’ANRU contribue à la crise du logement de notre pays. Les dégâts sur le patrimoine immobilier, concentrent et amplifient la détresse humaine. Ce n’est pas principalement d’un nouvel urbanisme que nos quartiers ont besoin mais de citoyenneté, de démocratie, de système de représentation, de gestion, de fiscalité plus juste. Nos quartiers n’ont pas besoin d’argent, d’endettement supplémentaire, mais de l’arrêt des gaspillages, d’un bon usage de l’argent public, d’une application réelle de la représentation républicaine largement oubliée dans nos quartiers de logements sociaux.

La justice pénale entre rituel et management, par Jean DANET, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
La justice pénale se métamorphose sous nos yeux. Entre le rituel hérité du XIXe siècle et le management propre à une société obsédée par la gestion, naissent de nouvelles façons de juger, de sanctionner, de punir. Dans tous les cas le rituel judiciaire est en cause, le mot étant entendu ici en son sens le plus large, c’est-à-dire l’ensemble des formes sous lesquelles la justice pénale est rendue et donc sa manière même de produire la vérité judiciaire, de penser la pénalisation, les peines et la manière de les appliquer. Non pas que le rituel ancien disparaisse. La réalité est plus complexe. Ici, il se transforme, là, il résiste en sa forme précédente, ailleurs, il se délite sans parvenir à se reconstruire. Le management public que la justice aura découvert très tard ne se limite pas à introduire un nouveau mode de direction des juridictions. Il va bien au-delà des seules préoccupations de gestion du temps, des hommes et des deniers de l’État. Il introduit de nouvelles valeurs (la concurrence) et il récuse les anciennes. Il approche tout autrement le sens et les finalités du rite, à moins qu’il ne le prive de sens. Il travaille la justice au plus près des pratiques. Ce livre explore quelques-unes de ces métamorphoses.
La question dès lors est de comprendre comment fonctionnent les nouveaux dispositifs par lesquels notre société continue de punir. Pour saisir de quels abus cette justice transformée pourrait se rendre coupable, pour détecter ses faiblesses au regard des principes du procès équitable, pour faire émerger les nouvelles tâches de la défense. Pour mettre en évidence les incohérences de certains de ces nouveaux dispositifs, pour souligner les points sur lesquels le débat démocratique doit porter afin de mieux fonder les interventions de cette justice. Sans cet exercice critique, la justice pénale se perdra quelque part entre les rigueurs pesantes d’un rituel suranné et les règles brutales d’un management à court terme.

"Éduquer et prévenir : ce que fait l'école", revue Informations sociales (CNAF), 2010, n°161.
Ce numéro est consacré à l’analyse des enjeux, des notions et des pratiques issues du face-à-face entre l’éducation et la prévention. Ces deux termes renvoient à des configurations politiques et techniques qui affectent des populations et des institutions dans le cadre de référentiels d’action publique. L’éducation, à travers l’institution scolaire, apparaît comme un lieu privilégié de la prévention, notamment en matière de santé. Toutefois l’interaction de ces deux termes laisse apparaître des paradoxes : par exemple, la relation entre l’éducation « nationale » et la prévention « locale » dans le traitement de la déscolarisation ; ou encore la dénomination des acteurs des champs éducatif et préventif. La rencontre de l’éducation et de la prévention ne va ainsi pas de soi et, quand elle survient, le risque est parfois de produire des formes institutionnelles d’inadaptation et de faire disparaître la notion d’éducabilité. Dans une première partie du numéro, il s’agira de s’intéresser à l’école comme lieu de la prévention tant du côté des questions de santé que du décrochage scolaire. Dans une deuxième partie, un ensemble d’articles examine le rôle et l’action des structures éducatives qui existent en dehors de l’école. Enfin, dans un troisième temps, la réflexion portera sur la prévention qui peut s’exercer à l’échelle du territoire, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’établissement scolaire et, complémentaire ou pas, avec l’école.

L’arrière-cour de la mondialisation. Ethnographie des paupérisés, par Patrick BRUNETEAUX et Daniel TERROLLE, Editions du Croquant, collection "Terra", 2010.
Cet ouvrage explore les mondes de la pauvreté en se proposant de sortir du débat français sur l’exclusion. À partir d’analyses internationales neuves sur les différents visages de la paupérisation et de la survie des surnuméraires dans le cadre actuel de la mondialisation néo-libérale, il questionne la porosité des concepts scientifiques immergés dans la demande sociale et soumis aux catégories de l’action publique. Ce faisant, il contribue au dévoilement des formes de collusion des chercheurs avec le Pouvoir. Cependant, le parti d’embrasser différentes figures du sous-­prolétariat dans le monde ne s’épuise pas à offrir un large panorama des formes d’exclusion et de survie sur les cinq continents. Outre qu’ils proposent des monographies inédites (Japon, Ukraine, Antilles, Palestine, Brésil, Pérou, USA, Ghana, France) révélant l’homogénéité de l’arrière-cour de la société néo-libérale, les auteurs ont aussi pour ambition de questionner intimement les postures des chercheurs affrontés à des violences sociales souvent extrêmes. En interrogeant leurs adaptations pour mesurer les violences que subissent les plus dominés, ce que d’aucuns appellent les « terrains difficiles », ils explorent de nouveaux outils d’analyse. En osant aussi questionner les mondes dits de la « marginalité » (« jeunes des banlieues, « prostituées, « délinquants », « toxicomanes », « SDF », « sans-papiers »…), ils mettent en évidence autant les violences internes qui les gouvernent que celles de la mondialisation.

Réformer la police. Les mémoires policiers en Europe au XVIIIe siècle, sous la direction de Catherine Denys, Brigitte Marin et Vincent Milliot, Rennes, Presses Universitaires de rennes, 2009.

Les réflexions et les débats suscités en Europe, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, par la police, l’agencement de ses dispositifs, ses fonctions, ses techniques et modes opératoires, ont nourri la rédaction de nombreux textes, des « mémoires », dans lesquels faiseurs de projets, réformateurs ou amateurs éclairés, impliqués à des degrés divers dans les appareils de police ou d’autres branches de l’administration, avancent des propositions amélioratrices. Leur étude nous renseigne sur les pratiques et les conceptions de l’ordre comme sur les savoirs administratifs et les cultures de gouvernement qui les fondent.

