livre_peyroux.gifRobert Badinter ne s’y est pas trompé en acceptant de rédiger l’avant-propos. « Ici en France des enfants originaires d’Europe de l’Est, sont trop souvent sanctionnés comme des délinquants au lieu d’être secourus comme victimes, en raison des faits délictueux et répétés qu’ils commettent sous la contrainte ou l’emprise des trafiquants », écrit l’ancien Garde des Sceaux, dénonçant « une double peine ». « Cambrioleurs, pickpockets, détrousseurs de guichets automatiques, mendiants, prostitués, ces enfants…restent avant tout pour les autorités policières et judiciaires, mais aussi pour le public, des délinquants multirécidivistes, endurcis et non coopératifs. Autant dire très loin de la conception de la victime et de l’enfance en danger dans notre société », poursuit l’ex-ministre de la justice.
De fait, les situations de traite sont souvent, selon le sociologue Olivier Peyroux, « masquées par une idéologie instrumentalisant les faits afin de valider une série de clichés racistes ». Ces derniers permettent de prolonger la méconnaissance et le déni des victimes explique t-il, avant de tordre le cou au mythe de la « délinquance rom », qui connût son heure de gloire sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le sociologue souligne qu’en Ile-de-France, les services de police spécialisés estiment entre 400 et 600 enfants dits « roms » contraints de commettre des délits alors que sur le même territoire vivent environ 6.000 enfants Roms. C’est donc une petite minorité (entre 3 et 10%) de mineurs roms qui se trouveraient dans des situations d’exploitation, loin des fantasmes sur une prétendue « culture du vol ».