Le premier enseignement – relevé par les auteures dans leur synthèse – est que ce sont toujours les femmes (et, loin derrière, les homosexuel(le)s) qui pâtissent des lois les plus restrictives en matière de sexualité, de sorte qu’elles sont largement privées d’une vie sexuelle consentie et sereine dans un grand nombre de pays. Bon nombre de pays en développement en particulier leur dénient un certain nombre de droits (droit à l’éducation sexuelle, à la contraception et à l’avortement par exemple) et exercent un contrôle strict sur leur vie amoureuse et sur leur sexualité. Ou bien ces pays ferment les yeux, lorsqu’ils ne les encouragent pas, sur des pratiques qui les maintiennent sous la contrainte exercée par des hommes (mariages forcés, polygamie). A cet égard, cet Atlas a au moins la vertu de nous rappeler que la vie d’une femme de l’Afrique sub-saharienne par exemple n’a rien à voir avec nos vies d’occidentales et qu’en matière de liberté sexuelle, le monde fonctionne à plusieurs vitesses. L’avertissement vaut d’être entendu à l’heure où les sociétés européennes sont aussi le lieu de vie d’un grand nombre de femmes issues d’autres pays.
Le second enseignement est l’incitation des auteures de ce livre à nous méfier des visions simplistes et des amalgames. Un (trop) rapide survol de certaines cartes pourrait laisser penser que la religion est un facteur déterminant de la domination sexuelle exercée sur les femmes. Ainsi et par exemple, grand nombre de pays où la religion musulmane est dominante autorisent la polygamie – pratique qui concerne systématiquement les hommes. Mais une lecture plus attentive montre d’une part que dans les pays où prévaut l’islam, les situations sont en réalité bien différenciées. D’autre part, que des pays pratiquant des rites chrétiens ou animistes autorisent aussi les hommes à prendre plusieurs épouses. Et notamment… chez les Mormons (où la polygamie est aussi justifiée par des textes religieux) aux Etats-Unis. Mais surtout, insistent les géographes, le facteur religieux – plus largement le facteur culturel – doit nécessairement être croisé avec le facteur social.
C’est le troisième enseignement que nous tirons du chapitre de ce livre. Là où les femmes sont les plus contraintes en matière de sexualité, c’est aussi là où elles sont le moins éduquées et là où elles sont les plus pauvres. La liberté sexuelle, comme le notent également les auteures, n’est pas seulement une question de valeurs ou de choix personnel. Elle détermine aussi le développement de ces pays et leur possibilité d’accéder à des conditions de vie qui feront d’eux nos égaux sur le plan social et économique. C’est aussi vrai pour ces femmes étrangères ou issues de l’immigration qui sont nos concitoyennes sur nos territoires et dans nos quartiers.