La France a peur. Une histoire sociale de « l'insécurité », par Laurent BONELLI, Paris, éditions La Découverte, 2010 (nouvelle édition).
Zones de non-droit », « délinquants toujours plus jeunes et plus récidivistes », « flambée de la violence urbaine » : l’« insécurité » semble devenue l’un des principaux problèmes sociaux du début du XXIe siècle en France. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, invoquent la « demande de sécurité » de leurs électeurs pour réclamer une action plus énergique de la police et de la justice et les gouvernements successifs ont rivalisé dans l’adoption de lois et de mesures nouvelles en la matière.
D’où vient une telle inflation du thème de la sécurité depuis le début des années 1980 ? Dans quelle mesure a-t-elle modifié la perception des milieux populaires et de leurs problèmes sociaux ? Cet ouvrage montre que l’émergence de l’« insécurité » est inséparablement liée aux formes de précarités qui se développent depuis la fin des Trente Glorieuses et au recul constant de l’État social. C’est à partir de l’ensemble de ses dimensions qu’il aborde cette question, des transformations des quartiers populaires à celles du jeu politique, du traitement médiatique de la « délinquance » aux savoirs et expertises en tout genre mobilisés pour l’interpréter, des politiques locales de sécurité jusqu’aux mutations profondes intervenues dans l’organisation et les missions de la police, de la justice et de l’école.

Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire, par Manuel BOUCHER, Paris, L'Harmattan, 2010 (Préface de Didier Lapeyronnie).
Sans nier la réalité des phénomènes de décomposition sociale, politique et culturelle en oeuvre dans des zones urbaines périphériques, ce livre rompt avec le traitement médiatique des quartiers populaires, oscillant sans cesse entre une description dramatisante des "banlieues" et de leurs habitants, sous l'emprise de "lois propres aux ghettos", et une présentation "moralement correcte" radicalement optimiste.
Grâce à la réalisation d'une enquête ethnographique, l'auteur tente de comprendre la production et la régulation des phénomènes de violences dans une "cité ghetto" (la Cité des enfants perdus). Il analyse l'expérience sociale d'habitants qui font peur, notamment des jeunes considérés comme des "figures de désordre". Qu'ils soient pacificateurs ou rebelles, les "internés du ghetto" vivent tous de nouvelles épreuves de la domination mais réagissent et déploient également des stratégies individuelles et collectives pour sortir d'un processus de "réification réciproque".



L'identité nationale, une énigme, par Marcel DETIENNE, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2010.
En 2007, une nation qui fait partie de l'Europe, comme tant d'autres, décide de créer un ministère de l'Identité nationale. Pour familières qu'elles paraissent, les notions d'identité et de nation se révèlent d'une complexité qui éveille la curiosité de l'histoire et de l'anthropologie. Aussi, conjuguant les deux disciplines, Marcel Detienne met en perspective quelques manières radicalement différentes de se représenter ce qui semble faire partie du «sens commun», à savoir ce que nous sommes ensemble et ce que les autres ne sont pas. Ces manières sont autant de fictions du passé ou du présent : le pur Celte de Padanie, en Italie ; l'Hindou-hindouiste à racines védiques, dans l'Inde contemporaine ; le Japonais né de la terre des dieux sans autres prédécesseurs ; l'Athénien qui se veut pur rejet de la Terre autochtone ; l'Allemand historial d'hier, plus grec que les Grecs, du temps de Heidegger et de Hitler : le native, «citoyen de souche» américain sur un continent ouvert à l'immigration. Sans oublier le Français de souche, à nouveau raciné.

Actualités psychopathologiques de l'adolescence, sous la direction de Yves MORHAIN et René ROUSSILLON, Bruxelles, éditions De Boeck, 2009.
La traversée adolescente est une période de profonds remaniements identitaires et de réaménagements narcissiques propices aux conduites à risques et à la mise à l’épreuve du corps. Comment aborder l’évolution des problématiques et des pathologies actuelles ? Comment accueillir et accompagner ces adolescents en souffrance identitaire ? Que peut-on proposer à ces adolescents ?
Rédigé par les plus grands spécialistes de l’adolescence, cet ouvrage présente les dernières avancées de la recherche en psychologie clinique et en psychanalyse concernant les figures contemporaines de la psychopathologie pubertaire. La vulnérabilité de l’adolescent face au pouvoir de captation du négatif est ainsi questionnée à partir des pathologies de l’immédiateté (addictions avec ou sans objet, violences multiples) et du retrait (mouvements dépressifs) en passant par les troubles du narcissisme et le goût du risque.

Violence à l'école: au bonheur des experts, par Philippe VIENNE, Paris, Editios Syllepse, 2009.
L’ouvrage consiste en une analyse critique du discours expert sur les violences à l’école et des réseaux d’expertise qui se sont créés sur cette thématique. Depuis les années 1990, un vaste champ de recherches a été stimulé sur ce thème par des commandes publiques nationales et européennes, dont plusieurs disciplines ont bénéficié. Il s’agit de mettre en évidence le danger que représente une littérature experte directement inféodée à la demande politique et bureaucratique de « lutte » contre la violence scolaire. Les chercheurs qui produisent ces expertises pour différentes institutions nationales et internationales, comme l’Union européenne, se caractérisent par un manque d’autonomie à l’égard des pouvoirs politiques et des définitions bureaucratiques.
Volontiers neutraliste, cette production, qui stigmatise toute démarche critique en sociologie comme étant « idéologique » ou d’« ultragauche », pour reprendre les termes employés, se caractérise par sa normativité quand il s’agit de désigner les « bons » et les « mauvais » comportements, et un certain conservatisme dans le choix des bonnes « solutions » américaines à la violence. Ces experts déclarent aussi pouvoir « prédire » l’apparition du comportement délinquant à venir chez des enfants âgés de quelques années, pour l’enrayer à la racine grâce au « repérage » des délinquants potentiels.

Peculiar institution. America's death penalty in an age of abolition, par David GARLAND, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2010.
La peine de mort aux Etats-Unis est une institution étrange et spécifique. Malgré son abolition dans le reste du monde Occidental, la peine capitale est toujours en vigueur dans une douzaine d’Etats américains. Le fait est bien connu mais rarement bien analysé. Dans cette étude, David Garland tente d’expliquer cette persistance localisée et en fait une caractéristique des institutions politique américaines et des conflits culturels qui traversent ce pays. Le système fédéral, le fonctionnement de la démocratie locale, l'élection des juges, l’héritage historique de la violence et du racisme, la jurisprudence de la Cour suprême, la pression médiatique autour des faits divers, contribuent à expliquer l’incapacité des élites américaines à en finir avec cette peine davantage qu’une opinion publique qui y est favorable mais qui l’était également dans les autres pays occidentaux au moment où elle y fut abolie.

