A Bercy, l’unité de compte n’est plus le million d’euros que l’on cherche à économiser, mais le milliard d’euros que l’on veut dépenser aussi vite que possible. Jusqu’à il y a peu, il n’y a pas « d’argent magique », disait-on. Désormais, il coule à flots.
Constater que les robinets ont été ouverts est néanmoins insuffisant : encore faut-il savoir qui est arrosé, qui ne l’est pas, et dans quel but. Des milliards pleuvent en effet, mais pas partout, et pas pour tout le monde. Les quartiers populaires, oubliés des plans d’urgence et de relance, réclament le leur. Les plus pauvres doivent se contenter de 0,8 % du financement du plan de relance. Quant aux services publics et leurs agents, ils sont servis avec parcimonie. En revanche, le secteur privé, et tout particulièrement les grandes entreprises, est servi sur un plateau d’argent. Plus sûrement qu’un retour de l’Etat en vue de satisfaire l’intérêt général, ces milliards transcrivent surtout la volonté de mettre l’Etat, et ses ressources, au service des intérêts du secteur privé et de l’accumulation du capital.