Le délinquant idéal. Performance, discipline, solidarité, par Pierre Tremblay, Montréal, éditoins Liber, 2010.
Edwin Sutherland a inventé la fiction du délinquant idéal et caractérisé son comportement par la performance (les avantages qu’il retire de ses délits), la discipline (l’endurance face à l’épreuve pénale) et la solidarité à l’endroit des compagnons de route. On s’étonne aujourd’hui que cette fiction ait suscité l’engouement — assez éphémère — des sociologues et qu’elle ait même influé, au tournant des années 1950, sur la criminologie elle-même. Les fictions théoriques indisposent le sens commun parce qu’il est facile de trouver de nombreux cas qui les contredisent. Celle de Sutherland heurte aussi, par sa complaisance cynique, le sens moral. Mais son influence s’est rapidement estompée à la fin des années 1960. La criminologie contemporaine examine les délinquants à travers les réactions défavorables qu’ils suscitent. La sociologie criminelle américaine des années 1940 et 1950 examinait la société à travers le regard que les délinquants portaient sur les réactions favorables à leurs comportements. La fiction du délinquant idéal était-elle inutile ? La criminologie a-t-elle gagné en maturité scientifique ou en probité intellectuelle en s’en débarrassant ?

La part d'ombre de la mondialisation : Paradis fiscaux, blanchiment et crime organisé : L'urgence de l'espace judiciaire européen, par Adrien Roux, Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 2010. Préface de Thierry Godrfroy (CNRS-Cesdip).
Cet ouvrage entend démontrer que le système financier international, en tant qu’il repose sur l’utilisation intensive et en progression des paradis fiscaux, met en danger le régime démocratique en Europe. La mondialisation entraîne dans son sillage le dépérissement des États-nations, ainsi que la généralisation d’un phénomène criminel d’un genre nouveau. Blanchiment, pénétration du crime organisé, fraudes, le tout dans un climat de quasi-impunité, pourraient résumer les débordements inquiétants de la sphère financière internationale. La construction d’un véritable « espace judiciaire européen », encore embryonnaire, devient nécessaire pour assurer l’effectivité de la loi, le paiement équitable des impôts, la réduction de la criminalité et le futur de la démocratie.

Abécédaire de la société de surveillance, par David Forest, éditios Syllepses, 2009.
Souvent décrite comme l’envers diabolique d’une « société de l’information » par ailleurs heureuse, la « société de surveillance » évoque une menace tout à la fois proche et lointaine, impalpable et incarnée dans la panoplie d’un attirail sécuritaire (tests ADN, biométrie, géolocalisation, puces RFID, vidéosurveillance, etc.) sans cesse renouvelé et perfectionné. Banalisation, miniaturisation et numérisation aidant, ces dispositifs qui nous « veulent du bien » ont grignoté l’espace urbain et les réseaux informatiques pour se fondre dans notre quotidien. Enterré sans fleurs ni couronne, l’anonymat a vécu, balayé par les forces conjuguées de la marchandisation de toute chose et l’extension sans borne du fichage policier sous couvert de lutte contre l’insécurité et le spectre terroriste. L’atonie des intellectuels et le verrouillage du débat public ont conduit au fil du temps à accorder une confiance inquiétante aux systèmes d’information. Quelques en sont les causes et manifestations ? Comment et selon quelles logiques ces technologies sont-elles réglementées ? Qu’attendre de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ? Cet ouvrage se propose de réintroduire ces questions désertées dans le champ politique en retraçant la trajectoire de la régulation et l’accompagnement politique des technologies de contrôle, car il faut se convaincre que surveiller c’est punir.

L'aide sociale à l'enfance et les jeunes majeurs. Comment concilier protection et pratique contractuelle ?, par Céline Jung, Paris L'Harmattan, 2010.
Suite à l’abaissement de la majorité en 1974, les missions de protection de l’enfance peuvent être élargies aux majeurs âgés de 18 à 21 ans qui rencontrent des difficultés d’insertion sociale ou professionnelle faute de ressources ou de soutien familial. Cette aide, communément appelée « contrat jeune majeur », s’appuie sur la technique du contrat. Elle s’inscrit, au début des années 1980, dans un processus de rénovation de l’Aide Sociale à l’Enfance et de ses rapports avec les familles, puis, à la fin de cette décennie, dans le champ de l’insertion avec l’instauration du contrat d’insertion lié au RMI. L’articulation de cette pratique avec l’ambition de la protection ne va pas de soi : l’aide aux jeunes majeurs, par le biais du contrat, n’est-elle pas recouverte par des techniques et des visées qui la dénaturent ? Cette technicisation a-t-elle, en se développant, modifié les places dans la relation éducative ? Cette « responsabilisation » du sujet permet-elle une plus grande protection des plus vulnérables ?

Roms, Tsiganes et gens du voyage, numéro spécial de la revue Diversité, n°159, décembre 2009.
Ce numéro a été conçu à la suite du colloque "Roms d’Europe : Ruptures, accueils et scolarisations" (1, 2 et 3 décembre 2008, avec l’IUFM de Franche-Comté et le CASNAV de l’académie de Besançon). Nous le signalons compte tenu de l'actualité.
Huit à douze millions de personnes issues de l'univers culturel tsigane dispersées dans toute l’Europe sont toujours stigmatisées en raison de stéréotypes persistants, en butte à des discriminations constantes et confondues dans un grand tout, malgré l’hétérogénéité historique et socioculturelle qui les caractérise. Il convient, dans une Europe démocratique, de reconnaître enfin les droits fondamentaux de cette minorité et d’améliorer sensiblement la scolarisation de leurs enfants.

"Jeunes d'aujourd'hui, France de demain", dossier réalisé par Cécile Van de Velde, Problèmes politiques et sociaux, 2010, n°970.
Quitter ses parents, entrer dans la vie active, construire son autonomie : par quels chemins accède-t-on, en France, à l'indépendance ? Quelle place la société française fait-elle à sa jeunesse, comparativement à ses voisins européens ? La jeunesse se retrouve aujourd'hui au cœur de problématiques qui irriguent la société toute entière et pèsent sur ses perspectives d'évolution. Dans un contexte fortement marqué par la fragilité de la situation économique, l'efficacité du système éducatif et l'accessibilité du marché du travail aux nouveaux entrants représentent des enjeux cruciaux. Formation, autonomisation, entrée dans la vie active, inscription dans une chaîne générationnelle..., ce dossier montre clairement à quel point le sujet des jeunes touche de larges secteurs des politiques publiques. Il nous propose un regard renouvelé sur la place faite à la jeunesse au sein de la société française, et nous invite à une analyse sur les relations entre les âges et les générations.

Médiations : les ateliers silencieux de la démocratie, par Jacques Faget, Toulouse, Erès, 2010.
Loin du tintamarre médiatique, des tambours de la politique et de la justice spectacle, se développent depuis trois décennies des pratiques de médiation qui expérimentent de nouvelles façons, discrètes et silencieuses, de faire vivre la démocratie. Ce sont des lieux de confrontation des intérêts et des visions du monde où s'apprennent par le dialogue le respect de l'altérité et la tolérance. Ce sont des moments de tension où se recherchent des solutions mutuellement satisfaisantes aux conflits individuels et sociaux qui nous tourmentent, des moyens de continuer à vivre ensemble malgré tout ce qui nous différencie et nous oppose. Cet ouvrage permet d'en comprendre la genèse et l'évolution, d'en mesurer les enjeux politiques, institutionnels et sociaux. Il donne aussi à connaître les « fondamentaux » de la posture du médiateur et les différents modèles pratiques sur lesquels il appuie son travail. Il propose enfin une vision critique et documentée des principaux champs d'activité où s'exercent ces médiations politiques, environnementales, pénales, familiales, sociales, scolaires, commerciales, d'entreprise, sanitaires. Au-delà de leurs différences, toutes ces pratiques sont, de la même façon, tiraillées entre forces de l'instrumentalisation qui tentent de les asservir à un ordre institutionnel et forces de l'inspiration qui exaltent l'empowerment et l'émancipation des individus et des groupes sociaux.

Sociologie des classes populaires, par Philippe Alonzo et Cédric Hugrée, Armand Colin, Collection "128", 2010.
« Démunis » , « exclus » , « nouveaux pauvres »… À l’heure où les conséquences économiques et sociales de la crise financière fragilisent ceux qu’un ministre avait un temps désignés comme « La France d’en bas », Philippe Alonzo et Cédric Hugrée reviennent sur les travaux et enquêtes sociologiques qui ont forgé la catégorie de « classes populaires » et en ont fait un outil pour décrire et comprendre le monde social. Cet ouvrage retrace tout d’abord les débats sociologiques liés à la définition du « populaire ». Il revient ensuite sur les approches et les enquêtes qui ont analysé les transformations et permanences de ces milieux sociaux : depuis leurs rapports au politique, en passant par le travail et l’emploi, sans oublier leurs styles de vie et l’école. Soit quatre parties : 1) Définir et circonscrire les "classes populaires" ?, 2) Les classes populaires et le politique : mobilisations et déstabilisations, 3) Travail, emploi et styles de vie : équilibres, inégalités, recompositions, 4) "Peut mieux faire " Les classes populaires et l'école.

La médecine légale entre doctrines et pratiques, Dossier coordonné par Michel Porret, Revue d'histoire des sciences humaines, 2010, n°22.
Si le succès de la série télévisée culte, Crime Scene Investigation (Les experts), fait écho à la médiatisation grandissante des experts légistes devant les tribunaux criminels, la médecine légale est une discipline scientifique dont l’histoire est liée à l’évolution de la justice et aux mutations des sciences de l’homme. Au savoir diffus et empirique de la médecine judiciaire d’Ancien Régime succède un savoir normatif et naturaliste sur le corps violenté et l’âme aliénée, élaboré entre la scène du crime, l’université, le laboratoire et les cours de justice. Ce dossier évoque, dans la théorie et la pratique d’hier et d’aujourd’hui, cette discipline qui mesure, sur les atteintes corporelles, les conséquences morbides du passage à l’acte criminel.

Norbert Elias et le 20e siècle. Le processus de civilisation à l'épreuve, sous la direction de Quentin Deluermoz, Vingtième siècle. Revue d'histoire, n°106, avril-juin 2010.
Pourquoi les historiens spécialistes du 20e siècle, à la différence de ceux travaillant sur les époques médiévale ou moderne, n'ont-ils pas, ou peu, utilisé la réflexion de Norbert Elias sur le processus de civilisation ? Voici la problématique, neuve, à laquelle ont bien voulu se confronter sociologues et historiens, spécialistes et non-spécialistes de la pensée de Norbert Elias. Ce numéro spécial de Vingtième Siècle suit une démarche en quatre temps : un appareil introductif, des études historiographiques, des tentatives d'application du modèle théorique éliassien à des domaines de recherche par des historiens français d'abord et par des sociologues étrangers ensuite. Les violences extrêmes de la Grande Guerre, le relâchement des corps sur les plages pendant l'entre-deux-guerres, les colonisations européennes, le sport de masse, le maintien de la peine capitale aux États-Unis : autant de sujets pour lesquels l'approche de Norbert Elias, dans son ampleur comme ses fragilités, peut se révéler pertinente.

Hooliganisme en Europe. Sécurité et libertés publiques, par Anastassia Tsoukala, éditions Athéna, 2010.
Alors que les réflexions sur la tension actuelle entre la liberté et la sécurité résultent de l’analyse des politiques de sécurité mises en place après le 11 septembre 2001, l’étude des politiques de contrôle du hooliganisme en Europe depuis les années 1960 nous révèle la lente institutionnalisation des violations des libertés publiques par l’ordinaire gestion policière du phénomène. Si les libertés publiques peuvent être sacrifiées au nom de la lutte antiterroriste, pourquoi ne le seraient-elles pas aussi au nom de la lutte contre le hooliganisme ?
Anastassia Tsoukala tente ici de déchiffrer les logiques et enjeux des politiques de contrôle du hooliganisme en Europe et analyse les interactions entre l’ensemble des acteurs du champ de la sécurité et la structuration de ces politiques, établies aux niveaux européen, communautaire, national et local.

Les oubliés. Enfants maltraités en France et par la France, par Anne Tursz, éditions du Seuil, 2010.
Des procès retentissants attirent l’attention sur des cas d’enfants maltraités. Ils cachent cependant une méconnaissance de l’ampleur réelle du phénomène et de ses causes. Dans cette étude passionnante, Anne Tursz propose un état des lieux approfondi, montrant que la maltraitance envers les enfants en France est un véritable problème de société et de santé publique, très largement sous-estimé et qui touche probablement entre 5 et 10 % des enfants, dans toutes les classes sociales. Ses conséquences sont redoutables, la pire étant le cercle vicieux de la transmission transgénérationnelle de la violence.
Face à de tels méfaits, le repérage précoce des enfants maltraités est essentiel. Mais le système de santé apparaît démuni : manque de formation des médecins, crainte du signalement des cas de maltraitance… et surtout effondrement actuel du système de prévention dédié à l’enfant, en particulier la médecine scolaire. Or si les auteurs des mauvais traitements sont les parents dans la quasi-totalité des cas, une véritable maltraitance d’État est récemment venue s’y ajouter, dénoncée notamment par le Comité des droits de l'enfant des Nations unies. Par sa richesse en informations, la force des histoires vécues qu’il rapporte, ce livre veut apporter au public une image authentique de la maltraitance et alerter les responsables politiques sur l’urgence de la situation.

Justice, politique pénale et tolérance zéro, par Stéphane Enguéléguélé, éditions L'Harmattan, 2010.
En dix ans, les cadres de la pensée et de l'action en matière de sécurité et de répression pénale se sont transformés. Le présent ouvrage rend compte de ce changement, et s'interroge sur l'émergence de la nouvelle politique pénale. Il témoigne de l'apparition d'une nouvelle "élite pénale", qui assure la promotion d'une "tolérance zéro" à la française.
Dans un premier temps, l'ouvrage analyse les mutations dont les communautés épistémiques pénales ont été l‟objet depuis le début des années quatre vingt dix. Il questionne ici l'hypothèse de l'apparition d'« opérateurs intellectuels », dont l'action a permis l'éclosion d‟un nouvel environnement conceptuel pour la répression pénale. Il analyse le déroulement de la joute politique, au coeur des enceintes parlementaires notamment, afin de rechercher si l'enjeu pénal et la question judiciaire conservent leur dimension éminemment mobilisatrice. Dans un second temps, il analyse les changements de la politique pénale au concret, à partir de l'étude du fonctionnement du parquet.

Penser les questions sociales et culturelles contemporaines. Quels enjeux pour l'intervention sociale ?, sous la direction de Manuel Boucher, éditions L'Harmattan, 2010.
Les transformations sociale et économique d'inspiration néolibérale et le traitement sécuritaire des inégalités sociales réinterrogent les modèles de protection et d’action sociales développés durant le vingtième siècle. Aux avants postes de ces métamorphoses, les acteurs sociaux courent alors le risque de s’inscrire dans un espace « social-sécuritaire » tourné principalement vers la recomposition du contrôle social au détriment du renouvellement de leurs capacités d’émancipation. Pour éviter de sombrer dans un pessimisme favorable au développement d’une pensée catastrophiste et réactionnaire hostile à tout mouvement, les acteurs de l’intervention sociale doivent donc s’armer intellectuellement s'ils veulent identifier et comprendre les nouvelles questions sociales et culturelles et ainsi renouveler leurs pratiques sans renier les valeurs humanistes émancipatrices intrinsèques du travail social.

  • Avec des contributions de : Claudio Bolzman, Véronique Bordes, Michel Chauvière, Jacques Donzelot, Milena Doytcheva, François Dubet, Monique Eckmann, Isabelle Kittel, Didier Lapeyronnie, Eric Marlière, Laurent Mucchielli, Philippe Robert, Stéphane Rullac, Alain Touraine, Alain Vulbeau, Catherine Withol de Wenden.
  • Voir le sommaire du livre.
  • Lire des extraits et commander le livre sur le site de l'éditeur.

Florent Cochez, Ivan Guitz, Pierre Lemoussu, Le traitement judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles, Actualités sociales hebdomadaires (ASH), juin 2010.
A partir des années 1980, le législateur a multiplié les dispositions permettant une plus grande répression des infractions de nature sexuelle, en réaction notamment aux affaires qui défrayent la chronique médiatique et suscitent une vive émotion dans la société. Parallèlement, il a porté une attention particulière à la notion de soins. Texte fondateur en la matière, la loi du 17 juin 1998 a notamment imposé l'obligation de soins aux auteurs d'infractions sexuelles après l'emprisonnement, dans le cadre du suivi socio-judiciaire. Plus récemment, des lois de 2005 et 2008 ont institué des mesures de sûreté qui vont beaucoup plus loin.
Rédigé par deux magistrats et un psychiatre, ce numéro fait le point des connaissances sur les auteurs d'infractions sexuelles, sur leur traitement judiciaire et sur leur prise en charge thérapeutique. Il comporte aussi un chapitre consacré à la prise en charge des victimes.

Alain Tarrius, Olivier Bernet, Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels, Canet, éditions Trabucaire, 2010.
Environ soixante mille migrants Afghans passent annuellement par les ports turcs et géorgiens de la Mer Noire : là ils se chargent de produits électroniques du Sud Est asiatique transitant par Dubaï et Koweït City. Totalement détaxés ils sont livrés en Bulgarie, c'est-à-dire dans la Communauté Européenne, à 40% de leur prix de vente européen. Environ six milliards de dollars de marchandises franchissent ainsi cette frontière. Ces « transmigrants » afghans retournent ensuite chez eux. Les régulations des échanges bancaires liées à la Crise interdisent désormais à ces migrants, auxiliaires des stratégies commerciales du « poor to poor », « l’entre pauvres » des grandes firmes, de bénéficier de lignes internationales de crédit que des banques émirates leur consentaient. Alors des réseaux criminels suppléent à cette « moralisation » des circulations de capitaux en offrant des sommes équivalentes d’argent à blanchir et, en contrepartie, exigent des Afghans qu’ils cultivent, pendant leurs migrations, le pavot à opium en Turquie et en Géorgie. En somme des dizaines de milliers d’Afghans se trouvent contraints de participer aux activités de réseaux criminels et y associent de fait des grandes firmes de l’électronique asiatique. Ces nouvelles accointances, étendues aux populations balkaniques, fournissent une main d’œuvre afghane et albanaise aux entreprises sud italiennes pratiquant le blanchiment du même argent sale. Ce phénomène est accompagné d’un regain des migrations féminines contraintes pour la prostitution à partir des Balkans, du Caucase et du pourtour méditerranéen vers les « clubs » du Levant espagnol, via Naples, Bari, Brindisi. De la Junquera à Malaga, la ‘passe’ se négocie désormais avec une dose de cocaïne. La Junquera associe aux revenus de ces activités quelques notables de part et d’autre de la frontière, surtout de Perpignan à Barcelone. Les chercheurs nous font vivre de l’intérieur ces transformations au plus près des terrains qu’ils explorent depuis des années.

Histoire de l'identification des personnes, par Ilsen About et Vincent Denis, Paris, Editions La Découverte (collection "Repères"), 2010.__
Distinguer les individus les uns des autres, reconnaître l'identité d'une personne, prouver son identité : ces opérations qui semblent aujourd'hui banales sont l'aboutissement de processus historiques complexes. Selon les époques, le développement de formes spécifiques d'identification des personnes a joué un rôle majeur dans l'exercice de tout pouvoir et dans l'organisation et la régulation des sociétés. L'histoire de l'identification éclaire ainsi d'une lumière nouvelle la genèse de la modernité démocratique. Cet ouvrage montre les transformations continuelles, du Moyen Âge à nos jours, des manières d'identifier, l'évolution des conceptions, des pratiques et des acteurs qui les constituent ainsi que les débats et les inquiétudes qu'elles suscitent aujourd'hui. Première synthèse sur un domaine de recherche en plein essor, il expose l'actualité des études sur ce sujet et présente les méthodes d'une histoire de l'identification, au carrefour de plusieurs disciplines.

Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestation dans les sociétés contemporaines, sous la direction de Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Isabelle Sommier, Editions La Découverte, 2010.
La sociologie des mouvements sociaux constitue aujourd'hui un champ bien distinct des sciences sociales, à l'intersection de la science politique, de la sociologie et de l'histoire. Les turbulentes années 1960 lui ont servi de tremplin aux États-Unis en replaçant la question du conflit social au cœur de démocraties qui avaient voulu l'oublier et en offrant aux chercheurs de multiples terrains pour l'étudier in vivo. L'intérêt pour la contestation a été plus tardif et moins soutenu en Europe et l'ensemble des analyses, éclaté, reste secondaire par rapport aux écoles américaines. Aujourd'hui pourtant, la sociologie française des mouvements sociaux possède des traits distinctifs que ce livre propose d'explorer : recours aux instruments de la sociologie critique, méfiance à l'égard des méthodes positivistes au profit de méthodes plus artisanales privilégiant le suivi approfondi de la vie du groupe protestataire et l'interrogation sur les motivations de ses membres, développement des recherches sur des univers autres qu'occidentaux, sur les mouvements dits de « sans » et l'altermondialisme, mais aussi plus récemment sur les conflits du travail et l'action syndicale, permettant ainsi le dialogue avec des disciplines proches comme celles portant sur les groupes d'intérêts ou la construction des problèmes publics.
Cet ouvrage vise ainsi à rendre compte de l'évolution de la sociologie des mouvements sociaux et de l'originalité des travaux français en offrant à la fois un regard critique sur ce champ de recherche et des pistes d'investigation sur ses angles morts comme les logiques de l'engagement individuel ou la place des émotions dans le militantisme.

  • Lire l'introduction de ce livre et la table des matières sur le site de l'éditeur.

Etre étudiant en prison. L'évasion par le haut, par Fanny Salane (Observatoire national de la vie étudiante), Paris, La Documentation française, 2010.
Peu de détenus sont engagés dans un parcours de formation, et quelques centaines tout au plus, le sont pour préparer un diplôme supérieur. Voici l'analyse d'une enquête inédite conduite auprès des prisonniers préparant des diplômes postbaccalauréat. Elle éclaire ici, de façon aiguë, les dimensions qui touchent au cœur de la sociologie de la formation supérieure : inégalités de ressources et de contexte, référents, enjeu d'une identité étudiante susceptible de permettre une " évasion par le haut ". Au-delà des éléments descriptifs de la vie des détenus-étudiants, leur rapport aux études, leur identité, leurs ressources et leur profil, leur trajectoire biographique..., ce travail souligne aussi les difficultés particulières qu'ils ont à surmonter. Il invite les institutions carcérales à concéder une meilleure place à l'école mais aussi le système éducatif à porter une plus grande attention et un plus grand soutien à l'enseignement supérieur en prison.

La prison dans la ville, par Martine Herzog-Evans (dir.), Philippe Combessie, Anne Héricher, Loup Noali et Francette Zenner, Toulouse, Editions Erès, décembre 2009.
Des prisons sont implantées dans les villes. Bien que l'actualité ne cesse de nous en rappeler l'existence, elles restent invisibles pour les habitants, à l'abri de leurs murs et de leurs secrets. Quels sont les effets de la prison sur la ville ? Sur ses habitants ? Sur son image et celle du quartier ? Sur ses activités, ses constructions ? Même si elle n'est pas indiquée sur les panneaux signalétiques, elle demeure un employeur important, elle génère des activités économiques et attirent de nombreux tiers (familles, enseignants, livreurs, médecins, magistrats, etc.) En tant que citoyens, nous sommes régulièrement interpellés par les évasions ou les suicides qui la marquent : que se passe-t-il là, tout près, pour que des détenus désespèrent de la vie ou tentent le tout pour le tout en sachant qu'ils seront repris ? Depuis des siècles, au rythme d'un balancier, la société a oscillé entre une volonté « d'intégrer » la prison et celle de la rejeter en totalité. Cet ouvrage tente d'en expliquer et d'en illustrer les raisons, à un moment où le législateur discute d'un projet de loi pénitentiaire.

Le métier de gendarme au 19ème siècle, par Arnaud-Dominique Houte, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Comment les gendarmes, longtemps redoutés des populations, se sont-ils intégrés à la vie quotidienne des Français ? Pour répondre à cette question, Arnaud-Dominique Houte étudie tous les aspects du métier de gendarme départemental dans la France provinciale du XIXe siècle : les enjeux politiques, l’organisation du service, la sociologie des hommes, leur vie professionnelle et privée, l’esprit de corps, les représentations culturelles. L’enquête s’appuie notamment sur une base de données de plus de 3 000 gendarmes et sur le dépouillement de toute la presse professionnelle, en sus bien entendu des archives de la gendarmerie.
L’auteur identifi e trois modèles successifs. Impérieux et parfois violent, imprégné d’une culture guerrière, peu intégré à la société rurale, le soldat de la loi s’efface dès le milieu du XIXe siècle. Il cède place à un militaire professionnel nettement plus procédurier, discipliné et prudent. Les gendarmes de la fin du XIXe siècle infléchissent cependant cette nouvelle vision du métier en se plaçant plus franchement au centre de la société et au service du public. Le gendarme républicain est ainsi imprégné d’une culture d’obéissance qui coexiste tant bien que mal avec une éthique de responsabilité. À l’heure où l’on s’interroge de nouveau sur la place et sur l’attitude des forces de l’ordre, ce livre offre un éclairage historique qui espère contribuer au débat.



"(In)Sécurités: enjeux, politiques et débats". Les cahiers de l'éducation permanente, 2010, n°36.
Polémique, passionnel voire hystérique, le thème de la sécurité (et son pendant, l'insécurité) n'en finit pas de susciter discours et me¬sures législatives. Les différents articles qui composent ce numéro ne vont pas tous dans le même sens. Nous avons souhaité mettre en perspective et en débat ces points de vue divergents, dégager les grands enjeux et établir les différentes politiques possibles ou souhaitables à cet égard. Ce cahier vous propose 20 contributions de chercheurs et de professionnels pour tenter d'aborder la question autrement que par le prisme de l'émotion et du simplisme.
Ont contribué à ce numéro : des chercheurs ( Sybille Smeets, Laurent Mucchielli, et Carrol Tange), des hommes politiques (Philippe Moureaux, Roger Vicot, Jean Corail, et Carlo Luyckx), des juristes (Pierre Legros, Julien Pieret), des conseillers et experts Jérôme Matagne, Pierre Meynaert, Claire Scohier, Bernard De Vos et Antonio Caci). Des philosophes et sociologues Jean-Claude Paye, Michaël Foessel et Marc Sinnaeve) ainsi que des membres ou commentateurs de l'institution policière (Yves Van De Vloet, Roland Vanreusel et Claude Bottamedi).

"Le droit des détenus. Sécurité ou réinsertion ?", sous la direction de Arnaud Deflou (Université de La Rochelle), Dalloz, 2010.
En France, la prison accueille deux types de personnes : les prévenus, en attente de jugement, et les condamnés, qui purgent la peine prononcée à leur encontre. Or, ni la situation particulière de ces individus, ni les nécessités de la vie en collectivité ne doivent justifier une atteinte aux droits fondamentaux. En effet, en plus d'être un lieu d'enfermement, la prison a le rôle de contribuer à la réinsertion sociale des personnes qui la peuplent. Un tel objectif ne saurait être atteint par un processus de déshumanisation. Ainsi, la personne détenue, quel que soit son statut pénal, doit bénéficier des droits attribués à tout être humain. L'incarcération suppose la privation de liberté, et seulement la privation de liberté. Le détenu, en tant qu'être humain, dispose de droits sacrés qui sont inaliénables. Il ne peut se voir retirer le respect qui lui est dû au titre de sa dignité humaine. Le droit des détenus analyse les mécanismes juridiques mobilisés pour garantir cette inaliénabilité. L'emprisonnement doit concilier les exigences de sécurité et de réinsertion.
Contributeurs : Clémence Allain, Joël Andriantsimbazovina, Anne-Claire Arrighi, Jean-Philippe Baudouin, Béatrice Belda, Florence Chaltiel, Agathe Chollet, Arnaud Deflou, Hélène Gaudin, Catherine Ginestet, Céline Laronde-Clerac, Loïc Lechon, Clémentine Loyer, Denise Piau, Sébastien Touzé.

Mafia et comportements mafieux, revue Illusio (Université de Caen), 2010, n°6-7.
Depuis la récente crise financière qui a fait frémir le système économique mondialisé, on n’en finit plus de vouloir moraliser, réformer le capitalisme pour le faire mieux vivre et le renforcer alors que celui-ci se présente chaque jour sous une lumière mafieuse, criminelle et antidémocratique. Loin d’être un système vertueux en capacité d’autorégulation, comme l’avaient imaginé les économistes libéraux au travers de la fantasmatique main invisible, le marché s’accommode et organise parfaitement trafics, comportements illicites, paradis fiscaux, sociétés off-shore, corruptions et semble même s’institutionnaliser sur ce mode. Plutôt que de restreindre cette réflexion à une description des réseaux ou des groupes mafieux, la revue entend questionner les fondements du système mafieux, ses liens avec la tradition et sa faculté d’adaptation aux évolutions sociétales, son enracinement capitaliste, sa porosité en tant qu’il constitue finalement un véritable caméléon.
A noter enfin qu'une place particulière est consacrée au sport, en particulier le football.

"La médiation pénale en France et aux Etats-Unis" (nouvelle édition), par Jean-Pierre Bonafe-Schmitt.
En France, la médiation en matière pénale est un phénomène récent si l'on se réfère aux expériences nord-américaines et elle représente aussi un phénomène complexe, car en France comme aux États-Unis, il n'y a pas un modèle, mais des modèles de médiation qui traduisent d'une certaine manière les différentes logiques qui sont à l'œuvre dans chaque pays. Cette version revue et augmentée d'un ouvrage pionnier montre que la médiation pénale ne constitue pas une simple technique de gestion des conflits, mais traduit aussi l'émergence d'un nouveau modèle plus consensuel de gestion des conflits. L'auteur soutient la thèse que l'on ne mesure pas encore pleinement l'impact de cette recomposition, car les différents projets de médiation ne sont pas encore autonomisés par rapport au modèle judiciaire et fonctionnent trop souvent à « l'ombre des tribunaux» ce qui en pervertit le sens. L'auteur considère que le développement de ces modes de régulation des conflits relève d'une «contre-culture» et que le développement des expériences de médiation ne pourra s'opérer qu'à la condition d'une redéfinition des relations entre la société civile et l'État, et plus particulièrement, celle de la légitimité du pouvoir de régler les litiges.

Un monde sans fous ?, recueil d'interviews de Philippe Borrel.
La folie déborde dans les rues et en prison. Faute d’avoir trouvé une prise en charge adéquate dans les services d’une psychiatrie publique en crise profonde, les malades psychotiques chroniques se retrouvent de plus en plus exclus de notre société. Et au même moment nous assistons au retour des chambres d’isolement, des camisoles et des médicaments administrés sous contrainte. Pourtant des voix s’élèvent pour dénoncer ce climat de violence et d’abandon que l’on pensait aboli.
En 2010, le parlement Français doit voter une réforme de la psychiatrie et fixer les objectifs d’une nouvelle politique de santé mentale. On ne parle plus de folie mais de troubles cérébraux, plus de malaise dans la société mais de comportements à rééduquer. En encourageant des programmes de détection et de prévention dans les écoles ou dans les entreprises, ce projet ne concernera pas les seuls malades psychiques, ou leurs familles, mais l’ensemble des Français.

Avec Roland Gori, Marie-Anne Montchamp, Hervé Bokobza, Yves Agid, Olivier Labouret, Marion Leboyer, Patrick Chemla, Christophe Dejours, Michaël Guyader, Franck Chaumon, Serge Portelli, Jean Oury, Antoine Lazarus, Daniel Zagury Emmanuelle Perreux, Pierre Suesser, Brigitte Font le Bret, Sylviane Giampino, Catherine Paulet, Mathieu Bellahsen, Catherine Herszberg et des soignants, des patients.

Libertés et sûreté dans un monde dangereux, par Mireille Delmas-Marty
Le monde est dangereux. Aujourd’hui, à l’heure du terrorisme, des effets conjugués de la pauvreté, de la maladie et des guerres civiles, les États doivent faire face à de nouveaux défis : une menace pour l’un d’entre eux est une menace pour tous. Si les dangers ont existé de tout temps en tous lieux, les attentats du 11 Septembre en ont sans doute changé la perception. Si bien que les responsables politiques se trouvent libérés, symboliquement et juridiquement, de l’obligation de respecter les limites propres à l’état de droit. L’enchevêtrement des espaces normatifs (nationaux, européens, mondiaux) induit des mouvements d’autant moins contrôlables qu’ils échappent de plus en plus aux États. Ce livre explore cette nouvelle donne et l’incertitude des réponses face aux dangers que courent les personnes, les États, voire la planète entière. Au-delà, il s’interroge sur les voies qui s’ouvrent à nous: sociétés de la peur ou communauté de destin?

L'avenir du juge des enfants: éduquer ou punir ?, par Benoît Bastard et Christian Mouhanna.
Le juge des enfants a la particularité de protéger les enfants en danger et, simultanément, de juger les jeunes délinquants. Cette double mission qui lui a été confiée par l'ordonnance du 2 février 1945 lui donne une place à part dans le monde judiciaire où il représente une manière différente, éducative et sociale, de rendre la justice. Or aujourd'hui cette particularité est remise en question : la rationalisation des services publics limite les moyens à disposition du juge, la volonté politique d'une répression accrue des faits commis par les mineurs va à l'encontre d'une analyse en profondeur des situations où le délinquant se révèle souvent également victime, la rapidité de la réponse et la recherche de l'efficacité à court terme s'opposent au suivi individualisé et adapté des jeunes sur le long terme. Dans cet ouvrage, les auteurs analysent en profondeur le métier de juge des enfants tel qu'il se pratique aujourd'hui. Comment fonctionne la juridiction des mineurs et comment s'inscrit-elle dans le tribunal de grande instance ? Quelles sont ses relations avec les travailleurs sociaux et les autres partenaires extérieurs constituant l'environnement dans lequel le juge s'insère ? Comment les juges des enfants appréhendent-ils la dimension politique de leur fonction ? Le juge des enfants constitue encore aujourd'hui la « clef de voûte » d'un système complexe : toutes les pressions s'exercent sur lui et beaucoup d'impulsions partent de lui. En modifiant ses attributions et en bouleversant le droit des mineurs, ce sont les bases de cet édifice qui se trouvent fragilisées et par conséquent tout le fonctionnement du dispositif de prise en charge des jeunes en danger ou délinquants.

Un droit pénal post-moderne ? Sous la direction de Michel Massé, Jean-Paul Jean et André Giudicelli.
La frénésie législative contemporaine touche chaque domaine du champ pénal. L’accélération des réformes a entraîné une évolution radicale des réponses policières et judiciaires au phénomène criminel. Ces changements ont-ils fait entrer la société française dans une période postmoderne, traduisant une rupture avec les valeurs et les principes juridiques du droit pénal moderne progressivement mis en œuvre depuis leur première formulation par Beccaria et les Lumières ? À partir de thématiques précises — la responsabilité pénale des malades mentaux, le droit des mineurs, la mise en cause des responsabilités politiques, la répression de la délinquance sexuelle, la prison, les mesures de sûreté, les peines automatiques, l’approche économique du système pénal — juristes, historiens, médecins remettent en perspective les bouleversements en cours des sciences criminelles et du droit pénal. S’appuyant sur une idéologie du pragmatisme et de l’efficacité, au nom de la sécurité, de la protection des victimes, voire du principe de précaution, une nouvelle étape paraît franchie dans l’évolution des politiques criminelles, en France comme dans nombre de pays européens.

Lutter contre la délinquance. Comment le tout répressif tue la sécurité
Avec la version française de Less Law More Order, la série "Déviance et Société " accueille un ouvrage inhabituel : écrit par un Nord-Américain, en considération d'un lectorat d'abord nord-américain, à partir d'un matériel nord-américain, ce livre permet cependant de prendre une saine distance d'avec la fascination que ce pôle exerce sur les responsables européens des politiques de sécurité et de prévention. Irvin Waller expose les vaines prétentions des politiques publiques de lutte contre la délinquance qui usent de la rhétorique de la tolérance zéro ou s'appuient sur la technologie de la vidéo-surveillance généralisée. il s'appuie sur des décennies de travaux pour avancer que les institutions pénales n'assurent pas nécessairement la sécurité des citoyens : la répression a peu d'effet sur la délinquance, ne s'intéresse pas aux victimes et coûte cher : il est, écrit-il, peu de secteurs où l'on dépense autant pour si peu de bénéfices. Consacrer une partie de l'argent englouti par les policiers, les procureurs, les juges et les gardiens de prison à éviter la délinquance constituerait - c'est le leitmotiv du livre - un bien meilleur investissement pour la tranquillité des citoyens. Le plus efficace pour diminuer la menace délinquante qui pèse sur eux est la prévention la plus ancienne et la plus délaissée : elle consiste à accompagner la socialisation et élargir la gamme d'opportunités des délinquants potentiels, au moyen de programmes rigoureusement évalués. Ainsi tout le livre de Waller constitue un plaidoyer contre l'irrationalité des politiques de sécurité.